La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 167 – Septembre 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


CAMP NOTRE-DAME DE FATIMA 2016

LE MYSTÈRE DU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE
DÈS LES ORIGINES

Commentaire de l’oratorio de frère Henry de la Croix par frère Bruno de Jésus-Marie.

« Reine Esther, par Vous, votre peuple sera sauvé, s’il veut honorer votre Cœur Immaculé. »

«  Reine Esther, par Vous, votre peuple sera sauvé, s’il veut honorer votre Cœur Immaculé.  »

NOUS allons méditer, savourer et chanter les secrets du Cœur Immaculé de Marie qui fait les  délices de la Sainte Trinité  ! L’objectif de ce camp est de faire entrer dans nos têtes et dans nos cœurs cette dévotion que notre Dieu veut établir dans le monde, et d’en comprendre le dessein orthodromique, c’est-à-dire historique, d’entrer dans les vues du Bon Dieu…

C’est le plus beau souci, et le seul  ! puisque c’est ce que Dieu veut… et pourtant il n’y a pas moyen de le faire partager à nos pasteurs, alors qu’ils sont chargés de répandre cette dévotion tellement aimable, tellement nécessaire. Sœur Lucie, cette grande sainte du vingtième siècle, qui en était la messagère, n’y est pas parvenue avant de mourir, après cent ans d’efforts  ! Il y a là un mystère d’iniquité… C’est le grand combat du démon contre la Vierge Marie, qui lui écrasera la tête, il le sait, c’est inéluctable. Mais il se défend, précisément parce qu’il sait que ses jours sont comptés…

Au moins, nous nous emploierons de tout notre cœur à échapper à ses pièges et chanter les louanges du Cœur Immaculé de Marie, en lui demandant la grâce d’entrer, non seulement sans réticence mais avec enthousiasme, dans les vues de Notre-­Seigneur, de notre Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Depuis l’oraison du matin, jusqu’au Salve du soir  : en renouvelant chaque jour notre Acte de consécration à l’Immaculée Conception, après la communion, en récitant notre chapelet, et en étudiant l’histoire de l’Église dont Elle est la Reine, Reine des Anges, des Apôtres et des martyrs, Reine des confesseurs et des vierges, après avoir été la Reine des patriarches et des prophètes de l’Ancien Testament.

En prologue, le chœur chante la prosopopée de la Sagesse que l’Église met dans la bouche de la Sainte Vierge, précisément parce qu’elle se révélait déjà par cette personnification de la Sagesse  :

Le Seigneur m’a conçue, commencement de sa voie. ( Pr 8, 22 )

Le Seigneur m’a conçue, commencement de sa voie. ( Pr 8, 22 )

«  Le Seigneur m’a conçue, commencement de sa voie, avant ses œuvres depuis toujours. Dès l’éternité, je fus sacrée.  » (Pr 8, 22-23)

Les violoncelles ouvrent cette grande fresque sur une phrase musicale très pure, où l’on reconnaît l’Alleluia grégorien de la fête de l’Immaculée Conception, le 8 décembre  : Alleluia, tota pulchra es, Maria  ; et macula originalis non est in te. Elle est «  toute belle  » parce que sans tache.

Nous sommes d’emblée mis en présence de l’Immaculée… et ne la quitterons plus, parce qu’elle est au commencement et à la fin de tout. C’est Elle qui chante, après avoir été introduite par quelques mesures d’orgue – sur le jeu des “ voix célestes ” – et bois. C’est très saisissant  !

Les arpèges au piano imitant la harpe sur fond de trémolos légers aux cordes donnent à la phrase musicale un coulant aérien, idéal… Le rythme “ libre ”, souple, les changements fréquents de mesure, le mélange binaire-tertiaire, l’équivoque tonal-modal, créent un climat de mystère.

À ses côtés, Je suis, Enfant chérie, Je suis. ( Pr 8, 30 )

À ses côtés, Je suis,
Enfant chérie, Je suis.
( Pr 8, 30 )

La Sainte Vierge commence avec toute la réserve de son humilité, que sainte Bernadette a si bien décrite, lorsqu’Elle lui a dit à Lourdes  : «  Je suis l’Immaculée Conception  », le 25 mars 1858. Mais le chœur vient en renfort avec le développement de l’orchestre… c’est vertigineux  !

«  Quand les abîmes de la terre n’existaient pas  », mais la Sainte Vierge continue seule, timidement, modestement  : «  Je fus enfantée  ».

Les roulements de timbales évoquent la puissance créatrice de Dieu séparant les eaux d’en haut et les eaux d’en bas, affermissant les cieux en présence de l’Immaculée. La Sainte Vierge affirme sa préexistence  : elle était déjà là, parce qu’elle est, dans un éternel présent  : «  Je suis.  »

Le chœur éclate enfin dans un vibrant Tota pulchra es  :

«  Vous êtes toute belle, ô Marie, sans tache aucune, car vous êtes la splendeur de la lumière éternelle.  »

SCÈNE 1
LE GRAND DESSEIN DE DIEU

Heureux qui lit et entend ces paroles prophétiques s’il en retient le contenu, car le Temps est proche ! ( Ap 1, 3 )

Heureux qui lit et entend ces paroles prophétiques s’il en retient le contenu, car le Temps est proche   ! ( Ap 1, 3 )

Trois anges font leur entrée, introduits par un joyeux duo de violon. Ils s’adressent au public, c’est-à-dire à l’humanité  :

«  Apprenez, apprenez tous que Dieu, notre Dieu si bon  » souligné par quelques mesures à deux temps, «  … a, depuis toujours, le désir de faire connaître et aimer le Cœur Immaculé de Marie  ».

Avec une pointe sur «  aimer  » et une détente sur «  le Cœur Immaculé  ».

Un autre ange enchaîne, dans un autre tempo, plus “ carré ”, pour demander, à la manière de l’Ange de l’Apocalypse (5, 2-3)  :

«  Qui est digne d’entonner le cantique de la Sagesse  ?  »

De la Sagesse qui n’est autre que Marie elle-même, en Personne.

Et le troisième répond  :

«  Nul ange, nul homme, nulle autre créature n’est capable de le chanter…  », sur une mélodie fragmentée, entrecoupée de silences qui marquent la stupéfaction inspirée par ce mystère divin de la Sagesse, et reprise par le chœur et les instruments, car tout l’univers est en attente.

«  Qui, par sa noble origine, peut vivre dans l’intimité de Dieu, Maître-de-tout [Pantocrator]  ?  » (Sg 8, 3)

Car telle est la condition de la Sagesse personnifiée, qui est auprès de Dieu.

«  Avec Dieu est la Sagesse, qui connaît ses œuvres, et qui était présente quand il faisait le monde.  » (Sg 9, 9)

Préexistante au monde, alors  ?

Qui  ? la Sainte Vierge est apparue à Lourdes le 11 février et a attendu le 25 mars pour dévoiler son Nom qui répond enfin à la question  :

«  N’est-ce pas Elle qui peut dire  : «  Je suis l’Immaculée Conception ”  ?  »

Tout est dit, sur fond de cordes et bois très doux, comme immatériel, surnaturel.

Alors, le chœur s’enflamme et s’écrie dans un rythme syncopé à trois temps très joyeux et concertant avec les instruments  :

«  C’est la Reine du Cœur de Dieu  !

C’est la Souveraine des Cieux  !  »

Suit un abrégé des grandeurs de Marie, emprunté à Sagesse 7, 26 et 29, en forme de litanies  :

«  Elle est un reflet de la lumière éternelle,
une image de sa bonté.
Elle est plus belle que le soleil,
Elle surpasse toutes les constellations.
Elle est le Temple du Saint-Esprit,
la Divine Créature qui embrasera le monde de son Amour.  »

Après une suite de modulations, nos anges s’arrêtent sur une demi-cadence, pour laisser les cordes introduire cette sentence de l’Apocalypse  :

«  Heureux qui lit et entend ces paroles prophétiques s’il en retient le contenu, car le Temps est proche  !  » (Ap 1, 3)

Cette béatitude, reprise avec chaleur par le chœur en polyphonie, s’applique ici à la lettre. Car les paroles du Livre de la Sagesse désignaient par avance une personnification de la Sagesse déjà présente auprès de Dieu, de toute éternité, qui va bientôt prendre chair en Marie, afin qu’Elle puisse devenir Mère de Dieu, donner chair au Verbe de Dieu  !

SCÈNE 2
L’ÉPREUVE DES ANGES

Dans son enthousiasme, notre trio exhorte, par la bouche de son coryphée, toute la “ corporation ” angélique à entrer la première dans le plan divin  :

«  Ministres de Dieu  ! Vous, tous ses Anges  !
Adorons la Volonté sainte du Maître souverain
.
Entrons dans son dessein de miséricorde
et goûtons les intimes secrets de son Cœur
.  »

Quoi de plus attirant  ?

Cette aimable invitation nous rappelle quelque chose… parce que nous l’avons lue sous la plume de notre Père, dans la Lettre à mes amis n° 224, intitulée “ Je crois aux saints anges et aux démons, je crois à leur inexpiable combat temporel ” (Lettre sur le Credo, du 7 mars 1966).

La retrouver sous la forme de ce chant énergique, enthousiaste, avec une inflexion mélodique, minorisant le ton de Do sur «  les intimes secrets de son Cœur  », plus tendre que le Do majeur, c’est une merveilleuse surprise qui dévoile à elle seule, tout le “ secret ” de l’inspiration de notre frère Henry, sa source inépuisable.

Le chœur enchaîne pour nous révéler «  les intimes secrets  » du Divin Cœur en chantant les paroles de l’Apocalypse par lesquelles saint Jean décrit la première apparition de la Sainte Vierge, après son Assomption, dont il fut favorisé lors de son exil à Patmos  :

«  Un signe grandiose apparut dans le Ciel  : une Femme  ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds, douze étoiles couronnent sa tête.  » (Ap 12, 1)

Des tons éloignés et modulants créent un climat de mystère avec des batteries ondulantes aux premiers violons.

Éclate un cri d’admiration des sept anges, en Si bémol majeur bien clair et “ reposant ”  :

«  C’est Elle  ! C’est l’Immaculée Conception  !  »

Chacun exprime sur des tons modulants, des harmonies inattendues, ce qu’il comprend, ce qu’il admire de ce mystère incompréhensible aux hommes et aux anges eux-mêmes  !

«  Une Créature au sein de la Divine Trinité.

«  Un Cœur de chair dans lequel Dieu met ses complaisances.  »

Mais les voix se taisent un moment tandis que le violoncelle fait un “ sforzando ”, en renforçant le ton, pour annoncer quelque chose de troublant, de sombre  :

«  Signe de contradiction, dit un ange.

Révélation des cœurs.  »

Peut-on vraiment être contraire à ces merveilles  ?

