La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle

IL EST RESSUSCITÉ !

N° 153 – Juillet 2015

Rédaction : Frère Bruno Bonnet-Eymard


UN ANNIVERSAIRE OUBLIÉ :

LE 150e ANNIVERSAIRE DU SYLLABUS

par frère François de Marie des Anges

IL y a cinquante ans, notre Père, l’abbé de Nantes, remarquait que le centenaire du Syllabus avait été entièrement passé sous silence. Il expliquait  : «  L’Esprit nouveau, l’Esprit de Jean XXIII et de Vatican II, a en particulière horreur un document, le Syllabus.  » (Lettre au cardinal Ottaviani du 16 juillet 1966)

Le Syllabus constitue néanmoins un des actes du magistère pontifical les plus importants du dix-neuvième siècle  : c’est la condamnation des erreurs modernes par le bienheureux pape Pie IX.

L’année dernière, en 2014, son cent cinquantième anniversaire fut de nouveau négligé, oublié. Pourtant, notre Père, l’abbé de Nantes, l’a toujours considéré et célébré comme la charte de la Chrétienté des temps passés, mais aussi de celle qui renaîtra demain, certes moderne, mais gouvernée par les mêmes principes, dans la lumière vivifiante du Saint-Esprit, pour favoriser et prolonger le redressement de l’Église. Oui, cela se fera. Dieu le veut  !

C’était déjà la pensée et l’espérance des ultramontains et des légitimistes du dix-neuvième siècle, particulièrement de Mgr Freppel. Celui-ci écrivait  : «  Pour vaincre dans les luttes de la doctrine, il faut un guide sûr et qui ne puisse pas se tromper.  » Ce guide, nous l’avons, c’est Pie IX qui fit «  entendre au monde moderne ses solennels avertissements, dans un document fameux, vrai palladium de la société humaine en péril. Épouvantail pour ceux qui ne l’ont pas lu et qui ne le liront jamais, pierre d’achoppement pour ceux qui, l’ayant lu, n’ont pas eu l’esprit de le comprendre, colonne de lumière pour les hommes de bonne foi et de bonne volonté, qui, l’ayant lu et compris, ont eu la force et le courage de proclamer que le Syllabus porte dans ses flancs la restauration de la société chrétienne.  » (frère Pascal du Saint-­Sacrement, Mgr Freppel, t. 2, éd. CRC, p. 290)

Pour bien comprendre la teneur, la valeur dogmatique et la portée du Syllabus, nous commencerons par le situer dans son contexte historique. Cela ne nous éloignera pas de l’actualité, tant religieuse que politique  : nous verrons que le Syllabus pourrait devenir une «  colonne de lumière  » pour notre bien-aimé pape François.

En France, après la tourmente de la Révolution, l’Église connut au début du dix-neuvième siècle une merveilleuse renaissance, grâce au sang des martyrs et à l’élan donné par la Restauration.

Cependant, tout son avenir dépendait de son attitude face aux idées révolutionnaires.

L’Église allait-elle persévérer dans son opposition aux principes de 1789, dans sa réprobation et sa condamnation des théories démocratiques  ?

Ou bien s’engagerait-elle sur une voie nouvelle, répondant ainsi aux vœux de Félicité de Lamennais, visionnaire et prophète  ?

LA FOLIE DE LAMENNAIS, FAUX PROPHÈTE

Né en 1782, à Saint-Malo, enfant difficile, introverti, mais très intelligent, Félicité de Lamennais s’échappait souvent de la maison paternelle pour aller seul écouter et regarder les assauts de l’océan contre les rochers. «  Que fais-tu là, sur les vieux remparts  ?

– Je vois ce que les autres ne voient pas.  »

Félicité perd la foi sous l’influence des philosophes des Lumières, puis il la retrouve grâce à son frère Jean-Marie, mais il n’aura jamais de vraie vie mystique, d’amour intime de Jésus.

Ordonné prêtre en 1816, “ malgré lui ”, a-t-on dit, il se lance dans la lutte intellectuelle contre-révolutionnaire, avec toute sa passion, son génie, son immense talent littéraire.

Ultramontain, il critique la Charte de la Restauration, certes marquée par le vice du parlementarisme  : les ministres du gouvernement sont responsables non plus seulement devant le Roi, mais devant la Chambre des députés… Avec un zèle amer, ­Lamennais attaque le libéralisme de la Charte dans des campagnes outrancières, et prône la restauration de l’absolutisme pour le règne de Dieu.

Il a l’ambition de constituer une école de pensée avec la jeune élite d’intellectuels qui s’attachent à lui. Il les regroupe en Bretagne, dans son domaine familial, de La Chesnaie.

À la fin des années 1820, il vire à gauche. Les rois, Louis XVIII, Charles X, l’ont déçu, leur politique réaliste ne s’accorde pas avec ses imaginations fulgurantes. Sentant venir la révolution de 1830, il veut que l’Église abandonne les monarchies et embrasse la cause sacrée de la liberté des peuples. Cet exalté, ce paranoïaque, demande et exige une totale séparation de l’Église et de l’État, afin que l’Église puisse participer aux mouvements révolutionnaires, les animer et les conduire.

Félicité de Lamennais presse le Pape de prendre la tête de la grande insurrection des peuples contre les rois pour ouvrir les temps nouveaux d’une humanité réconciliée dans une démocratie universelle.

Le pape Grégoire XVI, religieux austère, érudit, démophile, le reçoit en audience le 13 mars 1832, avec ses deux compagnons, Lacordaire et Montalembert.

LES CONDAMNATIONS DE GRÉGOIRE XVI  :
L’ENCYCLIQUE MIRARI VOS

Après avoir examiné son appel, le Pape condamne ses prétentions, son programme et son action, dans l’encyclique Mirari vos du 15 août 1832.

Grégoire XVI rejette sa volonté de réformer l’Église  : «  Il est tout à fait absurde et souverainement injurieux pour elle que l’on mette en avant une certaine restauration et régénération comme nécessaire pour pourvoir à sa conservation et à son accroissement  ; comme si elle pouvait être exposée à la défaillance, à l’obscurcissement, ou à d’autres inconvénients de cette nature.  »

Le Pape énumère et réprouve les revendications du novateur contre le célibat ecclésiastique et contre la sainteté et l’indissolubilité du mariage.

Puis il condamne le droit de l’homme à la liberté sociale en matière religieuse  :

«  De la source infecte de l’indifférentisme découle cette maxime absurde et erronée, ou plutôt ce délire, qu’il faut assurer et garantir à qui que ce soit la liberté de conscience. On prépare la voie à cette pernicieuse erreur par la liberté d’opinion pleine et sans bornes qui se répand au loin pour le malheur de la société religieuse et civile, quelques-uns répétant avec une extrême impudence qu’il en résulte quelque avantage pour la religion. “ Mais, disait saint Augustin, qui peut mieux donner la mort à l’âme que la liberté de l’erreur  ?  ”  »

Précisons que ce droit de l’homme à la liberté religieuse repose sur deux principes  : d’une part, la dignité transcendante et inaliénable de tout être humain, dont les convictions religieuses ne doivent subir aucune entrave dans leurs manifestations publiques, d’autre part, l’incompétence de l’État en matière religieuse.

Grégoire XVI dénonçait «  la liberté de la presse, liberté funeste, dont on ne peut avoir assez d’horreur  ».

Il rappelait la nécessité de l’Index  : «  Il est assez évident combien est fausse, téméraire, injurieuse au Saint-Siège, et féconde en maux pour le peuple chrétien, la doctrine de ceux qui non seulement rejettent la censure des livres comme un joug trop onéreux, mais en sont venus à ce point de malignité qu’ils la présentent comme opposée aux principes du droit et de la justice, et qu’ils osent refuser à l’Église le droit de l’ordonner et de l’exercer.  »

Voici ensuite le jugement du Magistère souverain sur les mouvements insurrectionnels de 1830  :

«  Comme nous avons appris que des écrits semés parmi le peuple proclament certaines doctrines qui ébranlent la fidélité et la soumission dues aux princes, et qui allument partout les flambeaux de la révolte, il faudra empêcher avec soin que les peuples ainsi trompés ne soient entraînés hors de la ligne de leurs devoirs. Que tous considèrent que, suivant l’avis de l’Apôtre, “ il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu. Ainsi, celui qui résiste à la puissance résiste à l’ordre de Dieu, et ceux qui résistent s’attirent la condamnation à eux-mêmes. ” Ainsi, les lois divines et humaines s’élèvent contre ceux qui s’efforcent d’ébranler, par des trames honteuses de révolte et de sédition, la fidélité aux princes et de les précipiter du trône.  » Ces révolutionnaires «  n’apportent aux peuples que la servitude sous le masque de la liberté  ».

Le Pape condamne «  ceux qui veulent que l’Église soit séparée de l’État et que la concorde mutuelle de l’Empire avec le sacerdoce soit rompue. Car il est certain que cette concorde, qui fut toujours si favorable et si salutaire aux intérêts de la religion et à ceux de l’autorité civile, est redoutée par les partisans d’une liberté effrénée.

«  Aux autres causes d’amertume et d’inquiétude qui nous tourmentent et nous affligent principalement dans le danger commun, se sont jointes certaines associations et réunions, où l’on fait cause commune avec des gens de toutes religions, et même des fausses, et où, en feignant le respect pour la religion, mais vraiment par la soif de la nouveauté, et pour exciter partout des séditions, on préconise toute espèce de liberté, on excite des troubles contre le bien de l’Église et de l’État, on détruit l’autorité la plus respectable.  »

À la fin de l’encyclique, Grégoire XVI rappelait aux princes «  que le pouvoir leur a été donné non seulement pour le gouvernement du monde, mais surtout pour l’appui et la défense de l’Église   ». Assurément, «  la cause de la foi doit leur être plus chère que celle même de leur empire. Leur plus grand intérêt, nous le disons avec le pape saint Léon, “ est de voir ajouter, de la main du Seigneur, la couronne de la foi à leur diadème. ”

«  Établis comme les pères et les tuteurs des peuples, ils leur procureront un bonheur véritable et constant, l’abondance et la tranquillité, s’ils mettent leur principal soin à faire fleurir la religion et la piété envers le Dieu qui porte écrit sur son vêtement  : “ Roi des rois, Seigneur des Seigneurs. ”  »

LE PROGRESSISME DE L’APOSTAT.

Quelques mois après la condamnation «  définitive, irréformable  » de ses doctrines, Lamennais entre ouvertement en rébellion contre le Souverain Pontife en publiant ses Paroles d’un croyant. Par des images saisissantes, mais grossières, notre «  visionnaire fiévreux  » opère un renversement satanique  : il identifie au Mal toutes les hiérarchies et toutes les lois divines et humaines.

Grégoire XVI le condamne alors nommément dans l’encyclique Singulari nos du 7 juillet 1834.

Lamennais s’endurcit dans sa révolte. «  Je ne trahirai pas le peuple  », lance-t-il à ceux qui lui parlent de rétractation, de soumission.

En 1846, il publie une traduction des Évangiles avec une suite de commentaires et de notes où le christianisme se trouve déformé et travesti en progressisme politique et social.

Les récits de l’Annonciation et de la Nativité perdent tout caractère historique pour se réduire à être l’écho et le résultat de la méditation postérieure de l’Église primitive. Son interprétation révolutionnaire du Magnificat en fait l’expression des aspirations du genre humain à sa libération de tout pouvoir.

