La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 151 – Mai 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LES PSAUMES, PRIÈRE INSPIRÉE

PSAUME 119
LA PAROLE DE DIEU DE “ A ” JUSQU’À “ Z ” (2)

NOUS sommes dans l’exacte situation des Anawîm, ces «  pauvres de Yahweh  » qui n’attendaient plus rien de personne en ce monde, mais que du Ciel «  pleuve le juste  »  :

«  Rorate, cæli desuper, et nubes pluant justum  !  »

«  Versez du Ciel, ô doux Seigneur, Votre rosée en notre cœur Faites fleurir grâce et faveur.  »

Les psaumes ne sont qu’un développement de cette longue supplication qu’il nous appartient de réciter et chanter inlassablement afin d’obtenir la grâce de rester fidèles aux demandes, lois, décrets, justifications, promesses et «  petites demandes  » de Notre-Dame de Fatima.

Le Verbe s’est fait chair dans le sein béni de cette Vierge Immaculée. Qu’est-ce que le “ Verbe ”  ? C’est la Parole de Dieu, Verbum Domini  ! Depuis le premier jour de la Création où Dieu «  parle  » et les choses sont, jusqu’à l’avènement de cette Parole en chair et en os, en la Personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, né de la Vierge Marie, Dieu a «  parlé  » aux patriarches, à Moïse et aux prophètes. Mais lorsque cette «  Parole  » se fait chair et naît de la Vierge Marie ce petit Enfant dans sa crèche ne parle plus. Verbum silens.

Et cependant, il nous parle par l’Écriture sainte qui a préparé sa naissance.

À nous d’adorer cet Enfant Dieu en lisant ces textes sacrés qui nous font entrer dans son Divin Cœur et nous révèlent sa profondeur, sa largeur et sa longueur, sa hauteur insondables, inscrutables  : description de la nature dont il est le Créateur, récits des gestes de Dieu, les niphlâ ôt, miracles de Dieu dont il est lui-même, avec sa Mère, le plus merveilleux, prescriptions légales et liturgiques préfigurant son sacrifice rédempteur, oracles prophétiques qui annoncent le dernier jugement, et le bonheur promis aux justes…

Rien de tel à cet égard, que de réciter et chanter inlassablement le psaume 119 (118 du bréviaire) dont nous avons entrepris la traduction et le commentaire des versets 1 à 96 (Il est ressuscité no 149, mars 2015, p. 11-20).

13. LE MAÎTRE DIVIN

SEXTE (suite)

97. «  Que j’aime votre Loi  ! Tout le jour, je la médite.

98. «  Plus que mes ennemis, votre commandement me rend sage, car il est à moi à jamais.

99. «  J’ai plus d’intelligence que tous mes maîtres, car vos témoignages sont l’objet de ma méditation.

100. «  Je comprends mieux que les anciens parce que j’observe vos ordonnances.

101. «  De toute voie mauvaise j’ai retenu mes pieds, afin de garder votre parole.

102. «  De vos jugements je ne me suis pas détourné, car c’est vous qui m’avez enseigné.

103. «  Qu’elles sont douces à mon palais, vos promesses, plus que le miel à ma bouche  !

104. «  Vos ordonnances m’ont donné l’intelligence, c’est pourquoi je hais tout sentier de mensonge.  »

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97. «  Que j’aime votre Loi  ! Tout le jour, je la médite.  »

Et même la nuit (Ps 1, 2). «  Tu aimeras le Seigneur ton Dieu  » en constitue le premier article (Dt 6, 4; Mt 7, 12; Mc 12, 28-34). Par la méditation continuelle de la Révélation qu’elle contient, le fidèle yahwiste ne fait qu’un avec le Seigneur parce qu’il épouse sa volonté.

98. «  Plus que mes ennemis, votre commandement me rend sage, car il est à moi à jamais.  »

La sagesse ne demeure donc pas seulement «  dans les Cieux  » (vt 89); elle descend aussi sur la terre, dans mon cœur par la médiation de ce «  commandement  » d’amour que je fais mien  :

99. «  J’ai plus d’intelligence (hiskaltî) que tous mes maîtres, car vos témoignages sont l’objet de ma méditation.  »

Parce que c’est Dieu même qui m’enseigne, selon sa promesse  : «  Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur.  » (Jr 31, 33)

Ici, le psalmiste se déclare éclairé de l’intelligence même promise au Serviteur de Yahweh dans le quatrième poème de l’Inconnu de l’Exil  : «  Voici que mon Serviteur sera intelligent, yaskîl  » (Is 52, 13), comme promis au Messie par Jérémie  : «  Voici venir des joursoracle de Yahwehoù je susciterai à David un germe juste, qui régnera en vrai roi et sera intelligent, hiskîl  », (Jr 23, 5). L’ “ intelligence ” du Serviteur fera contraste avec la surdité et l’aveuglement du peuple d’Israël (Is 42, 19) qui ne comprend rien (Is 44, 18). Le troisième poème nous a déjà montré ce Serviteur ouvrant ses oreilles à la parole de Dieu (Is 50, 4).

C’est pourquoi il sera «  prodigieusement exalté  » (Is 52, 13), à l’égal de Yahweh qui est exalté par son jugement (Is 5, 16), très haut au-dessus de la terre (Is 55, 9).

100. «  Je comprends mieux que les anciens parce que j’observe vos ordonnances.  »

Les «  anciens  » ne les ont-ils pas observées  ? Eh bien, non  ! «  Cette alliance, mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue  !  » (Jr 31, 32) Tandis que sur le Serviteur que Yahweh soutient, son élu que préfère son âme, Il a mis son esprit pour «  faire sortir le droit  » (Is 42, 1-3).

101. «  De toute voie mauvaise j’ai retenu mes pieds, afin de garder votre Parole.  »

Cette «  Parole  » qui se tient dans les Cieux (vt 89) n’est autre que la règle de vie que Dieu même a donnée à Moïse sur le Sinaï, résumée en dix «  Paroles  », le Décalogue (Ex 20, 1-17; Dt 5, 6-22).