Un ange intervient  :

«  Faites-lui allégeance.  » Et tous les sept  : «  Voici votre Reine  !  »

Les mauvais Anges : Non serviam !

Les mauvais Anges   : Non serviam   !

Coup de théâtre. Le chœur des hommes, ténors et basses, hurle le cri des anges révoltés  : «  Non serviam  !  » à trois voix en imitation avec les “ grands jeux ” à l’orgue et les cordes graves, altos et violoncelles.

Les mauvais anges refusent donc de servir l’Immaculée parce qu’ils ont compris en un instant que Dieu la mettait au-dessus de tout, alors qu’ils veulent s’élever au-dessus de Dieu même  !

Les bons Anges : Quis ut Maria ?

Les bons Anges   : Quis ut Maria   ?

Alors, les bons anges répondent par leur cri de guerre  : «  Quis ut Maria  ?  » lancé par les voix claires des sopranos et altos en trois parties aussi, montant en puissance, victorieusement, et soutenues par les bois, lumineux, aux harmonies consonantes.

Les mauvais anges répètent leur cri de révolte ponctué de Non  ! martelés avec violence, auxquels les bons anges répondent  :

«  Qui donc en la nue est pareil au Seigneur  ?  » (Ps 89, 7) sur leur mélodie et avec leurs instruments.

Mais les mauvais anges s’obstinent  :

«  Non  ! Je ne servirai pas  ! Je suis le Prince des Anges et je n’aurai pas une Créature pour Reine  !  »

Après un nouveau cri des bons anges  :

«  Seigneur, Dieu des armées, qui est comme Vous  ?  » (Ps 89, 9)

C’est un verset du psaume 89. Les anges, bons et mauvais connaissent parfaitement l’Écriture sainte  !

Les bons font appel à leur chef de guerre, appuyés par les trompettes  :

«  Suivons saint Michel
Pour l’honneur de Dieu  !
Et chassons du Ciel
Le Dragon de Feu  !  »

C’est exactement ce qui s’est passé. nous le savons par l’Apocalypse de saint Jean  :

«  Alors, il y eut une bataille dans le Ciel  : Michel et ses anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta avec ses anges, mais ils eurent le dessous et furent chassés du Ciel.  » (Ap 12, 7-8)

Suivons saint Michel Pour l’honneur de Dieu ! Et chassons du Ciel Le Dragon de Feu ! (cf. Ap 12, 7-8 )

Suivons saint Michel
Pour l’honneur de Dieu   !
Et chassons du Ciel
Le Dragon de Feu   !
(cf. Ap 12, 7-8 )

Le combat s’engage sous nos yeux  ! et à nos oreilles, sur une progression harmonique entièrement chromatique, dans un déluge de notes aux cordes, tandis que fusent les cris de guerre  :

«  Frappez  ! Hardi  ! Donnez  ! Arrière  !

– Haine à la Femme  !

– Gloire à l’Immaculée  !  »

À ce cri, les bons anges l’emportent, l’harmonie se stabilise, et les mauvais anges hurlent  : «  Ah  ! Nous sommes vaincus  !  » dans une mélodie descendante. Vaincus par le seul Nom de l’Immaculée  !

Le premier violon se lance dans des arpèges rapides, triomphants, tandis que le chœur chante  :

«  Victoire  ! Satan est déchu  !  » à l’unisson.

Le chœur entonne enfin un chant de triomphe, mais beaucoup plus calme  :

«  Chantons à notre Dieu un cantique nouveau  !
Gloire au Cœur de Marie dans son triomphe  !
Il est grand, ce Cœur, et très unique,
Admirable dans sa force, invincible,
Que toute la Création le serve  !  »

C’est le repos après la bataille. Le chœur chante alors à l’unisson le verset par lequel saint Jean conclut le récit de cette bataille  :

«  On jeta donc l’énorme Dragon, le Diable ou le Satan sur la terre, et ses Anges furent jetés avec lui.  » (Ap 12, 9)

SCÈNE 3
LOUANGES À LA TRÈS SAINTE VIERGE MARIE

Louez tous les grandeurs du Cœur Immaculé de Marie !

Louez tous les grandeurs
du Cœur Immaculé de Marie   !

L’action de grâces des bons anges, après la victoire, commence comme dans l’Apocalypse  :

«  Soyez dans la joie, vous, les Cieux et tous leurs habitants  !  »

C’est moins réjouissant pour la terre  ! Pourtant, deux petits chœurs d’anges, nous font la même invite pour un motif souverain  :

«  Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu, le règne à son Christ par le Cœur Immaculé de la Vierge Marie qui a triomphé du Dragon  !  » (Ap 12, 10) Elle est Médiatrice de la victoire de Dieu même  !

Ils s’adressent ensuite aux neuf chœurs des anges pour les exhorter à louer les grandeurs du Cœur Immaculé de Marie, concertant entre les anges sur la scène et le grand chœur, les uns soutenus par les bois, les autres par les cordes, mais tous très joyeux.

Ils enchaînent sur un cantique de saint Louis-Marie Grignion de Montfort  :

«  Au très Saint Cœur de Marie
Qui donne la vie
À tous ses serviteurs.  »

Eh oui  ! puisqu’elle est leur Mère, non seulement elle les enfante, mais elle les nourrit tous les jours de son Jésus eucharistique.

  1. «  Elle est la Souveraine de tout cet univers  », puisque «  dès l’éternité, je fus sacrée   » (Pr 8, 23), et puisqu’elle l’a précédé.

«  Elle a, dans son domaine, le Ciel et les enfers  », puisque, «  quand les abîmes de la terre n’existaient pas, je fus enfantée  » (Pr 8, 24), et «  quand il affermit les cieux, j’étais là  » (Pr 8, 27).

  1. «  Elle est plus éclairée que tous les chérubins  », puisqu’elle est «  la splendeur de la lumière éternelle  »; «  Elle est plus embrasée que tous les séraphins  » de l’amour dont Elle est l’objet, «  Enfant chérie  » de je suis, «  faisant ses délices, jour après jour  ».
  2. «  Enfin, elle surpasse tout ce qui n’est pas Dieu.  »
Chantons tous d’un air joyeux Un cantique harmonieux

Chantons tous d’un air joyeux
Un cantique harmonieux

Et même ce qui est Dieu… fait chair, puisqu’Elle est sa Mère  !

«  Avec lui, par la grâce, Elle a le premier lieu.  »

Elle est aidée, soutenue, sanctifiée, divinisée… au-dessus de toute créature.

  1. «  Marie est sans pareille
    Parmi les bienheureux.
    C’est la grande merveille
    De la terre et des Cieux.  »

Elle est la «  Femme  » de l’Apocalypse victorieuse du démon, revêtue de la majesté du soleil qui signifie la gloire de Dieu même parce qu’elle est sa Conception, l’œuvre qui émane, pure, de sa Gloire avant sa conception terrestre du sein d’Anne, sa mère.

  1. «  C’est la grande ennemie
    Du démon orgueilleux.  »

Elle nous révèle que notre Dieu Tout-Puissant aime la petitesse, la pauvreté, la fragilité dont elle est revêtue.

Depuis le commencement jusqu’à la fin, l’histoire de notre humanité est celle du combat de cette Femme contre le Serpent auquel Dieu a dit  :

«  Je mets une hostilité entre toi et la Femme, entre ta semence et la sienne. Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.  » (Gn 3, 15)

«  Le seul nom de Marie le plonge dans ses feux.  »

  1. «  Notre Dieu nous oblige
    À l’aimer tendrement,
    Notre intérêt l’exige
    Peut-on faire autrement  ?  »

Dieu a créé en l’homme le besoin d’aimer une femme pour lui donner la faculté d’aimer la Vierge Marie d’un amour irrésistible et, en elle, son Hôte mystérieux, l’Esprit-Saint, Dieu lui-même. Et par elle vaincre le diable, échapper au monde, garder la pureté de la chair et l’humilité de l’âme, l’ardeur du cœur.

SCÈNE 4
LE PÉCHÉ ORIGINEL

Un ange chante, sans introduction, sur un rythme saccadé  : «  Se voyant ainsi rejetés sur la terre, Lucifer et ses mauvais Anges n’auront de repos que leur vengeance ne fût consommée…  »

Vengeance contre qui  ? L’Apocalypse nous le dit  : «  Le Dragon se lança à la poursuite de la Femme, la Mère de l’Enfant mâle.  » (Ap 12, 13)

Mais elle lui échappe, enlevée au Ciel par «  les deux ailes du grand Aigle  » au jour de son Assomption (Ap 12, 14).

Le chœur chante  : «  Alors, furieux contre la Femme, Satan s’en alla guerroyer contre ses enfants afin de les entraîner dans sa révolte.  » (Ap 12, 17)

Le ton est tendu, dramatique, tragique. Les anges reprennent leur discours, mais sur un ton bien différent, pathétique  :

«  C’est ainsi qu’il pénétra dans le jardin d’Éden, prenant l’apparence du plus nu de tous les animaux des champs… le serpent  !  » (Gn 2, 8; 3, 1)

Les inflexions musicales suivent le texte, avec des modulations chromatiques tendues lorsqu’il est fait allusion à la «  ruse  » de Satan «  nu  »  : c’est le même mot en hébreu  ! La dernière inflexion, d’un demi-ton descendant, grave, souligne le mot «  serpent  » après un silence expressif.

Puis les anges se retirent tristement, laissant la place à nos malheureux parents qui entrent sur une musique funèbre, poignante, sombre, aux cordes, dans un décor de paradis terrestre, vêtus de peaux de bêtes, pieds nus, tête basse.

La musique monte, pathétique jusqu’à ce qu’éclate la plainte d’Adam, accablé de se voir ainsi perdu, entrecoupé des «  Hélas  !  » par lesquels le chœur partage sa désolation, et Adam exprime sa contrition  :

Alors, furieux contre la Femme, Satan s’en alla guerroyer contre ses enfants afin de les entraîner dans sa révolte. (cf. Ap 12, 17 )

Alors, furieux contre la Femme, Satan s’en alla guerroyer contre ses enfants afin de les entraîner dans sa révolte. (cf. Ap 12, 17 )

«  Hélas  ! pécheur, que ferai-je  ? Comment attendrai-je mon Créateur que j’ai abandonné par ma folie  ?  »

«  Maintenant, je sais ce que c’est que le péché  !  »

Puisqu’il a mordu au fruit de l’arbre de la science et du mal, il «  sait  ».

«  J’ai si mal agi que je ne peux me défendre devant Dieu.  »

«  C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute  !  »

La musique reprend, à trois temps, lente et triste, aux bois, et ostinato du violoncelle. Puis le chant d’Adam s’élève à nouveau, lyrique  :

«  À qui demanderai-je de l’aide, quand même ma femme m’a trahi  ? Elle que Dieu m’a donnée pour compagne  !  »

L’orchestre, de plus en plus fourni, rend cette lamentation oppressante jusqu’à ce que le chœur reprenne l’interrogation avec indignation, sur batteries aux cordes  :

«  À qui demander de l’aide, à qui  ? quand ta femme t’a trahi  ?  »

Alors que Dieu la lui avait donnée pour «  aide  », quel autre recours  ?

