La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 175 – Mai 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LES MÉMOIRES DE SŒUR LUCIE

SŒUR Lucie a beaucoup écrit pour diffuser les volontés de Notre-Dame de Fatima et tout particulièrement pour répandre la dévotion à son Cœur Immaculé. Elle a, entre autres, publié six Mémoires qui rassemblent ses souvenirs sur plusieurs personnes et événements liés aux apparitions de Fatima.

Les quatre premiers Mémoires ont été écrits entre 1935 et 1941. Ils sont de loin les plus importants. Les deux derniers ont été rédigés en 1989 et en 1993.

Ces documents prennent une place capitale dans la révélation des demandes faites par Notre-Dame à Fatima, car sœur Lucie y rapporte de très nombreux éléments que le public ignorait jusqu’à leur publication.

AVANT LES MÉMOIRES

Avant que les premiers Mémoires fussent publiés, les ouvrages, diffusés dans les années 1921-1938, qui traitaient des apparitions de Fatima, étaient composés à partir de plusieurs interrogatoires des voyants  : ceux de l’abbé Ferreira, curé de Fatima, dès 1917; ceux du chanoine Formigao, à partir de 1917; ceux de l’enquête canonique de 1924; et ceux de quelques historiens, comme l’abbé Fischer, qui rencontrèrent sœur Lucie.

À partir de 1938, les auteurs portugais, puis plus tardivement les auteurs étrangers, eurent une nouvelle source d’informations bien plus abondante  : les Mémoires de sœur Lucie.

Ces Mémoires augmentèrent de manière considérable la diffusion des faits et du message de Fatima. Pour le constater, il suffit de comparer les récits des ouvrages publiés avant et après 1938. Dans les premiers, il n’est pas question des apparitions de l’Ange de 1915 et de 1916. Les six apparitions de Notre-Dame sont bien rapportées, mais le contenu du message de Notre-Dame était trois fois plus bref. Le 13 juillet, il n’y avait rien sur le contenu du Secret. Rien non plus sur les prières et les sacrifices héroïques des trois enfants.

En fait, le message se réduisait à quelques brèves prophéties et demandes. Notre-Dame promettait le Ciel à ses trois confidents. Elle répétait sa demande que l’on dise le chapelet chaque jour pour obtenir la fin de la guerre. Elle annonçait dès juillet qu’elle ferait un grand miracle le 13 octobre. Et Elle suppliait les hommes de se convertir et de ne plus offenser Dieu, Notre-Seigneur, qui est déjà trop offensé. Ensuite, les ouvrages rapportaient le développement prodigieux du pèlerinage et le merveilleux renouveau religieux et politique du Portugal suscité par Fatima.

Au fond, le message de Fatima se limitait à ce qu’on savait déjà par les autres apparitions (Lourdes, Pontmain). Il faut prier et faire pénitence pour amorcer un mouvement de conversion dans le pays.

Des éléments importants des révélations de Fatima demeuraient encore cachés  : la vision de l’enfer, l’annonce de la Seconde Guerre mondiale, les erreurs de la Russie et la demande de consécration de ce pays.

CONTROVERSE AUTOUR DES QUATRE PREMIERS MÉMOIRES

Les premiers ouvrages destinés au public qui révélèrent pour la première fois le contenu des Mémoires et qui constitue le message de Notre-Dame, véritable révélation divine, furent écrits par des auteurs reconnus pour leur extrême sérieux.

Le cardinal Schuster, archevêque de Milan, ami intime du pape Pie XII, fut le premier à divulguer les deux premières parties du Secret, mais malheureusement pas dans leur intégralité.

Le Père da Fonseca, jésuite portugais de l’Institut pontifical de Rome, dans la quatrième édition de son grand ouvrage Le Meraviglie di Fatima, publié à Rome avec imprimatur de la Cité du Vatican, reproduisit de larges extraits des quatre premiers Mémoires de sœur Lucie. Ce livre connut une version française rédigée par le chanoine Barthas sous le titre Fatima, merveille inouïe et Il était trois petits enfants.

Le prêtre italien don Luigi Moresco publia en mai 1942 un ouvrage analogue, Madonna di Fatima, avec une approbation du cardinal Schuster et une approbation romaine.

Enfin, en octobre 1942, le chanoine Galamba publiait au Portugal la troisième édition du livre Jacinta, dans lequel il divulgua le texte exact et intégral de ce que Lucie avait dévoilé du Secret. L’ouvrage était préfacé par le cardinal Cerejeira, archevêque de Lisbonne.

Ces premiers livres, patronnés par les plus hautes autorités de l’Église, connurent des succès prodigieux. En France, sous le règne de Pie XII, on comptait près de cent ouvrages sur le sujet, et cet intérêt des fidèles pour Fatima grandit jusqu’en 1960…

C’est essentiellement à partir de la publication de ces premiers ouvrages que les opposants au “ nouveau message ” de Fatima, en réalité une petite minorité de théologiens, engagèrent la lutte. Les thèmes de cette révélation nouvelle prenaient le contre-pied de leur idéologie. Ils n’avaient pas été gênés par le premier message, essentiellement spirituel  : «  Notre-Dame parlait de sujets religieux, elle recommandait la prière du Rosaire et la contrition des péchés…  », écrit le Père Dhanis. Mais à partir de 1942, c’est-à-dire après la publication du quatrième Mémoire, le message de Fatima prend un tout autre ton  : la Sainte Vierge s’engage en politique et cela ne leur plaît pas  !

Les opposants refusaient d’écrire que la Sainte Vierge avait parlé expressément de la Russie, parce que cela constituait une dénonciation claire de la Russie soviétique, désignée comme l’instrument du châtiment de Dieu contre l’humanité, par les erreurs qu’elle répandrait dans le monde, et par les guerres et les persécutions qu’elle susciterait partout tant qu’elle ne serait pas convertie.

Les théologiens et les catholiques de tendance démocrate-chrétienne et résistantialiste qui voyaient dans l’Urss le fer de lance de la Croisade des démocraties contre l’Allemagne nazie ne voulaient pas l’admettre et préféraient dire que sœur Lucie avait inventé.

Nous n’allons pas ici nous attarder à réfuter cette idée. Ce travail a déjà été fait par frère François de Marie des Anges dans sa biographie de la messagère de Notre-Dame, Sœur Lucie, confidente du Cœur Immaculé de Marie (éd. CRC, 2014), et dans son article Sœur Lucie, victorieuse des théologiens modernistes (Il est ressuscité n° 169, novembre 2016). Rappelons-en simplement les grands arguments.

Sœur Lucie a toujours beaucoup édifié ses supérieurs et ses confesseurs par son obéissance exacte, sa discrétion, sa mesure, sa capacité à tenir ses secrets. Cela est à soi seul un argument qui suffit à considérer sœur Lucie comme une voyante absolument digne de confiance. Elle n’avait pas l’étoffe d’une affabulatrice, d’une folle ou d’une mystique en mal de reconnaissance et de gloire comme le furent Mélanie de La Salette ou les voyants de Medjugorje.

