La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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NOTRE-DAME DE LA SALETTE

La vie de Mélanie,
voyante de La Salette

LA complexité de la longue vie de Mélanie vient, entre autres, des jugements contradictoires qu’elle éveilla chez les ecclésiastiques, dont il faut bien penser que les uns furent abusés et les autres perspicaces  : le jugement définitif de l’Église a opéré le discernement.

Il importe tout d’abord de relever, de sa vie, des événements clefs où son action propre nous semble déterminante  : il en va du crédit que nous devons accorder aux écrits qu’elle fit paraître, de son propre chef.

LES DÉSOBÉISSANCES DE MÉLANIE

Corenc. Le premier accroc. 1850-1853 (première désobéissance).

Dès 1846, quelques semaines après l’apparition, Mgr de Bruillard avait fait admettre Mélanie et Maximin à l’école que les Sœurs de la Providence dirigeaient à Corps. Ils y restèrent quatre ans.

Mélanie, en 1846

Mélanie, en 1846

Le 10 octobre 1850, Mélanie entre comme postulante au couvent des sœurs du même ordre, à Corenc. Elle prend l’habit en 1851 sous le nom de sœur Marie de la Croix, y fait l’édification de sa communauté, mais elle lit avec passion des écrits mystiques, des révélations plus ou moins authentiques  ;mais elle vit dans une atmosphère d’onctueuse admiration  : les visiteurs affluent, prêtres et laïcs boivent ses paroles et recueillent ses propos pour les divulguer  ;mais sa maîtresse des novices, subjuguée, l’exalte et provoque des confidences alors qu’elle avait mission de la tenir dans l’ombre.

Enfin, pendant un an, deux ans, Mélanie subit des attaques spectaculaires du démon. (…)

Bref, quand vient le temps de prononcer ses vœux, Mgr Ginoulhiac, qui a succédé à Mgr de Bruillard, juge préférable de les ajourner, «  (…)afin de la former efficacement à la pratique de l’humilité et de la simplicité chrétiennes, qui sont le préservatif nécessaire et le plus sûr contre les illusions de la vie intérieure.  »

Toutes les intentions, – malveillantes –, que les mélanistes attribuent à l’évêque ne changent rien à ce fait que Mélanie n’accepte pas l’année de probation demandée, si bien que, quand un prélat anglais, Mgr Newsham, évêque de Darlington, sollicite de l’évêque de Grenoble la permission de l’emmener avec lui, pour le bien du catholicisme anglais, celui-ci accepte avec soulagement  ! Mélanie aussi.

Darlington. Deuxième accroc. 1854 -1860 (deuxième désobéissance).

Elle déçoit vite l’attente du prélat qui bientôt se désintéresse d’elle, et nous la retrouvons au carmel de Darlington. Les versions de son entrée divergent. Mais les carmélites consignent qu’elle fut recueillie et, introduite dans la clôture pour s’y faire soigner, elle y manifesta le désir de rester et reçut, avec beaucoup – trop  ! – de pompe, l’habit, le 23 février 1855. Cependant, objectant la “ mission ” dont l’aurait chargée la Vierge, Mélanie ne veut pas faire profession, puis s’y résout – sous contrainte des supérieurs, dit-elle – mais, en son for interne, ne prononce pas le vœu de clôture.

Quand elle veut sortir et qu’on essaye de l’en retenir, elle jette des lettres par-dessus le mur de clôture pour faire savoir qu’on la séquestre. Désireux d’éviter tout scandale, Mgr Hogarth la fait raccompagner à Marseille. (…)

Marseille. Troisième accroc. 1860 -1867 (troisième désobéissance).

Recueillie par des amis qui la confient à la direction d’un jésuite, le Père Calage, qui a pitié d’elle, et la fait relever de ses vœux non solennels, elle est accueillie comme pensionnaire à la maison-mère de la Compassion, sous le nom de sœur Zénaïde. Là, elle veut adopter un habit indiqué par la Madone, dit-elle, mais doit obéir au fondateur de l’ordre qui lui enjoint de porter celui de ses filles. Après des missions diverses au sein de l’ordre, après un essai infructueux au carmel de Marseille, elle est admise à prononcer les vœux de l’ordre de la Compassion, à condition de ne pas révéler son identité à l’extérieur.

Elle y contrevient. Le supérieur, la traitant de sorcière et traîtresse, lui impose de quitter la congrégation, l’habit et… Marseille  !

Castellamare (Italie). Quatrième accroc. 1867 -1885
(quatrième désobéissance).

Un prélat italien, Mgr Petagna, évêque de Castellamare, (…) s’intéresse à elle, l’installe au palais Ruffo avec une sœur de la Compassion. Elle tente de fonder l’Ordre des fils de la Mère de Dieu, en marge de la fondation régulière, en 1852, des Missionnaires de La Salette, selon la règle qu’elle affirme avoir reçue de la Vierge en 1846.

Convoquée à Rome, en 1879, accusée par Mgr Fava, évêque de Grenoble, soutenue, affirme-t-elle, par Léon XIII, Mélanie repart, sans avoir finalement obtenu gain de cause, mais après avoir rédigé une nouvelle version du fameux Secret. À son retour en Italie après un long voyage, son protecteur est mort, la communauté dispersée.

