La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Le discernement des esprits par l’Église

Saint Paul exhortant ses disciples

«  N’éteignez pas l’Esprit,mais vérifiez tout.  »Saint Paul exhortant ses disciples.

Les phénomènes mystiques extraordinaires  : apparitions, visions, prophéties, extases, stigmatisations, etc., sont classiques dans l’Église. Loin d’avoir cherché à étouffer les vrais charismes, comme on le lui reproche aujourd’hui, celle-ci a toujours su mettre en pratique les directives de saint Paul  : «  N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties  ; mais vérifiez tout, ce qui est bon retenez-le  ; gardez-vous de toute espèce de mal.  » (I Th 5, 19-22)

L’Église a dû aussi, inlassablement, mettre en pratique l’autre précepte, formulé par saint Jean  : «  Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils viennent de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde.  » (I Jn 4, 1) En effet, les contrefaçons sont innombrables.

Malheureusement, les catholiques d’aujourd’hui ignorent trop cette longue histoire des aberrations d’une pseudo-mystique toujours renaissante, contre lesquelles l’Église a dû sans cesse exercer son discernement et déclarer avec fermeté qu’elles n’étaient pas de Dieu. (…)

FAUX MYSTIQUES SOUS INFLUENCE DE SATAN.

Dès la fin du deuxième siècle, c’est le montanisme et ses “ extases ”, qui fascinent et séduisent Tertullien au point qu’il adhère à la secte. Au Moyen Âge ce sont les Vaudois, les disciples de Joachim de Flore, les fraticelles, les “ Amis de Dieu ”. Au XVIe siècle ce sont les fameux “ illuminés ”, les “ alumbrados ”. Puis viendront le jansénisme, le quiétisme et ces curieux “ guérinets ” ressemblants étonnamment à nos modernes charismatiques.

Il ne faut pas oublier les cas individuels d’imposture ou de diablerie manifeste, où Satan se déguise en “ ange de lumière ”. Et il y a des exemples célèbres où la tromperie va très loin, celui de Madeleine de la Croix 1Madeleine de la Croix, religieuse franciscaine espagnole, née en 1487, bénéficiait depuis l’âge de cinq ans de nombreuses apparitions de Notre-Seigneur et des saints. Élue abbesse des franciscaines de Cordoue, elle fut vénérée par l’Espagne tout entière à cause de ses extases, stigmates, guérisons miraculeuses etc…Au comble de sa gloire, en 1542, des religieuses de son couvent découvrirent qu’elle utilisait à son gré les dons qui étaient faits au couvent. Madeleine de la Croix persuadait aussi que plusieurs prêtres et moines entretenaient des concubines sans offenser Dieu, parce que ce n’était pas un péché d’en avoir, etc…Ces dénonciations furent repoussées comme étant des calomnies. Ce n’est qu’au moment de mourir que Madeleine de la Croix fit ses aveux  : à l’âge de cinq ans le démon lui était apparu sous la forme d’un ange de lumière, lui annonçant qu’elle serait une grande sainte. À l’âge de 13 ans le diable lui révéla sa véritable identité, et elle accepta alors de le prendre pour conseil et se lia à lui en toute connaissance de cause…Le cas de Madeleine de la Croix est un des plus monstrueux de toute l’histoire de l’Église  : cinquante ans de tromperies diaboliques et de supercherie qui abusèrent les plus grands théologiens d’Espagne, les inquisiteurs et les cardinaux., franciscaine de Cordoue et plus typique encore, celui de Nicole Tavernier 2Nicole Tavernier, femme laïque douée de dons préternaturels, vécut en France au début du XVIIe siècle. Tous les théologiens qui l’examinèrent la tinrent pour dirigée par l’esprit de Dieu. Seule la bienheureuse Marie de l’Incarnation (Madame Acarie) avait vu, par une grâce spéciale, que cette fille était vide de Dieu et animée par Satan. Madame Acarie mit Nicole Tavernier à l’épreuve et la convainquit de curiosité et de mensonge. Satan, furieux d’être ainsi démasqué, pris congé de Nicole Tavernier qui perdit aussitôt son esprit relevé et ses apparences de hautes vertus, pour redevenir ce qu’elle était  : fort grossière, rude et imparfaite., à Paris, durant les troubles de la Ligue. (…)