102. «  De vos jugements je ne me suis pas détourné, car c’est vous qui m’avez enseigné.  »

Selon la promesse faite par Yahweh à Jérémie  : «  Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain, chacun son frère, en disant  : “ Ayez la connaissance de Yahweh  !  ” Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle de Yahweh – parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché.  » (Jr 31, 33-34)

103. «  Qu’elles sont douces à mon palais, vos promesses, plus que le miel à ma bouche  !  »

C’est par la lecture de l’Écriture sainte que Dieu donne à chaque fidèle à goûter sa révélation, par laquelle il a fait connaître à Moïse et renouvelé dans les oracles prophétiques les promesses inscrites dans la Loi (Ex 20, 5-6; Dt 5, 10; Lv 26, 3-13).

104. «  Vos ordonnances m’ont donné l’intelligence, c’est pourquoi je hais tout sentier de mensonge.  »

Il ne reste qu’à s’abandonner en toute sécurité aux directives de la Loi. Elle est vérité (’èmèt).

14. UNE LUMIÈRE QUI DONNE LA VIE

105. «  Une lampe pour mon pied, votre parole, une lumière pour ma route.

106. «  J’ai juré, et je ne m’en dédis pas, d’observer les jugements de votre justice.

107. «  J’ai été humilié à l’excès, Yahweh, vivifiez-moi selon votre Parole.

108. «  Agréez donc les offrandes volontaires de ma bouche, Yahweh, et enseignez-moi vos jugements.

109. «  Mon âme est sans cesse entre mes mains, et je n’oublie pas votre Loi.

110. «  Les impies m’ont tendu un piège, mais je ne me suis point écarté de vos ordonnances.

111. «  J’ai hérité de vos témoignages à jamais, car ils sont la joie de mon cœur.

112. «  J’incline mon cœur à pratiquer vos prescriptions à jamais et jusqu’au bout.  »

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105. «  Une lampe pour mon pied, votre parole, une lumière pour ma route.  »

La «  parole  » exprime les volontés du Dieu créateur, providence et législateur.

La «  lumière  » de la «  lampe  » symbolise la vie et la succession dynastique promise à David «  pour que mon serviteur David ait toujours une lampe devant moi à Jérusalem, la ville que j’ai choisie pour y faire résider mon Nom  », dit Yahweh (1 R 11, 36; 15, 4; 2 R 8, 19). Cette promesse illumine les ténèbres présentes d’une lumière qui est Dieu, reflet de sa gloire.

106. «  J’ai juré, et je ne m’en dédis pas, d’observer les jugements de votre justice.  »

On dirait une réponse du Messie, fils de David, au serment de Yahweh  :

«  Yahweh l’a juré à David, vérité dont jamais il ne s’écartera  : c’est du fruit de tes entrailles que je placerai sur ton trône.  » (Ps 132, 11)

«  Yahweh l’a juré il ne s’en dédiera pas. Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédeq.  » (Ps 110, 4)

107. «  J’ai été humilié à l’excès, Yahweh, vivifiez-moi selon votre Parole.

Comme le révélera saint Jean dans son Prologue, la Parole de Dieu n’est pas seulement «  lumière  »  : elle est «  la vie  », et c’est cette «  vie qui est lumière des hommes  » (Jn 1, 4). «  Je suis la lumière de la vie  », dira Jésus, le Verbe fait chair (Jn 8, 12), en réponse à cette “ humiliation excessive ” d’une dynastie qui était, pour ainsi dire, éteinte lors de son avènement.

108. «  Agréez donc les offrandes volontaires de ma bouche, Yahweh, et enseignez-moi vos jugements.  »

Les «  offrandes  » s’identifient ici aux prières de louanges et d’actions de grâces. Dieu les agrée, «  selon l’ordre de Melchisédeq  », comme il agréait les sacrifices selon l’ordre d’Aaron. Le psalmiste parle comme s’il n’y avait plus de liturgie au Temple.

109. «  Mon âme est sans cesse entre mes mains, et je n’oublie pas votre Loi.  »

L’image signifie que l’on est prêt à la laisser couler comme de l’eau, mais la version grecque est plus conforme à la pensée biblique, selon laquelle Dieu tient en son pouvoir l’âme de tout vivant  : «  Mon âme est dans vos mains.  »

«  Pater, in manus tuas, commendo spiritum meum  », dira Jésus sur la Croix (Lc 23, 45).

110. «  Les impies m’ont tendu un piège, mais je ne me suis point écarté de vos ordonnances.

111. «  J’ai hérité de vos témoignages à jamais, car ils sont la joie de mon cœur.  »

«  Quand tes paroles se présentaient, je les dévorais  : ta parole était mon ravissement et l’allégresse de mon cœur  », disait Jérémie au milieu de ses épreuves (Jr 15, 16).

112. «  J’incline mon cœur à pratiquer vos prescriptions à jamais et jusqu’au bout.  »

À la «  fidélité  » de Yahweh répond celle du yahwiste.

15. DIEU SEUL  !

113. «  Je hais les “ jarrets ”, et c’est votre Loi que j’aime.

114. «  Mon abri et mon bouclier, c’est vous. Je m’en attends de votre Parole.

115. «  Éloignez-vous de moi, méchants, et j’observerai les commandements de mon Dieu.

116. «  Soutenez-moi selon votre promesse et je vivrai, et que mon espérance ne soit pas confondue.

117. «  Soyez mon appui et je serai sauvé, et je contemplerai vos prescriptions sans relâche.

118. «  Vous rejetez ceux qui s’écartent de vos prescriptions, et mensonge est leur offrande.

119. «  Vous faites disparaître les scories, tous les méchants de la Terre. C’est pourquoi j’aime vos témoignages.