Le commentaire du dialogue de Jésus avec Pilate est particulièrement éloquent  :

«  Interrogé par les Pontifes, Jésus répond qu’il est le Christ  : interrogé par le gouverneur, le ministre de la force oppressive, il répond qu’il est Roi. Or Jésus représentait l’humanité entière, et il est vrai que, dans l’humanité, dans elle seule, réside la véritable royauté, la véritable souveraineté, droit universel, d’où dérive le droit parti­culier de chaque peuple.  » (Les Évangiles, traduction nouvelle, avec notes et réflexions, p. 172)

Faut-il souligner le caractère absolument blasphématoire d’une telle interprétation, reprise à la fin du vingtième siècle par saint (  ?) Jean-Paul II, selon laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ n’aurait revendiqué ni transcendance ni royauté propre et singulière  ; il se serait simplement présenté comme le témoin et le prophète de la royauté native de l’homme, de tout homme. Ainsi dépouillé de ses attributs divins, le Christ n’est plus que le symbole de l’homme s’engageant dans la lutte révolutionnaire contre les pouvoirs oppresseurs.

Dans la chambre de Lamennais, un buste de la République a remplacé la statue de la très Sainte Vierge.

Il mourut dans l’impénitence finale en 1854.

Certes, ses amis, les disciples qu’il avait réunis dans son domaine familial, l’avaient quitté. Mais, hélas  ! presque tous emportèrent dans leur esprit le virus de l’hérésie, comme l’explique notre Père  :

«  Lamennais a persuadé l’élite de l’élite que la révolution populaire est l’expression même du Saint-Esprit répandu dans le monde, qu’elle était donc sacrée, progressive et irrésistible.

«  Montalembert et Lacordaire ne renverseront jamais l’autel qu’ils ont dressé dans leur cœur pour un culte nouveau, face à l’autel de Dieu, et maintiendront l’impossible devise  : “ Dieu et la Liberté  ! ” Il est de Lacordaire ce mot affreux qui contient le germe de toutes les apostasies futures  : “ La première vertu aujourd’hui n’est pas la foi, c’est l’amour sincère de la liberté. ”  »

PIE IX REVIENT DE SON LIBÉRALISME

Après la mort de Grégoire XVI, le cardinal Mastaï fut élu Pape le 16 juin 1846, et prit le nom de Pie IX.

Les débuts de son pontificat furent dramatiques  : «  Le jeune et merveilleux pape Pie IX, intrépide docteur de la foi, sur le plan des idées politiques dites modernes s’était laissé quelque peu convaincre. Il ouvrait son pontificat par une encyclique très ferme sur la foi, mais se hâtait d’introduire dans ses États des progrès matériels souhaitables et des nouveautés constitutionnelles aventureuses. Le tout donnait au pontificat un petit air de changement et de libéralisme excitant.  » (Georges de Nantes, Pour une nouvelle Chrétienté, CRC n° 87, décembre 1974, p. 5-6)

Montalembert exultait  : «  Le pape Pie IX, en dix-huit mois de temps, a accordé à son peuple l’amnistie, la garde civique, l’organisation municipale, la Consulta, c’est-à-dire des réformes si considérables et si fécondes qu’il serait peut-être impossible de trouver, dans les annales d’aucun pays, d’aucun règne, l’exemple d’une générosité si spontanée et si complète.  »

En revanche, le futur cardinal Pie, alors vicaire général à Chartres, écrivait au comte de ­L’Estoile  : «  Les affaires du Pape vont mal. Je ne sais qu’en penser. Je crois qu’il fonde une confiance extrême sur l’empire de la bonté pour rapprocher les hommes, et qu’il ne sera détrompé qu’après de cruels mécomptes.  » (1er novembre 1846)

«  En quoi consistait son erreur, se demande notre Père, cette illusion dont le futur cardinal Pie prévoyait les pires conséquences pour l’Église  ? En ceci que Pie IX croyait séparer les peuples de leurs meneurs révolutionnaires, se rallier les uns en démasquant les desseins criminels des autres, par une concession large et spontanée aux désirs universels de modernisation du régime politique des États. Il fallait faire la part du feu  ? Mieux que cela  : satisfaire des revendications temporelles, somme toute acceptables, n’ayant pour objet que des “ superstructures ”, des formes variables, contingentes, de gouvernement, pour dissocier ces opinions nouvelles et honnêtes d’avec le poison philosophique et antireligieux que la Révolution y avait mêlé. En définitive, laisser la politique aux libres volontés populaires, pour mieux sauvegarder les droits souverains et l’autorité purement spirituelle de la religion.  » ( Lettre à mes amis n° 190 du 8 décembre 1964)

  1. 1848. La Révolution se propage en Italie. À Rome, des émeutiers exigent du Pape, sous forme d’ultimatum, l’abandon de son pouvoir temporel, la proclamation de la République, la déclaration de guerre à l’Autriche.

Admirable réponse de Pie IX  : «  Ce serait abdiquer. Je n’en ai pas le droit.  »

L’abbé de Nantes écrit  : «  L’insurrection de 1848, l’assassinat ignoble de Rossi, son Premier ministre, homme libéral s’il en fut, sa fuite dans les rues de Rome surchauffée par la maçonnerie et les sectes, suant de haine et de blasphème, démontrèrent à Pie IX que la Révolution est un tout, que la politique est le lieu de son règne et l’État populaire l’instrument de sa puissance absolue. On ne fait pas sa part à la Révolution, le Léviathan moderne. On ne lui cède pas les moindres droits, politiques, sociaux, économiques  ; on ne lui concède pas la moindre valeur théorique ou morale sans qu’elle y introduise aussitôt ses principes totalitaires de négation et de destruction radicales.

«  Pie IX revint dans les larmes, de son “ libéralisme politique ”, et le Syllabus est le témoin de sa rétractation.

«  L’Église serait dupe de reconnaître l’indépendance politique et la liberté sociale, en elles-mêmes légitimes, à un parti satanique qui ne rêve de s’en emparer que pour mettre l’Homme à la place de Dieu, ou plutôt Lucifer à la place de Jésus-Christ.  » ( ibid.)

RECOURS À L’IMMACULÉE

En exil à Gaète, Pie IX se confie totalement à l’Immaculée pour redresser le cours de son pontificat.

Dans l’encyclique Ubi primum du 2 février 1849, il exprime toute sa confiance dans la protection de Celle qui sauva toujours l’Église des plus graves périls, et il sollicite l’avis des évêques sur la procédure déjà engagée pour la définition du dogme de l’Immaculée Conception.

Leurs réponses furent dans l’ensemble très enthousiastes  : près de 90 % des évêques désiraient la proclamation du dogme, et la croyance en l’insigne privilège de Marie était indubitable dans leur clergé et leur peuple, à quelques exceptions près.

Après son retour à Rome, Pie IX se sentit poussé par «  une sorte de mouvement intérieur  » à associer, dans un même document, la définition de l’Immaculée Conception et la condamnation solennelle des erreurs modernes. C’est pourquoi il inspira un article, publié en février 1852 dans la Civilta cattolica, mensuel des jésuites de Rome, sous le titre Congruenze sociali di una definizione dogmatica sull’Immacolato Concepimento della B. V. Maria, Opportunités sociales d’une définition dogmatique de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie.

Son auteur, le Père Calvetti, observait que «  la guerre de Satan contre l’Église avait pris des proportions gigantesques  ».

Cinq «  étapes  » marquaient les avancées de Satan  : «  L’hérésie de Luther, le philosophisme (sic) du dix-huitième siècle, la révolution française, le socialisme moderne, enfin le rationalisme, dont le principe fondamental est la déification de la raison humaine, d’abord élevée au-dessus du dogme, puis du vrai en général, enfin identifiée à Dieu.

«  Ce système monstrueux a pour conséquence nécessaire ou, mieux, pour condition logique nécessaire, la négation absolue du péché originel, considéré comme un conte de fées ou un mythe. Selon pareil système, l’homme est intègre, parfait, saint de nature.

«  Le rationalisme envahit et corrompt la religion, la morale, la science, la littérature, les arts, la politique, la famille. Il menace de saper dans ses fondements toute la société humaine en la bouleversant selon son utopie.  »

Le Père Calvetti jugeait plus dangereuses encore les «  manœuvres hypocrites et rusées  » du “ semi-rationalisme ”.

Pour terrasser ces «  erreurs universellement répandues  » et en purifier l’Église, le Souverain Pontife pouvait procéder de deux manières.

La première, classique, consiste à définir et à condamner les erreurs. Ainsi le Pape s’adresserait-il à l’esprit et à l’intelligence des évêques et des fidèles en espérant leur adhésion à son enseignement.

Selon le Père Calvetti, cette condamnation doctrinale, impérativement requise, ne porterait que des fruits limités  : «  La gravité du mal que ces erreurs ont produit est si grande, la tiédeur de la charité est si commune, la somnolence des peuples est si profonde que le simple fait de condamner ces erreurs, de façon formelle et solennelle, n’aura que peu d’effets.  » De telles sentences «  éclaireront certes les esprits, mais sans toucher ni enflammer les cœurs  ».

SEMI-RATIONALISME

DANS son article paru dans la Civilta cattolica de février 1852, où il proposait de lier la condamnation des erreurs modernes à la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, le Père Calvetti dénonçait vigoureusement le semi-rationalisme comme une «  véritable plaie en Italie  »  :

«  Ces pseudo-catholiques ne divinisent pas la raison, du moins en termes explicites, mais ils lui attribuent une dignité supérieure  : tout en prétendant la concilier avec la foi, ils lui concèdent le primat absolu.

«  Ils admettent en paroles les deux ordres, l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, mais en pratique ils les confondent.

«  Ils ne nient pas le péché originel, mais ils en ignorent les conséquences et ils réprouvent la mortification de la chair et l’ascèse tant de l’esprit que des sens.

«  Ils croient en la béatitude de la vie future, mais ils veulent y parvenir par la félicité matérielle sur cette terre.

«  Ils acceptent un tribunal de vérité, mais ils ne le trouvent que dans l’opinion universelle proclamée maîtresse et reine du monde.

«  Ils admettent la nécessité d’un gouvernement, mais ils le veulent issu du peuple, et toujours dans sa dépendance par l’intermédiaire de ses mandataires. Le peuple est juge souverain et sans appel, sa volonté la seule loi au monde qui soit légitime.

«  Ils prétendent chasser du monde la misère, la douleur et le délit, par des mécanismes de gouvernement ou d’administration, imposés au peuple bon gré mal gré.

«  Ils protestent ne pas vouloir une nouvelle Église, une Église autre que l’Église catholique, mais ils la veulent “ modernisée ” et purifiée de je ne sais quelles taches.

«  Ils reconnaissent la rédemption du Christ, mais ils lui attribuent des fruits principalement humains et civils, visant à l’affranchissement politique des peuples et à l’amélioration des conditions de vie matérielles.  »

Ainsi, les erreurs des Pères Congar et de Lubac, qui triompheront au concile Vatican II, ne sont-elles que des vieilleries… du dix-neuvième siècle  !

POUR UNE VICTOIRE DÉCISIVE…
PAR L’IMMACULÉE

Le Père Calvetti proposait une autre manière de procéder, qui favoriserait énormément l’œuvre de la grâce.

Il remarquait d’abord que le rationalisme et le semi-rationalisme «  s’accordent à nier la faute originelle, soit en elle-même, soit en ses effets  ».

Or, si l’on croit au dogme de l’Immaculée Conception, on croit par le fait même au péché originel  : «  Si par un privilège singulier, Marie en fut préservée, la lignée d’Adam n’est ni pure, ni sainte à l’origine, mais viciée et coupable.  »

Ainsi, celui qui croit en l’Immaculée Conception doit réprouver la négation du péché originel et toutes les erreurs qui en découlent.

Ayant établi «  un rapport dialectique, un lien intime  » entre la définition du dogme marial et la condamnation explicite du rationalisme et du ­semi-rationalisme, le Père Calvetti demandait que l’une et l’autre chose soient associées dans la même bulle dogmatique, et il le demandait avec insistance parce qu’il en escomptait des fruits merveilleux.