Il faut savoir que le Démon a le pouvoir d’apparaître sous l’aspect extérieur de Notre-Seigneur ou de la Vierge Marie, comme il le fit à Lourdes à une cinquantaine de voyants, mais tout à fait à part des apparitions authentiques, après la grande quinzaine, et sans que rien autorisât à faire l’amalgame entre ces singeries diaboliques et les manifestations toutes limpides de l’Immaculée à Bernadette  ! Satan peut alors opérer toutes sortes de prodiges  : des extases, des lévitations, des phénomènes lumineux, des vacarmes insolites, des prédictions étonnantes, des parlers en langues étrangères, sans omettre les discours pieux et les invitations à la prière et au jeûne.

Toutefois, rassurons-nous, Dieu ne saurait être trompeur, et il y a toujours une faille, que l’on peut découvrir, mais à condition d’examiner le cas avec soin et prudence surnaturelle. (…) L’Église ayant autorité souveraine en ce domaine, c’est son devoir le plus strict de rendre avec prudence et force un jugement sur chaque cas, puis de satisfaire avec ardeur et exactitude aux volontés divines. (…)

L’ENQUÊTE CANONIQUE ET LES CRITÈRES DU DISCERNEMENT DES ESPRITS

Dans ce genre de procès, l’Église donne toujours résolument la priorité à l’examen des objections. La raison en est simple  : c’est qu’une apparition frauduleuse ou diabolique, loin d’être entièrement mauvaise, présente souvent de très nombreux aspects positifs. Au contraire, une apparition authentique doit être vraie, bonne et digne de Dieu en elle-même et dans toutes ses circonstances, à l’exclusion de tout caractère négatif décisif. (…)

Pour juger d’un phénomène mystique extraordinaire avec le maximum de sûreté, il convient de procéder avec méthode. Il faut pour cela bien distinguer les deux phases de l’enquête, très différentes l’une de l’autre.

1° S’agit-il de phénomènes tout humains  ? ou bien au contraire de faits préternaturels  ? Telle est la question primordiale à laquelle doit répondre la première phase de l’enquête mettant en œuvre des critères qui relèvent tous des sciences humaines  : médecine, psychologie, critique des témoignages, métaphysique, etc… Si les hommes de science parviennent à démontrer qu’il s’agit de phénomènes morbides, ou d’une simple imposture, l’enquête pourra s’arrêter à ce premier stade. Une seconde question se pose si l’on a pu établir scientifiquement le caractère préternaturel des phénomènes étudiés.

2° Ces faits préternaturels sont-ils l’œuvre de Dieu ou de Satan  ? Telle est la question décisive à laquelle doit répondre la seconde phase de l’enquête mettant en œuvre des critères qui relèvent cette fois de la seule science théologique. (…)

I. LE DISCERNEMENT DE L’HUMAIN ET DU PRÉTERNATUREL

Premier critère  : l’équilibre psychique du témoin.

Sainte Bernadette

Sainte Bernadette

Il s’agit tout d’abord de vérifier si les visions, locutions, extases ou stigmates ne sont pas le simple fruit d’une quelconque maladie mentale. Les enquêteurs feront donc appel aux sciences médicales pour diagnostiquer les éventuels troubles psychopathologiques du visionnaire  : hystérie, propension à l’hallucination, à l’affabulation. En effet, Dieu n’a pas l’habitude de se choisir des témoins dont le déséquilibre psychique et nerveux invaliderait d’emblée le témoignage. Aussi l’Église, dans son extrême prudence, même lorsque toutes les apparences sont contraires, examine-t-elle soigneusement cette première hypothèse. Il faut lire à ce sujet l’exposé de Mgr Laurence concernant Bernadette de Lourdes. (…)

Deuxième critère  : la véracité du témoin.