«  Personne ne me portera secours.  »

Alors, les reproches tombent sur Ève, ponctués par les «  Hélas  !  » du chœur.

«  Ah  ! Ève  ! folle femme  ! pour mon malheur, tu es née de moi  !

«  Maintenant je suis perdu par ton conseil. Par ton conseil je suis mis à mal, je suis tombé de bien haut.  »

Il ne pense qu’à lui, comme s’il était seul au monde  ! Il devrait dire  : «  Nous sommes tombés de bien haut  !  »

Ici, une musique douce et sereine évoque le paradis perdu, suggéré par le piano imitant la harpe, par les tintements de la clochette claire et limpide comme l’innocence, les dialogues en imitation entre les différents instruments, jusqu’à ce qu’on perçoive une mélodie à plusieurs instruments, surtout dans les graves, un air de grégorien, emprunté aux ­deuxièmes vêpres de la fête de la Sainte Trinité  : «  Te Deum Patrem ingenitum, Ô mon Dieu, Père inengendré  », avec une finale très douce, comme au début. Évoquant la Présence du Père dans le Paradis.

Tout à coup, cette douce tranquillité du temps où l’âme de la créature était en paix avec son Dieu, se change en ostinato affolé et bruyant, exacerbé par des sons stridents de la flûte douloureuse et plaintive, pour traduire l’effroi d’Adam et Ève lorsqu’ils entendent le pas de Dieu dans le jardin. Crescendo de plus en plus tragique et arrêt brutal.

Le chœur des hommes prête sa voix à Dieu, grave et puissante  :

«  Adam  ! Où es-tu  ? Pourquoi te caches-tu  ?  »

La voix de Dieu est pleine de majesté et de courroux, mais aux inflexions de la mélodie on devine, sous la colère, la blessure faite à son Cœur de Père, blessure d’amour qui nous étreint d’une émotion sacrée.

Sur un fond agité, mais doux, de batteries d’octaves aux premiers violons et “ Voix célestes ” à l’orgue avec son léger trémolo, et bientôt les autres cordes en trémolos, Adam, troublé, répond timidement à son Dieu et Père qu’il vient d’offenser par sa désobéissance  :

«  J’ai entendu ton pas dans le jardin  ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché.  »

Le Bon Dieu, qui sait tout, continue d’interroger Adam sur le même mode, accompagné par l’orgue “ plein jeu ”  :

«  Qui t’a appris que tu étais nu  ?  »

Les cordes accentuent l’expression de sa colère  :

«  Tu as donc mangé du fruit de l’arbre dont je t’avais défendu de manger  !

– C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné du fruit et j’ai mangé  ?  !  »

C’est la faute de la femme… et de Dieu qui l’a mise auprès de moi  ! C’est typique… de la fausse coulpe dont l’homme est coutumier  :

«  Et j’ai mangé  », après ce passage agité, est pitoyable…

Le Bon Dieu l’est tout autant, navré, désolé. Il s’adresse à Ève sur le ton d’une douceur qui laisse transparaître sa peine, comme si sa colère se changeait déjà en miséricorde à la pensée de la Nouvelle Ève au Cœur Immaculé.

Mais Ève, plutôt que de battre sa coulpe et demander pardon, rejette à son tour la faute sur le serpent, que l’on voit pour ainsi dire sous les traits ondulants de la flûte… Fascinant  !

«  C’est le Serpent qui m’a séduite [longue vocalise désolée] et j’ai mangé  !  »

Un air triste et lourd introduit la sentence divine avec les nuances propres à chacun des destinataires  :

Pour Adam, chef de race, la colère, quoique paternelle, sur fond agité de violons  :

«  Parce que tu as écouté ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi  !

«  À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain.  »

Pour Ève, le ton est empreint de plus d’affection, par l’intercession de la Nouvelle Ève, mais la punition tombe quand même  : douleurs de l’enfantement, assujettissement à son mari.

Quant au serpent, il reste sous le coup d’une imprescriptible malédiction, définitive et absolue, marquée dès les premiers mots  : «  Et toi, serpent…  », par un accord dissonant, menaçant, et une suite de modulations qui soutient un chant violent et des trémolos accentués aux cordes, en passant du Do mineur au Si bémol majeur triomphant  : «  Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.  »

Frère Henry a inversé l’ordre du texte biblique, – où Dieu maudit d’abord le Serpent, puis s’adresse à la femme et enfin à Adam – mais c’est pour terminer sur la promesse du Salut qui nous adviendra par l’Immaculée triomphante  : «  Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.  » Le «  talon  » de la «  semence  » de Marie, descendant dans les graves avec une cadence un peu douloureuse, c’est nous  !

Le chœur, à l’unisson, acclame notre Reine avec un couplet de l’hymne des matines de Notre-Dame de Lourdes  :

«  Ô Vierge Immaculée
Qui effacez l’opprobre d’Ève,
Votre pied écrase la tête de l’antique Serpent.
Et, seule, vous avez la gloire
D’une origine immaculée.  »

Le chant est joyeux, mais reste calme et serein après cette grande chute dont nous ne cessons de supporter les conséquences.

Ô Vierge Immaculée Qui effacez l’opprobre d’Ève, ( Hymne à Notre-Dame de Lourdes)

Ô Vierge Immaculée
Qui effacez l’opprobre d’Ève,
( Hymne à Notre-Dame de Lourdes)

SCÈNE 5
COMPLAINTE SUR LE PÉCHÉ DES HOMMES

La chute des anges a entraîné celle de nos premiers parents et provoqué une suite de catastrophes  : le péché est entré dans le monde pour détruire le bel ordre que son Créateur y avait mis. Il ne faudrait pas oublier que la cause du désordre que nous déplorons – même “ écologique ”  ! – est le péché. Le chœur précédent, tout à la gloire de l’Immaculée Conception, nous a laissés dans un Si bémol majeur triomphant. L’orgue nous ramène à l’humilité de notre condition, en Mi mineur, triste et lourd, introduisant le petit chœur des anges désolés d’une telle chute et de ses conséquences incalculables. Ils entonnent une complainte en trois couplets.

Le premier est inspiré d’Henry Ghéon, dans Le mystère de l’invention de la Croix  :

«  Sur leur corps nu, ils virent le péché.
Et, du Paradis, furent arrachés.  »

Chanté par le premier chœur des anges, avec douceur, sans autre instrument que l’orgue “ ­positif ” pour manifester la solitude dans laquelle ils se sont établis.

Le deuxième chœur d’anges enchaîne, plus animé, avec le violoncelle qui fait son entrée, donnant profondeur au chant descendant comme la mort qui tombe sur le monde  :

«  Ils perdirent tout en une seconde
Et l’horrible Mort tomba sur le monde.  »

Les anges réunis lancent de poignant “ Hélas  ! ” compatissants  :

«  Hélas  ! l’innocence n’est plus,
L’homme et la femme n’ont vécu
Que pour souffrir,
Et pour mourir…  »

Là encore, le chant a tenté de s’élever, mais pour tomber à nouveau… «  pour mourir  », avant
que le chœur ne reprenne la phrase encore plus plaintive.

Le deuxième couplet décrit les événements qui se succèdent implacablement en conséquence du péché originel  :

«  Rien ne pousse que pour sécher,
Ne commence que pour cesser.
Sur son pain dur, Adam sanglote.
Caïn blasphème et se révolte.  »

La progression du mal est mise en “ volume ”, pour ainsi dire, par la musique, pour conduire à cette brutale constatation  :

«  Le premier homme qui mourra,
C’est un homme qui le tuera.  »

Au comble de l’indignation, le chœur explose, voix et instruments à l’unisson  :

«  Ô cœur de pierre  !
C’était son frère  !  »

Le troisième couplet n’est pas de Ghéon mais de frère Henry et frère André, disciples de l’abbé de Nantes, pour annoncer “ l’orthodromie divine ”  :

«  Voilà donc le commencement
De l’histoire des fils d’Adam,
De père en fils, de mère en fille,
Partout le péché se faufile,
Mais dans les cœurs règne toujours
La promesse du premier jour  :
L’Immaculée triomphera.  »

SCÈNE 6
LA COLOMBE DE LA PAIX

Sans introduction, parce que c’est la suite des événements historiques annoncés par la complainte, un ange chante sur une pédale de Mi à la basse  :

«  En ces temps-là, Yahweh vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre.  »

En conséquence du péché originel qui les avait privés de la grâce de Dieu.

L’harmonie, à l’orgue, s’est peu à peu complétée, restant très sobre. Puis une pédale d’octaves répétées aux premiers violons, crée un climat dramatique, pendant que le chœur aux nombreux retards et appogiatures, annonce le châtiment  :

«  Il se repentit d’avoir fait l’homme, et décida, dans sa colère, d’exterminer tous les êtres de la terre.  »

Les premiers violons continuent leur mouvement d’octaves, tandis que les autres cordes exécutent des batteries accentuées sur un accord dissonant, roulements de la timbale, crescendo général de plus en plus dramatique, figurant les cataractes du déluge, jusqu’à ce que le mouvement d’octaves des premiers violons se transforme en arpèges détachés et consonants, et que les anges reprennent la parole, apaisants  :

«  Mais Noé avait trouvé grâce aux yeux de Dieu qui les épargna, lui, sa famille et tous les êtres qui étaient avec lui dans l’arche.  »

Les arpèges descendants vont en diminuant de volume et d’ambitus (de taille), pour se réduire à un lointain écho.

Et la pédale de violon octaviée reprend dans un nouveau ton, détendu  :

«  À la fin, Yahweh se souvint de Noé et fit cesser le déluge.  »

Les octaves sont passées à trois temps, lentement, tandis que les eaux se retirent calmement, sans bruit.

Tout cela est absolument génial  ! C’est la Bible lue «  autrement  ». Goûtée, savourée… Sapience…

Les anges laissent place à Noé et sa famille, dans l’arche. Ils attendent le retour en grâce. La femme de Noé tient en sa main une colombe blanche. Noé contemple les ravages et chante tristement  :

«  Le déluge a tout anéanti, il ne reste plus rien.  »

Et sa femme enchaîne  :

«  Ils sont tous morts, ceux qui ont offensé Yahweh notre Dieu.  »

C’est poignant  : son chant est plus expressif, avec sa sixte napolitaine qui fait la transition avec l’action de grâces pour la protection divine  :

«  Mais l’arche, Dieu l’a gardée de sa main. Il nous a épargnés.  »

Elle finit doucement mais, pendant ce temps, les enfants trépignent d’impatience, le piano aidant sur un air léger, inattendu  :

«  Quand pourrons-nous sortir et reprendre pied sur la terre ferme  ?  »

Allez, va ! ma petite, Là-bas où tout renaît, Si tu trouves la paix Reste et fais-y ton gîte !

