La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 183 – Janvier 2018

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


D’UN CENTENAIRE À L’AUTRE

EN 2025, nous célébrerons le centenaire des apparitions de l’Enfant Jésus et de sa Divine Mère à Lucie, le 10 décembre, en Espagne, à Pontevedra.

En 1925, heureuse d’entrer au postulat des dorothées pour offrir ses dix-huit ans à Notre-Seigneur, elle désire «  devenir une sainte pour obtenir le salut des pécheurs et réparer mes péchés  », écrit-elle dans ses notes personnelles. Quelques semaines après avoir écrit ces lignes, elle recevait la visite de Notre-Dame venue lui révéler son grand dessein pour le salut des pécheurs en nos temps de perdition  : la communion réparatrice des premiers samedis du mois.

Elle souffrait alors «  un véritable martyre  », répétant la prière apprise de Notre-Dame  :

«  Ô Jésus, c’est pour Votre Amour, pour la conversion des pécheurs et en réparation pour les péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie  ! Oui, parce que depuis que je t’ai vu, je n’ai jamais cessé de regarder vers la lumière de ton visage en contemplant, dans cet immense miroir, l’histoire de l’humanité qui défile devant. Rien n’échappe à cette lumière incréée qui pénètre tout et qui absorbe tout en elle, où tout se reflète comme des ombres qui passent, orientées vers l’Être infini de l’Éternel. Je t’aime, mon Jésus  ! Ave Maria  !  »

Or, voici son tourment  :

«  Comme sont heureuses, à mon point de vue, les âmes qui, recevant du Seigneur des grâces insignes, réussissent à passer leur vie en les gardant en silence dans le secret de leur cœur  !  »

Telle n’est pas la vocation de Lucie  :

«  Mais toi, Lucie, lui a dit Notre-Dame le 13 juin 1917, Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé.  » Oh  ! alors… quel souci  !

À Pontevedra, la cellule de sœur Lucie transformée en chapelle.

À Pontevedra, la cellule de sœur Lucie transformée en chapelle.

L’ENFANCE DU CHRIST

Dans la soirée du 10 décembre 1925, après le souper, «  j’étais dans ma chambre, quand elle s’illumina tout à coup; c’était la lumière de la chère Mère du Ciel qui venait avec Jésus Enfant sur une nuée lumineuse. Notre-Dame, comme si elle voulait m’inspirer du courage, posa doucement sa main maternelle sur mon épaule droite, en me montrant en même temps son Cœur Immaculé entouré d’épines, qu’elle tenait dans l’autre main.

«  L’Enfant-Jésus me dit  : “ Aie compassion du Cœur de ta très Sainte Mère, couvert des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer. ”

«  Ensuite la très Sainte Vierge me dit  : “ Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mys­tères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme. ”

«  Après cette grâce, comment pouvais-je me soustraire au plus petit sacrifice que Dieu voudrait me demander  ? Pour consoler le Cœur de ma chère Mère du Ciel, je serais contente de boire jusqu’à la dernière goutte le calice le plus amer. Je désirais souffrir tous les martyres pour offrir réparation au Cœur Immaculé de Marie, ma chère Mère, et lui retirer une à une toutes les épines qui le déchirent, mais je compris que ces épines sont le symbole des nombreux péchés qui se commettent contre son Fils, et atteignent le Cœur de sa Mère. Oui, parce que par eux beaucoup d’autres de ses fils se perdent éternellement.  »

Chargée de cette mission, Lucie fit tout son possible pour faire connaître cette demande de Notre-Dame. Elle s’en ouvrit aussitôt à sa supérieure, mère Magalhaes, qui était gagnée à la cause de Fatima et prête, quant à elle, à se conformer aux désirs du Ciel. Lucie en fit part aussi au confesseur de la maison, don Lino Garcia, qui lui fit remarquer que, seule, la supérieure ne pouvait rien. Sur les entrefaites, elle reçoit une réponse de Mgr Pereira Lopes auquel elle s’empresse d’écrire en lui donnant plus amples détails  :

«  Mon très Révérend Père, je viens bien respectueusement vous remercier de l’aimable lettre que vous avez eu la bonté de m’écrire.

«  Quand je l’ai reçue et que j’ai vu que je ne pouvais encore répondre aux désirs de la Sainte Vierge, je me suis sentie un peu triste. Mais je me suis tout de suite rendu compte que les désirs de la Très Sainte Vierge étaient que je vous obéisse.

«  Je me suis tranquillisée et, le lendemain, quand j’ai reçu Jésus à la communion, je lui ai lu votre lettre et je lui ai dit  : “ Ô mon Jésus  ! Moi, avec votre grâce, la prière, la mortification et la confiance, je ferai tout ce que l’obéissance me permettra et ce que vous m’inspirerez  ; le reste, faites-le vous-même. ”  »

«  Le reste  », c’est la diffusion de cette dévotion réparatrice dans toute l’Église.

«  Je suis restée comme cela, jusqu’au 15 février. Ces jours-là ont été pour moi une continuelle mortification intérieure. Je me demandais si cela avait été un rêve  ; mais je sais bien que non  : je pensais que cela avait été vraiment la réalité. Mais comment, moi, qui avais si mal correspondu aux grâces reçues jusque-là, comment Notre-Seigneur daignait-il m’apparaître de nouveau  ?

«  Le jour où je devais aller me confesser approchait, et je n’avais la permission de rien dire  ! Le dirai-je à Mère supérieure  ? Mais, pendant la journée, mes occupations ne me le permettaient pas, et le soir, elle souffrait de maux de tête. Et alors, craignant de manquer de charité, je pensais  : “ Cela sera pour demain  ; je vous offre ce sacrifice, ô ma Mère chérie. ” Et ainsi, les jours se sont succédé les uns aux autres, jusqu’aujourd’hui.