Il ne suffit pas que le témoin soit naturellement sain d’esprit. Pour être crédible, il faut aussi qu’il soit sincère. C’est pourquoi les enquêteurs doivent examiner avec un soin extrême le caractère du voyant, ses comportements, sa loyauté habituelle. Ils doivent confronter ses divers témoignages pour s’assurer qu’ils sont en eux-mêmes cohérents et conformes à la réalité des faits connus par ailleurs. Bref, il s’agit ici de démasquer l’hypocrisie, la simulation, l’imposture. Cette seconde hypothèse n’est jamais écartée, par principe, sans un minutieux examen. (…)

Troisième critère  : les “ signes et prodiges ” qui prouvent
l’intervention d’une cause préternaturelle.

Comme il a voulu donner d’abondantes preuves objectives, éclatantes, incontestables de la vérité de son enseignement et de sa qualité de Fils unique et bien-aimé du Père, Notre-Seigneur, qui est l’Époux et le Chef souverain de son Église, ne propose jamais à l’un de ses confidents un message destiné au bien de tous sans lui adjoindre des preuves surabondantes, témoignant de son origine divine et permettant à ses représentants visibles d’y reconnaître son action. (…)

À Lourdes, d’innombrables guérisons miraculeuses sont venues confirmer la réalité des apparitions de la Reine du Ciel. À Fatima, ce fut le prodige inouï du miracle du soleil, le 13 octobre 1917, annoncé avec précision trois mois à l’avance et constaté par plus de 70 000 témoins  ! (…)

Le caractère préternaturel d’un phénomène étant établi, reste encore à mener la phase de l’enquête la plus importante  : s’agit-il d’un phénomène divin ou diabolique  ? En effet, les deux réponses sont encore possibles puisqu’il est avéré que les “ signes et prodiges ” du Malin ressemblent parfois à s’y méprendre à ceux-là mêmes qui authentifient les véritables manifestations divines. À ce point, la raison doit donc céder le pas à la foi et les sciences à la science suprême, car c’est la théologie, et elle seule, qui va nous fournir les critères décisifs du jugement d’authenticité.

II. LE DISCERNEMENT DU DIVIN ET DU DIABOLIQUE

C’est une leçon de l’histoire que les visionnaires qui font courir les foules, qui trompent durablement les théologiens, les évêques, les cardinaux, ne sont jamais de simples malades mentaux, ni même, oserais-je ajouter, de purs imposteurs. Le plus souvent, le déséquilibre psychopathologique et la simulation vont de pair avec une intervention diabolique plus ou moins forte, plus ou moins constante, plus ou moins ouverte. Sans quoi la comédie est vite démasquée  ! Lorsque le doigt de Dieu n’est pas là, l’Esprit du mensonge conjugue habilement, de manière inextricable, ses propres “ prestiges ” préternaturels, avec les simagrées d’un psychisme plus ou moins délabré et les comédies d’une volonté perverse qui lui est secrètement livrée, ou pour le moins qui est tombée sous son terrible esclavage. (…)

1. EXAMEN THÉOLOGIQUE DU MESSAGE, DES APPARITIONSET DE LEURS CIRCONSTANCES

Quatrième critère  : la conformité à la Vérité divine.
La règle de l’orthodoxie catholique  !

Puisqu’il s’agit de juger de révélations présentées comme des messages de Dieu, il faudra tout d’abord examiner s’ils sont conformes à la grande Révélation divine, unique et définitive en Jésus-Christ, révélation gardée infailliblement par l’Église catholique romaine. Ce premier critère est absolu, car rien venant de Dieu ne saurait contredire les vérités du Credo, pas même, nous dit saint Paul, un “ ange venu du Ciel ”. (…)