Retour en France. Le procès de Chalon-sur-Saône. 1885 -1892
(cinquième désobéissance).

Poursuivant son rêve de fondation en France, forte d’un legs de l’abbé Ronjon et de l’appui du chanoine de Brandt, elle déploie une activité fébrile et sans fruit. Elle va se trouver prise dans un procès contre l’évêque de Chalon qui conteste la validité de l’héritage Ronjon.

Ce procès à multiples rebondissements, qu’elle perdra, dure jusqu’en 1895. Elle y montre un acharnement dégradant. (…)

Vagabondage. 1892 -1904. L’abbé Combe.

De retour en Italie, puis à Messine et Moncalieri, en 1899, Mélanie, sur les instances d’un abbé Combe qui s’est entiché d’elle, revient en France, déménageant à trois reprises. Les relations orageuses avec ce curé la font fuir à nouveau en Italie, en 1904. En se quittant, chacun se dit ses vérités. Lui, qu’il est maintenant persuadé qu’elle est sujette à l’illusion et qu’elle ne voit pas «  tout en Dieu  ». Elle, que son ex-confesseur et protecteur a voulu lui arracher tous ses secrets, a manqué d’intelligence et d’humilité en voulant interpréter à sa façon le plan de Dieu sur elle. Le 15 décembre 1904, on la découvre morte dans sa maison à Altamura. Quelle vie  ! Quelle fin  !

Mais reprenons maintenant ses écrits, en trois parties  :

L’Autobiographie, publiée en 1900, qui nous transporte dans les quatorze premières années de sa vie, délivrant sonÉvangile de l’Enfance.

La règle de la Mère de Dieu, telle qu’elle fut remise, le 5 janvier 1879, au pape Léon XIII, qui correspondrait à ses Actes des Apôtres (ceux des “ Derniers Temps ”, selon son appellation);

Le Secret de La Salette, version 1879, avec imprimatur de l’évêque de Lecce (Italie), qui serait son Apocalypse.

I. L’ÉVANGILE DE L’ENFANCE

Son passage à Corenc, où elle fut adulée, marque un tournant évident dans sa vie. Sollicitée de raconter toujours plus l’Apparition et sa vie antérieure, plongée dans toutes sortes d’écrits mystiques, déjà dégrossie par ses quatre années d’instruction à Corps, elle commença àse raconter. Avec le travail du temps et de l’imagination, cela donnera l’Autobiographie en 1900, qui reprend un premier manuscrit datant de 1852. La dérive est parfaitement datée. (…)

Toutes les introductions de l’Autobiographie avouent ou accusent – selon leur jugement final – l’exceptionnelle étrangeté, soit humaine, soit surnaturelle, du récit. Chez les “ mélanistes ”, (…) toute objection est repoussée par ces deux arguments jugés irréfutables  :

1° Dieu tout-puissant fait tout ce qu’il veut  : notre raison humaine n’a qu’à s’incliner.

2° La Vierge Marie n’aurait pu choisir une voyante dont elle aurait su qu’elle divaguerait.

Tout ce qu’écrit Mélanie est donc vrai, à la lettre. C’est ce que nous contestons, preuves à l’appui.

SUR UN FOND DE PERSÉCUTION…

Il est rare de trouver une enfant aussi malheureuse, victime, depuis l’âge de cinq, six mois, de véritables sévices de la part de sa mère  : battue, jetée à terre, expulsée de la maison à l’âge de deux, trois ans, errant dans la forêt, réintégrée sans explication à la maison, repoussée dans ses manifestations de tendresse, séparée méchamment de son père compatissant, placée tour à tour chez des maîtres le plus souvent méchants, pervers, où elle subit mille vexations, affamée, malade, abandonnée, bref une de ces enfants martyrs dont on réclame la déchéance et l’emprisonnement des parents.

D’autant que cette pauvre enfant n’oppose à ses persécuteurs que résignation, douceur, patience, oubli et pardon des injures, dévouement et courage dans le travail, qui arrachent des cris d’admiration pour cette «  victime sainte et sans tache  ».

Seulement, trop, c’est trop  ! Bien que fort éclairante, l’étude précise du “ montage ” de ces situations, toutes d’injustice, pour mettre en valeur la réaction exemplaire de la victime, nous entraînerait trop loin. Nous nous contenterons d’opposer deux témoignages extérieurs, à ce flot d’écriture.

Le premier abat la statue de la sainte  ; c’est le témoignage de son dernier patron, Jean-Baptiste Pra, dont le curé attesta qu’il était «  digne de foi et bon catholique  »  : il rapporte que Mélanie, avant l’apparition de 1846, était «  boudeuse, paresseuse et désobéissante  », parfois insolente, «  au point de ne vouloir pas quelquefois répondre à ceux qui lui adressaient la parole  », insouciante et souvent enfermée dans ses rêveries (Bassette, p. 101).