En effet, la foi en l’Immaculée Conception tournerait ainsi au rejet des erreurs modernes. L’enthousiasme débordant des évêques et des fidèles pour cet insigne privilège, leur amour enflammé de la Vierge toute pure, les conduiraient à refuser toute compromission avec ces «  monstrueuses hérésies  ». Leurs esprits, grâce à leur ardente dévotion à l’Immaculée, ­adhéreraient totalement aux condamnations romaines.

«  Quel effet prodigieux obtiendrait-on si les peuples catholiques et leur clergé voyaient que la définition tellement attendue et espérée contenait la condamnation de toutes les erreurs qui infestent aujourd’hui l’Église et la société  !

«  En comprenant que ces erreurs s’opposent au mystère le plus cher qu’ils vénèrent en Marie, ne seraient-ils pas infailliblement portés à les détester et à les repousser  ? Leur élan de dévotion en faveur de ce singulier privilège de la Vierge, les inciterait à se défaire de toute ombre d’hérésie.

«  Par ce seul acte, l’Église obtiendrait un résultat décisif contre toutes les hérésies modernes et infligerait une défaite inattendue et définitive à ses ennemis.

«  En condamnant ces hérésies au moyen de la définition dogmatique de l’Immaculée Conception, se vérifierait ce que chante l’Église  :

«  Gaude Maria Virgo, cunctas hæreses Sola interemisti in universo mundo,

«  Réjouissez-vous, Vierge Marie  : Vous seule avez porté un coup mortel à toutes les hérésies dans le monde entier.  »

CONTRE UN SYLLABUS  :
LES MENÉES DES LIBÉRAUX

L’idée de Pie IX fut très mal accueillie, notamment par dom Guéranger, abbé de Solesmes. Reçu par le Pape le 29 février 1852, il la critiqua avec véhémence, demandant que soient préparés deux textes séparés. Il ignorait que c’était Pie IX lui-même qui avait inspiré l’article de la Civilta cattolica.

Comme la commission chargée de définir les erreurs à condamner n’avança guère dans son travail au cours des mois suivants, le Pape renonça à son projet  : il accepta finalement de dissocier la définition de l’Immaculée Conception et la condamnation des erreurs modernes.

Après la proclamation solennelle du dogme de l’Immaculée Conception, le 8 décembre 1854, en présence de deux cents évêques et cardinaux, Pie IX ordonna à la commission qui l’avait préparée de se remettre au travail sur le projet d’un Syllabus, c’est-à-dire d’une liste d’erreurs à condamner.

Quelques années plus tard, le 23 juillet 1860, Mgr Gerbet, évêque de Perpignan, publia une Instruction sur les erreurs du temps présent.

Trente ans auparavant, le jeune abbé Gerbet avait été ami et disciple de Lamennais, à La Chesnaie. Ayant partagé ses idées, il les connaissait à fond et, depuis leur condamnation par Grégoire XVI, il les combattait. À son Instruction pastorale, l’évêque avait joint un catalogue de quatre-vingt-cinq propositions erronées. Pie IX l’apprécia beaucoup et voulut que ce document servît de base aux travaux de la commission qui préparait le Syllabus.

En juin 1862, de nombreux évêques se rendirent à Rome pour la canonisation des “ martyrs japonais ”. Le Pape leur communiqua le texte préparé par les théologiens. Ils devaient l’examiner, sous le sceau du secret, aidés d’un théologien de leur choix, et renvoyer dans les deux mois leurs remarques à Rome. Pie IX souhaitait, de plus, que les évêques présents s’expriment dans une déclaration solennelle contre les erreurs modernes, donnant ainsi un assentiment global à son projet. Mais Mgr Dupanloup usa de toute son influence pour faire échec à cette déclaration.

Cependant, bravant la sournoise opposition des évêques libéraux, le Pape critiqua sévèrement, dans son allocution Maxima quidem, les principes modernes qui tendaient à affranchir la philosophie, la morale et la politique du contrôle de la religion  ; il y dénonçait ces «  erreurs pestilentielles  » et y exposait déjà neuf des propositions du Syllabus.

Avant de quitter Rome, Mgr Dupanloup fit encore pression sur le Pape  : ce projet de Syllabus, lui disait-il, n’est qu’une copie de celui de Mgr Gerbet. Il feignait de regretter que son «  origine n’en fût pas romaine  » (sic  !).

De plus, l’évêque d’Orléans prétendait que, dans les circonstances présentes, la publication d’un tel document soulèverait un terrible «  orage  ». Ainsi, annonçait-il un orage… qu’il allait lui-même déclencher  ! et dont, par avance, il rendait le Pape responsable  ! «  Voilà tout le personnage Dupanloup, remarque frère Pascal. Grand provocateur et grand diviseur, il prêche la paix, au même moment où il part en guerre  !  » (Mgr Freppel, t. 1, p. 261)

Pour déclencher la guerre, une indiscrétion fut commise auprès d’un hebdomadaire italien hostile au Saint-Siège, Il mediatore. En octobre 1862, ce périodique annonçait le document pontifical et imprimait même dans ses colonnes les propositions qui allaient être condamnées. Ce fut un charivari de tous les ennemis de l’Église, tant des sectes franc-maçonnes que des libéraux catholiques. Ceux-ci manœuvraient et complotaient. Le journaliste Léopold de Gaillard écrivait à une amie  : «  Ne brusquons rien, mais ne reculons pas. Condamnés ou non, les principes de 1789 seront, avant vingt-cinq ans, l’esprit et la loi de tous les peuples civilisés.  »

POUR UN SYLLABUS  :
SUPPLIQUES ET LABEUR DES ULTRAMONTAINS

Pie IX fut contraint de surseoir. Il nomma une nouvelle commission, cette fois entièrement romaine  ! pour la rédaction d’un nouveau texte.

Depuis le début de son pontificat, Pie IX avait signalé et proscrit, à maintes reprises, les erreurs modernes les plus répandues. Si bien que pour établir la liste des propositions à condamner, on procéda de la manière suivante  :

On avait sous les yeux, d’un côté, les erreurs du temps présent dénoncées au Saint-Siège par les évêques et de savants laïcs avec les commentaires qu’ils en avaient faits  ; d’un autre côté, les encycliques, les lettres apostoliques et les allocutions de Pie IX, et l’on cherchait quelles étaient celles où les erreurs avaient été condamnées.

Remarquons-le bien, le Syllabus ne va pas être une œuvre passagère, circonstancielle, il est une résultante, une synthèse d’enseignements doctrinaux antérieurs.

Renan publia sa Vie de Jésus en 1863. Les ultramontains encourageaient le Pape à agir vite et fermement contre les rationalistes, mais aussi contre les libéraux catholiques.

Dom Pitra, le «  plus savant des moines de Solesmes  », disait dom Léon Robert, appelé à Rome en 1858, et nommé cardinal, adressa en 1863 un Mémoire à Pie IX. Il y dénonçait les libéraux comme un «  parti  »  : «  Il prend de plus en plus les allures de Port-Royal, tantôt timides, tantôt audacieuses, jamais franches.  »

Le cardinal en soulignait le caractère sectaire  : «  Ce parti connaît la science des subterfuges, des demi-rétractations, des réclames, des fausses nouvelles et des rectifications de gazette, des interventions officielles et officieuses, et des manœuvres diplomatiques.  »

Dom Pitra insistait sur la nécessité d’une con­damnation claire et ferme  : «  Des motifs infiniment respectables ont amené des hésitations, des temporisations analogues à celles dont on se servit pour l’école janséniste. Il y aurait à craindre que l’Église eût pour longtemps un nouveau chancre attaché à son flanc, si un remède énergique ne conjure pas le danger.  »

Fin août 1863, le congrès de Malines, en Belgique, offrit une tribune formidable aux libéraux catholiques.

«  Montalembert, écrit notre Père, y proclame la charte des temps modernes  : “ l’Église libre dans l’État libre ”. Il faudra que l’Église s’accommode de la liberté, économique, sociale, philosophique et religieuse, aujourd’hui, comme du socialisme collectiviste de demain. Les libéraux ont confiance en l’Homme, et en l’État. S’ils défendent l’Église dans leur parlement, c’est en définitive pour l’amener, elle, à se soumettre à l’idéologie de Liberté qui est le fondement des sociétés modernes. Paraissant lutter pour les droits de Dieu, dans la démocratie, ils luttent plus encore pour contraindre l’Église de Dieu à reconnaître les droits de l’Homme.

«  Telle est “ la réconciliation de l’Église et de la Révolution ” qu’ils préconisent.

«  Dans le respect égal de toutes les croyances, l’État moderne, laïque dans ses principes, est foncièrement athée. Sans droit divin, sans principe surnaturel, sans tradition, mais souverain dans tous les domaines de la vie publique, il sera sans limites et sans frein, donc despotique, immoral, révolutionnaire.

«  Voilà toute la vie sociale arrachée au Christ et à l’Église, mais soumise à la religion de l’Homme. L’étape de l’apostasie est franchie.  »

Le discours de Montalembert scandalisa certains de ses auditeurs, notamment le cardinal Wiseman. Si bien qu’à Rome le futur cardinal Luigi Bilio, consulteur de la Congrégation du Saint-Office, fut chargé de l’étudier.

La clarté de l’analyse critique du Père Bilio fut très appréciée par le Pape qui lui demanda d’achever la rédaction du Syllabus, en précisant pour chaque proposition les actes pontificaux où elle se trouvait déjà condamnée.

L’ENCYCLIQUE QUANTA CURA

L’encyclique Quanta cura, qui introduit et explique le Syllabus, fut publiée le 8 décembre 1864, c’est-à-dire pour le dixième anniversaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, afin de le placer sous la protection de «  l’Immaculée et très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie qui a détruit toutes les hérésies dans le monde entier, et qui, notre Mère très aimante à tous, “ est toute suave… et pleine de miséricorde… se montre exorable à tous, très clémente à tous, compatit aux misères de tous avec la plus large affection ” (saint Bernard). Comme Reine, debout à la droite de son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, tout enveloppée dans un vêtement d’or, il n’y a rien qu’elle ne puisse obtenir de Lui.  »

Pie IX voulait poursuivre l’œuvre de ses prédécesseurs, particulièrement de Grégoire XVI, afin de préserver «  le troupeau du Seigneur de pâturages empoisonnés. Oui, vraiment ils se montrèrent les défenseurs et les vengeurs de l’auguste religion catholique, de la vérité et de la justice  : soucieux, avant tout, du salut des âmes, ils n’ont jamais rien eu plus à cœur que de découvrir et de condamner par leurs très sages Lettres et Constitutions toutes les hérésies et les erreurs qui, contraires à notre foi divine, à la doctrine de l’Église catholique, à l’honnêteté des mœurs et au salut éternel des hommes, ont fréquemment soulevé de violentes tempêtes et lamentablement souillé l’Église et la cité.  »

Pie IX faisait appel au zèle et à la sollicitude pastorale des évêques pour «  terrasser  » les erreurs des libéraux catholiques  :

«  Ces opinions trompeuses et perverses sont d’autant plus détestables qu’elles visent principalement à entraver et renverser cette puissance de salut que l’Église catholique, en vertu de la mission et du mandat reçus de son divin Auteur, doit exercer librement jusqu’à la consommation des siècles, non moins à l’égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs. Elles cherchent à faire disparaître cette mutuelle alliance et cette concorde entre le Sacerdoce et l’Empire, qui s’est toujours avérée propice et salutaire à la religion et à la société.

