La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 179 – Septembre 2017

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


L’APPARITION DU 13 SEPTEMBRE

Lucie et Jacinthe, le 17 septembre 1917, pendant leur séjour à Reixida.

Lucie et Jacinthe, le 17 septembre 1917, pendant leur séjour à Reixida.

CE 13 septembre, vers midi, certains pèlerins aperçurent un globe lumineux glissant majestueusement dans l’espace, céleste véhicule de la Vierge Marie qui se dirigeait vers le chêne-vert. Dès qu’Elle apparut, l’éclat du soleil diminua et l’atmosphère devint jaune d’or.

Lucie interrogea Notre-Dame  : «  Que veut de moi Votre Grâce  ?

– Continuez à dire le chapelet afin d’obtenir la fin de la guerre. En octobre, Notre-Seigneur viendra ainsi que Notre-Dame des Douleurs et du Carmel, saint Joseph avec l’Enfant-Jésus afin de bénir le monde. Dieu est satisfait de vos sacrifices, mais il ne veut pas que vous dormiez avec la corde. Portez-la seulement pendant le jour.

– Il y a ici cette petite qui est sourde-muette, Votre Grâce ne voudrait-elle pas la guérir  ?

– Au cours de l’année, elle éprouvera du mieux.

– J’ai bien d’autres demandes, les unes pour une conversion, les autres pour une guérison.

– Je guérirai les uns, mais les autres non, parce que Notre-Seigneur ne se fie pas à eux.  »

Présentant à Notre-Dame un flacon d’eau de senteur, Lucie lui dit  : «  On m’a donné cela. Votre Grâce le veut-elle  ?

– Cela ne convient pas pour le Ciel.

– Il y a beaucoup de gens qui disent que je suis une menteuse, que je mériterais d’être pendue ou brûlée. Faites un miracle pour que tous croient  !

– Oui, en octobre, Je ferai le miracle pour que tous croient.  »

Et Elle commença à s’élever vers le levant. Pendant le temps de l’apparition, la plupart des pèlerins avaient vu tomber du ciel comme une pluie de pétales blancs, ou de flocons de neige ronds et brillants qui descendaient lentement et disparaissaient en arrivant à terre.

La Sainte Vierge donna un autre signe de sa présence  : par trois fois se forma autour du chêne-vert une nuée agréable à voir qui s’élevait dans l’air avant de se dissiper.

Après l’apparition du 13 septembre, le chanoine Formigao lui demanda  : «  Pourquoi, assez souvent, baisses-tu les yeux et cesses-tu de regarder Notre-Dame  ?

 Parce qu’elle m’éblouit.  »

Et le 13 octobre  : «  Elle est venue au milieu d’une grande lumière. Cette fois-ci encore, elle aveuglait. De temps en temps, je devais me frotter les yeux.  »

«  C’était une lumière très intense. Notre vue n’était pas assez puissante  », dira-t-elle plus tard au Père Mc Glynn.

Celui-ci raconte  : «  J’avais donné à ma première statue une position légèrement inclinée. Quand je demandai à sœur Lucie si Notre-Dame se penchait en avant, elle me répondit  : “ Oui, parce que nous étions tout petits, et au-dessous de ses pieds. ”  » (Mc Glynn, Vision of Fatima, Boston, 1948, p. 70)

Leur entretien avec Notre-Dame achevé, les trois pastoureaux la voyaient partir  :

«  Elle commença à s’élever doucement, en direction du levant jusqu’à disparaître dans l’immensité du ciel. La lumière qui l’environnait semblait lui ouvrir un chemin entre les astres, ce qui nous a fait dire quelquefois que nous avions vu s’ouvrir le ciel.  » (Quatrième Mémoire, p. 182)

DANS L’ATTENTE DU GRAND MIRACLE

Après le 13 septembre, à Aljustrel, des visiteurs de toutes sortes réclamèrent les voyants  : les pieux pèlerins, les curieux, les adversaires fanatiques, tous voulaient voir les enfants et les interroger, sinon tenter, par des promesses mirifiques ou les pires menaces, de leur faire révéler le fameux Secret.

Cette succession presque ininterrompue de visites présentait, pour les familles des voyants, de très pénibles inconvénients  : «  Une de mes sœurs, raconte Lucie, passait presque tout son temps à venir me chercher et à me remplacer à la garde du troupeau, afin que j’aille parler aux personnes qui voulaient me voir et me parler. Cette perte de temps, pour une famille riche, n’aurait pas eu d’importance, mais pour nous, qui devions vivre de notre travail, c’était quelque chose. Pour cette raison, peu de temps après, ma mère se vit obligée de vendre notre troupeau, ce qui déséquilibra beaucoup le budget familial. J’étais la responsable de tout cela et on me le jetait à la figure aux moments critiques.  »

Un jour, Antonio dos Santos alla à la Cova da Iria pour faire sortir toutes les personnes qui se trouvaient sur son terrain parce qu’elles avaient déjà détruit une partie des récoltes de l’année. À peine avait-il dit à ces gens de s’en aller que l’un d’eux se jeta sur lui avec une telle violence, qu’il ne s’y attendit pas et tomba. Il se releva tout de suite et, voyant qu’il ne pouvait rien faire contre eux, il repartit.

Ensuite, des voisins qui étaient de mauvais con­seil essayèrent de le persuader de faire un procès, mais Antonio et Maria Rosa s’y opposèrent toujours.