Allez, va   ! ma petite,
Là-bas où tout renaît,
Si tu trouves la paix
Reste et fais-y ton gîte   !

Nouveau changement de tempo, à trois temps, et d’instruments avec une flûte légère qui annonce l’entrée en scène de la colombe, l’actrice principale puisqu’elle est la figure de l’Immaculée  !

Un fils de Noé nous apprend qu’elle revient d’une première sortie  :

«  La colombe nous est déjà revenue une première fois, n’ayant pas trouvé où se poser.  »

Retour à la mesure binaire qui casse le mouvement sur ces derniers mots. Et Noé enchaîne en descendant, accompagné par les basses, violoncelles et trombone, jusque dans les bas-fonds, image de l’enfer  :

«  Tandis que le sinistre corbeau s’est attardé sur quelque charogne. Nous ne le reverrons pas.  »

Une fille de Noé nous apprend la deuxième sortie de la colombe et la musique redevient gracieuse pour évoquer son retour, avec ses triolets et la grande montée de la mélodie  :

«  Une nouvelle fois, la colombe a regagné l’arche avec un rameau d’olivier tout frais dans le bec.  »

La femme de Noé s’écrie  : «  Signe du retour du printemps et donc de la faveur de Dieu  !  »

On comprend leur joie. Cela signifie que les eaux ont baissé et que la création reprend vie.

Ils s’apprêtent donc à relancer la colombe pour la troisième fois. La femme de Noé lui chante un petit couplet avant de l’envoyer en mission, sur fond doux plein d’espérance  :

«  Allez, va  ! ma petite,
Là-bas où tout renaît,
Si tu trouves la paix
Reste et fais-y ton gîte  !  »

Si elle ne revient pas, c’est qu’elle aura trouvé où s’établir sur la terre ferme, signe de la fin de l’épreuve. Elle lance enfin la colombe. Tous les regards sont tournés vers elle, en suspens, tandis que le piano exécute des traits “ aériens ”.

Tous s’écrient  : «  Elle s’envole  !  »

La femme de Noé comprend qu’ «  elle est partie pour toujours  !  »

Son chant reste en suspens  ; mais c’est Noé qui conclut  :

«  La colère de Yahweh est apaisée, la paix est revenue sur la terre.  »

Tandis qu’une musique douce s’élève, tel l’arc-en-ciel. Un long et large accord de Mi mineur couvrant toute l’étendue des instruments, puis un second accord vient s’y superposer, à la quinte inférieure. Les deux accords “ cohabitent ” un bon moment pendant le chant de Noé, jusqu’à ce que le La majeur l’emporte avec l’apparition de la tierce majeure. C’est du plus lumineux effet.

Le chœur, à l’unisson, conclut simplement par une adaptation d’un répons des matines de Notre-Dame de Lourdes  :

«  Comme la colombe portant le rameau d’olivier,
Comme les roses aux jours printaniers,
Comme les lys dans la vallée,
Ainsi brille la Vierge Immaculée  !  »

Mélodie simple, répétitive au début mais progressant par paliers jusqu’à «  la Vierge Immaculée  », médiatrice de toute cette renaissance.

La deuxième partie reprend plus bas, en Si mineur pour finir sur un Ré majeur glorieux, toujours avec quelques inflexions figuratives  :

«  Je placerai mon arc dans les nuées, la mélodie s’élève…

Et il sera un signe de mon Alliance avec vous  », la mélodie descend, comme si le Bon Dieu se penchait vers nous.

«  Ainsi brille  », un Sol majeur inattendu nous “ éblouit ”, «  son Cœur Immaculé  !  » Ré majeur…

SCÈNE 7
COMPLAINTE SUR L’INFIDÉLITÉ D’ISRAËL

Les anges entonnent une complainte en Mi mineur, sans transition avec le Ré majeur de la scène précédente. De telle sorte que la première phrase cherche sa tonalité qui reste instable jusqu’à la fin de la phrase, comme l’histoire d’Israël dont la seule constante est l’infidélité et l’ingratitude envers son Dieu et Père  :

«  Hélas  ! au long de son histoire,
Le peuple élu du Dieu de gloire
Ne s’attacha à ses décrets
Que pour clocher des deux jarrets.  »

Allusion aux reproches d’Élie, au temps du roi Achab qui pliait un genou devant Baal, le dieu de sa femme Jézabel, et l’autre devant Yahweh, Dieu d’Israël (1 R 18, 21).

L’interreligion ne date pas de Vatican II  !

Les anges évoquent cette schizophrénie en chantant en deux chœurs alternés, l’un les bienfaits de Dieu, l’autre les méfaits de son peuple. Les oppositions sont marquées par les changements harmoniques, les tempos et l’instrumentation, réservant les flûtes légères aux bontés de Dieu, et les cordes graves et lourdes aux méfaits de son peuple.

La liste est accablante  :

Au «  Cœur si fidèle  » de Yahweh répond la constante rébellion d’Israël.

À ses «  miracles éclatants  », la révolte.

Aux «  prodiges étonnants  », les murmures.

Aux «  merveilles admirables  », l’incrédulité.

Aux «  exploits  », ils rechignent.

Pour prix de sa «  tendresse, ils le rejettent  ».

De sa «  patience, ils se lassent  ».

De son «  amour, ils se détournent vers des idoles  ».

Alors, les anges nous adressent cette objurgation, je dis bien  : nous, puisque nous montrons, nous peuple chrétien de France, objet de tant de bienfaits dès les origines gallo-romaines, la même ingratitude que le peuple d’Israël  :

«  Pécheurs  ! pécheurs, cessez de Lui être infidèles  !

Mais cessez d’irriter le Dieu Très-Haut  !  »

La Reine des anges n’est-elle pas venue du Ciel pour nous dire que Dieu était trop offensé, le 13 octobre 1917 à Fatima  ?

Les anges haussent le ton, à trois voix  :

«  La colère du Dieu jaloux s’enflammera,
Vous abandonnant au glaive de vos adversaires
.  »

Colère vite apaisée, comme à Fatima lorsque le soleil est remonté à sa place, et pour la même raison, car voici la reine Esther. Alors, violoncelles et trombone laissent place aux flûtes  :

«  Mais le Cœur de Dieu s’est ému
Et il envoya le salut
Aux hommes enchaînés dans ce drame
Par les faibles mains d’une femme.
Ainsi d’Esther, Médiatrice,
De sa race, la Rédemptrice.  »

SCÈNE 8
LA MÉDIATION D’ESTHER

Dans la Bible, le livre d’Esther est rangé, avec celui de Judith, à la suite des livres historiques, mais il n’est pas une œuvre d’histoire. Il raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par les mains d’une femme. C’est un midrash, une Apocalypse. Les juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue Reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée. C’est un retournement complet de la situation  : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les juifs massacrent leurs ennemis.

Frère Henry a composé naguère un oratorio, en 2001, “ Esther ou l’Immaculée médiatrice ”  : «  Comme le lys entre les épines, telle est la reine Esther entre les jeunes femmes. Chantons, chantons notre reine Esther. Chantons sa grâce et sa beauté  !  »

Dans sa détresse, la reine Esther adressait à Dieu sa prière, couverte d’habits de deuil.

Dans sa détresse, la reine Esther adressait à Dieu sa prière, couverte d’habits de deuil.

Esther est la figure prophétique de la Très Sainte Vierge Marie, médiatrice entre Dieu et son peuple. Elle se prépare à intercéder auprès du roi Assuérus, figure de Dieu le Père, en faveur de son peuple.

Le chœur l’introduit  :

«  Dans sa détresse, la reine Esther adressait à Dieu sa prière, couverte d’habits de deuil.  »

Soutenue par l’orgue et une flûte en contrepoint, elle chante  :

«  Mon Seigneur, notre Roi, vous êtes l’Unique  !  »

Profession de foi en Yahweh, Dieu d’Israël, seul vrai Dieu, tandis que les prétendus dieux des ennemis de son peuple ne sont rien  !

Elle élève la voix, en suppliante  :

«  Venez à mon secours  !  »

L’Église, épouse du Christ, lance cet appel au commencement de tous nos offices, sept fois par jour  : Deus, in adjutorium meum intende  !

«  Car je suis seule  »

Cette grande prière d’Esther est un chef-d’œuvre  !

Humblement, la Reine se solidarise avec son peuple, appelant à son secours «  notre Roi  », comme Jésus nous apprendra à dire  : «  Notre Père  ». Et elle prend sur elle le péché de son peuple, comme feront Jésus et Marie rédempteurs portant notre péché, au jour de l’agonie.

«  Et je vais au-devant du danger.  »

En effet, quiconque se présente chez le Roi sans avoir été convoqué est passible de mort. C’est la règle de la Cour.

Sur fond très doux de violons, vibrant peu à peu avec le crescendo  : «  J’ai appris, dès le berceau, que c’est Vous, Seigneur, qui avez choisi Israël entre tous les peuples.  »

Mais ensuite, plus énergique et dans un autre tempo (en 6 / 8) sans violons, elle bat sa coulpe, prenant sur elle le péché de son peuple  :

«  Mais nous avons péché contre Vous et Vous nous avez livrés à nos ennemis  »… dans une descente en cascade, acceptant avec soumission et abandon la sanction  : «  Vous êtes juste, Seigneur  !  » repris par le chœur et enfin par les cordes, comme en écho, majorisé.

Dans un récitatif animé, elle s’en prend aux ennemis de son peuple, les idolâtres, qui le persécutent parce qu’il loue le vrai Dieu  :

«  Maintenant, l’amertume de notre servitude ne leur suffit plus, ils ont fait un pacte avec leurs idoles en vue d’anéantir ceux qui vous louent, au profit des faux dieux…  »

Suit une exclamation et une prière où elle redouble de supplication et de confiance  :

«  Souvenez-vous, Seigneur  ! Souvenez-vous, manifestez-vous au temps de notre tribulation.  »

Le temps semble s’arrêter tandis qu’elle achève, du plus profond de son de cœur  : «  Et à moi, donnez du courage.  » Le chœur répète trois fois «  Souvenez-vous  », de plus en plus doux et lent.

Elle reprend sa prière avec conviction, et un certain charme dont elle se prépare à user pour toucher le roi, imitée par la flûte  :

«  Mettez sur mes lèvres un langage charmeur lorsque je serai en face du lion  ».

Dans la Bible, Yahweh est souvent comparé à un “ lion ”, le roi des animaux. Le roi Assuérus en est la figure.

