La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 154 – Août 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


DE SAINT DENIS-SUR-HUISNE
À SAINT-DENIS DE LA RÉUNION

Récit d’un pèlerinage.

Notre Dame de Fatima à Beaumont protège l’île de la Réunion.

Notre Dame de Fatima à Beaumont protège l’île de la Réunion.

AUTREFOIS, pour atteindre l’île Bourbon, les missionnaires devaient accomplir quatre-vingts jours d’une traversée périlleuse en bateau. Aujourd’hui, il suffit de onze heures de vol sans escale  ! Arrivé le samedi 13 juin, après un bon repas en famille, notre première visite fut pour Notre-Dame Auxiliatrice en l’église de La Ressource qui lui est dédiée et à l’oratoire de Beaumont consacré à Notre-Dame de Fatima.

PÈLERINAGE À LA RESSOURCE

Émotion de retrouver l’église construite par le Père Krémer telle que je l’avais quittée il y a vingt-quatre ans, mais embellie à l’intérieur par la magnifique représentation, unique au monde, de la vision de Tuy. Il est cependant dommage que la photo du Saint Suaire placée côté évangile soit remisée au fond de l’église à gauche près de la chorale, non loin de la photo du Père Krémer, avec qui Il est en réalité en bonne compagnie. En effet, le Père Krémer fut le plus grand propagandiste de cette dévotion à la Réunion et même à la CRC.

Quant à l’image de Notre-Dame de Syracuse autrefois côté épître, dont les larmes ont rendu miraculeusement la vue au Père Krémer le 19 mars 1992, elle a été enlevée, mais la dévotion au Cœur Immaculé de Marie demeure l’héritage du Père Krémer.

Oratoire de BeaumontÀ l’oratoire de Beaumont, nous avons récité un chapelet à toutes nos chères intentions, d’ici et de métropole, et surtout pour que Notre-Dame de Fatima hâte son triomphe dans le cœur du pape François. Cet oratoire, élevé par le Père Krémer sur un terrain donné par une paroissienne, domine tout le nord-est de l’île, de la ville de Saint-Denis à celle de Sainte-Marie. C’est ainsi que Notre-Dame de Fatima protège l’île de la Réunion, une grande croix située à droite est visible de très loin et permet de repérer facilement l’oratoire.

Les pèlerinages organisés par le Père Krémer les 13 mai et 13 octobre, faisaient venir les fidèles de très loin en car. Ils ne sont plus qu’un beau souvenir perpétué encore par certains paroissiens, petit troupeau fidèle dans l’attente du triomphe du Cœur Immaculé de Marie qui ne saurait tarder. Le temps était pluvieux, mais comme lors de toutes les cérémonies organisées ici, notre chapelet se termina par le chant de l’Adeus et un petit rayon de soleil nous fit fermer nos parapluies.

Le lendemain, ce fut la messe à la paroisse, célébrée très dignement par le Père Théophile Rey, spiritain, qui prêcha sur la beauté du pardon des injures, échos des commérages qui sont ici une plaie et qu’on appelle les “ la dit la fait ”. Les chants étaient identiques à ceux qu’on entend partout. La piété est encore visible, reste de trente-quatre ans d’apostolat du Père Krémer  : on se met à genoux à la prière pénitentielle, à la consécration. Néanmoins l’église n’est pas remplie et il n’y a guère plus de monde à la “ messe anticipée du dimanche ”. Pourtant, la population de la paroisse a doublé ou triplé en vingt ans.

La plaine des psalmistes et en haut à gauche le Piton de Neiges et au fond à droite, la mer (Photo : Samuel Robert).

La plaine des psalmistes et en haut à gauche le Piton de Neiges et au fond à droite, la mer
(Photo  : Samuel Robert).

 

 VISITE EN ENFER  !

