La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La Vierge au Mexique

NOTRE-DAME DE GUADALUPE

ET SON IMAGE MERVEILLEUSE
DEVANT L’HISTOIRE ET LA SCIENCE

par frère Bruno Bonnet-Eymard

membre actif du Centro
de Estudios Guadalupanos

 

Notre-Dame de la GuadalupeC‘est le voyage du Pape au Mexique, en 1979, qui la fit paraître sur nos écrans pour la première fois. L’Image, brouillée par la distance, était médiocre et nul commentateur ne se soucia de nous en conter l’histoire. Sa beauté, son énigme constituaient un appel. Ainsi naquit le projet d’un pèlerinage jusqu’au pied de cette Image attirante, mystérieuse, mais aussi d’une enquête soigneuse, historique et polytechnique, enquête dont la méthode nous parut très tôt devoir être rigoureusement semblable à celle que, après et avec bien d’autres, nous avons menée sur le Saint Suaire de Turin pour aboutir enfin à une déclaration d’authenticité absolue.

En effet, on ne peut pas apprendre son histoire sans désirer aussitôt la connaître, la voir, la vénérer. En 1531, dix ans après la conquête du Mexique par Cortés, un Indien chrétien du nom de Juan Diego, voit par trois fois la Vierge Marie lui apparaître pour lui demander de prier l’évêque élu de Mexico, Juan de Zumárraga, de lui construire une chapelle en ce lieu. Ce dernier demande un signe et la Vierge répond en imprimant miraculeusement, après une quatrième apparition, son propre portrait en pied sur la tilma de l’Indien. Depuis quatre cent cinquante ans cette Image d’une infinie délicatesse, empreinte sur un grossier textile de maguey, ne cesse d’attirer d’immenses pèlerinages. Tout Mexicain la tient pour miraculeuse.

À notre demande, des amis mexicains nous fournirent une première documentation, et j’organisai mon pèlerinage. Mais entre-temps, je reçus le livre de Jacques Lafaye  : «  Quetzalcóatl et Guadalupe. La formation de la conscience nationale au Mexique  » (Gallimard, 1974). Préfacé par Octavio Paz, il contient la substance d’une thèse soutenue en Sorbonne par un disciple de Marcel Bataillon, thèse qui passe pour épuiser la question. Appuyée sur quarante-six pages de bibliographie, l’étude paraît exhaustive. Or, elle ne laisse rien subsister d’un «  mythe   » absolument dénué de fondement. Toute cette histoire d’«  Image prodigieuse   »serait née d’un syncrétisme pagano-chrétien, qui demeura latent au long des siècles de la colonisation espagnole et marqua l’éveil d’une conscience nationale, à partir du XVIIe siècle, pour enfin aboutir à la libération du Mexique en 1813.

Le livre, pourtant, laisse paraître plusieurs contradictions, des lacunes notoires, et le parti pris agnostique de l’auteur est trop évident. Pour en avoir le cœur net, il fallait y aller voir. Je partis afin d’être là-bas pour les fêtes anniversaires de l’apparition (1981). La date choisie fut providentielle. Je rencontrai à Mexico d’éminents spécialistes internationaux. Je fus invité au Congrès que tient, chaque année à cette époque, depuis quatre ans, le Centro de Estudios Guadalupanos. Le thème de cette rencontre était justement «  Los Antiaparicionistas   », les antiapparitionnistes et la valeur historico-critique de leurs arguments. Ce furent trois journées de travail intense marquées par des communications de grande valeur, sous la présidence de S. Ém. le cardinal Ernesto Corripio Ahumada, archevêque-primat de Mexico.

Entre nos séances de travail et mes nombreuses démarches personnelles, j’allais prier à la Villa de Guadalupe,au milieu des foules de pèlerins venus du fond des campagnes indiennes souvent à pied ou à vélo, pour se prosterner devant l’Image de leur «  Petite Mère   », après s’être traînés à deux genoux sur l’esplanade pour lui demander pardon de leurs péchés.

Le charme irrésistible de l’Image, vers laquelle toute l’architecture ultra-moderne de la Nueva Basílica dirige les regards, acheva ce que les arguments des érudits guadalupanos avaient commencé. Ma conviction mûrement pesée, méditée, contrôlée par de longues heures d’enquête auprès des savants qui ont consacré leur vie à cette recherche, est que l’Image empreinte sur la tilma de Juan Diego est chose céleste. Il n’y a pas d’autre explication aux données mêmes de l’énigme posée par ce document unique dans toute l’iconographie chrétienne.

Ma démonstration reposera sur la critique externe, enquête historique, recherche des témoignages et de leur authenticité, et la critique interne, étude scientifique du textile, support de l’Image, ainsi que des propriétés étonnantes de l’Image elle-même. Je ne demande qu’une seule chose à mon lecteur. Qu’il se défasse de tout préjugé, et je suis sûr que son cœur s’enflammera d’amour pour la «  Guadalupana  » que tout Mexicain vénère et dont le message depuis 1531 n’a jamais manqué d’actualité, message dont nous voulons toujours nous faire les humbles serviteurs.

Extraits d’une étude parue en numéro spécial,
supplément de la CRC n° 157 (sept. 1980), revue et corrigée.

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