La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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2. Vous détruisez l’Église

L’ORDRE ET LE DÉSORDRE

À Saint Jean-Baptiste et à Jésus prêchant  : “ Convertissez-vous car le Royaume des Cieux est proche ”. À Jésus disant  : “ Cherchez le Royaume des cieux et sa justice (entendez, s’il vous plaît, sa sainteté), et le reste vous sera donné par surcroît ”. À ce divin Sauveur, notre Juge de demain, donnant cet ordre ultime aux Apôtres qu’il s’était choisis  : “ Allez dans le monde entier, prêcher l’Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé  ; celui qui ne croira pas sera condamné ” 45Mt 3,1; 4,17. – Mt 6,33. – Mc 16,15., etc., etc., etc. Et je pourrais apporter toute la Bible en renfort de ces brèves citations, s’oppose l’étrange prière incantatoire de Paul VI, le 13 mai 1967  : “ Hommes, soyez des hommes  ! ” ou son hymne à la gloire de l’homme qui avait marché sur la lune, exploit inouï mais dérisoire  : “ Honneur à l’Homme, Honneur à la pensée, etc. Honneur à l’Homme, roi de la terre et prince du ciel  ! Honneur à l’être vivant que nous sommes, dans lequel se reflète l’image de Dieu et qui, en dominant les choses, obéit à l’ordre biblique  : Croissez et dominez ”. Ou encore, autre folie que je citai également dans mon premier Livre d’Accusation  : “ L’homme est à la fois géant et divin, mais dans son principe et dans son destin. Honneur donc à l’homme, honneur à sa dignité, à son esprit, à sa vie  ! 46Liber acc., p. 20. ” Avec moins de lyrisme et plus de philosophie vous ne dites pas autre chose. Vous exaltez l’homme, sa dignité native, sa royauté, sa transcendance.

À l’apostrophe inoubliable de saint Léon à son peuple de Rome dans la nuit de Noël  : “ Agnosce, o christiane, dignitatem tuam ”, contredit votre message humaniste  : “ Connais, ô Homme, ta dignité, ta grandeur, ta déité  ! ”

LES DEUX VOIES INVERSES

La contradiction théorique se matérialise dans l’opposition de la nouvelle pratique à l’ancienne, séculaire, et de là, par une cassure entre les fidèles, les pratiquants, les membres les plus éclairés et les plus actifs de l’Église.

Le chemin du salut pour les personnes et pour les peuples, depuis les premiers temps de l’histoire, avait été celui de la religion, et depuis Abraham et Moïse, celui de la Loi juive et de son culte, enfin pour tous et pour toujours, par Jésus-Christ, celui de l’Église, où elle entraîne ses fidèles, hors duquel il n’est point de salut. Ce chemin, c’est le Christ qui lui-même s’est dit notre Voie, et notre vérité et notre vie 47Jn 14, 6., et c’est le chemin du Ciel. «  Je te montrerai le chemin du Ciel  », disait le Curé d’Ars à Antoine Givre, le petit pâtre qui lui indiquait son chemin vers Ars  ! Et il le fit effectivement, comme vous le savez 48Trochu, Vie du Curé d’Ars, p. 127..

Et Vous, vous annoncez un beau jour, doctoralement et impérativement  : «  Le chemin de l’Église, c’est l’homme  »  ? C’est une impiété, puisque vous substituez l’homme, concret ou philosophique, au Fils de Dieu fait homme. C’est une sottise, parce qu’on se demande ce que l’homme peut être en fait de chemin  : quels dogmes  ? quels sacrements  ? quels commandements  ? et où il peut mener ailleurs que dans les bagarres et les bas-fonds du monde, et à l’enfer  ! C’est enfin une révolution dans l’Église, que vous ne pourriez mener qu’en dressant un parti, le parti de l’Homme, contre l’autre, le parti de Jésus-Christ  !

Lisons quelques phrases de ces discours où vous annoncez ce nouveau chemin  : «  L’homme, dans la pleine réalité de son existence, de son être personnel et en même temps de son être social et communautaire… Cet homme est la première route que l’Église doit parcourir en accomplissant sa mission  : il est la première route et la route fondamentale de l’Église, route tracée par le Christ lui-même, route qui, de façon immuable, passe par le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption.  » — «  Il faut donc revenir sans cesse sur cette route et la suivre toujours de nouveau selon les divers aspects sous lesquels elle nous révèle toute la richesse et en même temps toute la difficulté de l’existence humaine sur la terre. 49Redemptor hominis, no 14. – Laborem exercens, no 1.  »

Les bonnes gens s’imaginent pieusement que vous parlez pour ne rien dire, ou pour dire des riens. Par exemple, que l’Église, avant le Concile, était trop “ désincarnée ” et qu’il fallait qu’elle remette un peu les pieds sur terre… Mais c’est vous prendre pour un montreur de marionnettes. Notre connaissance de votre “ anthropocentrisme laïc ” nous contraint à interpréter la consigne nouvelle comme un ordre de changement total de la marche de l’Église. Il faut qu’elle se convertisse à l’homme et au monde présent  ; que, renonçant à la primauté et priorité de ses œuvres de religion, ou de culte, elle s’immerge dans la vie du monde et s’applique aux œuvres d’un humanisme séculier, autrement dit à la culture. C’est exactement la charte de changement que constitua, en 1530, la Confession d’Augsbourg, cette formidable “ utopie anticatholique ” comme je l’ai appelée, et non sans le prouver et le démontrer en juin 1980, tandis que follement l’Église elle-même la fêtait, et vous-même osiez dire que Quelqu’un en vous “ vivait très intensément cet anniversaire ”… Ce quelqu’un, si quelqu’un il y a, ne pouvait être, Très Saint Père, que Satan ou l’un de ses suppôts 50Cf. CRC 156, La Confession d’Augsbourg, p. 5-14. – Sur votre confidence, CRC 154 p. 4..

L’explication de leur “ Réforme ”, pour Luther et Mélanchton, c’est que “ le juste vit par la foi ”, et non par les œuvres, entendons-nous bien  : les œuvres de culte et de religion qu’ils proscrivent donc comme abominables et impies. Mais le juste prouve sa foi par les œuvres temporelles, la guerre, la finance, le commerce, et Dieu lui prouve sa bénédiction en l’y faisant vainqueur, et riche, et habile. Mais pour vous  ? Est-ce l’explication de votre plus que réforme, de votre changement, de votre Révolution humaniste  ? Certainement. Selon votre philosophie, c’est à travers l’athéisme, c’est-à-dire par la “ néantisation ” de toute religion positive, au moins spéculativement, que doit naître la pure foi immanente, l’acceptation d’une Transcendance non dérangeante, et cela se prouvera par le cheminement incognito des chrétiens sur la grand-route de l’humanité en marche vers son accomplissement temporel. Vous ne songerez pas à le nier, c’est cela  ! Luther, l’obscur moine de Wittenberg n’était qu’un enfant à côté de vous.

L’ARGUMENT D’AUTORITÉ  : L’OBÉISSANCE AU CONCILE

Pour ce changement de cap, vous requérez les pleins pouvoirs, vous instaurez la dictature. Il faut que de l’ancienne Église en naisse une nouvelle. On ne change pas un État, une administration, un peuple, sans d’abord se constituer une force, de pouvoir, d’armée, de police, mais aussi et plus encore de majorité parlementaire et de maîtrise de l’opinion. Tout cela constitue les éléments du coup d’État, l’instauration de la dictature qu’on appelle, quand elle est conduite par une théorie dialectique  : stalinienne. Et quand elle est instituée au nom de Dieu  : providentielle.

Mais c’est tout simplement un SCHISME réussi à la tête, au sommet de l’Église et non en quelque lieu périphérique, à Wittenberg, à Genève ou à Londres. À Rome. Par l’opération de Jean XXIII, l’Inconscient, de Paul VI et de vous aujourd’hui, cette œuvre du Concile et du postconcile dont vous vous réclamez aujourd’hui pour justifier votre autocratisme révolutionnaire, et votre droit de vie et de mort, spirituel bien entendu, sur tout ci-devant catholique.

La malice est un peu grosse, par laquelle vous vous dites l’humble et obéissant serviteur du Concile et le disciple fidèle de votre prédécesseur et père le pape Paul VI, pour en appliquer et poursuivre tous les dogmes nouveaux. Ainsi avez-vous intérêt à le proposer, ce funeste Concile, comme inspiré de Dieu en toutes ses parties, pour faire apparaître votre dictature comme providentielle et toute parole, toute décision tombée de votre bouche comme divine. Un bon jésuite polonais, qui n’a pas compris cette ruse, dit de vous avec adoration  : «  C’est un mystique du Concile  »  !

Louis XIV n’a jamais dit, la cravache à la main  : L’État, c’est moi. Mais vous, dès le lendemain de votre élection vous avez bien expliqué  : Le Concile, c’est l’Esprit-Saint, et moi je serai le Concile vivant parmi vous  !

«  Tout d’abord, nous désirons vous avertir de l’importance permanente du Concile Œcuménique Vatican II  : nous avons reçu la charge certaine de lui donner minutieusement l’application voulue. Ce Synode Universel n’est-il pas en effet comme la pierre milliaire, ou comme l’événement d’un poids considérable au sein de l’histoire bimillénaire de l’Église, et par conséquent dans l’histoire religieuse du monde et en ce qui concerne le culte de l’homme  ?…  »

Ici une parenthèse  : le texte dit bien “ atque ad cultum humanum ”, mais les journaux qui ne savaient pas vos pensées profondes, ont édulcoré cela et traduit  : “ et en ce qui concerne la civilisation humaine ”  !

«  Nous considérons donc comme un devoir primordial de promouvoir avec le plus grand soin possible l’exécution (aïe  ! voilà le mot fort) des décrets et des normes directrices de ce même Synode Universel… Nous voulons dire qu’il faut d’abord que les esprits soient en syntonie avec le Concile pour en actualiser dans la vie ce qu’il énonce, et afin que ce qui s’y trouve, ou ce qui est habituellement dit implicite, soit explicité, compte tenu des expériences qui ont été faites à partir de là, et des exigences que réclament de nouvelles circonstances…51Disc. aux cardinaux 17 oct. 78.  »

C’est Napoléon se faisant empereur pour consolider les acquis de la Révolution, c’est Lenine bâillonnant les soviets d’usine et instaurant la Tchéka au nom du communisme. Voilà l’histoire de l’Église, et de la religion humaine, et du monde, coupée en deux. Avant le Concile, et après. Ou plus exactement, si on vous lit attentivement, à cause de ces choses implicites, et de ces expériences en cours qui indiquaient comme un temps de vacation de la grande réforme annoncée, c’est un avant-Moi et un après-Moi cosmiques. Mais c’est un schisme  ! Une mort déclarée, à “ exécuter ”, de l’Église apostolique, antérieure, et la création annoncée d’une nouvelle Église conciliaire, ou plus exactement wojtylienne.

UN CONCILE INSPIRÉ  ?

Et vous voulez qu’on s’incline  ? Oui, par l’invocation de l’Esprit-Saint tout mobilisé par le service de propagande de votre dictature, service que vous remplissez vous-même  :

«  Ce que l’Esprit a dit à l’Église par le récent Concile en notre temps, ce que, dans cette Église, il dit à toutes les Églises (locales  ? ou plus probablement, schismatiques) ne peut — malgré les inquiétudes momentanées — servir à rien d’autre qu’à une cohésion plus mûrie de l’ensemble du Peuple de Dieu, conscient de sa mission de salut. 52Red. hominis, no 3.  » Cet Esprit dont on ne nous dit pas le nom connaît la méthode maçonnique  : “ Solve et Coagula ”. Après avoir divisé, désorganisé, dissout l’Église antéconciliaire, le voilà pressé de coaguler le peuple de Dieu atomisé, désintégré  : le temps est venu de la “ cohésion ”, sous la houlette des diviseurs d’hier  ! et de la concentration, mot aux résonances fâcheuses qui annonce la chasse aux dissidents  !

«  Au cours de nos réflexions et discussions, disiez-vous aux évêques hollandais divisés sur l’essentiel, à un contre tous, une chose a toujours été claire  : nous ne pouvons désirer — et nous ne désirons en réalité de tout notre cœur — qu’une Église qui corresponde totalement aux intentions du Seigneur, telles qu’elles ont été exprimées par le Concile. Nous croyons (de foi divine  ? d’inspiration intime  ? ou de simple opinion  ?) en effet que le Concile Vatican II est devenu pour notre époque le thème et le lieu privilégiés grâce auxquels l’Esprit-Saint, l’Esprit de Jésus-Christ “ a parlé ” à toute l’Église, et l’a guidée vers la vérité tout entière, et donc aussi vers cette vérité de l’existence “ dans le monde contemporain ”, de l’existence telle qu’elle nous apparaît à travers les “ signes des temps ”. 53Au synode hollandais, 31 janv. 1980.  »

C’est clair. À un changement de civilisation, de culture, de mentalité, il faut aujourd’hui que corresponde un changement de religion. Le Saint-Esprit a parlé, qui oserait contredire  ? Qui résisterait au Pape, résisterait à Dieu. C’est le “ Savoir du pouvoir ”, que dénonçait naguère Glucksmann 54Les Maîtres penseurs, Paris 1977; cf. CRC 124, Goulag ou Chrétienté, Réponse aux nouveaux philosophes., qui engendre “ le Pouvoir du savoir ”, monstrueux programme. Nous voici revenus au temps maudit des “ Maîtres Penseurs ”.

Aux évêques français, le 1er juin 1980, avant de régler leurs comptes inégaux à l’“ intégrisme ” et au “ progressisme ”, c’est toujours votre point d’appui  : le Concile, œuvre pure de l’Esprit-Saint.

