La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 176 – Juin 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


LE PAPE FRANÇOIS ME RÉPOND

Pour introduire la récitation du chapelet international qui a suivi, le Pape a appelé la bénédiction de Dieu «  sur chacun des déshérités et des malheureux à qui a été volé le temps présent [?], sur chacune des personnes exclues et abandonnées à qui est nié l’avenir [?], sur chacun des orphelins et des victimes de l’injustice à qui il n’est pas permis d’avoir un passé [?].  »

Comme si le «  temps présent  » n’était pas l’apprentissage de «  l’avenir  » qui est le Ciel promis à tous les affligés de cette terre, affamés et assoiffés de justice  ! (Mt 5, 3-12; Lc 6, 20-23)

«  Je désire assurer tous ceux qui se trouvent unis à moi, ici ou ailleurs, que je vous porte tous dans mon cœur. Je sens que Jésus vous a confiés à moi… et je vous embrasse et vous confie tous à Jésus, “ spécialement ceux qui en ont le plus besoin ” – comme la Vierge nous a enseigné à prier (Apparition de juillet 1917).  »

«  Par la compréhension intime que les paroles de Notre-Dame nous inspirent, disait sœur Lucie, il me semble que dans les derniers mots  : “ à celles qui en ont le plus besoin ”, Elle pensait aux âmes qui se trouvent en plus grand danger de damna­tion éternelle, car voilà la cause de toute l’amertume et de toute la préoccupation de son Cœur Immaculé, me semble-t-il.  »

Tel n’est pas le souci du pape François.

Le pape François substitue sa médiation à celle du Cœur Immaculé de Marie. Ce “ coup d’État ” restera l’événement dominant de la célébration de ce 13 mai 2017. Comme une “ révélation privée ” – «  Je sens que Jésus vous a confiés à moi  » – prolongeant l’œcuménisme de Vatican II. Nécessité “ christocentrique ” oblige…

Cependant, citant Paul VI dans son discours du 24 avril 1970 prononcé au sanctuaire de la Vierge de Bonaria, à Cagliari, François n’en a pas moins affirmé  : «  Si nous voulons être chrétiens, nous devons être marials, c’est-à-dire que nous devons reconnaître le rapport essentiel vital, providentiel qui unit Marie à Jésus et qui nous ouvre le chemin qui nous conduit à Lui. Ainsi, chaque fois que nous récitons le Rosaire, en ce lieu béni ou en n’importe quel autre lieu, l’Évangile reprend sa route dans la vie de chacun, dans la vie des familles, des peuples et du monde. Pèlerins avec Marie… Quelle Marie  ? Une Maîtresse de vie spirituelle… ou au contraire une Dame “ inaccessible ” et donc inimitable  ?… Une “ image pieuse ” à laquelle on a recours pour recevoir des faveurs à bas coût  ?…  »

Cette attaque contre «  une image pieuse  » est précisément l’un des cinq blasphèmes, le cinquième, qui blessent le Cœur Immaculé de Marie. Je rappelle au Saint-Père, au début de ma quatrième supplique, la réparation que demande Notre-Dame par la pratique des cinq premiers samedis du mois  :

«  Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mystères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme.  »

C’est ce que le Saint-Père appelle «  des faveurs à bas coût  ». De fait, ce n’est pas cher payer le salut éternel des âmes dont il vient de dire qu’il les porte dans son cœur et que Jésus les lui a confiées  ! Nous découvrons avec stupéfaction que c’est le cadet de ses soucis  !

Je continue ma supplique au Saint-Père en évoquant le châtiment qui nous est promis selon le secret de Fatima dans sa troisième partie si l’on ne se convertit pas  : «  Après les deux parties que j’ai déjà exposées, écrit Lucie, nous vîmes à gauche de Notre-Dame, un peu plus haut, un Ange avec une épée de feu à la main gauche  ; elle scintillait, émettait des flammes qui paraissaient devoir incendier le monde.  »

Et je demande  : Comment pouvez-vous dire et répéter, Très Saint-Père, que le Bon Dieu ne châtie pas alors que cette menace est devenue une réalité quotidienne que vous ne cessez de déplorer vous-mêmes  ?  ! Prodigieux, mortel aveuglement  !

