La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
Print Friendly

I. Medjugorje, les faits

UNE APPARITION CHARISMATIQUE

Deux des six voyants de Medjugorje, Ivan et Marija

Deux des six voyants, Ivan et Marija,
lors d’une apparition

Les événements de Medjugorje, c’est maintenant bien connu, ont commencé avant les apparitions de “ la Vierge ”. Déjà annoncées par le P. Heribert Mühlen, responsable du Mouvement charismatique en Allemagne, les apparitions ont été prophétisées au P. Vlasic, en mai 1981, par le P. Tardif et la sœur Briege McKenna, à Rome, lors du Congrès international des leaders du Renouveau charismatique.

Les propagandistes de Medjugorje ont souligné eux-mêmes l’importance de ces étranges prophéties. L’abbé Laurentin a parlé d’une «  harmonie préétablie entre les apparitions et le Renouveau charismatique   ». (…) Cette collusion des deux causes n’a jamais été démentie, ni d’un côté ni de l’autre  : l’Apparition dans ses messages, n’a cessé de cautionner discrètement, mais sans qu’aucun doute soit possible, le Renouveau charismatique, sa doctrine, ses pratiques, ses leaders. Les franciscains qui se sont succédés comme directeurs de la paroisse, du pèlerin et des voyants, sont tous charismatiques. Aux deux premiers, le P. Zovko et le P. Vlasic, “ la Vierge de Medjugorje ” est apparue. L’évêque Franic, qui les protège, est passionnément charismatique. Les voyants eux-mêmes ont constitué des groupes de prière charismatiques. Les plus zélés propagandistes de Medjugorje étaient tous charismatiques, ou le sont bientôt devenus. Si bien qu’il n’est plus possible désormais d’ignorer cet infrangible lien, de nier cette reconnaissance réciproque du charismatisme et de l’Apparition yougoslave se cautionnant mutuellement. (…)

LES VOYANTS  : SIX GARÇONS ET FILLES
«  NI MEILLEURS NI PIRES QUE D’AUTRES  »

Cinq d’entre eux sont nés à Bijakovici, l’un des quatre hameaux de la commune de Medjugorje, gros bourg de 3400 habitants, situé à une vingtaine de kilomètres de Mostar, dans la province d’Herzégovine.

Le 24 juin 1981, date de la première apparition, seul le petit Jakov Colo, âgé de dix ans, est encore un enfant. Les cinq autres voyants sont de grands adolescents  : Vicka Ivankovic, l’aînée, aura bientôt dix-sept ans  ; Mirjana Dragicevic, Marija Pavlovic et Ivan Dragicevic ont seize ans  ; Ivanka Ivankovic juste quinze ans. (…) Tous les futurs voyants sont très liés entre eux par des liens de parenté, d’amitié ou de voisinage. (…)

La région de Medjugorje, de population croate, est un bastion de catholicisme traditionnel. La pratique religieuse y est encore intense. Mais dans ce milieu préservé aucun des futurs voyants ne se distingue par une piété régulière et fervente. Le Père Jozo Zovko, nommé curé de la paroisse en octobre 1980, affirmera ne point les connaître en juin 1981. Mirjana fréquente un lycée à Sarajevo. Vicka, Marija et Ivanka suivent des études à Mostar, Vicka dans une école de textile, Marija dans une école de coiffure et Ivanka dans un lycée. Elles s’habillent à la mode et ont tous les dehors de jeunes citadines modernes, passablement émancipées. «  Ivanka, grande et belle, note l’abbé Laurentin, a déjà un soupirant, a-t-on repéré dans le hameau  ». (…)

L’ÉVÊQUE DU LIEU  : MGR PAVAO ZANIC

Mgr Pavao ZanicL’évêque de Mostar, Mgr Pavao Zanic, a la réputation d’être un homme intelligent, surnaturel, modéré et grand dévot de la Sainte Vierge. C’est à lui qu’il revenait de faire enquête et de juger de la véracité des apparitions.

