La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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NOTRE-DAME DE LA SALETTE

La vie de Maximin,
voyant de La Salette

«  LE PETIT DE LA SAINTE VIERGE  »

Maximin, en 1846.

Maximin, en 1846.

NÉ le 27 août 1835 dans une pauvre famille de Corps en Matheysine, Maximin n’avait rien d’un enfant privilégié. Son père, charron de métier, gagnait mal sa vie parce que trop assidu au cabaret  ; sa mère était morte alors qu’il n’avait qu’un an. D’un caractère espiègle et joueur, ne restant pas un instant sans agiter ses bras et ses mains (au cours de l’apparition, pendant que la Dame communiquera son secret à Mélanie, il s’amusera à lancer des pierres  !), bon cœur et absolument désintéressé, il n’avait cependant reçu pour ainsi dire aucune éducation jusqu’à l’âge de onze ans, ni école, ni catéchisme  ; il s’échappait de l’église quand on l’y conduisait et son père n’avait pu lui apprendre le Pater et l’Ave qu’avec peine, en deux ans… Pierre Selme, qui le fit berger d’occasion, disait de lui  : «  C’est un petit innocent qui n’a pas plus de prévoyance que de malice.  »

L’événement du 19 septembre 1846 bouleversa sa vie. Le soir même, il fit devant toute la famille Pra réunie son premier récit, sans bien comprendre tout ce qu’il racontait, mais quand il alla se coucher et voulut réciter un Pater et un Ave comme la Belle Dame le lui avait demandé, il ne se rappela plus ce qu’il fallait dire et il pleura… Dès la mi-octobre, il se rendit à l’école des sœurs de la Providence pour y apprendre à lire et à écrire. Dans la rue, on disait à son passage  : «  Voilà le petit de la Sainte Vierge.  » Bientôt, il y fut admis en pension, ainsi que Mélanie. Ils y restèrent environ quatre ans. Ce n’est qu’en mai 1848 qu’ils purent enfin faire ensemble leur première communion. La supérieure, sœur Sainte-Thècle, les tenait très sagement le plus possible à l’écart, mais ne pouvait empêcher les pèlerins et les curieux de venir les déranger sans cesse.

Maximin répétait, toujours avec le même sérieux, son récit, et ses réponses aux questions posées fusaient alors, inattendues, claires et précises. En voici quelques-unes  : (…)

Un abbé lui déclarait péremptoirement  : «  Tu es un petit menteur, je ne te crois pas.

Qu’est-ce que ça me fait  ? Je suis chargé de vous le dire, pas de vous le faire croire.

– Je crois que tu n’as pas de secret.

Hé, Monsieur, pourquoi venez-vous de si loin pour me le demander  ?

– Ne t’ennuies-tu pas de répéter tous les jours la même chose  ?

Et vous, Monsieur l’abbé, vous ennuyez-vous pas de dire tous les jours la messe  ?  »

Au chanoine Chambon, en 1847  : «  Si le Pape te demandait ton secret, tu serais bien obligé de le lui dire, car le Pape est bien plus que la Sainte Vierge  ?

Le Pape, plus que la Sainte Vierge  !… mais la Sainte Vierge est la reine de tous les saints. Si le Pape fait bien son devoir, il sera saint, mais il sera toujours moins que la Sainte Vierge  ; s’il ne fait pas son devoir, il sera plus puni que les autres.

– Mais c’est peut-être le démon qui t’a confié ton secret  ?

Non, car le démon n’a point de Christ, et le démon ne défendrait pas le blasphème.  » (…)

PREMIÈRES TURBULENCES

En février 1849, la mort de son père éprouva cruellement le jeune garçon. La vie au couvent de la Providence commença à lui peser. Après trois fugues successives, au printemps 1850, les sœurs le remirent aux mains de son tuteur légal. Au début du mois de septembre, il était reçu chez un riche comte qui poussa l’indiscrétion jusqu’à lui offrir son château, s’il consentait à lui livrer son secret  ! Plus tard, Maximin avouera  : «  J’allais trahir le secret, quand la mémoire me fit tout à coup défaut, il me fut impossible d’articuler un mot  ; je restai muet et compris ma faute par cet avertissement de la Sainte Vierge.  » Il était de retour à La Salette, le 19 septembre.