La messe à peine terminée, nous avons salué certaines personnes, surtout des membres de ma famille, mais nous n’avons pas tardé à reprendre la route afin d’arriver avant midi au volcan, les nuages recouvrant vite les sommets. Par un temps magnifique, on monte vers une première étape à la Plaine des Palmistes (1 606 m d’altitude), un paysage magnifique de verdure et de montagne. On se croirait en métropole  ! La température est hivernale (21 °  !) et les Réunionnais grelottent  ! La deuxième étape est une route de montagne qui nous mène à la Plaine des Cafres, la température tombe à 13 °. C’est la campagne française avec ses fermes, ses troupeaux, mais très vite, en s’approchant du volcan, le paysage est plus aride et on franchit une première caldéra, ce mot portugais veut dire “ chaudron ”. C’est en effet en descendant dans ce premier chaudron qu’on arrive dans la Plaine des Sables. Ce paysage lunaire est recouvert de lapilli, petits graviers projetés par la Piton des Neiges du temps où il était un volcan explosif. Puis on arrive au pas de Belcombe, au pied de la deuxième caldéra. La route s’arrête ici, sur une falaise de 200 à 300 mètres qu’on ne peut franchir qu’à pied, par un sentier étroit. Devant nous se dresse jusqu’à l’altitude de 2 600 mètres le Piton de la Fournaise. Nous n’y sommes pas restés longtemps afin de déjeuner rapidement et visiter le nouveau musée du volcan et faire pèlerinage à Notre-Dame des Laves. Le musée pourrait être intéressant, avec un guide. Le seul qui donnait des explications s’attardait sur un simulateur d’éruption volcanique, un logiciel qui “ provoque ” des éruptions virtuelles assez bien rendues. Il permet au guide d’expliquer les éruptions volcaniques, en particulier celle qui eut lieu en 2007 et cela m’a un peu effrayé. Je n’avais pas réalisé la gravité de la situation  : le dôme du cratère Dolomieu (1 km de diamètre) s’était rempli de laves en fusion, mais était recouvert d’une épaisse croûte de laves refroidies et dures qui créait une pression énorme. Pendant des mois, la lave a repoussé la croûte de roche jusqu’à atteindre le sommet. L’éruption du 6 avril 2007 sur le flanc du volcan a heureusement vidé le cratère, mais le vide créé par la lave a provoqué un effondrement de la croûte  : 70 millions de m 3 de roches se sont effondrés dans la chambre magmatique vidée de sa lave fluide, creusant un énorme trou de 340 mètres. On n’ose imaginer les conséquences si l’éruption de 2007 n’avait pas créé une soupape pour cette gigantesque “ cocotte-minute ”  : une éruption semblable à celle qui a anéanti Saint-Pierre de la Martinique  ?

Piton de la Fournaise

Photo panoramique du Piton de la Fournaise vu du pas de Bellecombe.
On aperçoit à droite et à gauche la caldéra.

 

LE MIRACLE DE SAINT JANVIER

Un panneau intitulé “ Le volcan et l’Homme ” affirme  : «  Craintes et fascination ont, depuis la nuit des temps, déterminé les rapports entre l’Homme et les volcans. Celui-ci a élaboré des rites et des croyances, construit des mythes et des légendes pour se concilier les faveurs de ces montagnes turbulentes, afin de vivre en harmonie parfois précaire dans leur intimité  »  ! Suit un paragraphe ironique sur un de ces «  rites et croyances élaborés  », le culte de saint Janvier qui en 1631 épargna la ville de Naples lors d’une éruption du Vésuve qui fit 4 000 victimes. «  Dès lors, à chacun de ses réveils, le reliquaire du saint patron sera porté en procession et présenté aux éléments déchaînés… En 1660, des pluies de cendres et de petites croix noires, telles des messages divins, s’abattent sur les villages alentour. C’est pour les habitants le signe que saint Janvier veille sur eux.  » Et de préciser  : «  Prosaïquement, ce ne sont que d’humbles cristaux de pyroxène  ! Dans la cathédrale de Naples, les fioles contenant le sang de saint Janvier sont régulièrement présentées à la foule. Si le sang se liquéfie, voire même bouillonne, le saint accordera sa bienveillante protection. Dans le cas contraire, l’avenir s’annonce bien sombre.  »

Il se trouve que quelques jours plus tard, lors d’un repas de famille, j’ai pu montrer la vidéo du miracle de saint Janvier qui eut lieu lors de la visite du pape François à la cathédrale de Naples le 21 mars 2015  ! Le cardinal archevêque de Naples a présenté le reliquaire au pape François et le sang de saint janvier s’est liquéfié en sa présence. Ainsi, saint Janvier est toujours d’actualité et fait encore des miracles contrairement à ce qu’affirme le panneau du musée. Personne n’avait vu cette vidéo, et tous furent convaincus du miracle, admirant en même temps la modestie du pape François. Beaucoup étaient persuadés que le pape François était un progressiste qui remet tout en cause dans l’Église, car les médias le montrent sous ce faux jour mais muni des raisons données par frère Bruno dans ses conférences d’Actualité, j’ai pu leur montrer que le pape François accomplit en ce moment une œuvre difficile de restauration de l’Église et qu’il faut le suivre.