Le Pape rejette donc cette «  image pieuse  » qui représente «  une Marie affublée d’une sensibilité subjective qu’on voit tenir ferme le bras justicier de Dieu prêt à punir  ».

À propos de la vision de l’enfer, sœur Lucie dira au Père Pasquale  : «  Ce qui m’est resté le plus gravé dans l’esprit, et dans le cœur, ce fut la tristesse de cette Dame lorsqu’elle nous montra l’enfer  ! Si la vision de l’enfer avait duré un instant de plus, nous serions morts de peur et d’épouvante. Cependant, une chose m’a encore plus impressionnée, ce fut l’expression douloureuse du regard de Notre-Dame  ! Si je vivais mille ans, je la conserverais toujours gravée dans mon cœur.  »

«  Sensibilité subjective  », selon le pape François  !

Quant au «  bras justicier de Dieu prêt à punir  » retenu par Marie, il évoque plutôt Notre-Dame de La Salette. À Fatima, les flammes «  s’éteignaient au contact de l’éclat que, de sa main droite, Notre-Dame faisait jaillir  » vers «  l’Ange à l’épée de feu  ».

Le Pape rejette avec indignation cette «  image pieuse  » d’ «  une Marie meilleure que le Christ vu comme un juge impitoyable  : plus miséricordieuse que l’Agneau immolé pour nous. On commet [qui “ on ” ?] une grave injustice contre Dieu et contre sa grâce quand on affirme en premier lieu que les pécheurs sont punis par son jugement sans placer avant, comme le manifeste l’Évangile, qu’ils sont pardonnés par sa miséricorde  ! Nous devons faire passer la miséricorde avant le jugement et, de toute façon, le jugement de Dieu sera toujours fait à la lumière de sa miséricorde. Évidemment, la miséricorde de Dieu ne nie pas la justice, parce que Jésus a pris sur lui les conséquences de notre péché avec le châtiment mérité. Il ne nie pas le péché mais il a payé pour nous sur la Croix. Et ainsi, dans la foi qui nous unit à la Croix du Christ, nous sommes libérés de nos péchés  ; mettons de côté toute forme de peur et de crainte, parce que cela ne convient pas à celui qui est aimé (cf. 1 Jn 4, 18).  »

Encore faut-il que «  celui qui est aimé  » croie lui-même, qu’il adore, qu’il espère et qu’il aime «  dans la foi qui nous unit à la Croix du Christ  ». C’est précisément pour inciter le monde pécheur à se convertir que des châtiments divins le punissent dès ici-bas par guerres, tremblements de terre, inondations, pour l’arracher à l’enfer et le rendre capable de jouir de la miséricorde dans le Ciel. C’est donc le pape François qui «  commet une grande injustice contre Dieu et contre sa grâce  » par son déni de la réalité de ces châtiments divins, instruments de sa miséricorde  ; ce qu’il appelle «  la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection  » ne profite, en définitive, dans sa bouche, qu’aux ennemis de l’Église  : les luthériens, les musulmans, le Père Gréa, les divorcés remariés…

«  Que chacun de nous puisse devenir, avec Marie, signe et sacrement de la miséricorde de Dieu qui pardonne toujours, qui pardonne tout.  » Même au diable et à ses affidés  ? Faire de «  Marie  » la complice de cette trahison, c’est vraiment le comble de l’imposture et de l’apostasie  !

UNE HOMÉLIE LUTHÉRIENNE

Il faut pourtant reconnaître que tel est le thème de l’homélie prononcée par le Pape lors de la Messe de canonisation de François et Jacinthe. «  “ Apparut dans le Ciel une Femme ayant le soleil pour manteau ”, atteste le voyant de Patmos dans l’Apocalypse (12, 1), faisant aussi observer qu’elle est sur le point de donner naissance à un fils.  » Ce fils… c’est «  nous  », selon le pape François. En effet, «  dans l’Évangile, nous avons entendu Jésus dire au disciple  : “ Voici ta mère. ” (Jn 19, 26-27)  »

C’est Elle que «  les voyants de Fatima ont vue en ce jour béni du 13 mai, il y a cent ans. Et nous aussi nous la verrons si nous allons au Ciel, bien entendu.  » Car «  il y a le risque de l’enfer où mène la vie – souvent proposée et imposée – sans Dieu et qui profane Dieu dans ses créatures  ».