«  Le 15 [février 1926], j’étais occupée par mon emploi, et je ne songeais presque pas à cela. ­J’allais vider une poubelle en dehors du jardin.  »

La basilique Sainte-Marie-Majeure proche du couvent.

La basilique Sainte-Marie-Majeure
proche du couvent.

Au même endroit, quelques mois auparavant, elle avait rencontré un enfant à qui elle avait demandé s’il savait l’Ave Maria  : «  Il m’avait répondu que oui, et je lui avais demandé de me le réciter, pour l’entendre. Mais comme il ne se décidait pas à le dire seul, je l’avais récité trois fois avec lui. À la fin des trois Ave Maria, je lui avais demandé de le dire seul. Comme il restait silencieux et ne paraissait pas capable de le dire seul, je lui demandais s’il connaissait l’église de Sainte-Marie. Il répondit que oui. Je lui dis alors d’y aller tous les jours et de prier ainsi  : “ Ô ma Mère du Ciel, ­donnez-moi votre Enfant-Jésus  ! ” Après lui avoir appris cette prière, je m’en allais.  »

Le 15 février 1926, en revenant comme d’habitude, après avoir rempli le même office, «  je trouvai un enfant qui me parut être le même, et je lui demandai alors  :

– As-tu demandé l’Enfant-Jésus à notre Mère du Ciel  ? ”

«  ­ L’Enfant se tourna vers moi et me dit  :

– Et toi, as-tu révélé au monde ce que la Mère du Ciel t’a demandé  ?

«   Et, ayant dit cela, il se transforma en un enfant resplendissant. Reconnaissant alors que c’était Jésus, je lui dis  :

Mon Jésus  ! Vous savez bien ce que m’a dit mon confesseur dans la lettre que je vous ai lue. Il disait qu’il fallait que cette vision se répète, qu’il y ait des faits pour permettre de croire, et que la Mère supérieure ne pouvait pas, elle toute seule, répandre la dévotion dont il était question.

 C’est vrai que la Mère supérieure, toute seule, ne peut rien, mais avec ma grâce, elle peut tout. Il suffit que ton confesseur te donne l’autorisation et que ta supérieure le dise pour que l’on croie, même sans savoir à qui cela a été révélé.

 Mais mon confesseur disait dans sa lettre que cette dévotion ne faisait pas défaut dans le monde, parce qu’il y avait déjà beaucoup d’âmes qui Vous recevaient chaque premier samedi, en l’honneur de Notre-Dame et des quinze mystères du Rosaire.

Au couvent des dorothées à Pontevedra, “ la porte des poubelles ” par laquelle Lucie passait pour aller vider les poubelles, en dehors du jardin.

Au couvent des dorothées à Pontevedra, “  la porte des poubelles  ”
par laquelle Lucie passait pour aller vider les poubelles, en dehors du jardin.

 C’est vrai, ma fille, que beaucoup d’âmes commencent, mais peu vont jusqu’au bout et celles qui persévèrent le font pour recevoir les grâces qui y sont promises. Les âmes qui font les cinq premiers samedis avec ferveur et dans le but de faire réparation au Cœur de ta Mère du Ciel me plaisent davantage que celles qui en font quinze, tièdes et indifférentes.

 Mon Jésus  ! Bien des âmes ont de la difficulté à se confesser le samedi. Si vous permettiez que la confession dans les huit jours soit valide  ?

Oui. Elle peut être faite même au-delà, pourvu que les âmes soient en état de grâce le premier samedi lorsqu’elles me recevront et que, dans cette confession antérieure, elles aient l’intention de faire ainsi réparation au Cœur Immaculé de Marie.

 Mon Jésus  ! Et celles qui oublieront de formuler cette intention  ?

 Elles pourront la formuler à la confession suivante, profitant de la première occasion qu’elles auront de se confesser.  »

«  Aussitôt après, il disparut sans que je sache rien d’autre des désirs du Ciel jusqu’aujourd’hui. Et quant aux miens, c’est qu’une flamme d’amour divin s’allume dans les âmes pour que, soutenues dans cet amour, elles consolent vraiment le Cœur Immaculé de Marie.

«   J’ai du moins le désir de consoler beaucoup ma chère Mère du Ciel, en souffrant beaucoup pour son amour.  »

Intérieur de la basilique Sainte-Marie-Majeure

«  UNE BATAILLE DÉCISIVE  »

En décembre 2017, cette année du centenaire des apparitions de Notre-Dame de Fatima s’est achevée sur le soixantième anniversaire de l’entretien mémorable de sœur Lucie avec le Père Fuentes.

Le lendemain de Noël, 26 décembre 1957, le Père Augustin Fuentes qui se préparait à devenir le postulateur des causes de béatification de François et de Jacinthe, eut le privilège de s’entretenir longuement avec sœur Lucie au carmel de Coïmbre. Le 22 mai 1958, après son retour au Mexique, au cours d’une conférence à la maison-mère des sœurs missionnaires du Sacré-Cœur et de Notre-Dame de Guadalupe, il rapporta leur entretien  :

«  Je veux vous raconter seulement la dernière conversation que j’ai eue avec elle, le 26 décembre de l’an passé, 26 décembre 1957 donc. Je l’ai rencontrée dans son monastère, très triste, pâle, émaciée. Elle me dit  :

«  Mon Père, la très Sainte Vierge est bien triste, car personne ne fait cas de son message, ni les bons ni les mauvais. Les bons continuent leur chemin, mais sans faire cas du message. Les mauvais, ne voyant pas tomber sur eux actuellement le châtiment de Dieu, continuent leur vie de péché sans se soucier du message.