DESCENTE AUX ENFERS, NOTRE-DAME PITIÉ  !

La visite du musée s’est terminée par quinze minutes de cinéma 4 D, censé nous rassurer  : c’est un voyage au centre du volcan. Une reconstitution d’un cratère dans lequel vous plongez à la suite d’un petit robot “ rigolo ”  : vous êtes équipé de lunettes pour vous permettre de voir les images en relief. Vous êtes assis sur des fauteuils qui bougent et suivent les mouvements de la descente. Et si vous n’êtes pas encore convaincu, on vous projette au visage de la fumée chaude ou de l’eau. Tout cela est synchronisé avec la vidéo en 3 D, vous donnant l’impression d’une vraie descente en enfer. Vous naviguez sur la lave et êtes chahuté dans les tunnels que la lave en fusion a creusés et vous aboutissez dans la chambre magmatique  ! Ils auraient aussi pu nous faire ressentir la température à 3 000 ° et les gaz sulfuriques  : mais ce “ cinéma 5 D ” n’existe qu’après la mort, dans l’enfer éternel. Cette visite, loin de rassurer, donne un aperçu de ce qui attend les âmes des damnés. Il n’y a évidemment personne pour le faire remarquer, mais quelle prédication l’on pourrait faire. Au lieu de cela, c’est présenté de façon rigolote, banalisée.

Heureusement, nous sommes redescendus pour faire pèlerinage à Notre-Dame des Laves. L’église qui a été préservée de l’éruption de Pâques 1976 est toujours là, mais très mal entretenue. Il est dommage que la gendarmerie située en face ait été complètement rasée. Très humiliant pour la République de la laisser en témoignage d’impuissance en face de l’église, la gendarmerie ayant été recouverte par les laves. Nous prions Notre-Dame dans cette église afin qu’Elle sauve les âmes de l’enfer.

L’ENFER SUR TERRE  !

C’est le matérialisme ambiant et la franc-maçonnerie qui asphyxient la religion à la Réunion. L’île est riche, elle regorge de biens matériels et il n’y a pas de misère, pourtant elle compte 30 % de chômeurs, 50 % chez les jeunes, cherchez l’erreur  ! On ne vit que de la manne métropolitaine  : allocations familiales, allocations chômage, RSA. On vit aussi grâce aux facilités de crédit. Le commerce est florissant, car la population est jeune et le nombre d’enfants par famille est encore élevé. Les statistiques de l’INSEE sorties ces jours-ci sont éloquentes. Une population de 845 000 habitants qui s’accroît de 9 000 habitants par an, 30 % de moins de vingt ans, 75 % d’enfants nés hors mariage (civil  !). Lorsque j’ai quitté l’île en 1991, elle comptait seulement 550 000 habitants  ! Il n’y a pas d’avenir ici, aucune industrie n’est capable d’employer des jeunes, la canne à sucre est en passe de disparaître, l’Europe ayant ouvert le marché du sucre aux pays les moins développés d’Afrique, le sucre de Bourbon qui est le meilleur, mais plus cher, est concurrencé par ces pays qui ont invité sur leur territoire des firmes anglaises pour produire le sucre à des coûts de main-d’œuvre défiant toute concurrence.

Et pour accroître les difficultés, la République française généreuse a accordé le statut de département français à Mayotte, donnant le droit aux Mahorais de circuler dans toute la France et d’avoir les mêmes droits que tout Français. Ils viennent donc s’installer à la Réunion  ! Mais on ne s’est pas préoccupé de leur donner des mœurs françaises  : ils sont majoritairement musulmans et polygames. L’hygiène y est déplorable, selon le témoignage d’une infirmière que nous connaissons, comparée à celle des familles comoriennes présentes dans l’île depuis longtemps. Le nombre de leurs enfants leur permet de vivre des allocations familiales sans avoir à travailler. Avant de les accueillir, il aurait fallu se préoccuper de les civiliser.

