La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 156 – Octobre 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LE PAPE FRANÇOIS, LOUANGE DE GLOIRE

LE Pape émérite, Benoît XVI, a présidé la messe et prononcé une homélie au collège teutonique, au Vatican, le dimanche 30 août, en conclusion du Schülerkreis, qui réunit chaque année à cette période ses anciens élèves.

Ceux-ci étaient reçus à Castel Gandolfo pour réfléchir sur le thème “  Comment parler aujourd’hui de Dieu  ? ” avec le prêtre et philosophe tchèque, Thomas Halik.

Je ne connais pas ce philosophe tchèque. Mais je sais la réponse à la question posée  :

Comment parler aujourd’hui de Dieu  ?

En se taisant et en écoutant le pape François  ! Puis en le répétant.

Benoît XVI ne parle jamais de lui, ne relève jamais l’enseignement de son successeur  ! ce qui est scandaleux, parce que cela incite les fidèles à le critiquer.

Ce qui ne fait que confirmer le bien-fondé des accusations d’hérésie, de schisme et de scandale portées dans le troisième livre d’accusation de notre Père (Liber III).

Commentant, en allemand, l’Évangile du jour, Benoît XVI a parlé du «  problème du mal  ». Il a fait l’homélie sur les origines externes du «  mal  » et celles intérieures à l’homme, qu’il a nommées «  épidémie du cœur  » conduisant à «  penser seulement à soi et non au [x… autres ? non pas !] bien.  » Ce discours n’est pas une homélie. C’est de la philosophie platonicienne.

Il a continué en préconisant «  l’hygiène du cœur au moyen de la Vérité, qui vient de Dieu  », donnant «  la force de la purification  ». Vous avez compris  ? Moi, non  !

Comparez ce charabia teutonique avec la limpide «  Louange de gloire  », de la gloire de Dieu, que chante notre Saint-Père le pape François dans son encyclique Laudato si’, mi’ SignoreLoué sois-tu, mon Seigneur  ! Mais il faut reconnaître avec Guy Gilbert, le “ curé des loubards ”, que ce nouveau souffle doit beaucoup à Benoît XVI, par «  l’audace et le courage  » qu’il a eu de démissionner  !

J’ai commenté le premier chapitre de cette encyclique (nos 1-61) qui constate les dégâts causés par cinquante ans de réforme conciliaire jusque dans la création, depuis que l’Église a cru bon de croire au mythe du “ progrès ”. Fiasco total, un désastre sans précédent  : l’Église se retrouve comme un «  hôpital de campagne après une bataille  ».

Le chapitre suivant (nos 62-100) pose les bases d’une restauration, sous le titre de “  L’Évangile de la Création  ”.

Écoutez «  comment parler aujourd’hui de Dieu  »  :

«  Dans le premier récit de l’œuvre de la création dans le livre de la Genèse, le plan de Dieu inclut la création de l’humanité. Après la création de l’être humain, il est dit que “ Dieu vit tout ce qu’il avait fait  : cela était très bon. ” (Gn 1, 31) La Bible enseigne que chaque être humain est créé par amour, à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26).

«  Quelle merveilleuse certitude de savoir que la vie de toute personne [même la plus misérable, la plus déjetée] ne se perd pas dans un chaos désespérant, dans un monde gouverné par le pur hasard ou par des cycles qui se répètent de manière absurde  ! Le Créateur peut dire à chacun de nous  : “ Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu. ” (Jr 1, 5) Nous avons été conçus dans le Cœur de Dieu.  » (n° 65)

C’EST DE NANTES QUI AVAIT RAISON  !

Les récits bibliques de la création «  suggèrent que l’existence humaine repose sur trois relations fondamentales intimement liées  : la relation avec Dieu, avec le prochain et avec la terre. Selon la Bible, les trois relations vitales ont été rompues, non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de nous. Cette rupture est le péché. L’harmonie entre le Créateur, l’humanité et l’ensemble de la création a été détruite par le fait d’avoir prétendu prendre la place de Dieu, en refusant de nous reconnaître comme des créatures limitées.  » (n° 66)

C’est précisément ce refus de nous reconnaître comme des créatures limitées qu’illustre l’affirmation de “ saint Jean-Paul II ” (sic  !), citée par le pape François, selon laquelle «  l’amour très particulier que le Créateur a pour chaque être humain lui confère une dignité infinie  ».