«  Mais croyez-moi, Père, Dieu va châtier le monde et ce sera d’une manière terrible. Le châtiment céleste est imminent.  »

Sainte Bernadette disait qu’elle ne craignait pas les Prussiens, en 1870. Sœur Lucie aurait pu dire qu’elle ne craignait pas les djihadistes, mais les mauvais catholiques.

«  Que manque-t-il, Père, pour 1960 et qu’arri­vera-t-il alors  ?  »

Pourquoi “ 1960 ”  ? Parce que la Sainte Vierge a demandé que le secret soit publié en 1960. Mais Lucie se demande pour quelles raisons la Sainte Vierge a fixé cette date. Ce qui manque  ? Nous le savons maintenant. C’est la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. Faute de laquelle la Russie va répandre «  ses erreurs  » sur les cinq continents, et jusque dans l’Église elle-même… à la faveur du plus grand Concile œcuménique de tous les temps  ! cause de tous nos maux et de la perte des âmes. Tel est «  l’imminent châtiment céleste  »  !

L’AVEUGLEMENT, «  CHÂTIMENT CÉLESTE IMMINENT  »

En 1960, à peine trois ans après cet entretien, l’Église se prépare au concile Vatican II. Jean XXIII a fait lire le secret de Fatima à ses collaborateurs les plus proches. Puis il a refermé l’enveloppe en disant  : «  Je ne porte pas de jugement. Silence face à ce qui peut être une manifestation du divin ou peut ne pas l’être.  » Donc, “ ce qui manque ”, à partir de ce jour, c’est l’obéissance du Pape aux “ demandes ” de la Sainte Vierge.

Le 8 février 1960, le simple communiqué d’une agence de presse portugaise, l’Agencia nacional de informaçao, annonçait que le troisième Secret ne serait pas divulgué.

«  La décision des autorités vaticanes, précise-t-il, se fonde sur les raisons suivantes  :

«  1. La sœur Lucie est encore vivante.  » On ne pourra donc pas mentir sur le contenu du message qu’il contient  !

«  2. Le Vatican connaît déjà le contenu de la lettre.  » Et il a décidé de n’en pas tenir compte  !  ? La désobéissance est donc délibérée et obstinée.

«  3. Bien que l’Église reconnaisse les apparitions de Fatima, elle ne désire pas prendre la responsabilité de garantir la véracité des paroles que les trois pastoureaux dirent que la Vierge Marie leur avait adressées.  » «  Bien qu’elle les reconnaisse  »… elle ne veut pas les connaître. Est-il au monde pire «  châtiment  » que cet aveuglement de la hiérarchie  ?

«  Dans ces circonstances, il est très probable que le “ Secret de Fatima ” sera maintenu, pour toujours, sous le plus absolu secret.  » Le Ciel est interdit de parole  ! Le siècle va s’achever et on ne saura rien de ses avertissements  : l’Ange appelant à la pénitence, son épée de feu à la main, la grande ville à moitié en ruine, le Saint-Père tué

«  Et qu’arrivera-t-il alors  ?  »

Sœur Lucie, qui ne perd pas de vue les intentions de la Sainte Vierge, prévoit les conséquences de cette décision  :

«  Ce sera bien triste pour tous, nullement réjouissant si auparavant [c’est-à-dire avant 1960] le monde ne prie pas et ne fait pas pénitence  », seule manière d’écarter le «  châtiment imminent  ».

C’est précisément ce dont s’attristait notre Père, alors curé de Villemaur, en voyant passer l’année 1960 sans que soit divulgué le secret attendu, et dans la fièvre d’une préparation du Concile qui substituait aux prières et pénitences les espérances et revendications des médias  :

«  Par le ministère de cette presse insatiable, qui a interrogé les uns et les autres, scruté le passé et l’avenir, imaginé, soupçonné, exigé mille extravagances, le Concile a bien vite cessé d’être un fait divin auquel on se prépare dans le silence de la prière, dans l’ardeur de la pénitence, pour prendre la tournure, très humaine, d’un fait divers monstre.  » (Lettre à mes amis n° 120 du 11 octobre 1962)

LA SECONDE «  RÉFORME  »

Et notre Père constatait déjà la tournure prise d’emblée par la «  Réforme de l’Église  » voulue par le Pape  : «  L’Église n’est plus la Mère vénérée, donnée par Dieu aux chrétiens pour les instruire, les nourrir, les guider  ; elle est la création continue de l’amour que les hommes ont pour Dieu et pour l’Humanité, elle est leur œuvre et leur réussite  !

«  Mais enfin, direz-vous, ce peut être tout de même un progrès  ? Non. Une telle rêverie futuriste subit les lois de tout roman d’anticipation et le résultat en est pitoyable. Cela consiste en effet à supprimer toute limite, toute imperfection, toute difficulté, toute faiblesse de ce qu’on connaît présentement et inventer dans le vague, le nébuleux d’un autre chose qu’on n’arrive pas à fixer du tout, une Église de visionnaire qui devra répondre aux convoitises et aux caprices les plus insensés de l’homme actuel. Réfléchissez et voyez ce que cela peut donner  !