120. «  Ma chair frissonne de votre terreur, et je redoute vos jugements.  »

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113. «  Je hais les “ jarrets ”, et c’est votre Loi que j’aime.  »

«  Les “ jarrets ”  » vont par deux  : un pour plier le genou devant Baal, l’autre devant Yahweh, comme au temps d’Élie demandant aux 450 prophètes de Baal réunis sur le mont Carmel  : «  Jusqu’à quand clocherez-vous des deux jarrets  ? Si Yahweh est Dieu, suivez-le  ; si c’est Baal, suivez-le  !  » (1 R 18, 21) Le mot est le même, incompris des exégètes parce que ce sont les seuls exemples dans toute la Bible  !

«  Votre Loi  », dont le premier article est  : «  Il n’y aura pas pour toi d’autres dieux devant ma Face.  » (Ex 20, 3)

114. «  Mon abri et mon bouclier, c’est vous. Je m’en attends de votre Parole.  »

«  Mon bouclier  »  : depuis Abraham qui en reçut la promesse  : «  Ne crains pas, Abraham  ! Je suis ton bouclier, ta récompense sera grande  » (Gn 15, 1), jusqu’à Moïse qui prononça cette bénédiction  : «  Heureux es-tu, ô Israël  ! Qui est comme toi, peuple ­vainqueur  ? En Yahweh est le bouclier qui te secourt.  » (Dt 33, 29)

115. «  Éloignez-vous de moi, méchants, et j’observerai les commandements de mon Dieu.  »

Moïse l’a promis à Israël  : «  Tes ennemis voudront te corrompre, mais toi, tu fouleras leur dos.  » (Dt 33, 29)

116. «  Soutenez-moi selon votre promesse et je vivrai, et que mon espérance ne soit pas confondue.

117. «  Soyez mon appui et je serai sauvé, et je contemplerai vos prescriptions sans relâche.

118. «  Vous rejetez ceux qui s’écartent de vos prescriptions, et mensonge est leur offrande.  »

«  Vous rejetez  »  : seul emploi. Quand ils s’opposent à Dieu, les plans de l’homme vont au néant, tô ’ béd.

«  Leur offrande  »  : en lisant terûmiyyah (Ez 48, 12).

119. «  Vous faites disparaître les scories, tous les méchants de la Terre. C’est pourquoi j’aime vos témoignages.  »

Les impies sont comparés à des scories  : «  Ils sont tous rebelles, semeurs de calomnies, ils sont tous corrompus. Le soufflet est haletant pour que le plomb soit dévoré par le feu.  » On jette le métal d’argent à épurer dans du plomb fondu, pour que l’argent se sépare des scories qui se rassemblent, avec le plomb oxydé, au fond du creuset. Mais «  vainement le fondeur s’emploie à fondre, les scories ne se détachent point. “ Argent de rebut ”, voilà comme on les nomme  ! Oui, Yahweh les a mis au rebut  !  » (Jr 6, 28-30; cf. Ez 22, 18. 20; Ml 3, 2-3)

120. «  Ma chair frissonne de votre terreur, et je redoute vos jugements.  »

Après le feu qu’est le jugement de Dieu, serai-je moi aussi “ Argent de rebut ”  ? Il y a là un extraordinaire pressentiment de l’enfer.

16. L’ŒUVRE DE DIEU

121. «  J’ai mis en œuvre droit et justice, ne me livrez pas à mes oppresseurs  !

122. «  Portez-vous garant de votre serviteur pour le bien. Que ne m’oppriment pas les orgueilleux.

123. «  Mes yeux languissent après votre salut, et la promesse de votre justice.

124. «  Œuvrez avec votre serviteur selon votre grâce, et enseignez-moi vos prescriptions.

125. «  Je suis votre serviteur. Donnez-moi l’intelligence et je connaîtrai vos témoignages.

126. «  Il est temps d’œuvrer pour Yahweh  : ils ont violé votre Loi  !

127. «  C’est pourquoi j’aime vos commandements plus que l’or et l’or fin.

128. «  Aussi je considère comme droites toutes vos ordonnances sans exception. Et je hais tout sentier de mensonge.  »

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121. «  J’ai mis en œuvre droit et justice, ne me livrez pas à mes oppresseurs  !

122. «  Portez-vous garant de votre serviteur pour le bien. Que ne m’oppriment pas les orgueilleux  »

Yahweh doit engager sa responsabilité sur l’ «  œuvre  » de son serviteur, comme pour une dette, due par ce «  serviteur  » de Yahweh. Un rachat  ? Mystère de rédemption insinué par l’absence, en ce seul verset, d’un terme désignant la Loi. «  Le bien  » s’oppose au «  mal  » (vt. 133).

123. «  Mes yeux languissent après votre salut, et la promesse de votre justice.

124. «  Œuvrez avec votre serviteur selon votre grâce, et enseignez-moi vos prescriptions.  »

L’œuvre divine précède celle de l’homme par «  des actions et des hauts faits  » que nul ne peut accomplir (Dt 3, 24), mais ici, le «  serviteur  » demande la grâce de les accomplir, pour ainsi dire, à égalité de puissance avec Yahweh.

125. «  Je suis votre serviteur. Donnez-moi l’intelligence et je connaîtrai vos témoignages.

126. «  Il est temps d’œuvrer pour Yahweh  : ils ont violé votre Loi  !  »

Il y a donc une lutte tragique entre ceux qui écoutent cette «  Parole  », source de lumière et de vie, et ceux qui la méprisent et s’efforcent de contrer par le mensonge l’ «  œuvre  » de vie et de lumière de Yahweh. «  Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu  ?  » demanderont les juifs à Jésus, à Capharnaüm (Jn 6, 28).

Le passage au style indirect, comme en aparté, souligne l’acte d’amour qui suit, protestation d’attachement à la volonté de Dieu exprimée par les commandements de la Loi  :

127. «  C’est pourquoi j’aime vos commandements plus que l’or et l’or fin.