Il est surprenant que le pape François ne voit pas la contradiction entre la vérité limpide qu’il rappelle, à savoir le caractère relatif et “ limité ” de toute créature, et l’erreur mortelle de son prédécesseur qui «  confère une dignité infinie  » au terroriste comme à sa victime, cause du chaos qu’il déplore et explique en disant que le refus de nous reconnaître comme des créatures limitées «  a dénaturé aussi la mission de “ soumettre ” la terre (cf. Gn 1, 28), de “ la cultiver et la garder ” (Gn 2, 15). Comme résultat, la relation, harmonieuse à l’origine entre l’être humain et la nature, est devenue conflictuelle (cf. Gn 3, 17-19).  »

Après avoir cité saint Bonaventure, selon lequel «  par la réconciliation universelle avec toutes les créatures, d’une certaine manière, saint François, le Poverello d’Assise retournait à l’état d’innocence  », le Pape constate que «  loin de ce modèle, le péché aujourd’hui se manifeste, avec toute sa force de destruction, dans les guerres, sous diverses formes de violence et de maltraitance, dans l’abandon des plus fragiles, dans les agressions contre la nature.  »

Non, «  chaque être humain  » n’a pas une «  dignité infinie  », contrairement à ce que prêchait Jean-Paul II, mais seulement une valeur «  limitée  », relative à la place que son Créateur lui a donnée dans le monde pour y répondre à une certaine vocation.

«  Nous ne sommes pas Dieu, continue François. La terre nous précède et nous a été donnée…  » (n° 67), on pourrait dire  : prêtée.

C’est pourquoi, contrairement à «  un anthropocentrisme despotique qui se désintéresserait des autres créatures  » (n° 68), «  aujourd’hui, l’Église ne dit pas de manière simpliste que les autres créatures sont complètement subordonnées au bien de l’homme  » (n° 69).

VATICAN II, AU FEU  !

Elle ne le dit «  plus  », depuis l’avènement du pape ­François  ; mais elle l’a dit pendant cinquante ans, depuis Vatican II dont les Actes professent  : «   Croyants et incroyants sont généralement d’accord sur ce point  : tout sur terre doit être ordonné à l’homme comme à son centre et son sommet.  » (Gaudium et spes 12, 1) Affirmation dont l’abbé de Nantes, notre Père, se disait «  estomaqué  !  » nous faisant remarquer la «  manière du Concile d’assener dès les premiers mots quelque grand principe ou singulière affirmation, sans référence, sans preuves, sans arguments à l’appui. Rien  ! Assommé par un coup pareil, absolument inattendu, l’auditoire, ou le lecteur en son particulier, ne songe pas à réagir, et admet provisoirement, d’un provisoire qu’on peut considérer après quarante ans [aujourd’hui cinquante] comme définitif, aussi fortement qu’une évidence.  »

Et il expliquait pourquoi «  cette proposition insensée, pernicieuse et odieuse à notre foi  » était d’une incroyable légèreté.

«  a) Elle s’appuie sur un prétendu accord général de tous les hommes (  !), croyants ou non… Je demande  : Que vaut un tel accord  ? D’où en tirez-vous l’information  ? Et qui donc a pu manipuler, par masses énormes et inertes, toute l’humanité sur un sujet qu’on pourrait dire, soit comme philosophe, soit comme moraliste, une idée creuse, ne correspondant à aucune réalité, mais en revanche, bien faite pour ébranler tout l’ordre humain  ?  » et pas seulement l’ordre écologique.

«  b) D’autant que cette proposition est édictée en termes normatifs, contraignant le monde entier à faire de l’homme le centre et le sommet de ses pensées, de ses volontés, de ses travaux. Idéalement, cela peut se concevoir et se vérifier parce que, en toutes pensées et activités concrètes, même en bâtissant, en cultivant, en inventant des systèmes, c’est toujours en fin de compte pour ses congénères et pour lui-même que travaille l’homme.

«  Mais quel homme  ? Voilà la question décisive  : d’abord moi, dira l’un  ; non, les pauvres d’abord, et nous ensuite  ! En un autre groupe  : d’abord la famille  ; et l’autre, d’abord le Parti… La cacophonie sera d’autant plus assourdissante que le grand principe affiché aura maximalisé à outrance les revendications de dignité et d’intérêt du genre d’homme, ou du groupe ou de l’individu de son choix. N’oublions pas que le titre du chapitre indique la raison de cette introduction fracassante  : c’est “  La dignité de la personne humaine ” qui la tire soudain de son fumier, de sa poussière, pour l’élever au niveau des rois, des sages et des héros. Là est le mal. L’embarras vient du nombre de personnes qu’on a charitablement persuadées de leur “ dignité ”, telle enfin que les voici promues  : centre et sommet de la création.

