La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 168 – Octobre 2016

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


CAMP NOTRE-DAME DE FATIMA 2016

LE MYSTÈRE DE L’ÉGLISE, FAMILLE DE L’IMMACULÉE

Conférence d’introduction par frère Bruno de Jésus-Marie.

DEPUIS quatre ans, nous nous sommes attachés à méditer la Parole de Dieu, Parole vivante apparue à saint Jean qui l’a racontée dans l’Apocalypse. Un cavalier montant un «  cheval blanc  », tenant un arc, et portant couronne, «  sortit en vainqueur et pour vaincre  » (Ap 6, 2). D’où «  sortait-il  »  ? Du Père, comme l’a dit Jésus lui-même à ses Apôtres lorsqu’il était encore au milieu d’eux  : «  Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde.  » (Jn 16, 28) Car la Parole de Dieu, c’est Lui, le Verbe, Verbum Domini, Verbe fait chair dans le sein virginal de l’Immaculée, Jésus-Christ, Fils de Dieu et Fils de Marie, Dieu lui-même.

Toute l’histoire de l’humanité n’est que le déroulement de la carrière du Verbe de Dieu qui se fait entendre à «  tout homme venant en ce monde  », nous dit saint Jean dans le Prologue de son Évangile. Fils de Dieu, il conquiert les hommes par sa séduction, par sa grâce, et il leur donne pouvoir de «  devenir enfants de Dieu  », eux aussi. La Bible est donc une histoire de famille, dont la Généalogie ouvre les Évangiles de saint Matthieu et de saint Luc. Ce dernier remonte de Jésus à Adam, «  fils de Dieu  » (3, 38). Et saint Matthieu descend d’Abraham à saint Joseph, «  époux de Marie de laquelle est né Jésus  » (Mt 1, 16).

Quant à nous autres, bien que fils d’Adam, nous ne sommes cependant pas enfants de Dieu de naissance, car en Adam, notre Père, chef de l’humanité qui désobéit à Dieu, nous sommes nés pécheurs, révoltés contre notre Créateur, et esclaves du péché. Même David que Dieu aimait et qui aimait Dieu  ! David, adultère et assassin du mari de Bethsabée  !

En chassant Adam et Ève du paradis terrestre et de sa présence familière, Dieu nous a voués à la peine, à la souffrance et à la mort, comme il les en avait prévenus  :

«  De tous les arbres du jardin tu peux manger, mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas  ; car le jour où tu en mangeras, tu mourras sûrement.  » (Gn 2, 16-17)

Adam a désobéi. Il a mangé du fruit de l’arbre, et sa faute enferme toute l’humanité sous sa désobéissance parce qu’il est le père de toute la famille humaine  : il ouvre une histoire où le péché va se répandre sur tous les hommes de père en fils et, avec le péché, la mort. Le meurtre d’Abel, enfant d’Ève, par Caïn son frère, marque l’entrée de la mort dans le monde  ; ce crime est le premier d’une série sans fin. La haine grandit implacablement, dictant ses lois, toujours plus impitoyables  :

«  Caïn sera vengé sept fois  ; Lamech soixante-dix-sept fois.  » (Gn 4, 24)

Tellement qu’enfin la terre «  est remplie de violences  » (Gn 6, 11), et que l’homme est entièrement dominé par le mal qui possède son cœur (Gn 6, 5).

À cette corruption universelle échappent cependant Noé et les siens, par une élection divine  : de la masse de l’humanité perdue, vouée à la destruction, Dieu tire un élu, Noé. Il le sauve miraculeusement du déluge pour conclure avec lui une alliance et faire de lui le père d’une humanité restaurée, rendue à son innocence originelle, dont la colombe est le symbole, avec l’arc-en-ciel…

Eh bien  ! cette humanité ne cesse de retomber dans le péché. L’histoire de la tour de Babel (Gn 11, 1-9) montre que l’homme, même après le déluge, n’a pas renoncé à l’ambition que lui a suggéré le diable de s’égaler à Dieu. C’est pourquoi, si Dieu s’est interdit à jamais d’anéantir l’humanité, le péché n’en continue pas moins de provoquer des catastrophes… jusqu’aujourd’hui  !

I. D’UN «  PARADIS  » AU RÈGNE DE SATAN

Cependant, comme saint Matthieu le marque d’emblée par la généalogie qui ouvre son Évangile, avec Abraham commence une humanité nouvelle. Un jour, de ce monde livré au péché, Yahweh tire un homme de son choix. L’histoire du salut, qui commence au chapitre 12 du livre de la Genèse avec l’élection d’Abraham, est la contrepartie de l’histoire du péché, qui débute au chapitre 3. Abraham inaugure un monde nouveau. Ses aventures, ses épreuves elles-mêmes baignent dans une atmosphère quasi paradisiaque. La bénédiction de Dieu ne cesse d’accompagner les patriarches Abraham, Isaac, fils de la promesse, né de Sara, et Jacob, et de protéger leurs pas.

«  Cette alliance patriarcale a la fraîcheur des amours, l’innocence de douces fiançailles. Les apparitions de Dieu sont familières et majestueuses. Il semble trouver sa complaisance dans la fidélité calme et profonde de ce douar, qu’il s’est choisi pour sien parmi tous les peuples de la terre.  »

À Abraham, Dieu donne une postérité miraculeuse  : Isaac son fils et Jacob, son petit-fils, tous deux imitateurs de sa foi dans les promesses divines et de sa simplicité dans la même vie pastorale. Dieu les “ apprivoise ”, se les attache et les détourne de l’idolâtrie.

