La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 166 – Août 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LA LIGUE

La Ligue

LE MARÉCHAL À DOUAUMONT  !

«  Ils égarent mon peuple en disant  : “ Paix  !  ” alors qu’il n’y a pas de paix.  » (Ez 13, 10)

ON a beaucoup crié en France durant ce mois de juillet, mais peu prié sinon par les actes de foi et d’espérance de nos camps CRC et de ceux qui leur ressemblent, en réponse aux cris hystériques des hooligans de l’euro 2016, au cri diabolique du chauffeur de Daesh, et aux cris déchirants des pauvres victimes qu’il broyait sous son camion le 14 juillet dernier à Nice.

Était-il fou cet homme  ? Non. Il était musulman, et c’est donc en priant  : Allah Akbar… qu’il poursuivit sans pitié pendant deux kilomètres cette œuvre de purification radicale prescrite par le Coran comme au temps de Josué en terre de Canaan (Josué 6, 17). Le 26 juillet, le sang a coulé de nouveau, mais cette fois, ce fut celui d’un prêtre catholique égorgé dans son église en haine de la foi chrétienne, comme un agneau, le jour de l’aïd el-kébir. L’Église compte un martyr de plus au Ciel, le Père Jacques Hamel.

VATICAN II ET LA RÉPUBLIQUE  : RESPONSABLES ET CRIMINELS.

Cependant la voix du sang se fait toujours entendre auprès de Dieu notre Père Tout-Puissant et miséricordieux, et toujours il adresse aux vrais responsables le sempiternel reproche  : «  Caïn qu’as-tu fait de ton frère  ?  » (Gn 4, 10) Le Caïn de ces derniers attentats, ce sont deux autorités dévoyées. Celle de l’État républicain avec sa funeste trilogie  : Liberté, Égalité, Fraternité. «  Ou la mort  », ajoutaient les “ Grands ancêtres ”. Et celle des iréniques pasteurs de l’Église désorientés par Vatican II.

La République est plus que jamais le «  règne de l’étranger  » et l’islam est devenu, démocratie oblige  ! un de ses «  états confédérés  » préférés…

L’autre grand responsable des attentats islamistes, passés et à venir, c’est le concile Vatican II et sa Déclaration Dignitatis humanæ sur la liberté religieuse. Cinquante ans après le plus grand Concile de tous les temps, les catholiques sont complètement désorientés. Ils ne s’aiment plus catholiques, ne comprennent pas pourquoi les musulmans les persécutent, et sous prétexte d’une charité évangélique plus protestante que catholique, ils ne se rendent pas compte que c’est la trahison de Judas qu’ils renouvellent à force de dialogue interreligieux, et que c’est «  Jésus  » qu’ils persécutent, à grande échelle…

Sous les coups répétés des attentats et autres désordres, le «  pays réel  » sort de sa torpeur, cri sourd et profond parfaitement analysé par la classe politique républicaine et donc vite neutralisé à grands coups de propagande. Nos édiles s’agitent, pleurent, multiplient les discours  ; Sarko en retourne à la messe, Hollande aussi  ?  !… Pauvre «  pays réel  », il a beau être sans tête, sans chef, la République s’en méfie et l’abrutit de mille manières…

AU CŒUR DE L’ÉGLISE, L’APPEL À JEANNE.

Mais alors, dans ce tintamarre démocratique de cris, de souffrances, d’afflictions feintes, personne n’aura pensé à consoler notre Dieu si triste à cause des nombreux péchés qui se commettent en France  ? Personne pour compatir à la peine du Cœur Immaculé de Marie, qui voudrait nous sauver, une fois encore, et qui n’en peut plus d’attendre le bon plaisir des hommes  ; personne n’aura songé à prier et à se sacrifier un peu plus qu’à l’ordinaire pour aider au salut de ces pauvres âmes écrabouillées  ?

Heureusement qu’il s’est trouvé quelqu’un pour remplir ce surnaturel et très efficace office, mystique et politique, ce fut notre frère Bruno de Jésus-Marie et, à sa suite, la Phalange de l’Immaculée. Événement surnaturel, dérisoire et insignifiant aux yeux du monde, mais sagesse de Dieu qui sait comment se réoriente le cours de l’histoire. Le 19 juillet, notre frère Prieur conduisit donc nos deux communautés, jusqu’à Domrémy afin d’y rejoindre les jeunes du camp de frère Gérard.

Là, sur cette terre de France foulée par sainte Jeanne d’Arc, dans l’église où elle pria, dans la maison natale et l’enclos attenant où elle entendit ses voix lui fixer sa mission de salut de la France et de restauration de la Religion royale  ; là, au cœur de l’Église et de la Patrie, sous l’impulsion de frère Bruno, nous aussi, nous avons poussé un grand cri. Cette clameur “ en nom Dieu ” adressée, c’est un appel suppliant, mystique et politique, marial et royal, à Jésus et Marie, vrais Roi et Reine de France comme de l’Église, tous deux seuls capables d’offrir une fois de plus à la France et à l’Église, la grâce d’une «  divine surprise  ».

La demande est juste et sainte, le Bon Dieu exaucera nos prières, nous n’en doutons pas  : «  À la fin mon Cœur Immaculé triomphera  »; mais en attendant, il faut s’instruire pour vaincre, selon la devise de Saint-Cyr qui convient parfaitement aux miles Christi de la Phalange de l’Immaculée. Notre frère Prieur s’y employa en nous dévoilant l’intelligence profonde des événements que nous vivons, si semblables à ceux vécus par sainte Jeanne d’Arc  ; joie pour l’intelligence, sainte espérance et ligne de conduite mystique et politique bien définies. Merci mon frère (supra).