«  Ce sera une Église sans péché, mais sans pénitence; sans bruit d’argent autour de l’autel, mais sans besoin d’argent [pour cause d’anéantissement]; sans vieilles bonnes sœurs acariâtres mais sans chasteté  ; sans écoles “ libres ”, bien sûr, mais sans liberté du tout  ; sans persécutions mais sans vérité divine, etc. En bref, l’Église que veut la Secte, loin d’être un “ Signe de contradiction ” qui indique le Ciel, sera exactement l’épouse complaisante du Satan qui domine le Monde et lui donnera le peuple chrétien pour enfants et serviteurs. Cela fait frémir.  » (Lettre à mes amis n° 105 de mars 1962)

Sœur Lucie, elle, savait par le «  troisième secret  » ce qui se tramait  : l’Église «  à moitié en ruine  ». Mais le «  sang des martyrs  » fécondant les âmes. C’est ce qui se produit en Égypte, aujourd’hui  : «  La ferveur est perceptible dans les églises d’Égypte  : les attentats terroristes qui visent particulièrement les chrétiens depuis 2010 ont provoqué un regain de foi et de solidarité parmi les neuf millions de coptes rattachés au patriarche d’Alexandrie.  » (Le Figaro-Magazine du 15 décembre 2017)

Mais Lucie n’avait pas le droit de parler.

«  Je ne peux donner d’autres détails, continuait-elle en 1957, puisque c’est encore un Secret. Seuls le Saint-Père et Mgr l’évêque de Leiria pourraient le savoir, de par la volonté de la très Sainte Vierge, mais ils ne l’ont pas voulu pour ne pas être influencés. C’est la troisième partie du message de Notre-Dame qui restera secrète jusqu’à cette date de 1960.

«  Dites-leur, Père, que la Très Sainte Vierge, plusieurs fois, aussi bien à mes cousins François et Jacinthe qu’à moi-même, nous a dit que beaucoup de nations disparaîtront de la surface de la terre, que la Russie sera l’instrument du châtiment du Ciel pour le monde entier si nous n’obtenons pas auparavant la conversion de cette pauvre nation.

«  Le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge, et comme il sait ce qui offense le plus Dieu et qui, en peu de temps, lui fera gagner le plus grand nombre d’âmes, il fait tout pour gagner les âmes consacrées à Dieu, car de cette manière il laisse le champ des âmes sans défense, et ainsi il s’en emparera plus facilement.  »

Effectivement, toutes les statistiques indiquent une décadence vertigineuse du clergé et des congrégations religieuses à partir de 1962, ouverture du Concile  ! Conséquences  : l’impiété grandissante de notre société “ sécularisée ”, c’est-à-dire laissée «  sans défense  »  ! Puisque le Concile a abattu les murailles de la Cité de Dieu, l’ouvrant au monde et à Satan qui en est le Prince.

«  Dites-leur aussi, Père, que mes cousins François et Jacinthe se sont sacrifiés parce qu’ils ont toujours vu la Très Sainte Vierge très triste en toutes ses apparitions. Elle n’a jamais souri avec nous et cette tristesse, cette angoisse, que nous remarquions chez elle, à cause des offenses à Dieu et des châtiments qui menacent les pécheurs, pénétrait notre âme et nous ne savions qu’inventer en notre petite imagination enfantine comme moyens pour prier et faire des sacrifices.  »

Il est impossible de prendre à la légère ces considérations “ enfantines ”. Qui concordent très précisément avec celles de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus  : «  Jésus a pour nous un amour si incompréhensible qu’Il veut que nous ayons part avec lui au salut des âmes. Il ne veut rien faire sans nous. Le créateur de l’univers attend la prière d’une pauvre petite âme pour sauver les autres âmes rachetées comme elle au prix de tout son sang.  » (Lettre à Céline du 15 août 1892) Ça ne fait pas double emploi…

«  L’autre chose qui sanctifia les enfants vint de la vision de l’enfer. Voilà pourquoi, Père, ma mission n’est pas d’indiquer au monde les châtiments matériels qui arriveront certainement si, auparavant, le monde ne prie pas et ne fait pas pénitence. Non. Ma mission est d’indiquer à tous l’imminent danger où nous sommes de perdre notre âme à jamais si nous restons obstinés dans le péché.  »

Eh bien  ! face à cette terrifiante menace  :

«  N’attendons pas que vienne de Rome un appel à la pénitence de la part du Saint-Père pour le monde entier.  »

Elle disait cela en 1957, sous le règne de Pie XII finissant et agonisant dont les successeurs, «  marchant d’un pas vacillant  », accompliront à la lettre cette prophétie, depuis Jean XXIII jusqu’à François qui parle beaucoup de “ miséricorde ”, mais jamais de la conversion nécessaire pour en obtenir le fruit  !

«  N’attendons pas non plus qu’il vienne de nos évêques dans leur diocèse, ni non plus des congrégations religieuses. Non. Notre-­Seigneur a déjà utilisé bien souvent ces moyens et le monde n’en a pas fait cas.  »

Donc, Notre-Seigneur ne donnera plus sa grâce aux ordres religieux, qui vont dépérir et disparaître à partir de 1962, ouverture du Concile.

De fait, le Concile ne s’ouvrit pas sur un appel à la pénitence du pape Jean XXIII, le 11 octobre 1962, loin de là  !

«  Certes, il ne manque pas de doctrines et d’opinions fausses, de dangers dont il faut se mettre en garde et que l’on doit écarter, déclarait-il. Mais tout cela est si manifestement opposé aux principes d’honnêteté et porte des fruits si amers, qu’aujourd’hui les hommes semblent commencer à les condamner d’eux-mêmes.

