La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Reviens et confirme tes frères  !

TRÈS Saint Père,

J’ai achevé ma tâche. Aurais-je prévu tout son développement, logique, implacable, révélant tous les éléments et les connexions d’un système qui se présente comme la plus dangereuse et la plus subtile des machines de guerre qui ait jamais été introduite dans l’Église pour sa ruine, je ne sais si j’aurais eu le courage de l’entreprendre.

Mais sans doute la grâce de Dieu qu’implorent tant de prières à notre intention, les encouragements à poursuivre cette œuvre reçus chaque jour de nouveaux et anciens amis, les engagements dans notre LÉGION ROMAINE, portés de 3.000 à 4.000 pendant ces quinze jours où je rédigeais ce Libelle d’Accusation 1Les membres de la LÉGION ROMAINE sont 5 000, au 30 mai 1973, m’ont aidé à poursuivre jusque à son terme le labeur entrepris.

J’éprouve le besoin impérieux de protester encore devant Dieu et devant Vous que je ne suis qu’un misérable et inutile serviteur de l’Église, confus et accablé dans ce ministère d’ACCUSATEUR DU PÈRE COMMUN, rôle qu’il me fallait bien remplir puisque tant d’autres plus dignes et plus compétents que moi ne s’en sont pas acquittés.

C’ est de mon indignité que résultent les défauts de ce Mémoire, et de mon incapacité ses lacunes et ses faiblesses. Il y avait cent fois plus à dire  ; j’ai dû choisir parmi vos paroles et vos gestes, parfois sans assez de discernement. Une œuvre complète aurait demandé des connaissances et des forces que je n’ai pas. Un esprit rompu aux disciplines théologiques aurait mieux indiqué les exactes contradictions de ce qui Vous était reproché, avec la doctrine et les traditions sacrées de l’Église. Je n’ai pas osé rédiger ce LIBELLE D’ACCUSATION, comme tant de personnes dignes et compétentes me le demandaient, sous la forme d’un SYLLABUS des erreurs dogmatiques et morales de cette décennie postconciliaire…

… Cela reste à faire.

D’autre part, je suis ennuyé de mon ton, de mon style, que je ne maîtrise pas. C’est un trait regrettable de ma mauvaise nature de ne pas entièrement contenir mes émotions et mouvements intérieurs, de ne pas en contrôler parfaitement l’expression. Ah  ! Pour mon style, pour mes vivacités de langage, pour mes écarts de plume, je suis certes répréhensible et je le sens vivement.

Je pense à cet Oza dont le Livre de Samuel rapporte qu’ «  il étendit la main vers l’arche de Dieu et la retint, car l’attelage la faisait verser. Alors la colère de Yahweh s’enflamma contre Oza sur place. Dieu le frappa pour cette faute et il mourut là, à côté de l’arche de Dieu  » 2II Sam. 6, 6-7. Comment ne craindrais-je pas, moi qui ai porté la main sur l’Arche Sainte de l’Église pour l’empêcher de verser et me suis dressé contre son Chef qui la conduisait aux abîmes  !

Quelles qu’en soient les imperfections, dussé-je en être douloureusement purifié par Dieu et repris par mes frères, je ne me repens pas de l’œuvre essentielle. Car je voudrais être anathème pour mon Frère dans la foi, le Pape Paul VI  ! Je donnerais volontiers et ma vie et mon salut pour son amendement et sa conversion, Lui dont dépend le sort temporel et éternel de milliards d’êtres humains rachetés par le Sang du Christ, mes frères.

Non, je ne regrette rien. Beaucoup de sages selon la chair m’avaient répété ce mot qui justifiait leur inertie, leur obéissance à tous vos ordres, leur soumission inconditionnelle à toutes vos idées  : «  Je préfère avoir tort avec le Pape qu’avoir raison contre Lui  ». J’en étais impressionné et j’ai commencé ce travail dans la douleur et l’angoisse d’avoir «  raison contre le Pape  ». De fait, qu’y a-t-il de plus tragique pour un catholique, de plus crucifiant pour un prêtre élevé dans l’admiration de Rome et la vénération du Souverain Pontife, que d’en venir — et non dans des matières secondaires — à ne plus être pour Lui mais contre Lui  !