LE 19 JUILLET À DOMRÉMY

L’objectif pour tous, en cette belle journée ensoleillée était de rallier, qui en car, qui en vélo, la basilique de Bois-Chenu  ; consacrée à sainte Jeanne d’Arc, elle surplombe le petit village de Domrémy. Grâce aux nombreuses lettres de nos frères et de nos sœurs, revivons l’événement, prenons la mesure des grâces reçues en ce jour béni. Pour les jeunes du camp de frère Gérard, cela commençait par l’oraison de 6 heures et la préparation à la confession. Après le petit déjeuner et la prière du matin, départ pour la basilique où un Bon Pasteur attendait nos pénitents  : le chapelain en personne.

De son côté, frère Bruno profitait du voyage en car pour nous préparer à la visite de la basilique. Il nous fit aussi écouter un lumineux sermon de notre Père, qui expliquait en 1981 à deux fiancés, l’un professeur d’histoire et l’autre Lorraine, combien Domrémy, plus qu’Orléans, Chinon, ou Rouen, était la ville qui nous faisait le mieux comprendre Jeanne. Encouragement à prier comme elle, et à aimer comme elle, l’angoisse de la Patrie chevillée au cœur…

Chapelle des fonts baptismaux de l’église Notre-Dame de Mortagne-au-Perche, construite par la bienheureuse Marguerite de Lorraine ( † 1521 ).

Vitrail patriotique dit “ du Souvenir ”, réalisé en 1922, à la mémoire des soldats de Mortagne tombés pendant la Grande Guerre. Les poilus prient avec Jeanne d’Arc et le «  gentil duc  », Jean II d’Alençon, comte du Perche, qui porte la bannière. La citation du livre des Maccabées    : «   Ils avaient pour gage du succès et de la victoire, outre leur vaillance, le recours au Seigneur    » ( 2 M 10, 28, et non pas 2 M 5, 28 ), illustre la religion des poilus qui ont recours comme Jeanne à Jésus et Marie pour combattre dans une juste guerre et obtenir la victoire des armes et la récompense éternelle «  couchés dessus le sol à la face de Dieu  » ( Charles Péguy). La suite du passage des Macchabées souligne le caractère juste de cette guerre face à des ennemis «  prenant leur emportement pour guide de bataille  ».

«   Il me paraît impossible pour un catholique français de ne pas rendre grâces à Dieu pour Jeanne d’Arc. Depuis cinq siècles, nous vivons dans la suite de ses hauts faits. C’est une merveille qui a été donnée par Dieu à l’Église de France, à la France en même temps qu’à l’Église romaine. Il est impossible de ne pas adhérer, quand on sait la vérité criante et tragique, au message transmis par Jeanne d’Arc, au message du Christ qui veut être Roi de France et qui veut que sa Mère, la Vierge Marie, soit Reine de France.  » ( Georges de Nantes, 24 juin 1989 )

LA JOIE D’UNE BELLE CÉLÉBRATION EUCHARISTIQUE.

Tous étaient au rendez-vous pour la messe de 11 heures. Le chapelain invita les frères à monter dans le chœur de la basilique, tandis que nos jeunes gens «  vêtus  » du «  blanc  » de leurs tee-shirts CRC emplissaient la nef, et que nos sœurs prenaient place au premier rang. Dieu le Père trônait à la croisée du transept et de l’abside, dont la vaste coupole représente en mosaïque hémisphérique l’apothéose de Jeanne  : du bûcher de Rouen, vêtue de sa robe de sainteté, elle s’élève en direction du ciel où trône la Trinité. Elle est accueillie par la Vierge et par ses conseillers  : saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite, ainsi que par de nombreux autres saints et saintes de France, à la tête desquels figurent Saint Louis et Charlemagne.

Le maître-autel est dominé par une statue de la Pucelle recevant l’épée de la délivrance de la Patrie, en Nom Dieu. Des deux côtés de cet autel, les frères disposés en arc de cercle formaient à l’entour du chœur comme deux bras qui rejoignaient la grande table-autel où officiait le chapelain assisté de nos frères Scubilion et Alexis. Une place de choix était réservée à nos frères Bruno et Gérard, l’un à côté de l’autre. C’était beau à voir, cette union de nos frères et du célébrant qui chantait avec nous, et combien plus beau à entendre. Imaginez, frère Henry à l’orgue, frère Thomas pour diriger nos plus beaux chants  : Cœur de Jésus notre Roi; le Kyriale de la Phalange; Vivre d’amour, et pour finir un Rappelle-toi Jeanne, à vous couper le souffle ou plutôt à vous en donner pour que cet appel dure toujours, toujours.

Le recteur fit une belle homélie sur le prophète Michée, mais frère Bruno compléta tant et plus à la fin de la Messe en commentant les principaux épisodes de la vie de la sainte que les grandes fresques, peintes sur toiles par Lionel Royer entre 1910 et 1913, nous donnaient à contempler tout au long de la nef.

JEANNE DE DOMRÉMY.