«  L’Église n’a jamais cessé de s’opposer à ces erreurs, elles s’évanouissent comme brume au soleil. Elle les a même condamnées, et très sévèrement. Mais aujourd’hui l’Épouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine.  »

«  Le Concile qui vient de s’ouvrir est comme une aurore resplendissante qui se lève sur l’Église, et déjà les premiers rayons du soleil levant emplissent nos cœurs de douceur. Tout ici respire la sainteté et porte à la joie. Nous voyons des étoiles rehausser de leur éclat la majesté de ce temple, et ces étoiles, comme l’apôtre Jean nous en donne le témoignage (Ap 1, 20), c’est vous.  »

Relire cela plus de cinquante ans après, dans les ténèbres qui s’épaississent, donne la mesure de l’aveuglement de ce Pape… et de ses successeurs, jusqu’à François y compris  ! Terrible «  châtiment  »  !

Revenons à sœur Lucie  : «  C’est pourquoi, maintenant, il faut que chacun de nous commence lui-même sa propre réforme spirituelle. Chacun doit non seulement sauver son âme mais aussi toutes les âmes que Dieu a placées sur son chemin.  »

Nous sommes loin de la grande “ réforme ” dont le dogme principal est la “ liberté religieuse ” proclamée par le Concile comme un droit de la personne humaine, autonome, libre et indépendante  ! et de son corollaire, la condamnation de tout “ prosélytisme ”  !

Lucie rappelle que la conversion des âmes est une question de vie ou de mort éternelle pour chacune d’elles… et pour toutes celles que Dieu a placées sur leur chemin  !

«  La Très Sainte Vierge ne m’a pas dit que nous sommes dans les derniers temps du monde, mais je l’ai compris pour trois raisons  :

«  La première parce qu’elle m’a dit que le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge, et une bataille décisive est une bataille finale où l’on saura de quel côté est la victoire, de quel côté la défaite. Aussi, dès à présent, ou nous sommes à Dieu ou nous sommes au démon  ; il n’y a pas de moyen terme.  »

COMME «  AUX JOURS D’HÉRODE  »

Dans cette «  bataille  », l’heure de l’assaut final est venue. L’éditorial de La Croix du 3 janvier annonce la transformation de la France en antichambre de l’Enfer, comme furent jadis Sodome et Gomorrhe. Macron a été élu pour ça  ! Macron, c’est Hollande et Taubira qui continuent. En pire  !

«  Dans quelques jours, le 11 janvier exactement, sera lancée la consultation nationale “ citoyenne ” sur la PMA (procréation médicalement assistée) afin de déterminer si elle doit être étendue aux femmes célibataires et aux “ couples ” de lesbiennes. Le candidat Macron s’était engagé à cette consultation avant de légiférer, l’objectif étant de dégager le “ consensus le plus large possible ”. Cette consultation se fera dans le cadre des états généraux de la bioéthique. Mais le débat est déjà lancé dans les médias et le lobby homosexuel s’y montre très actif pour contester que le sujet relève de l’éthique, c’est-à-dire de la morale  ; pour lui il s’agit simplement d’un problème d’égalité républicaine entre citoyens, quelle que soit leur “ orientation sexuelle ”. Au niveau régional, la mise en place de ces débats est déjà… “ en marche ”. Puisque l’inspirateur, le chef de l’État, et l’organisateur, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) se sont officiellement prononcés en faveur de la “  PMA pour toutes ”, anticipant ainsi le résultat de la consultation.  » (Bulletin d’André Noël n° 2544, du 2 au 7 janvier 2018)

La Croix a cependant cru devoir «  prendre le pouls de l’opinion publique sur le sujet grâce à un sondage réalisé par l’Ifop en partenariat avec le Forum européen de bioéthique.  »

Les résultats ont de quoi alerter tous ceux qui se préoccupent encore du point de vue du Bon Dieu. Dont nous sommes peut-être les derniers  ! «  Les personnes interrogées dans ce sondage se déclarent en majorité favorables à la levée de l’interdiction des techniques de procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes et les femmes seules. Même souhait d’ouverture s’agissant de l’euthanasie ou du suicide assisté, et même de la gestation pour autrui (GPA).  »

Que croyez-vous qu’en pense La Croix  ?

«   Si l’on y est hostile, il faut regarder cette réalité en face. Certainement pas pour s’y résigner, mais pour entrer dans le débat qui s’ouvre avec des arguments plus affûtés. L’objectif doit d’abord être de faire réfléchir toutes les parties prenantes sur les conséquences que pourront avoir les décisions envisagées. Et souligner certaines contradictions.  »

C’est déjà ce qu’on a fait pour la loi Veil il y a quarante ans. Toutes les restrictions ont volé en éclats dès lors qu’on acceptait de discuter.

«  S’ils participent à ces débats, ceux qui combattent la PMA (Alliance Vita, la Manif pour tous, Sens commun…) seront priés d’en cautionner les conclusions puisqu’ils auront été “ entendus ”  », observe le Bulletin d’André Noël.

Mais le pire, c’est le niveau des objections de La Croix notre quotidien catholique  ! Écoutez ça  :

«   L’échantillon interrogé par l’Ifop se montre ainsi majoritairement favorable à la PMA pour toutes les femmes. Mais, simultanément, il se déclare massivement attaché au maintien de la gratuité et de l’anonymat des dons d’ovocytes et de spermatozoïdes. Or ces dons suffisent aujourd’hui difficilement à répondre aux besoins pour les PMA visant à pallier des infertilités liées à une pathologie. Si, demain, on autorise cette technique pour des célibataires et des couples de femmes, la pénurie s’aggravera. Comment organisera-t-on la file d’attente  ? Ou bien en viendra-t-on à rémunérer les donneurs, contrairement à un principe fondamental du système français de santé  ? Si l’on peut acheter des gamètes, pourquoi pas demain un rein

«  L’exemple peut paraître trivial [sic !] mais il permet de montrer comment, de pas en pas, on avance presque inopinément vers une technicisation et une marchandisation de la vie humaine. Le CCNE, en rendant le 15 juin dernier un avis favorable à l’élargissement de l’accès à la PMA, n’avait pas dissimulé un certain embarras sur la pénurie prévisible de gamètes.  » C’est tout  ?

