La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La datation des Évangiles

Il faut reconnaître qu’à notre époque, grâce aux progrès des sciences, nous vérifions tous les jours, par grâce et non sans une volonté divine, providentielle, que les Évangiles disent vrai, étant l’œuvre de témoins oculaires, bien plus, des acteurs mêmes des événements inouïs qu’ils racontent.

Il faut donc croire les évangélistes, à l’encontre de l’incrédulité invétérée, bétonnée, qui gouverne l’exégèse depuis cent cinquante ans, depuis Strauss et Renan jusqu’à Drewermann, Duquesne et Stanton. «  Qu’une tempête se soit apaisée par un mot est une chose que nous ne croyons pas et que nous ne croirons jamais  », écrivait Harnack dans l’Essence du christianisme, en 1900. Après cent ans de découvertes archéologiques et de progrès exégétiques, nous sommes en droit de répondre avec assurance  : il faut pourtant le croire, d’autant que saint Marc écrivait sous le contrôle des témoins oculaires, comme le prouvent les fragments de papyrus grecs, datés d’avant l’an 50, découverts dans la grotte 7 de Qumrân, dont le n° 5, appelé 7Q5, conserve un passage de l’Évangile de Marc (Mc 6, 52-53).

Les grottes de Qumrân, ainsi que le site lui-même, ayant été abandonnés en 68 ap. J.-C., au moment de l’invasion romaine, il faut admettre que tous les manuscrits découverts dans ces grottes datent d’avant 68, et sont donc antérieurs, et de loin  ! au fameux papyrus P 52 (= Jn 18, 31-33; 37-38), conservé à la bibliothèque universitaire John Rylands de Manchester, daté du premier quart du deuxième siècle, et longtemps considéré comme le plus ancien manuscrit du Nouveau Testament.

Ce n’est pas tout. Depuis Noël 1994, la nouvelle datation du papyrus Magdalen College d’Oxford (P 64) nous ramène aussi à l’époque des Apôtres, témoins oculaires des faits et gestes de Jésus, de ses miracles et de ses prophéties. N’en déplaise aux nombreux spécialistes dont ce résultat dérange les thèses modernistes.

I. LE PREMIER ÉVANGILE RETROUVÉ

Pour Noël 1994, les Anglais ont reçu une bonne nouvelle, carillonnée joyeusement à la une de leur grand quotidien,The Times, dans son édition du 24 décembre, sous le titre  : «   Le papyrus d’Oxford est un témoignage oculaire de la vie du Christ  », et de nouveau le lendemain de Noël, «   À la recherche de la vérité de l’Évangile   ». (…)

Agrandissement d'un fragment du papyrus

Agrandissement d’un fragment
du papyrus “ P 64 ”.

L’identité du texte étiqueté “ P 64 ” (le papyrus Magdalen Greek 17) ne laisse place à aucune hésitation  : les lettres et les mots qu’on y déchiffre appartiennent à un passage de l’Évangile de saint Matthieu, au chapitre de l’onction de Béthanie au “ verso  ” du papyrus, et de l’annonce de la trahison de Judas et du reniement de Pierre, au “ recto  ” (Mt 26). L’utilisation des deux faces du papyrus montre que ces fragments appartenaient à l’origine à une feuille de “ codex ”, provenant d’un manuscrit de l’Évangile de saint Matthieu relié en cahiers par la tranche, et non plus bobiné en rouleau.

Si cette identification est certaine, en revanche la controverse se rallume périodiquement sur la question de l’âge  : à quelle date le texte fut-il copié  ? Pendant cinquante ans la réponse à cette question parut aller de soi  : IIIe, voire IVe siècle de notre ère.