Tout d’abord bienveillant, il pensait quant à lui  : «  Si le scandaleux “ cas d’Herzégovine ” (relatif à la désobéissance des franciscains aux décrets du Saint-Siège concernant les paroisses), qui dure depuis des années dans la région, n’a pas été résolu par les hommes, peut-être Dieu a-t-il voulu envoyer là-bas la Très Sainte Vierge pour inciter les rebelles à revenir à l’obéissance et à l’amour envers l’Église.  » (…)

LES DIX PREMIÈRES APPARITIONS

Les circonstances de la première apparition de la “ Vierge ” – de la Gospa dirons-nous désormais pour utiliser le mot croate dont se servent habituellement les voyants eux-mêmes –, présentent évidemment un intérêt tout particulier pour l’interprétation de l’événement.

Mercredi 24 juin 1981  : Première apparition. Comment la vue de la très Sainte Vierge, la vraie, rayonnante de beauté, de douceur et de maternelle miséricorde, aurait-elle pu susciter, non seulement un premier mouvement de crainte, comme lors de ses manifestations authentiques, mais la terreur, la folle panique que les voyants dirent ensuite avoir ressenties alors  ? «  “ Que se passe-t-il  ? Y a-t-il un serpent  ? ” crie Vicka. “ Non, pas de serpent  ! ” Vicka accourut, mais la vue de l’apparition l’effraya à tel point que, prise de peur, elle se déchaussa et s’enfuit  ». Elle rencontra Ivan Dragicevic, lui dit en sanglotant que la Gospa apparaissait et lui demanda de l’accompagner. Quand Ivan vit l’apparition, il s’est tout de suite enfui en escaladant une clôture. «  Le premier jour, dira Vicka plus tard, nous avons tous hurlé en faisant desgrimaces.   »

Il faut mentionner aussi que ce premier jour des “ apparitions ”, les futures voyantes s’étaient rendues sur la colline… pour fumer en cachette. Lorsque Mgr Zanic les interrogea, ne voulant avouer ce motif trop peu reluisant, elles lui dirent d’abord qu’elles étaient allées «  rassembler les brebis  », «  cueillir des fleurs  ».

Jeudi 25 juin   : Passons sur les évanouissements et sur les crises de larmes des voyantes. «  Mirjana – c’est Vicka elle-même qui raconte – a demandé à Notre-Dame de nous laisser un signe pour que les gens ne racontent pas n’importe quoi sur nous. Et les aiguilles de la montre de Mirjana ont tourné.   » De ce “ signe du Ciel ”, Laurentin lui-même a avoué à Bruxelles, le 21 février dernier, qu’il «  ne savait pas quoi en faire  »  !

Vendredi 26 juin   : Troisième apparition. C’est la plus importante, celle durant laquelle le message essentiel de Medjugorje fut révélé. Voici en quelles circonstances. C’est Vicka elle-même qui raconte l’événement au P. Bubalo. L’apparition terminée, on rentrait au village  : «  Marija, qui marche toujours vite, nous a devancés un peu, seule. Et tout d’un coup, elle s’est trouvée à côté du chemin, comme si elle avait été poussée par quelqu’un… Quelque chose l’a comme entraînée ou poussée du côté gauche. Et là, Notre-Dame lui est apparue. La Sainte Vierge était très triste, nous a dit Marija. Elle tenait dans les mains une grande croix et disait en pleurant  : “ La paix, la paix, rien que la paix  ! ”… Marija a eu tellement peur, qu’elle ne tenait plus sur ses jambes.  » C’est à cet instant, explique le P. Bubalo, «  que Notre-Dame a communiqué l’essentiel de son message.  »

Samedi 27 juin   : Pour la quatrième apparition, Marija est violemment et mystérieusement propulsée au sommet de la colline. Les voyants affirment que “ la Vierge ” disparut à plusieurs reprises parce que l’on avait «  piétiné son voile   »  !