«  Puis, dans la merveilleuse histoire de Joseph, le fils préféré de Jacob, il installe paisiblement les douze fils de Jacob dans le delta du Nil, en Égypte. Le livre des Origines, le livre de la Genèse, se ferme sur ce récit. Dieu va laisser son peuple, pendant cinq ou sept siècles, comme oublié, croître lentement.

«  De lui-même, ce peuple ne peut rien. Il attend son heure, dans le souvenir des traditions patriarcales et le culte du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.  » (Georges de Nantes, Lettre à mes amis n° 230, 22 juillet 1966, p. 3).

Car la situation de ce peuple n’est pas “ naturelle ”. Elle vient de la faveur exceptionnelle, surnaturelle, de Dieu. En dehors de cette existence lumineuse, ­ailleurs, ce ne sont que guerres, tromperies, violences, crimes et châtiments. À des degrés divers, Ismaël, fils d’Abraham et de l’Égyptienne Agar, servante de Sara, ancêtre des arabes, ennemis traditionnels d’Israël… jusqu’aujourd’hui  ! et ­Abimélech, roi des Philistins, ancêtre des Palestiniens de Gaza  ! Sodome et Gomorrhe, dont les habitants sont «  de grands scélérats et pécheurs contre Yahweh  » (Gn 13, 13) à cause de leur perversion sexuelle (Gn 19, 4-11), de leur orgueil, de leur mépris des règles de l’hospitalité envers les étrangers, constituent l’humanité réelle, enfoncée dans le mal. Jusqu’aujourd’hui  !

La perversité de Sodome est le fait de «  tout le peuple sans exception  », depuis les plus jeunes jusqu’aux plus vieux (Gn 19, 4), au point qu’il ne s’y trouve même pas «  dix justes  » pour mériter à la ville la miséricorde divine implorée par Abraham (Gn 18, 32). Alors Dieu fait pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu, faisant de ce «  jardin de Yahweh  » (Gn 13, 10) une «  terre désolée  » (Dt 29, 22; Sg 10, 7).

Or, Israël, le peuple choisi, se rend à son tour coupable des péchés qui ont valu un tel châtiment à Sodome et Gomorrhe, au point que Jérusalem est appelée Sodome par saint Jean dans l’Apocalypse (11, 8). Trois mille ans d’Histoire “ sainte ”… pour en arriver là  ! Ce serait désespérant et désespéré… si…

L’ESCLAVAGE DU PÉCHÉ.

Les premiers chapitres du livre de l’Exode ont donc un tout autre ton que le livre de la Genèse. L’ère des faveurs divines semble close. Le peuple hébreu vit mêlé aux Égyptiens, soumis aux plus dures corvées. Sans doute croit-il encore que ses pères ont reçu de Dieu d’étonnantes promesses, comme le suppose cet oracle  : «  Dieu dit encore à Moïse  : “ Tu parleras ainsi aux Israélites  : Yahweh, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob m’a envoyé vers vous. C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération. ”  » (Ex 3, 15)

Mais «  l’angoisse et la dure servitude dont les Hébreux souffrent  » (Ex 6, 9) ont brisé en ce peuple tout ressort et le laissent sourd au message de Moïse. Son âme est devenue celle d’un esclave, dominée par la crainte de mourir. La réaction généreuse de Moïse, indigné du traitement que subissent ses frères, ne suscite parmi eux que jalousie et peur  :

«  Il advint, en ces jours-là, que Moïse, qui avait grandi, alla voir ses frères. Il vit les corvées auxquelles ils étaient astreints  ; il vit aussi un Égyptien qui frappait un Hébreu, un de ses frères. Il se tourna de-ci de-là, et voyant qu’il n’y avait personne, il tua l’Égyptien et le cacha dans le sable. Le jour suivant, il revint alors que deux Hébreux se battaient. “ Pourquoi frappes-tu ton compagnon  ? ” dit-il à l’agresseur. Celui-ci répondit  : “ Qui t’a constitué notre chef et notre juge  ? Veux-tu me tuer comme tu as tué l’Égyptien  ? ” Moïse effrayé se dit  : “ Certainement l’affaire se sait. ” Pharaon entendit parler de cette affaire et chercha à tuer Moïse. Moïse s’enfuit loin de Pharaon  ; il se rendit au pays de Madiân et s’assit auprès d’un puits.  » (Ex 2, 11-15)

C’est là que Yahweh lui parle du sein d’un «  buisson ardent  », qui brûle sans se consumer, pour l’envoyer délivrer son peuple de sa servitude. Mais son intervention auprès du Pharaon, loin de réveiller les courages, déchaîne un accès de lâcheté servile  : «  Les scribes des fils d’Israël  » – déjà  ! – s’en prennent à Moïse et Aaron, les accusant d’être responsables de l’aggravation des mauvais traitements de Pharaon  !