«  Et de fait, vous le savez parfaitement, Vénérables frères, il s’en trouve beaucoup aujourd’hui pour appliquer à la société civile le principe impie et absurde du “ naturalisme ”, comme ils l’appellent, et pour oser enseigner que “ le meilleur régime politique et le progrès de la vie civile exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la religion que si elle n’existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie et les fausses religions ”. Et contre la doctrine de la sainte Écriture, de l’Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que “ la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n’est dans la mesure où la tranquillité publique le demande. ”  »

Dans un manuscrit inédit, notre Père commentait  : «  Ainsi Pie IX déclarait-il contraire à la foi, contraire au règne de Jésus-Christ les principes selon lesquels le pouvoir politique est autonome, laïc… et le pouvoir ecclésiastique libre par rapport à lui, en principe  ! l’ignorant autant qu’il serait ignoré de lui.  » (31 janvier 1988)

Le Pape condamnait la liberté sociale en matière religieuse  : «  À partir de cette idée tout à fait fausse du gouvernement des sociétés, ils ne craignent pas de soutenir cette opinion erronée, funeste au maximum pour l’Église catholique et le salut des âmes, que Notre prédécesseur Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, qualifiait de “ délire ”  : “ La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme. Ce droit doit être proclamé et garanti par la loi dans toute société bien organisée. Les citoyens ont droit à l’entière liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions quelles qu’elles soient, par les moyens de la parole, de l’imprimé ou toute autre méthode sans que l’autorité civile ni ecclésiastique puisse lui imposer une limite. ”

«  Or, en donnant pour certitudes des opinions hasardeuses, ils ne pensent ni ne se rendent compte qu’ils prêchent “ la liberté de perdition ” (saint ­Augustin), et que “ s’il est permis à toutes les convictions humaines de décider de tout librement, il n’en manquera jamais pour oser résister à la vérité et faire confiance au verbiage d’une sagesse tout humaine. On sait cependant combien la foi et la sagesse chrétiennes doivent éviter cette vanité si dommageable, selon l’enseignement même de Notre-­Seigneur Jésus-Christ ” (saint Léon). 

«  Quand la religion est bannie de la société civile, la doctrine et l’autorité de la révélation divine répudiées, la pure notion même de la justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la justice et du vrai droit… Une société soustraite aux lois de la religion et de la vraie justice ne peut avoir d’autre but que d’amasser, d’accumuler des richesses, et dans tous ses actes d’autre loi que l’indomptable désir de satisfaire ses passions et de se procurer des jouissances  !  »

Assurément, une telle société laïque, athée, est «  vouée aux puissances tyranniques de l’argent et des sociétés secrètes. Le peuple croit régner, il est asservi  », remarque notre Père.

LES QUATRE-VINGTS PROPOSITIONS
CONDAMNÉES

Le Syllabus commençait par condamner le panthéisme, le naturalisme, le rationalisme  : «  Tous les dogmes de la franc-maçonnerie, toute la théorie des droits de l’Homme, de l’État, du Peuple-Dieu s’y trouvaient définis et rejetés.  » (Lettre à mes amis n° 190)

Notre Père synthétise en quelques mots les doctrines condamnées  : «  La raison doit tout établir selon de nouveaux principes, au-delà de toute communauté historique. Elle est la règle souveraine. La religion est soumise à ses caprices modernes.

«  Un droit nouveau en résultera  : primauté absolue du droit civil.

«  L’origine de la vérité et du droit se trouve en l’homme.  » C’est une «  victoire de l’individu  »… contre la société, contre la famille.

«  Le pouvoir civil définit tous les droits, il est sans limite  !  » Donc, «  il définit les droits de l’Église et limite son pouvoir  » (G. de Nantes, notes manuscrites, 1949).

Alors que, selon la doctrine catholique, rappelée par le Syllabus, «  l’Église a un droit antérieur au droit civil  ». Elle jouit de droits propres et constants qui lui ont été conférés par son divin Fondateur.

Ainsi, sont condamnées les propositions suivantes  :

«  La science des choses philosophiques et morales, de même que les lois civiles, peuvent et doivent être soustraites à l’autorité divine et ecclésiastique.  » (n° 57)

«  L’autorité n’est pas autre chose que la somme du nombre et des forces matérielles.  » (n° 60)

Si l’autorité publique vient de la multitude, c’est que cette multitude est la source de tout droit et de tout pouvoir. C’est la théorie démocratique qui est condamnée ici. Selon la morale chrétienne, révélée, tout pouvoir vient de Dieu.

Autre proposition condamnée  : «  L’Église doit être séparée de l’État et l’État séparé de l’Église.  » (n° 55)

Ces propositions sont nettes et claires comme le jour en plein midi. Elles ne souffrent nulle autre interprétation que leur sens obvie.

Voici la soixante-dix-septième  : «  À notre époque, il n’est plus expédient de considérer la religion catholique comme l’unique religion d’un État, à l’exclusion de tous les autres cultes.  »

Ainsi Pie IX réprouvait-il la laïcisation des États catholiques. Il enseignait, au contraire, que les États catholiques doivent être défendus ou restaurés.

Le Syllabus rappelle et rétablit la royauté divine et humaine de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur les peuples et sur les pouvoirs humains.

Voici la quatre-vingtième et dernière proposition condamnée  : «  Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne.  »

Par «  civilisation moderne  », il ne faut pas entendre les progrès des sciences, des techniques, de l’industrie, mais les «  insanités de 1789  », comme disait le cardinal Pitra. Pie IX l’a lui-même expliqué dans son allocution Jamdudum cernimus du 18 mars 1861.

En Italie, le Syllabus fut reçu avec docilité par les évêques qui organisèrent diverses cérémonies et rassemblements pour exprimer au Pape leur reconnaissance filiale. À Turin, cent cinquante mille fidèles y prirent part.

L’ENDURCISSEMENT DES LIBÉRAUX CATHOLIQUES

En revanche, en France, les libéraux catholiques, impénitents  ! cherchèrent par tous les moyens à atténuer ces condamnations. Pour cela, ils rusèrent, employant plusieurs subterfuges.

Les rebelles à son enseignement ont prétendu que le Syllabus n’était qu’un simple catalogue de propositions dressé par un anonyme, un recueil qui n’apportait rien par rapport aux enseignements antérieurs du Magistère.

On remarque, au contraire, que Pie IX prononça un jugement très ferme et sans équivoque  : «  Nous réprouvons par Notre autorité apostolique, Nous proscrivons, Nous condamnons, Nous voulons et ordonnons que tous les enfants de l’Église catholique tiennent pour réprouvées, proscrites et condamnées toutes et chacune des mauvaises opinions et doctrines signalées en détail dans les présentes Lettres.  »

À vrai dire, le Syllabus est un acte doctrinal pontifical qui a une autorité propre, distincte de celle des documents dont ses propositions sont extraites.

Par exemple la soixante-dix-neuvième proposition est extraite de l’allocution de Pie IX du 26 juillet 1855, protestant contre le gouvernement espagnol qui avait abrogé certains articles du concordat en vertu de ce principe condamné par le Syllabus  :

«  Il est faux que la liberté civile de tous les cultes et que le plein pouvoir laissé à tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pensées et toutes leurs opinions, jettent plus facilement les peuples dans la corruption des mœurs et de l’esprit, et propagent la peste de l’indifférentisme.  »

Ainsi, la proposition du Syllabus dégage de la plainte douloureuse du Pape l’un des principes du libéralisme, et l’énonce d’une façon plus précise. Ce n’est plus une simple protestation contre la politique d’un gouvernement, c’est une doctrine qui est réprouvée d’une façon très nette. La condamnation vaut pour tous les pays et tous les temps.

PARADE DIABOLIQUE.

La brochure de Mgr Dupanloup, La Convention du 15 septembre et l’encyclique du 8 décembre, connut le plus vaste retentissement avec une diffusion de cent mille exemplaires en six mois. Montalembert avouera  : «  L’évêque a fait un véritable tour de force, ni plus ni moins  ; sa brochure est un chef-d’œuvre d’éloquent escamotage.  »

Une «  parade diabolique  », dira notre Père.

Mgr Dupanloup introduisait la subtile distinction entre “ la thèse ” et “ l’hypothèse ”  : l’encyclique donne certes l’idéal, “ la thèse ” d’une société entièrement chrétienne, mais puisque dans la pratique, dans “ l’hypothèse ”, la société est laïque, il faut se plier aux conditions présentes, actuelles, réelles  !

Ainsi, l’hypothèse renversait la thèse, du moins dans les faits.

Certes, l’Église avait toujours recommandé, en certaines circonstances, «  la “ tolérance du mal  ” à côté du “ droit divin ” de tout bien. Mais là, observe notre Père, après le coup de chapeau ou la génuflexion devant la royauté universelle, politique et sociale de Jésus-Christ, c’était la reprise comme forcée de la vie démocratique, libérale, capitaliste et maçonnique dans le cadre et les principes hérités de la Révolution de 1789.  »

Dans sa biographie de Mgr Freppel, frère Pascal dénoue les fils des intrigues des libéraux qui voulaient obtenir de Pie IX une lettre élogieuse pour Mgr Dupanloup. Peine perdue  ! Les francs éloges seront finalement tournés, non pas vers Mgr Dupanloup, mais vers les évêques qui «  ont pris le soin, dira le Pape, de prémunir leurs fidèles contre le danger des erreurs condamnées par Nous et qui ont fait profession de les détester absolument dans le même sens que Nous les avons réprouvées  ».

ADMONESTATION DE PIE IX

Pie IX était très conscient des oppositions qu’il rencontrait en France. Il voyait bien qu’il n’arrivait pas à en extirper le libéralisme. En témoigne sa paternelle admonestation adressée à des pèlerins français conduits par Mgr Forcade, évêque de Nevers, en 1871  :

«  Je dois dire la vérité à la France.

«  Je me souviens d’un Français haut placé, que j’ai connu ici, à Rome. C’était un honnête homme, pratiquant bien sa religion. Mais il avait certains principes étranges. Il me disait, par exemple, que la loi civile doit être athée, que nous devons protéger toutes les croyances également, erreur comme vérité. Nous nous entendions sur beaucoup de points, jamais sur celui-là.

«  Mes chers enfants, je souhaite que mes paroles vous expriment bien ce que j’ai sur le cœur. Ce qui afflige votre pays et l’empêche de mériter les bénédictions de Dieu, c’est ce mélange des principes. Vous êtes catholiques, mais individuellement  ; la nation a cessé de l’être comme nation depuis quatre-vingts ans.

«  La loi ne tient aucun compte, par exemple, du repos du septième jour, qui est un commandement de Dieu. Jamais elle ne prescrit ces prières nationales, ces jeûnes nationaux que d’autres pays, quoique en majorité protestants, ont retenus du temps où ils étaient catholiques.

«  Je dirai le mot. Ce que je crains pour vous, ce ne sont pas ces misérables de la Commune de Paris, vrais démons échappés de l’enfer… Ce que je crains, c’est ce libéralisme catholique qui est le véritable fléau, ce système fatal, qui rêve toujours d’accommoder deux choses irréconciliables, l’Église et la Révolution. Je l’ai déjà condamné, mais je le condamnerais encore quarante fois, s’il le fallait.

«  Il faut sans doute pratiquer la charité, aimer nos frères errants  ; mais pour cela, il n’est pas besoin d’amnistier l’erreur et de supprimer, par égard pour elle, les droits de la vérité.  » (Villefranche, Pie IX, sa vie, son histoire, son siècle, 1878, p. 362-363; Barbier, Histoire du catholicisme libéral, 1923, t. 1, p. 214)

Dans la formule de consécration au Sacré-Cœur que Pie IX proposa aux évêques de prononcer en 1875, on discerne encore son lourd souci  :

«  Ô Jésus, mon Rédempteur et mon Dieu, nonobstant le grand amour qui vous a porté à répandre tout votre Sang précieux pour les hommes, ils ne vous refusent pas seulement leur amour, mais ils vous offensent, vous outragent, blasphèment votre nom et profanent les jours consacrés à votre culte […].

«  Je voudrais pouvoir désabuser ces catholiques qui, tout en se distinguant par les œuvres extérieures de charité, demeurent trop attachés à leurs opinions, répugnent à se soumettre aux décisions du Saint-Siège, ou nourrissent des sentiments peu conformes à son enseignement.  »

«  Les erreurs des catholiques libéraux avaient ainsi obtenu une mention aussi formelle que méritée  », écrit Mgr Freppel qui recevait l’enseignement de Pie IX avec docilité et intelligence.