Dimanche 28 juin   : Le dialogue est enregistré. Il est d’une banalité désarmante. (…) Mais lorsque les voyants demandent à la Gospa de donner un signe pour «  convaincre tous ces gens que nous ne sommes pas des menteurs, et que nous ne nous amusons pas avec toi  ?   », l’apparition répond  : «  Allez dans la paix de Dieu   » puis elle s’en va aussitôt sans rien ajouter d’autre…

Cette demande d’un signe à laquelle la Sainte Vierge a toujours acquiescé dans ses précédentes et principales apparitions, à Lourdes ou à Fatima, semble beaucoup embarrasser la Gospa de Medjugorje, elle restera toujours impuissante à fournir le grand signe promis.

Lundi 29 juin   : Ce jour-là, les voyants subissent un examen psychiatrique. Mirjana affirme  : «  J’ai vu, derrière Notre-Dame, la tête de Jésus. C’était pendant notre examen par la doctoresse Dzudza à Mostar.  »

Mardi 30 juin   : Les voyants ne sont pas au rendez-vous. Ils ont accepté de partir en promenade en voiture, avec deux infirmières de Citluk. Ils diront le soir même au curé Zovko – on possède encore l’enregistrement – que «  c’était pour voir si Notre-Dame leur apparaîtrait à un autre endroit  ».

En décembre 1983, Vicka ne se souvient plus d’avoir dit cela, mais elle ajoute  : «  Si c’est enregistré, alors nous avons pu dire cette folie. Mais personne ne nous comprend, nous  !… Il est vrai que nous avions envie de sortir et de nous défouler un peu.  » L’apparition eut donc lieu à Cerno, durant la promenade.

«  Ce jour-là, rapporte le P. Kraljevic, les voyants ont aussi déclaré que la Vierge avait promis de ne revenir que trois jours encore, jusqu’au vendredi.  »

Mercredi 1er juillet   : La Vierge apparaît… dans le fourgon de police  : «  “ C’était étrange quand même ”, constate le P. Bubalo. “ Marija et Ivanka – répond Vicka – étaient terriblement effrayées […], figées de peur. C’est pour cela que nos gardiens les ont traitées de sorcières. ”  »

Jeudi 2 juillet   : Fondation du pèlerinage. Oui, déjà  ! Ce soir-là, à la demande du curé charismatique Jozo Zovko, convaincu dès ce moment de l’authenticité des apparitions, – par des révélations intimes  ! – Vicka et Jakov font une déclaration publique à l’église paroissiale. Et le curé annonce à ses ouailles  : «  À la fin de cette messe, les enfants qui ont eu la vision et ont rencontré Notre-Dame [sic] vont prier pour vous et pour vos familles.  » Une semaine seulement après le début des événements, le curé organisait le pèlerinage, invitant ainsi la foule à croire et à venir à Medjugorje  ! Une telle précipitation est étrange et assurément unique dans les annales de l’Église…

Vendredi 3 juillet   : Dixième et dernière apparition. «  À cette dernière apparition, qui se produisit au presbytère de Medjugorje – rapporte Mgr Zanic – étaient présents aussi quelques prêtres. L’apparition terminée, les voyants déclarèrent  : “ C’est la dernière apparition  !  ”   » Et pourtant, cela a continué, ça dure encore et ça n’en finit plus  ! (…)

MEDJUGORJE À LA LUMIÈRE DE LA DOCTRINE
ET DE LA MORALE CATHOLIQUE

Même si ces apparitions et les voyants nous paraissent pour le moins étranges et surprenants, ne nous hâtons pas de conclure, avant d’avoir analysé les faits et les personnes à la lumière de la foi, de la discipline et de la morale catholiques. (…)