Le seul exutoire envisagé à cette surpopulation par les autorités est l’émigration vers la métropole… des Réunionnais, facilitée par une prime de mobilité territoriale (il fallait trouver le mot) de 300 € par an et par personne déductible du prix (il est vrai exorbitant) du billet d’avion, ou vers le Canada (un de mes cousins y travaille), l’Australie ou les USA (une de mes cousines va s’y rendre). Cette émigration entraîne bien évidemment la perte de la pratique religieuse et un isolement par rapport à la famille. Serait-il permis de conclure qu’on laisse partir l’élite et qu’on laisse entrer la barbarie islamique  ? N’est-ce pas une volonté systématique de détruire ce qui reste de la Chrétienté réunionnaise  ?

Si cet accroissement de la population fait marcher l’industrie du bâtiment, elle entraîne la construction anarchique de logements sociaux qui défigurent le paysage à tel point que je n’ai pas reconnu certains quartiers de Sainte-Marie. On crée des zones semblables à celles du Chaudron, tristement célèbre pour les émeutes de 1991, où vols et crimes de toutes sortes peuvent se développer chez une population désœuvrée et assistée. La criminalité a beaucoup augmenté  : il ne se passe pas deux jours sans qu’on apprenne un assassinat, un braquage, ou mieux la corruption d’élus  ! On est loin du temps où le Père Krémer, dans un article paru dans la revue des Pères du Saint-Esprit, pouvait se vanter de l’absence de crime dans sa paroisse.

LA CORRUPTION ERIGÉE EN SYSTÈME

Le mauvais exemple est donné de haut  : les élus, qu’ils soient de droite ou de gauche, sont tous membres de la franc-maçonnerie, je le tiens du témoignage direct d’une personne proche qui a vu entrer dans une loge la plupart des élus de l’île lors d’un convent maçonnique. Ils ont l’air de se battre entre eux dans les médias, mais ils sont tous d’accord pour se poster à la tête de toutes les entreprises et hautes administrations. Si l’un d’entre eux se montre trop de “ droite ”, il est automatiquement sanctionné par un procès en corruption qui le ramène dans le droit chemin républicain. L’itinéraire de l’un d’entre eux est assez caractéristique  : un catholique de droite qui fit une spectaculaire volte-face en 2010, après des procès et condamnations à la prison avec sursis et amendes pour prise illégale d’intérêt  : revenant vingt-quatre ans après, j’ai eu la surprise de le voir passé avec armes et bagages dans la liste communiste du Conseil régional dont il est maintenant membre du conseil permanent  !

Les candidats à certains hauts postes se voient automatiquement proposer l’adhésion à la franc-maçonnerie  : s’ils refusent, ils sont rétrogradés à la dernière place dans la liste des admissibles. Même les écoles catholiques ne sont pas épargnées, l’une d’entre elles, dans laquelle j’ai fait ma scolarité, est noyautée de membres de la secte dont les crimes contre les enfants restent impunis à ce jour.

Sur Radio Freedom, la fameuse radio et télévision à scandales de Camille Sudre qui avait provoqué les émeutes sanglantes du Chaudron en 1991, on annonçait il y a quelque temps encore des messes noires  ! Le scandale provoqué par ces annonces a fait reculer la radio. Cependant, le Conseil Régional lui a versé 600 000 € pour frais de publicité. Rappelons qu’un des vice-présidents de région n’est autre que… Camille Sudre. Sa femme, Margie Sudre, militante maoïste, fut ministre de l’Outre-Mer de Jacques Chirac homme de droite, mais lui aussi ancien militant maoïste  !

Un énorme chantier est actuellement lancé par la région, la nouvelle route en corniche. Celle-ci fut construite dans les années 70 pour éviter la route de La Montagne, devenue insuffisante. On creusa alors dans une falaise de 100 mètres de hauteur une route de 25 kilomètres en bord de mer, sans réfléchir qu’on fragiliserait la montagne. Ce fut la route la plus chère du monde et, en même temps, elle devint la route la plus meurtrière de l’île à cause des éboulements provoqués par les pluies diluviennes de l’été austral. Aujourd’hui, on réalise ce qui aurait dû être fait dès le début  : gagner du terrain sur la mer pour y construire une route. Oui, mais la plus grande partie de la route sera constituée d’une sorte de viaduc reposant sur d’énormes piliers posés dans le fond de la mer. A-t-on calculé la force de la houle cyclonique et des vents  ? Il est permis d’en douter, les premiers travaux de remblaiement effectués à ce jour ayant été emportés par les vagues d’une simple dépression tropicale  ! Coût “ prévu ” des travaux  : plus d’un milliard six cent mille euros financés grâce à un prêt à la région Réunion qui devra bien sûr être remboursé, mais par qui et avec quel argent  ? Certes par l’État et l’Europe comme le prévoit l’accord Matignon II. Mais on commence à parler de surcoûts et les surcoûts seront entièrement à la charge de la région. Déjà, en 2010, l’annulation d’un précédent projet de route, agrémenté d’un tram-train, a été assortie d’un dédommagement de 170 millions d’euros. Avant même la pose de la moindre première pierre  ! Et, surprise, la société mandatée alors n’était autre que… Bouygues, qui réclame son chèque au tribunal et qui a obtenu de nouveau le marché avec la société Vinci.