«  Ils leur dirent  : “ Que Yahweh vous observe et qu’il juge  ! Vous nous avez rendus odieux aux yeux de Pharaon et de ses serviteurs et vous leur avez mis l’épée en main pour nous tuer. ”  » (Ex 5, 21)

Voilà où en sont les descendants d’Abraham. Réduits en esclavage, et consentants  !…

En quoi consiste cet esclavage  ? En une tyrannie hostile assurément, et en premier lieu, celle de Pharaon. Derrière elle pourtant, derrière la puissance politique de Pharaon, on pressent une force hostile à Dieu, qui se dévoile dans le livre de Job  : c’est Satan qui s’est juré de faire pécher ce saint homme. Mais il n’y parvient pas  ; à la différence d’Adam et Ève, Job ne se révolte pas contre Dieu. Il est une figure du serviteur souffrant qui doit venir pour sauver l’humanité, et donc faire échec à Satan que le livre de la Sagesse identifie avec le serpent des origines  : «  Par l’envie du diable, la mort est entrée dans le monde.  » (2, 24)

Mais en attendant la venue du Messie Sauveur et la révélation du rachat, bien qu’il n’y ait pas, dans l’Ancien Testament, de formule qui corresponde au dogme chrétien du péché originel pour attribuer explicitement l’état de condamnation où naissent tous les hommes à leur solidarité avec le péché d’Adam, il y a le sentiment profond d’appartenir à une race de pécheurs issue de pécheurs.

«  Pécheur je suis, pécheur ma mère m’a conçu.  » (Ps 51, 7)

Il y a chez les juifs, même très pieux, surtout très pieux, la conviction d’appartenir à une race pécheresse et, pour cette raison, d’avoir été pécheurs bien avant d’avoir pu pécher personnellement, dès le premier instant de leur existence.

Toute l’histoire sainte, depuis le livre des Juges jusqu’à celui de Néhémie, est celle d’un peuple que Dieu a arraché à une humanité de pécheurs, traînant à travers les siècles l’héritage de ce péché sans jamais pouvoir s’en détacher.

Ainsi, les premiers chapitres de l’Exode prennent naturellement la suite du début de la Genèse et lui répondent. Ils manifestent la même loi de prolifération du péché. D’Adam est née la génération du déluge  ; de Noé sont nés les constructeurs de la tour de Babel  ; d’Abraham sont nés les esclaves qui, pour un morceau de pain, préfèrent leur servitude au service du Dieu de leurs pères.

En ce sens l’Égypte où ils sont est «  la maison de servitude  » (Ex 20, 2; Dt 5, 6; 8, 14) d’où Yahweh est absent, où il est impossible de le fêter.

Or, «  voici que Dieu réveille son amour  » (Lettre à mes amis n° 231). À cet “ amour ” divin, la Bible donne le nom de «  miséricorde  », cher à notre Père qui nous l’a donné pour devise  :

«  Deus noster, Pater, in Filio Jesu per Spiritum et Mariam, ad laudem Gloriæ suæ, Misericordia nostra  !  »

«  Dieu, notre Dieu et notre Père, dans son Fils Jésus, par l’Esprit-Saint et la Très Sainte Vierge Marie, à la louange de sa Gloire, notre Miséricorde  !  »

«  Miséricorde  » non moins chère à notre Saint-Père le pape François qui en a fait l’expérience et l’a inscrit dans son blason  : «  Miserando atque Eligendo, par Miséricorde et par Élection  »…

«  Saint Bède le Vénérable a écrit que Jésus regarda Matthieu avec un Amour miséricordieux, et le choisit  : Miserando atque Eligendo. Cette expression m’a toujours impressionné au point d’en faire ma devise.  » (Misericordiæ Vultus n° 8)

Eh bien  ! cela a commencé au temps de Moïse, que Dieu avait sauvé des eaux, comme Noé, lorsque «  Moïse et Aaron vinrent trouver Pharaon et lui dirent  : “ Ainsi parle Yahweh, le Dieu d’Israël  : Laisse partir mon peuple, qu’il célèbre une fête pour moi dans le désert. ”  » (Ex 5, 1)

Yahweh veut être servi sur sa montagne, que les découvertes récentes du professeur Anati ont bien localisée au nord de la péninsule du Sinaï. À Moïse «  Dieu dit  : “ Je serai avec toi, et voici le signe qui te montrera que c’est moi qui t’ai envoyé. Quand tu feras sortir le peuple d’Égypte, vous servirez Dieu sur cette montagne. ”  » (Ex 3, 12)

Le fait merveilleux de la sortie d’Égypte, parfaitement attesté, est le signe de la libération miraculeuse du peuple de Dieu qui ouvre une ère nouvelle.

LA «  LIBÉRATION  ».

Après avoir sauvé Noé et sa famille des eaux du déluge, et Moïse de celles du Nil, Dieu tire enfin d’Égypte Israël par le miracle éclatant de la traversée de la mer des Roseaux. «  Avec une hâte fébrile, Yahweh arrache son peuple à la servitude, dans le déchaînement des plaies d’Égypte.  » (Lettre n° 231)

Eh bien  ! «  “ ce ramassis de gens ” (Nb 11, 4), que Moïse pousse en avant contre son gré, demeure attaché aux nourritures terrestres de l’esclavage  ».

L’alliance conclue au Sinaï, parmi les éclairs et le tonnerre, marque donc ce peuple à jamais, non pas en le mettant à part de l’humanité pécheresse, mais au contraire en donnant à son péché une portée et une gravité nouvelles, celles d’un retour en Égypte. Et cette révolte est le fait du peuple tout entier. La scène d’idolâtrie au pied du Sinaï le montre. Et derrière le “ veau d’or ”, derrière l’idole se cache Satan. Mais il faudra attendre Jésus pour le comprendre.