En 1953, ces fragments furent édités pour la première fois par le papyrologue britannique C. Roberts. Celui-ci affirma qu’il fallait les dater de la fin du IIe siècle. Aujourd’hui, nouveau coup de théâtre  : Carsten Peter Thiede jette un regard neuf sur le papyrus du Magdalen et croit pouvoir affirmer qu’il est plus ancien que Roberts ne l’avait soupçonné, et il le fait avec une splendide liberté qui n’a d’égale que son érudition sans rivale, jamais prise en défaut dans les diverses disciplines scientifiques concernées. (…)

LE COUP DE GÉNIE

Carsten Peter Thiede

Carsten Peter Thiede

Connaissant le papyrus de Magdalen et ce qui avait été publié à son sujet en 1953, Thiede était curieux de le voir. (…) Il s’arrangea donc pour s’éclipser quelques jours à Oxford. (…) Le Times raconte les circonstances de sa découverte  :

«  “ Pour dater un papyrus, explique-t-il, il faut connaître son environnement sociologique, topographique, archéologique. ” Une datation au carbone 14 indiquerait seulement l’âge du papyrus, mais pas la date à laquelle le texte fut écrit. Pour dater le fragment, Thiede a dû analyser le langage utilisé, tâche malaisée lorsque les sources se limitent à trois fragments mesurant deux centimètres par trois.

«  Néanmoins, c’était assez pour permettre à Thiede de juger que le texte des papyrus était propre à un type de scribe travaillant bien avant la fin du second siècle. (…)

«  Ce message, si Thiede est dans le vrai, est un témoignage oculaire touchant la vie et la mort du Christ.  » Autrement dit, la nouvelle datation signifie que «  les Évangiles ont été rédigés et lus par les mêmes hommes qui marchèrent avec Jésus à travers la Galilée, qui l’entendirent prononcer le Sermon sur la Montagne, et qui pleurèrent lorsque l’orage éclata sur le Golgotha.  »

«  Les conséquences sont confondantes  », articule Julia Llewelling Smith qui recueille les propos de Thiede pour le Times du 26 décembre. Et Matthieu d’Ancona dans l’éditorial du 24  : «  Pour la science biblique, c’est un bond en avant comme il n’y en a pas eu depuis la découverte des rouleaux de la mer Morte en 1947. La nouvelle datation prouve de façon décisive que dans l’intervalle de la génération qui a suivi la Crucifixion, Matthieu était déjà écrit  ; peut-être même encore plus tôt.  » (…)

«  Mais Thiede, conscient des pièges à éviter, se refuse à l’hyperbole  : “ Je ne cherche certes pas le sensationnel ”, explique-t-il avec gravité. Certaines de mes affirmations sont à débattre. C’est une œuvre en cours, un point de départ vers quelque chose de nouveau. Mais ce n’est pas à moi de trancher. Il faut s’attendre à des confirmations mais aussi à des contributions négatives.  »

UNE ATTAQUE DÉLOYALE

Il ne pouvait mieux dire. «  Contributions négatives  »,negative assessments, signifie objections sérieuses, contribuant à faire avancer la recherche en suscitant une controverse féconde. Au lieu de cela, que voyons-nous  ? Une attaque, aussi soudaine que perfide, tente de discréditer d’avance le chercheur allemand, tant en France qu’en Italie, avant tout examen de son étude. (…) Et puis voici l’argument massue  : point de papyrus écrit recto verso avant le IIe siècle. Alors…

Eh bien, examinons pourtant la démonstration que Thiede réserve à ses pairs. Nous ne tarderons pas à en éprouver la rigueur, en total contraste avec les jugements sommaires de nos “ chercheurs ” patentés.

Voici un résumé succinct des résultats de l’étude de Thiede  :

N.B. Pour ne pas rebuter le lecteur non spécialiste, nous avons mis ces explications techniques en annexe >  ;>  ;>  ;

  • Le format codex n’est pas totalement inexistant au Ier siècle.
  • La critique textuelle nous révèle un langage simple, ramené au strict nécessaire, témoin du style sobre et dépouillé des scribes chrétiens du premier siècle. Quelques variantes rarement utilisées caractérisent aussi un textus brevior originel.
  • La méthode comparative favorise une date plus reculée que le 2e siècle, pour des raisons de paléographie.
LE PAPYRUS “ MAGDALEN GREEK 17 ” (GREGORY-ALAND P 64)

LE PAPYRUS “MAGDALEN GREEK 17” LE PAPYRUS “MAGDALEN GREEK 17”