Cependant, très vite, c’est l’autre opposition qui a prévalu dans mon esprit  : avoir raison ou avoir tort. On ne peut pas se résoudre à «  avoir tort  », et encore moins s’en réjouir, fût-ce pour rester fidèle au Pape, car avoir tort délibérément, consciemment, c’est abandonner et renier la douce Vérité de Dieu et sortir de sa contemplation pour embrasser l’erreur de Satan  ! Au contraire, me séparant de vos nouveautés et les dénonçant comme des altérations de la doctrine divine de l’Église, je me suis senti de plus en plus vivement saisi par la Vérité, je l’ai embrassée avec transports et ma joie de la goûter était si grande que j’en ai oublié la peine que j’avais d’y être contre Vous. «  Avoir raison  », c’est bel et bon, et heureux, et saint  !

Ah  ! quel mal produisent dans le clergé ces maximes faciles qui n’ont pas le sérieux qu’on leur donne. Dites sous un mode ironique à l’intention des novateurs et des rebelles, trop enclins à croire qu’ils ont raison contre le Pape et contre l’Église, et contre Dieu  ! les voilà employées dans les débats si graves de notre temps pour retenir toute l’Église, rendue indifférente à la raison et à la déraison, dans la soumission d’aveugles volontaires à un Pape rebelle et novateur  !

Très Saint Père,

Ainsi soutenu mystérieusement dans la contemplation de la douce et suave Vérité de Dieu, tandis que je dresse la liste écrasante de vos erreurs, déchirures et scandales, ainsi réjoui de la béatitude que donne cette union de foi au Mystère divin, je Vous demande en grâce d’accepter l’expression de ma compassion et l’exhortation que j’ose Vous adresser, prosterné à Vos pieds, d’avoir pitié de votre âme, d’avoir souci de l’Église Sainte et de songer à l’Honneur de Dieu.

TRÈS SAINT PÈRE, AYEZ PITIÉ DE VOTRE ÂME  !

Je n’ai pu comme habiter votre esprit jour et nuit pendant tout ce temps, inventorier vos pensées, sonder vos sentiments et vos intentions, recenser vos décisions, sans constater l’immense ravage opéré en Vous par les doctrines nouvelles de l’hérésie. Je Vous ai vu seul, dressé contre tous vos Prédécesseurs, retranché de l’Église nonobstant l’illusoire unanimité des applaudissements mondains qui se font sur votre passage, en rupture avec tous les Saints et les multitudes des fidèles de notre grand passé catholique.

J’ai dû mesurer la profondeur, la largeur, la hauteur de ce GRAND DESSEIN qui s’oppose en Vous diamétralement à la foi de l’Église. Je le comparais spontanément à celui de Votre Prédécesseur, SAINT PIE X  : «  Le triomphe de Dieu sur les individus et la société entière, n’est pas autre chose que le retour des égarés à Dieu par le Christ et au Christ par son Église  : tel est notre programme  » 3Communium Rerum, 21 avril 1909. Le Vôtre est, à l’opposé, de conduire l’Église Catholique à un néo-christianisme plus large et indistinct, faire sombrer ce christianisme dans un œcuménisme universel dont la Charte sera la foi en l’Homme, le culte de l’Homme qui se fait Dieu, pour enfin mettre cet Humanisme déiste au service des constructeurs de la Tour de Babel moderne. Comment Rome se ferait-elle la Grande Babylone, la prostituée de l’Apocalypse  !

La découverte de cette profonde altération de votre esprit m’a épouvanté. Je me suis demandé quelle puissance maudite avait influence sur Vous et j’ai craint pour votre salut éternel. J’ose l’écrire, Très Saint Père, moi qui suis misérable pécheur parmi les pécheurs, j’éprouve un grand tourment pour Vous à la pensée du Jugement de Dieu, si proche, inexorable, et je Vous supplie  : Ayez pitié de votre âme.