Des partisans du baron de Richemont, un aventurier qui se faisait passer pour le roi Louis XVII échappé du Temple, (…) lui proposèrent de l’emmener à Ars pour y consulter «  le saint qui lit dans les consciences  ». Averti, Mgr de Bruillard s’opposa avec sagesse à ce que Maximin sorte des limites du diocèse, mais on passa outre à son interdiction. Cette désobéissance eut les pénibles conséquences que l’on sait  : mal impressionné, le saint prêtre douta des apparitions pendant huit ans. Retenons que sur la question de sa vocation, le curé d’Ars conseilla par deux fois au voyant de rentrer dans son diocèse de Grenoble.

Sur le chemin du retour, Maximin et ses accompagnateurs s’arrêtèrent à Lyon, au noviciat des maristes, quartier Saint-Irénée, où le Père Eymard aurait bien retenu le voyant, mais à la condition que l’évêque de Grenoble le permît. Le Père Eymard connaissait bien Maximin  ; il ne cessera de le suivre sans découvrir rien qui lui fasse douter de la réalité des apparitions de La Salette. (…)

LA RÉDACTION DU SECRET

Au retour de l’équipée d’Ars, Maximin entra au petit séminaire du Rondeau, à Grenoble. Ses professeurs se rendirent compte rapidement que son caractère instable le prédisposait mal au sacerdoce. (…)

C’est au Rondeau qu’on vint le chercher, le 2 juillet 1851, pour le mener à l’évêché afin qu’il y rédigeât son secret  :

«  M. Dausse, qui l’accompagne, lui recommande de bien réfléchir à ce qu’il va faire. L’enfant n’a pas d’inquiétude. “ Je me rappelle bien tout ce qui m’a été dit. Vous verrez comme j’écrirai rapidement, sans chercher mes mots. ” Il parle d’autres choses. À l’évêché, dans un salon du second étage, donnant sur la place Notre-Dame, on l’installe devant un bureau, avec ce qu’il faut pour écrire. Le chanoine de Taxis est adjoint à M. Dausse pour le surveiller. Monseigneur les laisse ensemble.

«  Maximin met sa tête dans ses mains, trempe sa plume dans l’encrier et la secoue sans façon sur le parquet. Les témoins qui l’observent, de loin, le réprimandent de cette inconvenance. Il reprend la plume et écrit  :Le 19 septembre 1846, j’ai vu une Dame brillante comme le soleil que je crois être la Sainte Vierge  ; mais je n’ai jamais dit que ce fût la Sainte Vierge. C’est à l’Église de juger si c’est véritablement la Sainte Vierge ou une autre personne, par ce que je vais dire ci-après. Elle me l’a confié au milieu de son discours, à la suite de cette phrase  : les raisins pourriront et les noix deviendront mauvaises.  » (Ce serait après la lecture de ces quelques lignes d’introduction que le pape Pie IX a prononcé ces paroles  : «  Il y a là la simplicité et la candeur d’un enfant.  »)

«  Maximin montre ceci à M. Dausse, qui le trouve bien. Puis, il se remet à écrire au bureau, rapidement, sans pause, comme s’il copiait un texte. Il se lève, une fois sa rédaction achevée, et jette en l’air la feuille qu’il vient d’écrire. “ Maintenant, dit-il,je suis bien débarrassé, je n’ai plus de secret, je suis comme les autres. On n’aura plus besoin de venir rien me demander, on pourra s’adresser au Pape, il parlera s’il le veut. ” Les deux témoins voient ce papier à terre  : c’est un vrai brouillon d’écolier, écrit de travers, constellé de taches d’encre. On oblige l’enfant à recommencer. Il rechigne, mais écrit cette fois proprement. On sonne Monseigneur, qui commande à Maximin de placer son écrit sous enveloppe et de le cacheter. M. Dausse demande à l’évêque de lire ce texte, pour ne pas s’exposer à adresser au Saint-Père une communication indigne de Sa Sainteté. Monseigneur hésite, puis suit ce conseil. Maximin cachette alors l’enveloppe, sur laquelle est apposé le sceau épiscopal  ; M. Dausse et le chanoine de Taxis attestent sur l’enveloppe que Maximin en a écrit et signé lui-même le contenu, sans être influencé.  » (Louis Bassette, Notre-Dame de La Salette et saint Pierre-Julien Eymard, p. 211-212)