Elle termine sa phrase sur une note grave répétée (une pédale), prononcée avec force. Très expressive  : «  Et que son cœur tourne à la haine de notre ennemi pour qu’il trouve sa perte avec tous les siens.  »

Après une pause, elle reprend son plaidoyer avec d’autant plus de conviction et assurance d’être exaucée, qu’elle «  n’a jamais pris de joie qu’en Dieu seul  ».

Si nous n’avions pas encore compris, elle s’identifie par là au Cœur Immaculé de Marie qui seule peut dire cela.

Mes filles, soutenez votre Reine sans force. ( Esther 5 )

Mes filles, soutenez votre Reine sans force.
( Esther 5 )

Les servantes, silencieuses jusqu’à présent, unissent leurs supplications à celles de leur maîtresse, en un trio expressif, avec orgue sans basse au début  :

«  Mon Dieu, dont la force l’emporte sur tous, écoutez la voix des désespérés, délivrez-nous de la main des méchants.  » Esther achève seule  : «  Et délivrez-moi de ma peur  !  »

Cette grande prière d’Esther se termine par un chœur puissant, grave, un peu lourd et accablant avec la timbale sourde, obsédante  : «  Ainsi criait Israël vers son Dieu, de toutes ses forces, car la mort était devant ses yeux.  » Malgré le sursaut d’espérance  : «  Vers son Dieu  », qui marque le commencement de la conversion, rien n’est encore gagné.

Changement de décor  : nous sommes avec Esther dans le palais d’Assuérus. Deux fanfares éclatantes marquent l’entrée du Roi, qui se présente avec majesté dans ses vêtements royaux rutilants d’or. Magnifique travail de nos sœurs, comme d’habitude  !

C’est alors qu’Esther survient sans bruit ni fanfare, soutenue par ses servantes fidèles qui décrivent l’état de leur maîtresse en présence du Roi  : «  L’éclat de sa beauté fait rougir notre Reine et son visage joyeux est comme épanoui d’amour.  »

Les trémolos des cordes nous avertissent soudain  : «  Mais la crainte fait gémir son cœur.  » Toutes ensemble en duo  : «  Prions Dieu qu’Il change le cœur du Roi et l’incline à la douceur.  »

Sur fond de musique très douce, la Reine supplie ses servantes de la soutenir, son chant est presque mourant.

Brusquement, éclate la colère du Roi, surpris, figurée par un trait violent aux violoncelles et timbale  : «  Qui ose entrer sans mon invitation  ?  »

La Reine s’effondre – les deux flûtes suivent son mouvement –, et aussitôt, la reconnaissant, le Roi anxieux s’élance de son trône, la réconfortant par des paroles apaisantes  :

«  Qu’y a-t-il, Esther  ? Je suis votre frère  ! Rassurez-vous  ! Vous ne mourrez pas  ! Notre ordonnance [interdisant à quiconque de paraître devant le Roi sans être convoqué] ne vaut que pour le commun de nos sujets. Approchez-vous. Parlez-moi  !  »

Esther chante les louanges de son Roi et époux avec une admiration pleine d’amour  :

«  Je vous ai vu, Seigneur, pareil à un Ange de Dieu…  »

Les cuivres remplacent les cordes pour la suite  :

«  … et j’ai eu peur de votre splendeur  ».

Après l’accord de quinte diminué aux cuivres sur «  j’ai eu peur  », l’accord de Si bémol renversé sur «  splendeur  » est… splendide  !

Elle continue plus simplement, avec le piano et les flûtes  :

«  Car vous êtes admirable, Seigneur, et votre visage est plein de charmes.  »

Puis elle défaille à nouveau, ce qui trouble le Roi et le dispose à tout lui accorder. Elle l’aurait fait exprès qu’elle n’aurait obtenu meilleur gain de cause. Les flûtes, toujours fidèles, l’accompagnent dans son affaissement.

Le chant du Roi est très sobrement accompagné, mais à sa promesse  : «  Tout vous est d’avance accordé  », accompagné par une grande cadence plagale, apaisante  :

«  Si vraiment j’ai trouvé grâce à vos yeux, ô Roi, et si tel est votre bon plaisir, accordez-moi la vie et la vie de mon peuple qui est voué à la mort et à la damnation.  »

Esther intercédant pour son peuple voué à la mort, annonce que Marie intercédera un jour pour tous les hommes voués à la damnation éternelle.

La scène s’achève en nous transportant déjà au temps de cet accomplissement.

La Reine demande donc la vie (éternelle) pour ses sujets, et pour elle. Le Roi s’empresse de l’exaucer.

«  Je veux combler votre souhait, reine Esther. Par Vous, votre peuple sera sauvé, s’il veut se tourner vers Vous et honorer votre Cœur Immaculé.  »

Le chant est simple, mais se termine par une grande vocalise sur le mot Immaculé. La dévotion au Cœur Immaculé de Marie est la condition pour profiter de ce salut offert à tous.

Le chœur conclut brièvement et sobrement par la proclamation comme d’un nouvel édit remplaçant celui qui nous vouait à la mort  : «  Que le Nom de Dieu soit loué et qu’à jamais le Nom d’Esther lui soit associé, puisque c’est par Elle que nous est venu le salut  !  »

SCÈNE 9
COMPLAINTE SUR L’INFIDÉLITÉ DES HOMMES

Le troisième volet de la complainte des anges s’universalise. Le premier concernait le péché originel  ; le deuxième, l’infidélité d’Israël  ; et maintenant voici la grande apostasie de l’univers entier.

La joie contenue dans le dernier chœur éclate ici chez les anges, sans transition  : «  Rendons grâces à notre Dieu, car Il a fait des merveilles pour ses créatures  ! Il leur a donné Esther pour les sauver, car éternelle est sa miséricorde  !  » (cf. Ps 118)

À trois voix d’anges, la louange est reprise par tout le chœur avec une allégresse débordante.

Mais la joie de la victoire d’Esther, ou plutôt de notre salut opéré par la médiation du Cœur Immaculé de Marie, est bientôt assombrie par l’incompréhensible ingratitude des hommes, de tous les hommes  :

«  Comment les hommes ingrats,
Sans cesse délivrés dans leurs détresses
Par cette main maternelle,
Peuvent-ils être toujours rebelles  ?  »

chantent deux voix d’anges, calmes mais douloureuses.

«  Ah  ! si vous écoutiez votre Dieu  », lance un ange seul, comme dans le psaume invitatoire qui ouvre les matines chaque nuit  :

«  … Pécheurs, si vous marchiez dans ses voies,
En peu de temps, Il abaisserait vos ennemis,
Contre vos adversaires, Il tournerait sa main…  »

Les autres anges vont reprendre l’oracle du prophète Osée (11, 9) affirmant que les desseins de Dieu ne sont pas changeants comme ceux de l’homme  : «  Mais Dieu est miséricordieux non pas comme l’homme  »; la musique est plus solennelle avec une inflexion sur «  non pas comme l’homme  », et encore davantage avec l’entrée des cordes  : «  Oui, Il vous fera goûter son Amour.  » Après avoir choisi Israël et l’avoir traité comme un enfant très cher, Dieu ne peut changer de sentiment et le détruire.

Vient la promesse d’une nouvelle grâce, encore par la main d’une Femme  : Judith, figure de l’Immaculée écrasant la tête du serpent.

SCÈNE 10
LA VICTOIRE DE JUDITH

Notre bienheureux Père voyait en Judith la figure de l’Immaculée, et dans Béthulie assiégée et miraculeusement délivrée par cette femme, l’allégorie du drame que vit aujourd’hui notre petite Phalange, continuellement tentée d’accepter ou d’ignorer l’impiété, par laxisme ou par découragement.

La tentation est forte de se rendre, de se rallier puisque, humainement il n’y a plus d’espoir. C’est alors qu’intervient le Cœur Immaculé de Marie, belle et sage comme Judith, la veuve de Béthulie  :

«  Gardez-vous d’irriter le Seigneur notre Dieu, c’est Lui notre salut. Il écoutera notre voix si telle est sa volonté de bon plaisir. Maintenant il faut prendre en charge nos frères car leur vie dépend de nous et de ce que nous avons de plus sacré, le Temple et l’autel.  » (cf. Jdt 8)

Elle s’offre alors pour accomplir «  une action dont le souvenir se transmettra d’âge en âge  ». Voilà qui annonce déjà le Magnificat.

Ayant pris des vêtements de deuil, elle entonne sa grande prière, comme Esther, avant de se rendre dans le camp des Assyriens pour séduire Holopherne, leur général en chef, pour sa perte…

Une introduction aux violons, triste et lourde de toute l’affliction des assiégés de Béthulie, nous donne le ton général et l’air principal de cette grande prière. Elle commence très sobrement en s’adressant au Dieu de ses pères  :

«  Seigneur, Dieu de mon père Siméon, Dieu de l’héritage d’Israël, Maître du ciel et de la terre.  »

Chaque phrase a son caractère propre, selon le titre auquel elle réclame l’intervention de Dieu. D’abord, humble et suppliante, l’âme se met en sa présence  ; puis elle formule sa demande insistante, ferme, pressante  : «  Brise l’arrogance des méchants par la main d’une femme  », petite inflexion précieuse, gracieuse sur «  femme  », instrument de l’intervention demandée, «  car ils ont projeté de profaner les Lieux saints, de souiller la Tente où siège ton Nom glorieux  »; l’indignation de l’outrage fait à Dieu et à tout ce qui est de lui, soulève notre héroïne, plus que l’inquiétude touchant son propre sort.

La phrase suivante  : «  Regarde les Assyriens  ! ils se prévalent de leur armée, s’enorgueillissent de leurs chevaux et de leurs cavaliers  », est plus lyrique, à trois temps, comme pour essayer d’intéresser, d’émouvoir le Cœur de Dieu.

Car leur orgueil est ce qu’il abhorre  :

«  Ils sont fiers du bras de leurs fantassins et mettent leur espoir dans le bouclier, la javeline, l’arc et la fronde, mais ils n’ont pas reconnu en Toi le Seigneur briseur de guerre.  »

Judith revient régulièrement au premier thème musical, comme à la fin de ce paragraphe.

Cette présomption de l’homme qui met sa force dans les armes et les guerriers est un thème clef de la Sainte Écriture. On le rencontre dans les Psaumes  ; c’est la raison qui appelle l’intervention de Yahweh.

Après un intermède musical, Judith reprend sa prière, mais plus vif et martial ou guerrier  :

«  Écrase leur force par ta puissance et, dans ta colère, abaisse leur pouvoir  !  »

Retour au premier thème  :

«  Ta force ne réside pas dans le nombre, ni ton autorité dans les violents. Mais tu es le Dieu des humbles, le secours des opprimés, le soutien des faibles, l’abri des persécutés, le sauveur des désespérés.  »

Les cordes font leur entrée pour le passage le plus émouvant de la prière  : le chant monte, monte avec une grande confiance aimante, avant de retomber sur «  des désespérés  ».