«  La mission de l’Église, qui se réalise continuellement dans la perspective eschatologique, est en même temps pleinement historique. Cela se rattache au devoir de lire les “ signes des temps ”, qui a été si profondément pris en compte par Vatican II. Avec une grande perspicacité, le Concile a également défini quelle est la mission de l’Église dans l’étape actuelle de l’histoire. Notre tâche commune demeure donc l’acceptation et la réalisation de Vatican II, selon son contenu authentique.

«  Ce faisant, nous sommes guidés par la foi  : c’est notre raison d’agir principale et fondamentale (je souligne). Nous croyons que le Christ, par l’Esprit-Saint, était avec les Pères conciliaires, que le Concile contient, dans son magistère ce que l’Esprit “ dit à l’Église ”, et qu’il le dit en même temps dans une pleine harmonie avec la Tradition et selon les exigences posées par les “ signes des temps ”; cette foi est fondée sur la promesse du Christ  : “ Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ” (Mt 28, 20); sur cette foi se fonde aussi notre conviction qu’il nous faut “ réaliser le Concile ” tel qu’il est, et non comme certains voudraient le voir et comprendre. 55Centurion, p. 152-153.  »

Vous le dites, je le conteste. Vous vous trompez, ou bien vous trompez l’Église. Mais vous êtes dans l’impossibilité totale de justifier vos dires, sur lesquels s’appuie toute votre dictature révolutionnaire, par appel à la doctrine catholique romaine. Il y a dix-huit ans que je dénonce l’imposture de cet illuminisme prétendu conciliaire, et j’ai soutenu cette dénonciation il y a juste quinze ans aujourd’hui 4 mai 1983, devant le tribunal du Saint-Office. Jamais personne n’a rien pu articuler à l’encontre de cette formidable accusation de forfaiture et d’imposture, unique dans les annales de Rome 56De l’autorité du Concile, Lettre à mes amis 212, 15 sept. 1965. Je suis fils de l’Église  : Le Faux Procès, CRC 24, sept. 1969. Le Vrai Procès, CRC 25, oct. 1969..

Non, le Concile en aucune de ses parties n’est objet de foi. Non personne ne peut affirmer sans tomber dans l’illuminisme, que l’Esprit a parlé au Concile. Non, rien de ce que le Concile a déclaré ou décidé n’engage en conscience les évêques, les prêtres ou les fidèles catholiques. Encore moins les Papes qui sont et eux seuls responsables de leurs enseignements et de leurs décisions. Nul ne peut se couvrir aucunement de l’autorité prétendue de ce Concile “ pastoral ”, aux déclarations et décisions confuses et incertaines, achevé depuis bientôt vingt ans, et n’ayant engendré que troubles et divisions dans l’Église.

Qui plus est, car tout cela est encore négatif, se réclamer d’un tel Concile globalement, comme d’une charte de “ réforme de l’Église ”, c’est-à-dire de retour à Jésus-Christ, son Fondateur, et à l’Évangile plus purement entendu et appliqué, et, simultanément  ! d’“ aggiornamento ”, c’est-à-dire d’adaptation des institutions et mentalités catholiques au monde moderne, selon l’interprétation des “ signes des temps ”  : c’est activement participer au péché formel de schisme, sinon d’apostasie, qui fut celui de ses promoteurs, de ses acteurs principaux et de son autorité suprême, Paul VI.

En vous réclamant de Vatican II, vous ne faites donc que prolonger le sinistre “ pacte conciliaire ” qui lie les uns aux autres tous les réformateurs schismatiques, survivants et successeurs, de ce funeste Vatican II. Ce faisant loin d’imposer sur nous votre autorité, vous vous déclarez chef de la rébellion moderniste auprès de laquelle vous renouvelez vos engagements. Vous vous déclarez sectaire, et schismatique.

LE PAPE ET L’ÉGLISE “ TRANSFIGURÉS ”  !

Le comble de l’imposture de votre autocratisme révolutionnaire a été atteint les 1er et 8 avril 1979, quand vous avez célébré Paul VI, appelé au tribunal de Dieu comme nous le serons tous, le 6 août 1978, “ en la fête de la Transfiguration du Seigneur ”. De cette occurrence, comble de l’illuminisme le plus délirant, vous tiriez la preuve que Paul VI avait lui-même connu ce jour-là sa propre transfiguration  ! Et cela n’était que justice pour celui qui avait opéré, par le Concile, la “ transformation de l’Église ”, autant dire sa transfiguration  ! Teilhard de Chardin est mort le jour de Pâques, est-ce le signe de sa résurrection  ?

Cela servait trop votre propos de rendre toute l’Église esclave du clan moderniste qui la mène à sa mutation, secrètement «  implicitement  » programmée au Concile, pour que vous n’en tiriez pas tout le parti possible. Vous dîtes  :

«  Le pontificat de Paul VI n’a-t-il pas été un temps de profonde transformation, de cette transformation suscitée par l’Esprit-Saint à travers toute l’activité du Concile  ? […] On pourrait dire, en développant cette pensée, que le Seigneur ayant appelé à lui le Pape Paul en la fête de sa Transfiguration a permis — à lui et à nous — de voir qu’Il est présent dans toute l’œuvre de “ transformation ”, de renouveau de l’Église selon l’esprit de Vatican II, comme il a été présent dans le merveilleux événement du mont Thabor…57DC., 2-16 sept. 79.  »

«  Le Pape de Vatican II  ! Le Pape de cette profonde transformation qui n’était rien d’autre qu’une révélation du visage de l’Église, attendue par l’homme et par le monde d’aujourd’hui. Là aussi il y a une analogie avec le mystère de la Transfiguration du Seigneur. En effet ce même Christ que les apôtres ont vu sur le mont du Thabor n’était autre que celui qu’ils avaient connu chaque jour, dont ils avaient entendu les paroles et vu les actes. Sur le mont Thabor, il s’est révélé à eux comme le même Seigneur, mais “ transfiguré ”. Dans cette Transfiguration s’est manifestée et s’est réalisée une image de leur maître qui précédemment leur était inconnue, qui était voilée à leurs yeux.  »

Et de même, Paul VI a reçu ce «  charisme de la Transfiguration  », par lequel il a su opérer la transfiguration de l’Église, sa transformation radieuse, «  à partir de la nouvelle lecture des signes des temps faite par le IIe Concile du Vatican  », et aussi «  pour la transformation de l’homme, de la société, des systèmes  », en vue de cette «  civilisation de l’amour  » qu’il annonçait  !

Cela finit dans le lyrisme d’un triomphalisme illuminé, ou froidement mensonger  : «  Le 6 août 1978, les derniers rayons de la fête de la Transfiguration sont tombés sur le cœur du pasteur qui, pendant toute sa vie, avait servi la grande cause de la transformation de l’homme en notre période difficile, et celle du renouveau de l’Église en vue de cette transformation. — Ces rayons semblaient dire  : “ C’est bien, bon et fidèle serviteur…, viens te réjouir avec ton maître ” (Mt 25, 21). Et Paul VI n’a pas repris sa tâche quotidienne, mais il a suivi le Seigneur qui l’appelait depuis la montagne de sa Transfiguration.  »

Pourquoi tant d’outrance et de mensonge  ? Pour faire admettre dans l’Église l’apostasie, annoncée, condamnée d’avance par les vrais saints Papes, vos prédécesseurs que vous reniez, que vous ignorez systématiquement parce qu’ils se sont élevés d’avance, au Nom de Dieu et infailliblement contre pareil orgueil impie des réformateurs de l’Église que vous êtes, Paul VI hier, et vous aujourd’hui encore.

L’ARGUMENT DE RAISON  : L’ÉVOLUTION DU MONDE

Après l’argument d’autorité, l’argument de raison. Le premier argument recèle une évidente contradiction  : Par l’autorité prétendue divine de Vatican II, détruire l’autorité certaine et infaillible de l’Église d’avant Vatican II. Inepte, stupide vaticination  ! Qui étaie l’autre, le discours évolutionniste sur les “ signes des temps ”  : D’ailleurs, il fallait que cela change et qu’on en vienne, par fidélité profonde aux Anciens, à les contredire dans une infidélité purement apparente  ! Évolution jusque dans la contradiction. Il faudrait que toute l’Église… et Dieu soient hégéliens pour qu’on puisse justifier ainsi pareil retournement. Aussi inepte et stupide vaticination  !

Un jour, vous avez expliqué cette évolution-transformation-mutation-contradiction, sans en rien celer, sans doute étiez-vous en confiance… C’était le 19 novembre 1980 à trois mille artistes, journalistes et publicistes allemands. Je vous cite simplement, c’est si clair  ! en me contentant de marquer les étapes de ce retournement de l’Église par des sous-titres expressifs  :

LE SOUVENIR DES TEMPS DE CHRÉTIENTÉ

«  Les relations de l’Église et de l’art, ou architecture, dans l’art figuratif, la littérature, le théâtre, sont une histoire mouvementée. Sans les efforts des monastères par exemple, il est probable qu’aucun des trésors antiques des auteurs grecs et latins ne nous aurait été transmis. Avec grand courage, en ce temps-là, l’Église est entrée en dialogue (sic) avec la littérature et la culture antiques. Pendant longtemps l’Église était considérée comme la mère de l’art. Elle l’était comme mécène  ; le contenu de la foi chrétienne constituait les motifs et les thèmes de l’art. Pour expérimenter la vérité de ce fait, il est facile de faire un test  : si l’on enlève de l’histoire de l’art en Europe et en Allemagne particulièrement, tout ce qui est en lien avec une inspiration religieuse et chrétienne, on verra combien il reste peu de choses.  »

LA MALHEUREUSE AGRESSIVITÉ RÉCIPROQUE
DU MONDE MODERNE ET DE L’ÉGLISE D’HIER

«  Au cours des derniers siècles et très fortement depuis 1800, le lien entre l’Église et la culture, et ensuite entre l’Église et l’art, s’est relâché. Cela au nom de l’autonomie et sous une forme aggravée au nom d’une sécularisation croissante. Entre l’Église et l’art s’établit un fossé qui devait s’accroître du fait de la critique à l’égard de l’Église et du christianisme et principalement de la religion.

«  L’Église de son côté — et d’une certaine façon c’était compréhensible(la voilà excusée d’une détermination qu’on suggère fausse, illégitime, du moins malencontreuse et certainement peu intelligente et peu charitable) — manquait de confiance à l’égard de l’esprit moderne et de ses multiples expressions. Cet esprit était considéré (sic) comme l’ennemi de la foi et de l’Église, comme critique de la révélation et de la religion. L’attitude de l’Église était une attitude de défense, elle prenait ses distances et ripostait au nom de la foi chrétienne.  »

Ainsi introduisez-vous dans le relatif des circonstances historiques, des décisions humaines, du tempérament, des tactiques, des partis pris ou fautes de vos prédécesseurs, ce que ceux-ci ont défini et décrété comme l’expression inviolable et immuable de la foi et de la loi divines. C’est pour vous autoriser à rompre avec cette religion d’hier au nom de l’Esprit qui vous parle directement à travers les signes des temps. D’abord par le Concile…

L’OUVERTURE AU MONDE DE VATICAN II

«  Le Concile Vatican II a créé et établi les bases de nouvelles relations entre l’Église et le monde, entre l’Église et l’art. On peut caractériser ces relations par une attitude d’intérêt, d’ouverture, de dialogue. À cela est liée une attention à l’aujourd’hui, l’“ aggiornamento ”. De fait, les pères du Concile consacrent un chapitre de la Constitution pastorale Gaudium et Spes (nos 53-63) en vue d’une juste promotion des progrès de la culture et ils traitent la question comme l’Église antique (  !), avec franchise, sans étroitesse ni embarras.

«  Le monde est une réalité en soi, il a son identité propre, d’où également l’autonomie de la culture et de l’art. Cette autonomie bien comprise n’est pas une protestation contre Dieu ni contre l’affirmation de la foi chrétienne  ; elle est plutôt la manifestation de ce que le monde de Dieu est une création donnée dans la liberté, remise et confiée à l’homme en vue d’une culture responsable.  »

ENFIN VOICI VOTRE ANTHROPOCENTRISME LAÏC ET POSTCHRÉTIEN

«  Ainsi il devient possible pour l’Église d’établir de nouvelles relations avec la culture et l’art, des relations en collaboration, de liberté et de dialogue. Cela est d’autant plus facile et peut-être d’autant plus fructueux que l’art est libre dans votre pays et qu’il peut se réaliser et se développer dans un espace de liberté. Si votre vocation (  ?) va dans le sens d’une liberté responsable, l’Église peut et doit être toujours votre partenaire (sic), partenaire dans le souci de la dignité de l’homme dans le monde qui est secoué jusque dans ses fondements.  »

Ce texte aboutit ainsi, juste à sa dernière ligne, à la révélation du nouvel humanisme, de la nouvelle Église wojtylienne, partenaire pour un monde nouveau… travaillant à la dignité de l’homme, et, sincère et désintéressée, à l’humanisation de la planète.

Un seul regret, Très Saint Père  : c’est exactement la pastorale que condamne le Syllabus du saint pape Pie IX, cette prétendue “ réconciliation de l’Église avec le monde moderne ”, avec une humanité que l’on dit autonome et libre, mais responsable  ! pour ne pas reconnaître qu’elle est en réalité apostate, antichrist et athée. L’Église partenaire d’un tel monde  ? Cela ne peut être qu’une prostitution.