«  SOUVIENS-TOI DE JÉSUS-CHRIST  » (2 Tm 2, 8)

«  c) Laissons les conséquences paraître dans la suite de ce texte, pour en montrer l’erreur et le mal avérés. Une seule considération me semble devoir être faite dès le premier moment. Nos évêques ont-ils pensé qu’un homme, un seul au monde, avait bien revendiqué cette suprématie universelle, cette royauté sur la terre, le ciel et les enfers, cette autorité supérieure et cette responsabilité centrale sur tout, absolument tout, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont Pilate disait avec dérision  : “ Voici l’homme  ! ” Et lui-même, Jésus, annonçait que cette place suréminente lui appartenait et lui serait reconnue quand il aurait consommé son Sacrifice rédempteur, disant  : “ C’est maintenant le jugement de ce monde  ; maintenant, le Prince de ce monde va être jeté bas  ; et moi, élevé de terre, j’attirerai tout à moi. ” (Jn 12, 31-32)

«  Alors, l’homme universel, qui est “ personne ”, promu au sommet et au centre du monde par une acclamation universelle à laquelle un Concile romain joint son approbation unanime, nous paraît supplanter Jésus-Christ, sur la suggestion du Prince de ce monde qui, jeté bas, paraît avoir repris du poil de la bête. Et quand le Concile titre ce paragraphe “ l’homme à l’image de Dieu ”, cet homme sans religion, sans nation, sans autre perfection que celle d’être homme, me paraît l’objet ici, de la part d’un monde apostat, d’un culte autolâtrique  !  » (Vatican II, autodafé, p. 325-326) le pape François nous ramène au culte de Dieu.

ORTHODROMIE DIVINE.

Parcourant ensuite l’Écriture sainte, le pape François rappelle que «  dans le récit concernant Caïn et Abel, nous voyons que la jalousie a conduit Caïn à commettre l’injustice extrême contre son frère  ». Là encore, le crime atteint toute la création. C’est aussi ce que nous enseigne le récit sur Noé  : «  Tout est lié, et la protection authentique de notre propre vie comme de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres.  » (n° 70)

Et pourtant, Dieu ne renonce pas à «  ouvrir un chemin de salut à travers Noé qui était resté intègre et juste. Ainsi, il a donné à l’humanité la possibilité d’un nouveau commencement. Il suffit d’un être humain bon pour qu’il y ait de l’espérance  ! La tradition biblique établit clairement que cette réhabilitation implique la redécouverte et le respect des rythmes inscrits dans la nature par la main du Créateur.  » C’est le sens de la loi du Sabbat, le septième jour, où Dieu se reposa de toutes ses œuvres  ; la loi de l’année sabbatique, «  pendant laquelle un repos complet est accordé à la terre  »; la loi de l’année du jubilé, «  célébré après sept semaines d’années, c’est-à-dire quarante-neuf ans  », année de pardon universel, autrement dit  : de miséricorde et «  d’affranchissement de tous les habitants  » (Lv 25, 20).

«  Le développement de cette législation a cherché à assurer l’équilibre et l’équité dans les relations de l’être humain avec ses semblables et avec la terre où il travaillait. Mais en même temps, c’était reconnaître que le don de la terre, avec ses fruits, appartient à tout le peuple. Ceux qui cultivaient et gardaient le territoire devaient en partager les fruits, spécialement avec les pauvres, les veuves, les orphelins et les étrangers.  » (n° 71)

Le Pape souligne que les Psaumes invitent non seulement l’être humain, mais aussi les autres créatures à louer le Dieu créateur. En effet, «  nous existons non seulement par le pouvoir de Dieu, mais aussi face à lui et près de lui. C’est pourquoi nous l’adorons  » (n° 72).

C’est aussi la leçon des écrits des Prophètes qui «  invitent à retrouver la force dans les moments difficiles en contemplant le Dieu tout-puissant qui a créé l’univers. Le pouvoir infini de Dieu ne nous porte pas à fuir sa tendresse paternelle, parce qu’en lui affection et vigueur se conjuguent.  » (n° 73)

Le Pape ne précise pas la nature de ces «  moments difficiles  » traversés par Israël en raison de son infidélité que ne cessent de lui reprocher les prophètes.