1. L’ORTHODOXIE DES MESSAGES DE MEDJUGORJE

Les propos de l’Apparition de Medjugorje fourmillent d’ambiguïtés, d’erreurs et d’hérésies caractérisées. L’accusation est trop grave pour que Laurentin puisse continuer à l’ignorer. Il avoue  : (…) L’une des «  difficultés contre le message exemplaire [?!] de Medjugorje concerne l’œcuménisme. Pour la commission diocésaine aujourd’hui dissoute, c’était une des principales objections et Rome l’a reçue avec la plus grave attention. Le corps du délit c’est la réponse de la Vierge à une question écrite remise aux voyants le 1er octobre 81  : “ Est-ce que toutes les religions sont bonnes  ? ” “ Toutes les religions sont égales devant Dieu. ” Si cette réponse attribuait à toutes les religions même vérité ou même valeur [c’est effectivement son sens obvie et incontestable, confirmé par le contexte de dix ou quinze réponses analogues de l’Apparition, sans qu’aucune ne vienne jamais corriger ou atténuer cette hérésie patente !], l’Apparition serait disqualifiée, selon le critère de saint Paul  : “ Même si un ange du ciel vous annonce un autre Évangile, qu’il soit anathème ” (Ga 1, 8)  : ce ne pourrait pas être un ange de Dieu.  » (…)

L’abbé Laurentin affirme que les voyants ont pu se tromper, car «  ils relatent les messages globalement, de mémoire, après un délai assez variable, qui laisse place à des simplifications, approximations et transpositions…  »

Mais comment croire cependant que la Vierge Marie ait pu choisir six messagers aussi stupides et si débiles que pas un d’entre eux ne soit capable de rapporter fidèlement ses paroles  ?  ! De plus, apparaissant chaque soir, elle a eu bien des occasions de faire la mise au point nécessaire. Or, celle-ci n’est jamais venue… (…)

L’œcuménisme relativiste n’est pas la seule hérésie de Medjugorje  : signalons en passant une doctrine erronée sur la résurrection de la chair, sur l’enfer, où les damnés sont toujours «  enfants de Dieu  » et où selon Mirjana «  les gens commencent à se sentir confortables  »  !, sur la médiation de la Vierge Marie, niée de façon insistante par la Gospa  : «  Je ne dis pas de toutes les grâces. Je reçois de Dieu ce que j’obtiens par la prière.  » «  Jésus préfère que vous vous adressiez directement à lui, plutôt que par un intermédiaire.  »

2. MEDJUGORJE  : ROYAUME DU MENSONGE

Je pèse la gravité de semblables accusations, mais démasquer le mensonge et ses propagandistes n’est-il pas un devoir de charité vis-à-vis des multitudes de braves gens abusées  ?

Dès le début, l’Apparition a menti en annonçant le 30 juin 1981, sans la moindre ambiguïté, qu’elle n’apparaîtrait plus que trois fois.

Elle a menti en promettant à maintes reprises, pour des dates proches et précises, la réalisation du grand signe.

Elle a menti en faisant croire qu’elle allait apaiser rapidement la querelle qui oppose les franciscains à leurs évêques.

Mgr Zanic «  affirme avoir surpris tous les voyants à mentir  » et il en donne les preuves. Mirjana et Ivanka ont menti dès le début en cachant que le 24 juin 81, jour de la première apparition, elles s’étaient rendues sur la colline, cigarettes en poche, pour fumer en cachette. Elles l’ont avoué à Mgr Zanic en juillet 81; puis l’ont nié avec obstination à Laurentin qui, préférant les croire plutôt que l’évêque, accusa ce dernier de les calomnier. Mais le 25 juin 1986, Ivanka finit par l’avouer à Laurentin lui-même  ! Jakov ment ou affabule dans ses récits dès le 30 juin 81.