VOUS OPTEZ POUR LA DISPARITION DE L’ÉGLISE

Vous êtes content de la disparition de l’Église. J’ai mis longtemps à le comprendre, à admettre qu’une telle mentalité puisse exister chez un Pape. Cela pourtant crève les yeux. Par exemple, lorsque vous visitiez l’Université de Kinshasa au Zaïre, le 4 mai 1980, vous évoquiez à la fin de votre discours, les temps pas si lointains où l’Université était très officiellement catholique. Vous disiez  : «  Chers amis, professeurs, étudiants et étudiantes, au début de son existence, votre université avait pour devise  : “ LUMEN REQUIRUNT LUMINE ”, à sa Lumière ils cherchent la lumière.  » Mais vous reveniez sans larmes au présent  : «  Je souhaite que vos études, vos recherches, votre sagesse soient pour vous tous un chemin vers la Lumière suprême, le Dieu de vérité, que je prie de vous bénir.  »

Jadis et naguère encore, la Lumière, la grâce, la vie surnaturelle de l’Église étaient au principe de leurs recherches, Dieu était au fondement de leur édifice, selon la parole du psalmiste  : “ Nisi Dominus aedificaverit domum… ”, et celle de Notre-Seigneur  : “ Sine me nihil potestis facere ” 58Ps. 126,1. – Jn 15,5., et c’était l’époque de la colonisation… Maintenant les temps ont changé  ; c’est la décolonisation, la déclergification et la déchristianisation. L’ère de la liberté sans aliénations. Qu’à cela ne tienne  ! Le Pape ne boude pas  ! Il souhaite que Dieu se trouve à la fin, s’il n’est plus au commencement  ! Il prie pour cela, et ainsi n’y a-t-il pas lieu de regretter le passé. Ne faut-il pas plutôt se réjouir du présent et de l’avenir  ? Oui, telle est votre pensée, tel était votre discours  :

«  Historiquement, expliquiez-vous à ces Noirs évolués, émancipés, que vous voyez dans vos rêves tous bons, tous généreux, tous sincères, l’Église a été à l’origine des Universités. Durant des siècles, elle y a développé une conception dans laquelle les connaissances de l’époque étaient situées dans la vision plus ample d’un monde créé et racheté par Dieu et par Notre-Seigneur Jésus-Christ.  » Et c’est bien ce qu’exprimait la devise suprêmement religieuse, chrétienne, catholique de l’Université de… Leopoldville, inspirée d’ailleurs du psaume 35 59Ps. 35,10..

Aujourd’hui, la devise a changé. Qui l’a changée  ? et quand  ? et de quel droit  ? par quels sentiments et pour quel service de quelle idéologie  ? Vous paraissez ne point vous en soucier, encore moins vous en alarmer. C’est l’évolution du monde  ! C’est un “ signe des temps ”  ! Il ne vous paraît pas étonnant et angoissant que tous ces “ signes des temps ” soient d’essence anticléricale et maçonnique, comme autant de clignotants annonçant la venue de l’apostasie  ? Mais non  ! La nouvelle devise vous plaît par son humanisme conquérant courageux, optimiste  : “ SCIENTIA SPLENDET ET CONSCIENTIA ”, la Science resplendit, et la Conscience l’accompagne  !

Vous prenez acte de cette révolution copernicienne, ou plutôt kantienne, de cette inversion d’une Chrétienté tout instaurée sur le seul fondement du Christ, à une Humanité sans autre fondement que la Science  ! avec sa Conscience  ! Vous insérez le message chrétien dans cette pâte humaine comme un ferment, caché, incognito. L’Église disparue, repartie avec les derniers colonisateurs et missionnaires, des chrétiens anonymes entreront dans le grand œuvre et témoigneront de votre Dieu, le Dieu de l’En-avant et de l’Au-delà.

Personne ne vous a donc jamais dit  ? personne ne se lèverait donc pour vous rappeler que, de l’une à l’autre devise, de l’une à l’autre société, l’une chrétienne, l’autre humaniste, il y a une apostasie  ? Il y a le reniement de la foi sans laquelle nul, ni peuple, ni personne, ni prince, ni pape, ni blanc ni noir, ne peut plaire à Dieu. Et qu’il est vain désormais d’attendre la moindre sagesse ni la moindre vertu d’une société, d’un monde qui a renié son Créateur, son Sauveur, son Seigneur et Juge souverain  ?

VOUS VOULEZ L’ATHÉISME SOCIAL, BASE DE DÉPART D’UN NOUVEAU CHRISTIANISME

Au contraire  ! Votre conception la plus profonde est celle d’un monde qui est depuis toujours et bien avant sa rencontre avec l’Église, «  intérieurement allié à la sagesse éternelle  », et qui sans doute continuera à l’être longtemps après l’effacement de l’Église, comme on en voit le thème revenir tout au long de votre fameuse Homélie au peuple français, lors de la Messe du 1er juin 1980 au Bourget 60Centurion, p. 135-142..

«  Je voudrais rendre hommage au Dieu vivant, disiez-vous, qui, agissant à travers les peuples, écrit l’histoire du salut dans le cœur de l’homme. Cette histoire est aussi vieille que l’homme. Elle remonte à sa “ préhistoire ”. Elle remonte au commencement.  » L’histoire chrétienne, elle, survient plus tard, et elle subsiste ainsi au cœur de la première, mais «  cachée au plus intime de l’homme, mystérieuse et pourtant réelle aussi…  »

C’est vrai de l’humanité, c’est vrai aussi de chaque homme  : «  L’histoire du salut connaît toujours un nouveau commencement, elle commence en tout homme venant en ce monde  », mais par quoi donc  ? par le baptême  ? Non pas  ! Par une «  alliance avec la sagesse éternelle  », alliance originelle, alliance universelle. C’est la «  fidélité à l’alliance avec la sagesse éternelle qui est la source d’une vraie culture, c’est-à-dire de la croissance de l’homme.  » Vous le répétez, le répétez encore  : «  Pour nous, l’alliance intérieure avec la sagesse se trouve à la base de toute culture et du véritable progrès de l’homme.  » Tel est «  l’éloge de l’homme…, l’affirmation de l’homme.  » Vous ne craignez pas de poser d’abord cette conception d’un humanisme antérieur, qui est d’ailleurs la Weltanschauung de l’anthroposophie de Rudolf Steiner. Et vous faites gloire à la franc-maçonnerie, à la Révolution de 1789 d’avoir reconstruit ce premier monde gouverné par la Sagesse sans nom et sans visage qui fait alliance éternelle avec l’homme  :

«  Que n’ont pas fait les fils et les filles de votre nation pour la connaissance de l’homme, pour exprimer l’homme par la formulation de ses droits inaliénables  ! On sait la place que l’idée de liberté, d’égalité et de fraternité tient dans votre culture, dans votre histoire. Au fond, ce sont des idées chrétiennes. Je le dis tout en ayant bien conscience que ceux qui ont formulé ainsi, les premiers, cet idéal, ne se référaient pas à l’alliance de l’homme avec la sagesse éternelle. Mais ils voulaient agir pour l’homme.  »

Ayant ainsi imaginé, Vous, cette Humanité foncièrement unie à la sagesse éternelle et conduite par elle vers sa croissance historique, dans la seconde partie de votre discours, vous entrecroisez votre Christianisme avec cet humanisme et les tressez l’un avec l’autre, comme un nouveau Testament brodant sur une ancienne et éternelle, et plus profonde alliance  :

«  Le Christ est venu au monde au nom de l’alliance de l’homme avec la sagesse éternelle.  » Au nom de…  ? Oui  : «  L’alliance avec la sagesse éternelle continue en lui  ». L’alliance première, naturelle, infrangible, continue par le Christ et aujourd’hui par «  l’Église, c’est-à-dire le Corps du Christ le Peuple de Dieu.  »

C’est donc une substance laïque et séculière que l’homme, ou la société, substance dès le commencement et pour toujours habitée par la Sagesse éternelle. Et telle religion n’en est qu’un épiphénomène, et telle Église… une superstructure  :

«  Dans cette alliance, l’homme doit croître et se développer comme homme. Il doit croître et se développer à partir du fondement divin de son humanité, c’est-à-dire comme image et ressemblance de Dieu lui-même. Il doit croître et se développer comme fils de l’adoption divine.

«  Comme fils de l’adoption divine, l’homme doit croître et se développer à travers tout ce qui concourt au développement et au progrès du monde où il vit  »… Mais il faut pour cela qu’il ne «  néglige pas l’alliance avec la sagesse éternelle  »  !

À vous lire longuement, on entre dans votre Weltanschauung d’anthroposophe steinérien (mais, j’espère, tout de même pas “ luciférien ” comme les autres steinériens le sont). Le Christ l’Église ne sont que des réalités surnaturelles superfétatoires d’un univers déjà sauvé par la Sagesse éternelle. De toute la force des vertus théologales qui habitent mon âme depuis le jour de mon baptême, monte en moi à recopier vos paroles une haine  ! une haine divine…

Sereinement indifférent à de telles réactions négligeables, habité par une force surhumaine vous poursuivez  :

«  “ Le pouvoir au ciel et sur la terre ” n’est pas un pouvoir contre l’homme. Ce n’est même pas un pouvoir de l’homme sur l’homme. C’est le pouvoir qui permet à l’homme de se révéler à lui-même dans sa royauté, dans toute la plénitude de sa dignité. C’est le pouvoir dont l’homme doit découvrir dans son cœur la puissance spécifique, par lequel il doit se révéler à lui-même dans les dimensions de sa conscience et dans la perspective de la vie éternelle (je souligne les zones où le blasphème paraît avec la plus grande insolence).

«  Alors se révélera en lui toute la force du baptême, il saura qu’il est (sic) “ plongé ” dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit, il se retrouvera complètement lui-même, dans le Verbe éternel, dans l’Amour infini.  »

Ainsi, arrivé à la fin de votre discours, deux fidélités apparaissent entrecroisées, celle que les catholiques ont comprise et retenue et applaudie  : «  France, Fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême  ?  » L’autre qu’ils n’ont pas comprise et qu’ils n’ont donc pas retenue, mais que les frères de toutes les loges maçonniques de l’univers ont remarquée  : «  France, Fille aînée de l’Église et éducatrice des peuples (c’est-àdire mère de toutes les révolutions modernes) es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle  ?  »

Ces deux fidélités pour vous n’en font qu’une, mais c’est la fidélité anthroposophique qui est la première  ! Ce que vous souhaitez et que vous voyez venir sur le monde avec satisfaction, c’est une société athéiste, c’est-à-dire une humanité ayant renoué son alliance ancienne et éternelle avec la Sagesse, société «  provocante  », pour «  retrouver la nouveauté de l’Évangile  », par-delà deux millénaires d’aliénation religieuse. Comme cela se voit dans votre grandissime discours aux membres du Congrès sur le thème “ Évangélisation et Athéisme ”, tenu à Rome du 6 au 10 octobre 1980. L’athéisme est la gloire de l’homme, et le terrain le plus favorable à la réévangélisation de l’Église.

AU-DELÀ DE NOS MESQUINES DIVISIONS

André Frossard nous le dit et c’est bien l’image que vous voulez qu’on ait de vous  : «  Le Saint-Père déteste la polémique et ses classifications sommaires. Il est vrai qu’il tient du ciel deux charismes qui le dispensent d’entrer dans nos misérables querelles…  » Dit-il  ! «  Le premier est d’agir par sa seule présence… Lorsqu’une discussion s’élève dans l’Église, il réunit les antagonistes, s’assied au bout de la table, ne dit rien et tout s’arrange. 61N’ayez pas peur, p. 113.  » C’est la légende de votre prétendu “ miracle ” dans la crise hollandaise. En fait vous avez laissé la majorité écraser la mini-minorité 62Cf. Les saintes manoeuvres des libéraux, CRC 150; Une renaissance avortée, CRC 151, février-mars 1980.. «  Autre don, l’aptitude à remonter aux causes, fort loin dans l’histoire, ou très haut dans la théologie  », et votre ami de remarquer fort justement que vous remontez, à tout bout de champ, aux premiers chapitres de la Bible. «  Il n’hésite jamais à prendre ses références dans la Genèse  », dit-il avec admiration. Le brave homme ne sait pas que vous revenez ainsi en deçà du péché originel, vous exilant dans l’utopie d’un paradis terrestre  : 1) sans Église, et 2) optimiste, selon vous tout humaniste, naturaliste 63Déjà en Pologne, cf. CRC 136, p. 22-23.. Je vous ai accusé d’être, à la suite de nos évêques réunis autour de vous à Issy-les-Moulineaux “ stratosphérique ” 64CRC 155, juillet 1980, p. 2.. Eux se faisaient tels, ce jour-là, pour n’avoir pas de comptes à vous rendre de leur déplorable gestion. Et vous, pour n’avoir pas à intervenir avec autorité, au risque de déplaire. Plus encore je le comprends maintenant  : pour ne pas abîmer votre image de marque, d’humaniste laïc, dans de mesquines controverses ecclésiastiques  !

«  Le saint-père, on le sait, récidive Frossard, rejette ces divisions entre gauche et droite, traditionalisme et progressisme, qui lui paraissent à éviter à tout prix  ; pour lui la foi est à vivre avec simplicité, et “ suivre l’Évangile ne consiste pas à choisir entre ce qui avance et ce qui retarde, mais à servir la vérité ”. 65N’ayez pas peur, p. 321.  » Et Frossard, vous imitant, de mettre tous les excès de droite et de gauche dans le même panier des gens que mène leur peur, peur de la nouveauté, de l’inconnu, ou peur de ne pas paraître assez avancés, émancipés, hardis. L’explication est misérable, méprisante, affreusement diffamatoire. Mais, une fois décryptée, l’analyse de votre pensée sur nos divisions dans l’Église est saisissante  :

La foi, pour Vous, est à vivre avec simplicité. Cela veut dire que la foi, cette pure expérience du divin en l’homme et de l’Inconnaissable dans la transcendance, passe au-delà de nos débats dogmatiques, de nos disputes liturgiques, de nos oppositions sur la morale, la politique, les traditions. Tout cela n’a aucun intérêt, sinon aucune signification pour vous. Ce qui compte, c’est l’Évangile. Admirable  ! Lequel consiste à servir la vérité. Oui, mais  ! La vérité, pour vous, c’est la dignité, la royauté, la transcendance de l’Homme  ! Donc, votre service de l’Évangile, c’est votre lutte pour les Droits de l’homme, et cela n’a rien à voir avec des querelles ecclésiastiques dont vous vous foutez carrément.