Après l’Angélus breton et la Prière d’abandon du Père de Foucauld, sortie en procession, pique-nique dans le jardin ombragé de l’ancien carmel, agrémenté par une saynète sur le mystère de sainte Jeanne d’Arc et de son anneau. Cette discussion à bâtons rompus entre deux jeunes filles, l’une CRC, l’autre pas du tout, évoquait bien l’état d’esprit et les objections rencontrées par nos jeunes gens, et indiquait à tous, mine de rien, les réponses qu’il fallait y apporter en toute ­vérité-charité. Frère Bruno les félicita et donna ensuite le signal du départ pour la petite église de Domrémy…

À 14 heures, émotion de se retrouver tous dans ce sanctuaire, devant le baptistère où le démon fut chassé de l’âme de la petite Jeanne, par le ministère du bon curé Jehan Minet  ; on peut y vénérer aussi la statue de sainte Marguerite, celle-là même devant laquelle priait notre sainte. Frère Bruno nous fit réciter les mystères douloureux du Rosaire, cœur à cœur avec elle, grâce à des citations tirées du livre incomparable de sœur Hélène  : Sainte Jeanne d’Arc, vierge et martyre, livre de chevet de nos jeunes pré-phalangistes…

L’intensité de la chaleur, la raréfaction de l’air étaient tels que notre frère Prieur eut pitié de son petit troupeau. Il nous conduisit donc sous les ombrages du jardin attenant, et là, devant la maison natale de Jeanne, dans l’enclos visité par saint Michel, il nous fit une conférence magistrale (supra). En retraçant la geste de sainte Jeanne d’Arc devant un si jeune public – «  Mais Jeanne avait votre âge, y avez-vous songé  ?  » – notre frère oignit leurs esprits d’une sagesse vivante, car aujourd’hui encore, cette sagesse cherche des cœurs bien disposés, désireux de devenir à leur tour de bons et loyaux instruments du règne de Jésus-Marie en France. Si les circonstances ont changé, il découlait de la conférence de notre frère que les ressorts profonds des événements politiques, des doctrines qui les sous-tendent, ne changent pas, bons ou mauvais. Les bons sont toujours victorieux finalement, mais d’une victoire qui passe aussi par le martyre d’un certain nombre de prédestinés  ; toujours ce fameux prix à payer, celui des cris, des larmes et du sang de l’amour qui donne sa vie pour le salut de ceux qui ont le plus besoin de miséricorde. Mystère d’amour rédempteur.

Frère Bruno a semé une bonne graine, qui va poursuivre en chacun un chemin connu de Dieu seul. Mais pour l’heure, en cette fin de journée, il s’agissait pour les campeurs de retourner à leur base arrière de Vouthon-bas, en échelonnant leurs départs. L’équipe musique en profita, sans perdre une minute, pour répéter l’oratorio; airs et paroles angéliques de circonstances, en ce lieu béni visité par les saints et les anges, mais, hélas  ! aujourd’hui laïcisé… Nous nous en rendrons compte en visitant la maison natale de Jeanne, à la suite de frère Bruno. Sans égard pour la surprise inquiète des jeunes responsables laïcs du site, il nous fit prier et chanter dans l’enclos de la maison, à l’endroit même où saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite lui apparurent. Ce devoir de piété filiale accompli, il ne nous restait plus qu’à retourner à la maison Saint-Joseph, ravis, comblés par tant et tant de grâces… Si le pèlerinage à Domrémy fut un “ pic ” sous le rapport de la grâce et de la prière suppliante pour la France, reste maintenant à raconter ce qui s’est passé en aval et en amont de ce 19 juillet.

LES EXERCICES DE SAINT IGNACE

Du lundi 4 au samedi 9 juillet, une petite vingtaine de jeunes gens sont venus à la maison Saint-Joseph pour entendre notre bienheureux Père les prêcher, et ouvrir leur âme à frère Bruno en direction spirituelle.

Dans quel but  ? Réponse de notre bienheureux Père, plus que jamais actuelle, et avis à la prochaine promotion de retraitants  : «  Se laisser conduire selon les indications de saint Ignace, jusqu’à s’ouvrir humblement aux inspirations de l’Amour créateur… et cela, pour se marier, ou pour se “ monaquer ”, ou pour se convertir, ou pour accéder par grâce à une union plus intime et fidèle à Dieu, notre Père. Époux. Roi. Esprit. Que voilà une manière décisive de s’élever à la hauteur des dangers de l’heure présente et des appels du Christ notre Roi éternel, qu’il y fait entendre  !  »

CAMP NOTRE-DAME DES ENFANTS

Du 6 au 14 juillet, comment ont-ils vécu ces presque deux cents petits de huit à treize ans  ? Dans la joie sans cesse jaillissante des enfants de l’Église, c’est-à-dire dans la bienfaisante omniprésence de la circumincessante charité du Bon Dieu. Il était là en la personne de Jésus-Hostie dans le tabernacle de la petite chapelle, pour se donner en communion  ; c’est Lui qui a pris plaisir à pardonner les péchés au début du camp, comme à la fin, par le ministère d’un bon Pasteur. C’est Lui qui a si bien disposé les enfants à recevoir tant de grâces, mais cette fois par le truchement de notre frère Gérard, qui les a instruits, encouragés, paternellement repris de leurs manquements  ; notre frère Louis-Joseph les a passionnés en leur racontant la vie de Saint Louis  ; mais c’est un autre roi Louis qu’ils ont découvert et vraiment beaucoup aimé en écoutant pendant les repas le livre de notre sœur Marie-­Angélique  : Louis XVII. La Révolution française, ils connaissent, on ne leur fera pas accroire…

Charité du Bon Dieu aussi, que celle des intendantes et du médecin du camp, sans oublier les parents au dévouement permanent  ; la tenue d’un atelier n’est pas le moindre  : grande application des enfants pour ces bricolages ou apprentissages en tous genres. Et ceux que frère Juan Pablo avait en charge n’étaient pas des moindres  : toilette matinale, gymnastique, jeux en tous genres  : «  Mon frère, je mouline et la selle est trop dure  !  » Et frère Alexis de voir si on peut faire quelque chose pour ce petit dont le vélo n’a pas de vitesses et qui pédale trop vite…