CONCLUSION

«  Les fragments de l’Évangile de Matthieu appartenant à l’ancienne bibliothèque du Magdalen College d’Oxford, qui doivent être intitulés désormais Magdalen Greek 17, et non pas 18, demeurent les plus anciens papyrus de cet Évangile  ; et ils peuvent être datés de la fin du premier siècle, quelque temps après la destruction du Temple de Jérusalem, plutôt que de la fin du deuxième. (…)  »

À la vérité, d’un point de vue purement paléographique, son étude n’aboutit pas à «  dater à quelques années près un manuscrit  », chose impossible. Simplement, il définit un intervalle, une «  plage  » qui va de la fin du premier siècle avant J.-C. à la fin du premier siècle après J.-C. On pourrait donc retourner à Thiede la remarque faite par lui-même à Roberts au sujet de la date du P 52  : «  Il se décide pour la date qui semble la plus tardive possible, environ 125 ap. J.-C. Il aurait aussi bien pu prendre moins de précautions et lui préférer l’autre extrémité du spectre  », l’époque de Domitien (81-96). Ainsi en va-t-il de la date assignée par Thiede au fragment de saint Matthieu P 64. Nous avons souligné combien il avait raison d’observer que «  le terminus post quem historique pour chacun des Évangiles est constitué par les derniers événements qu’ils rapportent  : la crucifixion de Jésus et sa résurrection, an 30 de notre ère  ». Mais alors, on peut aussi bien dater le Magdalen Gr. 17 des années 30; ce serait opter pour un juste milieu, précisément le milieu de la “ plage ” définie par la comparaison de ces fragments avec les manuscrits de Nahal Hever, d’une part, d’Herculanum et de Qumrân d’autre part.

Telle est bien la vraie conclusion, parfaitement comprise des journalistes du Times, avec toutes ses conséquences «  confondantes  »  : «  Donc cela veut dire que les acteurs de cette histoire étaient là autour lorsque le récit en fut écrit. Cela veut dire qu’ils étaient .  » (…)

II. PEUT-ON SE FIER AU NOUVEAU TESTAMENT  ?

Marchadour le pressent  : «  Est-on enfin arrivé à résoudre l’épineuse question de la date de composition du Nouveau Testament  ? Si c’était le cas, nous serions à un moment décisif dans l’histoire de l’exégèse.  » Certainement, c’est le cas, et c’est ce qu’il nous faut maintenant montrer.

En 1981, l’abbé de Nantes recensait un petit livre de John A.T. Robinson, l’évêque anglican de Woolwich, traduit en français sous le titre provocant  : “ Peut-on se fier au Nouveau Testament  ? ” «  Par son seul chapitre IV, déclarait l’abbé de Nantes, (…) le petit livre de Robinson me paraît l’événement, en sciences religieuses, le plus important depuis la dévastatrice Vie de Jésus d’Ernest Renan (1863).  » (…)

Robinson y dénonce «  la tyrannie multiforme des suppositions non examinées  ». (…)

POUR EN FINIR AVEC LE MODERNISME

«  La première est que la mise par écrit des traditions ne commença pas avant une période considérablement longue de transmission orale – la transition étant marquée, est-il aussi souvent supposé, par la disparition de la première génération apostolique ou par l’évanouissement de l’espoir d’une parousie prochaine.  » (…)

Or, voici du nouveau  : «  Dans un article important et rafraîchissant sur les “ New Directives in Form Criticism ”, Ellis observe que l’hypothèse en vertu de laquelle “ la mise par écrit aurait commencé seulement quand l’attente de la fin imminente de cet âge-ci se fut atténuée, s’effondra avec la découverte des manuscrits de la mer Morte  : la secte de Qumrân se considérait comme la ‘ dernière génération ’ (1 QpHab 2, 7; 7, 2), s’attendait à une fin imminente, mais produisit néanmoins un vaste corpus de littérature ”.