LA FAUSSE SYMÉTRIE HABITUELLE

L’Église se trouve en vacance d’autorité depuis le Concile, sous prétexte de collégialité, de liberté, de créativité, mais je crois bien plutôt parce que l’Autorité a intérêt à laisser filer en avant les révolutionnaires et modernistes pour paraître seulement céder au mouvement, mais avec modération  ! en maintenant un équilibre  ! en gardant un juste milieu  ! Et il en résulte toutes sortes de désordres et de conflits. Aussi votre prédécesseur Paul VI avait-il coutume de relativiser le phénomène par la comparaison moderniste — Vous la trouvez tout expliquée déjà par saint Pie X dans Pascendi — du mouvement plus ou moins rapide, vers le Progrès, vers l’Avenir  ! et de ses deux composantes automobiles, l’accélérateur et le frein. Vous reprenez cette malhonnête, cette indigne, cette hérétique comparaison, qui essentiellement glorifie les hommes de mouvement, dans leurs audaces mêmes, qualifiées d’apostoliques  ! qui justifie la hiérarchie dans son indécision et son refus de prendre parti, de décider, de condamner, au contraire dans sa trahison lente et sourde du Credo qu’elle doit garder  ! enfin qui salue avec commisération le “ petit troupeau ” de ceux qui, explique-t-on, par peur, par aigreur et par attachement nostalgique au passé, refusent le mouvement pourtant voulu par le Concile… et l’Esprit-Saint.

«  Il s’agit ici, disiez-vous à nos évêques 66Discours à Issy-les-Moulineaux, Centurion, p. 153-155., de deux tendances bien connues  : le “ progressisme ” et l’“ intégrisme ”.

«  Les uns sont impatients d’adapter même le contenu de la foi, l’éthique chrétienne, la liturgie, l’organisation ecclésiale aux changements des mentalités, aux requêtes du “ monde ”, sans tenir compte suffisamment, non seulement du sens commun des fidèles qui sont désorientés, mais de l’essentiel de la foi, déjà définie, des racines de l’Église, de son expérience séculaire, des normes nécessaires à sa fidélité, à son unité, à son universalité. Ils ont la hantise “ d’avancer ”, mais vers quel “ progrès ” en définitive  ?

«  Les autres — relevant de tels abus que nous sommes évidemment les premiers à réprouver et à corriger — se durcissent en s’enfermant dans une période donnée de l’Église, à un stade donné de formulation théologique ou d’expression liturgique dont ils font un absolu sans en pénétrer suffisamment le sens profond, sans considérer la totalité de l’histoire et son développement légitime, en craignant les questions nouvelles, sans admettre en définitive que l’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans l’Église, avec ses Pasteurs unis au Successeur de Pierre.

«  Ces faits ne sont pas étonnants si l’on pense aux phénomènes analogues dans l’histoire de l’Église. Mais il est d’autant plus nécessaire de concentrer toutes les forces sur l’interprétation juste, c’est-à-dire authentique, du magistère conciliaire, comme le fondement indispensable de l’autoréalisation ultérieure de l’Église, pour laquelle ce magistère est la source des inspirations et des orientations justes.

«  Les deux tendances extrêmes que je signalais entretiennent non seulement une opposition, mais une division fâcheuse et préjudiciable, comme si elles s’attisaient mutuellement au point de créer un malaise pour tous, voire un scandale, et de dépenser dans ce soupçon et cette critique réciproques tant d’énergies qui seraient si utiles à un véritable renouveau.

«  Il faut espérer que les uns et les autres, qui ne manquent pas de générosité ni de foi, apprennent humblement avec leurs Pasteurs, à surmonter cette opposition entre frères, pour accepter l’interprétation authentique du Concile — car c’est là la question de fond — et pour faire face ensemble à la mission de l’Église, dans la diversité de leur sensibilité pastorale.  »

Et de là, vous revenez vite à vos amours, à votre idolâtrie, bien plus intéressants que ces querelles de clocher, de lutrins  : «  J’en viens maintenant à une autre question fondamentale  : pourquoi, dans l’étape actuelle de la mission de l’Église, une concentration particulière sur l’homme est-elle nécessaire  ? […] L’Église doit affronter la problématique commune de l’homme… — C’est un grand message messianique sur l’homme  : c’est la révélation à l’homme de la vérité totale sur lui-même et sur sa vocation dans le Christ. En annonçant ce message, nous sommes au centre de la réalisation de Vatican II  », et suit l’exposé de votre anthropocentrisme laïc, dont nous avons suffisamment parlé  : votre MODERNISME, auprès duquel les controverses entre progressistes et intégristes dans l’Église apparaissent caprices d’enfants 67Voir aussi votre Discours au Consistoire, 5 nov. 1979; commentaire dans la CRC 147, nov. 79..

L’ÉLIMINATION DES DÉFENSEURS DE LA FOI

Pour que vous ayez raison dans une telle présentation de cette guerre de religion qui sévit dans l’Église, il faudrait que  : 1) Le Concile ait donné des définitions infaillibles, à tout le moins des directives pastorales claires, précises, autoritaires et indubitablement surnaturelles, ce qui n’est pas le cas. 2) L’apostasie du monde depuis cent ans soit le signe donné par Dieu d’une semblable évolution voulue par Lui de l’Église, ce qui n’est évidemment pas croyable, le contraire étant l’enseignement infaillible des Papes précédant la révolution conciliaire. 3) L’Église soit en évolution continuelle, imprévisible à tous, dictée prophétiquement à toute heure par un magistère indéfectible, branché sur le futur comme sur l’Esprit-Saint, en vue de “ l’autoréalisation ultérieure de l’Église ”, ce qui est d’un illuminisme absurde et aberrant.

Ce disant, vous avez toutes chances d’être cru par tout le peuple fidèle opportunément trompé sur ces trois points. Et qui de toute façon flancherait, dans le sursaut de sa foi, devant l’énormité d’une opposition qui se dresserait solitaire ou minoritaire, contre le Pape, le Concile, l’ensemble des évêques, du clergé et de l’opinion massive des croyants et des incroyants. Cette terreur panique qui vous tient le peuple de Dieu asservi, manifeste votre totalitarisme, votre force de persuasion, la victoire de votre parti, non votre bon droit ni la vérité de vos dires.

En l’an 360 de l’ère chrétienne le pape Libère avait cédé à la “ pravitas haeretica ”, à la perversité hérétique, oui  ! C’est saint Jérôme, docteur de l’Église qui le dit 68Les grandes crises de l’Église. L’Arianisme, CRC 89, p. 6-7. Les Conciles de Rimini et de Séleucie, totalisant à eux deux tout l’épiscopat mondial, avaient renié la foi de Nicée pour faire l’union avec les modernistes du temps sur des formules vagues et équivoques. À peine Athanase, Hilaire, Hosius de Cordoue, Eusèbe de Verceil et l’ambitieux Lucifer de Cagliari, qui devait seul aller jusqu’au schisme, tenaient ferme la foi catholique, désavoués par le Pape, excommuniés pratiquement par tous les évêques du monde.

Ce qu’on a vu se revoit en cent fois pire. Car Libère ne faiblit qu’un moment, et par crainte, et pour la paix de l’Église. Car les deux Conciles se rallièrent à des formules captieuses, arrangeantes, mais dont on a pu soutenir qu’elles avaient quoique insuffisantes contre l’hérésie, un sens acceptable. Car enfin l’Église de ce temps mettait au-dessus de tout la foi catholique immuable et non l’illuminisme individuel, l’évolutionnisme, encore moins l’apostasie humaniste. Notre situation est cent fois pire. Alors, vos fausses symétries entre intégrisme et progressisme sont des mensonges, et la solution que vous préconisez, d’une concentration autoritaire de tout le peuple chrétien aux ordres de la hiérarchie pour l’accomplissement du Concile, constitue… une odieuse, une insidieuse proposition visant à l’élimination des derniers défenseurs de la foi, non par l’épée mais par le mépris et par la haine. Un acte qui ne vous sera pardonné ni en ce monde ni en l’autre si vous ne vous en repentez et n’en faites réparation publique, car c’est un acte de mort commis contre l’Église même.

L’INTÉGRISME  ? LES DERNIERS DÉFENSEURS DE LA FOI  !

Il paraît que vous ne les détestez pas. Mais enfin, le seul homme dont Malinski nous raconte dans sa biographie de vous, si véridique, qu’il vous a «  fatigué  », c’est Mgr Lefebvre. «  — “ Le Pape veut te voir. Mais ne parle pas trop avec lui, car il est très fatigué. Il a reçu Mgr Lefebvre aujourd’hui. Dis-lui bonjour et reviens ” — J’entre dans la chapelle que je connais déjà. Le Pape, agenouillé, lève la tête. Il a le visage fatigué. “ Comment ça va en Pologne ”, murmure-t-il. 69Op. cit., p. 209.  » Déjà, on faisait de nous les tortionnaires de Paul VI. Pauvres papes, contre lesquels s’acharnent ces maudits intégristes. Et quelle grande charité que la leur, de ne pas répondre, de pardonner, de ne rien dire  ! Justement, de ne rien dire… La légende vous arrange.

Mais quelques pages plus loin, vous voilà plein de santé et d’optimisme avec ce cher Malinski déplorant le malentendu qui vous a privé de l’intérêt et du plaisir de recevoir le prêtre poète communiste guérillero Ernesto Cardenal. «  Une vague de colère monte en moi, je suis fortement bouleversé  : — “ C’est un malentendu monstrueux, il faut éclairer cela. ” — Je suis furieux, car je me rends compte du préjudice que l’on a porté à ce poète (sic) et au Saint Père. Je ne sais pas qui est fautif. Est-ce la mauvaise volonté  ? Est-ce la simple bêtise  ? 70Ibid., p. 212-213.  »

La gaffe de vos services sera bientôt réparée. Quelques jours plus tard, vous recevrez avec grandes démonstrations de sympathie, cadeaux et encouragements, des chefs terroristes d’Afrique Australe, prenant à cœur leur guérilla marxiste 71Il Messagero, 1er déc. 1978; cf. CRC 136, p. 24.. La belle impartialité  ! Il est vrai que ces gens ne vous “ fatiguent ” jamais, ni ne vous “ persécutent ”, eux  !

Nous, nous sommes vos assassins. Oui  ! Ali Agca, c’est nous. Vous avez relu Frossard. Vous l’avez charitablement laissé écrire  : «  L’extrémiste de droite,… l’un de ces terroristes constitués en petits groupes intoxiqués de dialectique macabre  », etc. 72N’ayez pas peur, p. 332-333. Nous sommes les fils de Caïn, et vous le juste Abel. «  Le bien attire le mal, et quand la pure fidélité d’Abel atteint un certain degré d’éclat, son frère s’arme dans l’ombre.  » Et s’il échoue, il recommence. L’année suivante. À Fatima  ! «  Un prêtre de la race des moines ligueurs entreprit de lui livrer l’assaut à l’arme blanche, et échoua de fort peu. L’état d’esprit de l’intégriste qui se met en devoir de tuer un pape, c’est-à-dire de desceller la pierre sur laquelle tout son édifice doctrinal est construit, est proprement indéchiffrable.  » Ce sont des monstres, tous, ces intégristes, ces fascistes, ces nazis…

Ainsi, tandis que vous appeliez l’assassin musulman aux ordres du KGB, c’était l’évidence même, que j’affirmais aussitôt pour des raisons certaines 73CRC 13 mai 1981, suppl. au no 165., votre «  frère  », vous laissiez les mass-médias du monde entier lapider de leurs accusations homicides les «  fils de votre droite  », hélas  ! c’est à votre droite que sont les maudits. Et récidiver l’année suivante avec une nouvelle fureur, totalement orchestrée, sans que vous fassiez un geste, sans que vous ne disiez un mot pour pulvériser le mensonge universel sur cet «  attentat-bidon  » 74L’Imposture suprême, CRC 178, juin 1982, p. 2  : L’attentat-bidon. monté de toutes pièces pour réchauffer contre nous la haine de nos frères, et sans doute la vôtre. Comme je l’ai démontré au moment même, et je fus bien le seul  ! mais comme vient de l’établir le tribunal de Vila Nova de Ourem le 21 avril, et de le juger le 2 mai, comme on peut le savoir en France par le journal Présent des 23 avril et 4 mai, chose tue par la presse mondiale et savamment dissimulée par La Croix, journal du KGB de langue française, du 23 avril.

Ce prêtre intégriste brandissant une baïonnette contre le Pape. Formidable trouvaille  ! Is fecit cui prodest.

Lisons encore ce cher Frossard qui est, comme chacun sait, la charité même. Cette fois, c’est à Match qu’il porte ses confidences 7522 oct. 1983.  : «  Le Pape m’a dit  ». «  Comme il semblait curieux de savoir ce que j’appelais intégriste, je lui fis cette réponse  : Saint Père, l’intégriste est un homme qui fait toujours la volonté de Dieu, que Dieu le veuille ou non.  » Et vous de rire avec lui, de cette accusation homicide, dont les millions de lecteurs de cet infect magazine se feront leur religion.

Ah  ! la belle mine d’impartialité de cette papauté conciliaire et postconciliaire  ! Mais Dieu vous jugera, Très Saint Père, et votre Frossard  ! Et le Magnificat dit bien, oui  ! que Dieu déploiera la force de son bras, qu’il renversera les puissants de leurs trônes, et de leurs saints sièges même, et qu’il dispersera les hommes au cœur orgueilleux, pour exalter les humbles  ! Tremblez, juges, qui ne rendez pas la justice et écrasez les faibles  !