Sœur Lucie commente  : «  C’était ce que j’appelle maintenant le commencement de la lutte diabolique contre le Message, bien que, certainement, mes parents ne l’aient pas compris, ni moi non plus.  »

Résignée, Maria Rosa disait  : «  À cette allure, je ne sais pas où cela va nous mener  ! Mais ayons confiance en Dieu qui nous aidera toujours, et dans la protection de Notre-Dame qui est ma marraine de baptême.  »

Le 27 septembre 1917, le chanoine Formigao interrogeait Lucie  :

«  Tu n’as pas peur que l’on te fasse du mal s’il n’arrive rien d’extraordinaire ce jour-là  ?

 Non, répondait fermement l’enfant, je n’ai aucune peur.  »

Pourtant, l’époque était troublée. N’importe quel fanatique pouvait agir à sa guise et être sûr de l’impunité. L’attentat à la bombe de 1922 contre la chapelle des apparitions prouvera que les paysans d’Aljustrel avaient eu raison de craindre.

Le chanoine interrogea sérieusement et minutieusement Lucie sur les apparitions. Lucie l’aimait beaucoup, parce qu’il lui parlait de la pratique de la vertu, lui enseignant quelques manières de la pratiquer. Il lui montra une image de sainte Agnès, lui raconta son martyre et lui suggéra de l’imiter. Il lui donna de bons conseils.

Un jour, il lui dit  : «  Ma petite fille, tu as le devoir d’aimer beaucoup Notre-Seigneur à cause de tant de grâces et de bienfaits qu’il t’accorde.  »

«  Cette phrase se grava si intimement dans mon âme que, depuis lors, je pris l’habitude de dire constamment à Notre-Seigneur  : “ Mon Dieu, je vous aime, en remerciements des grâces que vous m’avez accordées. ”  »

Ensuite, Lucie partagea avec ses cousins cette oraison jaculatoire et ils se mirent à la réciter fréquemment.

Après cet interrogatoire du 27 septembre, le chanoine Formigao a noté  : «  Des réponses des enfants, et plus encore de leur attitude et de leur façon d’être en toutes les circonstances dans lesquels ils se sont trouvés, se détache, avec une clarté qui paraît exclure tout doute, leur parfaite et absolue sincérité.

«  Il ne reste qu’une solution. Les événements de Fatima sont-ils l’œuvre de Dieu  ? Il est trop tôt pour répondre avec certitude à cette question.

«  L’Église n’est pas encore intervenue en nommant la commission d’enquête compétente  ; lorsqu’elle l’aura nommée, la mission de cette commission sera relativement facile à remplir. Le 13 octobre prochain, ou bien tout se dissipera comme par enchantement, ou bien de nouvelles preuves, parfaitement concluantes, viendront confirmer celles qui existent déjà en faveur de la réalité des apparitions de la Vierge.  »

LA CRAINTE DE L’ENFER
SEUL MALHEUR ABSOLU

Madame Maria do Carmo Menezes obtint des parents Marto et dos Santos la permission d’emmener Lucie et Jacinthe chez elle, à Reixida, pour qu’elles puissent s’y reposer huit jours. Au cours de ce séjour (notre photo éditoriale), leur présence ayant été vite connue, de nombreuses personnes, parfois hostiles, vinrent les «  presser de questions  », mais sans parvenir à ce qu’elles se contredisent.

Maria do Carmo Menezes donnera ce témoignage  : «  À moi, elles m’ont dit que ce qui les avait le plus impressionnées, c’était la vision de l’enfer. D’après ce qu’elles m’ont déclaré quelques fois, si cela avait duré une minute de plus, elles seraient mortes de peur. Elles m’en parlaient souvent. Et j’ai eu l’occasion de me rendre compte que c’était pareil avec d’autres personnes. J’ai toujours conservé l’idée que l’enfer était leur grande préoccupation.  »

«  Ce qui les inquiétait le plus, c’était la haine de tant de gens contre Dieu et les terribles conséquences éternelles de l’état de tant d’âmes. Et c’est même pour cela qu’elles insistaient tant sur la vision de l’enfer.  »

Contrairement au cardinal Ravasi, selon lequel «  le Message de Fatima est inadapté à notre temps, avec sa vision de l’enfer  ». Ce qui est une effrayante manière de s’y précipiter lui-même et d’y entraîner ceux qui le croient, lui, plutôt que Notre-Dame.

Tandis qu’on essayait de faire croire aux pastoureaux qu’il arriverait un malheur le 13 octobre, ceux-ci faisaient preuve d’une remarquable assurance. «  La rumeur avait couru, écrit sœur Lucie, que les autorités avaient décidé de faire exploser une bombe près de nous, au moment de l’apparition. Je n’en ressentis aucune crainte et, en parlant de cela avec mes cousins, nous disions  : “ Quelle joie si nous obtenions la grâce de monter avec Notre-Dame vers le Ciel  ! ” Cependant, mes parents prirent peur…  »

La mère de Lucie était si angoissée que, «  la veille du 13 octobre, le jour à peine levé, elle sauta du lit, alla réveiller sa fille et lui dit  :

«  “ Oh, Lucie  ! il vaut mieux aller nous confesser. On dit que nous allons mourir à la Cova da Iria… Si Notre-Dame ne fait pas le miracle, on risque de nous tuer  ! Aussi il vaut mieux aller à confesse, pour être préparées et mourir. ” Mais Lucie lui répondit calmement  : “ Si vous voulez vous confesser, j’y vais aussi  ; mais ce n’est pas pour cela. Je n’ai pas peur qu’on nous tue. Je suis absolument sûre que Notre-Dame fera demain tout ce qu’elle a promis. ” Et l’on ne parla plus de confession.  »

frère Bruno de Jésus-Marie.