Pour lui, la souveraineté de Jésus-Christ devait être reconnue dans l’État comme dans l’Église. Si chacune des deux sociétés garde son autonomie dans le domaine qui lui est propre, elles ne peuvent être séparées puisqu’elles ont le même Seigneur et Maître. Heureusement concertées, elles concourent au même but  : le bien et le salut des âmes et des sociétés par une soumission entière au Christ-Roi et à sa loi évangélique.

«  Le salut, écrivait Mgr Freppel, c’est le Christ replacé au sommet des intelligences et au plus profond des cœurs  ; le Christ reprenant possession du foyer domestique et de la cité  ; le Christ pénétrant de sa doctrine l’enseignement, la législation, l’autorité  ; le Christ en haut, en bas, au milieu, partout  ; le Christ Roi et Père, Juge et Sauveur, Lumière et Vie.  » (frère Pascal, t. 2, p. 290)

LÉON XIII LE LIBÉRAL

Le bienheureux Pie IX désirait avoir pour successeur le cardinal Bilio, qui avait achevé la rédaction du Syllabus. Mais il pressentait que le cardinal Pecci, archevêque de Pérouse, allait l’emporter lors du conclave qui suivrait sa mort. Frère Pascal rapporte que Pie IX aurait confié à l’un de ses proches  : «  Mourir, c’est peu de chose  ; mais ce qui me peine, c’est la pensée que j’aurai pour successeur le cardinal Pecci qui perdrait l’Église, s’il était possible, par sa politique et sa diplomatie.  »

De fait, celui-ci, devenu le pape Léon XIII, pratiqua une diplomatie de complaisance avec les gouvernements maçonniques et libéraux, imposant aux catholiques de se rallier aux institutions politiques modernes, foncièrement antichrétiennes  !

Aux catholiques français, il ordonna le ralliement à la République en 1892, alors que celle-ci avait déjà entrepris la laïcisation du pays  : abolition de l’aumônerie militaire, suppression des crucifix dans les écoles et dans les lieux publics, les religieuses exclues des hôpitaux de Paris et de l’enseignement secondaire des jeunes filles, liberté d’enterrement civil, loi sur le divorce.

On pourra relire la triste histoire des persécutions contre les congrégations religieuses et les établissements catholiques d’enseignement, sous les présidences de Waldeck-Rousseau et d’Émile Combes (Il est ressuscité, n° 42, p. 7-22). L’opposition des catholiques intransigeants aux lois et aux décrets des francs-maçons fut constamment désavouée et cassée par les consignes et les ordres de Léon XIII.

Le 27 juin 1902, Émile Combes décidait la fermeture, par décret, de cent trente-cinq écoles primaires tenues par des congrégations autorisées et, le 15 juillet, il imposait, par simple circulaire ministérielle, cette fois, la fermeture sous huit jours de trois mille établissements, fondés antérieurement à la loi sur les associations, de 1901, donnant ainsi une portée rétroactive à cette loi.

Trois mille religieux prêcheurs et seize mille religieux enseignants répartis en mille neuf cent treize établissements, ainsi que quarante mille religieuses qui enseignaient à un demi-million d’élèves, durent ou s’exiler, ou se séculariser, le gouvernement les obligeant alors à quitter complètement leur congrégation  : ils devaient être dispensés de leurs vœux, quitter tout habit religieux et revêtir des vêtements laïcs, avoir un contrat de travail en bonne et due forme, posséder un compte en banque et s’adonner aux divertissements, s’établir dans une autre ville que celle où ils demeuraient en tant que religieux, et ne plus avoir de relations avec leurs supérieurs.

La plupart des évêques, qui suivaient les directives du Pape, acceptèrent cette sécularisation réelle pour leurs congrégations diocésaines. Presque tous ces religieux sécularisés se détachèrent pour toujours de leur congrégation.

Les conséquences de la politique de Léon XIII furent partout dramatiques. «  La “ léontreizine ”, comme disait notre Père, réduisit l’Église et les États catholiques à l’impuissance en face de leurs ennemis, et précipita leur décadence. Le pape Léon XIII était le responsable direct de cette situation.  »

On remarque que, dans son acte de consécration du monde au Sacré-Cœur, de 1899, toute allusion à la conversion des libéraux catholiques avait disparu, «  et pour cause  ! puisque Léon XIII était lui-même atteint du mal qui ravageait l’Église à la fin de son pontificat  : le libéralisme  » (sœur Muriel du Divin Cœur, Le secret de la bienheureuse Marie du Divin Cœur, éd. CRC, p. 311 et 350).

SAINT PIE X RENOUE AVEC PIE IX

Son successeur, saint Pie X, renoua avec la sagesse et la fermeté du bienheureux Pie IX.

«  Il parut tout de suite, écrit notre Père, que le Pape prendrait la défense de la vérité et qu’il combattrait, de toutes les armes que lui mettait en main le Souverain Pontificat, l’erreur qui blessait son âme religieuse. Un préjugé indéfendable veut que les gens très intelligents soient libéraux, toujours en recherche de la vérité, et qu’ils se refusent à rien condamner ni à sanctionner personne. Cette tolérance uniforme est, tout au contraire, le signe d’une double inintelligence, l’une qui ne saisit pas le caractère de certitude du vrai, exclusif du faux, l’autre qui méconnaît le caractère social, humain, de l’affirmation sincère, incompatible avec la liberté de l’erreur, sous peine d’ébranler l’ordre humain.  » ( Prélude à l’apostasie  : saint Pie X et le modernisme, CRC n° 96, septembre 1975, p. 12)

Dans un manuscrit inédit du 31 janvier 1988, notre Père expliquait  :

«  Saint Pie X vit dans la guerre déclarée par Lamennais à toutes autorités et institutions d’essence surnaturelle le combat de la fin des temps et déjà ­l’annonce du règne de l’Antichrist. Il opposa la maxime de saint Paul  : Omnia instaurare in Christo à cet humanisme athée ou pseudo-chrétien, et sauva ainsi l’Église et, dans une grande mesure, l’ordre humain.

«  Dans sa Lettre sur le Sillon, il démontait le système libéral démocratique et lui opposait celui de la chrétienté millénaire.  »

Rappelons aussi que, dans son encyclique Vehementer Nos du 11 février 1906, Pie X condamna la loi française de séparation de l’Église et de l’État  :

«  Qu’il faille séparer l’État de l’Église, c’est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur. Fondée, en effet, sur ce principe que l’État ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d’abord très gravement injurieuse pour Dieu, car le créateur de l’homme est aussi le fondateur des sociétés humaines et il les conserve dans l’existence comme il nous soutient. Nous lui devons donc, pour l’honorer, non seulement un culte privé, mais un culte public et social.  »

L’HÉRÉSIE DES DERNIERS TEMPS.

Dans son combat contre l’hérésie moderniste, saint Pie X se révéla le docteur de la foi «  le plus intelligent et le plus intrépide  » de son temps, affirme l’abbé de Nantes. «  Nul n’a mieux que lui embrassé l’hérésie moderniste dans toute son ampleur et pénétré son essence jusqu’à ses plus profonds principes.  »

L’hérésie commença insensiblement sous le jour connu du rationalisme et du scientisme, certes condamnés par le bienheureux Pie IX.

«  À l’Institut catholique de Paris, sous le rectorat libéral de Mgr d’Hulst, Duchesne l’inaugure par sa critique historique des traditions chrétiennes, dès 1877. Il y attire bientôt Loisy qui intervient dans le domaine de la critique exégétique, avec des audaces inouïes. Son ami Marcel Hébert trouve enfin un fondement au modernisme par la critique philosophique de la foi. Son kantisme va devenir l’armature à toute épreuve du modernisme français. En 1893, Maurice Blondel lance sa doctrine de l’immanence vitale, bientôt suivi dans cette voie du subjectivisme religieux par beaucoup d’autres, dont le jésuite Laberthonnière.  »

Mais c’est après la publication du livre du luthérien allemand Harnack, L’essence du christianisme, que le modernisme répandit ses erreurs comme une traînée de poudre, dans l’atmosphère de réforme de la fin du règne de Léon XIII.

En effet, cet ouvrage, qui affirmait que l’Église et ses dogmes sont en contradiction avec l’Évangile, fit scandale. En 1902, «  l’abbé Loisy prétendit le réfuter et sauver l’Église en allant dans son sens et plus loin encore. Toute la religion est la création des consciences individuelles  ? Mais bien sûr, et l’Évangile lui-même  ! L’Évangile ne contredit pas l’Église… puisqu’il en est la création, le reflet  ! Ce renversement de l’ordre de la foi parut aussitôt à tous les impatients de nouveauté l’équivalent du renversement génial de l’ordre astronomique par Galilée et du réalisme philosophique par Emmanuel Kant. Et tandis que Loisy s’empêtrait dans le subjectivisme dont l’avait badigeonné son ami Hébert, la logique du modernisme allait dérouler implacablement tous ses anneaux.

«  L’idée-mère était conçue  : ce n’est pas l’Évangile qui a créé l’Église, comme l’ont cru les chrétiens antérieurs, le catholicisme classique, c’est l’Église dans sa conscience collective et son expérience du divin, qui a créé l’évangile à partir des événements humains résiduels, inaccessibles, inintéressants, de la vie de Jésus.  » (CRC n° 96, p. 13)

L’ENCYCLIQUE PASCENDI.

Pendant les premières années de son pontificat, de 1903 à 1907, Pie X suit, avec beaucoup d’attention, l’évolution de la pensée moderniste en préparant sa condamnation solennelle.

Le 3 juillet 1907, le décret Lamentabili réprouve soixante-cinq propositions, toutes tirées des œuvres de Loisy.

Les modernistes protestent que leur pensée a été déformée. Peine perdue, manœuvres inutiles  ! L’encyclique Pascendi Dominici gregis du 8 septembre 1907 les démasque. «  C’est l’explication systématique, complète, indiscutable, de l’erreur moderniste en son fond et sous tous ses aspects.  » Saint Pie X explique le modernisme aux modernistes eux-mêmes, et ils s’y sont si bien reconnus qu’ils ont pensé avoir été trahis par l’un des leurs  !

«  Saint Pie X explique, mais il ne dialogue ni ne discute. Du haut de sa foi infaillible il condamne ce qui n’est qu’un sophisme insoutenable, qu’on ne soutient que pour se flatter de réconcilier la foi avec la raison, le monde moderne avec l’Église, quand précisément on vient de sacrifier ceci à cela.

«  Le sophisme consiste en ceci, qui est tout inspiré de la philosophie dualiste de Kant  : ce que la raison prouve être faux dans le domaine où elle s’exerce et qui est celui du réel sensible extérieur, peut nonobstant être vrai pour le cœur, la conscience, le sentiment, dans le domaine de l’expérience spirituelle intime.

«  La religion, cessant de se prétendre objective, échappe aux codifications dogmatiques, à la tutelle de l’Autorité ecclésiastique, à la vérification des sciences, elle devient libre, évolutive, flottante, capricieuse.

«  Saint Pie X dénonce avec horreur le sophisme grossier, tenu par tant d’autres pour le dernier raffinement de la philosophie moderne, qui fait passer la religion du domaine réel de l’histoire au domaine irréel, poisseux, de l’impression intime du divin et de ses expressions subjectives.  »

Docteur de la foi, saint Pie X eut le sort des justes ici-bas  : «  Ils l’ont assassiné. Comme saint Augustin le dit des juifs qui firent crucifier Jésus  : “ Ils l’ont tué par leurs langues mensongères ”. Nous en disons autant des libéraux faussement catholiques, des démocrates prétendus chrétiens, des modernistes apparemment croyants.  » (CRC n° 96, p. 12-14)

ESPAGNE  : SOUVERAINETÉ
DES CŒURS DE JÉSUS ET DE MARIE

«  Saint Pie X ne se résignait pas à voir de grandes nations catholiques rendues, par le mécanisme démoniaque du suffrage universel et l’organisation maçonnique de la gauche, perpétuellement soumises à des minorités anticléricales et aussi bien antinationales.  » (ibid.)