Les “ intégristes ” de vos dires, je les connais, tous. Ils ne sont pas si nombreux. Eh bien, vous les calomniez. Ce sont des gens qui, par-dessus tout, professent la foi catholique et sont attachés à l’Église. Ils sont dévoués à trois êtres qui pour eux résument, garantissent et donnent toute vérité, toute force, tout bonheur  : la Sainte Eucharistie, la Sainte Vierge et le Saint Père, oui  ! le Pape. Ils n’ont pas commencé, ils n’ont pas attaqué. Eux-mêmes critiqués, bousculés, vilipendés, ils ne se sont pas défendus, ils n’ont jamais rien ambitionné, revendiqué, conquis par rouerie ou violence. Ils ont seulement défendu le Credo que d’autres attaquaient, détruisaient, le caractère sacré des sacrements, et en particulier la vérité et la validité du Saint-Sacrifice de la messe, le respect et le maintien de la vraie religion catholique, et enfin, tant qu’ils ont pu, l’unité autour du Pape, la vénération et le respect de tous pour le Pape.

De ce côté-là, vous ne trouvez que faiblesse, Très Saint Père, et vous pouvez nous écraser tous comme des mouches. Nous ne quitterons jamais l’Église, nous ne nous résoudrons jamais à nous dresser contre elle avec violences. Nous sommes, d’autre part, sans pouvoir, sans maîtrise de l’opinion, sans argent autre que de subsistance. Ce parti-là n’est rien, ne peut rien, n’a rien. Mais là, et là seulement sont aujourd’hui les confesseurs de la foi.

LE PROGRESSISME  ? LES CORRUPTEURS DE LA FOI  !

Vous mettez en regard des défenseurs de la foi, ceux qui la critiquent, l’ébranlent, l’attaquent et la détruisent. Quelle symétrie  ! Et vous faites de ceux-ci des gens intelligents, généreux, apostoliques, auxquels vous manifestez une grande bienveillance. Jamais de mépris, de haine, de défiance  ! Leur tort est d’aller trop vite, celui des autres d’aller trop lentement et, dites-vous, les deux tendances “ s’attisent mutuellement ”, la faute à qui  ? Certes, aux retardataires, égoïstement encagnassés dans leur “ cité catholique ”, tandis que les autres courent évangéliser le monde moderne  ! Vos reproches, à leur égard, sont mineurs. Ils scandalisent les faibles, ils vont en désordre, ébranlant la cohésion, l’unité de la troupe, et savent-ils bien leur chemin  ? “ Vers quel progrès  ? ”

Les nommer “ progressistes ”, c’est leur faire un honneur mensonger. Ils sont d’abord et avant tout des “ modernistes ”, c’est-à-dire les plus dangereux hérétiques de tous les temps, gens qui ruinent la religion dans son essence même, l’Église dans ses fondements et tout ordre humain par leur adoption criminelle des principes de la société moderne, le subjectivisme, l’immanentisme, le libéralisme et ce mélange incohérent de rationalisme et de fidéisme qui les autorise à vivre comme des catholiques alors qu’ils sont intérieurement des apostats. Vous en savez quelque chose…

Ennemis clandestins de notre foi quand ils sont faibles, ils dévastent le troupeau insolemment quand l’Autorité romaine faiblit le moins du monde. Et ils n’ont de cesse qu’ils n’aient tout perverti, dispersé, ruiné, monastères, couvents, séminaires, paroisses, mouvements de jeunesse… Saint Pie X fait un devoir à tous les pasteurs du troupeau de les démasquer, de les pourchasser, de les livrer au tribunal du Saint-Office afin qu’ils soient privés de toute autorité, de toute chaire d’enseignement et, s’ils s’opiniâtrent, chassés de l’Église… pour leur donner une terrible leçon qui leur soit une salutaire correction en vue de leur amendement et de leur salut éternel. Mais ces canons de l’Église contre les hérétiques, vous les avez tous retournés contre nous  !

Le Concile les a tous réhabilités, comblés d’honneurs, de postes en vue, de chaires d’enseignement, de fonctions de gouvernement dans l’Église et de sièges épiscopaux. Ils sont devenus les maîtres. Ils se soutiennent mutuellement, ils sont inconditionnellement aidés et protégés par les deux puissances de Satan qui mènent le monde apostat, réconciliées pour l’occasion  : la judéo-maçonnerie et le communisme mondial.

Il y eut une époque, en automne 1979, où le Pape essaya d’engager la lutte — car on ne l’a pas fait sans son accord à la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la foi. Pendant que vous parliez, vous parliez, vous parliez de l’entente nécessaire, mais certaine, mais assurée, et d’ailleurs très libre  ! des théologiens avec la hiérarchie, comme de la recherche scientifique avec les dogmes d’une foi bien assurée, ces théologiens maudits répondaient avec insolence aux convocations et humbles demandes d’explication de Rome. Nous espérions, nous étions unis à vous, Très Saint Père, dans cette œuvre décriée de la défense de la foi. Confiant en votre fermeté, trop confiant, mais l’est-on jamais trop  ! comme je l’étais avant-hier et hier, comme je le serai demain au moindre geste de Vous, j’assurais nos amis que Jean-Paul II n’hésiterait pas à combattre et à mourir pour la foi 76CRC 147-148, nov.—déc. 1979..

Zest  ! Vous avez tout laissé tomber 77Comment ça va  ? Mal  ! – Une renaissance avortée, CRC 151, mars 1980., honteusement, et je pense que ce fut pour vous l’heure de la trahison après les élans et engagements qui suivirent visiblement votre élection pontificale et son afflux de grâces, d’exhortations intimes en vous et d’assistance ordinaire du Saint-Esprit. Vous avez capitulé avant d’avoir livré bataille.

Le 16 mars 1980, désolé, j’écrivais à nos amis la Lettre confidentielle n° 33, dont voici l’essentiel  :

«  Le monde est plus que jamais divisé en deux camps mortellement ennemis, deux Cités, “ deux étendards ”, et la trahison s’est installée dans le nôtre où l’on ne parle que de s’ouvrir, et finalement de se rendre à l’ennemi. Or, après Paul VI et son Concile de malheur, nous espérâmes en Jean-Paul 1er mais Dieu nous l’a repris. Nous avons aussitôt reversé notre confiance sur Jean-Paul II, et nous ne nous repentons pas de cette démarche d’allégeance, de respect et d’affection filiale. Mais il me faut vous dire que notre confiance est certainement trompée. Je dis  ; certainement avec la tranquillité d’esprit que donne une preuve faite, refaite et vérifiée, et avec la sérénité d’une foi que le Saint-Esprit illumine et conforte.

«  Je mesure le caractère tragique d’une telle parole, analogue à celle qui marqua ma première opposition déclarée à “ ce funeste Concile ” en 1962, ou à la Lettre à mes amis qui dénonça le caractère pervers de la première encyclique de Paul VI en 1964. Hélas, je ne me trompais pas  ! Et je ne me trompe pas davantage quand je vous annonce le drame égal que nous réserve l’avenir proche  : dans les conditions actuelles, dans sa forme de pensée et ses volontés déclarées, le pape Jean-Paul II ne peut être qu’un sujet de déception — voire de trahison — pour tous ceux qui s’appuient sur Lui dans notre camp.

«  Je sais que les apparences sont contraires et que je vais à l’encontre du sentiment général. La suite des événements rendra mes avertissements plus clairs et je les expliquerai. Il fallait que je vous prévienne dès maintenant de la réalité la plus tragique. Nous avons à revivre, ou plutôt à subir encore pour le temps d’un nouveau pontificat, la même épreuve qui fut la nôtre durant les quinze années du règne de Paul VI, sans pour autant mettre davantage en question la légitimité du Pape de notre déception, Jean-Paul II  ; au contraire, priant pour son âme et espérant contre toute espérance le redressement de son pontificat, déjà compromis.  »

Tenez  ! Voyez à ma conclusion, quels étaient alors nos sentiments, ni révoltés, ni acides  : «  Resserronsnous, terminais-je, dans la vieille amitié CRC, faisons notre devoir, gardons notre foi et notre confiance en Dieu, notre Père céleste, notre espérance en Jésus-Christ, Pontife suprême du siècle à venir et Roi des rois, nos affections mutuelles et notre charité dans l’Esprit-Saint, Exhortateur et ami de nos âmes, afin de vivre en sainte joie et paix envers tous, quoi qu’il arrive. 78La Contre-Réforme Catholique, tome XII, janv.-déc. 1980. Annexe à la CRC 151.  »

Nous autres, oui  ! avec la grâce de Dieu qui ne manque pas, nous pouvons survivre encore à dix pontificats comme le vôtre. Mais le malheureux peuple fidèle, son clergé, les congrégations d’humbles religieux et religieuses, confiants, soumis, livrés à une hiérarchie et à des organisations parallèles, toutes vendues aux modernistes, ils ne peuvent pas tenir, ils ne peuvent conserver la foi dans pareille pestilence ecclésiastique. Et vous en êtes le premier coupable devant Dieu. Quant à ceux, prêtres ou fidèles, que leur fermeté dans la foi désignent à la vindicte de vos évêques, de vos théologiens, de vos supérieurs ecclésiastiques qui les expulsent des monastères, des séminaires, de leurs cures, de leurs paroisses, qui les privent de leurs pouvoirs de juridiction, au mépris de toute justice divine et de tout droit social (que Dieu renverse ces prévaricateurs, spoliateurs injustes de leurs confrères  !), s’ils en arrivent à faire secte, à se dégoûter de l’Église et contester enfin votre autorité, votre légitimité, au point de se voir excommunier par Vous, Karol Wojtyla, ce qui est un comble  ! ils ont tort, ils errent assurément, mais c’est vous, c’est vous le premier coupable de ces actes auxquels leur indignation et leur désespoir les acculèrent  !

J’invente des drames qui ne sont pas  ? Je ne vous citerai qu’un exemple, qu’un nom. Un certain jésuite, Xavier Léon-Dufour, a publié ces dernières années trois gros livres fort savants. Intégralement modernistes. Le premier de ce triptyque, Face à la mort, Jésus et Paul, collection Parole de Dieu (Le Seuil, 1979), est la négation moderniste du Mystère de la Rédemption. Le second, Résurrection de Jésus-Christ et Message pascal, même collection, même éditeur (1971), est la négation du fait historique, objectif, physique de la Résurrection corporelle de Jésus-Christ. Le troisième, Le partage du pain eucharistique selon le Nouveau Testament (1982), son titre le dit assez, est la négation totale du mystère du Saint-Sacrifice de la messe, de sa Présence réelle et de la réalité mystique de l’union à Dieu qu’il opère par le Corps et le Sang du Christ.

Voilà un moderniste qui, certes, ne rentre pas dans le cadre de vos descriptions aimables du “ progressisme ” qui “ va trop vite ”. Ce jésuite est pleinement hérétique et parfaitement opiniâtre, refusant, oh  ! très doucement, d’accéder aux moindres demandes de rectification que lui suggèrent ses confrères savants qu’à dessein il consulte. Et ainsi, il détruit la foi catholique impunément. Voilà. Je vous le dénonce. Si vous n’ordonnez pas une enquête, une condamnation, et l’interdiction publique de ces ouvrages, on saura que vous êtes le “ fils aîné de Satan ” grimpé par fourberie sur le trône même du Christ.

AU-DELÀ DES DIFFICULTÉS D’ÉGLISE

Vous avez de grands desseins d’humanisation de la planète. Et vous avez besoin pour cela que tout aille bien, matériellement et culturellement dans l’Église. Les bâtiments, l’argent, le recrutement, le fonctionnement. Non pas pour l’Église elle-même, qui n’est rien pour vous, qu’un moyen, une servante, de Vous, de l’Homme et du Monde. Non pour le salut des âmes, ni la conquête des infidèles, dont vous n’avez aucun souci. Non pour l’honneur de Dieu que vous placez ailleurs, dans «  la vie de l’homme  », dans son bonheur sur terre, dans la construction de la cité de l’avenir, prospère et culturelle.

Vous avez besoin de l’Église, mais vous imaginez, comme nos évêques français le croyaient il y a quarante ans — je me souviens — que l’institution tournait toute seule d’un mouvement perpétuel  : naissances et baptêmes, enfants catéchisés et vocations, conversions, retraites fermées et pèlerinages, aumônes et dons, soutien des pouvoirs civils ou crainte et calcul… Vous avez cru qu’il y aurait toujours du matériau catholique pour servir votre Grandeur et ses desseins. Mais maintenant, nous touchons le fond. On n’enfante plus, on ne baptise plus, on ne se marie plus, on divorce, on avorte… On ne se convertit plus, on ne catéchise plus, on ne pratique plus, on ne va plus à la messe et donc on ne donne plus rien à la quête. On n’entre plus au séminaire, au couvent. On abandonne, on perd la foi. On n’évangélise plus. C’est la catastrophe.

Qu’allez-vous faire  ? Vous allez refuser de vous occuper de tous ces problèmes ennuyeux, et vous irez vous promener là où encore il y aura des Églises locales et des États pour payer vos voyages, et des foules pour vous écouter et vous applaudir. Quand on vous parlera des difficultés, vous éluderez, avec ces mots si bien tournés, qu’ils vous reviendront souvent  : “ Ce n’est ni le lieu ni le moment d’en traiter ”  ? et ce ne sera jamais le lieu ni le moment.