Or, l’octroi de mer, droit de douane prélevé sur les marchandises venant de métropole et de l’étranger et principal moyen de financement des collectivités locales, ne rapporte “ que ” 400 millions d’euros et semble être dans le collimateur de l’Europe  ! Les relations avec la métropole sont-elles déjà sous le signe de l’indépendance pour que l’Europe s’occupe directement des moyens de financement de la région  ? Voilà un moyen de nous rendre esclaves des banques européennes, comme la Grèce  ! Ce qui a fait dire à M. Tian ha Koon  : «  Nous allons devenir la Grèce de la France.  » Comment la région remboursera-t-elle  ? Elle doit déjà trouver 27 millions d’euros par an pour rembourser la Caisse des Dépôts et Consignations. Et ce durant quarante-cinq ans  ! Ce Conseil Régional de la Réunion, qui se réunit dans un immeuble futuriste en forme de pyramide inversée est un symbole fort de la corruption républicaine et maçonnique.

LA VRAIE RÉUNION

Pour retrouver la Réunion profonde, il faut se rendre dans les endroits reculés de l’île et encore, rien n’est épargné totalement par l’apostasie. Le samedi suivant, nous avions rendez-vous à Cilaos pour vénérer la tombe du Père Boiteau et admirer les belles montagnes de ce cirque. Pour y arriver, il faut emprunter une route de 350 virages serrés et dangereux. Et si on veut arriver sain et sauf, il vaut mieux ne pas s’attarder au pied des falaises de 1 000 mètres de haut qui s’effritent  : la route est parsemée de trous et de morceaux de roches, vestiges de chutes de grosses pierres qui ont éclaté. Elle serpente entre les crevasses, on passe deux étroits tunnels où deux voitures ne peuvent pas circuler de front et on débouche sur un panorama à vous couper le souffle, une vue plongeante sur le cirque de Cilaos. Les trois cirques que compte l’île résultent de gigantesques effondrements du Piton des Neiges sur ses flancs. Le village de Cilaos se trouve dans le cirque à 1 200 mètres d’altitude et est encerclé par des falaises de 1 000 mètres.

Village de Cilaos

Le village de Cilaos au milieu du cirque   : on aperçoit le clocher de l’église.

Le Père Boiteau fut curé de ce lieu très escarpé de 1934 à 1947, charge qu’il cumula avec celle de supérieur du Petit Séminaire. Le secret de sa vie semble renfermé dans un écrit daté et trouvé dans son portefeuille  :

«  Ô Jésus qui m’avez aimé du plus grand amour possible, qui avez souffert pour moi infiniment plus que ce n’était nécessaire pour me sauver, pour vous rendre amour pour amour, pour convertir les païens et les pécheurs, je m’engage sous peine de châtiment, à accomplir toujours ce que votre Esprit-Saint me fera voir de plus parfait. Je vous demande de me punir chaque fois que j’aurai manqué à cet engagement.

«   Ô Marie, ma bonne Mère, c’est uniquement sur votre intercession que je compte pour pouvoir tenir cet engagement.  »

Après sa mort survenue le 7 juillet 1947, le Père Berthout, son confrère, déclare les faits suivants qu’il a vus et connus de manière certaine  :

«  Pendant toute la guerre, depuis 1939, il s’est complètement privé de pain, le remplaçant par du maïs. Il s’en excusait en souriant et donnait pour raison qu’en France, dans le même temps, on ne mangeait pas à sa faim.

Le Père Paul Boiteau, le curé d’Ars de l’île de la Réunion ( 1901-1947 ).

Le Père Paul Boiteau, le curé d’Ars de l’île de la Réunion
( 1901-1947 ).

