La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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PRESBYTERORUM ORDINIS
La hiérarchie sacerdotale

LE NOUVEAU PRÊTRE SELON VATICAN II

Ordination sacerdotale

Les prêtres ont été les parents pauvres du Concile. Les Pères conciliaires, préoccupés d’une part de s’attribuer la plénitude du Sacerdoce, comme d’un Ordre suprême, hérité des Apôtres, d’autre part de promouvoir le laïcat en lui attribuant des tâches exorbitantes en vertu d’un prétendu “ sacerdoce commun ”, n’avaient rien prévu pour leurs prêtres… jusqu’au jour où s’imposa à eux l’évidence que la Réforme dont ils rêvaient ne pourrait s’accomplir sans la collaboration de ceux qu’on appelle “ l’infanterie de l’Église ”. Le Décret sur la formation des prêtres le laisse entendre  : «  Sachant bien que le renouveau tant désiré de toute l’Église dépend pour une grande part d’un ministère sacerdotal animé par l’Esprit du Christ…  »

Deux textes furent alors élaborés avec une certaine précipitation et dans un esprit de rejet du passé très préjudiciable à une saine et solide théologie  : le premier traitant du “ Magistère et de la Vie des prêtres ”, Presbyterorum Ordinis, le second de leur formation dans les séminaires, Optatam totius. Il s’agissait de rénover l’image du prêtre et la nature de son ministère pour l’adapter aux besoins des temps modernes  ! Résultat, quarante ans après  : il a perdu tout caractère sacré découlant de ses fonctions cultuelles.

Le concile de Trente avait fait de lui l’homme de la messe et des sacrements, le ministre du culte sacrifiant à l’autel et pardonnant les péchés au confessionnal, le “ préposé ” au salut des âmes et à la louange de Dieu. L’Église de la Contre-Réforme, triomphante des négations protestantes, se présentait comme «  l’Église de l’Eucharistie   », explique notre Père.

Mais, paraît-il, les prêtres ne supportaient plus de voir leur ministère confiné au seul exercice du culte. Ils se sentaient davantage pasteurs et apôtres, “ ministres de l’Évangile ” envoyés dans le monde, mêlé à lui, pour un service plus authentique de leurs frères. «  Le décret sur le ministère et la vie des prêtres nous apprend le contenu véritable du pastorat, se félicitait le cardinal Marty, son orientation essentiellement missionnaire, sa double dimension théocentrique et anthropocentrique [! ], l’exigence de présence aux hommes qu’il comporte, la manière dont il doit nourrir et unifier toute la vie du prêtre.  » (Unam Sanctam, p. 11)

Le bon pasteur de paroisse

Le curé ayant charge et soin de sa paroisse se doit d’être un maître, un chef et un pasteur. Les besoins des âmes ne doivent pas lui faire oublier ses responsabilités plus vastes, et il doit avec sa paroisse participer à la grande défense de l’Église, de la civilisation et de la patrie contre les armées de Satan. Il doit poursuivre les faux frères qui entretiennent parmi les siens l’erreur, la division, le crime. Il doit non seulement aimer et consoler, mais reprendre, menacer, instruire et exhorter tous les siens et surtout les meilleurs… Un mot résume sa fonction, il mesure sa grandeur, il explique ses affections, c’est le culte de Dieu. Le prêtre est l’homme de Dieu, celui qui élève les regards vers Dieu, en remplit les intelligences et les cœurs et toute la vie des hommes. Sa soutane (oh  ! bien-aimée) témoigne de ce souci supérieur  ; sa vie simple et frugale, son ministère continuel, rappellent sans cesse à ses fidèles, et aux autres, que Dieu existe, les aime et les appelle. Sa parole y ajoute une définition claire des volontés de Dieu  ; enfin le culte liturgique et la prière emportent les âmes vers Dieu dans une préfiguration de la vie éternelle.

(Abbé Georges de Nantes, curé de Villemaur,
sermon du 15 septembre 1963, Pour L’Église, t. I, p. 410 )

Priorité donc donnée à la “ mission ” sur la messe et les sacrements  ; antériorité du sacerdoce commun des fidèles, sur le sacerdoce “ ministériel ” chargé du culte  ; primauté de la vie engagée dans le monde pour que le prêtre ne soit plus un “ homme séparé ”, mais vivant au milieu de ses frères les hommes, les aidant à “ consacrer ” leur vie séculière et profane  ; primauté enfin de la parole sur la prière et la recherche de la sainteté  ; une spiritualité toute d’action et de “ témoignage ”  : tels sont les nouveaux caractères du prêtre selon Vatican II.

