La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 162 – Avril 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


NOTRE-DAME DE FATIMA
REINE DE MISÉRICORDE

À Tuy, en Espagne, où sœur Marie-Lucie remplissait au couvent des Dorothées «  les charges les plus rebutantes  », écrit le chanoine Formigao, elle était «  une source d’édification pour tous par sa profonde humilité et par sa stricte observance de la Règle  ».

Le 13 juin 1929, elle fut favorisée d’une théophanie trinitaire, «  merveille dont on ne trouve pas la semblable dans l’histoire de l’Église, depuis la vision de saint Paul sur le chemin de Damas  », écrit l’abbé de Nantes, notre Père.

Son récit est une page d’Évangile  :

«  J’avais demandé et obtenu la permission de mes supérieures et de mon confesseur de faire une heure sainte de 11 heures à minuit, dans la nuit du jeudi au vendredi de chaque semaine.  »

Cette pratique était inspirée par les demandes du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie.

«  Me trouvant seule une nuit dans la chapelle, je m’agenouillai tout près de la table de communion, au milieu, pour réciter, prosternée, les prières de l’Ange. Me sentant fatiguée, je me relevai et continuai à les réciter les bras en croix. La seule lumière était la pâle lueur de la lampe du sanctuaire.

«  Soudain, toute la chapelle s’éclaira d’une lumière surnaturelle et, sur l’autel, apparut une croix de lumière qui s’élevait jusqu’au plafond.

«  Dans une lumière plus claire, on voyait sur la partie supérieure de la Croix, une face d’homme, avec un corps jusqu’à la ceinture. Sur sa poitrine une colombe, de lumière plus intense, et, cloué à la croix, le corps d’un autre homme. Un peu en dessous de la ceinture de celui-ci, suspendu en l’air, on voyait un Calice et une grande Hostie sur laquelle tombaient quelques gouttes de sang qui coulaient sur les joues du Crucifié et d’une blessure à la poitrine. Coulant sur l’Hostie, ces gouttes tombaient dans le calice.

«  Sous le bras droit de la Croix se tenait Notre-Dame avec son Cœur Immaculé dans la main. C’était Notre-Dame de Fatima avec son Cœur Immaculé dans la main gauche, sans épée ni roses, mais avec une couronne d’épines et des flammes.

«  Sous le bras gauche de la Croix, de grandes lettres, comme d’une eau cristalline qui aurait coulé au-dessus de l’autel, formaient ces mots  : “ Grâce et Miséricorde ”.

«  Je compris que m’était montré le mystère de la très Sainte Trinité, et je reçus sur ce mystère des lumières qu’il ne m’est pas permis de révéler.  » (frère François, Sœur Lucie confidente du Cœur Immaculé de Marie, p. 204)

LA GRÂCE ET LA MISÉRICORDE

La description de Lucie nous met en présence du «  mystère de la Très Sainte Trinité  », un seul Dieu en trois Personnes, Père, Fils et Saint-Esprit, joint à celui de l’Incarnation du Fils de Dieu fait homme, avec son corps «  cloué à la croix  », né de la Vierge Marie, «  avec son Cœur Immaculé dans la main  ».

Sans prétendre aux «  lumières  » particulières dont Lucie fut favorisée, cette description suffit à nous offrir la contemplation du mystère central de notre sainte religion, non le plus élevé, celui de Dieu, mais celui de l’Évangile, «  Bonne Nouvelle  » de l’adoption divine et de la rémission des péchés, de la Grâce et de la Miséricorde répandues par le Christ dans son Église, par la médiation du Cœur Immaculé de Marie sur toute créature.

LA GRÂCE.

À l’origine, Adam et Ève possédaient la Justice et la Grâce qui les faisaient images de Dieu, ses enfants par adoption. Ils étaient donc bons et enclins à la vertu. Ils jouissaient de la vraie liberté, qui consiste à pouvoir ne pas pécher, mais non pas à ne pas pouvoir pécher.

Après le péché, la Croix du Christ est au centre de l’apparition divine  ; celle-ci introduit la voyante au cœur de l’Action éternelle qui se développe dans le temps de notre histoire, réitérant la rencontre de Jésus et de sa Mère sur le Calvaire, vécue une fois, mais commémorée un nombre infini de fois dans le Saint-Sacrifice de la messe pour en répandre la Grâce sur tous les hommes.

La «  grâce  » est un don surnaturel de Dieu, ainsi nommé parce qu’il est tout à fait immérité, gratuit, et qu’il revêt l’âme de la beauté et bonté de Dieu même, de sa grâce en la rendant image de Dieu, resplendissante de sa divine beauté.

Jésus-Christ, Verbe fait chair, est vraiment tout empreint dans son âme et dans son corps d’homme de la “ grâce ” de sa divine Personne. En se faisant notre frère jusque dans le partage de notre “ misère ” sur la Croix, jusque dans l’expiation de nos crimes auxquels il n’avait pris aucune part, en versant son Sang, il nous a ouvert le torrent divin de cette “ grâce ”, purifiante, sanctifiante, symbolisée par l’eau et le sang jaillis de son Cœur transpercé et arrosant la terre pour nous communiquer sa «  Grâce sanctifiante  », sa vie, sa sainteté, faisant de nous ses propres “ frères ”, fils adoptifs de son Père, temples vivants du Saint-Esprit.

LA MISÉRICORDE.

Résumant la pensée de saint Bonaventure, notre Père écrit  : «  La Croix du Christ est le dévoilement du mystère du Cœur, de son Cœur, du Cœur de Dieu..  » (CRC n° 127, mars 1978, p. 7)

Après la chute de nos premiers parents, Dieu reprend son œuvre de grâce, par miséricorde, révélation de son Divin Cœur chanté par l’Exsultet de la veillée pascale  : «  Ô admirable grandeur de la tendresse de Dieu pour nous  ! Ô inestimable dilection de son amour  ! Ô nécessaire péché d’Adam, heureuse faute  ! Ô Sainte Colère d’un Dieu Sauveur  !  »

Elle frappe durement, mais c’est pour fléchir les cœurs orgueilleux, rebelles à sa loi. Malheur à qui ne se laisse pas vaincre par son éclat, car le jour vient où toute colère s’éteindra dans le jugement de la Justice éternelle  : Dies iræ, dies illa  ! L’admirable pédagogie divine n’aurait plus de sens, cette Colère ne serait que feinte et donnerait à rire de Dieu si nous n’étions réellement menacés d’un châtiment immense, éternel.

«  Au soir du Vendredi saint, passé le voile, ayant quitté la scène du monde, Jésus se hâte vers les Enfers, et le bon larron le suit de près, ne voulant point s’en séparer. Et l’autre, le mauvais larron  ? Sont-ils venus lui serrer la main en riant  ? Allons, c’est fini, réconcilions-nous  ! Inconcevable comédie. L’ont-ils laissé tomber dans l’abîme, sans un regard  ? ou pis  : Allez, maudit, au feu éternel  ! Impossible tragédie. Alors  ?  » (CRC n° 128, avril 1978, p. 5)

La réponse à cette question exige de nous éloigner à tout jamais de l’utopie d’une universelle fraternité et du salut de tous. La foi, la foi catholique elle-même, professe le «  Jugement des vivants et des morts  », suffisamment évocateur de Ciel et d’Enfer éternels. Mais en ultime remède à notre apostasie, Notre-Dame de Fatima a montré l’enfer, en grand secret, le 13 juillet 1917, à Lucie, François et Jacinthe.