Ce n’est pas seulement «  un risque  », c’est une réalité que les enfants ont vue de leurs yeux  ; et ils ont entendu les cris de désespoir des damnés  ! Mais François n’en a cure. Il continue  :

C’est pourquoi la Vierge Marie «  est venue nous rappeler la lumière de Dieu qui demeure en nous et qui nous couvre, car, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, “ l’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu ” (Ap 12, 5)  ». Mais «  l’enfant  », c’est Jésus au jour de son Ascension. Tandis que nous, nous sommes toujours entre Ciel et Enfer, sur cette terre  !

«   Et, selon les paroles de Lucie, les trois privilégiés se trouvaient dans la lumière de Dieu qui rayonnait de la Vierge. Elle les enveloppait dans le manteau de lumière que Dieu lui avait donné. Comme le croient et le sentent de nombreux pèlerins, sinon tous, Fatima est surtout ce manteau de lumière qui nous couvre, ici comme partout ailleurs sur la terre quand nous nous réfugions sous la protection de la Vierge Marie pour lui demander, comme l’enseigne le Salve Regina, “ montre-nous Jésus ”.  »

Si «  Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé  », ce n’est pas pour nous couvrir d’un «  manteau  », comme d’un habit extérieur, mais pour transformer notre propre cœur à l’image et ressemblance du sien. Mais le pape François conçoit la dévotion au Cœur Immaculé de Marie comme la “ justification forensique ” luthérienne  !…

«  À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son trône.  »

Mais le pape refuse cette médiation de Marie  : c’est «  à cause de Jésus-Christ, et de lui seul  », que «  régneront dans la vie ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes (cf. Rm 5, 17)  ».

Nous l’avons dit plus haut, à l’école de l’abbé de Nantes, notre Père, fidèle à toute la tradition des saints Pères et docteurs de l’Église catholique romaine, Jésus ne nous enfante pas à la grâce du haut de la Croix sans le concours de Marie, son Épouse corédemptrice.

«  Quand Jésus est monté au ciel, il a apporté auprès du Père Céleste l’humanité – notre humanité – qu’il avait assumée dans le sein de la Vierge Mère  », con­tinue le Pape. Et «  la Vierge Mère  » elle-même, non  ?

Au fait, les saints du jour n’ont pas encore été nommés  ! Attendez  : «  Fixons notre espérance, comme une ancre, dans cette humanité placée dans le Ciel à la droite du Père (cf. Ep 2, 6). Que cette espérance soit le levier de la vie de chacun de nous  ! Une espérance qui nous soutient toujours, jusqu’au dernier souffle.

«  Forts de cette espérance, nous sommes réunis ici pour remercier des innombrables bienfaits que le Ciel a accordés au cours de ces cent années, passées sous ce manteau de lumière que la Vierge, à partir de ce Portugal porteur d’espérance, a étendu aux quatre coins de la terre. Nous avons comme exemples devant nos yeux saint François Marto et sainte Jacinthe, que la Vierge Marie a introduits dans la mer immense de la lumière de Dieu et y a conduits pour l’adorer.  »

Elle leur a aussi montré l’enfer comme un «  océan de feu  ».

«  De là leur venait la force de surmonter les contrariétés et les souffrances  » pour empêcher les âmes d’aller en enfer.

«  La présence divine devint constante dans leur vie, comme cela se manifeste clairement par la prière insistante pour les pécheurs et par le désir permanent de rester près de “ Jésus caché ” dans le Tabernacle.  »

En omettant de rappeler la vision de l’enfer le Pape nous installe dans un quiétisme mortel, complice du diable et de ses entreprises. Mais la Vierge Immaculée lui écrasera la tête.