La rencontre décisive entre Jésus et lui, au désert, où Jésus triomphe des mêmes tentations, le démasque comme l’adversaire immémorial de Dieu. Jésus le reconnaît et le nomme  : «  Retire-toi, Satan  !  » (Mt 4, 10) Au vu des miracles accomplis par ses disciples qu’il a envoyés en mission, il voit «  Satan tomber du ciel comme la foudre  » (Lc 10, 18). Celui qui tombait du ciel comme la foudre, c’était le roi de Babylone, dans l’Ancien Testament, selon un des poèmes les plus dramatiques du livre d’Isaïe  :

«  Comment es-tu tombé des cieux,
Astre du matin, fils de l’Aurore (Lucifer)  ?
Comment as-tu été jeté par terre,
Ô dompteur des nations  ?
Toi qui disais dans ton cœur  :
J’escaladerai les cieux,
Au-dessus des étoiles de Dieu
J’élèverai mon trône  !  » (Is 14, 12-13)
«  Eh bien  ! te voilà tombé au shéol,
Dans les profondeurs de l’abîme  !  » (Is 14, 15)

Le roi de Babylone ne fut que le plus féroce des ennemis d’Israël. Il est l’héritier d’une longue série d’adversaires et d’oppresseurs qui déchaînent sur le monde des fléaux qui dépassent la mesure humaine. Pour le prophète Amos, c’est une armée de sauterelles, et la cruauté mécanique de ce monde des insectes, son organisation méthodique de la dévastation, l’apparence physique elle-même de ces organismes monstrueux, tout en armes et en blindages, fournit au prophète Joël un thème proprement apocalyptique de fin du monde (Jl 2, 2-11).

Daniel voit dans la succession des empires l’œuvre d’un architecte unique, le «  prince de ce monde  », dressé contre Dieu, sous la forme d’une statue monumentale faite d’argile, de fer, d’airain, d’argent et d’or, rassemblant ces métaux, qui représentent chacun un empire, en une masse gigantesque, en un royaume unifié qui se dresse contre Dieu (Dn 2, 31-45).

Holopherne, chef suprême des armées de Nabuchodonosor, roi des Assyriens, personnifie cette puissance idolâtre dans le livre de Judith qui est une allégorie de l’histoire universelle. Et il est vaincu par cette femme, figure de l’Immaculée promise aux origines (Gn 3, 15). Le livre d’Esther porte la même leçon. Aman personnifie Satan, mais… au service de Dieu figuré par Assuérus qui en est l’allégorie. Car Satan lui-même est l’instrument de Yahweh pour faire éclater sa gloire.

Le livre de Daniel est de la même époque grecque, témoin d’un temps où les juifs, pour demeurer fidèles à Dieu, devaient parfois préférer la mort à l’idolâtrie. Les mesures prises par Antiochus Épiphane, au deuxième siècle avant Jésus-Christ, constituent une vraie persécution et trahissent une haine proprement religieuse, comme le racontent les livres des Maccabées. Antiochus Épiphane personnifie Satan.

Car sous les traits des capitales païennes et des rois persécuteurs d’Israël, Satan est caché. Mais pour dévoiler son visage, il fallait plus que tous les prophètes  ; pour découvrir la source d’injustice, il fallait la source de justice  ; pour révéler la puissance des ténèbres, il fallait que parût la Lumière. Jésus seul démasque Satan. L’Adversaire de Dieu l’Adversaire immémorial n’était donc pas Antiochus ni Nabuchodonosor, il était au milieu même d’Israël, l’accompagnant à chaque étape. C’était lui qui inspirait les scènes de convoitise, de révolte ou d’apostasie décrites par le livre de l’Exode dans la traversée du désert.

Le livre d’Esther, comme celui de Judith auquel il est joint dans nos bibles à la suite des Livres historiques, est en réalité un midrash, entendez une légende qui annonce l’issue de l’histoire sainte, à la fin de l’Ancien Testament, en termes allégoriques, en accord avec l’oracle des origines selon lequel «  la Femme  » écrasera la tête du Serpent. Mais c’est le livre de Tobie qui dévoile la présence de ce démon homicide non seulement en la personne des chefs d’État idolâtres, mais auprès de chaque être humain.

La leçon de ces livres de Tobie, de Judith et d’Esther, et des Livres sapientiaux, est d’une si grande et infaillible vérité religieuse qu’elle demeure prophétique  : elle se vérifie de siècle en siècle et plus que jamais dans les temps de la “ fin ”, les temps “ eschatologiques ” que nous vivons. En châtiment de la révolte de la reine Vasthi, le roi Assuérus la répudie et choisit entre toutes les femmes de son immense Empire, la reine Esther.

II. LE SALUT PAR LE CŒUR IMMACULÉ DE MARIE

Ainsi, en vue de porter remède à l’infidélité invétérée d’Israël, notre Père Céleste s’est donné pour nouvelle et éternelle reine de son Église, en vue d’une grande mission de salut dont les événements découvriront d’année en année l’ampleur cosmique, la Vierge Marie, la plus belle de toutes les créatures, toujours Vierge, humble et Immaculée, bénie entre toutes les femmes, pleine de grâce et comblée de faveurs. Esther, c’est Elle  !