Et voilà comment La Croix entraîne les derniers opposants potentiels à capituler devant le Diable. C’est bien ce que disait Lucie  : «  Aussi, dès à présent, où nous sommes à Dieu, ou nous sommes au Démon  ; il n’y a pas de moyen terme.  »

Le cardinal Luciani, futur Jean-Paul Ier, admirera ce “ radicalisme ”, en s’entretenant avec sœur Lucie en 1977. Tout le contraire du laxisme de Jean XXIII déclarant dans son Discours d’ouverture du concile Vatican II, le 11 octobre 1962, dans une inversion maligne des paroles de Notre-Dame  :

«  Il arrive souvent que dans l’exercice quotidien de Notre ministère apostolique, Nos oreilles soient offensées [le 13 octobre 1917, Notre-Dame suppliait : « Que l’on n’offense pas davantage Dieu Notre- Seigneur, car il est déjà trop offensé ! » Le pape Jean XXIII inverse diaboliquement les rôles !] en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse, de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités [ça, c’est contre le “ troisième secret ” qu’il vient de remettre au tiroir secret, secret…]; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés  ; ils se conduisent comme si l’histoire, qui est maîtresse de vie, n’avait rien à leur apprendre [sic !], et comme si du temps des Conciles d’autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les mœurs et la juste liberté de l’Église [bien sûr que non, et c’est précisément pour y remédier qu’on réunissait des Conciles].

«  Il nous semble nécessaire de dire Notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin.  »

C’est pourtant bien ce que Lucie voyait venir pour une deuxième raison  : «  Parce que Notre-Dame a dit, aussi bien à mes cousins qu’à moi-même, que Dieu donnait les deux derniers remèdes au monde  : le saint Rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, et ceux-ci étant les deux derniers remèdes, cela signifie qu’il n’y en a pas d’autres.  »

De cela aussi le cardinal Luciani était bien convaincu. Il en avait fait la parabole de la clé du Paradis que saint Pierre avait perdue  ! Une vieille dame vient à son secours en lui tendant son chapelet  ! C’est littéralement ce qui est arrivé. Les Actes du concile Vatican II ne contiennent pas une seule fois le mot de “ chapelet ”  !

«  Et, troisième raison, parce que toujours dans les plans de la divine Providence, lorsque Dieu va châtier le monde, il épuise auparavant tous les autres recours. Or, quand il a vu que le monde n’a fait cas d’aucun, alors, comme nous dirions dans notre façon imparfaite de parler, il nous offre avec une certaine crainte le dernier moyen de salut, sa Très Sainte Mère. Car si nous méprisons et repoussons cet ultime moyen, nous n’aurons plus le pardon du Ciel, parce que nous aurons commis un péché que l’Évangile appelle le péché contre l’Esprit-Saint, qui consiste à repousser ouvertement, en toute connaissance et volonté, le salut qu’on nous offre.  » Refuser le recours à la Sainte Vierge, c’est «  le péché contre l’Esprit-Saint  » dont Elle a reçu la plénitude.

«  Souvenons-nous que Jésus-Christ est un très bon Fils et qu’il ne permet pas que nous offensions et méprisions sa très Sainte Mère. Nous avons comme témoignage évident l’histoire de plusieurs siècles de l’Église qui, par des exemples terribles, nous montre comment Notre-­Seigneur Jésus-Christ a toujours pris la défense de l’honneur de sa Mère.  »

Il y a un exemple qui fut sûrement l’un de ceux auxquels pensait sœur Lucie puisqu’il concerne sa chère patrie  :

«  À Lisbonne, terrible date de l’histoire portugaise, le 1er novembre 1755, un grand tremblement de terre fut ressenti, dit-on, jusqu’à Moscou. Les palais, les maisons, les églises s’écroulèrent les uns sur les autres. Les habitants affolés se précipitèrent vers le Tage, pensant y trouver refuge. Mais, à ce moment précis, une immense vague les submergea tous… Quarante mille victimes  !

«  C’était la réponse du Ciel à l’impiété du marquis de Pombal qui chassa les jésuites, et prétendit abolir l’alliance du Portugal avec l’Immaculée. Cette destruction de Lisbonne fut considérée comme un châtiment de Dieu. Il faut noter toutefois que Notre-Dame de la Conception était restée intacte ainsi que la cathédrale (cf. Il est ressuscité n° 15, mars 2002, p. 32-33).

Les impies, tel Voltaire grinçant des dents et trempant sa plume dans le fiel de sa haine diabolique, se moquent des gens qui croient à un châtiment, tout comme nos modernes Pontifes, depuis Jean XXIII jusqu’à François répétant  : Dieu ne châtie pas  ! Dorénavant, c’est au sein de l’Église et en ses plus hauts sommets qu’éclatent de telles révoltes et offenses contre le Bon Dieu  !  ! Mais sœur Lucie éclairée, elle  ! des vraies lumières, celles du Ciel  ! et notre Père n’ont cessé de nous avertir pour nous détourner de l’abîme où nous nous précipitons.