128. «  Aussi je considère comme droites toutes vos ordonnances sans exception. Et je hais tout sentier de mensonge.  »

La réponse de Jésus nous revient au cœur, en tout cas, le dimanche à midi, lorsque nous achevons l’office de sexte par ces deux versets  : «  L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en Celui qu’il a envoyé.  »

17. LA FACE DE DIEU

NONE

129. «  Miraculeux sont vos témoignages. Aussi je les conserve dans mon âme.

130. «  La révélation de votre Parole illumine, donnant de l’intelligence aux simples.

131. «  J’ai ouvert la bouche et j’aspire, car je suis avide de vos commandements.

132. «  Tournez vers moi votre Face, et faites-moi grâce comme il se doit pour ceux qui aiment votre Nom.

133. «  Affermissez mes pas selon votre promesse, et que nul malheur ne domine sur moi.

134. «  Affranchissez-moi de l’oppression des hommes, et je garderai vos ordonnances.

135. «  Que votre Face illumine votre serviteur, et m’apprenne vos prescriptions.

136. «  Mes yeux ruissellent de larmes, parce qu’ils n’observent pas votre Loi.  »

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129. «  Miraculeux sont vos témoignages. Aussi je les conserve dans mon âme.  »

Les miracles de Dieu sont l’objet de la méditation du psalmiste, en attendant de l’être du Cœur Immaculé de Marie dont il nous sera dit qu’elle «  conservait avec soin tous ces souvenirs en son cœur  » (Lc 2, 19 et 51).

130. «  La révélation de votre Parole illumine, donnant de l’intelligence aux simples.  »

À la révélation infaillible de la vérité répond la sagesse qu’elle communique au «  simple  », c’est-à-dire à qui «  cherche Dieu en simplicité de cœur  » (Sg 1, 1), loin de toute duplicité pliant les deux «  jarrets  » devant lui (vt 113).

131. «  J’ai ouvert la bouche et j’aspire, car je suis avide de vos commandements.  »

Le psalmiste ouvre non seulement l’oreille pour entendre, mais encore la bouche pour se nourrir de la volonté de Dieu comme d’un «  miel  » savoureux (vt 103), et composer et chanter son poème, que nous ne cessons de redire à notre tour.

132. «  Tournez vers moi votre Face, et faites-moi grâce comme il se doit pour ceux qui aiment votre Nom.  »

C’est une faveur insigne de pouvoir regarder le visage du Roi (Est 1, 14), une grâce anxieusement épiée de le voir s’éclairer d’un sourire, car «  dans la lumière du visage royal est la vie  » (Pr 16, 15).

Au milieu d’Israël habite le visage divin, invisible, mais parce qu’il est celui du Dieu saint et juste, il est mortellement redoutable à l’homme pécheur (Ex 33, 20; Jg 13, 22). Aussi, demeurer en sa présence est une «  grâce  » absolument imméritée. Et cependant, le psalmiste demande à Yahweh cette «  grâce  » comme “ due ” à l’antique bénédiction prononcée sur les enfants d’Israël par le ministère d’Aaron depuis les temps antiques  : «  Que Yahweh fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce  !  » (Nb 6, 25)

133. «  Affermissez mes pas selon votre promesse, et que nul malheur ne domine sur moi.

134. «  Affranchissez-moi de l’oppression des hommes, et je garderai vos ordonnances.  »

Le «  malheur  » est le châtiment que Dieu fait venir en sa sagesse sur ceux qui «  descendent en Égypte y chercher protection, et qui mettent leur espoir en une charrerie nombreuse et dans une cavalerie, mais qui n’ont aucun espoir dans le Saint d’Israël et ne consultent pas Yahweh  » (Is 31, 1). Ce «  malheur  » est médicinal, tandis que «  l’oppression  » des impies mène à l’apostasie.

135. «  Que votre Face illumine votre serviteur, et m’apprenne vos prescriptions.  »

Telle fut la prière de Moïse  : «  Fais-moi, de grâce, voir ta gloire.  » (Ex 33, 18) Et lorsqu’il redescendit de la montagne du Sinaï, avec les «  prescriptions  » gravées sur les deux «  tables du Témoignage, il ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, à la suite de son entretien avec Yahweh  » (Ex 33, 29). Voilà ce que demande pour lui-même le psalmiste. Est-il plus grand que Moïse  ?

136. «  Mes yeux ruissellent de larmes, parce qu’ils n’observent pas votre Loi.  »

Moïse, lui, s’enflamma de colère, lorsqu’il aperçut le veau d’or qu’ils avaient fabriqué (Ex 32, 19). Mais Jésus, lui, a pleuré sur Jérusalem  ; et il pleure aujourd’hui sur la France  : «  Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins… et vous n’avez pas voulu  !  » (Mt 23, 37) Consolons notre Dieu par notre prière  !

18. LA JUSTICE DE DIEU

137. «  Vous êtes juste, Yahweh, et droit en vos jugements.

138. «  Vous avez établi en justice votre témoignage et fidélité jusqu’au bout.

139. «  Mon zèle me consume, car mes adversaires oublient votre Parole.

140. «  Un feu dévorant, votre promesse, et votre serviteur la chérit.

141. «  Jeune, moi, et méprisé, je n’oublie pas vos ordonnances.

142. «  Votre justice est justice à jamais, et votre loi vérité.

143. «  Détresse et angoisse m’environnent, vos commandements font mes délices.

144. «  Juste est votre témoignage à jamais. Donnez-moi l’intelligence et je vivrai.  »

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137. «  Vous êtes juste, Yahweh, et droit en vos jugements.  »

En châtiant Israël, Dieu a révélé son incorruptible justice  :

«  À toi, Seigneur, la justice, à nous la honte au visage […]. Yahweh, à nous la honte au visage, à nos rois, à nos princes, à nos pères, parce que nous avons péché contre toi  », confessait le prophète Daniel au temps d’Antiochus Épiphane (Dn 9, 7-8).