Mais il faudra la rude «  expérience de la captivité à Babylone  », continue-t-il, pour approfondir «  la foi en Dieu, explicitant sa toute-puissance créatrice, pour exhorter le peuple à retrouver l’espérance dans sa situation malheureuse  » (n° 74).

Le Pape s’abstient de préciser la cause de cette «  situation malheureuse  »  : l’obstination constante d’Israël à ne pas entendre les prophètes appelant ce peuple “ à la nuque raide ” à se convertir. Du coup, la captivité de Babylone perd son caractère de châtiment, et est assimilée par le Pape à «  un autre moment d’épreuves et de persécutions  » enduré par les chrétiens, des siècles plus tard, «  quand l’Empire romain cherchait à imposer une domination absolue  : les fidèles retrouvaient consolation et espérance en grandissant dans la confiance au Dieu tout-puissant, et ils chantaient  : “ Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Maître de tout, justes et droites sont tes voies, ô roi des nations. ” (Ap 15, 3)  »

Encore faut-il préciser que ce chant est celui de «  ceux qui ont triomphé de la Bête, de son image et du chiffre de son nom  », que saint Jean voit «  dans le Ciel  ». Ce sont les martyrs chrétiens  !

Le Saint-Père fait peut-être allusion à ce combat et à son actualité, lorsqu’il souligne la nécessité «  de mettre l’être humain à sa place et de mettre fin à ses prétentions d’être un dominateur absolu de la terre  ». Comment y parvenir  ? «  La meilleure manière  » est, aux yeux du Pape, «  de proposer la figure d’un Père créateur et unique maître du monde, parce qu’autrement l’être humain aura toujours tendance à vouloir imposer à la réalité ses propres lois et intérêts.  » (n° 75)

C’est tout  ? Alors, à ce “ déisme ” l’échec est promis  ! Le Pape oublie que le chant cité par lui est «  le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’Agneau.  » Le «  cantique de Moïse  » après la traversée miraculeuse de la mer des Roseaux (Ex 15) et celui «  de l’Agneau  » ne font qu’un, puisque l’Agneau, Jésus, est le nouveau Moïse, selon saint Jean (Jn 1, 17; 3, 14; 6, 14), annoncé par le Deutéronome (18, 15), qui a renouvelé au centuple les prodiges de l’Exode. Sans lui, nous ne pouvons rien faire.

Or, de toute la suite du chapitre, l’Agneau est absent  ! Il semble que nous soyons ramenés à l’Ancien Testament, sous le nom de «  tradition judéo-chrétienne  ». Le mystère de la rédemption par lequel l’Agneau «  nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang  » (Ap 1, 6) est ramené au «  Mystère de la création de l’univers  », titre du troisième paragraphe de ce chapitre consacré à “  l’Évangile de la création ”.

LE CANTIQUE DES CRÉATURES

Sous ce titre de “  Mystère de l’univers ”, le Pape affirme clairement la supériorité de la révélation biblique sur le philosophie  :

«  Pour la tradition judéo-chrétienne (sic  !), dire “ création ”, c’est signifier plus que “ nature ”, parce qu’il y a un rapport avec un projet de l’amour de Dieu dans lequel chaque créature a une valeur et une signification. La nature s’entend d’habitude comme un système [aristotélico-thomiste !] qui s’analyse, se comprend et se gère, mais la création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous [et d’abord de l’Agneau !], comme une réalité illuminée par l’amour qui nous appelle à une communion universelle.  » (n° 76)

C’est assez dire que le monde «  est issu d’une décision, non du chaos ou du hasard, ce qui le rehausse encore plus. Dans la parole créatrice, il y a un choix libre exprimé […] La création est de l’ordre de l’amour […] Par conséquent, chaque créature est l’objet de la tendresse du Père, qui lui donne une place dans la monde.  » (n° 77)

Non seulement cette révélation «  a démystifié la nature  » et les idoles dont l’antiquité païenne la peuplait, mais elle nous impose «  d’en finir aujourd’hui avec le mythe moderne du progrès matériel sans limite  », autre forme d’idolâtrie. «  Un monde fragile, avec un être humain à qui Dieu en confie le soin, interpelle notre intelligence pour reconnaître comment nous devrions orienter, cultiver et limiter notre pouvoir.  » (n° 78)