Le cantique de Moïse, à la fin du Deutéronome, stigmatise Israël, «  génération perverse et dévoyée  » (Dt 32, 5). Comme toute l’humanité issue d’Adam pécheur, Israël est pour toujours marqué de la faute de sa naissance.

En face de la sainteté de Yahweh, le prophète Isaïe perçoit lui-même son impureté radicale  : «  Malheur à moi, je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres souillées.  » Et il perçoit en effet qu’il partage cette souillure avec le peuple de sa naissance  : «  Et j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres souillées.  » (Is 6, 5)

De même, Jérémie est si obsédé par «  la plaie de la fille de son peuple  » (Jr 6, 14), que cette plaie devient sienne.

Cependant, Isaïe annonce aussi une nouveauté d’où va naître le salut  :

«  La Vierge est enceinte et va enfanter un fils qu’elle appellera Emmanuel.  » (Is 7, 14)

Et Jérémie  :

«  Jusques à quand tourneras-tu de-ci, de-là, fille apostate, car Yahweh crée du nouveau sur la terre  : la Femme entoure l’homme.  » (Jr 31, 22)

Mystère d’une conception virginale qui annonce «  du nouveau  », c’est-à-dire l’avènement de la grâce et de la miséricorde.

LA GRÂCE DE LA MISÉRICORDE.

«  Grâce  » et «  Miséricorde  » sont les deux mots que dessine un filet d’eau pure dans la théophanie trinitaire de Tuy, en 1929. Mais ces deux mots sont vieux comme le péché auquel ils répondent, mieux que la Loi  :

«  La Loi a été donnée par Moïse, la Grâce et la Vérité sont venues par Jésus-Christ  », ou, comme traduit notre Père  : «  la Grâce de la Vérité est venue par Jésus-Christ  » (Jn 1, 17).

Le prophète Osée n’ignore pas les exigences de la justice, mais tandis que le mot ḥèsed désigne ce que Dieu attend de l’homme, la fidélité aux liens qui l’unissent à ses frères et à Dieu, le mot raḥamîm est chez Osée réservé à Dieu. Il nous introduit dans un monde nouveau, celui de l’amour. Pour Osée, toute l’histoire d’Israël est l’aventure d’un amour, de l’amour de Dieu auquel répond l’ingratitude invétérée d’Israël.

Cet amour est tantôt celui d’un époux, tantôt celui d’un père. Dieu est prompt à pardonner les infidélités de son épouse, les désobéissances de son enfant, selon le fond de sa nature révélé à Moïse par une théophanie sur le mont Sinaï  :

«  Yahweh, Yahweh, Dieu de tendresse (raḥum) et de grâce (ḥannum), lent à la colère et riche en miséricorde (ḥèsed) et en fidélité (’èmet), conservant sa miséricorde (ḥèsed) jusqu’à mille générations, tolère faute, transgression et péché mais ne laisse rien impuni.  » (Ex 34, 6-7)

Telle est la générosité d’un Cœur divin assez infini pour oublier toutes les bassesses, triompher de toutes les infidélités, et reconquérir le cœur de sa créature, vainqueur du péché, de la mort et du Diable, en mettant entre lui et «  la Femme  », entre sa postérité et la sienne, une inimitié par laquelle il la blessera au talon mais elle lui écrasera la tête (Gn 3, 15).

Cet oracle des origines, en annonçant une hostilité éternelle, inexpiable, entre la race du serpent et celle de la Femme, oppose non pas «  l’homme  », comme traduit la Bible de Jérusalem, mais «  la Femme  » au Diable et à sa «  semence  », et promet non pas «  la victoire finale de l’homme  », mais celle de «  la Femme  »  :

«  Je mets une hostilité entre toi et la Femme, entre ta semence et la sienne. Elle t’écrasera la tête et tu l’atteindras au talon.  » (Gn 3, 15)

C’est bien ce qu’a compris la Vulgate  : «  Ipsa conteret caput tuum  », «  Elle t’écrasera la tête.  »

Avant la sentence qui condamne Adam et Ève, brille l’annonce de la maternité virginale de Marie, contenue dans cette expression  : «  et semen illius  », en grec sperma autès, la «  semence  » de la femme. Cette expression est le fil d’or qui trace tout le dessein de Dieu, d’un bout à l’autre de la Bible, jusqu’à l’ultime combat de la Vierge et du Dragon décrit par saint Jean dans l’Apocalypse  :

«  Alors, furieux contre la Femme, le Dragon s’en alla guerroyer contre le reste de sa semence, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus.  » (Ap 12, 17)

Cet état de guerre est notre condition présente.

Du livre de la Genèse à l’Apocalypse, la Sainte Écriture révèle que l’Immaculée, déjà mystérieusement «  conçue  », «  sacrée  », «  enfantée  » avant Ève et toute la création (Pr 8, 22-31), est l’instrument du combat de Dieu contre Satan. Ayant reçu de son Créateur cet ordre  : «  Installe-toi en Jacob, entre dans l’héritage d’Israël  » (Si 24, 8), sa figure se dessine peu à peu au cours de l’histoire des patriarches. Sara, la vieille épouse stérile d’Abraham, donne miraculeusement naissance à l’enfant de la Promesse. Son «  rire  », dont le mot hébreu joue avec le nom d’Isaac, au jour de l’annonce que lui en font les «  Trois  » au chêne de Mambré (Gn 18, 12), préfigure la joie que l’ange Gabriel souhaitera à Marie au jour de l’Annonciation  :

«  Réjouis-toi  ! comblée de grâce, le Seigneur est avec toi.  » (Lc 1, 28)

Entre Sara et Marie, la rencontre d’Éliézer avec Rébecca est une nouvelle anticipation de l’Annonciation, plus précise  : «  la Femme  » ne sera pas stérile comme Sara, mais Vierge et parfaitement belle, comme Rébecca (Gn 24, 16).

