La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 167 – Septembre 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


L’EXEMPLE ENTRAÎNANT
D’UNE PHALANGISTE DE L’IMMACULÉE

Madame Armand Perrin

Madame Armand Perrin,
née Françoise Roland-Billecart.
25 janvier 1922 – 22 août 2016.

POUR ce premier samedi du mois, Maman, passée devant nous, nous apprendra encore à prier. Notre sœur Marie Jehanne d’Arc, de la Congrégation des Victimes du Sacré-Cœur, lui écrivait  :

«  Donc vous voilà “ petite enfant chérie de notre Père Céleste ” puisque vous vivez bien cette enfance évangélique que Jésus attend de nous pour entrer dans le Ciel, mais vous êtes aussi toujours la jeune maman qui attendait dans la joie notre petite Marie-Hélène (rappelée à Dieu à dix-huit mois) il y a soixante-douze ans et si les apparences de l’âge ont changé, votre maternité s’exerce toujours par l’exemple admirable que vous donnez à tous vos enfants dans votre maladie. Bien sûr, il vaut mieux faire notre purgatoire sur cette terre, mais c’est aussi le moyen que Dieu veut pour vous faire exercer votre maternité, votre vocation de mère et de victime (affiliée sous le nom de sœur Jeanne d’Arc). N’est-ce pas très consolant  ?  »

FOI.

Maman a été une femme de foi chrétienne, indiscutablement. C’était son pôle, son axe.

Nous avons retrouvé ce petit billet dans son livre de prières  : «  La Sainte Vierge veut que nous commencions par la prière sans autre but que de prier Dieu. Prier n’est pas un super-carburant après l’activité humaine. Ce n’est pas du zèle catholique, c’est reconnaître que nous ne pouvons rien et donc, nous nous tournons vers la Sainte Vierge pour l’écouter, l’aimer, la consoler, la prier et faire ce qu’elle nous demande, c’est-à-dire des dévotions. Faire les petites dévotions demandées à Fatima et le Pape fera ce qu’il faut pour débloquer la situation. Nous sommes dans le surnaturel efficace.  »

C’était, non pas une foi du charbonnier, pour laquelle elle n’avait d’ailleurs aucun mépris, mais une foi instruite. Maman voulait connaître les principes et les raisons des choses. Elle a donc nourri sa foi par la lecture assidue, méditée, des enseignements théologiques, mystiques, historiques de l’abbé de Nantes, son second père à qui elle devait tout, le premier lui ayant transmis la vie, l’amour de la Vérité et la fidélité à Charles Maurras.

Cette foi éclairée lui donnait un amour profond, raisonné de l’Église et, dans l’Église, à mesure que s’effondraient tous les recours humains, une confiance indéfectible en Notre-Dame de Fatima, son message, ses demandes, celle des premiers samedis du mois avec la promesse afférente  : «  À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut. Ces âmes seront chéries de Dieu comme des fleurs placées par moi pour orner son trône.  »

La Sainte Vierge a tenu sa promesse en venant la chercher le 22 août, fête du Cœur Immaculé de Marie.

ESPÉRANCE.

Là, ce fut plus dur. En effet, Maman a été une combattante, ardente, enthousiaste, entraînant – avec Papa au début – tout son monde dans les combats pour l’Algérie française, l’Action française, puis contre la révolution du Concile, au sein de la Contre-Réforme catholique, de la Phalange de l’Immaculée. Et ce, sans demi-mesure, ni concession ni compromis.

Combats sans résultats apparents… C’est là que Maman a eu le plus de mal, l’âge puis la maladie venant. Elle était minée par la chute continue, en tous domaines, de l’Église, de la France, de la Chrétienté. Comment en sortir  ? Comment redresser une telle situation  ? Elle était effondrée de la perte de la transmission au sein des familles qui, normalement auraient dû tenir bon. Elle s’emballait des moindres signes de résurrection possible, pour retomber ensuite en s’apercevant qu’ils n’étaient pas fondés sur le Vrai. «  Ils sont gaullistes  ! Ils sont démocrates  ! conciliaires  ! Rien à en attendre  !  » Hélas  !

Elle se reprenait, se rappelant la promesse divine «  À la fin le Cœur Immaculé de Marie triomphera et viendra un certain temps de paix  ».

Elle s’appuyait aussi sur les promesses de la Consécration de notre famille au Sacré-Cœur de Jésus le 28 novembre 1965, car elle savait que l’Espérance est une vertu théologale.

Qu’elle renforce en nous cette vertu pour notre salut et celui de la France et de l’Église  !

CHARITÉ.