Je le fais avec l’espérance d’être entendu. Car en d’autres discours et en d’autres moments que ceux pour lesquels je Vous accuse, Vous avez fait paraître l’angoisse de votre insuffisance et de votre indignité 4CRC 36 p. 6, 38 p. 6. Et je ne puis oublier l’étrange confidence que Vous fîtes aux pèlerins du mercredi 12 avril 1967  :

«  Voici le phénomène étrange qui se produit en Nous en voulant vous réconforter, se communique en Nous, en un certain sens, le sentiment de votre danger, auquel Nous voudrions porter remède. Et, conscient de Notre insuffisance, Nous pensons aux faiblesses de Simon, fils de Jean, appelé à devenir Pierre par la volonté du Christ… le doute… la crainte… la tentation de plier sa foi à la mentalité moderne… l’enthousiasme irréfléchi  » 5DC 67, 786. Souvent une certaine détresse se manifeste dans vos paroles qui ne peut qu’exciter notre ardeur à prier pour Votre Sainteté et… l’encourager à briser avec ce qui l’entraîne, pour renouer avec le Christ et… «  confirmer ses frères  »  !

Vous rappeliez, le Mercredi des cendres dernier, les fins dernières de l’homme  : «  La vie éternelle… ou la damnation éternelle  »; et aussitôt Vous marquiez le caractère terrifiant d’une telle issue. «  Il y a de quoi frémir  », disiez-Vous 6DC 73, 304. Oui, cette pensée a de quoi faire frémir ceux qui luttent contre Dieu. Cette pensée est assurément terrifiante. Terrifiante pour les hérétiques, terrifiante pour les schismatiques, terrifiante pour les scandaleux. Je ne puis avoir remarqué en Vous ce triple reniement sans Vous dire avec tout l’amour de mon cœur  : Très Saint Père, ayez pitié de votre éternité  !

TRÈS SAINT PÈRE, AYEZ SOUCI DE L’ÉGLISE  !

Cette Église qui Vous a été confiée et dont il Vous sera demandé un compte rigoureux, dépérit sous votre action novatrice, réformatrice, perturbante, exténuante. Vous-même le savez, Vous en avez évoqué les maux en termes saisissants le 7 décembre 1968. C’était le troisième anniversaire de votre proclamation du «  Culte de l’Homme  ». Comment n’avez-Vous pas reconnu dans tant de ruines le résultat trop sûr et certain de votre erreur  ?

«  L’Église se trouve en une heure d’inquiétude, d’autocritique, on dirait même d’autodestruction. C’est comme un bouleversement intérieur, aigu et complexe, auquel personne ne se serait attendu après le Concile (Ah  ! là, Vous vous trompez et Vous trompez le monde, car nous nous y attendions très certainement, nous le disions et nous l’écrivions, au point que l’autorité ecclésiastique avec Votre consentement nous a fermé la bouche par ses sanctions infamantes). On pensait à une floraison, à une expansion saine des conceptions mûries dans les grandes assises du Concile. Cet aspect existe également mais… on en vient à remarquer surtout l’aspect douloureux. Comme si l’Église se frappait elle-même  » 7DC 69, 12; CRC 16 p. 6, 27 p. 9, Tract 7; cf. Lettres 211 p. 13, 240; CRC 1 et 2.

Et le 29 juin 1972, votre jugement sur tout ce qui se passe dans l’Église est plus noir encore, noir d’encre. Il a saisi d’effroi tous ceux qui ne savaient pas, à qui on cachait la grande pitié de l’Église en état de Concile et de Réforme  :

«  Par quelque fissure est entrée la fumée de Satan dans le temple de Dieu  : le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, l’insatisfaction, l’affrontement se sont fait jour. On ne se fie plus à l’Église, on se fie au premier prophète profane qui vient à nous parler de la tribune d’un journal ou d’un mouvement social et on court après lui pour lui demander s’il possède la formule de la vraie vie, sans penser que nous la possédons déjà. Le doute est entré dans nos consciences, et il est entré par des fenêtres qui devaient être ouvertes à la lumière…

«  Dans l’Église même règne cet état d’incertitude. Nous aurions cru que le lendemain du Concile serait un jour de soleil pour l’Église. Mais au lieu de soleil, nous avons eu les nuages, la tempête, les ténèbres, la recherche, l’incertitude. Nous prêchons l’œcuménisme, et nous nous séparons toujours davantage les uns des autres. Nous cherchons à creuser de nouveaux abîmes au lieu de les combler.