Dès son entrée chez les sœurs Dorothée, sœur Lucie fut placée sous l’autorité d’un confesseur à qui elle racontait tout. Le public ne savait pas l’essentiel de ce qu’elle racontera plus tard dans ses Mémoires, mais ses confesseurs, eux, connaissaient déjà presque tout.

Il y a une harmonie parfaite entre ce qu’on savait déjà et ce qu’on a appris par les Mémoires de sœur Lucie. Les révélations contenues dans ces derniers éclairent parfaitement les récits d’avant, comme les Évangiles éclairent l’Ancien Testament. D’autre part, la critique interne ne laisse pas subsister le moindre doute sur la véracité de ces récits.

LES MÉMOIRES, ÉCRITS INSPIRÉS

Il faut en conclure que la valeur historique des Mémoires de sœur Lucie est indubitable. Dans la masse de descriptions, de conversations, de détails concrets de toutes sortes qui constituent les Mémoires, on trouve quelques erreurs accidentelles de dates, de faits, de circonstances. Mais elles sont secondaires. Le principal, les révélations mises au jour dans ces Mémoires et qui en constituent le fond demeurent absolument constantes.

Il est en effet surprenant de constater que, bien qu’elle écrivit ses Mémoires sur commande, en toute hâte et en un temps record, sans qu’elle ait eu le loisir de consulter aucun document antérieur, ses récits reprennent souvent textuellement des expressions qu’elle avait déjà employées dès les années 1917-1922.

On lit à la fin de son deuxième Mémoire  :

«  Quelqu’un me demandera peut-être  : “ Comment se fait-il que vous vous souveniez de tout cela  ? ” Comment cela se fait-il  ? Je n’en sais rien. Le Bon Dieu, qui répartit ses dons comme il lui plaît, m’a donné un peu de mémoire et pour cela, il est seul à savoir ce qu’il en est.  »

Certes, sœur Lucie avait une excellente mémoire naturelle, mais elle ajoute qu’en ce qui concerne les événements de Fatima, elle en a toujours gardé le souvenir précis et ferme  : «  Outre cela, il me semble qu’il y a entre les choses naturelles et les choses surnaturelles, cette différence  : quand nous parlons avec une simple créature, nous oublions peu à peu ce qui a été dit, alors que les choses surnaturelles, à mesure que nous les voyons et les entendons, se gravent si intimement dans notre âme qu’il n’est pas facile de les oublier.  »

Et ailleurs elle écrit  : «  Les choses surnaturelles se gravent dans l’esprit d’une telle façon qu’il est presque impossible de les oublier. Pour le moins, le sens des choses qu’elles manifestent ne s’oublie jamais, à moins que Dieu ne veuille aussi le faire oublier.  »

Mais cela n’explique pas tout. Sœur Lucie jouissait très manifestement de l’assistance du Saint-Esprit, et la voyante en était tout à fait consciente.

Sœur Lucie a parlé d’une sorte d’inspiration surnaturelle qui l’assistait très sensiblement lorsqu’elle avait à parler ou à écrire sur les apparitions. Elle écrit par exemple dans un de ses Mémoires  : «  Il me semble, Excellence, qu’en de pareils cas, je ne dis ni n’écris rien de moi-même. Je dois rendre grâces à Dieu de l’assistance du Saint-Esprit qui, je le sens, me suggère ce que je dois écrire ou dire.  »

Le Père Dhanis a relevé cette phrase pour conclure que les écrits rédigés sous une telle inspiration ou impression devaient être irrémédiablement sujets à caution, car il est facile de se dire inspiré pour abuser des personnes.

Mais une telle objection manifeste, dans le cas de sœur Lucie, une totale mauvaise foi. De nombreux critères permettent d’affirmer que sœur Lucie est un témoin absolument fiable des révélations qu’elle a reçues, et en particulier de celles de Tuy et de Pontevedra où elle fut seul témoin  :

Le fait qu’on avait déjà testé et admis l’authenticité des apparitions de 1917 dès 1924, devait être un gage pour conclure à l’honnêteté de sœur Lucie et à la confiance qu’on pouvait mettre en elle.

«  Si Dieu s’est servi de signes évidents pour faire connaître sa présence dans les événements de Fatima, il est intervenu aussi d’une manière spéciale pour que son message soit bien traduit par les voyants choisis à cet effet  », écrivait le Père Alonso. Ce qui signifie que sœur Lucie avait reçu un don spécial du Ciel pour répéter le message de Notre-Dame. L’en empêcher, c’était s’opposer à la volonté de Dieu de «  se servir d’elle pour faire connaître et aimer le Cœur Immaculé de Marie  ».

Jamais, absolument jamais sœur Lucie n’a prétendu fonder la réalité de ses révélations sur son expérience intime. Mais elle a raconté ce qu’elle a vu, elle a répété ce qu’elle a entendu.

Sœur Lucie a toujours écrit ses Mémoires à la demande de l’évêque, son supérieur, sous le sceau de l’obéissance. Elle s’est en outre toujours montrée à cet égard d’une soumission et d’une docilité héroïques, au point de subir les corrections des autorités qui, dans le même temps, trahissaient les révélations les plus graves qu’elle transmettait. Par exemple, elle accepta de modifier le contenu de sa lettre au pape Pie XII, en 1940, à la demande de son évêque.

Interrogée par le Père Jongen en 1946, sœur Lucie déclara  : «  Quand je parle des apparitions, je me limite à donner le sens des paroles que j’ai entendues. Quand j’écris, je m’applique au contraire à citer littéralement les paroles. J’ai donc voulu écrire le Secret mot pour mot.

 Êtes-vous certaine d’avoir tout gardé dans votre mémoire  ?

 Je pense que oui.

Les paroles du secret ont donc été citées dans l’ordre où elles vous ont été communiquées  ?

 Oui.  »

Cette réponse sereine et ferme, qu’il n’y a aucune raison de remettre en cause, témoigne de l’authenticité de tout le développement du message de Fatima, depuis le récit des apparitions de 1917 jusqu’à la mort de sœur Lucie, et tout particulièrement du grand Secret du 13 juillet 1917 qui ne fut rédigé qu’en 1941 et 1944.

Reprenons maintenant brièvement un à un ces six Mémoires pour en présenter les circonstances de rédaction, la teneur et leurs conséquences dans l’histoire des révélations de Fatima.

PREMIER MÉMOIRE (1935)

Comme tout ce qu’elle a fait, sœur Lucie a écrit son premier Mémoire à la demande de l’autorité religieuse, son évêque.

Ce Mémoire se rattache à la translation du corps de Jacinthe. Après sa mort à l’hôpital de Lisbonne le 20 février 1920, Jacinthe fut enterrée, non pas à Fatima, mais à Vila Nova de Ourem, dans le caveau de la famille du baron de Alvaiazere.

Quinze ans plus tard, le 12 septembre 1935, Mgr da Silva, l’évêque de Leiria-Fatima, ordonna le transfert du corps de Jacinthe dans le cimetière de Fatima. On procéda à l’ouverture du cercueil et tous les assistants, émerveillés, constatèrent que le visage de Jacinthe était resté intact. On constata de nouveau le même fait extraordinaire le 1er mai 1951, à l’occasion de l’exhumation avant la translation définitive dans la basilique.