Et sœur Lucie n’a reçu qu’en 1941 la permission de divulguer cette vision terrifiante, au milieu de l’enfer de la Deuxième Guerre mondiale  :

«  Notre-Dame ouvrit de nouveau les mains, comme les deux derniers mois. Le reflet de la lumière parut pénétrer la terre et nous vîmes comme un océan de feu. Plongés dans ce feu nous voyions les démons et les âmes des damnés.

«  Celles-ci étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant formes humaines. Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d’elles-mêmes, avec des nuages de fumée. Elles retombaient de tous côtés, comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur. C’est à la vue de ce spectacle que j’ai dû pousser ce cri  : “ Aïe  !  ” que l’on dit avoir entendu de moi. Les démons se distinguaient des âmes des damnés par des formes horribles et répugnantes d’animaux effrayants et inconnus, mais transparents comme de noirs charbons embrasés.

«  Ce que je dis ici de cette vision, ajoute sœur Lucie, n’en donne qu’une faible idée.  »

Elle précisera au Père Umberto Pasquale  :

«  Ce qui m’est resté le plus gravé dans l’esprit et le cœur, ce fut la tristesse de cette Dame lorsqu’elle nous montra l’enfer  ! Si la vision de l’enfer avait duré un instant de plus, nous serions morts de peur et d’épouvante. Cependant, une chose m’a encore plus impressionnée, ce fut l’expression douloureuse du regard de Notre-Dame  ! Si je vivais mille ans, je la conserverais toujours gravée dans mon cœur.  »

Reprenons le récit de ses Mémoires  :

«  Effrayés, et comme pour demander secours, nous levâmes les yeux vers Notre-Dame qui nous dit avec bonté et tristesse  :

«  Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé.

«  Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront et l’on aura la paix.

«  La guerre va finir. Mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le règne de Pie XI, en commencera une autre pire. Quand vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne qu’il va punir le monde de ses crimes, par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père.  » (frère François, Sœur Lucie, p. 73)

L’HORREUR DE L’ENFER

«  Il y a ceux qui n’en prennent pas leur parti, et il y a ceux qui se sont fait une raison de l’enfer… des autres.  » (CRC n° 128, p. 6)

Au lendemain du 13 juillet 1917, «  enfin seuls, dans le silence de la lande toute desséchée par les ardeurs du soleil, les enfants laissaient s’écouler les heures, absorbés par le souvenir de la Dame, si belle, mais si triste, si triste…

Les chants joyeux de Lucie et de Jacinthe, le fifre de François ne venaient plus rompre le silence de la campagne. En l’espace d’un an, comme tout avait changé pour eux  !… D’abord les apparitions de l’Ange, puis les apparitions et les révélations de la Vierge Marie, surtout la plus récente, avaient opéré une métamorphose complète dans leurs âmes ingénues.

Assis sur une pierre ou sur l’herbe, ils se répétaient les moindres particularités des grands événements dont ils avaient été les témoins.

«  À quoi penses-tu en ce moment, demanda un jour Lucie à sa cousine, en remarquant son visage voilé de tristesse.

 Je pense à l’enfer et aux pauvres pécheurs. L’enfer  !… L’enfer  !… Que j’ai pitié des âmes qui vont en enfer  ! Et dire qu’il y a là des gens vivants, qui brûlent comme du bois dans le feu  !… Oh, Lucie  ! pourquoi Notre-Dame ne montre-t-elle pas l’enfer aux pécheurs  ? S’ils le voyaient, ils ne feraient plus de péchés, pour ne pas y aller  !  »

Et comme Lucie restait silencieuse, embarrassée par la question  :

«  Oh, Lucie, reprit-elle un peu contristée, pourquoi n’as-tu pas dit à Notre-Dame de montrer l’enfer à tous ces gens  ?

 J’ai oublié.

 Moi aussi, j’ai oublié  », ajouta Jacinthe, désolée.

Alors la petite, s’agenouillant sur le sol, joignit les mains et répéta les paroles que la Sainte Vierge leur avait apprises  :

«  Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés  ! Préservez-nous du feu de l’enfer  ! Attirez au Ciel toutes les âmes, principalement celles qui en ont le plus besoin.  »

De temps en temps, comme en sortant d’un songe, elle interpellait son frère et sa cousine  :

«  Oh, Lucie  ! Oh, François  ! venez prier avec moi  !  »

Et les trois enfants unissaient leurs voix, tremblantes et innocentes, pour demander pardon pour les pécheurs.

Chez Jacinthe, ce n’était pas seulement le cœur qui s’émouvait à la pensée des pécheurs. La raison s’efforçait aussi de chercher la cause d’un si terrible châtiment.

«  Oh, Lucie  ! disait-elle, quels sont les péchés que font ces gens pour aller en enfer  ?

 Je ne sais pas  ; peut-être de ne pas aller à la Messe le dimanche, de voler, de dire de vilaines choses, d’injurier les autres, de jurer

 Ainsi, pour une mauvaise parole, ils vont en enfer  ?

 Bien sûr, c’est un péché  !

«  Mais qu’est-ce que cela leur coûterait de se taire, ou d’aller à la Messe  ?… Que les pécheurs me font pitié  ! Ah, si je pouvais leur montrer l’enfer  !  »

Quelquefois, soudainement, elle s’accrochait à sa grande cousine et disait  :

«  Je vais aller au Ciel. Mais toi qui vas rester ici, si Notre-Dame le permet, dis à tous ces gens comment est l’enfer, afin qu’ils ne commettent plus de péchés et qu’ils n’y aillent pas.  »

D’autres fois, après avoir réfléchi un moment, elle disait  :

«  Tant de monde qui tombe en enfer  ! Tant de monde en enfer  !  »

Lucie la rassurait  : «  N’aie pas peur, tu iras au Ciel.

 Oui, j’irai, répondait-elle paisiblement, mais je voudrais que tous ces gens y aillent aussi.  »

Les joues rondes de Jacinthe se creusaient peu à peu. Son joli visage s’amenuisait, mais par contraste, ses yeux noirs brillaient d’un éclat surnaturel.

«  Jacinthe, rapporte sa cousine, était très impressionnée par certaines révélations contenues dans le secret. Il en était réellement ainsi  : la vision de l’enfer l’avait horrifiée à un tel point que toutes les pénitences et les mortifications lui semblaient insuffisantes pour arriver à préserver quelques âmes de l’enfer.  »

Quelqu’un demanda un jour à Lucie  :

«  Comment se fait-il que Jacinthe, si petite, ait pu être possédée d’un tel esprit de mortification et de pénitence  ?  »

– Il me semble que ce fut d’abord par une grâce spéciale que Dieu a voulu lui accorder par l’intermédiaire du Cœur Immaculé de Marie, mais aussi parce qu’elle a vu l’enfer et le malheur des âmes qui y tombent. Certaines personnes, même pieuses, n’aiment pas parler de l’enfer aux enfants, afin de ne pas les effrayer. Mais Dieu n’a pas hésité à le montrer à trois enfants, dont l’une avait à peine sept ans, et il savait bien qu’elle en serait terrifiée, jusqu’à se consumer de frayeur, j’ose le dire.  »

Jacinthe était comme saisie de vertige et remplie d’une immense pitié pour les misérables pécheurs. Ce qui l’étonnait le plus, c’était l’éternité. Même en train de jouer, de temps à autre, elle demandait  :

«  Mais voyons, après tant et tant d’années, l’enfer ne finira pas encore  ? Et ces gens qui sont là, à brûler, ne meurent pas  ? Ils ne deviennent pas des cendres  ? Et si nous prions beaucoup pour les pécheurs, Notre-Seigneur ne les délivrera pas  ? Et avec les sacrifices non plus  ?  »

Et Lucie de fournir toujours la réponse du catéchisme, accablante, mais vraie  :

«  Non, jamais, jamais  ! L’enfer est éternel.