«  Que s’ est-il passé  ? Nous vous confions notre pensée  : une puissance adverse est intervenue, le diable, cet être mystérieux auquel Saint Pierre fait allusion dans sa Lettre. Combien de fois dans l’Évangile le Christ ne nous parle-t-il pas de cet ennemi des hommes  ! Ce quelque chose de surnaturel (correction postérieure  : “ préternaturel ”) est venu dans le monde précisément pour gâter et dessécher les fruits du Concile œcuménique et empêcher que l’Église éclate en hymnes de joie pour avoir redécouvert la conscience d’elle-même (  ?  !)  » 8DC 72, 658-659; Tract 7, CRC 58 p. 1; cf. Lettres 231, 250; CRC 16, 29, 46, 57 p. 2 et 7.

Le diable contre le Concile  ? N’est-il pas plutôt pour  ? N’y est-il pas entré pour y régner  ? Toujours est-il que c’est effrayant. Que ferez-Vous donc pour sauver l’Église de Dieu de l’emprise de Satan dont Vous constatez l’œuvre destructrice  ?

Certes, Vous manifestez un certain désir d’aider, de confirmer vos frères dans la foi  : «  C’est pourquoi Nous voudrions être capable, plus que jamais, d’exercer la fonction que Dieu a donnée à Pierre  : tu dois confirmer tes frères dans la foi. Nous voudrions vous donner ce charisme de la certitude que Dieu a donné à celui qui le représente sur cette terre, quelle que soit son indignité  » 9ibid.. Mais en regard de la puissance de Satan, de l’étendue du mal, du tragique de la situation, combien nous paraît pauvre, insuffisante, insignifiante cette velléité d’action  !

Nous osons donc Vous exhorter à Vous soucier de l’Église  ! Si votre propre salut Vous est indifférent, ayez du moins quelque égard pour le salut de la multitude et gouvernez courageusement votre peuple  !

A certaines de vos réflexions, il a semblé que Vous songiez à Vous retirer. Je n’y ai pas attaché d’importance mais d’autres s’en sont trouvés ébranlés  : «  C’est le Seigneur qui a créé l’Église, ce n’est pas nous. Il n’est ni facile ni agréable d’avoir certaines responsabilités. Mais Jésus a déclaré  : tu seras l’apôtre. Sur toi je fonderai mon Église… Il serait bon d’éloigner de nous cette responsabilité. Mais je ne le veux pas. Et vous qui êtes là, ne pouvez-vous pas montrer au moins votre compréhension et votre affection pour ceux qui, dans l’Église, ont des fonctions hiérarchiques  : c’est-à-dire ceux qui ont la charge du ministère  ?  » 10Oss. Rom. 30 mai  ; CRC 58 p. 1.

Certes, nous comprenons la lourdeur de la charge, «  le poids des clefs de Saint Pierre  », et «  la couronne d’épines  » que sont pour le Pape tant de désertions et de tristes événements devenus le pain d’amertume de l’Église, le sien et le nôtre. Mais nous revient à l’esprit le mot de saint Pie X, si encourageant, si noble, si fort  : «  FAITES VOTRE DEVOIR ET TOUT IRA BIEN  ». Très Saint Père, n’avez-Vous pas jeté Vous-même de plein gré, à plaisir, avec passion, la barque de Saint Pierre dans la tempête  ? Et Vous vous plaignez maintenant  ! Plaignez plutôt l’Église.

Et d’autant plus que, dans cette conjoncture angoissante, voilà que Vous lâchez le gouvernail et que Vous abandonnez à Dieu le soin de sauver l’Église ainsi aventurée par Vous seul.