Pour définir ces limites de «  notre pouvoir  », le Pape observe que «  la liberté humaine peut offrir son apport intelligent à une évolution positive, mais elle peut aussi être à l’origine de nouveaux maux, de nouvelles causes de souffrance et de vrais reculs. Cela donne lieu à la passionnante et dramatique histoire humaine, capable de se convertir en un déploiement de libération, de croissance, de salut et d’amour, ou en un chemin de décadence et de destruction mutuelle.  » (n° 79)

Hélas  ! l’Agneau divin est toujours absent de cette considération de la «  passionnante et dramatique histoire humaine  »  ! Aussi, ne pouvons-nous en attendre que le pire. Surtout à l’école de Jean-Paul II cité par François à l’appui d’un inquiétant charismatisme, selon lequel «  l’Esprit-Saint possède une imagination infinie, propre à l’Esprit divin, qui sait prévoir et résoudre les problèmes des affaires humaines, même les plus complexes et les plus impénétrables.  » (n° 80)

Même les plus contraires aux volontés signifiées de Jésus-Christ  ? Car voici enfin le Christ, non pas selon les visions de saint Jean, mais selon Teilhard de Chardin  : «  L’aboutissement de la marche de l’univers se trouve dans la plénitude de Dieu, qui a été atteinte par le Christ ressuscité, axe de la maturation universelle.  » (n° 83).

On lit en note de nombreuses références, non pas à Teilhard lui-même, mais à Paul VI (discours dans un établissement de chimie pharmaceutique, 1966 [cf. Georges de Nantes, Liber I, p. 39-40]); à Jean-Paul II (Lettre au Père Coyne), à Benoît XVI…

Nous sommes loin de «  l’Agneau, comme égorgé, portant sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu en mission par toute la terre.  » (Ap 5, 6) «  Comme égorgé  », parce que les plaies de son immolation sont aux pieds, aux mains, au côté, et non pas à la gorge. Et il est là debout, parce qu’il est vivant, ressuscité. Il a sept cornes et sept yeux  : toute la puissance et la perfection du Saint-Esprit qui l’envoie aux quatre coins de la terre pour la sanctifier. Ce n’est pas le Christ-Oméga de Teilhard mais celui de toute l’Histoire révélé à saint Jean  : «  Je suis l’Alpha et l’Oméga  » (Ap 1, 8; 21, 6; 22, 13).

Heureusement, le Cantique des créatures selon saint François d’Assise nous ramène à la contemplation du Verbe de Dieu se dévoilant déjà dans ses œuvres premières, dès la création du premier jour, celle de la lumière, et se poursuivant dans l’apparition d’êtres, l’invention de formes nouvelles jusqu’à la fin du monde  :

«  Loué sois-tu, mon Seigneur,
Avec toutes tes créatures,
Spécialement messire frère soleil,
Qui est le jour, et par lui tu nous illumines.
Et il est beau et rayonnant avec grande splendeur,
De toi, Très-Haut, il porte le signe.
Loué sois-tu, mon Seigneur,
Pour sœur lune et les étoiles
Dans le ciel tu les as formées,
Claires, précieuses et belles.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère vent,
Et pour l’air et le nuage et le ciel serein
Et tous les temps,
Par lesquels à tes créatures tu donnes soutien.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur eau,
Qui est très utile et humble,
Et précieuse et chaste.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère feu,
Par lequel tu illumines la nuit,
Et il est beau et joyeux, et robuste et fort.  » (n° 87)

Citant le livre de la Sagesse  : «  Tout est à toi, Maître, ami de la vie  » (Sg 11, 26), le Pape nous rappelle que «  créés par le même Père, nous et tous les êtres de l’univers, sommes unis par des liens invisibles et formons une sorte de famille universelle, une communion sublime qui nous pousse à un respect sacré, tendre et humble  » (n° 89), qui s’exprime dans cet ajout de saint François à son Cantique  : «  Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi.  » (n° 91)

«  Ainsi les cœurs purs, écrivait Georges de Nantes, notre Père, ressentent l’amour qui meut l’univers comme venu d’au-delà de lui-même  ; une procession divine en est le principe et l’archétype, [la procession du Saint-Esprit, troisième Personne de la Sainte Trinité] qui enferma en elle la totalité des amours et jouissances que spirent et inspirent des unes aux autres les créatures.  » (Une mystique pour notre temps, Le Cantique des créatures, CRC n° 125, p. 9)

Soudain, sous le titre “  La destination des biens ”, un paragraphe commence par ces lignes du pape François qui nous donnent une impression de “ déjà vu ”  :

«  Aujourd’hui croyants et non-croyants, nous sommes d’accord sur le fait que la terre est essentiellement un héritage commun, dont les fruits doivent bénéficier à tous.  » (n° 93).