Deux temps forts  : le pèlerinage au Saint Enfant Jésus de Prague au carmel de Meaux et, dans la nuit du 12 au 13, l’adoration nocturne du Saint-Sacrement en union avec les Portugais de Fatima. «  Mais vous allez en faire des moines  ?  » Pour le moment, ils ont tout simplement fait l’apprentissage d’une vie relationnelle, où Dieu est premier servi, comme de raison, et le prochain aussi, le tout dans la sainte liberté des enfants de Dieu. Les Saints Cœurs de Jésus et Marie ont vu ce que frère Henry a vu, ils en ont été charmés et se sont certainement dit entre eux, comme jadis Dieu le Père  : «  C’est bon.  » «  Les enfants viennent tous volontiers à la prière quand la cloche sonne, non sans quelques derniers lancers de bérets ou crocs en jambe, ce qui leur vaut une gentille algarade de frère Gérard…  » Heureux les enfants de l’Église… Leurs aînés du camp itinérant Notre-Dame des tranchées ne le seront pas moins  ; frère Thomas saura vous le raconter puisqu’il en a été une des chevilles ouvrières.

CAMP NOTRE-DAME DES TRANCHÉES

«  C’est avec les sentiments d’une véritable piété filiale, avait annoncé frère Gérard sur la feuille d’invitation au camp Notre-Dame des Tranchées 2016, que nous poursuivons la visite de nos champs de bataille, sachant que nous y trouverons définitivement la réponse à la question posée par notre Père il y a vingt ans  : “ Qui est responsable de la mort, en quatre ans de guerre, de 1 500 000 jeunes Français couchés froids et sanglants sur une terre mal défendue  ?  ” Mais tant d’héroïsme de la part des nôtres, au front et dans les ambulances, tant de protection divine, tant d’âmes sauvées par le dévouement des “ curés sac au dos ” et des très rares aumôniers concédés par la République, changera notre pitié en admiration cette année encore.  » Et puis, en cette année du centenaire de la plus grande bataille de tous les temps, frère Bruno a voulu que ce camp soit, à contre-courant de la propagande officielle, un hommage vrai et senti à leur chef à tous, tant aimé, vrai vainqueur de Verdun  : Pétain à Douaumont  !

«  NOUS AVONS UNE BONNE MAÎTRESSE.  »

Ce samedi 16 juillet, deux cents jeunes gens se sont retrouvés sous la conduite des frères et d’assistants dévoués, à Nancy, pour la messe d’ouverture célébrée dans la chapelle du collège de La Malgrange. Il ne faut pas longtemps pour tout mettre en branle, les anciens entraînant les plus jeunes  : constitution des équipes, distribution du nouveau carnet de chants, premier repas pris sur l’herbe, et notre frère Gérard nous entraîne de nouveau à la chapelle pour nous lire un sermon de notre Père, daté du 14 juillet 1946, le premier dont nous avons conservé le manuscrit, intitulé “ La Patrie ”, disant admirablement la grâce d’être Français, d’être attaché à son passé, à sa terre, à la religion de ses pères et d’y rester fidèle. À écouter dans les Logia  !

Ensuite, “ galop d’essai ” dans les rues du vieux-Nancy, jusqu’à la cathédrale, où Charles de Foucauld fit sa première communion, en passant par la place Stanislas ruisselante de ses ors, où le maréchal Pétain parla devant une foule immense de Lorrains venus l’acclamer, c’était le 26 mai 1944  ! Quelques privilégiés ont la grâce d’une prière fervente au sanctuaire de Notre-Dame de Bon-Secours, qui perpétue la victoire du duc de Lorraine, René II, sur Charles le Téméraire. Outre les trophées conquis par Charles V de Lorraine, lors de sa Croisade contre les Turcs (1683-1688), on y trouve l’ex-voto offert par le général de Castelnau en action de grâces à Celle qui sauva Nancy en septembre 1914 lors de la bataille du Grand-­Couronné. Déjà, que de belles pages d’histoire  ! Le soir, nous souvenant que la Maison de Lorraine se rattacha au dix-huitième siècle à la Maison ­d’Autriche, nous écoutons frère Pierre raconter l’émouvante destinée de Charles d’Autriche et de la princesse Zita, dévoilant ainsi les ressorts secrets de la Grande Guerre.

Le lendemain, messe dominicale dans la “ grande église ” de Saint-Nicolas-de-Port, elle aussi élevée par le duc René en action de grâces au saint patron de la Lorraine, dont une relique avait été rapportée de Bari par un Croisé. Comment ne pas être conquis, transporté d’allégresse en pénétrant dans ce vaisseau lumineux d’une blancheur éclatante  ? Les reliques de saint Nicolas, évêque de Lycie au quatrième siècle, soustraites à l’emprise des musulmans, sont conservées à Bari au sud de l’Italie. Au cours des siècles, on compte par centaines les miracles de délivrance de captifs chrétiens de l’esclavage des Maures. Comment ne pas le prier en ces temps de persécutions  ? Le saint est invoqué également pour le rapprochement entre l’Orient et l’Occident, d’où les emprunts à la somptueuse liturgie gréco-byzantine que le curé de Saint-Nicolas-de-Port a introduite dans sa célébration. Pourquoi pas  ? On parle communément des «  deux poumons de l’Église  », mais à la CRC, on préfère dire et invoquer un seul Cœur, le Cœur Immaculé de Marie, Médiatrice de toutes grâces.