Peu importent les prodiges que pourra accomplir celui qui se prétend le messager du Ciel  ; si sa doctrine n’est pas celle de l’Église, il ne saurait parler au nom de Dieu. (…)Déjà dans l’Ancienne Alliance, la Loi de Moïse mettait en garde le peuple des fidèles yahwistes  : «  Si quelque prophète ou faiseur de songes surgit au milieu de toi, s’il te propose un signe ou un prodige et qu’ensuite ce signe ou ce prodige annoncé arrive, s’il te dit alors  : “ Allons suivre d’autres dieux et servons-les  ! ” tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète ni les songes de ce songeur. C’est Yahweh votre gloire qui vous éprouve pour savoir si vraiment vous l’aimez de tout votre cœur et de toute votre âme […]. Ce prophète devra mourir  : car il a prêché l’apostasie envers Yahweh ton Dieu […] et il t’aurait égaré loin de la voie où Yahweh ton Dieu t’a prescrit de marcher. Tu feras disparaître le mal du milieu de toi.  » (Dt 13, 2-6)

L’Église a toujours fidèlement appliqué cette loi divine en excommuniant le faux prophète ou le faux voyant propagateur de l’hérésie.

C’est pourquoi «  il suffit qu’en fait de dogme un seul point certain soit contredit pour que l’on puisse affirmer que celui qui parle n’est pas un envoyé de Dieu  ». (…)

Cinquième critère  : la conformité à la Volonté divine.La règle de l’obéissance.

Puisque Dieu ne peut se contredire, lorsqu’il fait connaître ses volontés à une âme de son choix, il ne saurait aller contre sa propre Volonté immuable, signifiée dans l’infaillible Révélation de l’Ancien et du Nouveau Testament. C’est pourquoi dans un message présenté comme reçu de Dieu, rien ne doit contredire sa Loi. Tout, au contraire, doit encourager à l’obéissance à ses commandements, aux préceptes de Notre-Seigneur dans l’Évangile, aux lois de la sainte Église. (…)

Notre-Seigneur ayant confié le gouvernement de son Église à son Vicaire, successeur de Pierre et aux évêques successeurs des Apôtres, les révélations qu’il accorde à telle ou telle âme privilégiée doivent être soumises au test de l’obéissance à l’autorité légitime divinement constituée. (…)

Sixième critère  : la conformité à la Sainteté divine.
La règle de la convenance surnaturelle.

Le troisième critère théologique décisif est celui de la convenance surnaturelle des faits et gestes de l’Apparition et des voyants en sa présence  : «  Tandis que les visions divines sont toujours conformes à la gravité, à la majesté des choses célestes, les figures diaboliques ont infailliblement quelque chose d’indigne de Dieu, de ridicule, d’extravagant, de désordonné et de déraisonnable.  »

Pour mieux rechercher si l’apparition est bien conforme en tous ses éléments et toutes ses circonstances à l’infinie Sainteté et à la Sagesse de Dieu, inséparables de sa Toute-Puissance et de sa Miséricorde, on peut procéder de manière méthodique en examinant successivement  :

1° Les voyants ayant l’apparition, non plus cette fois dans leur équilibre psycho-nerveux et la sincérité qui rend crédible leur témoignage, mais en considérant la convenance surnaturelle de leur choix par Dieu pour la mission qu’ils disent avoir reçue de lui. De solides vertus surnaturelles, théologales et morales sont une garantie d’authenticité. Des mœurs douteuses rendent plus aisée une tromperie diabolique. (…)

2° Les circonstances de la première apparition, en tant qu’elles sont choisies et voulues par Dieu, sont toujours hautement significatives.

3° De même la première réaction des voyants en présence de l’être préternaturel qui se montre à eux.

4° La détermination précise du cycle des apparitions, comme à Lourdes ou à Fatima, est un signe positif. Au contraire, leur multiplication indéfinie dans l’espace et dans le temps est en elle-même inquiétante. Leur répétition machinale, à heure fixe, et somme toute mécanique, selon la volonté des voyants, le serait également. Il y a toujours un aspect gratuit, spontané, imprévisible, dans les authentiques manifestations de Dieu qui tend à marquer qu’il en demeure constamment le souverain Maître.