Mgr da Silva envoya une photo du visage de Jacinthe à sœur Lucie, alors religieuse Dorothée à Pontevedra. Très touchée, sœur Lucie écrivit à son évêque le 17 novembre 1935  :

«  Je vous remercie et je vous suis très reconnaissante des photographies envoyées. Je ne puis vous dire à quel point elles me sont précieuses. En particulier, j’aime tellement celle de Jacinthe que je voudrais pouvoir tirer, même sur la photographie, les linges qui la recouvrent, afin de la voir tout entière. J’étais comme impatiente de découvrir son visage, sans plus me rendre compte que ce n’était qu’une image. J’étais dans une demi-extase, ma joie était si grande de revoir la plus intime amie de mon enfance. J’espère que le Seigneur, pour la gloire de la très Sainte Vierge, lui accordera l’auréole des saints. Elle n’était enfant que par l’âge. Elle savait déjà pratiquer la vertu et montrer son amour à Dieu et à la très Sainte Vierge par la pratique du sacrifice.  »

Ces souvenirs si vifs de Lucie sur sa petite cousine ont amené Mgr da Silva à lui commander une biographie complète de Jacinthe.

Sœur Lucie y travailla dans des conditions qui n’étaient guère favorables dès le 10 décembre 1935. Elle éprouva une grande répugnance à le faire  : «  En effet, je ne peux presque rien dire de Jacinthe sans parler directement ou indirectement de ma misérable personne. J’obéis malgré tout à la volonté de votre Excellence qui est pour moi l’expression de la volonté de Dieu.  »

Étant sœur coadjutrice, elle n’était employée qu’à des travaux domestiques. Or, elle ne fut déchargée d’aucune de ses tâches. Elle disposait de peu de temps en dehors du travail de son obédience. En plus, le dimanche, elle travaillait à la cuisine. Pour mener à bien son travail, elle rassemblait ses souvenirs pendant les heures silencieuses du travail et notait sur un bout de papier avec un crayon caché sous son ouvrage de couture, ce que «  les Saints Cœurs de Jésus et Marie voudront bien me rappeler  ».

Elle le termina le jour de Noël. Elle ne mit que deux semaines pour écrire trente-neuf pages de cahier, d’une trentaine de lignes chacune, et qui constituent un écrit d’une unité parfaite. Le portrait de Jacinthe était retracé avec une remarquable finesse psychologique et une grande précision des souvenirs. Elle n’imaginait pas cependant que sa narration serait publiée.

Son but n’était pas de donner une histoire des apparitions, mais un portrait de Jacinthe faisant apparaître son âme tout illuminée par la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Le style est simple et familier, presque enfantin, parce que le sujet le réclame, mais toujours réaliste.

Dans ce Mémoire en trois parties, Lucie brosse d’abord un portrait de Jacinthe avant et pendant les apparitions, puis elle décrit sa cousine après les apparitions, pour finir sur sa maladie et sa mort.

Lucie commence par une petite prière à Jacinthe, sous forme poétique  :

Ô toi qui sur la terre
Es passée comme un vol,
Jacinthe très chérie,
Dans une douleur intense
Aimant ton Jésus.
N’oublie pas la prière
Que je te fis  :
Sois mon amie
Près du trône
De la Vierge Marie.
Ô lis de candeur,
Perle brillante.
Là dans le Ciel,
Où tu vis triomphante,
Séraphin d’amour
Avec ton petit frère,
Prie pour moi
Aux pieds du Seigneur.

C’est de ce Mémoire que sont tirées la plupart des anecdotes que l’on connaît sur Jacinthe  : celle du jeu de gages où au lieu d’accepter d’embrasser le frère de Lucie elle demande à embrasser le crucifix qui est au mur, celle de la procession au Saint-Sacrement où Jacinthe attendait de voir Jésus pour jeter des pétales, mais ne Le voyant pas en chair et en os comme elle s’y attendait elle garda ses pétales dans son panier.

Ensuite, Lucie raconte plusieurs faits concernant Jacinthe au moment des apparitions. Lucie ne raconte pas les apparitions, mais seulement des anecdotes sur Jacinthe à cette période. On savait déjà qu’elle avait été la première à révéler l’apparition de Notre-Dame à ses parents, mais ici Lucie rapporte les reproches qu’elle fit à sa cousine d’avoir révélé l’apparition, alors qu’il avait été convenu entre eux trois qu’ils ne diraient rien  :

«  Je sentais quelque chose en moi qui ne pouvait me permettre de rester silencieuse, répondit Jacinthe avec des larmes aux yeux.  »

Lucie révèle aussi le grand amour de Jacinthe pour les pécheurs, afin qu’ils se convertissent pour ne pas aller en enfer pour l’éternité. L’éternité, cela l’impressionnait beaucoup  :

«  Cette Dame nous a dit aussi que beaucoup d’âmes allaient en enfer. Qu’est ce que c’est l’enfer  ?

 C’est une fosse d’animaux et une fournaise très grande (c’est ainsi que me l’expliquait ma mère) et c’est là que vont les pécheurs qui ne se confessent pas. Ils restent là toujours à brûler  !

 Et ils ne sortent plus jamais de là  ?

 Non  !

 Et après plusieurs, plusieurs années

 Non. L’enfer ne finit jamais.

 Et le Ciel non plus  ?

 Qui va au Ciel n’en sort plus jamais.

 Et qui va en enfer non plus  ?

 Ne vois – tu pas qu’ils sont éternels et qu’ils ne finissent jamais  !

«  Nous fîmes alors, pour la première fois, la méditation de l’enfer et de l’éternité. Ce qui impressionnait le plus Jacinthe était l’éternité. Même jouant, de temps en temps, elle demandait  :

 Mais voyons, alors après tant et tant d’années, l’enfer ne finira pas encore  ?

«  Et d’autres fois  : “ Et ces gens qui sont là, à brûler, ne meurent pas  ? Ils ne deviennent pas cendres  ? Et si nous prions beaucoup pour les pécheurs, Notre-­Seigneur ne les délivrera pas  ? Et avec les sacrifices non plus  ? Oh  ! les pauvres  ! Il nous faut beaucoup prier et faire des sacrifices pour eux. ”

«  Ensuite elle ajoutait  :

 Comme elle est bonne, cette Dame  ! Elle nous a déjà promis de nous emmener au Ciel.  »

C’est par ce Mémoire qu’on apprit que les pastoureaux faisaient beaucoup de pénitences comme se priver de repas, d’eau pendant la journée, manger des glands amers, sacrifier la joie de la danse que Jacinthe aimait particulièrement.

Un jour Jacinthe demanda à Lucie  : «  Pourquoi ne pouvons-nous pas dire que cette Dame nous a dit de faire des sacrifices pour les pécheurs  ?

 Pour qu’on ne nous demande pas quels sacrifices nous faisons.  »

Lucie raconte également que Jacinthe aimait beaucoup et priait beaucoup pour le Saint-Père. Mais elle laisse supposer que cela venait d’une conversation que les voyants avaient eue avec deux prêtres qui étaient venus «  et qui avaient recommandé de prier pour le Saint-Père. Jacinthe demanda qui était le Saint-Père. Ces bons prêtres nous expliquèrent qui il était, et combien il avait besoin de prières. Jacinthe ressentit tant d’amour pour le Saint-Père que, chaque fois qu’elle offrait ses sacrifices à Jésus, elle ajoutait  : “ Et pour le Saint-Père. ”  »

Lucie rapporte aussi comment Jacinthe endura la persécution de la prison d’Ourem  : «  Après le chapelet, Jacinthe retourna près de la fenêtre en pleurant.