«  Je me rends bien compte que l’Église de France, le catholicisme français se sont trouvés au cours de ces dernières années, depuis le Concile (ah  ! quel aveu…) dans une situation spéciale (quel euphémisme  !). Je ne prétends pas la décrire ici ni porter sur elle un jugement. Chacun sait bien (non, la formule précisément ici est mensongère) qu’il peut s’agir de ce qu’on appelle une “ crise de croissance ”. J’espère que c’est une clef pour interpréter cette situation particulière qu’on connaît en France depuis le Concile. 79Message aux Français, a la veille du voyage en France, 27 mai 1980; Centurion, p. 28-29.  »

Je commentai  : «  Le Pape a parlé de “ crise de croissance ”; les uns ont retenu croissance et les autres crise. 80CRC 155, Juillet 1980.  » Et tout le monde vous a trouvé formidable. Mais la crise est certaine, la dégénérescence continue, provoquée par la Révolution sanglante de 1944, accélérée par le Concile, et précipitée encore depuis… la double déception du singulier trépas de votre prédécesseur et de la frivolité de votre pontificat.

Les gens les plus lucides voient bien qu’il n’y a plus rien à attendre de vous. Ils en concluent, à tort, qu’il n’y a plus rien à attendre de l’Église. On leur a trop promis une Nouvelle Pentecôte, une merveilleuse croissance, par le Concile, puis par Vous, et tout continue de choir. Voici le pire  : Vous avez ordonné des redressements très spectaculaires  : la soutane, ou du moins l’habit ecclésiastique, religieux, distinct la dignité de la liturgie, le retour à la confession fréquente… Or, rien n’a changé, et vous n’avez paru nullement ému de cet échec, de ce mépris insolent de votre autorité. Nous avons vu des évêques, des prêtres, des séminaristes vous visiter à Rome en toutes les tenues, sans apparemment qu’il en soit rien résulté de fâcheux. Vos rappels aux règles liturgiques n’ont même pas été publiés par les Documentations catholiques officielles et officieuses, et on n’en a tenu aucun compte. Ainsi du reste…

Mais poursuivons nos justes plaintes, nos reproches, car il y va du salut d’innombrables âmes, et les choses relèvent de votre charge obligée, évidente, immédiate et propre. On a remarqué les tentatives de retour à l’ordre venues de Rome avec les signes habituels qui démontrent une volonté pontificale certaine, à laquelle tous sont tenus d’obéir. Puis, on a observé la violation générale et ouverte de telles directives ou exhortations romaines. Et après cela on a constaté le ralliement de Rome au désordre, accompagné de louanges, estimes et compliments aux frondeurs, récompensés de leur désobéissance  !

VOTRE ABANDON DU CATÉCHISME

J’ai suivi, avec quelle application  ! toute l’affaire des catéchismes, le terrain le plus disputé avec celui de la liturgie du Saint-Sacrifice de la messe, entre les catholiques et les modernistes. Évidemment, d’une étape à l’autre, les modernistes, qui sont nos maîtres, ont triomphé constamment, ont imposé leurs instruments de décérébration et de déchristianisation de la jeunesse, jusqu’à cette extrémité de l’ignoble et du faux qui se nomme Pierres vivantes.

Rome a constamment trahi la confiance que les fidèles mettaient en elle. Enfin, quand il s’est agi de Pierres vivantes, on a cru que le Pape, tout de même, s’y opposerait. Beaucoup de monde, au vu de cette horreur, était certain que vous, Jean-Paul II, leur Pape tant aimé, vous interviendriez… Et puis, un jour, vous avez parlé. Et tout ce que vous avez dit vous était littéralement dicté par nos évêques. Le discours que vous leur adressiez était pire que tout ce qu’on aurait pu imaginer  :

«  Je sais, disiez-vous, que certaines productions catéchétiques ou certaines conditions nouvelles de catéchèse ont soulevé çà et là des inquiétudes et des critiques de la part de certains chrétiens. Ce n’est pas le lieu de juger ici de la justesse de certaines réactions prises en elles-mêmes ni de l’injustice de certaines critiques devenues parfois campagnes d’opinion.  »

Je devrais hérisser chacune de vos phrases de points d’exclamation…

«  Je comprends que ces dernières vous fassent souffrir (car vous vous adressiez à un groupe de nos évêques prévaricateurs  ; les pauvres  ! on les persécutait  !), car elles vous atteignent dans votre conscience d’évêques responsables (oui, et prévaricateurs  !). Pourtant, vous ne devez pas en concevoir trop d’amertume. Accueillez-les avec sérénité (quelle situation renversée  ! À l’encontre de ce qu’annonce le Magnificat  !), qu’elles contribuent à accroître votre vigilance sur la qualité des catéchismes, à affermir votre zèle pastoral, et à renouveler votre communion avec le siège apostolique.  »

L’immense masse des prêtres et des fidèles qui vous font encore confiance ont cru voir dans ces trois conseils l’équivalent d’une sévère admonestation et l’annonce d’une prohibition par Rome de ces Pierres mortes…  ! Les malheureux ne voulaient pas lire la suite, par laquelle vous livriez le bétail français aux équarisseurs épiscopaux  :

«  Sur ce dernier point, je sais votre travail commun avec la Congrégation pour le Clergé et je vous encourage dans cette voie (quand on sait ce que je sais sur ce que vous savez, ce “ ce que je sais ” est vraiment plein d’humour  !). MAIS dans les diocèses dont vous avez la charge, aucune personne, ni aucun groupe privé ne saurait suspecter ni remettre en question votre responsabilité primordiale en ce domaine ni l’autorité qui lui est inhérente.

«  J’exhorte donc tous les Fils de France à réagir (à réagir aux attaques, évidemment  !) avec sérénité, confiance et unité autour de leurs évêques. 81cf. La Croix, 3-4 oct. “ L’actualité en bref. Catéchèse  : le Pape soutient les évêques français ”. De fait, c’est vrai.  »

Avec son éloquence gaullienne, c’est ainsi que notre président de la République socialiste félicite le ministère socialiste dont nous sommes affligés, et appelle le parti socialiste et en général tous les Français à faire bloc autour du pouvoir socialiste, pour deux raisons péremptoires, parce qu’il est le pouvoir et parce qu’il est socialiste  ! Les gens, après de tels discours ont envie d’aller se pendre.

C’est une tentation. Il faut demeurer Français en France, Catholique dans l’Église, en attendant que Dieu renverse les puissants de leurs trônes et disperse les superbes. Qu’il relève les humbles et nourrisse leurs petits enfants, affamés de vérité, assoiffés de vie chrétienne. “ Deposuit potentes de sede. Dispersit superbos… ” Ce n’est pas un chant révolutionnaire du tout, je trouve. C’est un chant de Contre-Réforme catholique et de Contre-Révolution française, ou polonaise.

ENFIN, L’ABANDON DE LA MESSE

Vous avez publié une Lettre, Dominicae Cœnae, le 24 février 1980, Lettre aux évêques du monde sur l’Eucharistie 82D.C., No 1783, 6 avril 1980.. J’en ai parlé longuement alors, dans ses deux aspects  : «  Pour un retour à l’ordre  ?  » — «  Mais si le désordre continue  ? 83CRC 152-153, avril-mai 1980.  » Évidemment, je n’ai rien à y retrancher, rien à y ajouter. Vous y rappelez la saine doctrine, vous signalez toutes sortes d’abus, vous exprimez beaucoup de souhaits pour que tout rentre dans l’ordre et que, de toute manière  ! cessent les divisions au sujet et dans ce sacrement qui est celui de l’unité. Oui, par-dessus tout, qu’on cesse de se disputer  ! Et pour cela, que tous suivent le Concile et son interprétation “ authentique ” par le Pape et les évêques…

Ainsi cette Lettre, qui était écrite, et tant attendue  ! pour la restauration du culte eucharistique, réédite les thèses conciliaires et montiniennes sur la “ rénovation ” liturgique, pièce maîtresse et cause efficiente de la rénovation de l’Église selon Vatican II. Elle chante les louanges de ce Concile qui a parlé à l’Église et lui a donné des orientations valables pour le présent et pour l’avenir, à la (double) lumière des signes des temps (  !) et de l’Évangile. Mais quand vient le moment d’examiner les plaintes, les doutes, les critiques sur ce qui s’est fait, de trancher les débats, vous vous évadez de la contrainte de votre charge apostolique, vous esquivez  :

«  Et encore le Concile Vatican II a changé quelques points, pour lesquels la liturgie de la Messe actuelle diffère quelque peu (sic) de la forme de la Messe en vigueur avant le Concile. Mais présentement nous ne voulons pas parler de ces différences  ; il nous plaît d’établir ce qui est immuable et touche à l’essence de l’Eucharistie. 84No 8.  »

Et voilà la plus grave des atteintes portées dans l’après-Concile au corps et à l’Âme de l’Église, lestement évoquée et fuie. Son examen, sa solution  ? renvoyés aux calendes  ! Sur cette “ légère différence ” entre la Messe catholique, le Saint-Sacrifice de la Messe, et la cène réformée et postconciliaire, la messe-repas de fête, depuis ce 3 avril 1969, la question reste pendante. Mais non, voyons, tout va bien  ! Encore par-ci par-là, quelques plaintes aigres, pour des désordres certains, des «  abus que nous sommes évidemment les premiers à réprouver et à corriger (  !  !  !)  » 85Issy-les-Moulineaux, cité plus haut, Centurion, p. 153.. Mais, sur l’essentiel, la réforme liturgique est la grande réussite du Concile.

Eh bien, non  ! J’ai là sous les yeux une “ Lettre circulaire concernant quelques aspects les plus urgents de la préparation spirituelle dans les séminaires ” 86Oss. rom., éd. fr., 22 avril 1980., émanant de la Sacrée Congrégation pour l’Éducation catholique, que présidait encore le ruineux cardinal Garrone. Je dis ruineux, parce que tout ce qu’on lui a confié, il l’a tout aussitôt ruiné.

L’analyse des ravages causés par “ les orages postconciliaires ” y est impressionnante, quoique fort en deçà de la vérité. Et qui ne voit dans cette énumération attristante les effets directs de la perte, dans le clergé et dans le futur clergé, de la sacro-sainte dévotion eucharistique  ? Je résume le cardinal  :

Ce sont  : — Les dangers des confusions les plus graves de ceux qui cherchent du côté des mystiques asiatiques et autres, des “ moyens courts ” qui promettent trop, et trop tôt, détournent du but (qui est l’union à Dieu  ?), créent de faux besoins avec l’illusion de résultats automatiques et trompeurs  : une certaine chaleur humaine prise pour le bien spirituel, une violence faite au corps qui vide l’âme sans plus, une musique envoûtante.

— Les déviations qui se produisent aujourd’hui sur la réalité du sacrifice et non moins sur la présence réelle, sur l’aspect fondamental qui est celui du Sacrifice du Christ hors duquel le repas eucharistique (sic) perd son sens.

— La foi qui se déséquilibre (sic) dans et par la “ créativité ” liturgique.

— L’évidence du scandale suivant  : Aux yeux des fidèles et dans la conscience même du prêtre, le sens des “ sacrements de la foi ” se dégrade de plus en plus lorsqu’un prêtre, habituellement négligé dans sa tenue ou pleinement sécularisé, en devient le ministre  : Pénitence, Sacrement des malades, et surtout Eucharistie…

— C’est l’abus des “ absolutions collectives ”, des “ célébrations pénitentielles ”, auquel il faut attribuer, par l’effacement de la pénitence privée, au moins une part de responsabilité dans la baisse impressionnante des vocations religieuses.

— Le fait que bien souvent l’obéissance est un mot interdit  ; ce qui doit cesser (ah  !).

— L’effacement de la dévotion à la Sainte Vierge qui cache le plus souvent une affirmation franche du mystère même du Christ et de l’Incarnation…

Tel est ce généreux et apostolique “ progressisme ” postconciliaire auquel vous réservez toutes vos bontés, faveurs, prébendes et honneurs, tandis que vous persécutez l’“ intégrisme ” qui, par mauvais esprit, certainement, cultive toutes les vertus et dévotions contraires à ces vices et à ces désordres.

Bon  ! Mais après un tel constat, tout Pape sain d’esprit et normal se sentirait dans l’obligation impérieuse et pressé par l’urgence de la tâche — caritas urget nos  ! 87II Cor. 5,14. — de combattre ces désordres effrayants, d’y remédier, de sanctionner leurs auteurs supérieurs, de toute la puissance de son Autorité. Pas du tout  ! Vous n’y faites rien, et nous comprenons pourquoi maintenant  : Vous êtes ailleurs, du côté du nouvel humanisme, qui sera demain la nouvelle religion d’une plus vaste et nouvelle Église. Et tout cela, somme toute, y achemine  ! Ce sont les sentiers, un peu farfelus et zigzagants, qui vont du théocentrisme d’hier à l’anthropocentrisme laïc de demain. Alors, vous n’êtes pas chaud pour intervenir.

Et cette larve de cardinal-Préfet, que fait-il donc  ? Voici  : Pour nettoyer les écuries d’Augias-Wojtyla, “ une suggestion ”, ou plutôt l’expression du souhait d’une suggestion  :

«  À vrai dire, envoie-t-il circulairement à tous les responsables de cet état de choses, nous souhaitons que cette suggestion soit retenue et que peu à peu elle s’inscrive dans les institutions de manière solide et durable.  »

Et quelle suggestion  ? Creuse comme une coquille de noisette vide  : «  Une période de préparation au séminaire, consacrée exclusivement à la formation spirituelle  ». Mais qui en sera responsable  ? et quelle formation, à quelle spiritualité  ? il n’y pense pas, il n’ose pas y penser  ! Et si on l’occupe, cette année de surcroît, à faire du zen et du yoga, gros malin  !

Mais d’avance le cardinal Garrone part battu  : «  Il est évident que cela ne sera pas toujours possible, mais bien des possibilités s’ouvrent toujours à l’imagination généreuse de ceux qui auront voulu comprendre et mettre en œuvre les rapports précédents et faire confiance à la grâce du Christ pour les aider.  »

«  Si une telle suggestion était reçue, les indications et recommandations faites dans cette Circulaire auraient, on peut l’espérer, les meilleures chances de produire leurs fruits.  » Dans cette conclusion, au conditionnel de l’irréel le plus problématique et inespéré, on mesure l’affaissement interne de l’Autorité romaine. Et nul autre n’en est responsable que Vous, personnellement, car le Pape, l’Autorité suprême, c’est Vous, Votre personne. Pourquoi n’existez-vous plus  ?