Le châtiment est venu, en toute justice, mais hélas  ! «  nous n’avons pas rasséréné la Face de Yahweh, notre Dieu, en apprenant à connaître ta vérité.  » (Dn 9, 13)

138. «  Vous avez établi en justice votre témoignage et fidélité jusqu’au bout.  »

Le Dieu juste est un Dieu clément. Moïse intercéda  : «  Il invoqua le nom de Yahweh. Yahweh passa devant lui et cria  : “ Yahweh, Yahweh, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité. ”  » (Ex 34, 5-7)

«  Jusqu’au bout  »  : c’est Jésus qui exauça cette prière lorsque, «  ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin  » (Jn 13, 1), jusqu’à donner sa vie pour eux.

139. «  Mon zèle me consume, car mes adversaires oublient votre Parole.  »

Le psalmiste est comme un nouveau Moïse, enflammé de colère à la vue du Veau d’or, comme un nouvel Élie, «  rempli d’un zèle jaloux pour Yahweh Sabaot, parce que les enfants d’Israël t’ont abandonné, qu’ils ont abattu tes autels et tué tes prophètes par l’épée. Je suis resté moi seul et ils cherchent à m’enlever la vie.  » (1 R 19, 10)

140. «  Un feu dévorant, votre promesse, et votre serviteur la chérit.  »

Le psalmiste est encore comme Jérémie que cette Parole consumait intérieurement quand il tentait de l’oublier (Jr 20, 9).

141. «  Jeune, moi, et méprisé, je n’oublie pas vos ordonnances.  »

Comme Joseph et David au milieu de leurs frères.

142. «  Votre justice est justice à jamais, et votre loi vérité.  »

«  Vérité  », c’est-à-dire qu’elle est solide, sûre, digne de confiance. Dieu ne s’en dédira pas.

143. «  Détresse et angoisse m’environnent, vos commandements font mes délices.  »

Au comble de la «  détresse  » et de «  l’angoisse  », le charme des «  commandements  » l’emporte encore.

144. «  Juste est votre témoignage à jamais. Donnez-moi l’intelligence et je vivrai.  »

«  L’intelligence  » est une participation à la Sagesse divine procurée par la connaissance de Dieu. Ce verset exprime toute l’espérance d’Israël en un renouveau merveilleux, où «  le pays sera rempli de la connaissance de Yahweh comme les eaux comblent la mer  », à l’avènement du Messie (Is 11, 9). C’est encore la grâce que nous demandons aujourd’hui pour nous et pour notre Saint-Père le pape, vicaire du Messie.

19. LE CRI DU CŒUR

145. «  Je crie de tout mon cœur, répondez-moi, Yahweh  ; j’observerai vos prescriptions.

146. «  Je vous appelle, sauvez-moi  ! et je garderai vos témoignages.

147. «  J’ai devancé l’aurore et j’appelle  ; je m’en attends de votre Parole.

148. «  Mes yeux devancent les veilles pour méditer sur votre promesse.

149. «  Écoutez ma voix selon votre miséricorde, Yahweh, selon vos jugements faites-moi vivre.

150. «  Ils approchent mes poursuivants perfides, de votre Loi, ils s’éloignent.

151. «  Vous êtes proche, Vous, Yahweh, et tous vos commandements sont vérité.

152. «  Dès longtemps, je sais de vos témoignages que vous les avez fondés pour toujours.  »

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145. «  Je crie de tout mon cœur, répondez-moi, Yahweh  ; j’observerai vos prescriptions.  »

Ce cri du psalmiste actualise celui que les enfants d’Abraham n’ont cessé de lancer vers Dieu depuis leur esclavage en Égypte, lorsque «  les enfants d’Israël, gémissant de leur servitude, poussèrent des clameurs, et leur appel à l’aide monta vers Dieu, du fond de leur servitude.  » (Ex 2, 23)

146. «  Je vous appelle, sauvez-moi  ! et je garderai vos témoignages.  »

«  Sauvez-moi.  » L’histoire d’Israël enchaîne les réponses apportées par Dieu à cet appel  : «  Les Israélites crièrent vers Yahweh et Yahweh suscita aux Israélites un sauveur qui les libéra.  » (Jg 3, 9)

147. «  J’ai devancé l’aurore et j’appelle  ; je m’en attends de votre Parole.  »

Les psaumes et leurs cris de détresse quotidiens annoncent et préparent la «  violente clameur  » lancée avec «  larmes, implorations et supplications  » par le Christ «  à celui qui pouvait le sauver de la mort  » (He 5, 7).

148. «  Mes yeux devancent les veilles pour méditer sur votre promesse

149. «  Écoutez ma voix selon votre miséricorde, Yahweh, selon vos jugements faites-moi vivre.  »

Dans le malheur, ou le péché, paraît le visage de la miséricorde divine. La «  miséricorde  », en Dieu, signifie qu’il ne peut supporter la misère de son élu, comme si, en contractant alliance avec lui, il avait fait de lui un être «  de sa race  » (Ac 17, 28), né de ses entrailles. Un instinct de tendresse l’unit à lui à jamais comme celui d’une mère la lie à son enfant.