La formation des séminaristes s’en ressentit immédiatement, privilégiant l’apprentissage du ministère, avec tout ce que cela suppose, selon les termes de la pédagogie moderne, de formation humaine, d’apprentissage de la responsabilité, de discernement des signes des temps… au détriment de l’acquisition des sciences sacrées, de la discipline et des dévotions traditionnelles du prêtre «  selon le Cœur de Dieu  ».

Sept ans après le Concile, le diagnostic de l’abbé de Nantes était accablant  : «  Quand les prêtres se seront ainsi éloignés du divin et perdus dans l’humain, même l’humain épiscopal, ils s’apercevront qu’ils ont été “ floués ”. Mais il sera trop tard […]. Le sacerdoce a été grand, solide et prospère, tant qu’il s’est défini par son intime rapport à Dieu dans le culte et dans l’apostolat qui s’y rapporte. Et j’ajoute  : les prêtres y ont été heureux. Il s’est dégradé, affaibli, diminué, du jour où il s’est voulu d’abord missionnaire, tourné vers les hommes pour les occuper des choses de la terre et non plus du Ciel. Là est le crime contre l’Ordre sacerdotal.  » (CRC n° 54, p. 10)

COMMENT EN SORTIR  ?

Aujourd’hui que le mal est fait  : sacerdoce ruiné, au milieu d’une société entièrement sécularisée, il ne s’agit pas de se lamenter, mais d’appeler de nos vœux un Concile restaurateur de l’antique discipline.

Il est opportun de retrouver les sages leçons d’ordre humain et de sainteté surnaturelle que nous ont livrées les siècles passés, aux temps de Contre-Réforme et de Renaissance catholiques. L’abbé de Nantes y a travaillé, en contrepoint de sa critique de Vatican II.

RESTAURATION DE LA HIÉRARCHIE SACERDOTALE PAR VATICAN III

«  Une voie possible, à peu de frais, serait la voie réactionnaire d’un retour pur et simple, à la théologie du concile de Trente. L’essentiel serait sauvé et quatre siècles témoignent de sa fécondité… Une autre voie, meilleure, serait d’assumer dans l’esprit même de la Tradition tridentine tous les vrais progrès de la théologie et de conserver aussi le plus solide de l’effort consenti à Vatican II, malheureusement gâché par les orientations générales et les outrances démagogiques de ce funeste Concile. Les experts signalent quatre nouveautés de cette théologie. Certaines apparaissent justes et fécondes. D’autres sont fausses et ruineuses. Leur discernement par Vatican III sera du plus grand intérêt  !  » (CRC n° 54, p. 11)

1. Le sacerdoce ministériel émané d’un sacerdoce commun  : non  ! Il y a là une monstrueuse inversion, marquée par l’esprit démocratique moderne. La plénitude du sacerdoce, et donc sa source et son modèle, ne se trouve pas dans le peuple, mais en Jésus-Christ, Souverain Prêtre de la nouvelle et éternelle Alliance. Il la transmet à son Vicaire sur la terre, le Pape, ainsi qu’aux évêques en communion avec lui, par succession apostolique. C’est donc à Rome que se fait l’unité du sacerdoce, selon l’inscription écrite en lettres d’or au bandeau de la coupole de Saint-Pierre  :Inde oritur unitas sacerdotii. Le ministère sacerdotal est efficace “  ex opere operato ”, dit la théologie, en vertu du seul pouvoir conféré et quelle que soit la valeur de l’homme qui l’exerce, tandis que le culte des fidèles n’a de valeur que selon leur état de grâce et dans la mesure des vertus morales qui les tiennent unis au Christ.

2. Que le ministère du prêtre soit plus missionnaire que cultuel  : là aussi, quelle déplorable inversion, cause d’innombrables défections  ! C’est de cette manière qu’on a détaché les prêtres et les séminaristes de leur première vocation, qui faisait d’eux des “ hommes de Dieu ”, consacrés à son seul Service. Par leur consécration, ils continuent le Christ souverain Prêtre, qui les rend médiateurs de sa grâce capitale, pour le salut du Corps entier. Être comme d’autres Christs pour les âmes qui leur sont confiées, leur donner Jésus et les donner à Jésus, quelle vocation magnifique, capable d’enthousiasmer ces “ fils de Dieu ” et de soutenir, leur vie durant, un don et un dévouement sans limites  !

3. Le Concile a rappelé et justifié théologiquement la sacramentalité de l’épiscopat, et la subordination des prêtres par rapport à leurs évêques qui en résulte nécessairement. C’est vrai, dans chaque diocèse, seul l’évêque est Père et possède la plénitude du sacerdoce. Mais que les évêques réunis en Collège ne se rebellent pas contre Rome, ni les laïcs contre les prêtres  ! Dans le désordre qui règne dans la sainte Église, où chacun des ordres s’est émancipé de la tutelle de ses supérieurs légitimes, Vatican III devra retrouver un sage équilibre.

