La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’abbé Gabriel Maréchal

UN SAINT CURÉ DE PARIS  : TÉMOIGNAGE D’UNE PAROISSIENNE

L'abbé Maréchal

L’abbé Gabriel Maréchal (1912-1992). Ordonné prêtre le 23 juin 1937, bon serviteur de l’Église. Vicaire. Éducateur. Professeur de philosophie. Chapelain à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Curé de Saint-François-d’Assise et de Saint-Eugène Sainte-Cécile de 1967 à 1983. Enfin Juge à l’officialité de Paris. Il fut toujours ouvertement de cœur, de pensée et de fait notre Ami.

Notre bon Père Gabriel Maréchal a été rappelé à Dieu le 4 avril dernier [1992], succombant à une dernière crise cardiaque. En ce premier Samedi du mois, la Sainte Vierge est venue le chercher après quelques jours de coma. Il avait une telle dévotion pour Notre-Dame  !

Notre famille le connaissait depuis 1963, date à laquelle il fut nommé curé de notre paroisse Saint-François-d’Assise, dans le XIXe arrondissement. Du plus loin que remontent nos souvenirs, tous sont emprunts de sa grande bonté, de son inaltérable sourire et la sérénité qui rayonnait de sa personne.

C’est lui qui prépara dès son arrivée nos enfants à leur Première Communion. (…) Il confiait à ses vicaires les autres classes de catéchisme, mais il se réservait les petits, voulant lui-même les préparer à recevoir Notre-Seigneur, et cela fut très heureux pour Florence car ses vicaires l’intimidaient beaucoup. La veille du grand Jour, il réunissait les premiers communiants dans l’Église, afin de leur donner ses ultimes recommandations. Il distribuait aux petites filles une mantille blanche qu’elles portaient pendant toute la cérémonie.

Vraiment, il savait parler aux enfants et il savait prendre soin de leurs âmes. En quelques années, dans ce populeux quartier de Paris, il fît retrouver la pratique religieuse à un grand nombre de familles. C’est grâce à lui que mon époux s’est converti. Le dimanche, les messes se succédaient et l’église était comble à celles de 10 heures et de 11 heures.

Il consacra la messe de 10 heures aux enfants du catéchisme, aux troupes de louveteaux, jeannettes, rangers, guides qu’il avait créées. Ce petit monde, à lui tout seul, remplissait les trois quarts de l’église… sans compter les grandes personnes. Il obtenait qu’il entre en procession, en bon ordre, chantant de tout cœur les cantiques d’autrefois, avant et après la messe. C’était beau  ! À cette “ messe des enfants ”, il se réservait de faire le sermon chaque dimanche. Petites allocutions très pratiques pour les jeunes, car à la fin, il terminait toujours en leur donnant une résolution pour la semaine. Quel bien cela faisait aux âmes  ! Pour permettre aux mamans d’accompagner leurs aînés à la messe, il avait organisé une garderie pour les bébés.

Avec l’aide de religieuses, il avait ouvert un dispensaire et un ouvroir pour les familles nécessiteuses. Il y avait déjà beaucoup d’Arabes dans le quartier. Pour cela, il y avait grande kermesse à la paroisse. Pendant des mois, les enfants des troupes scoutes préparaient leurs petites représentations et le spectacle du soir. Ainsi ils étaient bien occupés, et encadrés par des personnes dévouées, pour préparer cette fête où nous aimions beaucoup nous rendre.

Malheureusement, dans ce bonheur de la vie paroissiale, le vent de la réforme conciliaire se mit à souffler et à répandre sa zizanie après quelques années. Notre bon Curé n’avait rien d’un intégriste  : sans difficulté, il accepta toutes les nouvelles rubriques liturgiques, sans pour autant changer son enseignement, ni rejeter le faste habituel des cérémonies dominicales, comme cela se faisait dans les autres paroisses du quartier. (…) Un groupe de laïcs commença à faire de l’opposition et à exiger la modernisation de ce curé trop “ vieux jeu ”. Les vicaires ne firent rien pour apaiser les choses et se prêtèrent aux critiques. La paroisse se divisa. Le Père Maréchal ne se laissa pas intimider. Avec sa douce fermeté, il s’opposa à ce courant  : il était le curé et ne céda à aucune de ses prérogatives. Cependant il souffrit de tout cela. Alors qu’on le critiquait ouvertement, qu’on en vint même à le calomnier en l’assaillant de bruits ignobles et combien mensongers, lui ne se plaignit de rien et ne disait de mal de personne. (…)