Nous gagnons ensuite Tantonville, au pied de la colline de Sion, où nous sommes hébergés chez les mêmes hôtes qu’en 1978, lors de notre premier camp en Lorraine  ! «  J’ai levé les yeux vers la montagne de Sion et le secours m’en est descendu  », chantaient les pèlerins du temps jadis. Nous faisons de même en grimpant à grosses suées la côte de la Colline, mais quelle consolation de nous agenouiller là-haut, aux pieds de l’Immaculée, Souveraine princesse et duchesse de Lorraine, inestimable “ Trésor du pays ”. «  Habemus bonam Dominam, nous avons une bonne Maîtresse  », se plaisent à répéter les Lorrains, à la suite de saint Pierre Fourier. Raison de plus pour renouveler notre lien de filiale dépendance et notre résolution de nous croiser à son service pour hâter son Règne. Cordialement accueillis par le recteur de la basilique, nous chantons nos plus beaux cantiques avec, à la sortie, un tonitruant “ Catholiques et Français toujours ”. N’était-ce pas la promesse, maintenant gravée dans le marbre, des “ annexés ” de 1871, quand l’Alsace et une partie de la Lorraine passa sous le joug prussien, et qui revinrent en foule derrière leurs évêques en 1920 pour remercier leur céleste Libératrice  : «  Ce nato me po tojo  ! Ce n’était pas pour toujours.  »

RAPPELLE-TOI, DOMRÉMY ET VAUCOULEURS  !

Après ce mont Thabor, notre route nous mena ensuite sous un soleil de plomb jusqu’en vallée de Meuse, à Vouthon-bas, le village natal d’Isabelle Romée, mère de Jeanne d’Arc, dont le souvenir a été entretenu pendant cinquante ans par l’abbé Vivenot, «  âme de feu pour un monde en feu  », comme il est écrit sur son épitaphe dans l’église. Il demeura fidèle à son poste malgré le Concile, mais sans relève.

L’intendance installée en plein centre du village, grâce à la complaisance du maire, nous prenons notre repas en écoutant notre Père prêcher sur les vertus et l’âme profonde de Jeanne à Domrémy  :

«  Ce qui frappe dans cette enfant, c’est sa netteté morale, spirituelle, son équilibre humain et surnaturel qui lui fait accomplir son devoir avec satisfaction… Bonne, honnête et franche, elle désire simplement rester petite paysanne  ; pieusement, elle n’aspire qu’à plaire à Jésus, tout son amour, et à Notre-Dame qu’elle aime tendrement, pour ainsi aller tranquillement au Ciel… C’est pourquoi Dieu l’a choisie.  »

Le lendemain 19 juillet, après une bonne nuit dans la paille, Maylis nous fait un exposé. Ce premier, d’une longue liste, nous entretiendra des bons «  conseil, secours et doctrine  » que procura saint Michel, «  Protecteur de la France  » à Jeanne. Forts de ces avis, nous partons allègrement retrouver les communautés à la basilique de Bois-Chenu. Ce furent des heures de fervente communion dans la prière et le désir de mieux comprendre le message de Jeanne, martyre de la “ religion royale ”, son actualité pour nous et pour un monde à feu et à sang.

Le lendemain, après avoir quitté Vouthon-bas à regret, tant l’accueil y a été chaleureux, c’est par un chemin tranquille et un temps magnifique que nous descendons la vallée de la Meuse jusqu’à Vaucouleurs, en pensant à Jeannette qui suivit cette route lorsqu’elle quitta son village par obéissance à ses Voix  : «  Puisque Dieu le commandait, il le convenait faire.  » Dans l’antique châtellenie, qui était “ chambre de Roi ”, c’est-à-dire fidèle au dauphin Charles, notre pèlerinage se poursuit sur les pas de la Pucelle. Messe chantée dans sa belle église par le curé, un prêtre africain plein de verve et de zèle pastoral à la manière du pape François, qui n’en revient pas de voir tant de jeunes envahir son église pour une messe de semaine et qui demandent à se confesser  : «  C’est un miracle  !  » répète-t-il avec ravissement. Et d’en profiter pour prêcher sur la vocation avec force mimiques qui lui ouvrent les cœurs  : «  Quand le Seigneur appelle, il dit  : “ C’est toi, c’est toi que je veux  !  ” Le Seigneur, il gratte dans ton cœur, il gratte, et tu dois répondre oui. Ne reste pas indécis, tu dois te décider dans la vie.  » Un Rappelle-toi, Jeanne  ! aux grandes orgues accompagnées des cuivres, ancra cette résolution dans les cœurs. Nous montons ensuite voir la “ Porte de France ”, que franchit Jeanne, ainsi que la chapelle où elle pria, aux pieds de Notre-Dame des Voûtes.

VERDUN AVANT LA BATAILLE.

Le soir, nous avons notre hébergement à Sampigny, mais déjà nos esprits se tournent vers Verdun, que l’ennemi voulut prendre en tenailles entre le sud-est (Saint-Mihiel) et le nord-ouest (Argonne). Baudouin évoque pour nous la conquête sanglante des Éparges, de février à avril 1915. Des combats d’une violence inouïe, qui n’étaient que le préambule de l’offensive de grande envergure dont Joffre avait le projet dans la plaine de la Woëvre. Terrés dans la forêt à quelques mètres des lignes ennemies, nos soldats se battirent à la baïonnette, à la pelle, au couteau… dans un terrain bouleversé par les explosions de mines qui emmêlaient le tracé des tranchées. Les compagnies qui redescendaient dans la vallée gardaient de cette «  montagne de boue et de feu  » un souvenir hallucinant. Et cela, pour… rien. Les meilleurs auteurs le reconnaissent aujourd’hui  : «  Le choix d’un tel lieu pour une offensive d’envergure était une énorme erreur de Joffre.  » (Buffetaut)

Bruno, quant à lui, nous parle de Verdun avant la bataille  : la place avait été admirablement fortifiée par Séré de Rivières, mais à la veille de la guerre, explique le général de Rouquerol, «  on reprochait à la fortification d’être un boulet aux pieds des armées de campagne qui devaient partout et toujours rechercher l’offensive comme l’unique moyen de donner la victoire. On oubliait, de parti pris, que si les places fortes ne gagnent pas des batailles, elles ont souvent empêché de les perdre.  » Pire  : les forts furent désarmés à partir du 5 août 1915, toujours sur ordre du G. Q. G., malgré les appels pressants des défenseurs de la place et des combattants de première ligne, comme Driant et ses chasseurs.

