La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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APOSTOLICAM ACTUOSITATEM
Le peuple fidèle

L’APOSTOLAT DES LAÏCS AU CONCILE

Le Peuple fidèle

Pris entre Lumen Gentium, qui définit la condition nouvelle du laïc dans l’Église, et Gaudium et Spes qui exalte ses tâches dans le monde moderne, le décret Apostolicam actuositatem sur l’Apostolat des Laïcs (AL) est, au dire des experts de la collection Unam Sanctam, le plus dépassé des Actes conciliaires.

«  L’enseignement de Vatican II, constatait l’abbé de Nantes en 1972, est si nouveau que toute l’œuvre de Pie XI relative à l’ A. C. est déclarée périmée, inutilisable. Mais, après sept ans de postconcile, tout a tellement progressé que Vatican II est déjà révolu à son tour  ! Vraiment, quel cirque… Tâchons quand même de décrire ce train qui nous file sous les yeux à si grande allure et d’en deviner la course vers une destination assurément mystérieuse.  »

La première nouveauté, découlant de la définition de l’Église comme Peuple de Dieu, est que le laïc doit être considéré comme un membre à part entière de la communauté où tous sont égaux, et non plus comme un   » fidèle   » soumis à une hiérarchie dominatrice.

«  Les laïcs tiennent de leur union même avec le Christ Chef le devoir et le droit d’être apôtres. Insérés qu’ils sont par le baptême dans le Corps mystique du Christ, fortifiés grâce à la confirmation par la puissance du Saint-Esprit, c’est le Seigneur lui-même qui les députe à l’apostolat. S’ils sont consacrés sacerdoce royal et nation sainte (cf. 1 P 2, 4-10), c’est pour faire de toutes leurs actions des offrandes spirituelles, et pour rendre témoignage au Christ sur toute la terre. Les sacrements et surtout la sainte Eucharistie leur communiquent, et nourrissent en eux, cette charité qui est comme l’âme de tout apostolat.  » (AL, n° 3)

Tous prophètes, prêtres et rois  ! Tous sujets actifs et responsables  ! Responsables de qui, de quoi  ? De tous et de tout… Nous voilà jetés en plein illuminisme, et en démocratie directe. «  Le maître mot de cette promotion du laïcat ne sera plus “ participation ” mais “ coopération ” des laïcs à l’apostolat de la hiérarchie, ou mieux à la mission de l’Église. Envoyés directement et guidés immédiatement par Dieu, ils prétendront travailler avec et non plus sous leurs prêtres  !  » (CRC n° 55, p. 6)

Et le champ d’action, d’apostolat plutôt, qui leur est propre, c’est le service du monde pour sa réussite humaine intégrale  : «  L’œuvre de rédemption du Christ, dit le Concile, qui concerne essentiellement le salut des hommes, embrasse aussi le renouvellement de tout l’ordre temporel. La mission de l’Église, par conséquent, n’est pas seulement d’apporter aux hommes le message du Christ et sa grâce, mais aussi de pénétrer et de parfaire par l’esprit évangélique l’ordre temporel.

Les fidèles laïcs accomplissant cette mission de l’Église exercent donc leur apostolat aussi bien dans l’Église que dans le monde, dans l’ordre spirituel que dans l’ordre temporel. Bien que ces ordres soient distincts, ils sont liés dans l’unique dessein divin  ; aussi Dieu lui-même veut-il, dans le Christ, réassumer le monde tout entier, pour en faire une nouvelle créature en commençant dès cette terre et en lui donnant sa plénitude au dernier jour.  » (AL, n° 5)

Deux interprétations de ce texte sont possibles. Les conservateurs comprendront  : «  Évangélisez, restaurez tout dans le Christ, et le reste, le progrès des peuples, vous sera donné par surcroît.  » Les progressistes, plus fidèles à la dynamique du Concile, diront  : «  Construisez le monde et réussissez-le, vous en ferez ensuite hommage à Dieu  !  » Le numéro 7 leur donne raison  :

«  Tel est le dessein de Dieu sur le monde  : que les hommes, d’un commun accord, construisent l’ordre des réalités temporelles et le rendent sans cesse plus parfait… L’évolution et le progrès de tout ce qui compose l’ordre temporel n’ont pas seulement valeur de moyen par rapport à la fin dernière de l’homme. Ils possèdent une valeur propre, mise en eux par Dieu lui-même.  »

Il ne s’agit plus d’être fidèle à la loi de Dieu dans le monde, mais d’être fidèle à la loi du Monde pour le faire réussir. Voilà bien le messianisme progressiste dénoncé par l’abbé de Nantes dès avant le Concile, dans son double mouvement de naturalisation du surnaturel et de surnaturalisation du naturel.