 Jacinthe, tu ne veux pas offrir ce sacrifice à Notre-Seigneur  ? lui demandai-je.

 Si, mais je me souviens de ma mère et je pleure sans le vouloir.  »

La deuxième partie, après les apparitions, est assez brève. Lucie raconte comment le Père Cruz, un saint, leur apprit à prononcer des oraisons jaillissantes  : «  Ô mon Jésus, je vous aime  ! Doux Cœur de Marie, soyez mon salut  !  » Jacinthe confiait à Lucie  : «  J’aime tellement dire à Jésus que je l’aime  ! Lorsque je le lui dis plusieurs fois, il me semble que j’ai du feu dans la poitrine, mais ce feu ne me brûle pas.  »

Lucie raconte aussi quatre miracles obtenus à la prière de Jacinthe  : la conversion d’une femme, les guérisons de deux personnes et l’annulation pour un jeune soldat d’un départ pour la guerre.

Dans la troisième et dernière partie, Lucie raconte enfin comment Jacinthe tomba malade et mourut toute seule à l’hôpital de Lisbonne le jour et comme le lui avait prédit Notre-Dame.

Jacinthe l’avait accepté pour souffrir davantage pour sauver les pécheurs.

«  Que feras-tu au Ciel  ?

– Je vais beaucoup aimer Jésus, le Cœur Immaculé de Marie, je vais beaucoup prier pour toi, pour les pécheurs, pour le Saint-Père, pour mes parents et mes frères et pour toutes les personnes qui m’ont demandé d’implorer en leur faveur.  »

Lucie termine son Mémoire par ces mots  : «  De Lisbonne, elle [Jacinthe] me fit dire que Notre-Dame était déjà venue la voir et qu’Elle avait dit l’heure et le jour de sa mort, et elle me recommanda d’être très bonne.  »

Lucie montre bien dans cette brève et lumineuse vie de Jacinthe, son amie intime, que ce qui l’animait était son ardente dévotion au Cœur Immaculé de Marie, son très grand désir de sauver les pauvres pécheurs et son amour pour le Saint-Père.

Mais il faut faire à ce propos plusieurs remarques.

Le Cœur Immaculé de Marie est évoqué plusieurs fois, mais jamais comme dévotion. Cette expression est simplement rapportée en passant, pour préciser l’intention dans laquelle Jacinthe offrait des sacrifices «  en réparation des péchés commis contre le Cœur ­Immaculé de Marie  ». Lucie n’en dit pas davantage sur cette dévotion tout à fait nouvelle et particulière. On sait seulement que cette intention semble liée à l’apparition du 13 mai et qu’elle était chère à Jacinthe.

Lucie laisse supposer que le grand désir de Jacinthe de s’offrir pour les pécheurs est une conséquence de leur méditation sur l’enfer et sur ce que Lucie lui en dit à partir du catéchisme reçu de sa mère. Mais il est évident que c’est insuffisant pour expliquer que Jacinthe fut prête à faire des sacrifices héroïques et à accepter de mourir à cette intention.

Même remarque sur l’amour de Jacinthe pour le Saint-Père. La seule rencontre des deux prêtres pour convaincre les voyants de prier et de se sacrifier pour lui est insuffisante pour l’expliquer.

En fait, dans ce premier récit, Lucie n’a pas osé écrire les raisons premières de l’héroïcité des enfants. Il y avait d’autres raisons bien plus profondes et surnaturelles. Des lecteurs attentifs du Mémoire se rendront compte de cette incohérence.

En revanche, le récit de la maladie de Jacinthe fait partie des écrits les plus touchants et extraordinaires de Lucie.

UN DOCUMENT PERDU  ?

Cinq mois plus tard, le 13 mai 1936, sœur Lucie, peut-être à la demande du Père Gonçalves, son confesseur, commença un nouveau travail de rédaction d’une grande importance, mais qui ne servit pas tout de suite aux historiens de Fatima. Ce document, qui n’est pas le deuxième Mémoire, mais qui sera repris en substance par les trois Mémoires suivants, révélait le détail des apparitions de l’Ange, celles de la Sainte Vierge en 1917 avec les paroles qu’elle a dites, l’apparition du 26 août 1923 à l’Asilo de Vilar, et enfin un récit complet de la vision de Tuy du 13 juin 1929, ainsi que la communication divine d’août 1931. Sœur Lucie dressait aussi une liste des dates les plus importantes de sa vie.

Ce document semble avoir été perdu. Mais nous en connaissons partiellement la teneur, parce que le Père Gonçalves en recopia des extraits quand il vint à Tuy le 24 avril 1941 pour faire ses adieux à Lucie avant de partir en mission au Mozambique.

DEUXIÈME MÉMOIRE (1937)

Un an et demi après la rédaction du premier Mémoire, le Père Louis Gonzague da Fonseca, jésuite portugais, auteur du livre La merveille de Fatima, eut le privilège de lire le cahier. Impressionné par ce récit sur Jacinthe, il s’aperçut qu’il y avait des trous et que sœur Lucie n’avait certainement pas rapporté toutes les paroles de Notre-Dame et peut-être d’autres choses. C’est pourquoi il demanda à l’évêque, Mgr da Silva, en avril 1937, si Lucie pouvait «  écrire minutieusement tout ce qu’elle se rappelle (…) en l’honneur de Notre-Dame.  »

L’évêque s’adressa à la supérieure de Lucie, mère Maria do Carmo Corte Real, qui ordonna à la voyante d’écrire tous ses souvenirs sur sa propre vie et sur les apparitions de 1917.

Lucie s’y mit le 7 novembre et acheva le 21 novembre.

De nouveau, sœur Lucie ne mit que deux semaines pour rédiger ce long Mémoire, en disposant, comme la première fois, de peu de temps pour l’écrire en dehors de ses occupations domestiques. «  Il s’agit, écrit le Père Alonso, d’un travail de trente-huit feuilles écrites des deux côtés. L’écriture est serrée et courante, sans rature. Cela montre une fois de plus la lucidité d’esprit, la sérénité d’âme et l’équilibre des facultés de sœur Lucie.  »

Pour la deuxième fois, celle-ci donnait un récit écrit des apparitions de l’Ange. Elle rapportait les grâces extraordinaires reçues lors de sa première confession et de sa première communion, tout ce que Notre-Dame avait dit lors de l’apparition de juin 1917 concernant le mystère de son Cœur Immaculé. Et elle donnait encore d’autres détails parfois inédits.

Le but de ce Mémoire, écrivait sœur Lucie, était «  de laisser voir l’histoire de Fatima telle qu’elle est  ». Dans le premier Mémoire, Jacinthe était au centre. Tandis que dans celui-ci, ce sont les apparitions qui sont au premier plan.