Reprise du thème, calme  : «  Donne-moi un langage séducteur…  » mais qui s’anime avec des rythmes plus saccadés, un texte plus serré, pour passer du 2 / 4 au 6 / 8, toujours plus enlevé, fervent, ardent, enflammé  : «  … pour blesser et meurtrir ceux qui ont formé de si noirs desseins contre ton Alliance et ta sainte Demeure. Fais connaître à ton peuple et à toute tribu que tu es le Seigneur Dieu de toute puissance et de toute force…  », et retour à la mesure binaire pour la conclusion calme et confiante  : «  … et que le peuple d’Israël n’a d’autre protecteur que Toi  !  »

Le chœur conclut cette grande prière en s’adressant à l’Immaculée dont Judith est la figure, avec majesté et ferme assurance  :

«  Toi seule vaincras nos ennemis dans le monde entier.  »

Après une pause destinée à changer de climat, on entend une musique rythmée, aux accents orientaux, avec tambour, tambourin, clochette et autres percussions, instruments à vent, sur un air de danse évoquant la licence qui règne au banquet donné par Holopherne à ses officiers.

Le petit chœur des servantes de Judith entre et fait office de récitant, toujours sur cette musique envoûtante, racontant comment Judith est entrée dans le camp des Assyriens, y est restée pendant trois jours, «  sortant la nuit pour prier le Dieu d’Israël de diriger son entreprise  », petite interruption binaire dans cette danse à trois temps pour donner un ton martial à «  son entreprise  », et reprise de la danse  :

«  Il a donné son banquet  », continuent-elles avec un passage malicieux où le rythme est comme contenu  : «  Il a invité Judith… pour sa perte  !  » reprise de la musique et conclusion.

Le récit reprend, retenu, suspensif  : «  Car depuis le jour où il l’a vue, il guette le moment favorable pour la séduire.  »

Enfin, le chœur annonce avec solennité l’entrée de Judith, tandis que le petit chœur des servantes s’écarte pour laisser voir Holopherne et ses convives, cachés jusqu’à présent  :

«  Lorsque Judith entra dans la tente du banquet, parée et ornée de ses atours féminins, le cœur d’Holopherne en fut tout ravi, et son esprit troublé.  » Un mélisme de la mélodie figure son trouble…

Mais le chœur continue, plus violemment  : «  Le maudit, saisi d’un violent désir de s’unir à Judith  », très saccadé et haletant, pour exprimer les passions d’Holopherne et des convives, «  dans sa gaieté but comme il n’avait jamais bu en un seul jour  ». Le chant s’amollit et s’effondre comme le fera bientôt Holopherne.

Il chasse ses officiers afin de rester seul avec Judith. Pour suivre le texte au plus près, le chœur commence à quatre voix, sans orchestre, plus intime  : «  Quand il fut tard, les officiers se hâtèrent de partir…  » et, pour faire sentir la solitude de Judith, le chœur continue à trois voix «  afin de laisser Judith seule…  », puis à deux voix  : «  avec Holopherne, qui s’effondra sur son lit  », pour terminer uniquement avec les sopranos, et dans les graves  : «  noyé dans son vin  ».

Rends-moi forte en ce jour, Seigneur, Dieu d’Israël ! ( Jdt 13, 7 )

Rends-moi forte en ce jour,
Seigneur, Dieu d’Israël   !
( Jdt 13, 7 )

Judith se lève, tandis qu’Holopherne est étendu sur le divan, et entonne une prière suppliante et pathétique, accompagnée par les cuivres  :

«  Seigneur, Dieu de toute force, en cette heure, favorise l’œuvre de mes mains pour l’exaltation de Jérusalem.  »

Moment très solennel, plein de grandeur et même de paix. C’est peut-être le moment le plus intense de la scène, entièrement accompagné par les cuivres.

«  C’est maintenant le moment de ressaisir ton héritage et de mener à bien ton entreprise pour la ruine des ennemis qui se sont levés contre nous  », repris par le chœur et les cordes pendant que Judith revient vers le corps assoupi du général, tire son cimeterre de son fourreau et lance un dernier cri  : «  Rends-moi forte en ce jour, Seigneur, Dieu d’Israël  !  » sans chant ni musique.

Mais au moment où elle s’élance pour lui trancher la tête, le chœur des servantes vient former un rideau pour cacher la scène, et la musique du banquet reprend, joyeuse  :

«  Elle a quitté ses vêtements de deuil pour le relèvement des affligés d’Israël. Elle a parfumé son visage et serré sa chevelure sous son turban. Elle a mis une robe de lin pour le séduire.  »

La musique devient plus charmeuse, tandis que le chœur chante  : «  Ses sandales ravirent ses yeux, sa beauté captiva son âme…  » Puis le rythme de la fête reprend, effréné, et les servantes chantent avec plaisir en se répondant  : «  Et le cimeterre, et le cimeterre…  » dans une progression répétitive, la phrase est ponctuée d’un… «  lui trancha le cou  !  » dont l’effet est saisissant  !

Et allume en nos cœurs le désir ardent de voir Notre-Dame au Cœur Immaculé agir de même avec le MASDU  !

Le chœur, après une pause nécessaire, conclut par un abrégé d’une hymne à Notre-Dame des Victoires, de saint Jean Eudes, enfin très apaisée, après tant d’émotions fortes  ! et pleine d’espérance à la pensée des rudes combats qu’il nous reste à affronter  :

«  Ô Vous, Vierge Marie,
Notre Judith à jamais invincible.
Vous  ! notre espérance la plus douce,
Vous seule vaincrez nos ennemis
Dans le rude combat qui sera le dernier  !  »

SCÈNE 11
LES FIGURES DU CŒUR DE MARIE

C’est le sujet de tout l’oratorio, mais ici présenté sous la forme de litanies, comme un feu d’artifice, évoquant les figures dont surabondent les Saintes Écritures  : Sara, la femme ­d’Abraham qui se réjouit de l’enfant de la promesse  ; la rencontre de Rebecca avec Éliézer, envoyé par Abraham pour donner une épouse à son fils Isaac  ; Abigaïl qui intercède auprès de David et obtient grâce pour toute sa maison, etc.

«  Ainsi, toute âme prédestinée peut voir partout dans les Écritures la présence de notre Reine bien-aimée  », chantent les anges, avec une joie contenue, mais qui va s’animant jusqu’au délire amoureux  ! On y reconnaît la plume et le cœur de saint Jean Eudes  :

«  Quoi d’étonnant  ! Songeons qu’un Époux passionné pour son Épouse prend son divertissement à écrire son nom et à tracer sa figure partout où Il se trouve, non seulement sur le papier, sur le parchemin et sur la toile, mais sur les arbres, sur les pierres, sur les rochers et sur tout ce qu’il rencontre, jusqu’à sa propre chair.  »

La comparaison est audacieuse, mais tellement vraie  ! Jusqu’ici la musique est restée sobre, c’est l’ange qui s’est enthousiasmé. Mais la mesure passe maintenant à trois temps, les violons sortent de leur léthargie, tout s’anime pour louer la Sainte Vierge  :

«  Ainsi nous trouvons que la Dame souveraine de toute chose est désignée et signifiée par plusieurs autres figures.  »

Suivent des litanies. Le chœur chante en latin à quatre voix des “ Salutations à la Très Sainte Vierge ”, en forme d’oraisons jaillissantes  :

«  Ave, Cor sanctissimum  ! Salut, ô Cœur très saint  !  » tandis que les anges répondent par une énumération de figures, en français, dans une autre mesure  :

«  Étoile de la mer, Astre du matin, Aurore du salut  ».

Dans l’Apocalypse, Jésus fait écrire à l’Ange de Thyatire par saint Jean qu’au «  vainqueur, celui qui restera fidèle  » à son service «  jusqu’à la fin  » (Ap 2, 26), il donnera «  l’Étoile du matin  » (Ap 2, 28).

Annonciatrice du salut pour le marin en mer, au «  matin  » des derniers temps, aux «  aurores  » du salut se levant sur «  le peuple qui marchait dans les ténèbres  » (Is 9, 11), à savoir nous autres. La Vierge Marie est tout cela puisqu’elle précède et annonce l’avènement de son Fils, comme l’aurore précède le lever du soleil.

«  Jardin clos où fleurissent les vertus des patriarches.  »

L’image rustique, bien simple et charmante, est extraite du Cantique des cantiques  : «  Elle est un jardin bien clos, ma sœur, ma fiancée, un jardin bien clos, une source scellée.  » (Ct 4, 12) L’image convient à l’Immaculée, jardin bien clos où seul peut entrer son propriétaire, au jour de l’Annonciation, lorsque le Fils de Dieu descend dans le sein de la Vierge Marie, fille d’Abraham, pour y prendre chair, et s’y nourrir de son Sang.

«  Colombe très belle de l’Esprit planant sur les eaux.  »

C’est le nom que lui donne Jésus son Bien-Aimé, lorsque s’accomplit à la lettre la parole prophétique du Cantique des cantiques  : «  Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, mon Immaculée.  » (Ct 5, 2), lorsque l’Esprit-Saint vient sur elle, comme l’annonce à Marie l’ange Gabriel (Lc 1, 35), après avoir plané sur les eaux, au commencement de la création (Gn 1, 2).

«  Buisson ardent révélant le Nom divin…  » (Ex 3, 2)

Dans le livre des Proverbes, la Sagesse personnifiée, en laquelle nous avons reconnu la Vierge Marie, dit  : «  Je Suis  » (8, 30), comme Yahweh à Moïse lui demandant son Nom (Ex 3, 2).

«  Prodiges étonnants de la traversée du désert.  »

L’eau imbuvable de Mara transformée miraculeusement en eau douce au contact du bâton de Moïse, les cailles et la manne, nourriture tombée du ciel, et eau jaillie du rocher pour nourrir et abreuver les Hébreux dans le désert (Ex 15, 22 – 17, 7), c’est Jésus descendu dans le sein virginal de Marie en attendant de se faire notre nourriture et notre eau vive par les sacrements du Baptême et de l’Eucharistie.

«  Arche d’Alliance contenant les préceptes d’une loi nouvelle.  »

Saint Jean la désigne ainsi dans l’Apocalypse  :

«  Alors s’ouvrit le Temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d’alliance apparut, dans le Temple.  » (Ap 11, 19)

L’ «  arche d’alliance  » était un meuble de l’ancien Temple, un coffre rectangulaire porté à l’aide de barres de bois, où résidait la présence de Yahweh, comme dans un Tabernacle, avec, pour signe de cette présence, une «  Nuée  », comme on le lit dans le livre de l’Exode  : «  La Nuée couvrit de son ombre le Tabernacle et la gloire de Yahweh remplit la Demeure.  » En temps ordinaire, l’arche contenait les tables de la Loi de Moïse.