5° Les attitudes de l’Apparition ont une importance qu’il n’est pas besoin de souligner  : tout geste ou comportement vulgaire ou indécent, tout laisser-aller indigne, toute bizarrerie ou manière grotesque ou malsaine seront de mauvais signes. (…)

6° Les paroles de l’Apparition doivent être évidemment examinées avec le plus grand soin  : sont-elles conformes à la douceur, à l’humilité, à la modestie royale du Verbe de Dieu incarné et de sa sainte Mère  ? Toute demande exorbitante, tout ce qui exalte démesurément le voyant ne saurait être de Dieu. L’Apparition a-t-elle réalisé toutes ses promesses inconditionnelles  ? Toutes ses prophéties se sont-elles accomplies  ? S’est-elle contentée de prédictions vagues ou habilement ambiguës  ? A-t-elle manifesté des ignorances ou des hésitations inconvenantes  ?

Par ailleurs, Dieu n’a pas coutume d’intervenir de façon extraordinaire sans raison évidente. Si le message reçu est banal et ne fait que répéter des lieux communs ou les paroles d’apparitions antérieures, il est suspect. Il l’est également si les propos de l’Apparition sont inutilement prolixes. La brièveté, le laconisme sont souvent une bonne marque intrinsèque d’authenticité surnaturelle. Enfin le message est-il utile au salut éternel  ? «  Car on peut être sûr que les révélations ne sont pas divines quand elles ont simplement pour but de faire connaître des choses vulgaires qui n’ont pas d’utilité pour le bien des âmes. Dieu ne se dérange pas pour satisfaire la curiosité, mais seulement pour un motif grave.  » (…)

7° Les extases, stigmates, guérisons inexplicables et tous les autres signes et prodiges doivent être aussi examinés – non plus du point de vue de leur incontestable caractère préternaturel déjà démontré par les sciences humaines contrôlées par la philosophie – mais du seul point de vue théologique de leur convenance surnaturelle  : est-il plausible que la Trinité Sainte, Père, Fils et Saint-Esprit, dans sa Sagesse et sa Sainteté infinies, soit l’auteur de ces phénomènes extraordinaires  ? Ce critère est certes fort délicat à mettre en œuvre, mais il est important de ne point le perdre de vue si l’on veut éviter de juger humainement des choses divines.

2. L’EXAMEN THÉOLOGIQUE DES FRUITS SPIRITUELS

On connaît l’avertissement de Notre-Seigneur  : «  Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, mais au-dedans sont des loups rapaces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.  » Cette règle évangélique, dans sa simplicité, est évidemment le critère absolu. (…) Mais encore faut-il savoir apprécier justement la bonne ou mauvaise qualité des fruits spirituels constatés. Dans nos temps d’aveuglement et de désorientation diabolique, beaucoup prennent, hélas  ! le mal pour le bien et un poison subtil pour une nourriture saine et bienfaisante. (…)

Septième critère  : l’examen des fruits surnaturels dans l’âme des voyants.

Il ne suffit pas de remarquer chez eux quelques marques extérieures, bien visibles, d’une intense vie de piété et d’ascèse, ni d’affirmer que “ leur vie spirituelle s’approfondit toujours de façon vertigineuse ”  ! Non, il faut aller à l’essentiel  : à l’examen des vertus théologales qui sont les fruits nécessaires et la mesure de la vie surnaturelle.

Tout d’abord la foi, qui est adhésion totale de l’être, intelligence et cœur, à tous les dogmes enseignés par la sainte Église. L’âme véritablement favorisée de grâces divines extraordinaires, affirme sainte Thérèse d’Avila, «  se sent capable de confondre tous les démons pour soutenir la plus petite des vérités que l’Église enseigne. Si l’âme ne découvre pas en elle ce courage indomptable, elle doit se convaincre que toutes ces faveurs ne sont pas sûres.  »

Ensuite l’espérance  : toute grâce extraordinaire doit faire grandir dans l’âme et porter à l’incandescence le désir du Ciel. Qu’on lise la vie de sainte Bernadette ou des petits voyants de Fatima  ! Un voyant qui n’a pas cette nostalgie lancinante n’a jamais contemplé les mystères divins dont il parle  ! La même remarque vaut pour le souci qui en est inséparable  : la hantise du salut des âmes, la tristesse à la pensée du grand nombre qui se damnent, la volonté héroïque de se sacrifier pour leur obtenir la grâce de la conversion.