La formule aberrante de Gaudium et Spes 12, 1, que le Pape contredit plus haut, est reprise ici, et modifiée pour lui donner un sens «  écologique  » capable de rétablir la paix dans nos sociétés, conforme à la tradition chrétienne qui «  n’a jamais reconnu comme absolu ou intouchable, écrit le Pape, le droit à la propriété privée (cf. Point 132, La propriété honorée ).

LA PROPRIÉTÉ HONORÉE

«  En démocratie capitalo-socialiste «  la propriété c’est le vol  », comme le pouvoir c’est l’usurpation. C’est très vrai  : la Révolution libérale a transformé ces deux fonctions sociales qui fondent et régissent tout l’ordre humain civilisé, en instruments de déstabilisation du patrimoine français et en moyens de spoliation de ses richesses par les oligarchies financières et politiciennes. Telle est la violence institutionnalisée. Le capitalisme libéral par la commercialisation abusive et intensive de toute richesse, par la prévalence du signe monétaire ou commercial sur le bien réel, arrache à leur situation stable toutes les classes de la société que l’inflation, la spéculation et l’agitation monétaire pillent et dépouillent à proportion précisément de leur stabilité et de leur enracinement, de leur régularité et de leur honnêteté. Le socialisme achève cette ruine en s’arrogeant la fonction inouïe de grand justicier, chargé de redistribuer la richesse en transférant les biens des particuliers à l’État et de l’État à ses privilégiés, s’en adjugeant le principal.

«  1. La science écologique pose en principe que la propriété est un élément de la liberté naturelle des familles et l’une des assises de l’ordre, de la vitalité et de la stabilité des sociétés. Toute propriété est reconnue légitime dès lors qu’elle est héritée ou acquise selon les lois et coutumes, capital accumulé par les familles, fruit d’un revenu honnête, d’une épargne, d’un travail, d’un service rendu, d’un échange ou d’un don normal dont la société n’a pas à discuter l’usage ou l’intention.

«  Aucun principe a priori, égalitaire ou libertaire, ne peut remettre en question l’appropriation des biens et leur tranquille possession par les familles. Prétendre le contraire au profit de l’État ou de la collectivité, au nom d’une «  hypothèque sociale  », comme disent les socialistes, ou d’un droit universel, reviendrait à troubler l’ordre écologique.

«  2. Cependant, ce droit de propriété ne peut pas être le droit individualiste et absolu du bourgeois libéral qui fit la Révolution de 1789. La nécessité de la vie en société implique que ce droit de libres possession et disposition se trouve aménagé et donc limité, relativisé par toutes les conventions communautaires et tous les accords de gré à gré qui établissent l’équilibre des relations sociales  : tels étaient autrefois les régimes divers des biens familiaux, féodaux ou communs. C’est parce que ce contrepoids n’existait plus, que la propriété – et surtout la propriété industrielle et commerciale – a pris un caractère si sauvage au dix-neuvième siècle.

«  Toutefois – et c’est là une deuxième limite que rencontre naturellement la propriété en raison, cette fois-ci, du bien commun supérieur –, l’État, ou plus exactement l’autorité souveraine, en tant que défenseur attitré de la nation, et parce qu’elle garantit la possession tranquille des propriétés, a sur celles-ci des droits régaliens qui justifient les charges et services qu’il est en mesure d’exiger, impôts sur les propriétés, expropriations le cas échéant, etc.  » (Point 132)

 

La question reste cependant entière  : moyennant quelles institutions les «  fruits  » de «  l’héritage commun  » atteindront-ils équitablement tous les enfants de notre «  famille  »  ? Les chapitres suivants de l’encyclique tenteront d’apporter une réponse, qu’il nous faudra confronter à notre “ écologie totale ”, sachant que notre régime actuel de «   la démocratie économique est asociale  » (cf. Point 106)

Tout autre est le regard de Jésus sur sa propre création. 

LA DÉMOCRATIE ÉCONOMIQUE EST ASOCIALE

«  1. L’économie moderne est une antiécologie, d’abord parce qu’elle se proclame et qu’elle est foncièrement démocratique. Elle tend consciemment à substituer les illusoires désirs des individus à leurs besoins réels, leurs volontés arbitraires et passagères aux nécessités contraignantes de leur condition, leurs droits proclamés à leurs devoirs certains, et enfin leurs plaisirs immédiats à leur bien véritable. L’imprudence majeure, érigée en loi suprême de toute démocratie économique, est de transférer la béatitude de Dieu en l’homme, du Ciel à la terre, du futur au présent, du spirituel au charnel. Et du Corps mystique du Christ, fraternité des fils de Dieu, à l’individu, divinité solitaire, accapareuse et jalouse.