«  Depuis une quinzaine d’années, il jeûnait tous les jours. Il ne sucrait plus, depuis le même temps, son café ni sa tisane. Le café est notre déjeuner matinal (celui de Bourbon est célèbre)  : il n’en prenait que deux ou trois cuillerées, ce qui était une façon déguisée de jeûner.

«  Son lit n’est presque jamais défait. À quelle heure se couchait-il  ? Il nous est plusieurs fois arrivé, à l’un comme à l’autre (je parle des Pères de la maison) d’aller entre onze heures et minuit, chercher un bréviaire oublié à la Chapelle  : nous y trouvions chaque fois le Père Boiteau debout devant le maître-autel, ou encore faisant lentement son chemin de croix. Cinq ou six fois, des enfants malades l’ont réclamé pendant la nuit  ; nous étions sûrs de le trouver devant le Saint-Sacrement, même à minuit passé. Une fois, la première nuit après le cyclone de 1945, nous fûmes réveillés par un bruit de tôles dans la cour intérieure. Nous pensâmes à des maraudeurs  : quelques séminaristes s’armèrent de gourdins et nous de nos lampes de poche en guise de revolver, et nous trouvâmes le Père Boiteau empêtré dans les tôles, cherchant son chemin pour regagner sa chambre. Il sortait de la chapelle et il était plus de minuit.

«  Une nuit que la cloche d’appel de la cure sonnait et que personne ne répondait, un Père se leva pour réveiller le Père Supérieur. Il le trouva dormant à terre, enroulé dans une couverture au pied de son lit. Ordinairement, il se levait à deux heures et demie du matin. Il entrait doucement à la chapelle croyant n’alerter personne. Il restait là jusqu’au moment de réveiller les élèves. Il était alors cinq heures dix. Trois ou quatre fois, il y a manqué, nous le trouvions dans ce cas-là, endormi au pied du Tabernacle.  »

«  La maladie l’a surpris brusquement. Il fallut l’habiller en hâte pour le descendre à Saint-Denis. Nous ne lui trouvâmes plus ni manteau ni douillette, ni ce tricot de laine que la Supérieure des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny de Cilaos lui avait prêté pour l’empêcher de le donner. Mais nous découvrîmes autre chose, tout un inventaire d’objets de pénitence usagés, cachés soigneusement, mais tous usagés. Il y avait une chaîne de fils barbelés qu’il passait comme une ceinture à certaines périodes  ; une corde doublée par un de ses bouts, avec des traces de sang  ; un collier garni de pointes… Rien n’avait transpiré de ces pénitences.

«  Nous eûmes le bonheur d’arriver à temps pour le voir mourir. Ses dernières paroles furent pour demander pardon à tous ceux près desquels il avait vécu, les Pères, les Religieuses, les Séminaristes, les enfants, la paroisse. Une dernière fois, il récita son chapelet. À la cinquième dizaine, les mots défaillirent, mais entre ses doigts, les grains glissèrent toujours. À sept heures dix, il s’éteignit doucement  ».

Il avait des paroles sur la confession qui plairaient beaucoup au pape François  :

«  Quelle douceur, quelle charité, quelle tendresse, quelle patience Jésus a montrée à l’égard des coupables, par exemple Marie-Madeleine, la femme adultère, saint Pierre, le bon larron  ! Le zèle que Notre-Seigneur a déployé dans ces circonstances nous retrace le zèle dont le prêtre doit être animé  : zèle éclairé et pur, zèle tendre et compatissant, zèle patient et persévérant… Examinons comment nous nous comportons au confessionnal. Avons-nous assez étudié pour ne tomber ni dans le rigorisme ni dans le laxisme  ? Il ne faut pas se troubler à la vue des résistances que l’on rencontre. Le prêtre, en contact avec les âmes, remarque vite leur grande faiblesse, les efforts qu’elles doivent faire pour être bonnes. Il doit se rappeler qu’il est le ministre du “ Père des miséricordes dont le cœur est d’avoir pitié et de pardonner  ”, il doit donc être ému de pitié pour les pécheurs. Devant une multitude de pénitents la veille des fêtes, au lieu de nous plaindre du travail, nous devons avoir les sentiments du Cœur de Jésus  : “ Voyant les foules, il eut pitié d’elles. ”

«  Supplions Marie dont la vie fut une prière incessante de nous donner le goût de la prière, de nous introduire dans une grande intimité avec Jésus, afin que notre action sacerdotale ne soit qu’un débordement de notre contemplation.  »