Déjà le 7 décembre I968  : «  Il y en a tellement qui attendent du Pape des gestes retentissants, des interventions décisives et énergiques. Le Pape n’estime pas devoir suivre d’autre ligne que celle de la confiance en Jésus-Christ, qui aime son Église plus que quiconque. Ce sera lui qui calmera la tempête. Combien de fois Jésus n’a-t-il pas dit  : Ayez confiance en Dieu, croyez aussi en moi  ! Le Pape sera le premier à suivre ce commandement du Seigneur et à s’abandonner sans inquiétude et sans angoisse inopportune à l’action mystérieuse de l’invisible mais très certaine assistance que Jésus assure à son Église  » 11DC 69 p. 12; CRC 27 p. 9;Tract 7 Suppl. au no 58.

Le raisonnement est faux. Trois ans plus tôt, quand il s’agissait de tout mettre sens dessus dessous, de tout réformer, changer, modifier, c’est Vous qui le faisiez, c’est Vous qui gouverniez et qui imposiez vos idées, créant toutes les conditions de cette horrible tempête où voilà l’Église. Et maintenant Vous prétendez Vous croiser les bras, lâcher le gouvernail que Dieu a mis entre vos mains et que Vous teniez si bien pour nous mener à cette catastrophe  ? Et Vous laissez à Jésus le soin de Vous sauver par miracle  ! «  Aide-toi, le Ciel t’aidera  ». Voyez plutôt Saint Paul dans la tempête, comme il mène son monde, promettant à tous la vie sauve, à condition d’y travailler de toute leur énergie  ! 12Act. 27

De nouveau, le 21 juin 1972, Vous répétez cette fausse doctrine qui Vous ôterait le souci de gouverner l’Église et toute responsabilité pour les remettre à d’autres, à Satan pour le mal que Vous nous avez fait, et au Christ pour le salut qu’il nous faut  :

«  Dans certaines de nos Notes personnelles, Nous trouvons ce propos  : “ Peut-être le Seigneur m’a-t-il appelé à ce service non pas parce que j’y avais quelque aptitude, non pas pour que je gouverne l’Église et la sauve de ses difficultés présentes, mais pour que je souffre quelque chose pour l’Église et pour qu’il apparaisse clairement que c’est Lui, et non un autre, qui la guide et qui la sauve ”. Nous vous confions ce sentiment, non certes pour faire un acte public — et donc vaniteux — d’humilité, mais pour qu’à vous aussi il soit donné de jouir de la tranquillité que Nous éprouvons Nous-même en pensant que ce n’est pas notre main faible et inexperte qui est à la barre de la barque de Pierre mais bien la main invisible du Seigneur Jésus, sa main forte et aimante  » 13DC 72, 660; CRC 58 p. 1.

Ah  ! que ce langage est faux, hypocrite et pernicieux  ! En réalité, le Seigneur ne vous avait pas appelé à perdre l’Église par votre Réforme et Vous n’auriez pas à la sauver maintenant si Vous l’aviez seulement gouvernée selon la juste et saine tradition de Vos Prédécesseurs. Mais, maintenant, ne lâchez pas la barre pour abandonner la barque à la fureur des flots  ! C’est tenter Dieu que d’appeler le miracle quand il faudrait s’humilier, corriger sa faute et faire chacun l’œuvre du salut qui est de son devoir. C’est Vous et non le Christ qui avez voulu et mené cette Réforme criminelle. C’est à Vous, non au Seigneur, de vouloir et de faire maintenant la Contre-Réforme Catholique.

Si Vous ne voulez ou ne pouvez la faire, Très Saint Père, cédez votre place à un autre mais ne continuez pas davantage à retenir un honneur dont Vous ne remplissez pas la charge et à réclamer de votre peuple, une confiance, une obéissance, une sécurité que Vous ne méritez plus.

TRÈS SAINT PÈRE, SONGEZ À L’HONNEUR DE NOTRE DIEU  !

NOTRE PÈRE DU CIEL, dont Vous êtes comme l’image et le lieutenant sur la terre en lieu et place de son Fils Bien-aimé, pour enseigner, paître et gouverner en son Nom tout le peuple qu’il s’est choisi, Dieu, qui Vous comble des lumières et des énergies de son Esprit-Saint, Vous instituant Chef du Corps Mystique dont il est l’âme et Vous comblant de grâces comme son instrument excellent de sanctification universelle, Dieu a remis entre vos mains son Honneur et sa fortune…

Vous êtes le chaînon vivant de cette immortelle chaîne et succession des Pontifes Romains sans lesquels il n’y aurait rien et par qui tout bien nous est donné et conservé. En cette position, pensez à la gloire du Père Céleste et ne regimbez plus contre les exigences de son dessein, mille et mille fois plus sage, plus admirable, plus efficace que le Vôtre, dérisoire  !