«  Le mot qui m’est le plus cher, dans les psaumes, nous disait notre Père, répété sans cesse dans le bréviaire, c’est le mot de miséricorde. Ce qui caractérise le Cœur Immaculé de Marie et le Cœur de Jésus, qui ne font qu’un, c’est la miséricorde parce qu’on en a besoin.  » (dimanche de la Passion, 1er avril 2001)

C’est aussi le «  mot clef  » du pape François qui ne cesse de nous inviter à vivre «  une étreinte de miséricorde  » avec Dieu  :

«  Seul celui qui est caressé par la tendresse de la miséricorde connaît vraiment le Seigneur. Le lieu privilégié de la rencontre est la caresse de la miséricorde de Jésus-Christ à l’égard de mon péché.  » (10 mars 2015)

«  La morale chrétienne n’est pas l’effort titanesque, volontariste de celui qui décide d’être cohérent et qui y parvient, une sorte de défi solitaire face au monde… La morale chrétienne est la réponse émue face à une miséricorde qui surprend, imprévisible, carrément “ injuste ” selon des critères humains, de Quelqu’un qui me connaît, qui connaît mes trahisons et qui m’aime quand même…  » (ibid.)

C’est la grâce qu’imploreront et obtiendront tous ceux qui franchiront la Porte sainte de l’Année de la Miséricorde.

150. «  Ils approchent mes poursuivants perfides, de votre Loi, ils s’éloignent.

151. «  Vous êtes proche, Vous, Yahweh, et tous vos commandements sont vérité.  »

Vous n’êtes pas seulement le “ Très-Haut ”.

152. «  Dès longtemps, je sais de vos témoignages que vous les avez fondés pour toujours.  »

20. LE REGARD DE DIEU

153. «  Voyez ma misère et délivrez-moi, car je n’ai pas oublié votre Loi.

154. «  Défendez ma cause et rachetez-moi, selon votre promesse, faites-moi vivre.

155. «  Loin des méchants, votre salut, car ils ne cherchent pas vos prescriptions.

156. «  De par votre tendresse sans mesure, Yahweh, faites-moi vivre selon vos jugements.

157. «  Poursuivants et ennemis sans nombre ne m’ont pas fait dévier de vos témoignages.

158. «  J’ai vu les renégats et j’ai été dégoûté, ceux qui ne gardent pas votre promesse.

159. «  Voyez combien j’aime vos ordonnances, Yahweh, faites-moi vivre selon votre miséricorde.

160. «  La vérité est le principe de votre Parole, et à jamais tout jugement de votre justice.  »

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153. «  Voyez ma misère et délivrez-moi, car je n’ai pas oublié votre Loi.  »

À cette prière, le pape François donne toute son actualité en répétant  : «  Il n’y a aucun péché que Dieu ne puisse pardonner  ! aucun  ! Dieu pardonne tout et toujours. Ne nous lassons jamais de demander son pardon.  »

La miséricorde est au cœur du ministère du pape François qui l’a inscrite dans sa devise épiscopale  : «  Miserando atque Eligendo   », par Miséricorde et par Élection, inspirée d’une homélie de saint Bède le Vénérable (673-735), docteur de l’Église, dans laquelle celui-ci commente l’appel de Matthieu par Jésus  : «  Jésus vit un publicain et, en le regardant avec un sentiment d’amour, il le choisit en disant  : “ Suis-moi. ” Vidit ergo Jesus publicanum et quia miserando atque eligendo vidit, ait illi  : “ Sequere me. ”  »

Jorge Bergoglio a entendu cet appel le 21 septembre 1953, en la fête de saint Matthieu, après s’être confessé. Pour l’anniversaire de son élection pontificale, le 13 mars 2015, il a indicté une “ Année sainte extraordinaire de la miséricorde ”, qui s’ouvrira le 8 décembre 2015, en la fête de l’Immaculée Conception.

154. «  Défendez ma cause et rachetez-moi, selon votre promesse, faites-moi vivre.  »

L’inconnu de l’Exil l’a promis  : «  Dites à la fille de Sion  : Voici que vient ton Sauveur. Le prix de sa victoire l’accompagne et ses trophées le précèdent. On les appellera “ peuple saint ”, “ rachetés de Yahweh ”.  » (Is 62, 12)

155. «  Loin des méchants, votre salut, car ils ne cherchent pas vos prescriptions.

156. «  De par votre tendresse sans mesure, Yahweh, faites-moi vivre selon vos jugements.

157. «  Poursuivants et ennemis sans nombre ne m’ont pas fait dévier de vos témoignages.

158. «  J’ai vu les renégats et j’ai été dégoûté, ceux qui ne gardent pas votre promesse.  »

En voyant ma misère (vt 153), Dieu me fait miséricorde, tandis qu’il ne regarde même pas les renégats. Car, pour eux, point de miséricorde. Seulement le regard du fidèle «  racheté  » (vt 154), et son «  dégoût  ».

Ainsi, la sainteté de miséricorde ne contredit pas la sainteté de justice, mais elle en est la cause. Le pape François l’a merveilleusement expliqué dans son homélie de la célébration pénitentielle du 13 mars, à Saint-Pierre. Commentant le passage de l’Évangile selon saint Luc sur la pécheresse pardonnée (Lc 7, 36-50), il nous a fait contempler «  le regard même de Jésus sur nous, plein de compassion, comme l’a perçu la femme pécheresse dans la maison du pharisien. Dans ce passage, deux mots reviennent avec insistance  : amour et jugement.

«  Il y a l’amour de la femme pécheresse qui s’humilie devant le Seigneur, mais auparavant encore, il y a l’amour miséricordieux de Jésus pour elle, qui la pousse à s’avancer.  »

Tandis que Simon, lui, le maître de maison, le pharisien, «  en pensée, invoque seulement la justice et, ce faisant, il se trompe. Son jugement sur la femme l’éloigne de la vérité et il ne lui permet pas non plus de comprendre qui est son hôte.  »

159. «  Voyez combien j’aime vos ordonnances, Yahweh, faites-moi vivre selon votre miséricorde.  »

160. «  La vérité est le principe de votre Parole, et à jamais tout jugement de votre justice.  »

«  Vérité  », ’èmèt . David dit à Yahweh  : «  Vos paroles sont vérité  » (2 S 7, 28), pour signifier que les promesses reçues de lui assurent la perpétuité de sa maison (vts 138, 142, 151).