Nul doute que c’est à cette école que les prêtres devront réapprendre leur sacerdoce. Nous nous rendons ce dimanche à l’église de Cilaos construite par le Père Boiteau, sur des plans faits par son évêque, Mgr Cleret de Langavant, un saint spiritain, qui ne dédaignait pas de prendre sa camionnette et de transporter les matériaux de construction jusqu’à Cilaos. Cet évêque aimait beaucoup le Père Boiteau et c’est certainement lui qui transmit au curé de Cilaos son admiration pour le maréchal Pétain. Mgr François de Langavant avait été soldat de Verdun, gravement blessé en 1917, décoré de la Croix de guerre avec trois étoiles et palmes, il reçut la Légion d’honneur à titre militaire. Lorsque les gaullistes envahirent l’île en 1942, il intercéda pour le gouverneur Aubert, pétainiste, et fit libérer d’autres prisonniers condamnés injustement par les gaullistes.

La messe de 10 h 30 à laquelle nous assistons ce dimanche est célébrée par un prêtre créole dont le sermon pour la fête des Pères était bon. Il rappelait que toute paternité vient de Dieu et que l’autorité d’un père est nécessaire dans une famille contrairement aux théories actuelles niant la différence entre l’homme et la femme.

Nous visitons aussi le petit séminaire, du moins ce qu’il en reste, car il a pris feu récemment, faute d’entretien et le reste des bâtiments est recouvert de tags… Vision de désolation, d’autant plus triste que ce petit séminaire fut le témoin de la vie héroïque du Père Boiteau et d’un miracle eucharistique. Comment se fait-il que l’évêché ne se soit pas soucié de restaurer ce bâtiment témoin de faits miraculeux  !

Église de Saint-André

Intérieur de l’église de Saint-André.

En une autre occasion, nous avons fait pèlerinage à l’église de Saint-André, où eut lieu un autre miracle eucharistique très semblable à celui de Moure le 26 janvier 1902  : l’abbé Henri Lacombe, un saint jésuite qui dénonçait en chaire la franc-maçonnerie, en témoigna devant des milliers de personnes durant le congrès eucharistique d’Angoulême (1904)  :

«  C’était le jour de l’adoration perpétuelle (les quarante heures). Le Saint-Sacrement était exposé sur l’autel. Je commençais la messe. Après l’élévation, au moment du Notre Père, mes yeux se levèrent vers l’hostie et je vis une auréole lumineuse autour des rayons de l’ostensoir. Je fus pris d’un grand trouble que je cherchai à dominer et je continuai à dire la messe. Arrivé au moment de la communion, je regardai de nouveau l’ostensoir. Cette fois, je vis dans l’hostie un visage humain avec les yeux baissés et une couronne d’épines sur le front. Ce qui m’émut le plus fut de voir l’expression douloureuse peinte sur le visage. Les cils étaient longs et épais. Je tâchai de ne pas montrer aux assistants le grand trouble qui m’agitait. La messe terminée, j’allai à la sacristie et j’appelai tout de suite les enfants de chœur en leur disant d’aller près de l’autel pour observer avec attention l’ostensoir.

«  Les jeunes revinrent rapidement en disant  : “ Mon Père, nous voyons dans l’hostie la tête d’un homme. C’est le Bon Dieu qui se manifeste. ” Je compris alors que la vision était vraie. Un de ces jeunes était Adam de Villiers qui avait fait ses études en France. Je lui dis  : “ Allez vous aussi à l’église et regardez si vous voyez quelque chose d’extraordinaire. ” Le jeune étudiant revint immédiatement pour me dire  : “ Père, c’est le Bon Dieu qui apparaît dans l’hostie, je vois son visage divin. ” À partir de ce moment, tous mes doutes disparurent. Peu à peu, la foule se déversa dans l’église pour voir le miracle. Des journalistes et des gens de la capitale Saint-Denis vinrent aussi. Tout à coup, le visage dans l’hostie s’anima, la couronne d’épines avait disparu. Je pris toutes les précautions possibles et craignant des reflets de la lumière, je fis éteindre les cierges et fermer les volets. Le phénomène apparut encore plus net, même dans l’obscurité. De véritables lueurs émanaient des traits de ce visage. Parmi les visiteurs, il y avait aussi un jeune peintre qui reproduisit exactement le visage apparu dans l’hostie… Plus tard, la vision changea encore et dans l’hostie apparut un crucifix qui couvrait de haut en bas toute l’hostie. Après la bénédiction eucharistique et le chant du Tantum ergo, la vision disparut.  »

Il n’est fait aucune mention de ce miracle dans l’église  ! Il faut lire l’album du diocèse pour apprendre ce qui s’y est passé  ! Pourquoi  ? Saint-André est une petite ville où vit une nombreuse communauté d’Indiens hindouistes, beaucoup d’entre eux à l’époque furent témoins du miracle. Pourquoi ne pas s’en servir pour réveiller la foi des fidèles et convertir les infidèles  ?