Thibaut nous racontera le sacrifice des défenseurs de Verdun, aux premiers jours de l’attaque allemande. Récit sobre et pathétique, que résumait ainsi le maréchal Pétain  : «  Les troupes du 30e Corps déployaient une vaillance étonnante et presque invraisemblable. Chaque centre de résistance, – bois, village, lacis de tranchées éboulées ou groupement chaotique de trous d’obus – permettait à nos unités de renouveler les exploits des chasseurs de Driant et contribuait pour sa part à briser la ruée… Nos hommes souffraient et peinaient au-delà de ce que l’on peut imaginer  ; ils accomplissaient leur devoir avec simplicité, sans forfanterie et, par là, ils touchaient au sublime.  »

Parmi ces derniers, Renaud évoqua pour nous l’admirable figure du capitaine Henry de Lormel, son arrière-grand-oncle, sous les ordres du non moins admirable commandant Détrie, dont le bataillon fut jeté dans la fournaise au nord de Douaumont, le 24 février, pour tenter de colmater les brèches. Il tomba en héros le 25 février, le jour même où le fort de Douaumont, clef de voûte des fortifications de Verdun, tombait aux mains des Allemands. «  L’abandon du fort de Douaumont, écrit le général Rouquerol, équivaut dans l’ensemble de la guerre 1914-1918 à la perte d’une centaine de mille hommes.  » Par la faute de qui  ? De la République et des mauvais généraux qu’elle maintenait à la tête de nos armées depuis le début de la guerre.

Sis en une vallée solitaire et verdoyante sur la rive gauche de la Meuse, le sanctuaire de Benoîte-Vaux, Benedicta Vallis, voit nos jeunes gens se relayer, groupe après groupe, pour réciter leur chapelet. Au début de la guerre, Benoîte-Vaux se trouva au centre du formidable étau qui tentait d’encercler la IIIe armée française accrochée à la place forte de Verdun. Mais le domaine de Notre-Dame ne subit jamais l’injure des envahisseurs. Quel signe  ! Bientôt, après avoir emprunté sur quelques kilomètres la “ Voie sacrée ”, nous arrivons à Souilly, dont la mairie, transformée aujourd’hui en musée moderne, fut le Q. G. du général Pétain pendant la bataille de Verdun.

Un exposé de Martin, tissé de traits savoureux, nous dépeint son organisation “ à la française ”. Général qui s’était jusqu’alors illustré dans l’offensive, Pétain fit en effet merveille dans la défensive, grâce à son talent d’organisateur qui lui permit d’alimenter sans défaut le champ de bataille pendant dix mois. Il y a plus  : «  Aucun de vos soldats n’est tombé sans que leur chef n’en ressente une blessure, et le masque impassible qui cache vos sentiments a couvert une peine constante et sans répit  », lui dira en toute vérité son ami Pershing.

Mais il fallait, pour rendre au maréchal Pétain son titre légitime de “ Vainqueur de Verdun ”, odieusement occulté jusque dans son Q. G. de Souilly, écouter la conférence magistrale que nous fit l’Ingénieur Général de l’Armement Éric Delcourt dans l’église du village. Reprenant la conférence de notre Père sur “ Verdun 1916, la gloire héroïque ” et l’étayant de documents nouveaux, il nous montra, jour après jour, «  cette lutte entre chefs, les humains et les sages, jalousés par les fous et les ambitieux, lutte ignoble que nul ne sait, ni ne comprend, ni ne domine et n’arbitre, faute de Dictateur et Roi  », mais où se révéla la sagesse humaine et chrétienne, la vraie gloire de Philippe Pétain, «  cœur à cœur avec ses poilus décimés  ».

LE MÉMORIAL DE NOS HÉROS ET DE LEUR CHEF.

Encore quelques coups de pédales, et nous apercevons les flèches de la cathédrale de Verdun, autrefois appelée “ Cité de la Vierge ”, tant Celle-ci se montra par de nombreux prodiges sa puissante Protectrice. Quand les huguenots tentèrent de s’en emparer en 1562, et de nouveau la formidable armée allemande en 1916, c’est comme si Elle avait dit  : On ne passe pas  !

Au petit matin du 22 juillet, fête de sainte Marie-Madeleine, nous grimpons sur les Hauts de Meuse, là même où se déroula la formidable bataille, terre sainte imprégnée du sang de nos héros. Rangeant les vélos en faisceaux derrière l’ossuaire, nous descendons par un sentier abrupt jusqu’à la célèbre Tranchée des baïonnettes, lieu symbole de la résistance des poilus de Verdun. Plus que l’abri bétonné qui la recouvre aujourd’hui, don d’un mécène américain, la croix plantée en 1919 par le colonel du 137e R. I. donne son vrai sens au sacrifice «  des hommes qui se battirent là, soumis à un bombardement effroyable, restèrent stoïquement à leur poste et attendirent la mort en priant à haute voix comme les martyrs  », écrira le Maréchal.