21. LE FRUIT DE LA MISÉRICORDE

161. «  Les princes me persécutent sans cause, mais c’est votre Parole que redoute mon cœur.

162. «  Je me réjouis, moi, de votre promesse, comme celui qui a découvert un immense butin.

163. «  Le mensonge, je le hais, je l’abomine, J’aime votre Loi.

164. «  Sept fois le jour, je vous loue pour vos justes jugements.

165. «  Abondance de paix pour ceux qui aiment votre Loi, rien ne les fera trébucher.

166. «  Je mets mon espérance en votre salut, Yahweh, et vos commandements, je les mets en pratique.

167. «  Mon âme garde vos témoignages, car je les aime beaucoup.

168. «  Je garde vos ordonnances et vos témoignages. Ainsi, tous mes chemins sont devant vous.  »

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161. «  Les princes me persécutent sans cause, mais c’est votre Parole que redoute mon cœur.  »

Non pas que le psalmiste entende cette Parole de ses oreilles, mais la crainte révérencielle naît de la foi que le fidèle yahwiste a dans les manifestations réelles, historiques, du Dieu vivant, depuis la théophanie du Sinaï (Ex 20, 18-19) jusqu’à la vision nocturne de l’échelle de Jacob (Gn 28, 17), en passant par la crainte de Moïse devant le Buisson ardent (Ex 3, 6).

162. «  Je me réjouis, moi, de votre promesse, comme celui qui a découvert un immense butin.  »

La «  Parole  » est d’abord le commandement divin, et ensuite la promesse faite à ceux qui le mettent en pratique. D’où la crainte… Mais cette crainte n’empêche pas la joie de l’Alliance, au contraire  : elle l’alimente  ; le psalmiste imite Jérémie  : «  Quand tes paroles se présentaient, je les dévorais  ; ta parole était mon ravissement et l’allégresse de mon cœur. Car c’est ton Nom que je portais, Yahweh, Dieu Sabaot.  » (Jr 15, 16)

163. «  Le mensonge, je le hais, je l’abomine, J’aime votre Loi.  »

«  Le mensonge  », opposé à la «  Loi  » par les «  princes  » qui le «  persécutent  », est l’idolâtrie contraire au premier article de cette Loi  : «  Tu aimeras Yahweh, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir.  » (Dt 6, 5)

164. «  Sept fois le jour, je vous loue pour vos justes jugements.  »

«  Sept  » est le chiffre parfait, pour signifier une louange incessante. La prière quotidienne avait lieu «  trois fois par jour  » (Dn 6, 11), «  le soir, le matin, à midi  » (Ps 55, 18), le jour légal commençant le soir. Ce verset 164 est devenu, à partir de la Règle de saint Benoît, le fondement biblique des sept heures canoniales de l’office liturgique quotidien  : laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres et complies. Matines, à la minuit, s’appuient sur le verset 62  : «  Au milieu de la nuit, je me lève pour vous rendre grâces.  »

Les «  justes jugements  » sont ceux du gouvernement quotidien de l’univers depuis sa création.

165. «  Abondance de paix pour ceux qui aiment votre Loi, rien ne les fera trébucher.  »

«  Paix  », šalôm  : le mot dérive d’une racine qui désigne le fait d’être complet, intact, et le bien-être de l’existence quotidienne qui en découle. Concrètement, elle est bénédiction, repos, gloire, richesse, salut, vie. Plénitude de bonheur, fruit de l’union à la volonté de Dieu par l’amour de sa Loi.

166. «  Je mets mon espérance en votre salut, Yahweh, et vos commandements, je les mets en pratique.  »

«  Votre salut  », yešû atèkha, autrement dit  : «  votre Jésus  » (cf. vt. 41). Ce verset est déjà un appel à son avènement qui l’a fait «  concevoir  », pour ainsi dire, dans son esprit, par la Vierge Marie lorsqu’elle récitait ce psaume, avant de concevoir ce «  salut  », ce «  Jésus  » en son sein par l’opération du Saint-Esprit.

167. «  Mon âme garde vos témoignages, car je les aime beaucoup.

168. «  Je garde vos ordonnances et vos témoignages. Ainsi, tous mes chemins sont devant vous.  »

Tout le mouvement du psautier dont ce psaume 119 est l’anthologie, consiste à marcher vers Dieu, selon la vocation d’Abraham  : «  Marche en ma présence et sois parfait  » (Gn 17, 1), sur un chemin que Dieu lui-même a balisé de ses «  ordonnances  » et «  témoignages  », et qui conduit le fidèle en Sa Présence.

22. LE VISAGE DE LA MISÉRICORDE

169. «  Que mon cri approche de votre Face, Yahweh, donnez-moi l’intelligence de votre Parole.

170. «  Que ma supplication parvienne jusqu’à votre Face. Selon votre promesse, délivrez-moi.

171. «  Que mes lèvres publient la louange de vos prescriptions dont vous m’instruisez.

172. «  Que ma langue chante votre promesse, car tous vos commandements sont justice.

173. «  Que votre main me soit en aide, car j’ai choisi vos ordonnances.

174. «  Je soupire après votre salut, Yahweh, et votre Loi fait mes délices.

175. «  Que vive mon âme pour vous louer, et vos jugements me viendront en aide.

176. «  J’erre, brebis perdue  ; cherchez votre serviteur, car je n’oublie pas vos commandements.  »

*
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169. «  Que mon cri approche de votre Face, Yahweh, donnez-moi l’intelligence de votre Parole.  »

Tout ce psaume n’est qu’un long «  cri  » (cf. vt 145) qui manifeste «  l’intelligence  » qu’a le psalmiste de la Parole de Dieu, révélation de son Divin Cœur dont sa «  Face  » est le miroir.

170. «  Que ma supplication parvienne jusqu’à votre Face. Selon votre promesse, délivrez-moi.  »

Entre la «  supplication  » et l’ «  action de grâces  » (cf. vt 108), la prière est un face à Face en attente du salut promis.