Les voyants ont menti, tout en se contredisant, au sujet du grand signe. Vicka a menti le 14 janvier 85 en racontant avoir vu «  la Vierge échapper l’Enfant Jésus de ses bras.  ». Elle a menti dix ou vingt fois au sujet de ses fameux diaires dont elle a commencé par nier l’existence. Mieux  : Vicka va jusqu’à justifier sa conduite en prétendant qu’il est normal et permis de mentir  : «  Personne, affirme-t-elle, ne dit tout le temps ce qu’il a à l’esprit. Chacun prend pour acquis que de temps à autre, on peut mentir  »  !

Les franciscains de Medjugorje, directeurs et confidents des voyants, ont pratiqué la même morale. Le P. Vlasic, directeur du pèlerinage, n’a pas craint de se parjurer à propos du diaire de Vicka, Mgr Zanic en a fourni toutes les preuves, irréfutées, et Laurentin s’est bien gardé de publier l’opuscule qu’il avait promis de faire paraître pour laver son ami charismatique de ce parjure infamant. Le P. Zovko n’est pas en reste. Pour se convaincre, il suffit de lire sa conférence aux pèlerins de “ Pour l’unité ”, le 12 avril 88. Racontant les premières apparitions aux pèlerins, il reconstitue les événements à sa guise, invente de toutes pièces des messages dont les voyants n’ont jamais parlé, calomnie odieusement son évêque, tout en mentant sur sa propre attitude qui nous est fort bien connue par les enregistrements de ses interrogatoires  !

Les propagandistes de Medjugorje, enfin, ont menti à longueur de pages. Laurentin plus que tout autre. (…)

Je n’en donnerai qu’un exemple  : iI affirme connaître et avoir utilisé les enregistrements des premiers interrogatoires des voyants. Mais ne prévoyant pas que le P. Sivric allait en publier le texte intégral, voici comment il se permet de présenter l’annonce de la fin des apparitions le 30 juin 81  : «  Ce jour-là, Mirjana crut comprendre que la Vierge ne reviendrait que trois jours encore, jusqu’au vendredi. Mais ce n’est que son interprétation   »  ! En réalité, l’enregistrement de l’interrogatoire du 30 juin, qui eut lieu aussitôt après l’apparition, ne laisse aucun doute  : Mirjana et tous les voyants unanimes affirment à plusieurs reprises que la Vierge elle-même a annoncé que les apparitions ne dureraient plus que «  trois jours encore  ».

Omissions et trucages de textes ne suffisant pas encore à rendre crédible le message de Medjugorje, ridiculement pauvre, Laurentin s’est donc employé à l’enrichir subrepticement, escomptant sans doute que dans semblable torrent de paroles vaines, nul n’y verrait goutte  ! Ainsi fait-il dire à la Vierge  : «  Accomplissez humblement votre devoir d’homme et de chrétien pour vous rendre digne du Ciel.  » Pure invention  !

3. UNE APPARITION QUI PRÊCHE LA RÉBELLION
VIS-À-VIS DE L’AUTORITÉ ECCLÉSIASTIQUE

Depuis le 19 décembre 1981, la Gospa soutient constamment l’indiscipline et la révolte des franciscains contre l’autorité légitime de l’évêque de Mostar, les encourageant à ne tenir aucun compte des sanctions motivées dont il avait dû les frapper. Pour la première fois, dans son Corpus chronologique, Laurentin publie enfin la série de ses messages subversifs et les textes montrent que les extraits publiés par Mgr Zanic étaient parfaitement exacts. Mais contrevenant aux lois les plus élémentaires de la critique, il a «  délibérément  » décidé de «  présenter en annexe, en dehors du Corpus  », cette «  série bien particulière de textes  ». Et pourquoi diantre  ? parce qu’ils «  n’appartiennent pas au message  »  ! Tous les voyants, le P. Vlasic et les franciscains affirment le contraire, les textes sont sans ambiguïté, mais peu importe, Laurentin en a décidé autrement car selon lui  : «  Les paroles attribuées à la Vierge sur la fameuse question d’Herzégovine constituent à la fois une interférence malheureuse et une cause d’obscurcissement. (…) Cette affaire n’a rien à voir avec les apparitions mêmes. On s’est acharné [qui ? sinon les voyants eux-mêmes !] à les y mêler indûment.  » (…)