Au huitième siècle avant Jésus-Christ, le «  signe  » du salut donné au roi Achaz par le prophète Isaïe est «  la Vierge  », encore déterminée par l’article comme «  la Femme  » du protévangile  :

«  Demande donc à Yahweh ton Dieu un signe pour toi, issu des profondeurs du shéol, ou bien des hauteurs de là-haut.  » (Is 7, 11)

Mais le roi Achaz n’y croit pas  :

«  Non, je ne mettrai pas Yahweh au défi.  » (Is 7, 12) L’hypocrite  ! La vérité est qu’il n’en veut pas  !

Yahweh n’en donne pas moins le «  signe  » qui renouvelle l’antique promesse en l’explicitant et la donnant à la fois comme «  signe  » de salut pour ceux qui croiront et de «  châtiment  » pour ceux qui ne croiront pas  :

«  Voici  : la Vierge est enceinte  ; elle enfantera un Fils qu’elle appellera Emmanuel.  » (Is 7, 14)

Si c’est «  Dieu avec nous  », c’est effectivement un signe «  issu des hauteurs de là-haut  » (Is 7, 11) où est Dieu.

III. «  DIEU AVEC NOUS  » EN TROIS PERSONNES

COMME UN PÈRE.

Les psaumes expriment l’appel d’Israël à cette «  grâce  » d’une présence de «  Dieu avec nous  », appel à l’aide du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de l’Alliance  : «  Deus, in adjutorium meum intende  !  » (Ps 69, 2) C’est déjà l’expression de la “ religion populaire ”, dont le psautier est le “ carnet de chants ”. Car il ne faut pas oublier que la Bible est le Livre d’un peuple tout entier qui aspire à découvrir la Face de Dieu, son vrai visage  ; ce Dieu ne porte pas le masque impersonnel des divinités païennes, c’est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui s’est révélé à eux et a fait alliance avec eux  : «  Faites lever sur nous la lumière de votre Face  !  » (Ps 4, 7)

«  Dieu avec nous  », c’est le Dieu du droit et de la justice, de la vérité et du salut, de la bonté et de la tendresse… capable de changer les cœurs. La construction de l’arche par Noé, la bénédiction surnaturelle qui protège Abraham, le passage de la mer Rouge derrière Moïse, sont des gestes qui élèvent leurs bénéficiaires au-dessus de la condition humaine. Ils ne réussissent pas cependant à changer les cœurs. Ce miracle suprême, les prophètes Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel et les douze “ petits prophètes ”, ne peuvent que l’attendre du Messie promis. Seul Jésus pourra l’accomplir, magnifiquement, dans son Église.

En nous révélant que Dieu est son Père et en venant habiter parmi nous pour faire sa volonté jusqu’à la mort sur la Croix, comme un bon Fils obéissant, Jésus se révèle comme le nouvel Adam, c’est-à-dire l’Époux auquel le Père veut donner une Épouse qu’il “ achète ” en mourant pour Elle.

La mort de Jésus sur la Croix est la révélation de l’amour du Fils pour son Père et pour l’Épouse que lui donne son Père, après la lui avoir donnée pour Mère.

COMME UN ÉPOUX.

Mais ce mariage va coûter cher à l’Époux. Il lui faut l’emporter sur un rival, comme l’annonce allégoriquement le livre de Ruth, entre les livres des Juges et de Samuel.

Tout au long de la Bible la vie apparaît d’abord comme une libération, un salut, mais aussi comme une nouvelle création. Yahweh rachète son peuple parce qu’il l’a créé.

«  Et maintenant, ainsi parle Yahweh, celui qui t’a créé, Jacob, qui t’a modelé, Israël. Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom  : tu es à moi.  » (Is 43, 1)

Le mot bara’, «  créer  », qui désignait l’action par laquelle Dieu avait fait le ciel et la terre, est le mot réservé pour exprimer sa puissance souveraine sur le monde  :

«  Ne le sais-tu pas  ? Ne l’as-tu pas entendu dire  ? Yahweh est un Dieu éternel, créateur des extrémités de la terre. Il ne se fatigue ni ne se lasse, insondable est son intelligence.  » (Is 40, 28)

«  Ainsi parle Dieu, Yahweh, qui a créé les cieux et les a déployés, qui a affermi la terre et ce qu’elle produit, qui a donné le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux qui la parcourent.  » (Is 42, 5)

«  Qu’ils louent le nom de Yahweh, car il a commandé et ils furent créés.  » (Ps 148, 5)

La «  louange  » est leur vocation. Mais «  ils ne savent pas, ils ne comprennent pas, car leurs yeux sont incapables de voir, et leur cœur de réfléchir  » (Is 44, 18).