Sœur Lucie  : «  Il y a deux moyens pour sauver le monde  : la prière et le sacrifice. Et donc, il y a le saint Rosaire. Regardez, Père  ! la Très Sainte Vierge, en ces derniers temps que nous vivons, a donné une efficacité nouvelle à la récitation du Rosaire.

«  De telle façon qu’il n’y a aucun problème, si difficile soit-il, temporel ou surtout spirituel, se rapportant à la vie personnelle de chacun de nous, de nos familles, que ce soient des familles qui vivent dans le monde ou des communautés religieuses, ou bien à la vie des peuples et des nations, il n’y a aucun problème, dis-je, si difficile soit-il, que nous ne puissions résoudre par la prière du saint Rosaire. Avec le saint Rosaire, nous nous sauverons, nous nous sanctifierons, nous consolerons Notre-Seigneur et nous obtiendrons le salut de beaucoup d’âmes.

«  Et donc, ayons la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, notre très Sainte Mère, en la considérant comme le siège de la clémence, de la bonté et du pardon, et comme la porte sûre pour entrer au Ciel.  »

La relation du Père Fuentes parut au Portugal le 22 juin 1959 dans le quotidien royaliste A Voz après avoir été publiée au Mexique, puis aux États-Unis. Son article suscita une violente réaction de la curie épiscopale de Coïmbre qui publia, dix jours après, le 2 juillet, un démenti prétendument de la voyante elle-même. C’était un coup bas contre Salazar que soutenait sœur Lucie  :

«  L’évêché de Coïmbre est autorisé à déclarer que sœur Lucie ayant dit, jusqu’à présent, tout ce qu’elle voulait et devait dire sur Fatima, et qu’on peut trouver dans les livres publiés sur Fatima, n’a rien dit de nouveau et, en conséquence, n’a autorisé personne à publier, tout au moins depuis février 1955, quoi que ce soit de nouveau qu’on puisse lui attribuer au sujet de Fatima.  »

En fait, tout ce qu’elle a dit au Père Fuentes était déjà dans “ les livres publiés sur Fatima ” mais à quoi bon… si personne n’en fait cas  ? Renvoyer les âmes à des “ livres ” alors qu’il s’agit de les avertir des châtiments éternels qui les attendent si elles n’obéissent pas aux demandes de la Sainte Vierge… écrites dans des livres  !… Comment ne pas y voir une rouerie du Diable pour détourner les âmes de ce cri de Lucie de 1957 qui est un écho direct de la peine de la Sainte Vierge  !

Remarquez bien que notre Père subira le même sort dix ans après la confidence de Lucie au Père Fuentes  :

Le 7 mars 1967, le Conseil permanent de l’épiscopat français s’empressa de publier une mise en garde, aussitôt répercutée par la presse  :

«  Monsieur l’Abbé Georges de Nantes, prêtre du diocèse de Grenoble, résidant dans le diocèse de Troyes, où il lui est interdit de célébrer la messe, publie et diffuse des lettres “ À mes amis ”, où il multiplie non seulement ses critiques mais ses attaques contre le Souverain Pontife, les Évêques et le Concile [comme Lucie en 1957 : « N’attendons pas que vienne de Rome un appel à la pénitence de la part du Saint-Père pour le monde entier. »]. Il affirme lui-même “ qu’il existe entre ce Pape, ce Concile, cette Église nouvelle et nous (lui et ses adeptes) une sorte d’excommunication permanente. ” Il n’y a donc pas lieu de prendre en considération ce qui est affirmé et développé dans ces lettres  ; et on ne doit pas les faire circuler.  »

Mais nos évêques se gardaient bien de citer le contexte, à savoir le discours de Paul VI, s’adressant à la Chine communiste pour faire l’éloge des Gardes rouges. Cette omission valait un aveu… Il était désormais interdit de dénoncer «  les erreurs de la Russie  » qui s’étaient «  répandues dans le monde  » et avaient gagné la Chine au communisme depuis 1949. «  Satan déambule librement dans l’Église  », dira notre Père en cette même année 1967, ce que savait le saint pape Jean-Paul Ier qui dira, lui aussi, semblablement l’année qui précéda son accession au suprême pontificat  : «  Satan est au Vatican.  »

Ainsi le Père Fuentes était-il publiquement accusé d’avoir inventé les propos qu’il attribuait à sœur Lucie. Pourtant, remarquera plus tard le Père Alonso, expert officiel de Fatima, «  ce que disait le Père Fuentes dans le texte authentique de sa conférence à la communauté religieuse mexicaine correspond certainement, pour l’essentiel, à ce qu’il avait entendu de Lucie, au cours de sa visite du 26 décembre 1957  ». Et à ce que le Père Alonso avait pu comprendre lui-même dans ses études du message de Fatima dont il était l’expert officiel. Tout était «  dans les livres publiés sur Fatima  »  !

Mais revenons aux suites de la retentissante déclaration de sœur Lucie au Père Fuentes. Il est remarquable que, personne au Portugal, et moins encore à Rome, ne dénonça publiquement le caractère mensonger du démenti de la curie de Coïmbre, parce que les fallacieuses théories du Père Dhanis contre le témoignage de la voyante y avaient peu à peu désorienté les esprits. Elles avaient jeté le discrédit sur sœur Lucie et donc sur les révélations de Fatima. Les réfutations documentées et décisives de ces théories, publiées par le Père Hubert Jongen et par deux jésuites portugais, les Pères Gonzaga da Fonseca et Agostinho Veloso, avaient été victimes d’un complot du silence.