Ce furent les libéraux catholiques qui, dans presque tous les pays, firent échec à son programme de restauration universelle dans le Christ.

Cependant, vingt ans plus tard, en Espagne, la Croisade héroïque et victorieuse du général Franco y rétablissait l’heureuse concertation de l’Église et de l’État, dans la parfaite harmonie des deux pouvoirs.

«  Notre État, disait le Caudillo, doit être un État catholique dans l’ordre social et dans l’ordre culturel, parce que la véritable Espagne a été, est et sera toujours catholique. 

«  Pour les nations catholiques, les questions de la foi passent au premier plan des obligations de l’État. Le salut ou la perdition des âmes, l’expansion ou la décadence de la vraie foi sont des problèmes capitaux en face desquels on ne peut être indifférent.  »

Dans sa Charte des Espagnols, promulguée le 13 juillet 1945, il précisait  :

«  La profession et la pratique de la religion catholique qui est celle de l’État espagnol, jouiront de la protection officielle. On n’autorisera pas d’autres cérémonies ni d’autres manifestations extérieures que celles de la religion catholique.  » Mais «  personne ne sera inquiété pour ses croyances religieuses ni pour l’exercice privé de son culte  ».

Conformément à l’enseignement constant et universel de l’Église, le concordat, signé en 1953 entre le Saint-Siège et le gouvernement espagnol, confirma cette Charte en réprouvant officiellement la liberté sociale en matière religieuse.

Ce concordat donna lieu à des polémiques que le pape Pie XII trancha en rappelant l’enseignement du magistère catholique sur la liberté religieuse. Il le fit dans son discours du 6 décembre 1953 que notre Père a publié sous le titre “ Un admirable discours du Pape ” (CRC n° 142, juin 1979, p. 5-6).

L’année suivante, en 1954, le Caudillo prononça aux pieds de la Vierge du Pilar, une admirable consécration de la nation au Cœur Immaculé de Marie. Cet acte de consécration affirmait la souveraineté des saints Cœurs de Jésus et de Marie sur l’État espagnol, et contenait de ce fait, implicitement, une répudiation de la doctrine de la liberté religieuse.

RENIEMENT ET APOSTASIE
DU CONCILE VATICAN II

Las  ! Vatican II prit le contre-pied de l’enseignement du magistère pontifical jusqu’à Pie XII compris.

La minorité progressiste s’étant imposée au Con­cile, notre Père observait  :

«  Les réformistes avancent toutes leurs thèses en hâte, comme pour rattraper le temps perdu. Mgr De Smedt a pressé les Pères conciliaires de proclamer de toute urgence la liberté absolue de la conscience individuelle, car “ le Monde attend ” cette proclamation libératrice.

«  Pie IX après Grégoire XVI disait que c’était du délire. Cela le demeure, je vous l’assure.  » ( Lettre à mes amis n° 158 du 23 novembre 1963)

Les novateurs voulaient à tout prix obtenir la proclamation de la Liberté religieuse le 8 décembre 1964. Assurément, «  Satan l’avait commandée pour cette date  »  : c’était le centenaire du Syllabus  !

Les réformistes espéraient célébrer «  ce jour-là, non ce grand Acte du magistère pontifical, mais son abolition  ! Quelle fête ç’aurait été  ! Déjà on s’en réjouissait, on s’exclamait  : “ Le Syllabus est remisé. Le Syllabus est envoyé à la casse. Le Syllabus va être jeté au feu  ! ” L’Anti-Syllabus était prêt, qu’il serait prodigieux de promulguer solennellement le 8 décembre, c’était la Déclaration sur la Liberté religieuse.  » 

L’Église dans cette révolution se contredirait. «  Écoutez plutôt Étienne Borne. En novembre dernier, croyant déjà assuré le vote sur la Liberté religieuse, il vendait la mèche  : “ Il y a eu depuis le Syllabus un progrès de la pensée catholique  ; mais qui n’a pu s’opérer par des compléments qui auraient été apportés à un document partiel, partial, inachevé, ou par un développement des virtualités qu’il aurait pu contenir. Ce passage de l’implicite à l’explicite, qui est quelquefois la logique vivante du développement, ne peut honnêtement s’appliquer aux thèses très déterminées et aux thèmes sans clair-obscur du Syllabus. La marche en avant ici ne peut s’accomplir que par rupture et franche négation des négations non moins franches du Syllabus. ”  » ( Lettre à mes amis n° 210)

En rapportant les interventions des Pères dans l’aula conciliaire, le Père Biot, de Témoignage chrétien, remarquait  :

«  La minorité traditionaliste se rend bien compte de ce qui est engagé dans la déclaration sur la liberté religieuse. Elle n’arrive pas à comprendre comment ce qui a été déclaré faux et erroné par les papes du dix-neuvième siècle, comme Grégoire XVI et Pie IX, pourrait être aujourd’hui reconnu vrai et juste.  »

Henri Fesquet, dans le journal Le Monde, recommandait aux novateurs la seule issue praticable  :

«  Il y a intellectuellement parlant une seule manière de s’en tirer  : admettre que les Papes ont erré sur ce point particulier.  »

Notre Père commentait  : «  Autant dire que pour vanter un tel texte, il faut désormais avoir une âme de renégat.  » ( Lettre à mes amis n° 213)

L’abbé Ratzinger, le futur pape Benoît XVI, fut l’un des meneurs très écoutés des Pères modernistes et progressistes. Il voyait très bien où il les conduisait, avec la complicité et même l’appui de Jean XXIII, puis de Paul VI. Il explique  :

«  En liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde, Gaudium et Spes est une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre- Syllabus dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l’Église avec le monde tel qu’il est devenu depuis 1789.  » (CRC n° 211, p. 7-8)

La contradiction des nouvelles doctrines avec le Syllabus était tellement flagrante que Paul VI freina les réformistes pour rassurer les traditionalistes. Il reporta la proclamation de la Liberté religieuse à la session suivante.

Cependant, notre Père lui opposa aussitôt son Non possumus  :

«  En fait, par un désaveu évident de la doctrine et de la discipline deux fois millénaires de l’Église, on adopte là une philosophie moderne qui fait de l’homme un absolu de droits et de liberté, sans souci du bien commun et dans le mépris total des droits de Dieu et de sa Vérité. Déclarer violent que l’Église demande pour elle une liberté qu’elle refuse aux autres, c’est égarer les esprits, c’est renier le vrai Dieu, la vraie foi, l’unique Église de Jésus-Christ, pour ne plus juger des choses que du point de vue de l’Homme, mis à la place de Dieu, autonome et absolu, libre de ses croyances et de ses actes sans restriction  !

«  Et si le Concile proclame infailliblement la liberté de religion  ? m’objecte Mgr Pailler. Je réponds que je proteste de toute ma foi catholique orthodoxe que c’est l’impossible qu’il est déjà criminel d’envisager. Ce n’est pas nous, c’est le magistère suprême qui dira aux hérétiques de notre temps et, plus loin qu’eux, au Tentateur  : Non ­possumus  ! Cette doctrine est folle, la raison le prouve. Cette doctrine n’est pas catholique, le Concile ou le Pape la rejettera.  » ( Lettre à mes amis n° 209 du 22 juillet 1965).

SATAN ENTRA EN ELLE.

Certes, à la fin du Concile, le 7 décembre 1965, Paul VI promulgua la Déclaration sur la liberté religieuse, mais tous les Pères conciliaires savaient qu’elle n’engageait nullement l’infaillibilité canonique de leur magistère.

Ce fut, au dire de l’abbé de Nantes, «  le jour le plus noir de l’histoire de l’Église  », où «  Satan entra en elle.

«  De ce jour même du 7 décembre 1965, je l’ai salué ainsi, pour d’inébranlables raisons théologiques, à cause du caractère plus que schismatique, plus qu’hérétique, carrément apostat, des trois monstruosités proférées, promulguées durant cette dernière session publique  : le nouveau dogme de la Liberté religieuse, celui de l’idolâtrie du monde moderne dont déborde Gaudium et Spes, et enfin, pour que ce soit tout à fait net, ­massif et incontestable, celui du culte de l’homme revendiqué au nom de toute l’Église par Paul VI  : “ Nous, plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme. ”

«  C’est pendant la messe que les Pères sont invités à soussigner les derniers Actes du Concile dont les résultats des votes leur sont encore cachés, mais dont la conclusion suivie de la signature du pape Paul VI les convainc qu’ils seront bientôt promulgués. Plus précisément, les feuilles passent de main en main pendant le discours immense du Pape, qui tient lieu d’homélie.

«  “ Hæc est hora vestra et potestas tenebrarum; c’est maintenant l’heure et la puissance des ténèbres ” (cf. Lc 22, 53). Le Pape blasphème dans son adoration de l’homme, le culte de sa dignité, la proclamation de sa grandeur.

«  Satan, en cet instant, entra dans Saint-Pierre et il s’assit sur le trône même de l’Apôtre pour y défier Jésus-Christ, Dieu  !

«  Personne ne se leva, ne cria, ne sortit. Personne  ! C’était pendant la messe, comme lors de la dernière Cène, où Judas résista au dernier geste de miséricorde du Maître. Entre la consécration et le don de son Corps aux Apôtres, dont Judas était, et le don de son Sang en rémission des péchés  : “ Et erat nox… ” C’est lui, Judas, qui était ténèbres. C’est lui, Paul VI, qui était la nuit tombée sur le monde en cette troisième heure de Vendredi saint.  » (CRC n° 281, p. 8)

AVEC JEAN-PAUL II, LE RÈGNE EFFECTIF DE LAMENNAIS

L’abbé Georges de Nantes, notre Père, écrivit en 1988 une note, demeurée inédite, dressant le bilan des dix premières années du pontificat de saint (  ?) Jean-Paul II. En voici le texte intégral.

Pie XII fut un nouveau Pie X, mais empêtré dans un moralisme et un juridisme qui ne lui permit pas d’être un homme d’action, une autorité efficace, un Jésus armé d’un fouet pour chasser les marchands du Temple, et ses éloges trop bien balancés de l’autorité et de la liberté, des droits de l’homme et des droits de Dieu, de l’humanisme moderniste et du mysticisme chrétien, laissèrent une porte ouverte au néo-modernisme et au progressisme que le triomphe des démocraties bénies par Pie XI arma d’une force irrésistible dans l’Église même en 1944.

Dès lors, tout était perdu de notre combat catholique contre le Monde devenu satanique. Pie XII lutta sporadiquement jusqu’en 1950; ensuite, il s’enferma dans sa tour pour encore sauver ce qui pouvait l’être. Il béatifia et canonisa Pie X. Il mourut en 1958, sachant qu’après lui serait le déluge, la grande apostasie.

Qu’avons-nous vu depuis 1944  ?

En politique, le règne universel, contraint et dogmatisé par les institutions d’une République mondiale (onu, unesco, fao, oms…), de la démocratie, c’est-à-dire d’un pouvoir temporel nécessairement retranché de tout pouvoir spirituel divin, chrétien, catholique (donc suscité et contrôlé par Satan), et contraint de faire appel aux suffrages du peuple prétendu souverain par des voies telles que toute force contre-révolutionnaire s’en trouve éliminée, barrée, anéantie (piège génial, inventé par Satan  !).