4. Enfin, que les pouvoirs du prêtre ne se limitent pas à célébrer l’Eucharistie et à distribuer les sacrements, mais soient aussi de prêcher et de gouverner, soit  ! ce sont là trois services du Corps mystique du Christ, qu’il convient de ne pas opposer, mais d’harmoniser. Cependant il rappellera que la Messe est au centre de tout, précédée de l’enseignement de la foi et suivie du gouvernement des âmes  : «  Toute action sacerdotale sur le Corps mystique s’ordonne nécessairement à l’action sacerdotale essentielle qui est le Sacrifice eucharistique du Corps physique du Christ, Source de vie et de sainteté.  »

UN PRÊTRE, UNE ÉGLISE, UNE PAROISSE  !

Concrètement, les formes mêmes de la vie sacerdotale ne sont pas à inventer, elles existent depuis des siècles. Si elles paraissent mortes aujourd’hui, elles ne demandent qu’à renaître des ruines conciliaires.

«  Il suffirait, écrivait l’abbé de Nantes en 1977, qu’un évêque annonce qu’il donnera à chaque nouveau prêtre une église dans une paroisse dont il sera curé, et qu’il y joigne la promesse solennelle de les laisser là paisiblement enseigner le catéchisme, distribuer les sacrements et gouverner leur peuple selon la coutume séculaire, pour que les vocations surabondent. Plus de recherche de l’identité du prêtre, plus de crise du célibat, plus de problème de l’engagement socialiste. Les candidats afflueront…

«  Il paraît que c’est contraire à Vatican II  ; voilà une raison solide et suffisante pour être alors contre Vatican II. Car ce système est né sous les pas des Apôtres, à Corinthe, à Laodicée, à Antioche, à Rome… Il a été toujours et partout l’appareil naturel et efficace de l’implantation et de la conservation de l’Église. Envoyé par son évêque, l’homme de Dieu arrive en un lieu, il y édifie sa case ou son igloo, puis tout à côté la case ou l’igloo-chapelle, et il convoque les pygmées ou les esquimaux comme ses nouveaux paroissiens pour l’instruction et la prière… L’Église se trouve plantée quand la paroisse est fondée.  » (CRC n° 121, p. 14)

Quand l’Église aura retrouvé ses structures séculaires, et redonné à ses enfants leur fierté catholique, la joie et le goût de tout ce qui fait sa vie propre, ses rites, ses chants, son architecture, tous les entours de son existence quotidienne, qui la font vivre avec ardeur de la grâce de son Seigneur intra muros, elle aura hâte de se faire missionnaire, extra muros, afin de «  tout restaurer dans le Christ  ». Mais il lui faudra auparavant renier son culte de l’Homme et, conjointement, son adulation de la démocratie laïciste, afin de redevenir une Église de Chrétienté, dont le culte est en échange et symbiose continuels avec la vie familiale, éducative, corporative, politique. Religieux et laïcs participeront alors à la grâce du sacerdoce, au moyen de ministères subordonnés, précis, utiles et méritoires.

Une Église de chrétienté

Quand la vraie foi sera revenue à partir de la Tête, le bon Esprit se réveillera partout chez les meilleurs. Ils voudront que les catholiques le soient, de droit ou de fait, dans toute leur vie publique et privée. Alors la gloire chrétienne ressortira des églises, non seulement aux jours de processions et de fêtes, dans des emblèmes et des signes religieux, mais par le culte public rendu à Jésus-Christ, la proclamation de sa loi dans les institutions civiles, la reconnaissance de sa souveraineté sur toutes choses. Alors la mairie, le tribunal, l’école, l’hôpital ne feindront plus d’ignorer Dieu – suprême insulte – mais ils seront tout baignés de son adorable lumière. L’Église redeviendra le centre rayonnant de la vie communale, la cathédrale le haut lieu de la ville, la nation connaîtra le Christ pour son Roi et la Vierge Marie pour Reine. Le peuple protégé de Dieu retrouvera son âme et sa joie.

Dans mon utopie, cela se fera tout seul, il n’y aura plus qu’à libérer les énergies aujourd’hui étouffées ou, comme dit le Sage, “ ne pas empêcher la musique ” (Eccl. 32, 5). Quand le Pape aura la foi, assez pour veiller à ce que tous la respectent et la professent, quand la liberté des opinions et la charité fraternelle auront retrouvé leur séculaire exercice, je suis sûr que l’Esprit-Saint donnera aux conservateurs et aux progressistes, réunis dans les mêmes sentiments profonds, le goût et l’amour de tous les trésors de notre Sainte Mère Église, les nouveaux comme les anciens.

Extrait de Il est ressuscité  ! n° 10, mai 2003, p. 25-27

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