 Oh  ! les pauvres  ! se lamentait Jacinthe  ! Il nous faut beaucoup prier et faire des sacrifices pour eux. Comme Elle est bonne cette Dame  ! Elle nous a déjà promis de nous emmener au Ciel  !  »

Depuis que Notre-Dame avait appris aux enfants à offrir leurs sacrifices à Jésus, chaque fois qu’ils décidaient d’en faire un, ou qu’ils avaient à souffrir une épreuve, Jacinthe demandait à sa cousine  :

«  As-tu déjà dit à Jésus que c’était pour Son amour  ?  »

Si Lucie répondait «  Non  », Jacinthe reprenait  :

«  Alors, je le Lui dirai, moi.  »

Et, joignant les mains, elle levait les yeux au ciel et disait  :

«  Ô Jésus, c’est pour votre amour et pour la conversion des pécheurs.  » (sœur Françoise, Francisco et Jacinta, si petits… et si grands  ! p. 157-160)

Jacinthe passait aussi des heures à méditer sur les fins dernières et continuait à vivre par la pensée, prophétiquement, les terribles châtiments prédits dans le grand Secret du 13 juillet 1917. Lucie raconte  :

«  La vision de l’enfer, le malheur de tant d’âmes qui y tombent, la guerre future, dont les horreurs lui paraissaient présentes, la faisaient trembler de peur. Lorsque je la voyais très pensive, je lui demandais  :

 Jacinthe, à quoi penses-tu  ?

«  Et, très souvent, elle me répondait  :

 À cette guerre qui va venir, à tant de gens qui vont mourir et presque tous vont en enfer  ! Quel malheur  ! S’ils cessaient d’offenser Dieu, il n’y aurait pas de guerre, et ils n’iraient pas en enfer  ! Beaucoup de maisons seront détruites et beaucoup de prêtres tués. Vois  ! Moi, je vais au Ciel, et toi quand tu verras, la nuit, cette lumière dont Notre-Dame nous a dit qu’elle viendrait avant la guerre, sauve-toi aussi Là-Haut  !

 Tu ne vois pas qu’on ne peut pas fuir vers le Ciel  ?

 C’est vrai  ! Tu ne peux pas. Mais ne crains rien, au Ciel je prierai beaucoup pour toi, pour le Saint-Père, pour le Portugal, pour que la guerre ne vienne pas jusqu’ici, et aussi pour tous les prêtres… Écoute, sais-tu  ? Notre-Seigneur est triste, Notre-Dame nous a dit de ne plus L’offenser, qu’Il était déjà trop offensé. Et personne n’en fait cas. On continue à commettre les mêmes péchés.  »

Le sérieux avec lequel Jacinthe prononça ces paroles s’imprima pour toujours dans le souvenir de Lucie. Celle-ci donnera cette précision poignante  :

«  Mes cousins François et Jacinthe se sont beaucoup sacrifiés parce qu’ils ont toujours vu la Très Sainte Vierge très triste en toutes ses Apparitions. Elle n’a jamais souri avec nous et cette tristesse, cette angoisse que nous remarquions chez Elle, à cause des offenses envers Dieu et des châtiments qui menacent les pécheurs, pénétrait notre âme et nous ne savions qu’inventer en notre petite imagination enfantine comme moyens pour prier et faire des sacrifices… Ce qui sanctifia également mes cousins, fut la vision de l’enfer…  »

«  L’enfer, la guerre, les persécutions à venir contre les prêtres et le Saint-Père, les sacrifices que Jacinthe offrait à Jésus pour convertir les pécheurs et réparer leurs fautes, étaient autant de secrets dont elle ne pouvait s’ouvrir qu’auprès de sa chère Lucie… qu’elle allait bientôt quitter pour toujours, afin de rejoindre François au Ciel.  » (Francisco et Jacinta p. 362-363)

LA DÉVOTION RÉPARATRICE
SALUT DES ÂMES

Comme promis, Notre-Dame est venue chercher François et Jacinthe pour les emmener au Ciel. Lucie reste seule. Elle entre chez les sœurs dorothées à Tuy en Espagne et poursuit son postulat à Pontevedra du 26 octobre 1925 au 19 juillet 1926.

«  Alors que je traversais un océan d’angoisses, raconte-t-elle, la chère Mère du Ciel daigna venir de nouveau à la rencontre de sa pauvre fille, à qui elle avait promis sa protection spéciale.

«  C’était le 10 décembre 1925. J’étais dans ma chambre, quand elle s’illumina tout à coup; c’était la lumière de la chère Mère du Ciel qui venait avec Jésus Enfant sur une nuée lumineuse. Notre-Dame, comme si Elle voulait m’inspirer du courage, posa doucement sa main maternelle sur mon épaule droite, en me montrant en même temps son Cœur Immaculé entouré d’épines, qu’elle tenait dans l’autre main.

«  L’Enfant-Jésus me dit  : “ Aie compassion du Cœur de ta très Sainte Mère, couvert des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer. ”

«  Ensuite la très Sainte Vierge me dit  : “ Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mys­tères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme. ”

«  Après cette grâce, comment pouvais-je me soustraire au plus petit sacrifice que Dieu voudrait me demander  ? Pour consoler le Cœur de ma chère Mère du Ciel, je serais contente de boire jusqu’à la dernière goutte le calice le plus amer.

«  Je désirais souffrir tous les martyres pour offrir réparation au Cœur Immaculé de Marie, ma chère Mère, et lui retirer une à une toutes les épines qui le déchirent, mais je compris que ces épines sont le symbole des nombreux péchés qui se commettent contre son Fils, et se communiquent au Cœur de sa Mère. Oui, parce que par eux beaucoup d’autres de ses fils se perdent éternellement.  »

Lucie fit connaître la demande de Notre-Dame au confesseur de la maison, don Lino Garcia, qui lui «  ordonna de tout écrire, et de garder ces écrits, dont on pourrait avoir besoin  ». Cependant, pour sa part, il préféra demeurer dans l’expectative.

De plus, dans son désir de satisfaire personnellement à la requête de Notre-Dame, Lucie était très contrariée de ne pas pouvoir se confesser le samedi  : les confessions des dorothées de Pontevedra avaient lieu un autre jour de la semaine.

Mère Magalhaes, qui était gagnée à la cause de Fatima et prête à se conformer aux désirs du Ciel, lui demanda alors de raconter les faits à son confesseur de l’Asilo de Vilar, le chanoine Pereira Lopes, qui émit des réserves et posa des questions. Lucie lui répondit en lui confiant ses pensées depuis le 10 décembre  :

«  Quand j’ai reçu votre lettre et que j’ai vu que je ne pouvais pas encore répondre aux désirs de la Sainte Vierge, je me suis sentie un peu triste. Mais je me suis tout de suite rendu compte que les désirs de la très Sainte Vierge étaient que je vous obéisse.