«  2. Cette revendication utopique du bonheur matériel immédiat pour tous provoque la dissolution de la société, du fait que chaque individu reçoit pour règle suprême de tirer parti de tout pour lui seul, sans respect de rien ni crainte d’aucune sanction, sans amour de personne. Dans le culte imbécile ou sauvage de son seul plaisir immédiat. C’est une négation absolue de la réalité objective du fondement de la vie écologique, la famille, et de l’art pratique de la recherche prudente en famille d’une certaine prospérité possible, commune à tous ses membres, mais aussi respectueuse du bien des autres familles.

«  3. Malheureusement, par un con­cordisme navrant, les économistes catholiques contemporains se sont ralliés à ce système en fondant une économie démocratique… chrétienne  ! Ils ont gardé l’erreur monumentale du système, qui est l’individualisme. Ils ont cru y remédier en le nommant “ personnalisme ” et le transfigurant en recherche très haute, trop haute  ! de la dignité, du bien, des droits spirituels et moraux de la personne dans la vie temporelle  ! Ainsi toute l’économie devrait être, non certes au service de l’individu qui relève, selon eux, de la société, et donc taillable et corvéable à merci, mais de la personne, sujet de droits sacrés, inviolables, imprescriptibles, supérieure donc à toute loi commune.

«  Non  ! La société économique n’est pas pour la personne  : ni pour son salut (théorie des années 1930 -1960), ni pour sa libération (théorie des années 1960 -1980). La vérité est que l’homme, qui reçoit tout de sa famille, qui lui doit tout, ne trouve sa propre finalité écologique que dans le bien commun de la prospérité familiale. Tout système, serait-ce une religion, niant cette vérité fondamentale entraînera la désagrégation de la société et des familles. La nier est donc un crime.  » (Point 106)

«  LE REGARD DE JÉSUS  »

Ce chapitre deuxième, consacré à l’Évangile de la Création, s’achève sur un thème cher au pape François  : “  le regard de Jésus ”. C’est à se demander si la digression «  teilhardienne  » du numéro  83 n’a pas été ajoutée par l’un des collaborateurs auxquels le Pape a humblement communiqué son texte à relire et «  corriger  »  !  ? Nous sommes ici délivrés de cette intrusion du panthéisme et de la tentation d’idolâtrie qui la suit immanquablement.

«  Jésus reprend la foi biblique au Dieu créateur et met en relief un fait fondamental  : Dieu est son Père (cf Mt 11, 25). Dans les dialogues avec ses disciples, Jésus les invitait à reconnaître la relation paternelle que Dieu a avec toutes ses créatures et leur rappelait, avec une émouvante tendresse, comme chacune d’elles est importante aux yeux de celui-ci  : “ Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux as  ? Et pas un d’entre eux n’est en oubli devant Dieu. ” (Lc 12, 6) “ Regardez les oiseaux du ciel  : ils ne sèment ni ne moissonnent, ni ne recueillent en des greniers, et votre Père Céleste les nourrit. ” (Mt 6, 26; n° 96)

«  Le Seigneur pouvait inviter les autres à être attentifs à la beauté qu’il y a dans le monde, parce qu’il était lui-même en contact permanent avec la nature et y prêtait une attention pleine d’affection et de stupéfaction. Quand il parcourait chaque coin de sa terre, il s’arrêtait pour contempler la beauté semée par son Père, et il invitait ses disciples à reconnaître dans les choses un message divin  : “ Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson. ” (Jn 4, 35) “ Le Royaume des Cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est bien la plus petite de toutes les graines, mais il a poussé, c’est la plus grande des plantes potagères, qui devient même un arbre. ” (Mt 13, 31-32)  »

Georges de Nantes, notre Père avait le même regard que Jésus et le pape François sur «  la beauté d’un arbre, ou d’une forêt  » et «  le message divin qu’ils expriment  »  :

«  Il fallait tant d’arbres pour que tous les hommes sachent ce que c’est qu’un arbre, qu’ils aient éprouvé la force interne et la beauté de l’arbre, et que ce sentiment esthétique leur ait laissé l’obscur avertissement d’un mystère en attente de révélation, pour qu’un jour entre les jours Dieu choisisse l’arbre de la Croix et y élève son Fils […]. Tout arbre dans le Verbe divin, de toute éternité, est déjà voulu, créé, comme expression de la Croix qui est expression de l’Amour Sauveur. Toute beauté d’arbre est rehaussée de ce fait d’une expression sacrée. Mais dans les pays de Chrétienté, on aimera planter aux carrefours des chemins, un Calvaire qui ramène à la mystique révélation du Christ tout le sentiment esthétique de la nature.