Le second vient des mélanistes eux-mêmes qui se sont étonnés, comme nous-mêmes, que, durant quatorze ans, personne ne se soit élevé contre les parents bourreaux. Ils ont fait leur enquête et leurs aveux nous sont précieux, puisqu’ils nous révèlent que «  les parents étaient pauvres, mais honorablement connus [!]. Personne, dans le petit bourg de Corps n’aurait imaginé que Madame Calvat (dix enfants) fût capable d’infliger à sa fille, à peine âgée de deux ou trois ans, des sévices indignes d’une mère et cela, sous prétexte que les goûts de Mélanie ne s’accordaient pas avec les siens.

«  Nous ignorerions nous aussi ces faits peu édifiants si, cédant aux instances de ses confesseurs, Mélanie ne nous en avait fait le récit. Et peut-être nous resterait-il quelques doutes [ah ! quand même !]sur leur authenticité si les parents n’avaient, au dire des religieuses de Corenc [!]reconnu que le récit de leur fille était vrai.  » (in Hyacinthe Guilhot, La vraie Mélanie de La Salette, p. 347)

Mais Bassette précise que les religieuses de Corenc ne sont pas fiables  ! La cause est entendue  : Mélanie Calvat, d’une famille pauvre de dix enfants, ne fut pas une enfant martyre édifiant son entourage par sa sainteté. Elle l’a inventé par la suite. Premier point acquis.

UNE ENFANCE SUPER-PRÉDESTINÉE

La concentration des grâces mystiques dont elle dit avoir été bénéficiaire est tout à fait singulière. La première de ces grâces est saisissante. Elle surprend quand on sait qu’elle l’a reçue, chassée par sa mère dans les bois, à l’âge de deux ou trois ans  : une rencontre avec celui qu’elle appellera son Frère jusqu’à l’âge de vingt ans. Irrésistiblement, ce récit fait penser à celui d’Anne de Saint-Barthélemy, carmélite espagnole (1548-1626), dont l’enfance fut favorisée de très réelles et singulières grâces mystiques.

Nous trouvons dans l’Autobiographie de l’une et l’autre des situations presque semblables  : Anne est orpheline, consolée par l’Enfant-Jésus. (…) Mélanie est dotée de parents, travestis en bourreaux, consolée par… un petit Frère. (…) Mais le démarquage d’Anne par Mélanie s’accompagne toujours de surenchère et d’irréalisme, signes du plagiat.

La présence habituelle de Jésus auprès de Mélanie n’est que le prélude aux ravissements, extases, colloques avec les Personnes divines, théophanies, rencontres avec la Vierge, voyage en Paradis et stigmates, entre un et six ans s’il vous plaît  ! suivis de visite au Purgatoire, de charismes auprès d’animaux (la forêt est son lieu privilégié), de miracles renouvelés sur elle et sur autrui, avec le mariage spirituel à treize ans  !

Trop, c’est trop  ! surtout lorsqu’on reconnaît immanquablement le pastiche de la Bible  : du passage de la mer Rouge (ici un torrent), du prophète Élie nourri miraculeusement (I Rois 19, 1-8), du corbeau messager divin (ibid. 17, 2-6), du Cantique des cantiques, de François d’Assise pour les animaux, de saint Jean Bosco pour le chien protecteur, de sainte Marguerite-Marie pour la brûlure dans la poitrine, de sainte Mechtilde et d’Anne de Saint-Barthélemy pour les voyages en Purgatoire  !

Mais la ferveur, ou l’aveuglement délibéré, des mélanistes sont tels que la surenchère, qui touche au bouffon, ne les attendrit que davantage  ! À désespérer du bon sens humain  ! Tenez, lisez la leçon de catéchisme aux animaux (…), c’est grotesque, et parfaitement ridicule. L’imitation du Poverello d’Assise est évidente, au moins dans l’esprit de Mélanie. Et donc la cause est entendue  : elle invente en plagiant. Deuxième point acquis.

EN RUPTURE AVEC L’APPARITION DE 1846

Plus sérieusement, nous voudrions que les mélanistes nous expliquent un seul point  : cette enfant parvenue aux plus hauts sommets de la vie mystique, soit  ! plongée continuellement dans des oraisons ou colloques intimes avec tous les êtres célestes depuis quatorze ans, quinze même, cette lyrique et délicate, exquise jeune fille au cœur tendre, à l’expression si raffinée, comment l’accordent-ils avec la Mélanie de 1846, rustre, peu aimable, ignare, presque sans aucune connaissance de la religion, atteste son curé, et dont la mémoire ingrate ne pouvait retenir deux lignes de catéchisme  ? Avec la Mélanie de 1846 qui ne reconnaît pas cette Dame qui pleure  ? (…)

Et avec la Mélanie de 1846 qui n’est plus seule comme dans toutes ses autres “ apparitions ”, mais avec un méchant bougre, Maximin plus rustre et revêche qu’elle, et que, comble de malheur, la belle Dame, qui n’a pas lu l’Autobiographie  ! confond avec elle, au point de leur parler à tous les deux un langage d’un prosaïsme étrange, – des patates et de la viande de boucherie  ! du blé gâté  ! – au point de leur poser une question bien étrange pour nous qui avons lu l’Autobiographie  :

«  Faites-vous bien votre prière, mes petits  ?