Il est à noter (…) qu’il leur demanda au cours de la rédaction, l’orthographe du mot “ Pontife ”. (…)

UN SÉVÈRE RAPPEL À L’ORDRE

À la rentrée d’octobre 1851, une nouvelle étape commençait dans la vie de Maximin  : il avait transmis son secret et l’Église, en la personne de Mgr de Bruillard, venait de reconnaître la vérité de l’apparition et se chargeait à son tour d’en “ faire passer le message ”. Mais il restait toujours le voyant de La Salette… avec ses imperfections  ! Après une année passée dans un autre petit séminaire du diocèse, il fut confié à la garde d’un saint prêtre, l’abbé Champon, curé de Seyssins. Il y restera trois ans, continuant vaille que vaille ses études, acquérant beaucoup de mérites et peu de savoir…

C’était l’époque où de mauvais prêtres et des journalistes haineux déversaient sur son compte et celui de Mélanie toutes sortes de calomnies, afin de mieux discréditer l’Apparition. (…) Les adversaires exploitaient sans vergogne l’affaire d’Ars et les rapports que Maximin avait eus avec les survivantistes. La Salette était devenue une “ affaire de royalistes ” (sic)  ! Mgr Ginoulhiac s’en émut et régla la question rondement dans son mandement du 4 novembre 1854. (…) Il y jugeait sévèrement Maximin en lui reprochant de s’être lié sans méfiance à ces aventuriers et de se laisser aller à vaticiner, mais il prenait sa défense pour tout le reste et se plaisait à souligner ses progrès. Pour la question politique, il tranchait net, avec sagesse… mais il n’avait pas lu le secret  !

LE VAGABOND DE NOTRE-DAME

En 1856, l’abbé Champon confia son élève à l’un de ses frères, jésuite et professeur de théologie au séminaire de Dax dans les Landes, temporairement transféré à Aire-sur-l’Adour. Amitiés nombreuses, visites fréquentes  : le travail et la méditation en pâtirent… Il restait un grand enfant, d’une incorrigible espièglerie, regrettant son Dauphiné, éprouvant de plus en plus le sentiment de son inaptitude au sacerdoce. «  Quoique je ne puisse répondre de l’avenir, j’ai pour le moment cette noire pensée que je ferai en soutane plus de mal que de bien à la gloire de Dieu  », écrivait-il en mars 1857 à sœur Sainte-Thècle à laquelle il était toujours resté attaché.

Il revint finalement au pays en 1858, successivement employé chez le percepteur de La Tronche, puis chez un mécanicien, avant de partir pour Paris, où il erra plusieurs mois de place en place, la bourse vide et le cœur triste. De mauvais compagnons tentèrent de l’entraîner dans des lieux de débauche, il dénoua leurs intrigues et son cœur resta toujours pur, par une protection spéciale de sa Dame, aux pieds de laquelle il se réfugiait souvent en l’église Saint-Sulpice. Une famille de commerçants retraités, les Jourdain, prirent en pitié ce pauvre déraciné et l’adoptèrent en 1861. Il demeura auprès d’eux trois ans, suivant des cours à la faculté de médecine, afin de mieux soigner les pauvres malades. D’autres bienfaiteurs s’occupaient de lui  : le comte espagnol de Penalver, la marquise de Pignerolles  ; celle-ci lui offrit un jour une grosse somme afin qu’il se rende à Frohsdorf en Autriche pour y rencontrer le comte de Chambord, prétendant légitime au trône de France.