Il acceptait souvent que son évêque lui confie des prêtres de passage à Paris pour compléter leurs études. Ils assuraient certaines messes et l’aidaient dans son ministère quand ils n’avaient pas de cours. Ainsi pendant plusieurs années, il logea, dans le petit trois-pièces de l’église, un prêtre africain, venu compléter sa formation à Paris. Mais celui-ci ne savait pas fermer sa porte à ses concitoyens. C’est ainsi qu’il finit par héberger deux familles de Noirs. (…)

II y avait un clochard qui ne voulait pas quitter le parvis de l’église. Il s’appelait Stéphane. Si mes souvenirs sont bons, c’était un ancien ingénieur, déçu de la vie. Le Père Maréchal avait essayé de lui trouver du travail et une vie normale, mais il avait toujours refusé. Ce que notre Curé avait obtenu, c’était sa conversion, et Stéphane lui était très attaché. Le Père Maréchal lui disait souvent, quand il faisait froid dehors  : «  Tu vas attraper la mort à coucher ainsi.  » Mais lui restait sur ce banc de pierre, le long de l’église. Un jour, il tomba gravement malade et il fut emmené à l’hôpital. Le Père Maréchal se rendit à son chevet et lui donna les derniers sacrements. Grâce à lui, Stéphane fit une bonne mort. (…)

Les années passant, le Père Maréchal avait su redonner à sa paroisse une vie intense. Nous n’avons jamais su comment il arriva à obtenir de son évêque la permission de dire une grand-messe de Saint Pie V, le dimanche. Peut-être pensait-on, à l’évêché, faire pièce à celle de Saint-Nicolas-du-Chardonnet… Cette grand-messe ne tarda pas à attirer une foule de fidèles, et parmi eux, beaucoup d’amis CRC de Paris qui se retrouvaient ainsi le dimanche.

Une année, le Père Maréchal poussa l’audace jusqu’à organiser une procession de la Fête-Dieu… en plein quartier juif  ! Il fit un grand reposoir, sur le parvis de l’église, à l’extérieur du portail central, ainsi l’État ne pouvait rien lui reprocher. Les fidèles sortirent par une porte et rentrèrent par une autre, tout en chantant les cantiques d’autrefois.

Son église connaissant de nouveau l’affluence, Mgr Lustiger dut craindre l’influence du Père Maréchal. Il ne tarda pas à lui apprendre qu’il le déchargeait de sa paroisse pour le nommer juge à l’officialité. C’était en 1983. Pour notre Curé, ce nouvel arrachement fut très sensible et il nous en fit la confidence. Il sentait bien qu’une fois de plus son évêque le mettait de côté. Il en avait de la peine, mais il l’acceptait avec un grand esprit d’obéissance religieuse. Il avait tant aimé son ministère paroissial  ! Saint-Eugène Sainte-Cécile fut confiée à un prêtre qui était un pur fruit du Concile et qui ne tarda pas à démolir tout ce que le Père Maréchal avait si laborieusement édifié. (…)

Plus le temps passait, plus l’Église semblait tomber dans l’apostasie, plus l’Abbé Maréchal tenait à faire savoir à l’Abbé de Nantes combien il le soutenait dans son combat. Pendant l’année de l’Appel au jugement de Dieu, il fut en profonde union avec la CRC, offrant toutes ses souffrances à cette intention. De même dans les difficultés que traversèrent les communautés de Saint-Parres, il ne cessa d’exprimer sa fidélité au Père. Maintenant que le Bon Dieu l’a repris auprès de lui pour lui donner la récompense éternelle qu’il réserve à ses bons et fidèles serviteurs, nous sommes sûrs de son intercession pour l’Église, la CRC et nos familles. Nous remercions Notre-Seigneur de nous avoir fait connaître un si saint prêtre  !  »

UN PRÊTRE CATHOLIQUE DE CONTRE-RÉFORME

Je voudrais simplement m’acquitter de mon devoir en rappelant combien nous lui devons, ligueurs CRC de Paris.

La première fois que je le rencontrai ce fut pour lui demander de recevoir notre groupe pour nos heures saintes, à Saint-Eugène dont il était alors curé. Il accepta spontanément et les présida lui-même. Sa profonde dévotion fut alors pour notre CRC naissante un encouragement et un réconfort. Puis, il y a dix ans, il eut le courage de nous ouvrir son église au terme de notre défilé de Jeanne d’Arc. Quelle ne fut pas alors notre joie de pouvoir assister à la Messe célébrée par notre Père  ! Prier et chanter dans une église de Paris, entrés sans effraction, accueillis par son bon curé  ! Vraie démarche CRC… Il me disait alors  : «  Je ferai toujours ce qui est possible pour faire la preuve, à gauche comme à droite, que la CRC est dans l’Église et que notre devoir est de lui ouvrir nos portes  !   »

Désormais, des relations plus personnelles s’établirent entre nous. Il était passionné de philosophie, l’ayant lui-même enseignée, et il s’intéressait à tout le travail de notre Père. À maintes reprises ne me dit-il pas  : «  Pour moi, l’Abbé de Nantes est, actuellement, le premier théologien.   » II exaltait alors la place de notre CRC dans la défense de l’Église. (…)

Jacques Mourot, Secrétaire général de la CRC.