«  Je me suis tranquillisée et, le lendemain, quand j’ai reçu Jésus à la communion, je lui ai lu votre lettre et je lui ai dit  : Ô mon Jésus  ! Moi, avec votre grâce, la prière, la mortification et la confiance, je ferai tout ce que l’obéissance me permettra et ce que vous m’inspirerez  ; le reste, faites-le vous-même.

«  Je suis restée comme cela jusqu’au 15 février. Ces jours-là ont été pour moi une continuelle mortification intérieure. Je me demandais si cela avait été un rêve  ; mais je savais bien que non  : je pensais que cela avait été vraiment la réalité. Mais comment, moi, qui avais si mal cor­respondu aux grâces reçues jusque-là, comment Notre-Seigneur daignait-il m’apparaître de nouveau  ?

«  Le jour où je devais aller me confesser approchait, et je n’avais pas la permission d’en parler  !  »

Don Garcia avait probablement ordonné à Lucie de ne plus lui parler de cette apparition.

«  Le dirai-je à la Mère supérieure  ? Mais, pendant la journée, mes occupations ne me le permettaient pas et, le soir, elle souffrait de maux de tête. Et alors, craignant de manquer de charité, je pensais  : Cela sera pour demain  ; je vous offre ce sacrifice, ô ma Mère chérie. Et ainsi, les jours se sont succédé, jusqu’aujourd’hui.  »

La scène qui suit, on devrait dire la mise en scène, est d’un charme incomparable, tout divin en vérité, qui rappelle l’extraordinaire familiarité du “ Jésus de Thérèse ” avec Thérèse de Jésus au couvent de l’Incarnation d’Avila.

Les deux actes se déroulent dans le jardin du couvent de Ponte­vedra. «  C’était comme le Bien-Aimé du Cantique des cantiques, l’Époux divin venant rencontrer sa petite épouse dans son jardin fermé  », dira l’abbé de Nantes qui y faisait pèlerinage le 14 mai 2000. «  Rien n’y manquait, il y avait le palmier, un bel oranger, chargé d’oranges et beaucoup étaient par terre, un citronnier.  »

Lisons le récit de Lucie  :

«  Le 15 février 1926, j’étais très occupée par mon emploi, et je ne songeais presque pas à l’apparition du 10 décembre précédent. J’allais vider une poubelle en dehors du jardin.

«  Au même endroit, quelques mois auparavant, j’avais rencontré un enfant à qui j’avais demandé s’il savait l’Ave Maria. Il m’avait répondu que oui, et je lui avais demandé de me le réciter, pour l’en­tendre. Mais comme il ne se décidait pas à le dire seul, je l’avais récité trois fois avec lui. À la fin des trois Ave Maria, je lui ai demandé de le dire seul. Comme il restait silencieux et ne paraissait pas capable de le dire seul, je lui demandais s’il connaissait l’église de Sainte-Marie.  »

La basilique Sainte-Marie-Majeure est proche du couvent, et la Très Sainte Vierge y est honorée par de nombreuses statues ainsi que par des autels qui lui sont dédiés.

«  L’enfant répondit que oui. Je lui dis alors d’y aller tous les jours et de prier ainsi  : Ô ma Mère du Ciel, donnez-moi votre Enfant-Jésus  ! Je lui appris cette prière, et je m’en allais.

«  Le 15 février, en revenant comme d’habitude pour vider une poubelle en dehors du jardin, j’y trouvai un enfant qui me parut être le même, et je lui dis alors  :

«  As-tu demandé l’Enfant-Jésus à notre Mère du Ciel  ?

«  L’Enfant se tourna vers moi et me dit  :

 Et toi, as-tu révélé au monde ce que la Mère du Ciel t’a demandé  ?

«  Et, ayant dit cela, il se transforma en un enfant resplendissant. Reconnaissant alors que c’était Jésus, je lui dis  :

«  Mon Jésus  ! Vous savez bien ce que m’a dit mon confesseur dans la lettre que je vous ai lue. Il disait qu’il fallait que cette vision se répète, qu’il y ait des faits pour permettre de croire, et que la Mère supérieure ne pouvait pas, elle toute seule, répandre la dévotion dont il était question.

 C’est vrai que la Mère supérieure, toute seule, ne peut rien, mais avec ma grâce, elle peut tout. Il suffit que ton confesseur te donne l’autorisation et que ta supérieure le dise pour que l’on croie, même sans savoir à qui cela a été révélé.

 Mais mon confesseur disait dans sa lettre que cette dévotion ne faisait pas défaut dans le monde, parce qu’il y a déjà beaucoup d’âmes qui Vous reçoivent chaque premier samedi, en l’honneur de Notre-Dame et des quinze mystères du Rosaire.

 C’est vrai, ma fille, que beaucoup d’âmes commencent, mais peu vont jusqu’au bout et celles qui persévèrent le font pour recevoir les grâces qui y sont promises. Les âmes qui font les cinq premiers samedis avec ferveur et dans le but de faire réparation au Cœur de ta Mère du Ciel me plaisent davantage que celles qui en font quinze, tièdes et indifférentes.

 Mon Jésus  ! Bien des âmes ont de la difficulté à se confesser le samedi. Si vous permettiez que la confession dans les huit jours soit valide  ?

 Oui. Elle peut être faite même au-delà, pourvu que les âmes soient en état de grâce le premier samedi lorsqu’elles me recevront et que, dans cette confession antérieure, elles aient l’intention de faire ainsi réparation au Sacré Cœur de Marie.

– Mon Jésus  ! Et celles qui oublieront de formuler cette intention  ?

 Elles pourront la formuler à la confession suivante, profitant de la première occasion qu’elles auront de se confesser.

«  Aussitôt après, il disparut sans que je sache rien d’autre des désirs du Ciel jusqu’aujourd’hui. Quant aux miens, ils sont que dans les âmes s’allume la flamme de l’amour divin, et que, grandissant dans cet amour, elles consolent beaucoup le Saint Cœur de Marie. Du moins j’ai le désir, quant à moi, de consoler beaucoup ma bonne Mère du Ciel, en souffrant beaucoup pour son amour.  » (frère François, Sœur Lucie, p. 176-180)

CONSOLER NOTRE-DAME

Désormais, Lucie ne fut, de son propre aveu, «  jamais aussi heureuse que le premier samedi  ». Dans sa correspondance, elle ne perd pas une occasion de faire connaître la dévotion réparatrice  :

«  Voici ma manière de faire les méditations sur les mystères du Rosaire, les premiers samedis  : Premier mystère, l’Annonciation de l’ange Gabriel à Notre-Dame. Premier préambule  : me représenter, voir et entendre l’Ange saluer Notre-Dame avec ces paroles  : “ Je vous salue Marie, pleine de grâce ”. Deuxième préambule  : je demande à Notre-Dame qu’elle infuse dans mon âme un profond sentiment d’humilité.

«  Premier point  : Je méditerai la manière dont le Ciel proclame que la Très Sainte Vierge est pleine de grâce, bénie entre toutes les femmes et destinée à être la Mère de Dieu.

«  Deuxième point  : L’humilité de Notre-Dame se reconnaissant et se disant l’esclave du Seigneur.