Eh bien  ! «  Ainsi parle Yahweh  : Quand on trouve du jus dans une grappe, on dit  : Ne la détruisez pas, car elle contient une bénédiction  ; ainsi ferai-je en faveur de mes serviteurs, je ne détruirai pas tout.  » (Is 65, 8)

Le mot de “ création ” désigne désormais un nouveau geste divin, la seconde création d’un nouveau monde. La malédiction qui pèse sur la terre depuis le péché d’Adam est levée par la bénédiction promise à Abraham  :

«  Au lieu de l’épine croîtra le cyprès, au lieu de l’ortie croîtra le myrte, ce sera pour Yahweh un renom, un signe éternel qui ne périra pas.  » (Is 55, 13)

Dans ce contexte de résurrection paraît la prophétie du Serviteur de Yahweh, dans le second Isaïe, “ l’Inconnu de l’Exil ”. Lui aussi succombera, «  retranché de la terre des vivants  » (Is 53, 8), mais ce ne sera pas, comme Israël, pour ses péchés. Ce sera, au contraire, «  parce que Yahweh fera retomber sur lui, l’Innocent, notre péché à tous  » (Is 53, 6). Il mourra, d’une manière tragique, incompréhensible et scandaleuse, mais librement acceptée. Et de cet abaissement Dieu le relèvera et l’exaltera, lui donnant de longs jours et une fécondité spirituelle au centre de toute l’histoire de l’humanité, pour la régénérer, de A jusqu’à Z.

À une seule condition  :

«  S’il offre sa vie en expiation, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et ce qui plaît à Yahweh s’accomplira par lui.  » (Is 53, 10). Ce verset est le centre, le sommet de toute la révélation.

COMME UN AVOCAT DANS UN JUGEMENT.

Jésus, au milieu de ses contemporains, est la révélation de la situation où est Yahweh depuis la naissance d’Israël. Après avoir, des siècles durant, essayé de se faire entendre par la bouche de ses prophètes, la Parole de Yahweh vient en Personne s’adresser à son peuple. Cet effort suprême se heurte à un endurcissement total. Portant au comble les fautes de leurs pères, les juifs refusent d’écouter Jésus. Ils appellent ainsi sur leur tête le jugement de Dieu. Pour exprimer le péché et le destin de ces derniers héritiers du peuple né avec l’Exode, Jésus reprend le mot dont l’Écriture avait nommé les ancêtres  : «  génération perverse et dévoyée  » (Dt 32, 5. 20). Souvent, il ajoute à cette formule deutéronomique un second qualificatif, absent du Deutéronome, mais où revit toute une tradition prophétique  : «  génération adultère et pervertie.  » (Mt 12, 39; 16, 4; Mc 8, 38).

Derrière cette “ génération ” qui rejeta Jésus, les Évangiles laissent paraître ce que saint Paul appelle «  ce siècle  », et saint Jean «  ce monde  ». Le «  monde  », tel que le voit saint Jean, commet exactement le péché des Hébreux au désert  ; puis des juifs qui repoussèrent Jésus. Comme eux, il refuse de recevoir le Verbe de Dieu venu chez les siens. Comme eux, il demeure insensible à tous les signes, aveugle à la lumière. Comme eux, il est condamné sans recours  :

«  Jésus dit alors  : “ C’est pour un discernement que je suis venu en ce monde  : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles.  » (Jn 9, 39)

«  C’est maintenant le jugement de ce monde  ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors.  » (Jn 12, 31)

«  Et lui [le Paraclet], une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement.  » (Jn 16, 8)

Borné à Israël, ou élargi à toute l’humanité, le “ siècle ”, ou le “ monde ” fait bloc dans une hostilité à Dieu qui s’impose à chaque individu comme une donnée de naissance, un milieu naturel auquel nul n’échappe. Cette fois, ce «  jugement  » condamne clairement le péché originel.

Le miracle du christianisme, sans commune mesure avec ceux du Déluge ou de la traversée de la mer Rouge, est de briser les chaînes de cet esclavage. La première prédication, le premier “ kérygme ” de saint Pierre, au matin de la Pentecôte, affirme que l’Esprit rend possible cette seconde naissance  : «  Sauvez-vous du milieu de cette génération perverse  !  » (Ac 2, 40)

Et saint Paul écrit aux chrétiens de Philippes de se garder «  irréprochables et purs, enfants de Dieu irrépréhensibles au milieu d’une génération perverse et dévoyée où vous brillez comme des astres dans le monde  » (Ph 2, 15).

Selon saint Jean, Notre-Seigneur disait bien qu’il avait pris ses disciples «  du milieu du monde  » (Jn 17, 6), mais depuis qu’il les a choisis, il les a «  retirés du monde  » (Jn 15, 19); désormais ils «  ne sont plus de ce monde  » (Jn 17, 14-16).

D’où sont-ils donc  ?

L’ÉGLISE, FAMILLE DE L’IMMACULÉE

Ils sont nés de Marie. Pour former l’Église, famille de l’Immaculée.