UN AMI FIDÈLE DE NOTRE PÈRE ET DE SA COMMUNAUTÉ

Bien cher Père…

J’ai reçu votre cadeau pour mon Jubilé sacerdotal avec une profonde émotion, à cause de l’ouvrage même, mais aussi à cause de la dédicace que vous y avez mise et qui m’a bouleversé. Un très, très grand merci pour cette marque d’affection. Quand j’ai reçu ce livre  : “ Un curé et la Sainte Vierge ”, j’étais loin d’en soupçonner le contenu. (…) – Merci mille fois. Je ne veux pas prendre votre temps. C’est aujourd’hui l’Assomption. Inutile de vous dire le sens de ma prière pour… ce que vous savez.

En l’attente du 8 décembre… vous savez ma fidélité dans le cœur du Christ et de sa sainte Mère.  » (lettre du 15 août 1987)

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Ma Révérende Mère et ma chère petite sœur Lucie du Précieux Sang. (…)

Quelle épreuve pour vous tous à Saint-Parres et pour le Père de Nantes en particulier. Dis-lui combien je lui suis uni en ces jours d’épreuve. (…) Seulement te voilà avec une charge bien lourde. Accepte-la joyeusement avec la volonté de la remplir en toute fidélité et loyauté à l’égard du Père de Nantes. Je te promets ma prière quotidienne pour toi et pour lui et pour toutes tes sœurs. (…) (lettre du 17 octobre 1989)

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Ma Révérende Mère et chère petite sœur dans le Christ

Il n’est pas de jour que je ne pense à l’abbé de Nantes, à toi-même et aux deux communautés. Quel énorme et extraordinaire travail se fait à Saint-Parres  !  ! Quel bonheur pour l’Église tout entière qu’il y ait là une résistance à tant d’abandons et de déviations  ! Il faudra bien qu’un jour tout cela porte ses fruits… au grand jour, universellement. Je me demande comment peut faire l’abbé de Nantes pour abattre un tel travail et ne pas se décourager.

Je lis aussi avec un grand intérêt ses souvenirs de séminaire, car j’ai été de 1931 à 1937 au séminaire Saint-Sulpice d’Issy-les-Moulineaux et j’ai bien connu les Beaufine, les Lesourd et, tout spécialement le Père Callon. Je revis donc moi-même à cette lecture mes années de séminaire (dont je dois dire, pour être sincère, que je les ai vécues dans l’enthousiasme, mais je n’avais ni la science ni les raisons de l’abbé de Nantes pour voir aussi clair qu’il a pu voir dans les failles de l’enseignement qui était donné). Mon directeur spirituel était alors le Père Charles André qui a été tué à la guerre en juin 1940. (…) De tout cœur avec toi en union avec le Christ et sa mère. (lettre du 31 juillet 1990)

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Réconfort d’une amitié sacerdotale, au jour anniversaire de l’ordination de notre Père.

Bien cher Père,

Je ne sais que vous dire… J’ai mal à votre âme. Et que faire  ? Toutes les preuves d’amitié qui ont pu vous être données n’empêchent pas un sentiment de solitude comme le Christ sur la Croix.

Je viens de lire le petit livre d’Urs von Balthasar  : “ Cordula ou l’épreuve décisive. ” Je pense à vous en lisant cette petite phrase  : «  Celui qui mise sur l’Unique gagne tout, mais il doit compter perdre tout ce qui n’est pas l’Unique.   »

Je vous redis ma profonde et fidèle amitié. Un grand merci pour les cassettes que M. Mourot m’a remises.

Il joignait à ce petit mot, cette sentence de saint Bruno  :

«  Qui es-tu, ô prêtre  ? Tu n’es pas par toi, parce que tiré du néant. Tu n’es pas pour toi, parce que médiateur des hommes. Tu n’es pas à toi parce que époux de l’Église, Tu n’es pas de toi, parce que serviteur de tous. Qu’es-tu donc  ? Rien et tout, ô prêtre.   »

Extraits de la CRC n° 282, mai 1992, p. 9-14

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