Cela a beaucoup coûté à Lucie de révéler tous ces secrets  : «  Je n’aurai plus la joie de savourer seule avec Toi les secrets de Ton amour  ; mais à l’avenir d’autres chanteront avec moi les grandeurs de Ta miséricorde  ! Voici l’esclave du Seigneur  ! Qu’il continue à se servir d’elle comme Il le voudra.  »

Lucie a construit ce livre à peu près sur le même plan que le précédent  : avant les apparitions, les apparitions elles-mêmes et après les apparitions.

Avant les apparitions, sœur Lucie parle de son enfance, des divertissements populaires de son village, des fêtes votives du Sacré-Cœur, de Notre-Dame du Rosaire, de la Saint-Antoine. Elle raconte qu’elle était souvent invitée aux mariages, car ses sœurs étaient obligées de l’emmener avec elles pour la garder, à cause de son jeune âge. Elle illustre la réputation de très bonne chrétienne et de femme sérieuse qu’avait sa mère par de nombreuses anecdotes très enlevées.

Lucie s’attarde également sur les grandes grâces liées à sa première communion. Connaissant à six ans son catéchisme par cœur, elle espérait beaucoup pouvoir faire sa première communion avec une année d’avance, mais son curé ne le permit pas. Il fallut l’intervention du saint Père Cruz pour le faire céder. La petite Lucie pleine de confiance en ce médiateur se confessa pour la première fois à lui qui lui dit  : «  Ma fille, ton âme est le temple du Saint-Esprit. Garde-la toujours pure pour qu’Il puisse continuer son action divine en elle. À genoux, là, aux pieds de Notre-Dame, demande-Lui avec beaucoup de confiance qu’Elle prenne soin de ton cœur, qu’Elle le prépare pour recevoir demain dignement son Fils chéri, et qu’Elle le conserve pour Lui seul.  »

«  Il y avait dans l’église plus d’une image de Notre-Dame du Rosaire (…), j’avais alors l’habitude de prier devant sa statue. Aussi c’est là que je me rendis pour lui demander, avec toute l’ardeur dont j’étais capable, de conserver pour Dieu seul mon pauvre cœur.

«  Ayant répété plusieurs fois cette humble supplique, les yeux fixés sur la statue, j’eus l’impression qu’Elle souriait, et que, dans un regard et un geste de bonté, Elle me disait que oui. Je demeurai tellement remplie de joie que je n’arrivai qu’avec difficulté à articuler une parole.  »

Sur les apparitions elles-mêmes, Lucie raconte d’abord comment avec deux autres compagnes, qui n’étaient ni Jacinthe ni François, elle vit trois fois, «  comme suspendue dans l’air au-dessus des arbres, une figure semblable à une statue de neige que les rayons du soleil rendaient un peu transparente  ». Elle écrivit que «  cela ressemblait à une personne enveloppée d’un drap  », et qu’ «  on ne voyait ni ses yeux ni ses mains  ».

Ensuite, elle raconte les apparitions de l’Ange en 1916, qu’elle vit avec François et Jacinthe. C’est dans ce Mémoire qu’elle dévoila les prières de l’Ange et tous les encouragements qu’il leur prodigua pour se sacrifier et prier pour les pécheurs.

Après les apparitions de l’Ange, Lucie revient sur la période de celles de Notre-Dame, du 13 mai au 13 octobre, non pas pour raconter ce que Notre-Dame a dit et fait, mais pour expliquer comment elle les vécut à la maison, chez elle. Sa mère et ses sœurs ne croyaient pas aux apparitions et pensaient que Lucie mentait. Lucie raconte tout ce que sa mère fit pour la faire changer d’avis  : dédain, rejet, mépris, privation de repas, paroles vives de reproche, coups de balai, entrevue avec le curé qui lui dit que cela pouvait venir du diable, indifférence totale de ses parents quand elle fut envoyée chez le préfet franc-maçon de Vila nova de Ourem, etc.

Elle qui était la préférée de la famille en devint rapidement le souffre-douleur.

Lucie eut tout de même quelques réconforts spirituels. Elle rencontra quelques saints prêtres qui prirent très au sérieux les apparitions et qui l’aidèrent à se diriger. Le Père Faustino, curé d’Olival, la prit en particulière affection et devint, dit sœur Lucie, en quelque sorte son premier directeur spirituel.

Dans ce Mémoire, sœur Lucie a quelques lignes sur le Saint-Père. Comme dans le premier Mémoire, elle rappelle leur insistance à prier pour le Saint-Père sur le conseil de deux prêtres qui leur en parlèrent. «  Depuis lors, nous n’offrions à Dieu aucune prière ni sacrifice sans lui adresser une supplication pour Sa Sainteté. Et nous avions conçu un amour si grand pour le Saint-Père que, quand monsieur le Curé dit un jour à ma mère que, probablement, je devrais aller à Rome afin d’être interrogée par Sa Sainteté, je battis des mains de contentement et je dis à mes cousins  : “ Ah  ! quel bonheur si je vais voir le Saint-Père  ! ” Et eux versaient des larmes en disant  : “ Nous, nous n’irons pas, mais nous offrirons ce sacrifice pour Lui. ”  »

Après les apparitions, sœur Lucie raconte beaucoup d’anecdotes, souvent très graves, sur ce qu’elle souffrit de la part de sa mère, de son curé qui finalement quittera Fatima, des villageois, de la police. Elle raconte comment un jour, elle fut encadrée par deux policiers à cheval qui l’emmenèrent à part dans la campagne et firent mine de se demander comment lui couper la tête. Lucie tint bon à travers toutes ses épreuves, mais elle dit avoir beaucoup souffert, tandis que ses cousins étaient protégés par leurs parents.

Elle termine son Mémoire en rapportant plusieurs événements importants de sa vie. Sa mère étant tombée très gravement malade, Lucie obtint sa guérison miraculeuse en faisant neuf jours de suite un chemin de pénitence. La mère de Lucie crut que c’était Notre-Dame qui l’avait guérie, mais sans croire aux apparitions.

Lucie relate encore la mort de son père, le 31 juillet 1919, son seul soutien dans sa famille, la maladie de ses cousins, la sienne et son départ de Fatima le 16 juin 1921 sur l’injonction du nouvel évêque, Mgr da Silva, pour le collège de Porto où elle fut élève, dans l’anonymat.

Ce long Mémoire de sœur Lucie est une révélation des souffrances qu’elle endura à partir des apparitions malgré son jeune âge. Il met en évidence le combat entre la Sainte Vierge et le diable dont son cœur était l’enjeu. Si la Sainte Vierge n’était pas apparue, Lucie serait tombée dans tous les pièges et les tentations. À cet âge-là, elle était trop faible pour résister seule contre tant de monde. Les pressions de sa mère en particulier et celles du curé auraient dû l’emporter.

Mais Lucie tint bon. Pourquoi  ? Parce que Notre-Dame l’en avait assurée lors de son apparition du 13 juin 1917  : «  Ne te décourage pas  ! Je ne t’abandonnerai jamais  ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira à Dieu.  »

Ce Mémoire prouve la fidélité de la Sainte Vierge à tenir ses promesses.