Pas guère, Madame (  !).  »

Il faut bien la faire, mes petits, soir et matin  ; quand même vous ne pourrez pas faire plus, dire seulement un Pater, un Ave, et quand vous aurez le temps, en dire plus.  »

La Mélanie de 1846, oubliant que celle de l’Autobiographiequi s’est dénommée «  la Louve muette  », garde ses secrets cachés, raconte le soir même l’Apparition comme l’événement de sa vie  ! Et la belle Dame de 1846 s’oublie en usant du français et du patois  : c’est bien la première fois depuis quatorze ans  !

La Mélanie de 1900 se rend-elle compte, elle  ! des discordances si criantes  ? On peut le croire à comparer la version de 1846, consignée en 1847, à celle de 1879  : le pauvre Maximin, si peu flatté, y est gommé au maximum  ; Mélanie a fait de gros progrès en style, et en… autisme  : c’est le dialogue de son “ petit cœur ” avec la belle Dame. Encore quelques années et elle possédera ce style onctueux, envoûtant pour les uns, crispant pour les autres, en tous cas enveloppant, étouffant, en un mot de mythomane charismatique. (…)

LA TENTATION D’ÈVE

Que conclure de cetÉvangile de l’Enfance  ? de ces rêveries  ? Qu’elles représentent, dans notre interprétation, la tentation d’Ève. (…) Mélanie, elle, qui est fortement assaillie par le démon à Corenc, démon qui lui fait faire mille excentricités, s’y abandonne. (…) Cédant à la mythomanie, elle méprise Maximin qui lui, résiste à toute illusion. Entourée, flattée, écoutée, elle sait les secrets de Dieu et passera (…) à l’illusion des plus hautes grâces mystiques. À Darlington, de nouveau, elle connaîtra les assauts démoniaques, auxquels elle échappera par l’illusion des stigmates. C’est une constante  : elle gonfle ses illusions mystiques à mesure des contradictions rencontrées. (…)

Autre point de réflexion  : le pèlerinage de La Salette se développe et l’Église poursuit sa marche droite. Or, Mélanie ne s’en occupe pas, pas plus que de la déclaration de l’Immaculée Conception en 1854, de l’apparition de Lourdes en 1858, combien plus brillante et nouvelle que celle de La Salette  !

Dans le Secret qu’elle prête à la Vierge, en 1879, il n’y a pas une seule allusion à ces gloires de la Vierge  ! Pire  : elle tente d’occulter Lourdes en inventant que son Secret à elle, Mélanie, devait être publié… en 1858  ! Plus tard, elle confiera à l’abbé Combe que, s’il n’avait pas été mis obstacle à sa mission, tous les miracles de Lourdes se seraient faits à La Salette.

On trouve la même chose dans la vie de sainte Catherine Labouré  ; il est probable que Mélanie, faisant ses confidences pleines d’amertume bien des années après la mort de la voyante de la rue du Bac (1876), en a eu connaissance… Sainte Catherine disait en effet, à propos des miracles qui se produisaient à Lourdes  : «  Dire que ces miracles pourraient avoir lieu dans notre chapelle  !  » Mais juste avant 1858, elle avait griffonné sur un morceau de papier, retrouvé dans ses affaires  : «  Ma bonne Mère, ici on ne veut pas faire ce que vous voulez, manifestez-vous ailleurs  !  » et, apprenant les apparitions de Lourdes, elle s’était écriée  : «  C’est la même  !  »

Pourvu que la Vierge Immaculée soit davantage connue, aimée, invoquée, le reste importe peu pour une vraie sainte, une vraie catholique  ! Car il est évident que Lourdes n’était pas la contradiction de La Salette, mais son accomplissement.

Mélanie ne le comprend pas, ne le veut pas, et s’isole dans ses imaginations, en attendant l’heure propice de sa révélation au monde…

II. LA LOI NOUVELLE  : L’ORDRE DES DERNIERS TEMPS

L’Événement de 1846 devait la faire passer, selon sa version ultérieure des faits, de sa vie privée, cachée, à sa vie publique. Sans rire ni s’étonner, les pieux mélanistes résument et citent  :

«  Jusqu’à l’apparition du 19 septembre 1846, Mélanie était restée petite pour son âge et le petit Frère, qui venait fréquemment la voir, était toujours de la même taille qu’elle. Après l’entrée de Mélanie chez les religieuses de Corenc (encore elles  ! toujours elles  !), il n’en fut plus de même. Mélanie se mit à grandir assez rapidement, tandis que la taille du petit Frère diminuait (Non  ! vous dis-je  ! Ils ne riront pas  !). Elle s’en aperçut (  !) et lui en fit la remarque. “ Que c’est drôle  ! Je grandis et vous diminuez.

Il faut que ce soit comme cela ”, répondit-il.  » (Guilhot, p. 467) Que Jésus diminue et que Mélanie grandisse  ?  !