Notre dernier pèlerinage fut pour vénérer la tombe et les reliques du Bx frère Scubilion et prier sur les tombes de jésuites enterrés à La Ressource. Elle est exposée dans un mausolée moderne dans la ville de Sainte-Marie près de l’église paroissiale. Elle est constamment visitée et les gens viennent y prier pour demander des grâces. Nous vîmes d’ailleurs repartir un car de pèlerins. C’est à Sainte-Marie que le frère Scubilion fera le plus long séjour de sa vie missionnaire de 1856 à 1867. Il était chargé dans la communauté de la gestion du temporel  : propreté de la maison et des classes, entretien du jardin. Il surveillait et dirigeait le Noir qui faisait la cuisine, apprêtait le riz pour les enfants qui venaient à l’école des frères et qui habitaient trop loin pour rentrer chez eux. Mais on ne pouvait le priver de faire le catéchisme, ç’aurait été mettre la lampe sous le boisseau. Son charisme était de catéchiser les Noirs affranchis. Il le faisait en créole, avec des chants qu’il inventait. Il devint l’auxiliaire du curé de Sainte-Marie avec lequel il s’entendait à merveille pour ramener «  des centaines de retardataires au catéchisme du soir, à la préparation du baptême puis au mariage chrétien  ».

À la fin de sa vie, il n’avait pas besoin de mots pour convertir. Même quand ses propos devinrent à peu près inintelligibles, faute de dents pour articuler, catéchisés, malades visités, tous l’écoutaient avec ravissement. «  Des messieurs ont avoué à M. le curé (l’abbé Carrier), que, s’ils n’étaient pas francs-maçons, c’est grâce au bon frère Scubilion. Et il leur disait  : “ Mais que vous a-t-il donc dit  ? ” Ils lui ont répondu qu’ils ne savaient pas, parce qu’ils ne le comprenaient pas. En effet, n’ayant pas une dent, il ne parlait qu’avec une extrême difficulté. Sur dix paroles, quelquefois on n’en entendait pas une. Mais le ton de sainteté faisait qu’on était touché de l’entendre sans le comprendre.  »

C’est dire à quel point toute attitude humaine recherchée dans l’apostolat ne sert à rien, seule la grâce de Dieu suffit.

Le cimetière des jésuites est un autre lieu témoin du dévouement sans bornes et sans recherche de soi des missionnaires. Tous sont morts jeunes et leur modeste tombe à l’abandon et maintenant entourée de chantiers de construction, ne dit rien de leur vie héroïque, par exemple celle du Père Clément Cathary, à qui Notre-Dame Auxiliatrice est apparue aux premières vêpres de sa fête, le 23 mai 1868, pour lui annoncer sa mort. Ou bien celle du Père Ferreti, jésuite de Turin et parent de Pie IX.

Notre séjour s’est terminé par la célébration des premiers vendredis et premiers samedis du mois que les fidèles du Père Krémer maintiennent coûte que coûte avec la permission bienveillante du curé, mais hélas  ! sans sa participation  : la méditation d’un quart d’heure porte sur une des offenses faites au Cœur Immaculé de Marie et le chapelet est récité en réparation avant la messe de 6 h 30 le matin. À la fin de la messe du premier vendredi et en présence des paroissiens, le curé très accueillant et que j’ai pu voir en particulier pour l’informer sur notre communauté, m’a souhaité un bon retour et assuré des prières des paroissiens, en demandant aussi de prier pour la paroisse, ce que nous ne manquerons pas de faire, pour que le culte du Cœur Immaculé que “ Dieu veut établir dans le monde ” soit maintenu et même amplifié. Là est le salut pour la ­Réunion et pour le monde, quand le pape François voudra.

frère Scubilion de la Reine des Cieux.