Maman disait souvent avec humilité et un certain dépit  : «  Je n’ai pas de cœur, je n’ai pas de sentiment, je n’ai pas de piété.  » Cela la peinait de n’avoir pas de sensibilité consolante. Dieu seul connaît les âmes mais ce qui est sûr, c’est que tous ses livres de piété sont tout usés, annotés, bref qu’ils ont servi sa vie durant. Ce qui est sûr aussi, c’est qu’elle s’instruisait et jusqu’aux derniers temps puisque le dernier livre qu’elle a lu est le tome 3 de frère Pascal sur Mgr Freppel, qui l’enthousiasma. Sa piété était fondée sur des connaissances approfondies en tous domaines et agissantes.

Si l’on juge la charité sur les œuvres, on peut dire qu’elle a beaucoup aidé ses enfants, le monastère des Victimes, la maison Sainte-Marie et la CRC de façon très concrète et très généreuse  ; mais aussi par sa sollicitude pour les difficultés, les soucis de chacun souvent dans le détail, ciblant ses neuvaines pour demander, qui un chantier, qui une commande, qui un bébé, qui un mari, qui une guérison, qui une conversion. «  Qui aime aide  », aimait à répéter le Père. Elle a beaucoup aimé.

Sa charité s’exprimait aussi dans sa passion de faire profiter autrui de ce qu’elle savait être la vérité. Tous les fiancés de la famille qui lui étaient présentés apprenaient d’elle les convictions familiales pour que la greffe prenne  ! Prions-la de nous obtenir et de nous garder ce sens du service des grandes causes ainsi que cet amour éclairé par la foi chrétienne.

AU CIEL  !

En avril, maman a appris qu’elle avait un cancer. Le passage continu de ses enfants, petits et arrière-petits-enfants, à partir de ce moment-là, lui faisait un très grand plaisir, mais en même temps lui signifiait sa fin proche et donc les arrachements aux êtres chers…

Mais elle a compris qu’il lui fallait accepter de redevenir un petit enfant, c’est-à-dire de s’humilier en renonçant peu à peu à son autonomie, en devenant de plus en plus dépendante. On sentait qu’elle résistait avant de passer à la nouvelle étape – descendre une nouvelle marche – puis elle acceptait, résignée.

«  C’est dur de mourir, disait-elle parfois, je n’ai pas de courage  », jusqu’à ce qu’elle devienne grabataire.

Ce fut une malade facile et nous exprimant sa reconnaissance d’être ainsi soignée et entourée chez elle et non en maison de retraite ou à l’hôpital pour des soins que nous savions inutiles.

Tout était accepté pour le Ciel, mais sans qu’elle le répète à tout bout de champ. Ces quatre mois de dépouillement progressif ont été la préparation à son désir exprimé la veille de sa mort  : «  Qu’elle vienne vite  ! Vite  !  »

Il s’agissait de la Sainte Vierge et non de nous, comme nous l’avons cru au début. Et dans l’après-midi de ce même jour, nous avons décrypté sur ses lèvres le début de la prière «  Conduisez au Ciel toutes les âmes  »…

Ajoutons qu’elle a pardonné à tous. Demandons-lui de nous inspirer le même désir du Ciel en acceptant à l’avance les conditions, propres à chacun, par lesquelles il sera excité en nous. Demandons-lui aussi de savoir nous pardonner en famille comme nous le récitons dans le Pater.

Après l’humiliation, la récompense du Ciel.

Comme le lui écrivait sœur Marie Jehanne d’Arc citant Mgr Gay  : «  “ Sans la douleur, Marie nous paraîtrait positivement découronnée et nul après Jésus n’a dit à meilleur titre qu’Elle que la douleur lui était un diadème. ”

«  Je pense que votre maternité, ma chère Maman, est bien couronnée par votre souffrance et que votre diadème est bien précieux aux yeux de Dieu et de toute la Cour céleste et terrestre (que nous sommes  !)  »

À part deux fois où le démon chercha à l’effrayer, maman est morte dans la paix, munie des sacrements de l’Église, la dernière fois par l’entremise du curé de la paroisse et dans une joie visible. Puis elle a exhalé son dernier soupir, dans nos bras, après avoir, non pas consommé l’hostie, mais en avoir reçu le contact sur ses lèvres, «  in osculo Domini  », comme l’écrivit notre sœur Constance, de notre maison Saint-Georges (Canada).

Maintenant que nous n’avons plus notre mère sur la terre, tournons nos regards vers elle vivante et puissante au Ciel où elle continue sa maternité, nous laissant un exemple d’abnégation, de courage, de force et de fidélité pour sauver la foi de ses enfants et aider chacun à accomplir sa vocation. Mais, en maurrassienne et phalangiste convaincue, maman savait que le salut des familles passe par le salut de la France qui passe par le salut de l’Église. D’où son attachement indéfectible à la CRC et ses prières redoublées pour frère Bruno qui a la lourde tâche de la conduire.

Sœur Camille de l’Enfant-Jésus et Cécile.