Enfin la charité, dont l’expression extérieure la plus sûre est l’adhésion amoureuse à la Volonté de Dieu, signifiée dans ses commandements, dans les lois de la sainte Église et dans les décisions des supérieurs légitimes. Cette humilité grandissante, cette obéissance du voyant à l’autorité de l’Église se manifestent souvent par sa crainte de s’illusionner et d’être trompé par Satan. Il s’en remet humblement au jugement de l’Église sur l’origine des phénomènes extraordinaires dont il est favorisé.

De plus, l’âme comblée des faveurs divines extraordinaires demeure marquée par les divers contacts qui lui ont fait entrevoir l’ineffable Sainteté de Dieu et se plonger dans l’océan de son insondable mystère. Cette âme reste à jamais imprégnée d’une révérence, d’un esprit d’adoration aimante, aux antipodes de la familiarité vulgaire des visionnaires et faux mystiques, qui semblent à tout instant disposer à leur gré de la toute-puissance divine pour satisfaire leurs caprices les plus extravagants, ou pour répondre à l’insatiable curiosité de leur entourage frivole. (…)

Huitième critère  : l’examen des fruits surnaturels dans l’âme des fidèles.

Une surabondance durable de fruits surnaturels dans l’âme des fidèles est une autre marque que le doigt de Dieu est bien là, et leur ampleur est alors proportionnelle au rayonnement qu’il veut accorder à son intervention. (…) Mais encore faut-il que tous les autres critères soient vérifiés. Car de bons fruits apparents ne sauraient évidemment suffire à accréditer une apparition comme divine. Toutes les impostures humaines ou diaboliques de grande envergure ont attiré d’innombrables fidèles, qui ont prié, qui se sont confessés, ont communié, parfois même se sont convertis  ! Cela a pu durer pendant des années, tant que les autorités de l’Église n’ont pas dénoncé la supercherie. (…)

Le démon permet souvent, provisoirement, la réalisation d’un certain bien, en escomptant en tirer plus tard un plus grand mal lorsqu’il dévoilera son jeu, faisant éclater un énorme scandale, comme dans les cas de Madeleine de la Croix 1Madeleine de la Croix, religieuse franciscaine espagnole, née en 1487, bénéficiait depuis l’âge de cinq ans de nombreuses apparitions de Notre-Seigneur et des saints. Élue abbesse des franciscaines de Cordoue, elle fut vénérée par l’Espagne tout entière à cause de ses extases, stigmates, guérisons miraculeuses etc…Au comble de sa gloire, en 1542, des religieuses de son couvent découvrirent qu’elle utilisait à son gré les dons qui étaient faits au couvent. Madeleine de la Croix persuadait aussi que plusieurs prêtres et moines entretenaient des concubines sans offenser Dieu, parce que ce n’était pas un péché d’en avoir, etc…Ces dénonciations furent repoussées comme étant des calomnies. Ce n’est qu’au moment de mourir que Madeleine de la Croix fit ses aveux  : à l’âge de cinq ans le démon lui était apparu sous la forme d’un ange de lumière, lui annonçant qu’elle serait une grande sainte. À l’âge de 13 ans le diable lui révéla sa véritable identité, et elle accepta alors de le prendre pour conseil et se lia à lui en toute connaissance de cause…Le cas de Madeleine de la Croix est un des plus monstrueux de toute l’histoire de l’Église  : cinquante ans de tromperies diaboliques et de supercherie qui abusèrent les plus grands théologiens d’Espagne, les inquisiteurs et les cardinaux. ou de Nicole Tavernier 2Nicole Tavernier, femme laïque douée de dons préternaturels, vécut en France au début du XVIIe siècle. Tous les théologiens qui l’examinèrent la tinrent pour dirigée par l’esprit de Dieu. Seule la bienheureuse Marie de l’Incarnation (Madame Acarie) avait vu, par une grâce spéciale, que cette fille était vide de Dieu et animée par Satan. Madame Acarie mit Nicole Tavernier à l’épreuve et la convainquit de curiosité et de mensonge. Satan, furieux d’être ainsi démasqué, pris congé de Nicole Tavernier qui perdit aussitôt son esprit relevé et ses apparences de hautes vertus, pour redevenir ce qu’elle était  : fort grossière, rude et imparfaite.. Comme le signalait déjà un grand spirituel du XVIIe siècle, le P. Louis Lallemant  : «  Il y a des personnes que le démon n’empêche point de faire beaucoup de bien, parce que le bien qu’elles font lui sert pour les tromper.  » J’ajouterai dans le même sens  : il y a de faux voyants à qui il laisse faire beaucoup de bien parce que ce bien est pour lui la caution rassurante indispensable de messages pernicieux pour l’Église  ; parce que c’est pour lui le seul moyen d’impressionner favorablement et d’abuser les Pasteurs chargés de discerner la nature des phénomènes extraordinaires et des oracles dont il est l’auteur. (…)