Les historiens passent généralement vite sur cette entrevue mystérieuse qui eut lieu fin avril 1865. (…) Cependant, «  Maximin adhérait loyalement au comte de Chambord. Nous en avons deux preuves. À l’exemple des chartreux et autres religieux qui mettaient leurs armoiries sur leurs produits, il avait lui aussi son blason, ses armoiries. Elles lui furent indiquées par la comtesse de Chambord, puis peintes par M. de Grammont, qui en donna l’explication le 2 février 1869  : trois lys, symbole d’attachement à Notre-Dame de La Salette, au Pape et au Roi. Et dans une lettre du 24 juillet 1874, Maximin a écrit ces lignes  : “ J’ai toujours confiance que notre Roi viendra… La Chambre manque à sa mission et Mac-Mahon à son devoir, en n’allant pas chercher le roi et lui offrir ce qui lui est dû, au moins pour sauver la France. ”  » (Le Hidec, p. 86) (…)

Maximin Giraud, zouave pontifical.

Maximin Giraud, zouave pontifical

De Vienne, Maximin se rendit à Rome, où il s’engagea comme zouave pontifical au service du Pape pour la défense de ses États. (…)

Parmi les zouaves, un futur jésuite, Henri le Chauff de Kerguenec, avait remarqué à la prière du soir cet homme «  qui priait pour de bon et levait sur la petite statue de la Sainte Vierge des regards vraiment affectueux et suppliants  ». Il perça facilement son anonymat et s’en fit un ami.

Il écrira de Maximin  : «  Dans la conversation ordinaire, le berger de Corps est assez lourd, mais pas dépourvu de jugement… Quand il parle de l’apparition, il n’est plus le même. Il faut bien que ce soit la Très Sainte Vierge qui l’inspire, car il est alors admirable de clarté et de logique  ; les objections les mieux formulées ne sont pour lui qu’un jeu et il vous démolit tout cela plus aisément qu’un enfant n’abat le château de cartes qu’il a bâti.  »

Mais six mois plus tard, Maximin quittait les zouaves, rentrait en France et retrouvait ses parents adoptifs, les poches plus vides que jamais. Calomnié par un journaliste parisien, le berger de La Salette riposta dans une brochure où il déclarait  : «  Je serais riche à l’heure qu’il est, si j’avais eu la lâche complaisance de me démentir.  »

RETOUR À CORPS

En 1868, il rentrait définitivement à Corps, son village natal, où les époux Jourdain le rejoignirent deux ans plus tard. Il refusait de se marier  : «  Quand on a vu la Sainte Vierge, confiait-il à des intimes,on ne peut s’attacher à personne sur la terre.  » Il voulut exercer un métier, «  afin de gagner sa vie à la sueur de son front  ». Ce furent des années de misère commune et de faim qui le conduisirent à cette déplorable fabrication d’une liqueur, qui lui procura autant de déboires que de déconsidérations, victime encore une fois de sa naïveté qu’un escroc sut exploiter habilement.

Sa seule consolation était de monter là-haut sur la montagne, particulièrement au jour anniversaire de l’apparition. «  Le 19 septembre 1871, il faisait aux pèlerins, près de la fontaine miraculeuse, le récit qu’il avait commencé de répandre vingt-cinq ans plus tôt, à pareil jour. Le P. Bossan qui l’écoute note d’abord que “ Maximin a toujours un ton, un maintien d’enfant ” et consigne pour nous cette péroraison  : “ Puis la Sainte Vierge monta par là (en indiquant le tertre qu’elle avait gravi).Arrivée sur cette hauteur, elle s’éleva, disparut et me laissa, moi, avec tous mes défauts. ”  »

Deux jours plus tard, le même P. Bossan descendait à Corps chez Maximin.

«  (…) Moi, j’ai toujours dit que vous êtes un bon chrétien, parce que cela est vrai… L’apparition n’a-t-elle pas produit sur vous un effet particulier  ? reprend l’interrogateur au bout de quelques instants. Je veux dire  : ne vous a-t-elle pas apporté quelque grâce particulière pour vous corriger, vivre saintement  ?