Ainsi, règne sur le monde une puissance antichrist, qui évidemment a tout pouvoir d’infiltrer l’Église, de la gouverner par des hommes, des groupes, des sociétés secrètes tout à ses ordres. Pour en détruire la foi, libérer ainsi le monde séculier de Dieu et de son Christ. Pour en dissocier l’ordre ecclésiastique, afin de la rendre perméable et de l’asservir aux puissances mondaines.

Cela s’est déclenché sous Jean XXIII, cela a trouvé en Paul VI son théoricien, disciple fervent de Maritain, disciple de Sangnier, disciple de Lamennais, et ce concile Vatican II, cent ans après le Syllabus, en a pris le contre-pied. Comme aujourd’hui, cent cinquante ans après Lamennais, Jean-Paul II prend le contre-pied de Grégoire XVI…

Nous en sommes arrivés, c’est vrai, au règne effectif de Lamennais, de son idéal, de sa chimère.

Aujourd’hui règne la démocratie dans le monde, ses droits de l’homme, liberté, égalité, fraternité. Aujourd’hui, selon le vœu de Lamennais, le Pape se fait le docteur, le prédicateur, le voyageur de la démocratie contre toute autorité politique ou cléricale. Aujourd’hui, le grand rêve d’une humanité réconciliée dans une même religion universelle, au service de tout l’homme et de tous les hommes, dans la paix et la justice absolues, est devenu le but de tous les efforts du pape Jean-Paul II.

HAINE DE PIE IX ET DE PIE X

Après le Concile, le général Franco dut modifier la Charte des Espagnols afin d’adopter la liberté sociale en matière religieuse. Voici la nouvelle version de son article 6  :

«  La profession et la pratique, tant publique que privée, de toute religion seront garanties par l’État.  »

Comme s’il voulait dégager sa propre responsabilité, le Caudillo fit ajouter que «  cette nouvelle rédaction, et cela doit être noté expressément, avait été auparavant approuvée par le Saint-Siège.  » (CRC n° 284, p. 15)

Malgré les fruits catastrophiques de la laïcisation des nations catholiques, le cardinal Ratzinger se réjouissait de la rupture opérée par son Concile  :

«  Vingt ans [de réforme conciliaire] ont changé dans l’Église catholique bien plus de choses que ne l’auront fait deux siècles.  » (CRC n° 213, juillet 1985, p. 3)

Comprenons sa pensée  : depuis deux siècles, l’Église refusait de s’ouvrir aux idées et aux principes de 1789, elle les avait même condamnés dans le Syllabus. Grâce au concile Vatican II, elle a rattrapé son retard, elle a plus changé qu’en deux mille ans d’immobilisme  !

Le futur Benoît XVI affirmait sans ambages  : «  Il ne peut y avoir de retour au Syllabus.  » ( Principes de la théologie catholique, 1985)

Notre Père remarquait  :

«  Le texte de Ratzinger et ses notes concernant Pie IX et le Syllabus, saint Pie X et sa lutte contre le modernisme, sont rédigés en termes savamment dosés, pour insinuer toutes les critiques diffamatoires imaginables à leur encontre. Dans le but évident d’innocenter, de réhabiliter les tenants des erreurs et les fauteurs des persécutions contre la foi et contre l’Église, des deux cents dernières années, et de ridiculiser, pire, de rendre odieux les papes Pie IX et saint Pie X. Ils auraient, stupidement rétrogrades, fait barrage à la science moderne et à la politique libérale  !

«  De telles faussetés révèlent en l’actuel préfet de l’ex-Saint-Office un complice et un coopérateur, secret, habile, tenace, des modernistes et libéraux d’hier et d’aujourd’hui.

«  Le cardinal Ratzinger, imbibé de libéralisme moderne, comme éponge tombée dans la cuve à mazout, n’a qu’une passion  : la haine d’une Église assassinée, celle des quatre derniers siècles de victorieuse Contre-Réforme catholique et d’héroïque Contre-Révolution française… Et qu’une pensée  : en interdire la résurrection, malgré le Sacré-Cœur, malgré saint Pie X et la Sainte Vierge qui l’ont prophétisée à l’encontre des diaboliques antichrists de ce siècle.

«  Ainsi est-il le laudateur impudent de la confession d’Augsbourg et des idées de 1789, mais le diffamateur de Pie IX le Grand et de Pie X le Saint, le pourfendeur de tout ce qui se montre fidèle au serment antimoderniste et à la doctrine de la royauté universelle du Christ qu’impose au monde moderne le Syllabus.  » (CRC n° 211, mai 1985, p. 7-12)

BENOÎT XVI MODERNISTE IMPÉNITENT

Cependant, après son élévation au souverain pontificat, il proposa et développa une «  herméneutique de la continuité  » pour rassurer les traditionalistes et les rallier aux hérésies conciliaires.

Frère Bruno de Jésus-Marie dénonça la ma­nœuvre  : «  Le critère de la “ continuité ” n’est pas le même pour Benoît XVI et pour nous autres, traditionalistes  : lui pense adaptation au monde de son temps, quand nous pensons fidélité à la doctrine transmise par la tradition

«  Son herméneutique de la continuité entre la tradition et le Concile est tout simplement la “ continuité ” de l’accord entre l’Église et la société de son temps. Si la société du temps change, l’Église doit changer et c’est ce souci d’adaptation qui assure la “ continuité ”. L’accord entre l’Église et le monde prime toute autre considération. C’est le comble du libéralisme  : le critère de la vérité n’est plus le dogme de la foi, mais l’accord avec le monde puisque Dieu aime ce monde, que son Esprit y est sans cesse à l’œuvre  !  » (Il est ressuscité n° 26, mars 2013, p. 4)

Toutes les analyses critiques des enseignements et des actes de Benoît XVI, publiées par notre frère Bruno, confirmaient et aggravaient les accusations d’hérésie portées par l’abbé de Nantes à l’encontre de Joseph Ratzinger.

Avec sa plume incisive, notre Père avait d’une part débusqué ses faussetés prétendument scientifiques et, d’autre part, dénoncé sa dialectique allemande. Tout le dessein de Ratzinger était de rationaliser les mystères de la foi. Selon lui, les représentations anciennes de ces mystères n’avaient désormais plus de sens. «  Parce que l’esprit moderne ne saurait rien admettre qui dépasse le cours ordinaire des choses et ne puisse être expliqué par les sciences rationnelles.

«  Il convient cependant d’accorder aux “ révélations divines ” une adhésion du cœur, une émotion de la sensibilité, comme à ce que la communauté humaine accueille de “ divin ” dans certaines expériences si hautes qu’elles ne peuvent venir que de l’Esprit, qui souffle où il veut.

«  Telle est la foi du moderniste Ratzinger, gonflée comme une outre de phénoménologie allemande. Alors, gare aux dégâts  !  » (Georges de Nantes, Rome perd la foi, CRC n° 212, juin 1985, p. 2-3)

LA RÉSURRECTION DU CHRIST… ABSURDE  ?

Dans son commentaire très perspicace du livre de Benoît XVI, Jésus de Nazareth (t. 2), frère Bruno démontre que le Pape nie «  la résurrection physique du corps du Christ  ».

Benoît XVI ose prétendre que les récits évangéliques sont formulés dans un «  langage mythologique  » (p. 302).

«  Saint Luc rapporte-t-il que Jésus ressuscité mangea du poisson en présence des Apôtres  ?

«  “ La plupart des exégètes sont d’avis qu’ici Luc, en son zèle apologétique, aurait exagéré  ; par une telle affirmation, il aurait replacé Jésus dans une corporéité empirique qui, avec la résurrection, a été dépassée. Ce faisant, il se mettrait en contradiction avec son propre récit selon lequel Jésus se trouve brusquement au milieu des disciples dans une corporéité qui n’est pas liée par les lois de l’espace et du temps. ” (p. 303-304)

«  Outre qu’il accuse saint Luc de mentir et de se contredire, manifestant par là qu’il ne croit pas à l’inerrance des Écritures, le Pape persiste à nier le fait, à savoir que Jésus a mangé du poisson précisément pour prouver la présence physique de son corps humain, que lui, le Pape, nie  !  »

Aux assertions modernistes de Benoît XVI, frère Bruno répond  : «  Si le Christ n’a pas exactement le même genre de corps qu’il avait avant de mourir, quelle sorte de “ chair et os ” a-t-il  ? Le Sacré-Cœur de Jésus est-il vraiment un Cœur humain, le même qui fut transpercé par la lance du soldat romain, et qui bat de nouveau  ? 

«  Selon Ratzinger  : non  ! Il le dit lui-même en toutes lettres  : “ En ce sens, il est vrai que la Résurrection n’est pas un événement historique du même genre que la naissance ou le crucifiement de Jésus. ”

«  Cette affirmation contredit la vérité pure et simple  : selon la foi catholique fondée sur des faits historiques, le Fils de Dieu s’est formé un corps et une âme dans le sein de la Vierge Marie  ; puis il est mort selon la loi fixée par Dieu en châtiment du péché originel, dans l’arrachement de son âme à son corps. Le “ troisième jour ”, cette âme a repris possession de son corps.  »

Frère Bruno pénètre à fond la pensée du pape Benoît XVI, d’autant qu’il est éclairé et guidé dans ses démonstrations par les analyses critiques des “ anciens ” livres du théologien allemand, publiées par notre Père.

«  Dans son ouvrage La foi chrétienne hier et aujourd’hui, Joseph Ratzinger se montre un parfait moderniste  : “ Il est donc clair (  !) que l’essence de la foi en la résurrection ne consiste pas dans l’idée d’une restitution des corps, telle que nous l’imaginons habituellement, même si la Bible se sert couramment de cette représentation imagée. ” (p. 252; édition française d’une Introduction au christianisme qui a connu cinquante-deux éditions entre 1968 et 2007, en huit langues)

«  “ Il est donc clair ” que notre Saint-Père le pape Benoît XVI nie l’avant-dernier article de notre Credo  : Et expecto resurrectionem mortuorumJ’attends la résurrection des morts.

«  Le “ mode nouveau de vie ressuscitée, tel qu’il est préfiguré en Notre-Seigneur ” est un “ saut qualitatif  ” dans une “ nouvelle dimension ” de l’existence. “ Là où l’on croit à la “ communion des saints ”, l’idée de l’anima separata (de l’âme séparée dont parle la scolastique ) se trouve finalement dépassée. ” (p. 254-255)

«  Donc, il est “ dépassé ” de prier pour les âmes du Purgatoire, ou de prier les saints du Ciel qui ne sont pas encore réunis à leurs corps  !  » (Il est ressuscité n° 110, octobre 2011, p. 8)

QUAND LA RAISON ÉVACUE… JÉSUS CRUCIFIÉ  !

Au fil des mois, frère Bruno publiait une passionnante mais dramatique chronique du pontificat. En voici deux extraits  :

Dans un discours adressé aux musulmans à Yaoundé, le 19 mars 2009, Benoît XVI a insisté sur «  la contribution essentielle qu’apporte la religion (sic  ! n’importe laquelle  ?) à notre compréhension de la culture et du monde ainsi qu’à une coexistence pacifique de tous les membres de la famille humaine  ». Quelle “ famille ”, hors de l’Église  ?

«  Mes amis, je crois qu’aujourd’hui une tâche particulièrement urgente de la religion (la vôtre, musulmane, la nôtre et toutes les autres) est de dévoiler l’immense potentiel de la raison humaine, qui est elle-même un don de Dieu et que la révélation (  ?) et la foi (  ?) fortifient.  »

Et voilà comment, au nom du dialogue interreligieux et de la liberté religieuse qui en est la loi, la «  raison humaine  » se substitue à Jésus et Jésus crucifié, au Ciel à gagner, à l’enfer à éviter. “ Le reniement de Pierre ”, c’est cela (Il est ressuscité n° 81, mai 2009, p. 5-6)

Dans l’avion qui l’amenait à Amman, en mai 2009, Benoît XVI déclarait aux journalistes qu’il venait en «  pèlerinage de paix  », comme une «  force spirituelle  », avec les seules armes de la religion. Mais quelle religion  ? La religion juive, la religion catholique, ou la religion musulmane  ?