Et de fait, la version du Secret de 1879, au prix d’un nouveau pastiche, lui octroyait une mission nouvelle et extraordinaire  : promouvoir la fondation de l’ordre des Fils et Filles de la Mère de Dieu, appelés aussi les Apôtres des Derniers Temps, selon la règle sortie de la bouche même de la Vierge. (…)

L’AFFABULATION

Reprenons maintenant notre chronologie. À la suite de la reconnaissance du fait de La Salette en 1851, l’évêque de Grenoble annonça, le 1er mai 1852, à la population de son diocèse, la prochaine érection, sur la montagne de La Salette, d’une basilique «  digne de la Reine du Ciel et de la piété reconnaissante du diocèse  », ainsi que la création, à Grenoble, d’un corps de missionnaires diocésains chargés de résider sur la montagne pendant la saison des pèlerinages, et d’évangéliser pendant l’hiver les différentes paroisses du diocèse. Le 25 mai 1852, avait lieu, en présence de milliers de pèlerins, la pose de la première pierre de la basilique par l’évêque de Grenoble. Une grande œuvre commençait, d’Église.

Mais, à Corenc, Mélanie commença, elle aussi, à parler d’un statut à donner aux Missionnaires de La Salette, proposant que soit adoptée la règle qu’elle assurait avoir reçue directement de la Vierge  ; elle en écrivit même une ébauche. Mgr Ginoulhiac, qui se méfiait d’elle et venait de l’ajourner de ses vœux, se fâcha. (…)

Nous sommes en 1853. Avant de poursuivre cette histoire pénible, qui ne s’achèvera qu’avec la mort de Mélanie en 1904, qu’on nous permette une réflexion, et même deux  :

1° La Vierge Marie avait, de fait, donné une mission aux enfants, concernant les châtiments matériels qui s’abattraient sur les hommes s’ils ne se convertissaient pas. «  Eh bien  ! mes enfants, leur dit-elle à deux reprises, vous le ferez passer à tout mon peuple.  »

Cette mission, les enfants l’ont accomplie et l’Église les a relayés. Jusqu’en 1851, il ne fut jamais question d’autre chose, si ce n’est du Secret, mais quand Pie IX en prit connaissance, il ne releva rien qui concernât un Ordre et une Règle prétendument inspirés à appliquer après 1858  !

2° Plus troublante est la date qu’aurait fixée la Vierge  :1858. Mais si elle a vraiment précisé à Mélanie (et non à Maximin) que le Secret, qui incluait la Règle, pourrait être révélé à cette date, pourquoi Mélanie ne l’a-t-elle pas dit plus tôt  ? N’était-ce pas le bon moyen d’écarter les curieux  ? Sœur Lucie de Fatima, elle, a su garder le silence sur son Secret, sans en être inquiétée, précisant qu’à partir de 1960, il serait alors opportun de le divulguer.

Donc, il paraît probable que Mélanie inventa, après coup, après l’Apparition de Lourdes, date et règle… pour qu’on continuât à s’occuper d’elle. Installée à Castellammare, en Italie, sous la protection de Mgr Petagna, elle n’en poursuivit pas moins son rêve. (…)

LES ESSAIS DE FONDATION

Dans le même temps, son aumônier, le Père Fusco, qui s’était adjoint deux ou trois prêtres, mettait en pratique cette règle, et Mélanie leur céda le premier étage du palais Ruffo. D’autres prêtres de passage à Castellammare prirent cette initiative en considération, parmi lesquels le chanoine de Brandt de l’évêché d’Amiens, dans la «  haute et noble figure  » duquel, comme l’écrit l’abbé Gouin, la voyante entrevit le supérieur idéal de l’ordre dont elle rêvait. Notons que, à la même époque, elle acceptait les sommes d’argent que le Père Giraud, supérieur des Missionnaires de La Salette, lui envoyait, pour compléter les largesses du prélat protecteur italien  !

Au chanoine de Brandt donc, Mélanie, dans une lettre du 23 mars 1877, présenta son projet, l’avertissant qu’en France pourrait s’ouvrir un noviciat du nouvel ordre dans un immeuble qu’un prêtre avait promis de lui donner  !

Il s’agissait de l’abbé Jean Ronjon, de Chalon-sur-Saône. Le 24 août 1878, il lui donna, par un acte notarié, une chapelle fondée par lui à Chalon et ouverte au culte public, ainsi qu’une maison d’habitation annexe, afin de pouvoir y loger les membres de l’ordre qui devait naître par la volonté de la Mère de Dieu, affirmait Mélanie.

Mélanie, revêtue de l'habit de son Ordre, en 1887.

Mélanie, revêtue de l’habit
de son Ordre, en 1887.

Nous sommes en pleine anarchie  ! En 1876, elle a même écrit un ouvrage dont voici le titre  : “ La vue du costume et des œuvres auxquelles seront employés les Fils et les Filles de l’ordre de la Mère de Dieu ”. La vue  ? C’est qu’en effet, aux paroles de la Vierge s’ajoutent des visions  ! (…)

En 1879, elle donna une version publique de cette deuxième partie du Secret. Les trente-trois articles de la règle sont d’une insignifiance et d’un vague à désespérer tout véritable supérieur de fonder sur eux de solides vocations. Il est vrai que c’est Mélanie qui en devait être la supérieure… après qu’elle l’eut formellement nié à Mgr Ginouilhac en 1853.