171. «  Que mes lèvres publient la louange de vos prescriptions dont vous m’instruisez.  »

La «  louange  » est avant tout confession des œuvres de Dieu qu’ordonnent ses «  prescriptions  » (vt 12).

172. «  Que ma langue chante votre promesse, car tous vos commandements sont justice.  »

La voie du psalmiste, qui emprunte celle que Dieu a marquée de ses commandements, aboutit infailliblement à la sainteté de justice que chante ce psaume en ses vingt-deux strophes, elle-même fruit de la miséricorde divine.

173. «  Que votre main me soit en aide, car j’ai choisi vos ordonnances.  »

Ce verset est une réponse à la plainte de Yahweh qui voit son amour méprisé  : «  Je tendais les mains chaque jour vers un peuple rebelle qui suivait une voie qui n’est pas bonne, au gré de ses fantaisies.  » (Is 65, 2)

174. «  Je soupire après votre salut, Yahweh, et votre Loi fait mes délices.  »

«  Votre salut  », avant d’être apporté par Jésus, la Parole de Dieu en Personne, le Verbe fait chair, le «  salut  » a été, à travers les siècles, l’expérience historique du peuple de Dieu qui le distingue de tous les autres peuples de la terre. Dieu a sauvé David, en lui donnant la victoire, partout où il allait. Et, par son entremise, il a sauvé son peuple de la main de ses ennemis.

175. «  Que vive mon âme pour vous louer, et vos jugements me viendront en aide.  »

Mais le salut n’advient pas sans qu’un «  jugement  » divin n’intervienne pour mettre à part ceux qui en bénéficient.

176. «  J’erre, brebis perdue  ; cherchez votre serviteur, car je n’oublie pas vos commandements.  »

Yahweh, dit Ézéchiel, sauvera ses brebis en les ramenant dans un bon pâturage (Ez 34, 22).

Cet appel à la miséricorde divine résume tout l’Ancien Testament  : ce ne sont pas les hommes qui se croient justes qui réjouissent le Cœur de Dieu, mais les pécheurs repentants.

«  LE CHEMIN QUI MÈNE JUSQU’À DIEU  »

Le mot hébreu dèrèk, «  chemin  » (vt 1 et passim), désigne la conduite de l’homme qui n’est qu’un «  étranger sur la terre  » (vt 19). Sa patrie est ailleurs. La révélation divine est son viatique (vt 54) en attendant l’autre patrie où règne la justice (vts 7, 40 et passim), où il célébrera la victoire de la bataille menée tout au long de son pèlerinage terrestre avec l’aide de la grâce (ḥèsèd) de Dieu.

Chacun des huit mots qui désignent ce que Dieu veut  : Loi (tôrâh), Parole (dâbâr), prescriptions (ḥuqqîm), témoignage (‘ édot), promesse (’ imrâh), ordonnances (piqqudîm), commandements (miṣwôt), jugements (mišpâtîm), révèle un Dieu d’amour, sept fois évoqué par le mot ḥèsèd, un Dieu de fidélité (’ èmûnâh , vts 30, 75 et passim ), de justice (ṣedâqâh), et de tendresse (raḥamîm , vts 77, 156).

Ces attributs de Yahweh demeurent de toute éternité (vts 52, 142, 152, 160), et c’est déjà dans cette éternité que le psalmiste espère s’établir en pratiquant les commandements (vts 44, 98, 101, 112, 117), car vivre conformément à la volonté divine, c’est recevoir déjà en partage la Terre promise (vts 19-20, 57), qui n’est autre qu’une vie de communion avec Dieu (vts 37, 50, 93, 144), dont l’intimité se traduit par une prière de supplication du psalmiste à la recherche du visage divin.

«  C’est l’apprentissage du Ciel  »  ! où se tient la parole divine personnifiée (vt 89) qui préside aux destinées du monde. Le lieu de son séjour est le Ciel, dans une région supérieure à celle de l’univers qu’elle a fondé et organisé (vt 90-91). Se tenir dans le Ciel, c’est avoir une existence éternelle.

C’est ainsi que se présente la Sainte Vierge Notre-Dame aux petits voyants de Fatima, le 13 mai 1917  : «  Je suis du Ciel.  »

Le psaume 19 attribue à la «  Loi  » (tôrâh), des fonctions analogues à celles que remplit la Sagesse personnifiée dans les livres des Proverbes et de l’Ecclésiastique (Pr 8 et Si 24) appliqués par l’Église à la Vierge Immaculée (cf. Ps 19, 8-11). Le psaume 119 se prête à la même transposition dès le premier verset  :

«  Heureux ceux qui marchent dans le chemin de l’innocence et de la Loi de Yahweh.  »

Beati Immaculati. Cette béatitude s’applique en tout premier lieu à l’Immaculée, et même à Elle seule  ! La Bienheureuse Vierge Marie «  marche dans le chemin de l’innocence  » dès sa conception. Son Cœur Immaculé est le chemin qui conduit jusqu’à Dieu, à condition que l’enfant de Marie obéisse à ses petites «  demandes  », prescriptions et commandements, et se jette dans le sein de sa miséricorde, avec une entière confiance en ses promesses.

Le psaume 119 ne contient aucune imprécation contre les ennemis, mais seulement un simple constat du fossé qui sépare de Dieu ceux qui n’observent pas ses commandements (vts 53, 84, 113, 115, 126, 150, 155, 158). C’est comme le feu du creuset qui ne réussit pas à séparer les scories du métal ­précieux (vt 119)  !

«  Préservez-moi de l’opprobre et du mépris.  » (vt 20) La version moderne de cette prière est la prière enseignée par Notre-Dame de Fatima le 13 juillet 1917  : «  Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’enfer, et conduisez au Ciel toutes les âmes, surtout celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde.  »

frère Bruno de Jésus-Marie.

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