Écoutons Mgr Zanic lui-même  : «  Marina B…, guide pour touristes aux voyages Atlas, amena dans mon bureau un prêtre du Panama, en août 1989. (…) Marina se présenta comme guide touristique, traductrice d’anglais et convertie de Medjugorje. Le prêtre me demanda les raisons pour lesquelles je ne croyais pas aux “ apparitions ”. Je lui répondis que j’avais au moins vingt raisons de n’y pas croire, mais qu’une seule suffisait à ceux qui sont sérieux et bien informés dans le domaine de la foi pour en venir à conclure que ces apparitions ne sont pas surnaturelles. Il me pria de bien vouloir au moins lui donner cette seule raison.

PRÊTRES SCANDALEUX  : VEGO ET VLASIC

«  Je lui racontai alors l’histoire de l’ex-prêtre franciscain, Ivica Vego. À cause de sa désobéissance, et sur un ordre de notre Saint-Père le Pape, il fut chassé de l’ordre religieux des franciscains (o.f.m.) par son Général, relevé de ses vœux et déclaré“ suspens a divinis ”. Il n’obéit pas à cet ordre et continua de célébrer la Messe, distribuer les sacrements et passer son temps avec sa maîtresse. Il est désagréable d’avoir à écrire cela, mais c’est indispensable pour que l’on voie de qui parle Notre-Dame. D’après le journal de Vicka et les relations faites par les “ voyants ”, Notre-Dame affirme treize fois qu’il est innocent et que l’évêque a tort. Quand sa maîtresse, sœur Leopolda, une religieuse, est devenue enceinte, tous deux quittèrent la vie religieuse et vécurent ensemble près de Medjugorje où leur enfant est né. Ils ont à présent deux enfants. On continue à vendre son livre de prières à Medjugorje et au-delà  ; des centaines de milliers d’exemplaires.

«  J’ai demandé à Marina de traduire cela en anglais. Marina ne peut pas être blâmée d’être tombée sur une communauté qui dissimule la vérité. Elle répondit spontanément, selon la manière de faire à Medjugorje  : “ Devons-nous leur raconter ces vilaines choses  ? ” Je lui répondis  : “ Si vous n’aviez pas couvert et dissimulé ces “ vilains événements ”, ces gens du Panama les auraient appris plus tôt et n’auraient pas eu besoin de faire en vain le voyage de Medjugorje. Il est injuste et coupable de cacher cette vérité  ; même si elle est désagréable, elle doit être dite. ”  » (…)

Autre vilaine chose concernant le Père Vlasic cette fois. Hans Hurs von Balthasar, le célèbre maître à penser des théologiens et experts du Concile Vatican II, considérait le directeur du pèlerinage de Medjugorje comme un saint. Son opinion fit forte impression à Rome, et Mgr Zanic en fut déconsidéré d’autant.

Cependant, en octobre 1985, le cardinal Ratzinger et Mgr Zanic eurent en mains toutes les preuves d’un scandale dont le père Vlasic s’était rendu coupable avec une religieuse de son ordre. Vlasic était dans la même situation matrimoniale que Vego, mais il avait pris grand soin de la dissimuler… Face à cette accusation, le lobby charismatique, en la personne de Laurentin, essaya de disculper Vlasic. Ils crurent avoir réussi et en profitèrent pour calomnier Mgr Zanic jusqu’au jour où l’enquête d’un journaliste américain justifia les accusations de l’évêque de Mostar et rendit insoutenable la version des faits présentés par les amis de Vlasic. (…)