Mais, dans l’esprit de la voyante devenue fondatrice d’ordre, ces «  Apôtres des derniers temps  » devaient évidemment répondre à l’image qu’en avait donnée saint Louis-Marie Grignion de Montfort dans sa Prière embrasée. (…) Ce que les mélanistes présentent comme l’accomplissement d’une prophétie du saint n’est qu’un vulgaire pastiche composé par une illuminée.

LES TERGIVERSATIONS DE ROME

On comprend, dans ce contexte, l’éclat que fit Mgr Fava, nouvel évêque de Grenoble, venu à Rome en novembre 1878, accompagné d’un Père de La Salette pour demander le couronnement et le titre de basilique pour le sanctuaire, en même temps que pour faire approuver la règle des Missionnaires.

Prévenue de ses intentions, Mélanie avait envoyé son ouvrage à Rome et elle avait su que son dossier avait été bien accueilli. Convoquée à Rome, elle apprit qu’elle pouvait compter sur trois cardinaux mais surtout sur le nouveau pape Léon XIII. C’est du moins ce qu’elle affirme, et nous en sommes réduits à admettre sa version de l’audience pontificale. (…)

Quoi qu’il en soit du crédit que l’on peut prêter au récit de Mélanie, le siège de Mgr Fava, convaincu du déséquilibre mental de Mélanie, était fait, et sa réaction exprime le fond de sa pensée  :

«  J’accepterai la règle de Mélanie seulement lorsque l’Église m’aura prouvé qu’elle vient réellement de la Sainte Vierge.  »

Et celle de Mgr Bianchi, secrétaire du cardinal Ferrieri  :

«  Éminence, est-ce un belle chose de créer des contre-autels  ? Le contre-autel, c’est Mélanie qui le crée, en fondant sans autorisation de l’Église, les Fils de la Mère de Dieu dans son palais de Castellammare, pendant que les Missionnaires de La Salette œuvrent déjà sur la sainte Montagne. Cela fait du mal, beaucoup de mal. Il ne faudrait pas le permettre.  »

Devant une opposition si conforme au droit et au bon sens, à la discipline de l’Église, Léon XIII céda, mais sans donner tort à Mélanie, du moins le prétend-elle, la laissant moralement victorieuse, et persuadée qu’elle était, une nouvelle fois, victime de persécutions. Infiniment plus prudent et respectueux des lois, Pie IX avait soutenu l’autorité compétente, en laissant agir l’ordinaire du lieu, en l’occurrence l’évêque de Grenoble.

Mélanie, forte de l’appui du nouveau Pape, n’en poursuivit que plus ardemment ses intrigues, trouvant toujours, il faut le dire, des niais ou des êtres bizarres autour d’elle pour l’encourager, la flatter, lui fournir l’argent nécessaire à ses multiples voyages. Elle écrivait, elle dirigeait les prêtres, sans scrupule de mentir. À l’un d’eux, elle conseillait de ne pas mentionner à son évêque l’ordre nouveau, car «  dans cette affaire, il faut avoir plus de ruse que le démon, il faut employer tous les moyens possibles  ». Elle relançait inlassablement ses correspondants, (…) mais toutes ses tentatives échouèrent.

VRAIE OU FAUSSE LOI  ?

Que conclure de ces développements selon lesquels habit, ordre, règle, devinrent avec le temps et l’imagination de Mélanie le fait de la Sainte Vierge  ? À l’encontre de la hiérarchie  ? Une telle femme serait la législatrice de la Vierge  ? Elle se montrait bien plutôt la figure d’Ève poursuivant sa révolte originelle  ; du peuple juif, constamment rebelle à Yahweh et à Moïse, puis rejetant son Messie, Jésus-Christ  ; de la France du dix-neuvième siècle, orpheline de son Roi, tiraillée en tous sens et finalement rebelle aux avertissements de la Vierge de La Salette et de Notre-Dame de Lourdes  ; figure enfin du vingtième siècle apostat en son Église conciliaire, se détournant de la religion de Jésus-Christ pour en fonder une autre de son goût, «  l’œil fixé sur une chimère  » (saint Pie X).

Les catastrophes sont venues. Et elles viennent.

C’est l’histoire de la vie de Mélanie qui a toujours cru pouvoir réaliser son rêve, d’une maison à l’autre, avec un prêtre puis avec un autre. Mais ses projets sont tous partis en fumée et se sont terminés d’une manière plus ou moins scandaleuse. Et on la trouva morte un matin, étendue sur le sol de sa chambre, vêtue de son habit noir, seule. Affreux  !

Était-ce là le terme de son Apocalypse  ?

III. L’APOCALYPSE DE MÉLANIE

C’est le dernier avatar des révélations, qui a soulevé des tempêtes de contradictions et des flots d’enthousiasme. L’événement important qui permet le passage d’une étape à l’autre, c’est la mort de Pie IX (1878) et l’avènement de Léon XIII  : après le Pape de la fidélité, le Pape de l’infidélité.

C’est l’oracle de Mélanie  : il fallait bien qu’elle ait tout du Nouveau Testament, et soit ainsi figure de l’Église qui s’invente une nouvelle mystique, une nouvelle règle religieuse, une nouvelle Apocalypse.