Neuvième critère  : la conformité au bien général de l’Église.
La règle de la fin spécifique poursuivie.

En plus de l’examen des faits selon les critères susmentionnés, on ne doit jamais négliger de se poser une question capitale  : l’apparition vient-elle soutenir, cautionner, ou défendre et préserver d’une condamnation ecclésiastique imminente une cause douteuse ou mauvaise  ? Toute manifestation divine, comme aussi bien toute intervention satanique a une fin. C’est cette fin qu’il importe de mettre au jour. L’auteur caché de l’événement sera certainement celui à qui cela profite le plus en définitive. Les signes et prodiges des protestants camisards, le fameux “ miracle de la Sainte Épine ” et les guérisons du cimetière Saint-Médard chez les Jansénistes sont significatifs à ce sujet. Le parti hérétique qu’ils soutiennent suffit à mettre en évidence leur origine satanique. (…)

Dixième critère  : le démon cherche toujours à faire concurrence
aux authentiques révélations de Dieu.

Le démon est toujours le singe de Dieu et sa stratégie ordinaire contre les œuvres toutes divines qui arrachent des multitudes d’âmes à son emprise consiste à faire jouer la concurrence et la surenchère. Aussi convient-il toujours de se demander, dans un cas d’apparitions nouvelles, si ces dernières ne sont pas tout simplement un piège du Malin pour faire obstacle à d’autres, certainement authentiques, en en détournant les fidèles, en les dépréciant, en les faisant oublier, pour ensuite les faire sombrer soudain avec elles dans le discrédit qui frappe l’imposture démasquée. (…)

Les apparitions de Lourdes ont eu leurs singeries diaboliques dont le but évident était de discréditer, par un presque inévitable amalgame, les visions de Bernadette, et de détourner ainsi l’évêque de Tarbes d’entreprendre l’enquête canonique en vue de leur approbation officielle.

Quant aux apparitions de Fatima, depuis 1930, date de leur reconnaissance par l’évêque de Leiria, Satan n’a plus cessé de multiplier ses simagrées, dans l’unique but de dissuader les Pasteurs de l’Église d’accomplir les petites demandes de Notre-Dame, si riches de promesses merveilleuses  : le salut éternel d’une multitude d’âmes, la conversion de la Russie, et par ce moyen «  un temps de paix  » pour le monde. (…)

CONCLUSION

Concluons cet exposé des règles du discernement en signalant une différence capitale  : tandis que la réponse incontestablement négative à un seul critère important peut suffire à prouver qu’une apparition n’est pas de Dieu, en revanche, aucun caractère positif pris isolément ne permet de conclure à son authenticité. Seules la convergence d’un faisceau de signes favorables et l’exclusion de toute marque négative décisive peuvent être concluantes. (…)

Extraits de la CRC n° 215, 1985
et de Medjugorje en toute vérité, chapitre 7

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