«  Dans ses Mémoires (III, 6), sœur Lucie donne la parole à Jacinthe qui venait d’avoir une vision  : “ Ne vois-tu pas beaucoup de routes, beaucoup de sentiers et de champs pleins de gens qui souffrent de faim et qui n’ont rien à manger  ? Et le Saint-Père dans une église, devant le Cœur Immaculé de Marie en prière  ? Et beaucoup de monde en prière avec lui  ? ” Merci frères et sœurs, de m’accompagner  !  »

Applaudissements. Cette vision avait été précédée par une autre que le Pape omet, et pour cause  !

Une autre fois, raconte Lucie, «  Jacinthe m’appela  :

 N’as-tu pas vu le Saint-Père  ?

 Non.

 Je ne sais pas comment cela s’est fait, j’ai vu le Saint-Père dans une très grande maison, agenouillé devant une table, la tête dans les mains et pleurant. Au-dehors, il y avait beaucoup de gens et certains lui jetaient des pierres, d’autres le maudissaient et lui disaient beaucoup de vilaines paroles. Pauvre Saint-Père  ! Nous devons beaucoup prier pour lui.  »

Aujourd’hui, des applaudissements. Demain, «  des pierres  » et «  de vilaines paroles  », lorsque les gens comprendront quels malheurs l’espérance illusoire semée par ce Pape et ses prédécesseurs, depuis le concile réformateur Vatican II, a attirés sur eux aux quatre coins de l’univers. Comme jadis Luther et ses anabaptistes en Allemagne, dont François célèbre le cinquième centenaire, comme les musulmans que François invitait à «  aimer beaucoup  » dans l’avion qui le ramenait de Fatima le soir du 13 mai.

Car le Pape ne fait qu’attiser la guerre de tous contre tous sur la terre, comme naguère Paul VI et Jean-Paul II, en refusant de consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie, et en se contentant de la couvrir d’un «  manteau  »  :

«  Je ne pouvais pas ne pas venir ici pour vénérer la Vierge Mère et lui confier ses fils et ses filles. Sous son manteau ils ne se perdent pas  ; de ses bras [non ! de son Cœur Immaculé] viendront l’espérance et la paix dont ils ont besoin, et que je demande pour tous mes frères dans le baptême et en humanité, en particulier pour les malades et les personnes avec handicap, pour les détenus et les chômeurs, pour les pauvres et les personnes abandonnées [et les pécheurs ?]. Chers frères, prions Dieu dans l’espérance que les hommes nous écoutent  ; et adressons-nous aux hommes avec la certitude que Dieu nous porte secours.  »

Quel irrémédiable aveuglement  ! Demander «  aux hommes  » ce que Dieu veut nous accorder par le Cœur Immaculé de Marie  ! le jour où le pape François vient de canoniser Jacinthe  !

«  Peu de temps avant de partir pour l’hôpital, elle me disait, raconte Lucie  : “ Il ne me reste plus beaucoup de temps avant d’aller au Ciel. Toi, tu resteras ici, afin de dire que Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Le moment venu de le dire, ne te cache pas. Dis à tout le monde que Dieu nous accorde ses grâces par le moyen du Cœur Immaculé de Marie  ; que c’est à Elle qu’il faut les demander  ; que le Cœur de Jésus veut qu’on vénère avec Lui le Cœur Immaculé de Marie  ; que l’on demande la paix au Cœur Immaculé de Marie, car c’est à Elle que Dieu l’a confiée.

«   Ah  ! Si je pouvais mettre dans tous les cœurs le feu que j’ai là, dans ma poitrine, et qui me brûle et me fait tant aimer le Cœur de Jésus et le Cœur de Marie. ”  »

L’homélie du Pape traduit, en ce 13 mai 1917, une inintelligence confondante des pensées du Cœur Immaculé de Marie révélées à la Cova da Iria il y a cent ans. Il ne peut mieux dire lorsqu’il déplore «  cette indifférence qui nous gèle le cœur et aggrave notre myopie  ». Et il nous dicte lui-même notre résolution, ce Souverain Pontife chéri de notre Mère du Ciel, en s’écriant  : «  Nous ne voulons pas être une espérance avortée  !  »

frère Bruno de Jésus-Marie.

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