On ne pouvait mieux se préparer au Saint-­Sacrifice de la messe que notre ami, le chapelain de Notre-Dame de Lorette en Artois venu nous rejoindre à Verdun, célèbre pour nous dans la chapelle de l’ossuaire. Quelle joie de l’entendre évoquer dans son sermon «  le véritable vainqueur de Verdun, le maréchal Pétain, premier soldat de France  ». Avec lui, nous sortons ensuite en procession jusqu’au pied des escaliers qui surplombent les 15 000 tombes blanches, admirablement alignées, tandis que dans l’ossuaire reposent les restes de 130 000 soldats français et allemands inconnus. Sonnerie aux morts sous un ciel d’un bleu éclatant, avec la pensée qu’un jour la France s’honorera de rapporter au milieu de ses hommes les cendres du chef magnifique qui les conduisit à la victoire, ici, à Douaumont, comme il l’avait souhaité.

Déjeuner sur une aire de pique-nique, tout près du fort de Souville, qui marqua l’ultime avancée allemande en juillet 1916. Nouvelle conférence très attendue d’Éric Delcourt sur “ Les années Pétain  ”, pour montrer que le Maréchal fut l’artisan du salut de l’armée en 1917 et de la victoire en 1918, mais que cette gloire lui fut volée par Foch et Clemenceau, pour le plus grand malheur de la France. Émotion du conférencier, tonnerre d’applaudissements. Le général se fait ensuite notre guide avec d’autres amis qui savent passionner leur jeune auditoire, pour visiter le fort de Vaux, visite à laquelle nous a préparés d’une manière émouvante l’exposé de Jean-Loup. Vraiment nous sommes gâtés  ! Le soir, à tour de rôle, nous irons réciter notre chapelet aux intentions de la France aux pieds de Notre-Dame de Verdun, dans la crypte de sa belle cathédrale reconstruite après la guerre par Mgr Ginisty.

LES MONTS DE CHAMPAGNE.

Au lendemain de ce pèlerinage mémorable, il faut reprendre la route. Après avoir longé les champs de bataille de la rive gauche  : Mort-Homme et cote 304, nous faisons étape au pied de la butte de Vauquois, la plus haute du massif de l’Argonne. Un mouchoir de poche comparé au champ de bataille de Verdun, mais où se livra pendant quatre ans une terrible guerre des mines.

Nous restons en esprit à Verdun, en écoutant ­l’exposé de Pierre sur l’aviation de chasse française, née au cours de la grande bataille. Plus que la virtuosité d’un Navarre, ce fut la discipline de corps imposé par le commandant de Rose qui fut la clef de la victoire sur la chasse allemande. Joseph parle ensuite savamment de la Voie Sacrée et de son génial organisateur, le capitaine Doumenc. Un autre Joseph évoquera la figure attachante du chanoine Polimann, héros de la Tranchée des baïonnettes et qui eut l’immense mérite, retrouvant son ancien chef en 1940, de lui rester fidèle jusqu’au bout, jusqu’à partager son abjection en un rude labeur de prison. Honneur à lui  ! Quant au capitaine Charles de Gaulle, honte à lui, car il se rendit à l’ennemi à Fleury-sous-Douaumont le 2 mars 1916, Martin nous en a fait la démonstration implacable.

Le soir, nous sommes au cœur des monts de Champagne, cordialement reçus par les habitants du village de Sommepy-Tahure, “ village-martyr ” détruit par les bombardements, reconstruit par ses habitants après la guerre. Cet après-midi du dimanche, après la Messe animée de nos chants pour la plus grande joie des paroissiens, nous nous rendons au monument de la ferme de Navarin. Nouvelle sonnerie aux morts. Là est enterré le général Gouraud, que nous fait découvrir Mayeul  : grand colonial, disciple de Pétain pendant la guerre, ce qui lui permit d’arrêter la dernière offensive allemande en juillet 1918, et bien sûr grand catholique. Sur sa tombe, est inscrite sa devise  : CREDO. «  Avec un bon colonel et un bon aumônier, un régiment passe partout  », disait-il au sujet du Père Lenoir, admirable aumônier de son corps colonial, Cyrille en parle avec conviction. Sans oublier le Père Doncœur aux récits bouleversants sur les combats de Champagne.

GLOIRE À MARIE  !

À grandes étapes, nous rejoignons notre cantonnement à Pécy avec l’étape particulièrement appréciée à Orbais-l’abbaye. Déjà les mélodies de l’oratorio de frère Henry sont sur toutes les lèvres, tandis que les “ Fourberies de Scapin ”, mises en scène par frère Juan-Pablo, occupent ceux qui ne sont ni d’orchestre ni de chorale. Louis-Marie et Jean-Gabriel nous parlent encore de nos chers poilus et de l’artisanat des tranchées, manifestation s’il en est de l’ingéniosité française. Jeanne-Françoise nous fait découvrir les journaux de tranchées, dont plusieurs ont été retrouvés dans les archives du Maréchal, preuve qu’il les appréciait. Quant à Élisabeth, elle nous ramène au drame de la Grande Guerre en évoquant la bataille du Linge, “ Tombeau des chasseurs  ”, dans les Vosges, avec la belle figure du capitaine Jacques de Guigné.

Vendredi 29, fête de sainte Marthe et de nos chères “ Marthe ” si dévouées, c’est le grand jour, la première de l’oratorio  : Le mystère du Cœur Immaculé de Marie, dès les origines... que nous chantons en présence de frère Bruno venu nous rejoindre dans la belle église de Rampillon, après avoir assisté à la Messe célébrée par notre curé, le Père François. Joie, émotion de chanter, avec le chœur des anges, les louanges de notre Mère chérie, ses figuratifs d’Ancien Testament, l’attente des pauvres d’Israël  : «  Ah  ! si tu déchirais les cieux  !  » Enfin l’annonce de la bonne nouvelle  : «  Elle est née, la Vierge qui doit enfanter le Messie… Gloire à Marie au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux dévots de son Cœur  !  »

Frère Bruno nous encourage tous en nous disant son contentement du camp, du bon esprit qui y règne, de la valeur des exposés. Il nous rappelle, en réponse à la question d’un jeune au sujet du Père Jacques Hamel, qu’il faut honorer nos martyrs, source de grâces pour notre douce France en grande pitié.