Patente, incroyable, c’est la vérité  : l’Église est devenue la République selon Marcel Sembat, «  la Femme sans tête  ». Dans le cas où cette inexistence pontificale est due à vos autres fonctions d’expert international en humanisme séculier, partez  ! partez pour Manhattan ou pour Moscou, mais qu’un autre prenne votre charge et régisse en Bon pasteur le troupeau que le Christ confia à saint Pierre pour l’enseigner, le sanctifier et le régir sans autre souci que de faire la Volonté de son Seigneur et Maître.

L’AUTODESTITUTION D’UNE ÉGLISE DÉNATURÉE

Nous voici au dernier acte, mais le plus saisissant de votre combat contre l’Église  : sa dénaturation, son autodestitution, sa dépersonnalisation, où enfin elle va devenir une chose sans nom et sans identité, sans forme et sans finalité propre, entre les mains, toute au pouvoir de l’Homme (vous le connaissez), pour le service de l’Humanité.

Déjà est bien avancée la néantisation de la religion, amenuisant les réalités cultuelles au profit du mythique, du symbolique et du ludique. Cette transformation de la religion s’accomplit par la mutation de l’Église depuis le Concile, au nom de l’Esprit-Saint, faisant de pareille évolution une volonté du Christ opérée et contrôlée par la hiérarchie. Les forces de cohésion religieuse sous l’étiquette d’intégrisme ont été écrasées, évincées  ; les forces dissolvantes du modernisme, sous le nom de progressisme ont été aidées. En vous désintéressant des querelles ecclésiastiques et liturgiques, vous avez hâté la dégénérescence de l’Église en tant que religion et en tant que communauté chrétienne visible, hiérarchique, organique, de salut surnaturel. Elle est devenue sous votre pontificat un garde-meubles, un garde-manger, une masse de militants en réserve pour vos grandes manifestations… La seule inquiétude est hélas  ! que, privé de religion et la mémoire de son identité perdue, le cheval fourbu ne crève sous le cavalier, que la branche ne casse emportant celui qui est assis dessus pour mieux la scier.

Mais vous pouvez maintenant la montrer au Monde, à l’Onu, à l’Unesco, à la Trilatérale, en attestant et démontrant qu’elle n’est plus ce qu’elle était jadis, et encore naguère. Qu’elle ne met plus au premier rang de ses finalités le salut éternel de ses membres, mais au cinquante-sixième. Et qu’elle ne se prétend plus le seul et exclusif moyen du bien-être de l’humanité et de chaque homme, mais l’un des moyens, parmi tant d’autres, non même pas le premier mais comme en décidera le jury international futur de la grande compétition des religions au service de l’humanité.

L’Église est l’amie et la servante de tout homme, quel qu’il soit, de sa dignité, de sa liberté… et «  elle a rompu désormais avec la célèbre formule “ Hors de l’Église, point de salut ”, qui n’était d’ailleurs pas si terrible, nul ne connaissant les limites de l’Église  » 88N’ayez pas peur, p. 111.. Mais enfin, c’était un reste de fanatisme. Tout cela est oublié. L’Église aujourd’hui donc, sous votre guide, est totalement humaine  : dans ses fins et dans ses moyens. Et elle sait le dire au monde, à toutes les tribunes des grandes organisations mondiales.

Il s’agit pour elle de se montrer d’un parfait libéralisme, même religieux, d’un œcuménisme ouvert aux chrétiens, aux croyants monothéistes, polythéistes, aux athées dont l’incroyance est encore une forme de croyance inverse, d’un mondialisme enfin, prêt à tous les sacrifices pour l’avènement d’une civilisation vraiment humaine. Le Concile avait jeté les bases de cette triple entreprise, Paul VI avait créé des commissions pour ces dialogues et ces coopérations. Vous avez poursuivi et consolidé tout cela par vos discours et vos initiatives audacieuses.

LA LIBERTÉ RELIGIEUSE, LIBERTÉ HUMAINE

Évidemment, partant d’une position strictement catholique et ne la quittant pas pour sauter sur d’autres rails, j’ai toujours tenu pour hérétique cette liberté sociale en matière de religion, objet d’une informe “ Déclaration ” conciliaire, et encore, obtenue par quelles manœuvres indignes 89CRC 57, Préparer Vatican III. La Liberté chrétienne, juin 1972.  ! Je le maintiens, et je persiste à vous déclarer vous-même hérétique sur ce seul et unique motif que je considère comme majeur et déterminant. En effet  :

«  Si quelqu’un dit que la liberté et en premier lieu la liberté religieuse, laquelle consiste dans le droit social de pratiquer, de proclamer et de répandre ses convictions en matière de religion ou en matières annexes, morales, politiques ou sociales, est un droit naturel et fondamental de l’homme vivant en société, qu’il soit anathème. 90CRC 169. A propos des “ erreurs théologiques graves ” reprochées a l’abbé de Nantes par Mgr Lanzoni, de la secrétairerie d’Etat, sept. 1981, p. 4.  »

Je ne prétends pas moi-même fulminer l’anathème sur Vatican II, sur Paul VI et sur Vous  ! Je répète, comme un magnétophone, la leçon apprise de la Tradition apostolique, et en particulier des saintes Écritures, et de l’enseignement constant et formel du Magistère ecclésiastique. Ainsi Pie XII que je citai malicieusement un jour, sans le nommer, comme si c’était le Pape… régnant 91“ Un admirable discours du Pape ”, CRC 142, juin 79, p. 5-6. Texte intégral du Discours à l’union des juristes catholiques, du 6 décembre 1953.  :

«  Telle est la tolérance religieuse et morale située à sa juste place  : Premièrement, ce qui ne répond pas à la vérité et à la loi morale n’a objectivement aucun droit à l’existence, à la propagande, ni à l’action. Deuxièmement, le fait de ne pas l’empêcher par le moyen des lois de l’État et de dispositions coercitives peut néanmoins se justifier dans l’intérêt d’un bien supérieur et plus vaste.  »

Cela, c’est le “ point de vue ” catholique, que j’appelle la vérité, parce que c’est la vérité de la Vérité révélée, mesure souveraine du vrai humain et règle de toute notre conduite. Et quand Pie XII avec toute la Tradition évoque, pour justifier la tolérance des États, “ un bien supérieur et plus vaste ”, ce bien auquel il songe n’est évidemment pas le bien purement politique ni le bien mondain, temporel, ni le bien culturel de l’humanisme laïc, mais le bien des âmes et l’avantage de leur salut, qui est aussi le bien souverain de la Gloire de Dieu.

Les États qui usèrent trop largement de cette tolérance, manquant à leur devoir d’évangélisation et de civilisation des peuples — relire les lettres de Charles de Foucauld sur la colonisation française en Afrique du Nord  ! — péchèrent par immoralisme.

Mais Vous  ! Même cette tolérance est encore trop chrétienne, trop empreinte de théocentrisme pour vos desseins humanistes. Vous voulez que l’Église change sur l’essentiel, sur la définition du bien commun dont toute référence à Dieu devrait être exclue, et sur la définition de la Vérité qui ne serait plus l’Être, la Loi de Dieu, mais la liberté de l’homme.

On trouve mieux qu’en cent autres textes, cette folle apostasie, du Pape  ! dans ce message à la Conférence de Madrid, des signataires de l’Acte d’Helsinki, adressé par vous et lu par votre représentant le 11 novembre 1980 92DC, 21 déc. 1980.. Voici votre profession d’humanisme athée. Et vous parlez au nom de l’Église  !

«  L’Église catholique, en raison de sa mission religieuse (on va voir qu’a moins d’être la religion de l’homme, cela n’a plus rien de religieux) de caractère universel, se sent profondément obligée à aider les hommes et les femmes (  !) de notre temps à faire progresser les grandes causes de la paix et de la justice sociale pour rendre le monde toujours plus accueillant et plus humain.

«  Ce sont là de nobles idéaux auxquels aspirent ardemment les peuples et qui sont tout particulièrement l’objet de la responsabilité des gouvernements des divers pays et, en même temps, à cause des mutations des situations historiques et sociales, leur réalisation a besoin, pour être toujours plus adaptée, de l’apport continuel de nouvelles réflexions et de nouvelles initiatives qui auront d’autant plus de valeur qu’elles découleront d’un dialogue multilatéral et constructif.  »

Telle est la sphère nettoyée de tout surnaturel où vous entendez que l’Église se meuve. Tel est pour vous le monde, le vrai et réel monde humain, rigoureusement vide de préoccupations surnaturelles. Vous poursuivez vos déductions laïques  :

«  Si l’on réfléchit sur les multiples facteurs qui concourent à la paix et à la justice dans le monde, on est frappé par l’importance toujours plus grande prise, sous cet aspect, par… (Ici, j’interromps. Le discours pontifical va-t-il réintroduire, dans ce monde clos, avec son prestige immense, sa soutane blanche et son beau manteau rouge  : la religion  ? l’importance toujours plus grande du besoin de Dieu, de la recherche de la vérité, de la pensée anxieuse et fascinante de l’au-delà  ? Point  ! Vous êtes athée et vous le serez jusqu’au bout)… par l’importance toujours plus grande prise, sous cet aspect (de la paix et de la justice), par l’aspiration partout répandue à voir assurée l’égale dignité de tout homme et de toute femme dans la façon de se partager les biens matériels et dans la jouissance effective des biens spirituels, et donc des droits inaliénables correspondants.  »

Le bien vivre humain sur terre, c’est la paix et la justice sociale. Un point c’est tout. En notre siècle, cela est ressenti intensément par tous comme une exigence d’égale jouissance de l’avoir et de l’être, et du plus-être, par la libre participation aux nourritures du corps et de l’esprit, terrestres et célestes, ou infernales, peu importe. Et infernales. C’est à cela que veut aider, servir l’Église  ? Oui  :

«  Au thème des droits de l’homme et, en particulier, à celui de la liberté de conscience et de religion, l’Église catholique a consacré, ces dernières décennies, une réflexion approfondie, stimulée par l’expérience quotidienne de vie de l’Église elle-même et des croyants de toute région et de tout milieu social.  » Aussi désire-t-elle «  présenter quelques considérations particulières en vue de favoriser un sérieux examen de la situation actuelle de cette liberté afin qu’elle puisse être assurée efficacement partout.  »

«  Elle le fait en ayant conscience de répondre à l’engagement commun, contenu dans l’Acte d’Helsinki, de “ promouvoir et d’encourager l’exercice effectif des libertés et des droits civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et autres qui découlent tous de la dignité inhérente à la personne humaine et qui sont essentiels à son épanouissement libre et intégral ”; et elle entend ainsi s’inspirer du critère qui reconnaît “ l’importance universelle des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dont le respect est un facteur essentiel de la paix, de la justice et du bien-être nécessaires pour assurer le développement des relations amicales et de la coopération entre eux, comme entre tous les États ”.  »

Voilà le tout de l’homme, où vous allez caser les religions, conciliant «  la conception religieuse du monde et la conception agnostique ou même athée, dans une confrontation qui pourrait conserver des dimensions humaines, loyales et respectueuses, sans porter atteinte aux droits essentiels de la conscience de tout homme et de toute femme qui vivent sur la terre.  »

Dignus est intrare  ! Digna est intrare  ! «  L’Église croit pouvoir largement contribuer à humaniser toujours plus la famille des hommes et son histoire  », dites-vous à la commission Justice et Paix quelques jours plus tard 93DC, 21 déc., p. 1175.. Oui, vous êtes digne d’entrer dans la société des humanistes lucifériens qui ont vidé, expurgé totalement le monde de Dieu  ! L’Église est digne d’être agréée comme membre de la grande Prostituée de l’Apocalypse, cette communauté des religions tout appliquées désormais à l’adoration de l’Homme dans le mépris de Dieu  !

La plupart de ceux qui vous suivent s’imaginent que tant de discours, de réunions, de voyages visent à faire accepter l’Église et la liberté de sa VÉRITÉ à des pouvoirs humains oppresseurs. Mais non  ! c’est l’inverse. C’est l’Église qui, pour la satisfaction de coucher avec le monde, veut ne plus avoir de vérité autre que la LIBERTÉ de l’homme.