«  Troisième point  : Comment je dois imiter Notre-Dame dans son humilité, quelles sont les fautes d’orgueil et de superbe par lesquelles j’ai le plus l’habitude de déplaire à Notre-Seigneur, et quels sont les moyens que je dois employer pour les éviter, etc.

«  Le deuxième mois, je fais la méditation du deuxième mystère joyeux. Le troisième, du troisième et ainsi de suite, en suivant la même méthode pour méditer. Quand j’ai terminé ces cinq premiers samedis, j’en commence cinq autres et je médite les mystères douloureux, ensuite les glorieux, et quand je les ai terminés, je recommence les joyeux.  » (frère François, Sœur Lucie, p. 187-188)

Elle insiste sur l’intention avec laquelle la communion des premiers samedis doit être accomplie  : pour «  réparer les offenses faites à la Très Sainte Vierge qui affligent son Cœur Immaculé  ». Et quelles sont ces offenses  ?

La réponse se trouve dans celle que fit sœur Lucie à une question posée par le Père Gonçalves en 1930. Celui-ci demandait  :

«  Pourquoi cinq samedis et non neuf, ou sept, en l’honneur des douleurs de Notre-Dame  ?

«  Me trouvant dans la chapelle avec Notre-Seigneur une partie de la nuit du 29 au 30 de ce mois de mai 1930, et parlant à Notre-Seigneur de ces questions, je me sentis soudain possédée plus intimement par la divine présence et, si je ne me trompe, voici ce qui m’a été révélé  :

«  Ma fille, le motif en est simple. Il y a cinq espèces d’offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie  :

 Les blasphèmes contre l’Immaculée Conception.

 Les blasphèmes contre sa Virginité.

 Les blasphèmes contre sa Maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître comme Mère des hommes.

 Les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l’indifférence ou le mépris, ou même la haine à l’égard de cette Mère Immaculée.

 Les offenses de ceux qui l’outragent directement dans ses saintes images.

«  Voilà, ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m’a inspiré de demander cette petite réparation et, en considération de celle-ci, d’émouvoir ma miséricorde pour pardonner aux âmes qui ont eu le malheur de l’offenser. Quant à toi, cherche sans cesse, par tes prières et tes sacrifices, à émouvoir ma miséricorde à l’égard de ces pauvres âmes.  » (ibid., p. 209)

«  PARATONNERRE  » DU PORTUGAL

Le 2 octobre 1926, Lucie reçut l’habit des novices et le nom de sœur Marie-Lucie des Douleurs. Dans le rapport de la commission canonique du procès des apparitions, le chanoine Formigao écrivait  : «  Lucie de Jésus, fleur des champs, devenue tendre fleur du cloître, sera vraiment un paratonnerre élevé sur cette malheureuse terre du Portugal, – autrefois patrie de héros et de saints –, pour désarmer la colère divine provoquée par les fautes individuelles et par les folies collectives, et afin de mériter des torrents abondants et sans cesse renouvelés de pardon, de grâce et de miséricorde, pour cet abîme insondable d’iniquités.  » (ibid., p. 184)

Dès son noviciat à Tuy, sœur Lucie opérait des miracles. Nous avons des témoignages circonstanciés sur la guérison subite de Teresinha do Menimo-Jesus, Petite Thérèse de l’Enfant-Jésus, fille d’Aristides de Sousa Mendes, consul du Portugal à Vigo.

Le 9 janvier 1928, à l’âge de trois ans, «  Teresinha tomba malade. Elle souffrait, raconte son père, d’un furoncle à la lèvre supérieure. Le cinquième ou sixième jour, deux abcès apparurent dans le dos, l’un à la hauteur du rein gauche, l’autre dans la région lombaire inférieure.  » Les médecins consultés diagnostiquèrent chez cette enfant de trois ans une infection purulente à streptocoques. «  Les tumeurs étaient très profondes et mettraient du temps à mûrir avant que l’on puisse les percer à la lancette. Cependant, la petite qui, depuis le début, avait une fièvre intense avec délire, souffrait maintenant de douleurs horribles.  » Au bout de cinq semaines, la tumeur supérieure, devenue énorme, parut présenter les conditions qu’il fallait pour être opérée. Hélas  ! l’intervention chirurgicale n’arrangea rien. De plus, «  la tumeur inférieure se mit à atteindre un volume plus grand que celui de la tumeur supérieure et l’enflure se propagea dans la jambe droite, jusqu’au genou  ».

Comme ses sœurs allaient à l’école chez les dorothées de Tuy, Lucie apprit la grave maladie de l’enfant. Elle dit alors à ses parents de ne pas s’inquiéter, que Teresinha allait guérir.

«  Ce fut à ce moment-là, écrit son père, qu’il se passa un phénomène inexplicable pour nous. Pendant la nuit, et contrairement à ce que prévoyait le docteur, tout disparut  : la fièvre, la tumeur, l’enflure de la jambe. Quand, au matin, nous vîmes notre fille, quelques heures auparavant si défigurée et en­fiévrée, et maintenant sans trace des maux qui, pendant trois mois, l’avaient tourmentée, nous en fûmes véritablement stupéfaits  ! Teresinha riait et disait qu’elle voulait aller par terre.  » Le médecin n’en fut pas moins surpris. Le docteur de Sousa concluait  : «  Il convient de dire tous nos remerciements aux dorothées. Je crois que ce furent elles qui obtinrent tout par leurs prières.  »

«  Si mon père, témoignait sa fille Isabelle, n’a pas fait allusion à sœur Lucie, c’est parce que sur la demande de la Mère supérieure nous devions garder secrète sa résidence à Tuy, et c’est pourquoi mon père remercia sœur Lucie de son intervention en nommant toutes les dorothées.  » (ibid., p. 186-187)

Après avoir rendu visite à sœur Lucie à Tuy, le chanoine Formigao écrivait à sœur Cecilia, cofondatrice des Sœurs réparatrices de Notre-Dame des Douleurs de Fatima  : «  La petite est toujours la même, comme vous l’avez connue. Elle est douée d’une simplicité et d’une humilité admirables. Quelle profonde piété, à la fois remarquable et si joyeuse  ! Quel extraordinaire esprit d’obéissance  ! Quel amour du sacrifice et de la mortification  ! La veille, alors qu’elle avait déjà terminé sa retraite, j’ai été l’unique personne à qui l’on accorda la permission de lui parler et d’être seul à seule avec elle. Ce furent des heures d’ineffable joie spirituelle  ! Je ne les oublierai jamais.  »

La confidente du Cœur Immaculé de Marie lui avait offert une image de Notre-Dame sur laquelle elle avait écrit  : «  Je prie pour faire connaître et aimer le Cœur Immaculé de notre très sainte Mère et pour qu’on lui fasse réparation.  » De plus, pour Antonia Formigao, la sœur du chanoine, elle avait noté sur une autre image  : «  Je prie pour aimer beaucoup le Cœur Immaculé de notre très sainte Mère et pour que je parvienne à le consoler.  »

Sœur Lucie demeurait donc très préoccupée par sa mission divine et elle regretta de n’avoir pu en parler à Mgr da Silva le jour de ses vœux.