TROISIÈME MÉMOIRE (1941)

L’évêque de Leiria, Mgr da Silva, s’appuyait beaucoup sur le chanoine José Galamba, très grand dévot de Notre-Dame de Fatima. Il était professeur de séminaire et fondateur de nombreuses œuvres diocésaines. Il a beaucoup travaillé pour répandre le message de Fatima.

Il publia pour le 13 mai 1938 un ouvrage intitulé Jacinta dans lequel il cita, le premier, de larges extraits des deux premiers Mémoires de Lucie. Le succès fut immense, à tel point qu’il dut songer à une deuxième puis une troisième édition. Voulant améliorer sa biographie, il s’était préoccupé, dès novembre 1939, d’interroger sœur Lucie pour lui demander plusieurs choses  : «  Des éclaircissements sur la vie de Jacinthe, un écrit séparé sur François, et tout ce qui a été dit sur le Saint-Père, sur la Russie et sur la guerre.  »

Mais sœur Lucie n’en fit rien, car elle voulait des ordres nets et précis de l’évêque, des ordres formels. À force d’insistance, le chanoine Galamba obtint de l’évêque en juillet 1941 qu’il donnât l’ordre à Lucie de répondre à toutes ses questions.

«  Cet ordre a pénétré le fond de mon âme comme un rayon de lumière, pour me dire que le moment était venu de révéler les deux premières parties du Secret et d’ajouter deux chapitres à la nouvelle édition [du livre Jacinta]  : l’un sur l’enfer et l’autre sur le Cœur Immaculé de Marie  », écrivit sœur Lucie dans une lettre au Père Gonçalves. Elle «  sent intérieurement que c’est l’heure choisie par Dieu  », précise-t-elle dans ce troisième Mémoire.

S’étant mise tout de suite à l’œuvre, elle termina son ouvrage un mois plus tard, le 31 août 1941, et le donna en main propre à son évêque le 7 octobre suivant. Ce Mémoire, très bref, d’une douzaine de pages, est sans nul doute le plus bouleversant des écrits de sœur Lucie.

Elle avoue avoir eu à surmonter une extrême répugnance pour révéler ces aspects dramatiques, intimes aussi et difficilement exprimables du message de Notre-Dame… au point d’avoir été tentée parfois de jeter au feu toutes les pages déjà écrites.

«  Je crains les questions qui me seront posées sur l’enfer  », écrivit-elle au Père Gonçalves. Cependant, «  je n’ai aucun doute que la révélation de l’enfer et des miséricordes du Cœur Immaculé de Marie ne fasse un grand bien aux âmes  ».

Dans ce Mémoire, elle dévoile les deux premières parties du Secret. Révélations extraordinaires. Grâces inouïes pour un monde en perdition. Ces “ secrets ” sont saisissants et d’une limpidité surnaturelle pour qui a des yeux pour lire et des oreilles pour entendre. Sœur Lucie fait une description de l’enfer qu’elle a vu en même temps que ses cousins, avec une précision qui n’a aucun égal. Et elle répète mot à mot ce que Notre-Dame leur a dit de faire pour sauver les âmes de l’enfer  : avoir la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, faire la consécration de la Russie et adopter la communion réparatrice des premiers samedis du mois. Sinon commencera une guerre plus grande  ; des persécutions, les erreurs de la Russie se répandront dans le monde, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir.

À ces importantes révélations, Lucie ajoute les grandes impressions que cela provoqua chez Jacinthe, en particulier la vision de l’enfer. «  Certaines personnes, même pieuses, n’aiment pas parler aux enfants de l’enfer, afin de ne pas les effrayer. Mais Dieu n’a pas hésité à le montrer à trois enfants, dont l’une avait à peine six ans et Il savait bien qu’elle en serait horrifiée, au point de se consumer de frayeur, j’ose le dire.  » Jacinthe pensait constamment à l’enfer et aux âmes qui tombaient dedans pour y brûler, et elle ne cessait d’en parler.

Lucie termine son Mémoire en rapportant les visions de Jacinthe  : celle où le Saint-Père est agenouillé dans une grande maison devant une table et pleurant, alors que dehors des gens lui jettent des pierres. Elle vit aussi le Saint-Père dans une église, priant devant le Cœur Immaculé de Marie et beaucoup de monde qui prie avec lui.

Actuellement, plusieurs auteurs sur Fatima ne disent pas quelles sont la première et la deuxième parties du Secret, comme si sœur Lucie n’avait pas été claire sur ce point. Or, dans ce Mémoire, elle écrit noir sur blanc  :

«  Le Secret comprend trois choses distinctes, et j’en dévoilerai deux. La première fut la vision de l’enfer (…). La seconde se rapporte à la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.  » Et ces deux parties sont liées. Jacinthe l’avait parfaitement compris.

On ne peut comprendre l’héroïsme de Jacinthe sans rappeler ces deux parties du Secret. C’est d’ailleurs d’abord dans ce but que Lucie a écrit ce troisième Mémoire, pour expliquer les ressorts de l’âme de Jacinthe. Et il est certain que si la petite fille est devenue si vite une si grande sainte, c’est à cause de la vision de l’enfer et du seul recours que Notre-Dame a donné pour ne pas y tomber et pour sauver les âmes des pauvres pécheurs, la dévotion à son Cœur Immaculé.

Sœur Lucie, dans ce Mémoire, répond à une objection  : pourquoi n’avoir pas révélé ces secrets avant 1941  ? En effet, si elle l’avait fait, cela aurait été une preuve que toutes les prophéties révélées dans ce Mémoire, comme la nuit illuminée par une lumière inconnue, la guerre qui commence sous Pie XI, la vision des gens sur les routes, etc., étaient bien de Notre-Dame.

Sœur Lucie répond qu’elle ne s’était pas sentie poussée par Dieu à le faire, sans doute parce que Dieu n’a pas voulu la faire passer pour une prophétesse. «  Je crois, Excellence, que Dieu a voulu seulement se servir de moi pour rappeler au monde la nécessité qu’il y a d’éviter le péché, de réparer les offenses envers Dieu par la prière et par la pénitence.  »

Frère François de Marie des Anges fait toutefois remarquer qu’aussitôt après le phénomène de «  la nuit illuminée par une lumière inconnue  », sœur Lucie en avait donné la signification prophétique à ses supérieurs, et qu’en 1941 toute une partie de ce Mémoire, comme les malheurs provoqués par les erreurs la Russie, concernait surtout l’avenir. Dieu avait choisi cette heure pour divulguer ces secrets, car Dieu voulait avertir l’Église du danger que constituaient ces «  erreurs  », au moment même où la rupture du pacte germano-soviétique tendait à l’Occident le piège d’une alliance avec Moscou.

QUATRIÈME MÉMOIRE (1941)

C’est donc le 7 octobre 1941, un mois après avoir terminé la rédaction de son troisième Mémoire, que sœur Lucie, alors religieuse coadjutrice chez les sœurs Dorothées à Tuy en Espagne, se rendit sur l’ordre de ses supérieurs à Valença do Minho, à la frontière hispano-portugaise, pour donner à Mgr da Silva et au chanoine Galamba son manuscrit. En même temps, l’évêque lui commanda un autre gros labeur. Elle devait raconter la vie de François et rédiger dans tous ses détails un nouveau récit des apparitions de l’Ange et de Notre-Dame. Elle devait corriger tout ce qu’elle trouverait d’erroné dans un livre du Père da Fonseca intitulé Notre-Dame de Fatima. Elle devait aussi écrire tout ce qu’elle avait oublié de dire sur Jacinthe, et, cerise sur le gâteau, «  ne pas manquer d’écrire les chansons profanes qu’elle chantait  ».