4. VULGARITÉS, BIZARRERIES INQUIÉTANTES

Chaque jour apporte de nouveaux faits scandaleux, de nouvelles attitudes de l’Apparition incontestablement vulgaires, troubles ou malsaines. Ce qui faisait dire à un évêque croate  : «  Tout va bien à Medjugorje, sauf la Madone.  »

Les interrogatoires de juin 81 fourmillent de bizarreries encore jamais mentionnées telles que les hirondelles et le «  papillon noir  » qui accompagnent l’Apparition «  belle comme une actrice  », comme dit Jakov  ; le tremblement de ses mains  ; sans parler de l’évanouissement subit des voyantes lorsqu’elles jettent de l’eau bénite en sa direction  ; le fait que les voyants répètent bien vingt fois que l’on ne peut voir les pieds de l’Apparition, etc…

J’ai cité les témoignages rapportant comment «  “ la Vierge  ”permettait à tous ceux qui le désiraient de venir la toucher   », comment les voyants les guidaient en disant  : «  Maintenant, vous touchez son voile, sa tête, sa main, sa robe…   ». Les récits de ces insupportables séances d’attouchements et d’embrassades se comptent par dizaines. J’ai reproché à l’abbé Laurentin de n’en point parler. Ce à quoi il répond  : «  Là où l’on dit  : L’abbé Laurentin ne cite pas tel fait ou telle parole, pourquoi les cache-t-il (par quelle malhonnêteté ou subterfuge, etc.)  ? C’est ordinairement que je ne l’ai pas retenu parce que non fondé ou tout à fait accessoire…   » Non fondés ou négligeables, tous ces faits troublants et scandaleux  ? Ils sont maintenant garantis par Vicka elle-même qui les raconte sans gêne au Père Bubalo.

En veut-on quelques spécimens  ? À l’automne 1981, la Vierge fait venir Marinko, le garagiste, alors en train de faire son eau-de-vie…, pour l’embrasser  ! Il «  n’a pas senti exactement le baiser, mais une espèce de courant…   » Sur la colline, vers minuit, l’Apparition invite tous ceux qui le veulent à la toucher. Mais on «  piétine sa robe, d’autres son voile   », et elle part. Le 2 août nouvelle séance  ; Vicka raconte  : «  C’était étrange. Là où certains touchaient Notre-Dame, il restait comme une tache  ; de telle manière qu’à la fin, elle semblait salie, pleine de taches.   » Le 2 septembre, au cours d’une apparition à Ivan, la Vierge «  donne un baiser à la grande image du pape Jean-Paul II.  » En novembre 81, raconte Vicka, nouveau baiser à l’image du Pape, au cours d’une apparition aux autres voyants. Plus récemment dans la “ chapelle des apparitions ”, «  un médecin a demandé à Vicka de circonscrire la silhouette de la Vierge. Elle a pris sa main et l’a guidée autour, puis en arrière, manifestant ainsi la troisième dimension.   » Rien de tout cela ne surprend, rien ne choque notre expert charismatique. (…)

À la seule lumière de la vraie foi catholique, libre des a priori passionnels qui aveuglent ceux qui sont liés au charismatisme mondial, il apparaît qu’au-delà de la fumée des propagandes tapageuses, globalement les fruits de Medjugorje ne sont pas bons. (…)

5. UNE VASTE OPÉRATION FINANCIÈRE

Medjugorje, sous l’impulsion du charismatisme mondial et aussi avec le soutien de tout l’appareil de l’Église conciliaire, sera aussi une grosse et juteuse opération financière. Des millions de pèlerins, des millions de lecteurs… Mgr Zanic le dira  : «  Laurentin et les autres sont des menteurs riches, riches, riches  ! Tous ceux qui ont écrit et imprimé les livres, filmé et reproduit les cassettes, diffusé les souvenirs, etc… sont riches  ! Car l’argent joue un rôle très important dans cette affaire. L’argent, l’argent  ! Et les franciscains ont des dollars, des deutsche Mark, des lires, des francs… Énorme  !  » (…)