«  Cela a été un sacrifice que notre Bon Dieu peut seul comprendre, lui écrira-t-elle. Lui seul sait ainsi entrelacer les épines avec les pétales des plus ravissantes fleurs  : qu’il en soit béni et que s’accomplisse, toujours et en tout, sa très sainte volonté.  »

Remplir sa mission auprès d’autorités de l’Église qui négligeaient et négligeront ses requêtes, lui fut toute sa vie une lourde croix.

Le chanoine Formigao écrivait encore  : «  J’avais déjà su, il y a quelques mois, par une lettre de la maîtresse des novices, qu’elle avait été l’objet d’une nouvelle révélation. Voici de quoi il s’agit  :

«  Notre-Seigneur est profondément mécontent des offenses commises contre sa très Sainte Mère et il ne peut plus les supporter davantage. À cause de ces péchés, de ces outrages et blasphèmes, qui font tant souffrir son Cœur de Fils très aimant, beaucoup d’âmes sont tombées en enfer. Et d’autres sont en danger de se perdre  : Notre-Seigneur promet de les sauver, dans la mesure où l’on pratiquera cette dévotion, avec le but de faire réparation au Cœur Immaculé de notre très Sainte Mère.  » (ibid., p. 196-198)

DIEU AIME LA RUSSIE

Trois mois avant la révolution bolchevique, Notre-Dame de Fatima dit aux trois pastoureaux, le 13 juillet 1917  :

«  La guerre va finir. Mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le règne de Pie XI, en commencera une autre pire. Quand vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne qu’il va punir le monde de ses crimes, par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père.

«  Pour empêcher cela, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la Communion réparatrice des premiers samedis. Si l’on écoute mes demandes, la Russie se convertira et l’on aura la paix. Sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties.

«  À la fin mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira, et il sera donné au monde un certain temps de paix. Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi.  » (ibid., p. 74)

Lucie et Jacinthe étaient sûres d’avoir entendu «  no reinado de Pie XI, sous le règne de Pie XI  ». Mais elles ignoraient ce que voulait dire le mot Pie XI. Sœur Lucie le dira au Père Jongen en 1946  : «  Nous ne savions pas alors ce que signifiait un roi ou un pape, ou Pie XI. Mais la Sainte Vierge a bien parlé de Pie XI.  »

Quant à «  la Russie  » les enfants crurent que c’était le nom «  d’une méchante femme que Notre-Dame voulait convertir, écrivait Lucie au cardinal Kœnig en 1996, et c’est avec cette pensée que nous avons longtemps offert à Dieu nos prières et nos sacrifices pour la conversion de la Russie. Un jour, François nous demanda si la Russie n’était pas l’âne d’un voisin parce qu’on l’appelait la “ Russe ”. Je rejetai cette idée et nous continuâmes à croire que la Russie était une méchante femme.  » (ibid., p. 75-76)

À Tuy, le 13 juin 1929, Lucie, alors âgée de vingt-deux ans, entend Notre-Dame lui dire  :

«  Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen. Elles sont si nombreuses les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi, que je viens demander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie.  » (ibid., p. 205)

Où l’on voit que les deux requêtes de la consécration de la Russie et de la communion réparatrice ne font qu’un “ commandement ” de Marie. Et d’ailleurs, en mai 1930, sœur Lucie avertit le Père Gonçalves qu’elles doivent être adressées conjointement au Pape lui-même  :

«  Il me semble que le Bon Dieu, au fond de mon cœur, insiste auprès de moi pour que je demande au Saint-Père l’approbation de la dévotion réparatrice, que Dieu lui-même et la très Sainte Vierge ont daigné demander en 1925. Au moyen de cette petite dévotion, ils veulent donner la grâce du pardon aux âmes qui ont eu le malheur d’offenser le Cœur Immaculé de Marie.

«  Si je ne me trompe, le Bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie si le Saint-Père daigne faire, et ordonne aux évêques du monde catholique de faire également, un acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie aux très saints Cœurs de Jésus et de Marie, et si Sa Sainteté promet, moyennant la fin de cette persécution, d’approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice indiquée ci-dessus.  » (ibid., p. 208)

Mgr da Silva rencontra Lucie au couvent de Tuy le 28 août 1930. Elle lui parla de la consécration de la Russie mais, malgré ses instances, Mgr da Silva n’entreprit aucune démarche pour communiquer les demandes divines au Saint-Père. Cependant, la consécration du Portugal au Cœur Immaculé de Marie, accomplie le 13 mai 1931 à Fatima par le patriarche de Lisbonne, en présence du nonce apostolique, de tous les évêques portugais ou de leurs représentants, et de trois cent mille fidèles, procura le triomphe de ce Cœur Immaculé sur le pays qui se redressait depuis 1917  : en 1932, Antonio de Oliveira Salazar fut élu président du Conseil et commença à restaurer l’État dans ses grandes fonctions, tandis que l’Espagne courait à l’abîme, en accomplissement des châtiments annoncés dans le Secret du 13 juillet 1917. «  Les erreurs de la Russie  » se répandaient dans toute la péninsule, sauf à Lisbonne.

En août 1931, à Rianjo, Notre-Seigneur se plaignit à sœur Lucie  :

«  Ils n’ont pas voulu écouter ma demande  !… Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir.  » (ibid., p. 213)

La victoire du Frente popular aux élections espagnoles du 16 février 1936, avec cent dix-huit députés de plus que la droite, fut suivie d’une vague sanglante de terrorisme rouge. En quatre mois, cent soixante églises furent entièrement détruites et deux cent cinquante très endommagées. Dans les rues, les manifestants défilaient, drapeaux rouges déployés, aux cris répétés de Viva Rusia  ! À Madrid, des religieuses furent lynchées.

Le Père Gonçalves s’alarmait de la tournure des événements. C’est alors que sœur Lucie lui rapporta, le 18 mai 1936, de nouvelles révélations, expliquant le dessein divin pour notre temps  :

«  Quant à l’autre question, s’il convient d’insister pour obtenir la consécration de la Russie  ? Je réponds à peu près de la même manière que j’ai répondu les autres fois. Je regrette que cela ne soit pas déjà fait, mais Dieu lui-même qui l’a demandée l’a ainsi permis.

«  S’il convient d’insister  ? Je ne sais pas. Il me semble que si le Saint-Père la faisait maintenant, Notre-Seigneur l’accepterait et accomplirait sa promesse  ; et sans aucun doute il ferait ainsi plaisir à Notre-Seigneur et au Cœur Immaculé de Marie.

«  D’une manière intime, j’ai parlé à Notre-Seigneur de ce sujet et, il y a peu de temps, je lui demandais pourquoi il ne convertirait pas la Russie sans que Sa Sainteté fasse cette consécration  :

«  Parce que, dit Notre-Seigneur, je veux que toute mon Église reconnaisse cette consécration comme un triomphe du Cœur Immaculé de Marie, afin d’étendre ensuite son culte et placer, à côté de la dévotion à mon Divin Cœur, la dévotion à ce Cœur Immaculé.

– Mais, mon Dieu, le Saint-Père ne me croira pas, si vous ne le mouvez vous-même par une inspiration spéciale.