Je ne puis pas dire cela. Je n’ai rien senti de particulier, mais la Sainte Vierge m’a fait don d’une éducation bien chrétienne chez les bonnes sœurs de Corps. Elle m’a entouré de prêtres très édifiants. Toute mon enfance et ma jeunesse, je me suis trouvé dans un milieu où tout me portait au bien et me détournait du mal. Sans l’apparition, j’aurais pu être loin du bon Dieu et moi-même, comme bien d’autres, devenir très mauvais, ma foi, peut-être membre de l’Internationale, de la Commune. C’est donc une très grande grâce qu’elle m’a accordée que de me tenir dans le milieu où j’ai été et de me donner les convictions religieuses que j’ai.

– Ce sont bien là certainement de grandes grâces. Mais beaucoup de gens qui ne raisonnent pas voudraient vous voir un saint et non simplement un bon chrétien comme vous êtes.

Eh bien  ! ceux-là sont des sots. On ne peut pas raisonner avec eux. L’apparition et moi sont deux choses différentes. Je n’ai été qu’un instrument. Or, l’eau aura beau passer longtemps par un tuyau en argent ou en or, elle ne deviendra jamais du vin, pas plus qu’en passant par un tuyau en bois ou en terre. La grâce de l’apparition passe bien par mon canal, mais elle ne le change pas.

– Êtes-vous bien persuadé, insiste son tenace interlocuteur, que vous n’avez été qu’un instrument dans les mains de la Sainte Vierge  ?

Oui, parfaitement. Nous n’avons été qu’un canal, que des perroquets qui ont répété ce qu’ils avaient entendu. Bêtes nous étions avant l’apparition, bêtes nous avons été après et bêtes nous serons toute notre vie.  » (cité par Jaouen, La grâce de La Salette, au regard de l’Église, p. 251)

Quelle candeur  ! Maximin ne se faisait aucune illusion sur lui-même, ne se plaignait plus de ses misères, mais les tribulations de sa vie instable s’effaçaient à ses yeux devant l’incompréhensible mystère que la Belle Dame l’ait choisi, lui, le pauvre berger ignorant, comme son messager et se soit faite la douce Médiatrice de tant de bienfaits  ! L’humilité n’empêchait nullement la fermeté chez lui, surtout si son Secret était en cause. (…)

Dans une lettre personnelle à l’adresse de M. Girard, il écrivait  : «  Jamais je n’ai rien divulgué, pas même aux heures de mon extrême détresse ou de la plus irrésistible tentation… je n’ai jamais tergiversé, toujours prêt à faire comme Thomas de Cantorbéry, à mourir plutôt que de livrer mon secret au public  !  »

«  UNE MORT ENVIABLE  »

Sa santé faiblissait. Le 4 novembre 1874, il fit son dernier pèlerinage à La Salette. On lui demanda de faire le récit de l’apparition, il s’y prêta de bonne grâce. Pendant plus d’une heure, il retint l’auditoire sous son charme, faisant preuve d’une mémoire étonnante. Ce fut la dernière fois qu’il redit en public les paroles de la belle Dame. Puis, il redescendit à Corps, dans sa pauvre maison natale, pour se préparer à la mort avec la piété de l’enfant qu’il était toujours resté. De pieuses femmes, sœur Sainte-Thècle et Madame Jourdain, étaient à ses côtés.

Le lundi 1er mars 1875, il sentit sa fin approcher et demanda les derniers sacrements. Il répondit avec piété aux prières des mourants et reçut la sainte communion. Il eut de la peine à avaler l’hostie et demanda de l’eau de La Salette. On lui en donna quelques gouttes, puis, doucement, il s’éteignit. Le Père missionnaire de La Salette qui l’assista jusqu’à ce dernier moment, déclara  : «  Je voudrais bien être à sa place.  »

Son testament était ainsi conçu  :

«  Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

«  Je crois à tout ce qu’enseigne la sainte Église apostolique et romaine, à tous les dogmes qu’a définis N.S.P. le Pape, l’auguste et infaillible Pie IX.

«  Je crois fermement, même au prix de mon sang, à la célèbre apparition de la Très Sainte Vierge sur la sainte montagne de La Salette, le 19 septembre 1846, apparition que j’ai défendue par paroles, par écrits et par souffrances.