QUE SON NOM SOIT SANCTIFIÉ, glorifié, par votre ministère  ! Cessez donc de glorifier, de louer, d’exalter l’homme — l’homme qui se fait Dieu — dans toutes les créations de son orgueil dont Vous voyez bien le néant, de la place élevée où Vous êtes  ! Pensez aux milliards d’êtres humains qui attendent, gisant dans les ténèbres et l’ombre de la mort, la révélation du Nom divin. Et réjouissez-Vous à la pensée du dessein de notre Dieu d’introduire tous ces hommes dans la connaissance de sa Sainteté et de sa Gloire  ! Ô merveilleuse vision de foi que celle d’une humanité entière clamant, d’un pôle du monde à l’autre, la première demande de notre Pater  : Sanctificetur Nomen tuum.

Cessez de nous prêcher le culte de l’homme pour nous exhorter enfin à Sanctifier le Nom de notre Père du Ciel.

QUE SON RÈGNE ARRIVE, servi par votre zèle infatigable. Qu’est-ce que l’ONU, l’UNESCO et toutes ces autres institutions internationales, en comparaison de son Règne, de son Église, «  la seule internationale qui tienne, et il n’y en a point d’autre  », disait Charles Maurras en 1917 14“ Le Pape, la Guerre et la Paix ”; CRC 4 p. 1, 29 p. 8, penseur politique que Vous n’aimez guère, mais qui, disant cela, parlait bien  ! Vous vous tuez à bâtir des châteaux de sable quand la même activité mise au service paisible et ordonné de l’Église lui procurerait aujourd’hui, du fait de l’attente et du malheur des hommes, de merveilleux accroissements  ! Comment Manhattan peut-il exercer sur le Romain que Vous êtes une telle séduction  ! Rome n’est-elle pas la Ville par excellence, source de toute grâce divine et de civilisation humaine universelle  ? Comment admirez-Vous les foules idolâtres de Bombay plus que le peuple du catholique Portugal chantant son inoubliable Cantique de Fatima  : AVE, AVE, AVE MARIA  ? La sainteté n’est-elle pas toute dispensée par Marie, Vierge, Mère et Reine de la Chrétienté  ?

Je prie pour que Vous soyez enfin saisi par la vue splendide de l’Église des siècles et que Vous vous exclamiez, à l’encontre même de vos discours préparés et de vos antipathies  : «  Que tes tentes sont belles, ô Jacob, et tes demeures, Israël  !  » 15Numb. 24, 5; CRC 36 Pages Mystiques p. 14 Que la «  bienheureuse vision de Paix  » d’une humanité rassemblée d’Orient et d’Occident, selon les prophéties d’Isaïe, dans l’Unique Église Vous donne enfin le courage des décisions héroïques d’une très nécessaire Contre-Réforme.

Laissez tomber les rêves d’une politique universelle sans Christ et sans Dieu, pour Vous occuper de votre seule Église, l’Église du Christ, en priant  : Adveniat Regnum tuum.

QUE SA VOLONTÉ SOIT FAITE, SUR LA TERRE COMME AU CIEL. Voyez ce qu’ont fait en dix ans les volontés des hommes appelés par Vous à la Liberté  ! Voyez ce que devient la terre depuis qu’elle est gouvernée par Liberté, Égalité, Fraternité, Grands Principes de 1789 substitués à la Loi de notre Dieu  ! Non, il en coûte trop cher, en sueurs, en larmes, en sang douloureusement versé, de soumettre la terre à la Charte des Droits de l’Homme. Cessez donc d’exalter cette Loi de Satan, revenez à l’humble et fidèle observation et prédication des Commandements de Dieu et de l’Église.