«  Ici, disais-je de votre Redemptor hominis, tout est réconcilié. La vérité qui a droit d’expression et d’action est celle qui consiste à persuader l’homme qu’il est digne, conscient, responsable et donc libre de penser, de parler, d’agir comme il veut. La liberté de la vérité consiste à proclamer la vérité de la liberté. L’astuce verbale, si on y réfléchit, enferme toute la vérité dans la sphère close de la liberté du moi humain, et voilà assujetti le culte de Dieu au culte que l’homme se rend à lui-même. 94CRC 140, avril 1979, p. 6; à propos de Redemptor hominis, no 12.  »

«  Ainsi, disais-je après votre voyage en France, chacun doit demeurer fidèle à sa propre culture, dont la foi et la religion sont l’élément le plus remarquable. Et sans doute notre christianisme est le meilleur de tous. Il est même, pour nous, le seul vrai. Pour nous  ? pas pour les autres  ? pas pour tous  ? Sans trancher la question dans l’abstrait (  !), Jean-Paul II reconnaît le fait que les autres ont d’autres croyances. Alors, pour lui, charité rime avec liberté plutôt qu’avec vérité et c’est une révolution copernicienne que réalise notre Pape, fils spirituel de Paul VI et du Concile. 95CRC 157, sept. 1980, p. 12.  »

L’ŒCUMÉNISME N’A PLUS DE FRONTIÈRES

Dés lors, dans cet humanisme athée à folklore religieux, toutes les religions sont sœurs, toutes les Églises et contre-Églises ont un lien réel, humain, essentiel par rapport auquel leurs constructions idéologiques, dites dogmatiques, sont évidemment secondaires. Toutes doivent appartenir à cette Onu ou cette Unesco spirituelle qui gérera bientôt les phantasmes religieux et sentimentaux des hommes pour leur plus grand bien-être, leur concorde et leur épanouissement spirituel commun. Vous avez accepté cela, philosophiquement, en ne voulant de Dieu que “ nouménal ”, et en frappant de relativisme subjectif toute religion qui est de l’ordre des représentations “ phénoménales ”. S’il n’y a plus de révélation et de religion historiques, objectives, alors elles sont toutes appelées à fusionner. C’est sur ce plan des principes fondamentaux que s’établit votre œcuménisme, comme une inéluctable nécessité des temps modernes. Votre humanisme laïc vous tient dans toutes vos démarches et ne vous permet plus le moindre écart. Tout homme est mon frère…

«  Je ne puis oublier ma rencontre avec le Grand Rabbin et ses collaborateurs à Istanbul  ; avec la communauté juive de Battery Park, à New York  ; avec les chefs musulmans à Nairobi, à Accra, à Ouagadougou  ; avec les chefs hindous à Nairobi encore  ; avec les représentants de la communauté musulmane et de la communauté juive à Paris […]. Je me souviens d’audiences données à plusieurs groupes de bouddhistes et de shintoïstes au Vatican.

«  Partout, sans tenir compte des traditions ou de l’appartenance religieuse, le Pape porte avec lui une profonde conscience que Dieu “ veut que tous soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité ” (I Tim. 2,4); c’est la conscience de l’œuvre rédemptrice du Christ qui s’est réalisée dans son sang versé pour tous les hommes sans distinction de croyants et de non-croyants.

«  Partout le Pape porte aussi la conscience de la fraternité universelle de tous les hommes au nom de quoi ils doivent se sentir unis autour des grands et difficiles problèmes de la famille humaine tout entière  : la paix, la liberté, la justice, la faim, la culture et d’autres problèmes que, avec l’aide de Dieu, j’ai largement traités au siège de l’Onu à New York, pour l’Assemblée générale des Nations Unies, le 20 octobre de l’année dernière, […]. L’Évangile est la grande charte fondamentale de cette conscience.  »

C’est un échantillon de vos rencontres œcuméniques, tiré de votre Discours au Sacré Collège, du 28 juin 1980 96DC, juil. 1980, p. 667..

«  Partout, dites-vous, le Pape porte en lui une profonde conscience que…  » Et on se demande comment la Curie, les cardinaux écoutent des discours d’un si constant et insolent modernisme. Ainsi, votre “ conscience ” vous donne comme certaines l’union, l’entente, la finalité commune, réelle, terrestre, naturelle, de toute la famille humaine. C’est votre anthroposophie basique, et c’est elle qui détermine votre comportement œcuménique vraiment illimité. De là, oui, de là, reconstruisant vaille que vaille une théologie, votre “ conscience ” vous inspire cette étrange doctrine du salut de tous les hommes déjà accompli, en fait comme en droit, par l’Incarnation rédemptrice de Jésus Fils de Dieu. Tous sauvés, croyants ou incroyants, dites-vous.

Ainsi retournez-vous comme un gant le problème œcuménique, autrement insoluble. Ces gens seront donc sauvés, ou en voie de salut, dans leurs religions bigarrées… C’est donc que chacun se sauve par sa religion. Votre conscience vous le dit aussi, n’est-ce pas  ? Là où le Père Congar, qui est théologien de métier, n’allait qu’avec force hésitations et ruses, dans cet échange de correspondance que j’eus avec lui à ce sujet…97Congar en dialogue, CRC 74-75; nov.-déc. 1973. «  Si l’on se situe du côté des hommes, des fidèles de ces Communions  : ceux qui y adhèrent de bonne foi s’unissent à Dieu et peuvent faire leur salut, non seulement dans ces communions, mais en usant des moyens de grâce qui s’y trouvent. En ce sens, on dira qu’elles sont des communautés de salut. 98Ibid., 75, p. 11.  » Voyez cette prudence  ! Alors que Journet y contredisait, jadis  ! formellement  : «  À côté des matériaux mauvais, il en est de bons… Mais ces matériaux même bons sont mis en œuvre par une forme spirituelle qu’il faut rejeter tout entière. 99L’union des Églises, Grasset 1927, p. 277; cf. CRC 74, p. 12.  »

Si Journet a raison, il n’y a toujours qu’une seule Église, “ hors de laquelle il n’est point de salut ”, c’est-à-dire aucune communauté, église, secte ou religion par lesquelles on puisse être sauvé. Ce qui condamne tout œcuménisme au sommet, entre “ Églises ”, entre religions… Quoiqu’il y ait certainement des multitudes d’êtres humains, nés dans ces sectes ou religions et que l’influence et la grâce du Christ et de l’Église touchent et sauvent par d’autres voies que leurs communautés dissidentes ou leurs fausses religions 100Sur L’Oecuménisme, cf. CRC 58, juil. 1972..

Mais vous n’avez point de ces hésitations. Tout le monde trouve en sa secte, son église ou sa religion — ou son athéisme  ! — son “ moyen de salut ” nécessaire et suffisant  ! Et vous saluez les luthériens comme des frères pour le 450e anniversaire de la Confession d’Augsbourg, et vous allez à Cantorbéry commémorer votre commun baptême avec l’“ Archevêque ” Runcie — mais est-il archevêque ou pas  ? Voilà une question à laquelle, pour tout l’or du monde vous ne répondrez pas, tenant à tromper l’un et l’autre public le plus longtemps possible — “ Communicatio in sacris ” contre laquelle je me suis élevé avec véhémence. En vous traitant, Très Saint Père, de “ Pécheur public ” 101Jean-Paul II, pécheur public, CRC 179, juil. 1982., et je ne le regrette pas.

Et maintenant, vous prétendez qu’au catéchisme on enseigne aux enfants, non seulement notre vraie foi et notre sainte religion catholique, mais aussi les autres  ! Il faut vraiment que l’Esprit pervers qui vous habite ait fort parlé pour que vous ayez écrit ce n° 32 de votre Exhortation apostolique “ Catechesi tradendae ” 102DC, 4 nov., p. 909.  ! «  Dans ce contexte (œcuménique), dites-vous, il est extrêmement important de faire une présentation correcte et loyale des autres Églises et communautés ecclésiales dont l’Esprit du Christ ne refuse pas de se servir comme moyens de salut.  » Voilà un grand mensonge et une perfide hérésie, que sans doute votre “ conscience ” vous a révélé  ! Vous croyez vous en tirer, mais bien mal, en espérant, en échange, que les hérétiques et schismatiques «  apprécieront mieux l’Église catholique et sa conviction (sic) d’être “ le moyen général de salut ”.  »

Rien du tout  ! Après avoir profité de cette autodestitution de l’Église, de sa dénaturation opérée par son chef suprême — quelle revanche pour l’orgueil humilié des dissidents, jadis frappés par l’Église et rongeant leur frein devant son indéfectibilité  ! — ils en viendront dans un second temps à ne pas supporter d’être eux-mêmes par Vous ravalés avec votre propre Église à ce degré de prostitution où vous les voulez confondre tous et toutes. Et cela est tellement vrai et aboutit à une telle honte pour l’Église, à un tel nivellement grotesque de toutes les sectes, — chacune avec son falbala religieux, tombé au rang de bric-à-brac, il y a surtout de quoi pouffer de rire dans les assemblées œcuméniques… ou lorsque vous vous donnez mutuellement du “ Votre Sainteté ” avec le Dalaï Lama  ! — que vous vous réclamez d’un ordre explicite de l’Esprit-Saint pour persévérer dans cette voie  :

«  Pouvons-nous — malgré toutes les déficiences accumulées au cours des siècles passés (par Nos prédécesseurs qui n’avaient pas les grandes lumières et les grandes vertus que nous avons  !) — ne pas avoir confiance en la grâce de Notre-Seigneur, telle qu’elle s’est révélée (sic) par la parole de l’Esprit-Saint que nous avons entendue (sic) pendant le Concile  ?  » Je commentai  : «  Stupéfiantes affirmations pour fermer la bouche des opposants  ! Que je sois anathème si une parole divine s’est fait entendre au Concile… et pour recommander l’œcuménisme  ! Je dis bien  : que je sois damné si c’est vrai  ! 103Redemptor hominis, préambule  ; CRC 140, avril 1979.  » Mais comme cela ne serait connu de personne, le cœur très tranquille je préfère vous écrire  : Que je roule donc sous une auto et que l’œcuménisme soit ainsi débarrassé d’un adversaire aussi sincère qu’acharné  !

MONDIALISME DE L’AMOUR ANTHROPOSOPHIQUE
OU RETOUR À L’ALLIANCE JUIVE MONDIALE  ?

En poussant encore un tout petit peu plus loin, votre œcuménisme rassemblera vraiment tous les hommes — extension poussée aux limites de l’univers — pour leur exprimer un sentiment d’estime, d’amour, de soutien, hélas  ! d’une superficialité atteignant à l’insignifiance absolue. Car vous savez que la “ compréhension ” d’un terme varie en fonction inverse de son “ extension ”. Qui trop embrasse, mal étreint, dit la sagesse des peuples.

«  De toutes parts — catholiques, protestants, juifs — l’Amérique ouvre son cœur vers moi, dites-vous en descendant de l’avion à Boston. De mon côté, je viens à toi, Amérique, avec des sentiments d’amitié, de respect, d’estime.  » Puis, au cours de la messe au Boston Common  : «  Je salue tous les Américains, sans distinction. Je désire vous rencontrer et vous dire à tous — hommes et femmes — de toute foi religieuse et de toute origine ethnique, enfants et jeunes gens, pères, mères, malades, vieillards — que Dieu vous aime, et que, en tant qu’êtres humains, il vous a conféré une dignité incomparable. Je désire dire à chacun que le Pape est votre ami et le serviteur de votre humanité. 104DC, 21 oct. 1979, p. 870.  »

Avaient évidemment raison ces “ anti-œcuménistes ”, comme les nomme La Croix, qui constataient, selon vos propres paroles dans Redemptor hominis 105Redemptor hominis, no 6., que l’œcuménisme «  nuit à la cause de l’Évangile, mène à une nouvelle rupture de l’Église, provoque la confusion des idées dans les questions de la foi et de la morale, aboutit à un indifférentisme caractéristique  »  ! Que peut signifier une déclaration de dignité “ incomparable ” décernée à tous et à chacun des deux cents millions de citoyens américains  ! Leurs démagogues leur en disent autant… et plus encore  ! Hors de la foi catholique, ce sont de vains discours. Et que sont cette amitié et ce service qui vont à “ l’humanité ”, en eux, et non pas à leur cœur, à leur âme  ?

Mais chaque discours démagogique recèle une intention cachée. Quiconque déclare admirer, aimer, servir tous les hommes, a en pensée telle catégorie qui lui est très lointaine, contraire, hostile et qu’il veut se concilier. Qu’y a-t-il au monde de plus puissant, de plus contraire, de plus hostile à la sainte Église catholique du Christ Fils de Dieu fait homme  ? Poser la question, c’est y répondre. L’Église en tout votre mondialisme recherche la Synagogue. Ce faisant, elle s’abaisse, s’aplatit, se renie devant l’autre qui, n’abdiquant rien de son orgueil et de son ambition de domination mondiale, ne répond à vos avances que pour mieux la prostituer avant de la mettre à mort une seconde fois.

Sur cette recherche privilégiée de l’alliance juive, je n’ai qu’à vous citer vous-même, en cent discours. À Mayence, celui-ci  : «  Les chrétiens doivent se sentir frères de tous les hommes et se comporter en conséquence, mais cette obligation sacrée vaut encore plus quand ils se trouvent en face de ceux qui appartiennent au peuple juif  ! Dans la “ Déclaration sur les rapports de l’Église avec le judaïsme ” du mois d’avril de cette année 1980, les évêques de la République fédérale allemande ont débuté par cette affirmation  : “ Quiconque rencontre Jésus-Christ, rencontre le judaïsme ”. Je voudrais aussi faire mienne cette parole […]. La profondeur et la richesse de notre héritage commun se découvrent à nous d’une manière particulière dans le dialogue amical et la collaboration confiante [… ]. Il ne s’agit pas seulement de la rectification d’une fausse vision religieuse, par nous, du peuple juif, qui au cours de l’Histoire a été en partie l’une des causes d’incompréhension et de persécution. Il s’agit avant tout du dialogue entre deux religions qui — avec l’Islam — ont pu donner au monde la foi en un Dieu unique et ineffable qui nous parle et que nous voulons servir au nom du monde entier. 106Rencontre avec la communauté juive de Mayence, 17 nov. 80, DC 21 déc., p. 1148-1149. Je vous rappelle votre singulière Allocution aux dirigeants des organisations juives mondiales du 12 mars 79 à Rome  ! (DC, 1er avril, p. 333).  »

Voilà donc un mondialisme qui veut reconnaître dans le judaïsme et le christianisme “ l’ensemble religieux privilégié ” auquel est dévolu d’En-Haut le rôle sacerdotal de la louange du Dieu unique (avec l’Islam). La vérité est autre. Islam mis à part, qui joue au cavalier seul, deux fortes religions méritent considération, et deux seules, l’une a conquis le Ciel, et l’autre entend dominer la Terre. La première veut la conversion de l’autre  ; la seconde l’anéantissement de la première. Vous êtes, Très Saint Père, le chef suprême de l’une, la sainte Église, que vous offrez de livrer à l’autre, la Synagogue, pour avoir part avec elle à la domination du monde…107Cf. Mt 4, 9. Et tout le reste n’est que littérature.

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