Le Père Galamba aurait souhaité que l’évêque demande à Lucie de tout révéler, mais l’évêque ne le voulut pas. Sœur Lucie en fut très soulagée, car elle ne pensait pas que Dieu voulait qu’elle rédige la troisième partie du Secret dans l’immédiat.

Le 25 novembre, sœur Lucie rendait un premier cahier, et le 8 décembre elle donnait le second.

Comme les sœurs coadjutrices n’avaient pas de chambre individuelle et qu’elles ne devaient accomplir aucun travail d’écriture pendant la semaine, sœur Lucie rédigea son quatrième Mémoire principalement la nuit, dans une salle de classe. Elle poursuivait parfois sa rédaction pendant la journée, mais en cachette, «  dans un coin retiré du grenier, à la lumière d’une pauvre tuile de verre. J’ai voulu m’isoler afin d’échapper autant qu’il est possible aux regards humains. Mes genoux me servent de table, et une vieille malle, de chaise. “ Pourquoi, me demandera-t-on, n’écrivez-vous pas dans votre cellule  ? ” Le Bon Dieu a jugé bon de me priver de cellule, bien qu’il y en ait plusieurs ici, dans la maison, qui ne soient pas occupées. Quoi qu’il en soit, je suis heureuse et je remercie Dieu de la grâce d’être née pauvre et de vivre plus pauvre encore pour son amour.  »

Pendant la journée, «  il n’était pas rare que la sous-prieure me demande  : “ Où te mets-tu, ma fille, pour que personne ne te trouve  ? ” À quoi je répondis  : “ J’étais là-haut, à ranger la sacristie, j’y ai beaucoup à faire. ”

 Mais je suis allée t’y chercher. J’ai ouvert la porte et je ne t’ai pas vue.

«  Elle avait raison. C’est que, à l’intérieur, il y a une porte plus petite par où je me glissais dans un recoin du grenier pour me cacher.  »

Sœur Lucie jouissait de lumières spéciales pour remplir sa mission  : «  Je dois remercier Dieu de l’assistance du divin Esprit-Saint que je sens bien me suggérant ce que je dois écrire ou dire. Si, quelques fois, ma propre imagination ou mon entendement me suggère quelque chose, je sens aussitôt que cela manque de l’onction divine, et je m’arrête jusqu’à ce que Dieu me fasse connaître, dans l’intime de mon âme, ce que je dois dire à la place.  »

La première partie sur François est très enlevée et très surnaturelle. Sœur Lucie nous fait entrer dans son âme. Elle nous révèle en particulier que «  ce qui impressionnait [François] ou l’absorbait davantage c’était Dieu, la Très Sainte Trinité, dans cette lumière immense qui nous pénétrait au plus profond de l’âme.

«  Ensuite il disait  : “ Nous brûlions dans cette lumière qui est Dieu et nous ne nous consumions pas. Comment est Dieu  ? On ne peut pas l’expliquer  ! Oui, vraiment, personne ne pourra jamais le dire  ! Mais ça fait de la peine qu’il soit si triste  ! Si je pouvais seulement le consoler  ! ”  »

François fut moins ébranlé par la vision de l’enfer que Jacinthe et Lucie. Mais un jour, alors que les enfants étaient à un endroit appelé la Pedreira, François s’était retiré pour prier. Au bout d’un long moment, elles l’entendirent crier et invoquer Notre-Dame.

«  Où es-tu  ?

 Ici  ! Ici  !

«  Mais cela nous prit encore du temps pour pouvoir le retrouver. Enfin, nous le rencontrâmes tremblant de peur, encore à genoux, tout affligé et incapable de se mettre debout.

– Qu’as-tu  ? Qu’est-ce qui t’est arrivé  ?

«  La voix à demi suffoquée par la peur, il dit  : “ C’était une de ces grandes bêtes qui étaient dans l’enfer, qui se trouvait ici, jetant du feu  ! ”  »

C’est vers la fin de l’année 1918 que Jacinthe et François furent atteints de la grippe espagnole. Elle tourna, dans leurs cas, en broncho-pneumonie. Vers Noël, pense-t-on, François et Jacinthe eurent une apparition de Notre-Dame. Elle leur demanda de s’offrir encore et leur promit qu’Elle viendrait bientôt les chercher pour le Ciel.

Dans la deuxième partie du Mémoire, consacrée au récit des apparitions, sœur Lucie répéta mot pour mot les prophéties du Secret, alors qu’elle n’avait pas gardé de copie du troisième Mémoire, et elle ajouta cette merveilleuse promesse  : «  Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi, etc.  »

Excepté ce qui ne lui était «  pas encore permis de révéler  », à savoir la troisième partie du Secret, elle avait «  tout dit  ».

«  Cela m’a énormément coûté, confiait-elle au Père Gonçalves. Mais c’était pour Dieu et pour les âmes. Ainsi, se trouvent comblées les lacunes que vous aviez remarquées dans mon écrit précédent. Je ne sais si tout sera publié. Nous verrons ce qui en paraîtra. Que tout en vienne à se savoir me coûte immensément. Mais si c’est la volonté de Dieu, qu’elle soit faite.  »

Dans les troisième et cinquième parties, Lucie relate des miracles et des grâces reçues par l’intercession de François et de Jacinthe de leur vivant  !

La quatrième partie corrige les erreurs du livre du Père da Fonseca. Lucie est très minutieuse et ne laisse passer aucune faute, même pas la plus légère inexactitude.

CINQUIÈME MÉMOIRE (1989)

Sœur Lucie a rédigé les cinquième et sixième Mémoires plus de quarante ans après les précédents dans un climat de relation avec ses supérieurs bien différent de celui des années 1920-1940.

La dévotion réparatrice au Cœur Immaculé de Marie n’était toujours pas répandue dans les âmes. La troisième partie du Secret n’était pas révélée alors que la Sainte Vierge l’avait demandé pour 1960. Depuis 1945, les révélations qu’elle avait écrites dans ses quatre premiers Mémoires faisaient l’objet d’une suspicion et d’une opposition extrêmement violente de la part de certains théologiens au point que les Papes successifs ordonnèrent qu’elle soit réduite au silence et à la réclusion. Le manuscrit d’un livre qu’elle avait écrit sur l’ordre du Pape, sous le titre Les Appels du Message de Fatima, remis en 1974, fut remanié et publié vingt-cinq ans plus tard, en 2 000, sans qu’on donnât d’explication à son auteur.