– Le Saint-Père  ! Priez beaucoup pour le Saint-Père. Il la fera, mais ce sera tard. Cependant le Cœur Immaculé de Marie sauvera la Russie, elle lui est confiée.  »

Sœur Lucie évoquait ensuite l’actualité, c’est-à-dire les persécutions provoquées par les erreurs de la Russie  : «  Ici, nous sommes dans l’attente du jour où l’on nous ordonnera de fermer la maison.  »

Elle ajoutait dans un post-scriptum  : «  Quant au Mexique, à l’Espagne et à la France, vous savez qu’ils ne sont pas inclus dans la promesse. Il faudra compter sur la générosité de la miséricorde divine.  » (ibid., p. 231)

En mars 1937, l’évêque adressa enfin une supplique au pape Pie XI qui, hélas  ! ne fit aucun cas des demandes de l’Immaculée.

«  J’ai beaucoup de peine, écrira Lucie, de ce que, malgré la motion du Saint-Esprit, on ait laissé passer l’occasion de faire la consécration de la Russie. Notre-Seigneur s’en plaint aussi. En considération de cet acte, il aurait apaisé sa justice et épargné au monde le fléau de la guerre que, depuis l’Espagne, la Russie suscite parmi les nations.  » (ibid., p. 232)

«  UNE BATAILLE DÉCISIVE  »

Au lendemain de la divulgation du “ troisième secret ” de Notre-Dame de Fatima, le 26 juin 2000, le cardinal Bertone révéla que sœur Lucie, entrée au Carmel en 1948, s’y trouvait pour ainsi dire prisonnière, étant mise au secret depuis 1955. Cette mesure répondait aux avertissements donnés par la religieuse au Père Ricardo Lombardi, jésuite italien fondateur du mouvement Pour un monde meilleur. Celui-ci racontait dans le journal de la Cité du Vatican, L’Osservatore della domenica, du 7 février 1954, comment, ayant obtenu de l’évêque de Coïmbre «  la permission de faire une brève visite à sœur Lucie  », il lui demanda  :

«  Dites-moi si le mouvement Pour un monde meilleur est la réponse de l’Église aux paroles de la Vierge  ?

 Mon Père, me répondit-elle, certainement cette grande rénovation est nécessaire. Si l’humanité ne cherche pas à se parfaire, étant donné la façon dont elle se comporte à présent, une partie limitée seulement du genre humain sera sauvée.

– Croyez-vous vraiment que beaucoup vont en enfer  ? Personnellement, j’espère que Dieu sauvera la plus grande partie de l’humanité. J’ai même écrit un livre auquel j’ai donné pour titre  : “ Le salut de ceux qui n’ont pas la foi  ”.

 Mon Père, nombreux sont ceux qui se damnent.

 Il est certain que le monde est une sentine de vices et de péchés. Mais il y a toujours un espoir de salut.

 Non, mon Père, beaucoup, beaucoup se perdront. ”  » (ibid., p. 349)

La publication de ces paroles souleva une tempête en Italie. C’est alors que «  le Saint-Office a interdit à la voyante d’accorder des entretiens et de propager ses écrits  », rapporte le cardinal Bertone, comme si ses propos étaient de sa propre initiative, et non pas du Ciel  ! Autant dire que la Sainte Vierge était interdite de parole dans l’Église  ! Aussi sœur Lucie pouvait-elle dire au Père Umberto Pasquale, «  que le monde n’a pas encore reçu le message de Fatima  ».

Pourtant, quarante ans après les apparitions, un ultime avertissement fut donné au monde, aussitôt relayé par l’abbé de Nantes, notre Père, dans ses “ Lettres à mes amis ”.

Le 26 décembre 1957, le Père Augustin Fuentes, qui se préparait à devenir le postulateur des causes de béatification de François et de Jacinthe, eut le privilège de s’entretenir longuement avec sœur Lucie.

Le 22 mai 1958, après son retour au Mexique, au cours d’une conférence à la maison-mère des sœurs missionnaires du Sacré-Cœur et de Notre-Dame de Guadalupe, il rapporta leur entretien. Le compte rendu en fut publié, précise le Père Alonso, «  dans son texte original espagnol et dans une version anglaise, avec toutes les garanties d’au­thenticité et toutes les garanties hiérarchiques, parmi lesquelles figurait celle de Mgr Venancio, le nouvel évêque de Fatima  ».

Voici la traduction du texte original  :

«  Je veux vous raconter seulement la dernière conversation que j’ai eue avec elle, le 26 décembre de l’an passé. Je l’ai rencontrée dans son monastère, très triste, pâle, émaciée. Elle me dit  :

«  Mon Père, la très Sainte Vierge est bien triste, car personne ne fait cas de son message, ni les bons, ni les mauvais. Les bons continuent leur chemin, mais sans faire cas du message. Les mauvais, ne voyant pas tomber sur eux actuellement le châtiment de Dieu, continuent leur vie de péché sans se soucier du message. Mais croyez-moi, Père, Dieu va châtier le monde et ce sera d’une manière terrible. Le châtiment céleste est imminent.

«  Que manque-t-il, Père, pour 1960 et qu’arrivera-t-il alors  ? Ce sera bien triste pour tous, nullement réjouissant si auparavant le monde ne prie pas et ne fait pas pénitence. Je ne peux donner d’autres détails puisque c’est encore un Secret. Seuls le Saint-Père et Mgr l’évêque de Leiria pourraient le savoir, de par la volonté de la très Sainte Vierge, mais ils ne l’ont pas voulu pour ne pas être influencés. C’est la troisième partie du message de Notre-Dame qui restera secrète jusqu’à cette date de 1960.

«  Dites-leur, Père, que la très Sainte Vierge, plusieurs fois, aussi bien à mes cousins François et Jacinthe qu’à moi-même, nous a dit que beaucoup de nations disparaîtront de la surface de la terre, que la Russie sera l’instrument du châtiment du Ciel pour le monde entier si nous n’obtenons pas auparavant la conversion de cette pauvre nation.

«  Le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge, et comme il sait ce qui offense le plus Dieu et qui, en peu de temps, lui fera gagner le plus grand nombre d’âmes, il fait tout pour gagner les âmes consacrées à Dieu, car de cette manière il laisse le champ des âmes sans défense, et ainsi il s’en emparera plus facilement.

«  Dites-leur aussi, Père, que mes cousins François et Jacinthe se sont sacrifiés parce qu’ils ont toujours vu la très Sainte Vierge très triste en toutes ses apparitions. Elle n’a jamais souri avec nous et cette tristesse, cette angoisse, que nous remarquions chez elle, à cause des offenses à Dieu et des châtiments qui menacent les pécheurs, pénétrait notre âme et nous ne savions qu’inventer en notre petite imagination enfantine comme moyens pour prier et faire des sacrifices.

«  L’autre chose qui sanctifia les enfants vint de la vision de l’enfer. Voilà pourquoi, Père, ma mission n’est pas d’indiquer au monde les châtiments matériels qui arriveront certainement si, auparavant, le monde ne prie pas et ne fait pas pénitence. Non. Ma mission est d’in­diquer à tous l’imminent danger où nous sommes de perdre notre âme à jamais si nous restons obstinés dans le péché.

«  N’attendons pas que vienne de Rome un appel à la pénitence de la part du Saint-Père pour le monde entier  ; n’attendons pas non plus qu’il vienne de nos évêques dans leur diocèse, ni non plus des congrégations religieuses. Non. Notre-Seigneur a déjà utilisé bien souvent ces moyens et le monde n’en a pas fait cas. C’est pourquoi, maintenant, il faut que chacun de nous commence lui-même sa propre réforme spirituelle. Chacun doit non seulement sauver son âme mais aussi toutes les âmes que Dieu a placées sur son chemin.