Au jour de l’Annonciation, le sein de la Vierge Marie est cette arche que la puissance du Très-Haut couvrit de son ombre, selon la parole de l’ange Gabriel  : «  ­L’Esprit-Saint viendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.  » (Lc 1, 35)

La voici, c’est Elle  : «  Un signe grandiose apparut au ciel  : une Femme  ! le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.  » (Ap 12, 1)

«  Temple saint de Dieu fermé par la porte d’Ézéchiel.  »

Une extraordinaire prophétie de la virginité perpétuelle de Marie fut prononcée par Ézéchiel lorsqu’il annonçait la restauration du Temple, après la destruction de celui de Salomon par Nabuchodonosor  :

«  Yahweh me dit  : “ Ce porche sera fermé. On ne l’ouvrira pas, on n’y passera pas, car Yahweh, le Dieu d’Israël, y est passé. Aussi sera-t-il fermé. Mais le prince, lui, s’y assiéra pour y prendre son repas en présence de Yahweh. C’est par le vestibule du porche qu’il entrera et c’est par là qu’il sortira. ”  » (Ez 44, 2-3)

«  Haute montagne d’où se détache la Pierre angulaire.  »

La «  pierre d’angle  » est «  la tête  », c’est-à-dire le sommet de l’angle liant deux murs (Ps 118, 22).

La «  Haute montagne  » fait allusion au songe de Nabuchodonosor raconté dans le livre de Daniel, où le Roi a vu une pierre se détacher de la montagne «  sans l’aide d’aucune main  », et broyer le fer, le bronze, l’argile, l’argent et l’or dont était faite l’idole colossale adorée par les païens (Dn 2, 45).

Le chœur est en binaire, majestueux, tandis que les anges sont plus enlevés, en ternaire. Le chœur accompagne les anges en “ bouches fermées ”. La progression harmonique est aussi libre que le discours, explorant tous les tons et revenant régulièrement au ton de départ et d’arrivée, en Sol majeur. C’est un peu fou, folie d’amour…

Après cette grande fresque litanique, saint Bernard accourt pour conclure la scène hardiment en chantant avec tendresse  :

«  C’est à partir d’Elle, c’est à cause d’Elle, c’est pour Elle que toute l’Écriture a été faite. C’est pour Elle que toutes les beautés de la création ont été faites. C’est Elle qui est remplie de la grâce de Dieu et c’est par son entremise que le Sauveur va venir, et que le monde sera racheté.  »

Après ce chant empreint de beaucoup de tendresse et d’affection, un autre ange introduit la prophétie d’Isaïe qui annonce le “ Signe de la Vierge ”. L’histoire avance, les Temps approchent, les événements se précisent…

SCÈNE 12
LE SIGNE DE LA VIERGE

«  Germinavit radix Jessé  ». Nous chantons cette antienne tous les jours, avant l’office de sexte. Elle est extraite des vêpres de la fête de la Circoncision de Notre-Seigneur, dont les antiennes constituent le “ petit office de la Sainte Vierge ” qui accompagne toutes les “ heures ” de notre “ grand office ”.

«  Une tige a paru sur la racine de Jessé,
L’étoile s’est levée de Jacob,
La Vierge a mis au monde le Sauveur,
Ô notre Dieu, nous vous louons  !  »

Traitée en polyphonie “ palestrinienne ” avec des imitations et des doubles canons, cette traduction ouvre la scène du “ signe de la Vierge ”, qui fait penser au “ signe du Roi ” dans la vie de sainte Jeanne d’Arc. Ici, c’est le signe du roi Achaz, au huitième siècle avant Jésus-Christ.

Les cuivres entonnent l’hymne “ O quam glorifica ” qui introduit un serviteur, messager d’Achaz, roi de Juda, prévenant son maître d’un assaut imminent de Samarie et de Damas contre Jérusalem.

Son chant est haletant  :

«  Seigneur Achaz, roi de Juda, voici qu’Aram a pénétré en Éphraïm et monte avec Péquah contre Jérusalem pour nous assiéger.  »

Le chœur chante le trouble du Roi, saccadé  :

«  À cette nouvelle, le cœur du roi Achaz et celui du peuple se mirent à chanceler comme les arbres de la forêt sous le vent.  »

Puis le chœur se ressaisit et chante avec fermeté  : «  Mais Yahweh envoya à Achaz son serviteur Isaïe.  » Chant solennel, majestueux.

Entre le prophète Isaïe, mystérieux mais rassurant  :

«  Attention  ! ne te trouble pas, ne crains pas, que ton cœur ne défaille pas à cause de ces deux bouts de tisons fumants. Ils ont projeté de prendre Juda, mais cela ne tiendra pas.  »

Vient le moment solennel  : «  Demande pour toi un signe à Yahweh ton Dieu, issu des profondeurs du Shéol (dans les graves), ou bien des hauteurs de là-haut (tout en ascension).  »

Mais Achaz refuse de demander le signe par une phrase bien scandée et répétée deux fois, marquant son incrédulité, cachée sous le faux prétexte de ne pas mettre Yahweh au défi. La phrase est reprise avec force, syncopes et harmonie tendues par le chœur.

Aujourd’hui, la hiérarchie de l’Église refuse avec la même incrédulité le message et les demandes de Notre-Dame de Fatima.

Yahweh donne pourtant le Signe à la maison de David. Après une incise solennelle  :

«  Écoutez donc, maison de David  !  »

La Vierge est enceinte, Elle enfantera un Fils Qu’Elle appellera Emmanuel. ( Is 7, 14 )

La Vierge est enceinte,
Elle enfantera un Fils
Qu’Elle appellera Emmanuel.
( Is 7, 14 )

Isaïe entonne un air gracieux avec piano et pizzicatos aux vio­loncelles, sur des paroles qui, au contraire, expriment plutôt de la réprobation  : «  Est-ce trop peu pour vous de lasser les hommes que vous lassiez aussi mon Dieu  ?  » Ce chant, répété deux fois, débouche sur la prophétie, grandiose, avec cuivres, timbales et cordes très étendues  :

«  La Vierge est enceinte, Elle enfantera un Fils qu’Elle appellera Emmanuel.  » (Is 7, 14)

Ce qui veut dire  : «  Dieu avec nous.  » Prophétie très claire de la venue de Jésus, et donc de la Vierge, sa Mère parmi nous.

Après ce moment très solennel, un nouveau chœur polyphonique termine le tableau sur cette prière de saint Bernard  :

«  Ouvrez, Bienheureuse Vierge, vos entrailles au Créateur…  », en imitation avec une grande tenue aux sopranos, à l’aigu, tandis que les autres voix descendent, “ ouvrant ” ainsi l’accord final.

Un bref verset  : «  Voici que le Désiré des nations frappe à votre porte  », prépare la reprise du chœur  : «  Ouvrez, Bienheureuse Vierge, vos entrailles au Créateur…  » pour terminer sur ce même accord large, «  ouvert  ».

SCÈNE 13
LE RÈGNE DU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

Les anges reviennent sur scène, à moins que ce ne soit nous qui montions aux Cieux, pour chanter avec enthousiasme  :

«  On la trouve partout, la Vierge Immaculée  ! Partout  !…  »

Mais un deuxième ange réplique, désolé, en mineur  :

«  Hélas  ! non pas encore dans tous les cœurs…  »

Un troisième ange ajoute avec assurance et entrain  :

«  Ah  ! le salut des hommes est proche  ! Préparons leurs cœurs  !  »

De retour en Si bémol mineur, un ange affligé déplore  : «  Mais tout le monde dort  !  » Comme s’en affligeait sainte Marie de Jésus crucifié en extase.
Ce “ leitmotiv ” reviendra plusieurs fois comme un refrain, avec son inclinaison vers La “ sensible ”.

Un autre ange reprend, animé et pressant  : «  Et Dieu si bon, si grand, si digne de louange, – nouvelle chute –, on l’oublie, et descente  : et personne ne pense à Lui  !  »

Plusieurs anges chantent ses bienfaits sur fond de violons ondulants, basse ostinato, et le plus beau est qu’ «  Il nous donne le Cœur Immaculé de Marie à aimer  », quoi de plus attirant, de plus aimable  ?

Tout le monde devrait se précipiter…

«  Et personne ne l’honore  !  »

Le premier violon laisse les ondulations pour des arpèges en notes piquées, donnant ainsi une certaine animation au chant qui reprend  :

«  La nature le loue, le Ciel, les étoiles, les arbres, les herbes, tout le loue…  »

Après une pause, les anges reprennent en duo, accompagnés par les bois, moins animés  :

«  L’homme devrait le louer, connaissant ses bienfaits.  » Silence. Reprise, navrée  : «  Et il dort  !  »

Nouveau mouvement vif et animé où les anges s’encouragent mutuellement en deux groupes qui se répondent avec alacrité et violons joyeux, enlevés  :

«  Allons  ! Allons réveiller l’univers  !

Faire régner le Cœur Immaculé de Marie  !  »

Interruption. Les anges attristés reprennent leur leitmotiv  :

«  Le monde dort.  »

Après une reprise énergique de courte durée, nouvelle interruption et nouvelle reprise pour ne plus s’arrêter, d’abord à trois voix d’anges, et enfin tout le chœur très enlevé  :

«  Le monde dort, allons le réveiller  !

Le monde dort, réveillons toute chair  !  »

Quand enfin tout s’arrête, un ange fait remarquer aux autres anges l’existence sur terre d’ «  un petit groupe de pauvres gens, tristes et humiliés, qui prient Dieu de hâter son salut, qui aspirent à connaître le jour de l’Immaculée.  »

Ces pauvres sont les anawîm, les “ pauvres de Yahweh ” qui, seuls, en pleine décadence, attendaient le Messie, la réalisation des Promesses, et donc la naissance de la Mère du Messie  !

Ces anawîm, aujourd’hui, sont bien représentés par notre petite Phalange. Nous ne sommes rien, moins que rien, mais nous prions Dieu de hâter son salut par le Cœur Immaculé de Marie qui le précédera à son dernier avènement, comme aux jours du premier, il y a deux mille ans.

«  C’est par la Très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde, et c’est aussi par Elle qu’Il doit régner dans le monde.  » (saint Louis-Marie Grignion de Montfort)

Les autres anges s’offrent joyeusement pour aller porter la bonne nouvelle  :

«  Apprenons-leur que les temps sont arrivés, qu’elle est née, celle qui doit enfanter le Messie  !  »

Nous voilà donc parvenus au jour de la naissance de Marie. «  Changeons leur tristesse en joie  ! Qu’aux complaintes succèdent les chants d’allégresse.  » Mais le “ chef ” des “ Sept ”, l’Archange, les invite d’abord à écouter pour savoir quel est l’objet des soupirs de ces “ pauvres d’Israël ”, dans une grande descente musicale, figurant les anges qui se penchent jusqu’à nous pour écouter.