En revanche, en France, avec une exceptionnelle clairvoyance, l’abbé Georges de Nantes discerna l’importance des déclarations de sœur Lucie au Père Fuentes, après en avoir pris connaissance dans la traduction italienne parue dans Messaggero del Cuore di Maria, nos 8-9, d’août-septembre 1961 à Rome. Il les publia en préface du tome 2 des Lettres à mes amis, à partir de la Pentecôte 1962 jusqu’à Noël 1964.

Pendant ce temps-là, sœur Lucie se trouvait de plus en plus isolée, en butte à une suspicion grandissante, même de la part de sa Mère prieure qui écrivait à un jeune prêtre portugais  :

«  La mission de sœur Marie-Lucie du Cœur Immaculé a été de transmettre le message de la Vierge. Ce qu’elle a fait avec exubérance [sic !]. Mais ne lui demandez pas qu’elle interprète ce qu’elle a écrit ou dit. Cela revient aux théologiens, à la hiérarchie, aux apôtres de Fatima que le Saint-Esprit suscite quand et où il lui plaît.  »

L’AVEUGLEMENT DE LA HIÉRARCHIE

Ces paroles, remarquait l’abbé de Nantes, sont «  injurieuses à Dieu, et mortelles pour tout le monde, parce qu’elles aboutissent à verrouiller toutes les communications du Ciel avec les pauvres humains. Le diable travaille à faire prévaloir dans l’Église cette idée, qui lui est si favorable, que les Cauchons l’emportent en autorité, en science et en grâce sur les Pucelles. Et qu’ils jugent en maîtres de ce qu’ils ont à faire, passant sous leur toise les envoyés de Dieu et n’étant soumis eux-mêmes à aucun jugement, ni de Dieu ni des hommes.  »

C’est ce que montre l’Encyclopédie Jésus, publiée par Mgr Doré, archevêque émérite de Strasbourg. S’il plaît à Dieu, nous opposerons à cet enseignement moderniste le lumineux commentaire des saintes Écritures que nous a laissé l’abbé de Nantes, notre Père… et le message de Fatima qui leur donne une force nouvelle…  !

En nous souvenant des terribles condamnations de saint Pie X dont l’abbé de Nantes, notre Père, fut le seul disciple fidèle avant, pendant et après le Concile  :

«  Après cela, il n’y a pas lieu de s’étonner si les modernistes poursuivent de toute leur malveillance, de toute leur acrimonie, les catholiques qui luttent vigoureusement pour l’Église. Il n’est sorte d’injures qu’ils ne vomissent contre eux. Celle d’ignorance et d’entêtement est la préférée. S’agit-il d’un adversaire que son érudition et sa vigueur d’esprit rendent redoutable  : ils chercheront à le réduire à l’impuissance en organisant autour de lui la conspiration du silence.

«  Conduite d’autant plus blâmable que, dans le même temps, sans fin ni mesure, ils accablent d’éloges qui se met de leur bord.

«  Un ouvrage paraît-il, respirant la nouveauté par tous ses pores  ; ils l’accueillent avec des applaudissements et des cris d’admiration. Plus un auteur aura apporté d’audace à battre en brèche l’antiquité, à saper la tradition et le magistère ecclésiastique, et plus ils le proclament savant.

«  Enfin, et c’est là un sujet de véritable horreur pour les bons, s’il arrive que l’un d’eux soit frappé par les condamnations de l’Église, les autres aussitôt de se presser autour de lui, de le combler d’éloges publics, de le vénérer presque comme un martyr de la vérité.

«  Les jeunes, étourdis et troublés par tout ce fracas de louanges et d’injures, de peur d’être traités d’ignorants, et ambitieux du titre de savants, la curiosité et l’orgueil les poussant, finissent par céder au courant et se jettent dans le modernisme.  » (Pascendi, 8 septembre 1907)

L’AVEUGLEMENT DU PAPE FRANÇOIS

Le pape François persiste à tenir de vains discours, aussi inopérants pour la paix en ce monde que pour le salut des âmes dans l’autre. Il rêve de se rendre en Chine. Pour soutenir les catholiques qui refusent le régime communiste, ou ceux qui l’acceptent  ? Les deux, mon capitaine… Ce qui revient à désarmer les courageux opposants, les persécutés, sous prétexte de faire “ l’union ”.

Sur la question de Jérusalem, il désavoue le président américain  : en expliquant que toute «  décision unilatérale  » ne peut que conduire à un nouveau conflit. Et que seule une voie négociée entre Israéliens et Palestiniens est la bonne issue «  qui permette la coexistence pacifique de deux États à l’intérieur de frontières définies entre eux et reconnues internationalement  ». Sur le même territoire  ? Comment fait-on  ?

Le conflit ne date pas d’hier  : il remonte à la tente d’Abraham, comme le rappelait saint Paul aux Galates  : «  Comme l’enfant de la chair – Ismaël – persécutait l’enfant de l’esprit – Isaac –, il en est encore ainsi maintenant.  » Vous me suivez… «  Eh bien  ! que dit l’Écriture  : Chasse la servante et son fils  », c’est-à-dire Agar et Ismaël, «  car il ne faut pas que le fils de la servante – Ismaël – hérite avec le fils de la femme libre.  »

Et, triomphant, saint Paul conclut  : «  Aussi, mes frères, ne sommes-nous pas enfants d’une servante mais de la femme libre.  » (Ga 4, 29-31)

Je continue mon application  : aujourd’hui, les enfants de la femme libre sont les enfants de Marie descendue sur la terre à Fatima pour établir la dévotion à son Cœur Immaculé, seule capable d’empêcher les âmes de marcher à l’enfer et de se faire la guerre, par la médiation de la Russie lorsque le Pape aura daigné la consacrer à son Cœur Immaculé.

frère Bruno de Jésus-Marie.