Au pied de la Croix, il en va de Marie comme il était dit de Jérusalem, l’épouse de Yahweh qui donnerait naissance à tout un peuple en un seul jour  : «  Qui a jamais entendu rien de tel  ? Qui a vu rien de tel, accouche-t-on d’un pays en un seul jour  ? Enfante-t-on une nation tout à la fois  ? Qu’à peine en gésine, Sion ait enfanté ses fils  !  » (Is 66, 8) Sion n’était que la figure de Marie. Les premières douleurs proviennent de la compassion de son Cœur Immaculé traversé d’un glaive au pied de la Croix selon la prophétie de Syméon (Lc 2, 35), au moment où Jésus souffre pour acquérir un peuple sanctifié par son Sang  :

«  Tous deux offraient pareillement un seul sacrifice, celle-ci dans le sang de son Cœur, celui-là dans le sang de sa chair.  » (Arnaud de Bonneval, XIIe siècle)

C’est ainsi que l’Église, conçue sur le lit tragique de la Croix, est née à la Pentecôte, enfantée par Marie (Ac 1, 14). Mère et non pas seulement “ modèle ” de l’Église, elle est Médiatrice entre le Christ et les âmes que l’Église reçoit le pouvoir d’engendrer sacramentellement par le ministère de la hiérarchie, puisant dans les effluves d’amour divin du Cœur Immaculé de Marie. C’est toute la signification de la moderne «  dévotion réparatrice  » instituée par les apparitions de Pontevedra, et révélée par la théophanie eucharistique et mariale de Tuy  : par la médiation de Marie, le Précieux Sang versé par Jésus sur la Croix répand la «  grâce  » et la «  miséricorde  » sur toutes «  les âmes qui s’approchent de Dieu  » par les sacrements de la pénitence et de la communion eucharistique des premiers samedis du mois, pour les sauver, c’est-à-dire les arracher à l’enfer par l’assistance du Cœur Immaculé de Marie au jour de leur mort, et les conduire au Ciel  !

LE CIEL, CE SERA D’ALLER LA VOIR UN JOUR  !

Mais en attendant  ? Le «  Ciel  » c’est l’Église ici-bas. L’Église dont nous allons raconter l’histoire.

Le livre du prophète Osée se termine sur une page où l’on croit retrouver, à travers les obscurités d’un texte difficile, l’image d’une plantation divine, ayant pour centre un arbre grandiose  :

«  Je serai comme la rosée pour Israël, il fleurira comme le lis, il enfoncera ses racines comme le chêne du Liban  ; ses rejetons s’étendront, il aura la splendeur de l’olivier et le parfum du Liban. Ils reviendront s’asseoir à mon ombre  ; ils feront revivre le froment, ils feront fleurir la vigne qui aura la renommée du vin du Liban. Éphraïm, qu’a-t-il encore à faire avec les idoles  ? Moi, je l’exauce et le regarde. Je suis comme un cyprès verdoyant, c’est de moi que vient ton fruit.  » (Os 14, 6-9)

C’est une vision analogue à la plantation d’Éden entourant l’arbre de vie au début de la Genèse  : «  Yahweh Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbres séduisants à voir et bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.  » (Gn 2, 9)

Le salut d’Israël semble signifier le retour au paradis perdu, au domaine qui ne connaît pas la mort.

De quelle nature est cette vie nouvelle  ? Le genre littéraire du morceau exclut toute indication trop précise. Il faut se garder également et d’une transposition toute spirituelle, et d’une interprétation littérale d’une existence aux traits encore terrestres. C’est l’un et l’autre.

Le prophète utilise des traditions poétiques pour traduire une espérance proprement religieuse. Car l’essentiel de cette vie est qu’elle vient de Dieu.

Isaïe, par une allusion directe à la «  plantation de Yahweh  », évoque, lui aussi, la vie nouvelle que Dieu doit faire germer à la fin des temps  :

«  Ce jour-là, le germe de Yahweh deviendra parure et gloire, le fruit de la terre deviendra fierté et ornement pour les survivants d’Israël.  » (Is 4, 2)

Ce nouveau jardin de Dieu n’est pas situé dans quelque Orient fabuleux. Il appartient à la capitale d’Israël  : c’est Jérusalem  !

«  Ceux qui resteront de Sion et survivront de Jérusalem seront tous appelés saints et inscrits pour survivre à Jérusalem.  » (Is 4, 3)

LE ROYAUME DE DIEU.

La résurrection n’est pas seulement promise comme une renaissance à un peuple disparu, mais comme le triomphe de la vie physique à un être de chair à travers la mort.

Dès lors, que sera cette vie nouvelle  ?

«  Car voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle, on ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l’esprit.  » (Is 65, 17)

C’est déjà la condition de l’Église en ce monde, comme nous allons le raconter pendant ce camp.

«  Là, plus de nouveau-né qui ne vive que quelques jours, ni de vieillard qui n’accomplisse son temps  ; car le plus jeune mourra à l’âge de cent ans, et ne pas atteindre cent ans sera signe de malédiction. Ils bâtiront des maisons et les habiteront, ils planteront des vignes et en mangeront les fruits. Ils ne bâtiront plus pour qu’un autre habite, ils ne planteront plus pour qu’un autre mange. Car les jours de mon peuple égaleront les jours des arbres, et mes élus useront ce que leurs mains auront fabriqué.  » (Is 65, 20-22)

Telle sera la Chrétienté. La paix chrétienne.

Ce sera le retour au paradis, fermé depuis Adam  : «  Le loup et l’agnelet paîtront ensemble, le lion comme le bœuf mangera de la paille, et le serpent se nourrira de poussière. On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, dit Yahweh.  » (Is 65, 25) Ainsi soit-il  !

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