SCÈNE 14
LES PAUVRES D’ISRAËL

Jusques à quand, Dieu des armées, tarderez-vous à prendre en pitié Jérusalem.

Jusques à quand, Dieu des armées, tarderez-vous à prendre en pitié Jérusalem.

Un duo de flûtes ouvre la scène, sur un air triste. Les cœurs se serrent. Puis un deuxième air, aux cordes, prend la suite, chargé d’espérance. Ce sont les deux thèmes principaux que nous rencontrerons dans cette scène.

Le texte, extrait de la Page mystique “ Je garde les yeux fixés sur vos mains, Seigneur. ” (n° 18, décembre 1969), exprime à la perfection notre douloureuse attente, depuis des générations jusqu’aujourd’hui.

«  Jusques à quand, Dieu des armées…  »

Le berger, qui chante au nom de ses compagnons, est accablé par l’impiété ambiante, et las de voir son Dieu bafoué. La flûte et l’orgue, et bientôt toutes les cordes avec beaucoup d’expression, le soutiennent  : «  … tarderez-vous à prendre en pitié Jérusalem et les villes de Juda…  », il est pressant, son chant monte, puis il redescend, accablé, «  … qui gémissent sous le poids de votre colère…  », et il termine seul  : «  … depuis des générations  ».

Le thème initial reprend aux bois avec une basse ostinato à l’alto.

Le berger suit en contrepoint avec l’orgue  : «  Nos yeux sont fixés comme les yeux des serviteurs sur les mains de leur maître, comme les yeux de la servante sur les mains de sa maîtresse.  » (Ps 123 / 122)

La musique semble se dérouler tandis que le berger nous présente cette image biblique chère à notre bienheureux Père qui, lui-même, guetta toute sa vie le geste divin, que nous espérons à notre tour, et c’est pourquoi la musique reste comme suspendue, en attente  : «  Ils guettent le geste, le signe, l’ordre d’où renaîtra la miséricorde.  » Et tout retombe  : «  Mais rien ne bouge encore.  »

Les cordes entrent doucement avec de longs accords tenus et calmes  : «  Toute la terre est en repos et tranquille dans son iniquité  », qui se transforment en batteries de notes répétées, et un crescendo à mesure que l’on s’enfonce dans l’iniquité et l’apostasie, car c’est une fausse paix, un mauvais repos  :

«  Le Ciel reste fermé, le monde s’enfonce dans l’apostasie et les humbles fidèles désespèrent dans cette fausse paix  »  : le chant descend, descend… puis remonte jusqu’à la vocalise sur «  désespèrent  », pour retomber «  dans cette fausse paix  ».

Nouvelle intervention du premier thème aux instruments.

Le berger reprend son chant, presque seul, rappelant que l’épreuve dure depuis déjà longtemps  : «  L’épreuve nous est devenue une tradition d’ancêtres, que l’on porte dans une espérance  », une vocalise répond à la précédente sur «  désespèrent  », sans toutefois être joyeuse, car «  … dans une espérance sans cesse repoussée à demain  ».

La suite, de plus en plus accablante, exprime tellement notre triste aujourd’hui  !

«  Nous sommes depuis longtemps ceux que tu ne gouvernes plus et qui ne portent plus ton Nom.  »

Arrive enfin le deuxième thème, celui d’une grande supplication pleine d’espérance  :

«  Ah  ! si tu déchirais les Cieux et si tu descendais, devant ta Face fondraient les monts  », repris avec ferveur par le chœur.

C’est notre chant du temps de l’Avent  :

«  Rorate cæli desuper et nubes pluant justum, Cieux, répandez comme une rosée la victoire et que les nuées la fassent pleuvoir  !  » (Is 45, 8)

Le chant monte, avec un rythme régulier jusqu’aux Cieux, pour redescendre syncopé et finir “ modal ” avec une appogiature. Tout cela crée un climat de fervente espérance. C’est saisissant, écrasant.

Le berger reprend sa prière avec ferveur  :

«  Les familles pieuses, réduites à quelques îlots de fidélité, entretiennent en leur foyer bien clos la flamme basse de leur antique espérance.  »

La mélodie tourne un peu sur elle-même, comme les «  foyers bien clos  », jusqu’à ce que les cordes entrent, en commençant par les basses, exécutent un mouvement de gamme descendante à l’unisson et octave, crescendo, tandis que le chant et les violons doublant à l’octave et double octave font le mouvement inverse vers les aigus  :

«  Elles ont encore les yeux levés vers Vous, ô notre Père  », ce qui donne une impression de sortir de soi après un long temps d’enfermement.

Après un léger repos, le berger reprend  : «  Nous avons appris de nos pères cette endurance – sur notre thème principal mais plus animé et développé, pressant – au service des causes apparemment perdues... – qui aboutit à une belle affirmation de sa foi et espérance surnaturelle – mais je sais que se prépare quelque chose qui viendra de Vous.  »

Le “ Rorate cæli desuper ” résonne une dernière fois, nous laissant à nouveau écrasés.

SCÈNE 15
L’ANNONCE DE LA NAISSANCE DE MARIE

Les anges, touchés par la prière du berger et de ces pauvres d’Israël, et parce que les temps sont arrivés, vont se manifester aux bergers, comme une “ répétition ” de l’Annonce qu’ils leur feront pour la Nativité de Jésus, quinze ans plus tard.

Après un petit intermède à l’orgue, brodant sur les dernières notes de la scène précédente, une bergère attire l’attention des autres  : «  Amis bergers  ! Venez par ici  ! Voyez-vous l’Aurore poindre à l’horizon  ?  » Chant simple, naïf, innocent.

Un berger renchérit  : «  D’où viennent ces concerts réchauffant les cœurs endormis  ?  » Tandis que deux flûtes “ angéliques ” se font entendre.

«  Écoutez  !  » dit encore une bergère. Après un bref silence, on entend un doux bruissement des cordes, trémolos, au-dessus desquels paraissent des arpèges descendants au piano, léger, aérien, figurant la descente et l’arrivée des anges en nos bas lieux.

Ils chantent de leurs voix cristallines et enjouées le “ Gloria in excelsis Deo ” traduit par saint Louis-Marie Grignion de Montfort  :

«  Gloire  ! Gloire  !
Ô Séraphins, parmi vos flammes,
Chantons gloire à Dieu dans les Cieux,
Grâce et paix dans ces bas lieux
Aux bonnes âmes.  »

Avec un déluge de vocalises pour se terminer dans la paix.

Bergers  ! Bergers  ! Courage ne craignez pas !... Elle est née la Vierge qui doit enfanter le Messie.

Bergers    ! Bergers    ! Courage ne craignez pas   !…
Elle est née la Vierge qui doit enfanter le Messie.

Sur un accompagnement de piano arpégé, paisible, les anges s’adressent aux bergers avec grâce et douceur pour ne pas les effrayer, et beaucoup d’affection pleine d’alacrité  :

«  Bergers  ! Bergers  ! Courage ne craignez pas  ! Voici que s’accomplissent les prophéties.  »

Le plan de Dieu est en train de s’accomplir. Le voici, répété sous forme d’échos amplifiés à chacune des phrases bienheureuses, pour qu’elles entrent vraiment dans nos têtes et dans nos cœurs, et résonnent par tout l’univers  :

«  Elle est née la Vierge, la Vierge, la Vierge...
qui doit enfanter le Messie, le Messie...
L’Emmanuel. L’Emmanuel. L’Emmanuel.
Son Nom est Marie, Marie, Marie, Marie,
Vous la trouverez chez Anne  »,

chanté par un ange avec un réel plaisir  !

La musique se calme un peu et les anges aussi  ! donnant quelques indications aux bergers  :

«  Allez à Nazareth
et rendez-lui vos hommages,
Car elle est votre Reine,
C’est la Reine des Cieux  !  »

La note la plus aiguë monte jusqu’aux Cieux  !

«  Dieu l’a choisie de toute éternité
Pour être la Mère du Sauveur.  »

Un court intermède aux cordes, “ joyeux et empressé ”, introduit bergers et bergères qui chantent en duo avec zèle  :

«  Portons, portons à cette enfant
Tous nos plus beaux présents.  »

Une bergère ajoute avec candeur  :

«  Donnons-lui plutôt nos âmes
Et livrons nos cœurs à ses flammes.  »

Puis, avec bonheur  :

«  Ô Vierge merveilleuse  !
Ô prodige étonnant  !
Ô Mère bienheureuse  !
Notre bonheur est grand.  »

Deux bergers chantent encore un petit quatrain sur un rythme en 6 / 8 très “ pastoral ”  :

«  Vous nous donnez la vie,
Vous brisez nos liens,
Vous nous comblez de mille biens.
Que vous soyez bénie  !  »

Toutes les bergères réunies continuent sur le même rythme de fête  :

«  Le Ciel reçoit par vous une gloire nouvelle.  »

Les bergers leur répondent  :

«  Vous brisez la tête du démon
Et vous obtenez le pardon
Au pécheur infidèle
.  »

« Gloire à Marie au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux dévots de son Cœur ! »

«   Gloire à Marie au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux dévots de son Cœur   !   »

Un nouvel intermède empressé, aux cordes, nous ramène à notre mesure binaire pour une dernière ligne droite où les anges s’adressent à tous les hommes  :

«  Venez, venez âmes fidèles  !
Venez, pécheurs repentis  !
Unissons-nous pour exalter Marie naissante,
Car tous les âges la chanteront bienheureuse  !  »

Les anges anticipent le Magnificat  ! De même nos anges, qui sont très en verve en ce jour de fête, anticipent sur l’issue de la divine orthodromie en annonçant que la Vierge Immaculée «  reviendra dire aux hommes son Nom d’Immaculée  » à Lourdes  !

«  Et, de nouveau, pour révéler
La dévotion à son Cœur Immaculé  » à Fatima  !

À bientôt, donc, son triomphe  !

Un dernier chœur chante, débordant d’allégresse, une adaptation du Gloria (Lc 2, 14), transposé en faveur de la Vierge Immaculée avec une certaine audace  :

«  Gloire à Marie
Au plus haut des Cieux
Et paix sur la terre
Aux dévots de son Cœur  ! Amen  !  »

Chant polyphonique enlevé où chacun, voix et instruments, se donne à fond pour exalter le Cœur Immaculé de Marie avec des vocalises, des trilles aux instruments et, après un court passage à deux temps, lent et majestueux  : «  Et paix sur la terre aux dévots de son Cœur  !  » qui suspend un moment la fougue de nos dévots.

Puis le mouvement reprend et l’enthousiasme éclate de nouveau sur le même air pour l’ «  Amen  » final.

frère Bruno de Jésus-Marie.

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