«  On ne s’étonne plus que le Concile ait été le signal d’une laïcisation effrénée de l’Église  ; sécularisation du clergé, dépérissement du culte et des œuvres, crise même de l’A.C., un mot résume tout  :apostasie. La transposition de la religion en humanisme politique, la transfiguration de l’œuvre terrestre en salut évangélique et en culte eucharistique marquent la contamination ultime de l’Église par l’orgueil prométhéen de l’homme moderne. Sans succès de propagande d’ailleurs, car l’homme n’a aucun besoin de l’Église pour nourrir son vieux rêve de se faire Dieu… Mais les conséquences négatives de cette apostasie immanente sont désastreuses  : la religion vidée de sa substance propre, les prêtres dépouillés de leur dignité et de leur pouvoir sacré, tandis que les laïcs se voient reconnues une liberté royale, une dignité sacerdotale et une lumière prophétique pour mener leur action politique comme une oblation sublime à Dieu.  » (CRC n° 55, p. 7)

Il est temps de nous détourner de cette suffisance mortifère et de retrouver l’esprit humble et conquérant de l’Action catholique chère à saint Pie X, illustrée par tant de figures de notre douce et sainte France.

RÉHABILITER LES ŒUVRES SAINTES DU PEUPLE FIDÈLE

Vatican III refera l’unité de l’Église en remettant chacun à sa juste place, dans le Christ total qui est, lui seul, Prophète, Prêtre et Roi. Ce ne sera pas un “ retour au cléricalisme ”, explique l’abbé de Nantes, «  parce que l’œuvre sacerdotale et monastique se prolonge et s’épanouit dans l’œuvre religieuse et ecclésiale de tout le peuple fidèle. L’emprise de la hiérarchie sacerdotale et l’influence des ordres religieux ne se font pas au détriment de la dignité et de l’activité des fidèles, au contraire elles les suscitent, les nourrissent, les ordonnent et en assurent l’immense fécondité.  » (CRC n° 55, p. 8)

En deux pages enthousiasmantes, notre Père trace le programme d’une Action catholique pour la résurrection de l’Église, dont le maître mot est “ participer ”.

«  Participer, c’est d’abord tirer parti des richesses que le supérieur ou le plus parfait peut communiquer à l’inférieur et au moins parfait. Mais c’est aussi bien et ensuite, chacun selon sa condition propre et son énergie personnelle, prendre part à la vie parfaite et à l’action de ceux dont il reçoit jusqu’au pouvoir de vivre et de servir avec eux… Telle est l’exaltante vie et perfection chrétienne offerte aux fidèles, aussi grandement qu’ils oseront le vouloir.  »

La “ participation ” des fidèles au sacerdoce de la hiérarchie, c’est-à-dire à la grâce de son enseignement, de ses efforts de sanctification et de son gouvernement spirituel, ne se fera pas d’une manière démocratique et libertaire, mais chacun selon l’exact degré d’autorité et de pouvoir qu’il exerce sur ceux qui lui sont confiés.

«  Ainsi, tous, après avoir bien écouté la prédication des prêtres, la répéteront avec leur propre autorité à ceux dont ils ont la charge  : telle la mère apprenant le catéchisme à ses enfants. Tous se sanctifient par les sacrements, mais ils doivent se sentir responsables de la vie religieuse des leurs, et ont autorité pour en présider le culte domestique. Tous acceptent la discipline de l’Église, mais ils aspirent à s’en faire les relais, les courroies de transmission, là où s’exerce leur compétence, le prince dans l’État par ses lois, le patron dans son usine par sa justice, le maire dans sa commune par sa sollicitude, l’ouvrier dans la gestion du patrimoine corporatif et l’action du syndicat, etc.  »

Quant à la   » participation   » des fidèles à la vie consacrée des religieux, elle n’aura d’autre mesure que la perfection spirituelle de chacun  : «  La vie parfaite et son rayonnement ne dépendent nullement de la condition sociale, mais uniquement de la charité, c’est-à-dire de la pureté, de la générosité et de la piété de chacun. C’est dans une pleine liberté ouverte à tous, que s’effectue cette union des fidèles à la vie mystique des religieux… Combien de laïcs s’y sont engouffrés à travers les âges  ! Avides de connaître, d’aimer et de servir Dieu, ils sont montés très haut, ils ont élevé les multitudes. Épris d’amour de Dieu, renvoyés par Lui au service de leurs frères, ils ont éduqué, instruit, soigné, secouru, consolé leur prochain.  »

Telles sont les œuvres saintes que restaurera le Concile de la Réconciliation Catholique. Les prêtres retrouveront le cœur de leurs fidèles, et les fidèles le cœur de leurs pasteurs. Il se fera entre religieux et âmes saintes vivant dans le monde d’étonnants échanges spirituels, de contemplation et de circumincessante charité. Être réconciliés sera bon, et douces la vie ensemble, l’action concertée et le rayonnement d’une même joie dans une même foi. «  Alors se trouveront rétablis dans toute leur dignité et leur efficacité la paroisse, le diocèse, la papauté, débarrassées de toutes les structures adventices, de toutes les technobureaucraties laïques parasitaires. Dans ce cadre ecclésiastique retrouvé, rénové, sous ces autorités à visage humain et paternel, toute la société aux multiples communautés naturelles se trouvera vivifiée par la grâce et la vérité catholiques. Ce sera de nouveau la Chrétienté.  »

Extrait deIl est ressuscité  ! n° 10, mai 2003, p. 27-30

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