Le grand Secret stigmatise un clergé infidèle à ses devoirs religieux et possédé par l’amour de l’argent, le goût des honneurs et des plaisirs. Sur un ton de prophète d’Ancien Testament, chargé d’exprimer la violente colère de Yahweh.

Voici les phrases clefs de cette lave incandescente qui doit recouvrir l’humanité rebelle  :

1. Contre les prêtres. «  Les prêtres sont devenus des cloaques d’impuretés. Malheur aux prêtres et aux personnes consacrées à Dieu… [leurs] péchés appellent la vengeance… il n’y a plus d’âmes généreuses, il n’y a plus personne digne d’offrir la Victime sans tache à l’Éternel en faveur du monde. Dieu va frapper d’une manière sans exemple… pendant plus de trente-cinq ans.  »

2. Contre les rois. «  On doit s’attendre à être gouverné par une verge de fer et à boire le calice de la colère de Dieu.  »

3. Conseil au Pape. «  Que Pie IX ne sorte plus de Rome après 1859. Qu’il se méfie de Napoléon  : son cœur est double.  »

4. Oracle sur l’Italie. «  L’Italie sera punie de son ambition… Le nombre des prêtres et des religieux qui se sépareront de la vraie religion sera grand  ; parmi ces personnes, il se trouvera même des évêques.  »

5. Une date. «  En l’année 1864, Lucifer avec un grand nombre de démons seront détachés de l’enfer  : ils aboliront la foi peu à peu et même dans les personnes consacrées à Dieu. Malheur aux Princes de l’Église  ! Le Vicaire de mon Fils aura beaucoup à souffrir parce que pour un temps l’Église sera livrée à de grandes persécutions  : ce sera le temps des ténèbres  ; l’Église aura une crise affreuse. On abolira les pouvoirs civils et ecclésiastiques.  »

6. Une nouvelle date. «  Dans l’année 1865, on verra l’abomination dans les lieux saints. La France, l’Italie, l’Espagne et l’Angleterre seront en guerre. Pour un temps, Dieu ne se souviendra plus de la France ni de l’Italie parce que l’Évangile de Jésus-Christ n’est plus connu. Paris sera brûlé et Marseille englouti.  »

7. La fausse paix. «  (Mais) tout le peuple de Dieu demandera mon aide (dit la Vierge) et mon intercession. Alors se fera la paix de Dieu avec les hommes. Cette paix ne sera pas longue  : vingt-cinq ans. Un avant-coureur de l’Antéchrist combattra contre le vrai Christ  : il répandra beaucoup de sang et voudra anéantir le culte de Dieu pour se faire regarder comme un Dieu. La terre sera frappée de toutes sortes de plaies. Avant que ceci arrive, il y aura une espèce de fausse paix dans le monde.  »

8. L’Antéchrist. «  Ce sera pendant ce temps que naîtra l’Antéchrist, d’une religieuse hébraïque, d’une fausse vierge qui aura communication avec le vieux serpent, le maître de l’impiété  ; son père sera évêque. Ce sera le diable incarné, il fera des prodiges  ; il ne se nourrira que d’impuretés.  »

«   Rome perdra la foi
et deviendra le siège de l’Antéchrist.  »

9. Appel aux Apôtres des derniers temps. «  J’adresse un pressant appel à la terre. J’appelle les vrais disciples du Dieu vivant et régnant dans les Cieux… J’appelle les apôtres des derniers temps. Car voici le temps des temps, la fin des fins.

«  Mais voilà Énoch et Élie remplis de l’Esprit de Dieu. Ils condamneront les erreurs diaboliques de l’Antéchrist. Malheur aux habitants de la terre  ! Qui pourra vaincre  ? Dieu se laissera fléchir par le sang, les larmes et les prières des justes  : Énoch et Élie seront mis à mort.

«  Il est temps  ; le soleil s’obscurcit  ; la foi seule vivra. Voici la bête avec ses sujets, se disant le sauveur du monde.  »

10. La victoire. «  Il sera étouffé par le souffle de saint Michel archange. Alors l’eau et le feu purifieront la terre et consumeront toutes les œuvres de l’orgueil des hommes et tout sera renouvelé  : Dieu sera servi et glorifié.  » (Guilhot, p. 285-292)

VRAIE OU FAUSSE PROPHÉTIE  ?

Essayons de voir clair dans ce Secret dont la publication fut le signal d’une lutte ignoble au sein même de l’Église  : coups tordus des uns, fanatisme et malédictions des autres, interprétations de tous, de Léon Bloy  ! au point qu’un jésuite, le Père Poulard, affirma que ce secret était une “ suggestion du démon ”. Nous ne pouvons en retracer les étapes et renvoyons notre lecteur au chapitre VI du livre de Le Hidec.

Venons-en aux faits.

1° C’est tout d’abord le secret originel livré à Pie IX, dont la rédaction, en 1851, est parfaitement attestée dans son détail. (…) De même, la réaction du Saint-Père est bien connue. Jusque-là, Mélanie s’est conduite très sagement. Le secret sous cette forme fut utile au Pape, ainsi qu’il en témoigna plus tard  : «  Il est heureux que nous en ayons été avertis  ; autrement, nous nous serions trouvés dans une impasse, d’où nous n’aurions pu sortir.  »

Cela fait, elle n’avait plus qu’à rentrer dans un monastère, se faire oublier, et c’est ce qu’elle commença par faire.