MEDJUGORJE 18 ANS APRÈS LES APPARITIONS

Que sont devenus les voyants après leurs mille ou deux mille extases quotidiennes  ? Joachim Boufflet nous l’apprend dans son livre  : “ Medjugorje ou la fabrication du surnaturel. ”

«  Eux aussi ont cédé au vedettariat américano-italo-français, multipliant voyages et conférences pour se faire dans le monde entier les représentants de commerce de leurs apparitions, jusqu’à en avoir dans les pays qu’ils visitent. On ne saurait rêver propagande plus efficace… et plus lucrative.

«  Plus que les apparitions,c’est l’argent qui transfigure l’existence des visionnaires. Ils vivent dans des conditions matérielles tout à fait enviables, qui chez certains contrastent singulièrement avec l’ascèse qu’ils prônent. Le style de vie dispendieux d’Ivan, issu d’une des plus pauvres familles du hameau le plus défavorisé de Medjugorje, est sinon un exemple, du moins l’illustration de ce que rapportent les apparitions de la Gospa. Toutela localité sombre très vite dans cette fièvre de l’argent, dont chacun peut constater chez les visionnaires les effets bénéfiques. “ Même les familles pieuses ont été touchées par ce vertige. Elles ont construit maison après maison. Je ne parle pas des familles communistes  ! On construit une maison, puis une deuxième, et puis on achète un terrain à côté et on en construit encore une. J’ai vu cela. Alors les gens sont devenus, en quelques années, extrêmement riches. On achète une Mercédès… et tout le reste. Cela a été vraiment une maladie. ”  »

Les visionnaires Ivan, Ivanka, Jakov, Marija, Mirjana, Marijana sont désormais mariés. (…) «  Tous sont logés à la même enseigne, si l’on peut dire  : “ Mirjana, mère de deux enfants, tient pension de famille pour les pèlerins dans le voisinage d’Ivan et de Jakov. ” Les habitants de Medjugorje, qui depuis longtemps ne sont plus dupes – mais les pèlerinages leur profitent à eux aussi – ont surnommé par dérision la rue où se trouvent les hôtels des visionnaires la rue des millionnaires.  »

MEDJUGORJE  : UNE DÉSORIENTATION DIABOLIQUE

Le 22 septembre 87, dans une “ Lettre ouverte ” à Mgr Zanic, le P. Dugandzig, alors desservant de Medjugorje, lui adressait ce reproche  : «   En ce moment vous travaillez à démontrer que c’est Satan en personne qui est à l’œuvre et que, depuis l’époque de Jésus-Christ, c’est sa plus grande imposture.   » Comment ne pas souscrire à ce tragique constat de l’évêque de Mostar, quand on sait que l’hérésie, le mensonge, la rébellion et les bizarreries inconvenantes sont précisément les signes habituels qui permettent de détecter avec certitude la présence et l’action du Malin  ?

L’apparition, par son soutien de plus en plus camouflé, mais constant et irrévocable au Renouveau charismatique, a contribué avec une efficacité sans précédent à faire tomber chez de nombreux prêtres, évêques et cardinaux, la barrière des justes méfiances et de la prudence surnaturelle qui lui faisaient encore obstacle, provoquant ainsi son expansion foudroyante depuis les années 80.

Or, comme l’abbé de Nantes l’a souvent expliqué, le charismatisme succède au modernisme et au progressisme comme la troisième phase de la grande entreprise d’infiltration satanique de l’Église, pour son autodestruction et la perte des âmes. On comprend dès lors que le démon, qui sait perdre un peu pour un temps afin de gagner bientôt davantage, se soucie fort peu des quelques «  bons fruits  » que Medjugorje peut occasionner accidentellement. (…)

Extraits de la CRC n° 223, juin 1986, p. 5-36
et de Medjugorje en toute vérité, 519 pages

 Pour en savoir plus >