C’est dans cet esprit que, dans sa dernière oraison matinale, frère Gérard donne à nos jeunes gens la plus utile des résolutions  : «  Être disciple  », sans oublier de continuer à prier Notre-Dame des Tranchées. Ce pourrait être de cette manière  : «  Je sais que mon combat n’est pas glorieux, mais, tout de même, dans l’ensemble de cette grande guerre qui se mène par toute la terre et depuis le commencement du monde, entre les puissances célestes et les forces de l’enfer, Toi qui sais tout, vois ce coin de tranchée où l’on se bat encore et bénis tes phalangistes épuisés, mais fidèles.  » (Page mystique n° 56)

LA MEILLEURE RÉPONSE AUX ATTENTATS

Le 27 juillet à 19 heures, le cardinal Vingt-trois célébra une Messe à Notre-Dame de Paris en hommage au Père Jacques Hamel, martyrisé la veille par deux musulmans dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Un ami phalangiste demanda à notre frère Prieur s’il était opportun de profiter de cette grave occurrence pour distribuer les tracts qui annonçaient notre journée de prières du 20 novembre, toute à la gloire du martyre du Bienheureux Père de Foucauld. Frère Bruno lui répondit aussitôt  : «  c’est la meilleure réponse aux attentats.  »

Tout commença sous les meilleurs auspices, par la Messe. La liturgie eucharistique était de fait la réponse chrétienne à donner au monde, elle engageait les célébrants et les fidèles à la suite de Jésus, qui allait renouveler son sacrifice pendant la Messe, sacramentel et non sanglant, tandis que son prêtre avait versé son sang, lui, pendant la Messe précisément. Pour exalter le martyre du Père Jacques, le cardinal aurait pu prendre pour thème de son homélie cette parole de l’abbé de Nantes qui caractérisait ainsi le martyre du Père de Foucauld  : «  Dans le Royaume de Dieu, un sang nouveau a coulé, un amour s’est épanché qui ont enrichi cette terre et ces hommes irréfléchis ou criminels d’une surabondante grâce de pardon et de gloire.  » Les fidèles étaient venus très nombreux pour être réconfortés par une parole de ce genre, de foi surnaturelle, vraie, cordiale et forte.

LE CARDINAL VINGT-TROIS APÔTRE DU CULTE DE L’HOMME.

Le cardinal les déçut et désorienta tant et plus par un discours d’ “ expert en humanité ”. On eut droit à la liste des peurs collectives, de l’atome jusqu’aux meurtriers aveugles de la conduite automobile, en passant par la couche d’ozone et l’angoisse du bébé non conforme… Mais pas la moindre allusion à l’islam, aux musulmans, ni aux catholiques d’ailleurs. Le cardinal ne prononcera pas le mot de martyr à l’endroit du Père Jacques  ; il n’en veut pas, car il n’y croit plus  ! Sa gnose, celle-là même de Jean-Paul II, le persuade qu’au-delà des religions d’avant le Concile, il y a un Dieu dont Jésus-Christ est un symbole d’espérance tout humaine  ; une religion unique qui regroupe tous les hommes, quelle que soit leur culture religieuse d’origine  ; et en guise d’apôtres, des sociologues en col romain pour prêcher un message unique, celui du pape Paul VI  : «  Hommes soyez des hommes  »… «  La paix est possible parce que les hommes, au fond, sont bons  »  !

«  LE PÈRE DE FOUCAULD  ? ÇA M’INTÉRESSE  !  »

À la sortie de la messe, bouffée d’oxygène chez tous ceux qui recevront le tract. En voyant la photo du Père de Foucauld, son beau visage surnaturel, l’évocation sans ambages de son martyre, les braves gens se sentaient en pays de connaissance. Voici ce que nos amis ont vu et entendu  :

«  Beaucoup de fidèles étaient très contents de prendre les tracts. On a souvent entendu dire “ Ah  ! le Père de Foucauld, ça m’intéresse  !  ” Plusieurs personnes en ont demandé pour des amis. Une dame noire m’en a pris un petit paquet pour une aumônerie d’hôpital. Une personne au début m’a dit  : “ L’abbé de Nantes, je connais ”, et elle a volontiers pris le tract. Rue d’Arcole, nous étions tout près d’un camion de police. À un moment donné, une policière un peu soupçonneuse m’a demandé de quoi il s’agissait. Elle a regardé le tract un petit moment puis elle m’a dit  : “ Pas de problème. ” Après la Messe, un petit groupe d’environ deux cents personnes s’est mis en route pour marcher jusqu’au Sacré-Cœur de Montmartre, encadré par des voitures de police. C’était une initiative d’anciens de la “ manif pour tous ”, je crois. Ils avaient vraiment l’air matériellement et spirituellement orphelins.  »

S’ils venaient assister à la conférence de frère Bruno, le 20 novembre prochain, ils comprendraient la raison de leur malheur, la légitimité de notre position CRC, et pourquoi nous ne sommes pas orphelins du tout… En attendant, par cette distribution de tracts, les jeunes de la Permanence ont une fois de plus rendu un beau témoignage qui aura réconforté des braves gens, sans parler de la consolation que Jésus et Marie en personne ont dû éprouver… C’est donc pour eux un gage assuré des plus signalées bénédictions… Bienheureux donc les distributeurs de tracts  !

frère Philippe et frère Thomas.