2° Mais son séjour à Corenc la jette dans l’affabulation. En Angleterre, puis de retour en France, elle se mit à en divulguer des bribes, écrites à la dérobée en 1862-1863 au Père Calage, en désobéissance aux ordres de l’évêque de Marseille, à Mgr Zola en 1869, à l’abbé Bliard en 1870. Les événements tragiques de France (l’invasion prussienne) la retiennent d’en publier l’intégralité, dit-elle. Mais enfin de 1870 à 1875, diverses versions un peu plus explicites chaque fois courent, jusqu’à ce que le 15 novembre 1879, paraisse le “ Récit total de l’apparition de la Très Sainte Vierge sur la montagne de La Salette ”, avec l’imprimatur de Mgr Zola, évêque de Lecce. L’accueil favorable de Léon XIII en assure le lancement, et la générosité d’une donatrice française, le financement. C’est une bombe, vingt ans après Lourdes. En concurrence de Lourdes.

On peut surprendre la dérive de Mélanie lorsqu’elle explique au P. Bliard en 1870, qu’aux paroles de la Vierge s’ajoutèrent des visions  ; pour le grand Secret comme pour la Règle. (…)

C’est fou… Car le cinéma grandit d’année en année jusqu’à la publication sensationnelle de 1879, où ce Secret va être pris en main par des gens de toutes sortes, qui vont y trouver occasion de faire procès à Rome, de vouer à l’enfer cardinaux et évêques, pour régler souvent des comptes personnels. D’ailleurs, sur le modèle de Mélanie.

En effet, celle-ci se livre au délire prophétique, repris de l’Ancien Testament puis de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Elle expectore avec fureur ses détestations personnelles qu’elle nourrit, féroces, contre les nombreux prêtres et prélats qui l’ont rabrouée  ! les mauvais parce qu’ils étaient mauvais, les bons parce que ce Secret les révulsait  ! D’où «  les prêtres sont un cloaque d’iniquité  ».

De même, ses idées politiques sont dictées par ses passions  : Mgr Ginoulhiac était favorable à Napoléon III, il l’a chassée de Corenc, donc elle s’est opposée à Napoléon III  ! qui était “ un être double  ! ” Mais elle ne l’a pas révéléavant que Napoléon soit connu  ! Si elle avait été très intelligente, ou très inspirée, elle aurait pu le dire dès le 2 décembre 1851  !

Elle ment et antidate les oracles dont elle gonfle son Secret. Attention  ! on croit toutes ses dates prophétiques, mais ce sont des prophéties post eventu car la phrase qui l’autorise à publier “ en 1858 ” est ajoutée après coup  ! en 1870 ou 1878. Après Lourdes, afin d’attirer les regards sur elle. (…) Lorsqu’elle prophétise l’avenir, c’est en annonçant, en amoncelant des catastrophes toutes plus épouvantables les unes que les autres. Ce n’est ni catholique ni digne de la Vierge, comme l’ont compris toutes les belles âmes, les saints, saint Pie X, le cardinal de Cabrières qui restèrent absolument calmes dans cette bagarre et opérèrent le discernement des esprits. (…)

Ce jugement définitif fut corroboré quelques mois plus tard par Rome qui publia un décret interdisant aux catholiques de traiter de la question.

Que restait-il du grand Secret  ? Ce qu’en avait lu Pie IX, qui n’était pas révélé et dont on pouvait deviner la teneur par ce que le Pape en laissa échapper, ainsi que par les trois mots qu’en cita Mélanie (infailliblement, souillée et antéchrist)  : de graves crises et de graves châtiments pour les États comme pour l’Église. Mais rien qui concédât à la curiosité malsaine dont se nourrirent les milieux intégristes et anticléricaux, ici curieusement associés  ! C’est la raison pour laquelle, sagement, Rome mit à l’Index un Secret publié dans la désobéissance, et qui n’était qu’une déformation de l’authentique, sans qu’elle veuille elle-même opérer le partage entre vrai et faux secret. Pourquoi  ?

Ajoutons ceci, qui relance le débat  :

Comme le peuple juif demeure avec les Écritures, attendant le Messie, témoin de leur véracité, jusque dans son impiété, ainsi Mélanie devait-elle demeurer jusqu’à sa mort, en 1904, pour témoigner du dehors, dans l’infidélité, de l’Ancien et du Nouveau Testament… et du Secret encore non dévoilé. Mais celui-ci devra bien l’être un jour, peut-être dans un avenir assez proche puisque nous avons de quoi, maintenant, entrer dans l’ère nouvelle, à savoir la nouveauté de l’Immaculée Conception qui doit tout régénérer. En effet, c’est la même qui s’est montrée à La Salette comme Servante, qui maintenant va se révéler Mère Universelle, Médiatrice et Reine, contraignant les hommes d’Église à reconnaître la toute-puissance de son Cœur Immaculé.

Extraits de la CRC n° 324, juillet-août 1996, p. 17-26

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