Cette haine contre la voyante redoubla quand celle-ci manifesta, tout au long des années 1980, son refus de considérer les actes d’offrande du monde faits par le pape Jean-Paul II en 1981, 1982 et 1984 comme pouvant satisfaire aux demandes de la Sainte Vierge. Cela lui valut en 1988 de recevoir l’ordre de la secrétairerie d’État de ne plus «  importuner  » le Pape avec la consécration allant jusqu’à être contrainte d’affirmer le contraire de la vérité par ordre du Souverain Pontife transmis par l’intermédiaire du cardinal Casaroli, secrétaire d’État. Des lettres apocryphes, rédigées par Mgr Luciano Guerra, pleines d’incohérences et portant la signature de sœur Lucie furent alors diffusées par les autorités de Fatima pour soutenir que Notre-Dame était satisfaite par l’acte d’offrande de 1984.

Tous ces faits d’une extrême gravité ne pouvaient qu’inquiéter et faire immensément souffrir sœur Lucie. Ses supérieurs se moquaient de Dieu et de Notre-Dame.

Le 26 août 1986 mourait la sœur aînée de sœur Lucie, Maria dos Anjos, qui avait l’usufruit de la maison de leurs parents. Sœur Lucie hérita de la demeure familiale et l’offrit au sanctuaire. Le recteur, Mgr Luciano Guerra, entreprit des travaux de restauration et demanda, à cette occasion, que sœur Lucie complétât ses souvenirs d’enfance. Dans son Mémoire, elle les met souvent en rapport avec les pièces et le jardin de sa maison natale.

En octobre 1986, le Père Jérémie Vechina, provincial des carmes, lui envoya une liste de trois cent quinze questions établie par le recteur, et lui recommanda «  d’y répondre dès que possible  ».

Contrairement aux fois précédentes où elle montra tant de célérité, sœur Lucie ne fit pas immédiatement le travail demandé. «  Comme à ce moment-là je n’avais pas la possibilité d’accomplir ce travail, je rangeai le questionnaire au fond d’un tiroir  », écrivit sœur Lucie, et il y resta plus de deux ans… Il fallut que le provincial renouvelât sa demande avec insistance pour que la Mère prieure «  se résolût à me dispenser de certains exercices de communauté pour que je puisse consacrer du temps à ce travail  ».

Le 12 février 1989, elle avertissait Mgr Guerra qu’elle allait répondre à l’une de ses questions en rédigeant un mémoire sur son père. Elle voulait en effet le réhabiliter contre certains historiens mal informés qui l’avaient présenté comme un homme paresseux, négligent et adonné à la boisson.

Les réponses aux autres questions «  seront pour plus tard, ajoutait sœur Lucie. Mais d’ores et déjà, je vous préviens que je ne pourrai répondre à certaines d’entre elles qui se rapportent aux apparitions, sans l’autorisation du Saint-Siège, à moins que vous ne demandiez cette dispense et que vous l’obteniez. Sinon, je passerai outre à ces questions en laissant du blanc.  »

Dix jours plus tard, le 23 février, elle avait terminé la rédaction du cinquième Mémoire dans lequel elle raconte, avec netteté et fraîcheur, de nombreux faits inédits montrant la foi profonde, l’ardeur au travail et la générosité de son père.

Quand, le 16 mars suivant, le recteur la pria d’écrire encore sur son père, pour apporter un complément à son nouveau Mémoire, elle rejeta sa demande  : «  Je cherche toujours, autant que possible, à ne pas répéter ce que j’ai dit ailleurs  : ce serait une perte de temps et inutile. Ce que j’ai écrit dans le dernier manuscrit me semble suffisant.  »

SIXIÈME MÉMOIRE (1993)

Quelques années après, sœur Lucie rédigea un autre Mémoire, le sixième, où elle révéla, par de nombreux et très beaux témoignages, les vertus peu communes de sa mère. Ce texte de cent quarante pages, achevé le 25 mars 1993, témoignait aussi des dons et des vertus de sœur Lucie  : sa mémoire prodigieuse, son extrême humilité, sa piété filiale si ardente.

On y retrouve son style d’une grande vivacité et son vocabulaire si varié. Avec simplicité, elle s’attarde à brosser un tableau très complet de la vie laborieuse à Aljustrel au début du vingtième siècle  :

«  Tandis que j’écris ces détails de la vie d’autrefois dans une famille humble et pauvre, ma description me paraît si médiocre que je me demande à quoi va bien pouvoir servir ce travail. Et je réponds que je n’en sais rien. Je le fais par amour de Notre-Seigneur, par obéissance puisque mes supérieurs me disent de le faire, je le fais pour satisfaire Monsieur le recteur du sanctuaire de Notre-Dame de Fatima qui m’a demandé de raconter tout ce dont je me souviens sur la vie de notre famille, sans omettre aucun détail.

«  La vie de famille, au jour le jour, se compose de tant de petites choses, de tant de broutilles, qu’il devient impossible, au bout du compte, de les décrire toutes  ! Aussi, je vais tout simplement imiter les papillons que l’on voit voleter dans l’espace et se reposer de temps en temps sur quelques humbles fleurettes des champs. Dans mon enfance, que de fois j’ai couru pour les attraper, attirée par la beauté des couleurs variées de leurs ailes  ! Je vais donc glaner, ici et là, ce qui me semblera le meilleur pour offrir à Notre-Seigneur le plus beau cantique de louange afin de lui faire plaisir et de lui rendre gloire sur la terre et dans le Ciel pour toujours.

«  Et je chante et je prie avec le psaume 70  : “ Que ma bouche soit pleine de votre louange pour que je puisse chanter  ! Mes lèvres se réjouiront tant que durera mon cantique… ”  »

Il est indispensable de connaître le contenu des quatre premiers Mémoires pour comprendre le message de Notre-Dame de Fatima. On ne peut pas répondre aux demandes de la Sainte Vierge sans adhérer avec foi à ces écrits de sœur Lucie, rédigés avec l’assistance du Saint-Esprit.

Les deux derniers Mémoires sont secondaires, mais révèlent plusieurs choses. Ils témoignent de la vie chrétienne exemplaire de tout un village de paysans à cette époque au Portugal. Les vies d’Antonio dos Santos, le père de Lucie, et de Maria Rosa, sa mère, sont des modèles. Demain, ils redonneront aux parents le goût de vivre dans l’esprit de pauvreté et de simplicité d’Aljustrel. Aljustrel, c’est Nazareth, et Nazareth, c’est le chemin du Ciel  !

Ces deux derniers Mémoires font preuve également de la grande vertu d’obéissance de Lucie. Sans se rendre compte, elle manifeste dans ces écrits l’héroïcité de sa vertu, tenant ferme au milieu des épreuves que sa mère lui infligeait, ne pouvant admettre que sa fille était ainsi favorisée. Dieu permit que Maria Rosa fût aveuglée pour manifester au monde la puissance de sa grâce dans l’âme de Lucie contre les attaques du démon. Lucie n’aurait pas pu tenir si la Sainte Vierge n’était pas réellement apparue à la Cova da Iria.

Tous ses écrits doivent fortifier notre foi en Notre-Dame de Fatima, nous enflammer dans notre dévotion au Cœur Immaculé de Marie et envers les pastoureaux. Ces derniers sont de très grands saints qui, demain, auront le même rôle que saint ­François d’Assise au treizième siècle. C’est par eux, par Georges de Nantes, leur théologien, notre Père, que l’Église et la Chrétienté renaîtront, et nos familles avec elle.

frère Michel de l’Immaculée Triomphante et du Divin Cœur.

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