Dieu, qui est «  lent à la colère et riche en miséricorde  » 16Ex. 34, 6, aura vite et facile de repousser dans les fins fonds de la Sibérie et de la Mongolie les hordes communistes, «  verges de sa colère  » 17Is. 10, 5, instruments aveugles de ses châtiments. De nouveau, il dispensera aux peuples sa grâce abondante, à Votre prière, pour les détourner des faux humanismes et du culte idolâtrique que le monde moderne se rend à lui-même. Dieu pardonne. Dieu aidera, à condition que Rome revienne au culte de sa Loi, de sa Loi naturelle et de sa Loi révélée, mosaïque et évangélique. Soyez le Législateur et le Juge fidèle qui se complaît dans l’Honneur de Dieu, qui a soin de défendre les Droits de Dieu et de faire appliquer sur la terre sa Souveraine Volonté. À ceux qui cherchent le Royaume de Dieu et sa justice, le reste sera donné par surcroît.

Retournez à Fatima, Très Saint Père  ! Dites avec l’immense foule unanime  : Fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra, et, réalisant fidèlement toutes les demandes de Marie, Vous obtiendrez le don miraculeux de la Paix.

De toute manière et quoi que nous fassions, Très Saint Père, l’Avenir est à Dieu, Notre Père. L’avenir est au Christ, Fils de Dieu Sauveur, et à nul autre roi, messie ni seigneur de ce monde. Déjà «  le Prince de ce monde est jeté dehors  » 18Jn. 12, 31; cf. Lettres 248 p. 2. L’avenir est à l’Église, Unique et Sainte, catholique, apostolique et romaine. Jamais aucun MASDU DE SATAN ne tiendra contre Elle.

Alors pour moi je suis heureux et confiant, dans mon néant, maintenant que j’ai accompli cette œuvre que je devais faire. J’ai dit, naguère, une parole que je ne regrette pas et que je réitère même  : que Dieu me punisse si je me trompe et trompe ceux qui me suivent  ; qu’Il me frappe de mort violente si je ne sers pas la vérité mais le mensonge 19CRC 38 p. 8. Il y a dans l’histoire certains moments exceptionnels où les ténèbres se font si épaisses que l’appel, autrefois appelé ordalie, au Jugement de Dieu même, dans la défaillance des juges humains, s’impose à celui qui a la foi.

Mais Vous, Très Saint Père, maintenant que Vous avez en mains ce LIBELLE D’ACCUSATION, Vous ne serez plus en règle avec l’Église ni avec le Christ que Vous n’ayez jugé infailliblement de l’erreur et de la vérité en cette division et ce scandale qui ravagent votre Église. J’ai peine à être le porteur de cette sommation, divine et humaine, de faire votre devoir. Mais la charité seule a guidé mon courage. Car Vous n’aurez de repos ni en ce monde ni en l’Autre si Vous ne revenez de dix ans — et peut-être pour Vous-Même de cinquante ans — d’hérésie, de schisme et de scandale maintenant dénoncés publiquement devant Votre Tribunal et contre VOUS.

Si Vous daignez enfin nous manifester quelque union plus profonde et le lien de la charité catholique, Très Saint Père, accordez-nous cette grâce de réciter avec nous, maintenant, trois Pater et trois Ave à Vos intentions, aux intentions du Souverain Pontife telles qu’elles ont toujours été formulées et que je les trouve dans Le Manuel de Prière d’Ars, édition de 1844  : «  Prions pour les intentions du Souverain Pontife  : pour la propagation de la foi, l’exaltation de la Sainte Église, l’extirpation des hérésies et la paix entre les princes chrétiens  ». Ces intentions sont vraiment nôtres, Très Saint Père, et elles doivent être les Vôtres…

Pater, Ave.

Et daigne Votre Sainteté, dans toute la puissance légitime de son Souverain Sacerdoce, implorer sur nous les lumières et les grâces de Dieu, bénir les membres dévoués de la Ligue de Contre-Réforme Catholique et le dernier d’entre eux,

Votre très humble serviteur et fils

Georges de Nantes

En ces jours du vingt-cinquième anniversaire de mon Ordination Sacerdotale et de ma Première Messe, de notre Maison Saint-Joseph, les 27 et 28 mars 1973, à Saint-Parres-lès-Vaudes, France.

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