«  La très Sainte Vierge ne m’a pas dit que nous sommes dans les derniers temps du monde, mais je l’ai compris pour trois raisons  :

«  La première parce qu’elle m’a dit que le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge, et une bataille décisive est une bataille finale où l’on saura de quel côté est la victoire, de quel côté la défaite. Aussi, dès à présent, ou nous sommes à Dieu ou nous sommes au démon  ; il n’y a pas de moyen terme.

«  La deuxième, parce qu’elle a dit, aussi bien à mes cousins qu’à moi-même, que Dieu donnait les deux derniers remèdes au monde  : le saint Rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, et ceux-ci étant les deux derniers remèdes, cela signifie qu’il n’y en a pas d’autres.

«  Et, troisième raison, parce que toujours dans les plans de la divine Providence, lorsque Dieu va châtier le monde, il épuise auparavant tous les autres recours. Or, quand il a vu que le monde n’a fait cas d’aucun, alors, comme nous dirions dans notre façon imparfaite de parler, il nous offre avec une certaine crainte le dernier moyen de salut, sa très Sainte Mère. Car si nous méprisons et repoussons cet ultime moyen, nous n’aurons plus le pardon du Ciel, parce que nous aurons commis un péché que l’Évangile appelle le péché contre l’Esprit-Saint, qui consiste à repousser ouvertement, en toute connaissance et volonté, le salut qu’on nous offre.

«  Souvenons-nous que Jésus-Christ est un très bon Fils et qu’il ne permet pas que nous offensions et méprisions sa très Sainte Mère. Nous avons comme témoignage évident l’histoire de plusieurs siècles de l’Église qui, par des exemples terribles, nous montre comment Notre-Seigneur Jésus-Christ a toujours pris la défense de l’honneur de sa Mère.

«  Il y a deux moyens pour sauver le monde  : la prière et le sacrifice. Et donc, il y a le saint Rosaire. Regardez, Père  ! la très Sainte Vierge, en ces derniers temps que nous vivons, a donné une efficacité nouvelle à la récitation du Rosaire. De telle façon qu’il n’y a aucun problème, si difficile soit-il, temporel ou surtout spirituel, se rapportant à la vie personnelle de chacun de nous, de nos familles, que ce soient des familles qui vivent dans le monde ou des communautés religieuses, ou bien à la vie des peuples et des nations, il n’y a aucun problème, dis-je, si difficile soit-il, que nous ne puissions résoudre par la prière du saint Rosaire. Avec le saint Rosaire, nous nous sauverons, nous nous sanctifierons, nous consolerons Notre-Seigneur et nous obtiendrons le salut de beaucoup d’âmes.

«  Et donc, ayons la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, notre très Sainte Mère, en la considérant comme le siège de la clémence, de la bonté et du pardon, et comme la porte sûre pour entrer au Ciel.  »

LE PÈRE FUENTES DÉSAVOUÉ.

La relation du Père Fuentes parut au Portugal le 22 juin 1959 dans le quotidien royaliste A Voz après avoir été publiée au Mexique, puis aux États-Unis. Son article suscita une violente réaction de la curie épiscopale de Coïmbre qui publia, dix jours après, le 2 juillet, un démenti prétendument de la voyante elle-même  :

«  L’évêché de Coïmbre est autorisé à déclarer que sœur Lucie ayant dit, jusqu’à présent, tout ce qu’elle voulait et devait dire sur Fatima, et qu’on peut trouver dans les livres publiés sur Fatima, n’a rien dit de nouveau et, en conséquence, n’a autorisé personne à publier, tout au moins depuis février 1955, quoi que ce soit de nouveau qu’on puisse lui attribuer au sujet de Fatima.  »

Ainsi le Père Fuentes était-il publiquement accusé d’avoir inventé les propos qu’il lui attribuait. Pourtant, remarquera plus tard le Père Alonso, expert officiel de Fatima, «  ce que disait le Père Fuentes dans le texte authentique de sa conférence à la communauté religieuse mexicaine correspond certainement, pour l’essentiel, à ce qu’il avait entendu de Lucie, au cours de sa visite du 26 décembre 1957  ».

Néanmoins, personne au Portugal, et moins encore à Rome, ne dénonça publiquement le caractère mensonger du démenti de la curie de Coïmbre, parce que les fallacieuses théories du Père Dhanis contre le témoignage de la voyante y avaient peu à peu désorienté les esprits. Elles avaient jeté le discrédit sur sœur Lucie et donc sur les révélations de Fatima. Les réfutations documentées et décisives de ces théories, publiées par le Père Hubert Jongen et par deux jésuites portugais, les Pères Gonzaga da Fonseca et Agostinho Veloso, n’avaient guère rencontré d’échos favorables (ibid., p. 352-356).

Ainsi l’abbé de Nantes, fut-il le seul à discerner les manœuvres développées pour verrouiller toutes les communications du Ciel avec les pauvres humains  : «  Le diable travaille à faire prévaloir dans l’Église cette idée, qui lui est si favorable, que les Cauchons l’emportent en autorité, en science et en grâce sur les Pucelles. Et qu’ils jugent en maîtres de ce qu’ils ont à faire, passant sous leur toise les envoyés de Dieu et n’étant soumis eux-mêmes à aucun jugement, ni de Dieu ni des hommes.  » (ibid., p. 357)

Il ne pouvait mieux dire. Pie XII mourut le 9 octobre 1958. Le cardinal Roncalli était élu Pape et prenait le nom de Jean XXIII le 28 octobre. Après avoir décidé de convoquer le concile Vatican II et pris connaissance des visions du Secret de Notre-Dame de Fatima dans sa troisième partie, il déclara  : «  Cela ne concerne pas les années de mon pontificat.  » La vérité, aujourd’hui bien connue, est que la demande de Notre-Dame de consécration de la Russie à son Cœur Immaculé, contredisait son grand dessein de paix mondiale, Pacem in terris, par l’entente avec Moscou conclue en vue du concile Vatican II  : le silence des Pères sur le communisme en contre­partie de la présence des “ observateurs ” russes in­vités à assister au Concile  ! Nonobstant toute pétition contraire, telle celle des 450 Pères réclamant en septembre 1965 la condamnation du communisme.

Le 11 octobre 1962, dès son discours d’ouverture, Jean XXIII appliquait les clauses du pacte conclu avec le diable en condamnant la vision prophétique du troisième Secret, prenant ainsi le parti de l’Adversaire de l’Immaculée  :

«  Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin.  »

Ces paroles condamnaient l’abbé de Nantes, alors curé de Villemaur, qui envoyait le texte du Père Fuentes à tous les abonnés de sa Lettre à mes amis auxquels il écrivait le 1er janvier 1962  :

«  L’Église, qui souffre persécution depuis le commencement, se heurte en notre temps à la plus formidable puissance démoniaque qu’elle ait jamais rencontrée.  »

Tandis que Lucie était séquestrée dans son carmel et réduite au silence, lui demeurait libre de se faire le héraut des avertissements de Notre-Dame en écho à certains Pères, dont le cardinal Wyszynski, demandant la consécration du monde y compris la Russie au Cœur Immaculé de Marie, en 1964.

C’est alors que le démon inventa un nouveau stratagème… en Pologne  !

Frère Bruno de Jésus-Marie