«  Après ma mort, que personne ne vienne assurer ou dire qu’il m’a entendu me démentir sur le grand événement de La Salette  ; car en mentant à l’univers, il se mentirait à lui-même.

«  Dans ces sentiments, je donne mon cœur à Notre-Dame de La Salette.  »

FIGURE D’ADAM RACHETÉ

Nous avons voulu raconter tout au long cette pauvre vie, errante et malheureuse, semée de contradictions et d’échecs, d’épines et de ronces, si méconnue et méprisée, de son temps comme du nôtre, et même éclipsée chez la plupart des dévots actuels de La Salette au profit de celle de Mélanie, beaucoup plus reluisante, du moins en apparence, parce qu’elle nous paraît figurative  : Maximin, fils et figure d’Adam mais racheté, portant sa croix, tenté de choir à nouveau, mais victorieux de la tentation par sa foi humble et priante. Notre-Dame avait sans doute ses raisons en choisissant au pâturage, derrière son troupeau, ce petit berger ignorant, étourdi, au cœur pur et simple comme une fontaine des montagnes. Il a vécu et il est mort comme il était né, en pauvre, sans retirer aucun bénéfice de sa mission qu’il a pourtant accomplie avec une fidélité admirable jusqu’à sa mort dans les bras de l’Église et de la Vierge Marie, sa Belle Dame Réconciliatrice  !

Au fond, sa force intime, son espérance invincible lui venait de son Secret, inviolé, qui brillait en son cœur comme une lampe ardente dans la nuit. Peut-on raisonnablement en conclusion faire quelques conjectures sur son contenu  ? demande son biographe, le Père Parent, cité par Le Hidec, et il répond  :

«  Oui, d’après certains indices. Évidemment, le message du berger ne peut que confirmer celui de la bergère, ou du moins n’y être nullement contraire  ; l’un et l’autre doivent se compléter, à l’exemple des évangiles qui s’accordent en vérité, malgré d’apparentes divergences. De plus, chaque secret doit avoir des prophéties spéciales ou un caractère particulier. Quel serait donc le cachet particulier du secret de Maximin  ? Il annoncerait principalement le triomphe de l’Église et surtout il désignerait le sauveur politique, visé par tant de prophéties sous le nom populaire de Grand Monarque.  » (…)

«  Quant au triomphe de l’Église, il est indiqué, je crois, par l’empressement du petit berger des Alpes à placer sa croix de bois au lieu dit “ l’Assomption de Marie ”, où Marie remonta au ciel, triomphante, en regardant Rome. Pie IX a été, plus que ses deux successeurs, le pape éprouvé, crucifié, selon la devise si juste de Malachie concernant les papes,crux de Cruce; cependant, on a remarqué que généralement la sérénité brillait sur son front, et plusieurs fois, il a prononcé des paroles solennelles de confiance en un avenir meilleur, que nous n’avons pas encore vu, hélas  ! Or, on attribue le calme surprenant de ce pieux pontife à sa connaissance de ces deux secrets de La Salette. En 1869, Maximin a écrit à son bienfaiteur espagnol, le comte de Penalver, ces remarquables paroles  : «  Je ne me lasse pas de prier pour Pie IX qui est le plus grand homme que nous possédions de nos jours. Il aime beaucoup N.-D. de La Salette qui le soutient dans ses peines et l’assiste dans le gouvernement de l’Église. Souvent il fait allusion aux moindres paroles publiques et secrètes de la Belle Dame. Je ne dis pas cela au préjudice de mon secret que j’ai confié au Pape seul et je n’en dévoile rien quand il m’échappe de parler comme tout le monde, le moment venu, de quelques-uns des événements qui m’ont été prédits.  »

Maximin, Pie IX  : entre le petit berger de Corps et le plus grand pape de son siècle, élu en 1846, l’année de l’Apparition  ! quel rapprochement instructif  ! Ne sont-ils pas tous les deux à leur manière une figure de la fidélité de l’Église catholique au milieu des plus dures épreuves, attendant la réalisation certaine des promesses de leur Seigneur adoré et de sa Mère chérie  !

Extraits de la CRC n° 324, juillet-août 1996, p. 13-17

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