Les trois  !

Gardons la conclusion de frère Bruno  :

Benoît XVI croit donner une armature doctrinale à son vieux rêve d’apostat en liant “ monothéisme ” et “ paix ” par le moyen terme de la raison  :

«  En tant que croyants au Dieu unique, nous savons que la raison humaine est elle-même un don de Dieu et qu’elle s’élève sur les cimes les plus hautes quand elle est éclairée par la lumière de la vérité divine.  »

Lisez, relisez, ces discours évacuent la Croix du Christ qui a déclaré être lui-même cette lumière du monde  :

«  Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.  » (Jn 8, 12)

«  Pouvons-nous dès lors créer des lieux, demande Benoît XVI, des oasis de paix et de méditation profonde où la voix de Dieu puisse être découverte au cœur de la raison universelle   ?  »

Comme si Jésus n’avait pas dit  : «  Je suis la voie, la vérité et la vie  » (Jn 14, 6)  ? (Il est ressuscité n° 82, juin 2009, p. 1-4)

LE CREDO DE NOUVEAU ENSEIGNÉ
PAR LE PAPE FRANÇOIS

Certes, le pape François a reçu sa formation théologique pendant et après le Concile. Néanmoins, son esprit n’a pas été enténébré par l’hérésie moderniste. Assurément, il en a été préservé, comme ne cesse de le montrer frère Bruno en commentant son enseignement qui possède un charme presque incomparable.

Notre Saint-Père le Pape prêche Jésus, et Jésus crucifié et ressuscité, en soulignant le caractère historique des récits évangéliques. Il note que saint Jean l’Évangéliste est le «  témoin oculaire  » des événements qu’il relate (Angélus du 19 janvier 2014).

«  Malheureusement, explique-t-il, on a souvent tenté d’obscurcir la foi dans la résurrection de Jésus et, parmi les croyants eux-mêmes, des doutes se sont insinués.  »

Pourtant, il n’y a rien de mieux attesté et prouvé historiquement  :

«  Avant tout, nous observons que les premiers témoins de la résurrection de Jésus furent les femmes. À l’aube, elles se rendirent au sépulcre pour oindre son corps, et trouvent le premier signe  : le tombeau vide (cf. Mc 16, 1). Vient ensuite la rencontre avec un messager de Dieu qui annonce  : Jésus de Nazareth, le Crucifié, n’est pas ici, il est ressuscité (cf. v. 5-6). Les femmes sont poussées par l’amour et elles savent accueillir cette annonce avec foi  : elles croient, et immédiatement la transmettent […].

«  Dans les professions de foi du Nouveau Testament, seuls des hommes sont mentionnés comme témoins de la résurrection, les Apôtres, mais pas les femmes. C’est parce que, selon la loi judaïque de cette époque, les femmes et les enfants ne pouvaient pas rendre un témoignage fiable, crédible. Dans les Évangiles, en revanche, les femmes ont un rôle primordial, fondamental. Nous pouvons ici saisir un élément en faveur de l’historicité de la résurrection  : s’il s’agissait d’un fait inventé, dans le contexte de cette époque, il n’aurait pas été lié au témoignage des femmes. En revanche, les Évangélistes rapportent simplement ce qui s’est passé  : ce sont les femmes qui sont les premiers témoins.  » (audience générale du 3 avril 2013)

Le pape François enseigne que la résurrection de Notre-Seigneur est un fait réel et objectif  :

«  Toute notre foi se base sur cette vérité fondamentale qui n’est pas une idée, mais un événement.  » (15 août 2013)

Le Pape croit à la réalité du corps glorieux de Notre-Seigneur  :

«  L’Évangile d’aujourd’hui raconte l’apparition du Christ ressuscité à ses disciples qui revenaient d’Emmaüs. Ceux-ci restent “ frappés de stupeur et de crainte ”, pensant “ voir un fantôme ”. Jésus les invite à toucher son corps, il demande à manger. Il veut les conduire à la joie de la résurrection… Demandons au Seigneur qu’il nous ouvre l’esprit et nous fasse comprendre qu’il est une réalité vivante, qu’il a un corps, qu’il nous accompagne et qu’il a été vainqueur.  » (24 avril 2014)

Vainqueur parce que son corps, ranimé par son âme humaine, s’est relevé vivant du tombeau, glorieux, immortel  !

«  “ Il est ressuscité d’entre les morts ” (Mt 28, 5-7). Cette annonce confirmée par le témoignage de ceux à qui le Seigneur ressuscité est apparu, est le cœur du message chrétien, transmis fidèlement de génération en génération, comme depuis le début l’atteste l’apôtre Paul, cf. 1 Co 15, 3-4.  » (25 mai 2014)

C’est ainsi que le pape François enseigne les vérités du dépôt de la révélation, transmises de génération en génération par le canal de la tradition.

«  CE N’EST PAS UN MENSONGE  !  »

Sa profession de foi en «  la résurrection de la chair  » est on ne peut plus explicite  :

«  En vivant plongés dans ce monde, il n’est pas facile de comprendre les réalités futures. Mais l’Évangile nous illumine  : notre résurrection est étroitement liée à la résurrection de Jésus  ; le fait qu’il est ressuscité est la preuve que la résurrection des morts existe.

«  C’est le Seigneur Jésus qui ressuscitera le dernier jour ceux qui auront cru en Lui.

«  Que signifie ressusciter  ?

«  Notre résurrection à tous aura lieu le dernier jour, à la fin du monde, par l’œuvre de la toute-puissance de Dieu qui restituera la vie à notre corps en le réunissant à l’âme, en vertu de la résurrection de Jésus. Telle est l’explication fondamentale  : parce que Jésus est ressuscité, nous ressusciterons, nous avons l’espérance dans la résurrection parce qu’il nous a ouvert la porte à cette résurrection. Et cette transformation, cette transfiguration de notre corps est préparée dans cette vie par la relation avec Jésus dans les sacrements, en particulier l’Eucharistie. Nous, qui dans cette vie sommes nourris par son Corps et par son Sang, nous ressusciterons comme Lui, avec Lui et à travers Lui.

«  Nous ressusciterons avec nos corps qui seront transformés en corps glorieux. Ce n’est pas un mensonge  ! Cela est vrai.  » (audience générale du 4 décembre 2013)

Par sa prédication évangélique, quotidienne et accessible à tous, le pape François touche le cœur des fidèles et fortifie leur foi.

LE SYLLABUS, LUMIÈRE
POUR LE PAPE FRANÇOIS

Dans une description du renouveau de l’Église, sous forme de prospective, notre Père distinguait deux marques du «  bon Esprit  » qui devrait inspirer une vraie renaissance catholique.

«  Ce sera d’abord la fierté catholique, la joie d’être fils de l’Église et le goût de tout ce qui fait sa vie propre, ses symboles, ses rites, ses chants, sa statuaire et son architecture, tous les entours de son existence quotidienne, sa lumière.  »

Cette joie et cette fierté catholiques, nous la voyons avec bonheur sur le visage et dans les gestes et les paroles de notre Saint-Père le pape François, à chacune de ses apparitions place Saint-Pierre, particulièrement lors de ses audiences publiques.

«  L’autre marque du bon Esprit sera le vif désir de vivre en Chrétienté, et un désir tel qu’il triomphe de tous les obstacles. Un Pape, des évêques, tout un peuple chrétien rendus au Saint-Esprit, ne pourront plus accepter, comme ils font de nos jours, une société postchrétienne sans frémir de douleur et d’indignation.

«  Que dans un premier temps l’Église doive se retrouver elle-même, fière de ce qu’elle est, vivant avec ardeur de la grâce de son Seigneur intra muros, ce sera déjà une admirable conversion suivie d’une exubérante renaissance.  »

RENAISSANCE EXTRA MUROS.

«  Mais aussitôt, irrésistiblement, l’Église aura hâte de tout restaurer dans le Christ, selon la devise du pontificat de saint Pie X, phare de notre siècle, et de refaire la société publique chrétienne extra muros là où elle l’était jadis, et de rendre chrétienne celle qui ne l’aura jamais été.

«  Cela débouche sur la politique, bien sûr. Mais lisez Gélineau et tous les réformistes modérés ou enragés. Ils sont à genoux devant la démocratie moderne, matérialiste et athée, humaniste, antichrétienne dans son essence. À genoux, ils respectent la sécularisation qui est un principe laïciste, la contradictoire de notre Syllabus catholique. Et ce que cette politique a fait de la France et de l’Église, des loques, des ruines, ils font vœu d’obéissance de le vouloir et de le conserver toujours. En voilà de la politique  !

«  Quand la vraie foi sera revenue à partir de la Tête, le bon Esprit se réveillera partout chez les meilleurs. Ils voudront que les catholiques le soient, de droit et de fait, dans toute leur vie publique et privée.  » (CRC n°121, septembre 1977, p. 15-16)

Cela adviendra grâce au Pape, mais par l’Immaculée. Nécessairement  ! Car il y faudra la Médiation de Celle qui est pleine de grâces, pour que les membres de la hiérarchie et le peuple fidèle suivent docilement l’inspiration de ce bon Esprit.

Assurément, cela ne pourra se faire que par le recours explicite à l’Immaculée, comme l’avait entrevu le pape Pie IX en 1852 quand, éclairé et inspiré par des lumières célestes, il voulait lier la condamnation des grandes erreurs modernes à la définition du dogme de l’Immaculée Conception, ce qui aurait produit des fruits extraordinaires.

Le bienheureux pape Pie IX aimait à rappeler que «  la très Sainte et Immaculée Mère de Dieu, médiatrice auprès de Dieu, la Vierge Marie, pleine de miséricorde et d’amour pour tous les hommes, a toujours anéanti toutes les hérésies et son patronage auprès de Dieu n’a jamais été plus opportun  » (9 juin 1862).

«  Alors la gloire chrétienne ressortira des églises, non seulement aux jours de processions et de fêtes, dans des emblèmes et des signes religieux, mais par le culte public rendu à Jésus-Christ, la proclamation de sa Loi dans les institutions civiles, la reconnaissance de sa souveraineté sur toutes choses.  »

C’est dire que la «  grande lumière du Syllabus   » aura dissipé les ténèbres du laïcisme antichrist.

«  Alors la mairie, le tribunal, l’école, l’hôpital ne feindront plus d’ignorer Dieu, suprême insulte, mais ils seront tout baignés de son adorable lumière. L’Église redeviendra le centre rayonnant de la vie communale, la cathédrale le haut lieu de la ville, la nation connaîtra le Christ pour son Roi et la Vierge Marie pour Reine.  » (CRC n° 121, p. 16)

Ainsi, le renouveau catholique intra muros, voulu et prêché avec tant de vigueur par le pape François, s’épanouira pleinement, à l’encontre des puissances des enfers, dans une nouvelle Chrétienté où le Sacré Cœur de Jésus et Marie régnera dans le cœur des fidèles catholiques, mais aussi sur toutes les autorités et dans toutes les institutions civiles.

«  L’obéissance à Jésus-Christ, des États comme des peuples, des grands comme des pauvres, engendrant la soumission paisible et sainte des uns aux autres, cette œuvre de justice poursuivie par tous dans cette double obéissance et cette double application, à Dieu et aux hommes, c’est la charte de la Chrétienté, que rappelle et résume le Syllabus de Pie IX contre lequel se concentre toute la haine de notre génération perverse. J’insiste, c’est le secret, sûr et certain, vérifié par les siècles, inébranlé par la critique, garanti par Dieu et par son infaillible Église, de la bonne vie sur terre, dans la justice et dans la paix, et de l’obtention du salut éternel.  » (CRC n° 137, janvier 1979, p. 12)

frère François de Marie des Anges.

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