«  Voyez ce double mouvement de l’expression esthétique. Appliquez-le à toute chose de la nature en relation avec l’ordre sacré de la révélation chrétienne, la vigne, les villages, le pain et le vin du repas, la naissance, le travail, tout est langage humain devenu parabole et mémorial du Discours divin.  » (CRC n° 125, p.10)

Voilà pourquoi «  Jésus vivait en pleine harmonie avec la Création, poursuit le Pape, et les autres s’en émerveillaient  : “ Quel est donc celui-ci pour que même la mer et les vents lui obéissent  ? ” (Mt 8, 27; n° 98)

«  Pour la compréhension chrétienne de la réalité, le destin de toute la création passe par le mystère du Christ, qui est présent depuis l’origine de toutes choses  : “ Tout est créé par lui et pour lui. ” (Col 1, 26; n° 99)

Saint Paul continue  : «  Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix.  » (Col 1, 19-20) Et le Pape commente  : «  Cela nous projette à la fin des temps, quand le Fils remettra toutes choses au Père et que “ Dieu sera tout en tous. ” (1 Co 15, 28) De cette manière, les créatures de ce monde ne se présentent plus à nous comme une réalité purement naturelle, parce que le Ressuscité les enveloppe mystérieusement et les oriente vers un destin de plénitude. Même les fleurs des champs et les oiseaux qu’émerveillé il a contemplé de ses yeux humains, sont maintenant remplis de sa présence lumineuse.  » (n° 100)

Est-ce à dire que nous retrouverons ces créatures dans le Ciel  ? Sans doute, puisque sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus déchiffrait déjà dans leur infinie variété les figures des riches splendeurs à venir de “ l’écologie céleste ”  :

«  Jésus a mis devant mes yeux le livre de la nature et j’ai compris que toutes les fleurs qu’Il a créées sont belles, que l’éclat de la rose et la blancheur du Lys n’enlèvent pas le parfum de la petite violette ou la simplicité ravissante de la pâquerette… J’ai compris que si toutes les petites fleurs voulaient être des roses, la nature perdrait sa parure printanière, les champs ne seraient plus émaillés de fleurettes…

«  Ainsi en est-il dans le monde des âmes qui est le jardin de Jésus. Il a voulu créer les grands saints qui peuvent être comparés aux lys et aux roses  ; mais il en a créé aussi de plus petits et ceux-ci doivent se contenter d’être des pâquerettes ou des violettes destinées à réjouir les regards du Bon Dieu lorsqu’Il les abaisse à ses pieds. La perfection consiste à faire sa volonté, à être ce qu’Il veut que nous soyons…

«  J’ai compris encore que l’amour de Notre-Seigneur se révèle aussi bien dans l’âme la plus simple qui ne résiste en rien à sa grâce que dans l’âme la plus sublime  ; en effet le propre de l’amour étant de s’abaisser, si toutes les âmes ressemblaient à celles des saints docteurs qui ont illuminé l’Église par la clarté de leur doctrine, il semble que le Bon Dieu ne descendrait pas assez bas en venant jusqu’à leur cœur  ; mais Il a créé l’enfant qui ne sait rien et ne fait entendre que de faibles cris, Il a créé le pauvre sauvage n’ayant pour se conduire que la loi naturelle et c’est jusqu’à leurs cœurs qu’Il daigne s’abaisser, ce sont là ses fleurs des champs dont la simplicité Le ravit…

«  En descendant ainsi le Bon Dieu montre sa grandeur inouïe. De même que le soleil éclaire en même temps les cèdres et chaque petite fleur comme si elle était seule sur la terre, de même Notre-Seigneur s’occupe aussi particulièrement de chaque âme que si elle n’avait pas de semblables  ; et comme dans la nature toutes les saisons sont arrangées de manière à faire éclore au jour marqué la plus humble pâquerette, de même tout correspond au bien de chaque âme.  » (Histoire d’une âme, chap. 1)

frère Bruno de Jésus-Marie.

 

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