«  De plus, il fait valoir un argument, évident quand on y pense  :

«  “ La circonstance qui donna lieu à des enseignements écrits dans le christianisme primitif fut la distance géographique, non la distance chronologique. C’est évident dans le cas des lettres de Paul et du Décret de Jérusalem (Actes des Apôtres 15), mais une situation similaire, sur une échelle plus réduite, se présenta également pour la mission de Jésus. ” (…)  »

Ces observations lumineuses, libératrices, étaient écrites il y a vingt ans. Aujourd’hui le papyrus du Magdalen Gr. 17 apporte une nouvelle confirmation, éclatante, à la conjecture “ rafraîchissante ” d’Ellis.

POUR EN FINIR AVEC LE “ PROBLÈME SYNOPTIQUE ”

«  D’après la seconde présomption, poursuit Robinson, une fois que la période de mise par écrit commença réellement, les traditions furent transmises et influencées mutuellement, presque de façon exclusive, par les processus de dépendance littéraire  : un auteur “ utilisait ”, “ copiait ” ou “ transformait ” un autre. (…)

«  Au contraire, il y a tout lieu de croire que les deux processus, oral et littéraire, se poursuivent en même temps au cours de la majeure partie des cent premières années de l’Église chrétienne. La mise par écrit se fit plus tôt et le règne de la “ voix vivante ” fut plus long que nous avions tendance à le supposer.  » C’est ce que montre l’ensemble de l’ouvrage. (…)

AVANT LA CHUTE DE JÉRUSALEM (70 ap. J.-C.)

Robinson écrit  : «  Un des faits les plus étranges de la recherche néotestamentaire est sans doute le suivant  : ce qui, de toute évidence, devrait apparaître comme l’événement de loin le plus facilement datable et le plus culminant de l’époque – la chute de Jérusalem en 70 après J.-C. – n’est jamais mentionné comme un fait passé. (…)  »

Prenez le discours par lequel Jésus annonce cet événement dans l’Évangile de saint Marc  : «  Lorsque vous verrez l’abomination de la désolation installée là où elle ne doit pas être (que le lecteur comprenne  !), alors que ceux qui seront en Judée s’enfuient dans les montagnes, que celui qui sera sur la terrasse ne descende pas pour rentrer dans sa maison et prendre ses affaires  ; et que celui qui sera aux champs ne retourne pas en arrière pour prendre son manteau  !  » (Mc 13, 14-16) Des exégètes ont soutenu que ce discours avait été écrit après les événements de 70, et modelé sur eux en forme de prophétie ex eventu. Mais c’est impossible  : loin de se réfugier dans les montagnes, aux mains des Romains dès l’automne 67, les chrétiens, nous le savons par Eusèbe, s’enfuirent à Pella, «  une cité grecque de la Décapole située sous le niveau de la mer, à l’est du Jourdain  ». (…)

Et voici la fine pointe de la preuve que les paroles de Jésus constituent une vraie prophétie  : «  De plus, l’influence du Livre de Daniel sur ce chapitre est si pénétrante qu’il est difficile de croire que ce qui, chez Daniel, est régulièrement associé à l’abomination de la désolation, à savoir la suspension de l’offrande quotidienne dans le Temple, n’eût pas été mentionné si cette suspension avait déjà eu lieu comme elle eut lieu effectivement en août 70.  »

Ajoutons ce qui n’a pas effleuré un Robinson trop protestant, trop moderniste pour y penser  : de la part de Jésus, le silence sur “ la suspension de l’offrande quotidienne ” s’explique. Cette offrande ne compte déjà plus à ses yeux, n’étant que la figure du sacrifice parfait qu’il est venu accomplir sur la Croix et perpétuer par le Saint-Sacrifice de la messe. (…)

Robinson complète son argumentation par une preuve a contrario  : «  Si on veut vraiment savoir à quoi ressemble une prophétie ex eventu, on doit se tourner vers les prétendus Oracles Sibyllins (4, 125-127)  : “ Et un chef romain viendra en Syrie, il brûlera le temple de Solyma (= Jérusalem) et en outre massacrera beaucoup d’hommes et dévastera la grande terre des Juifs et son large passage. ” C’est de tels détails précisément qu’on ne trouve pas dans le Nouveau Testament.  » La démonstration est cristalline. (…)

La conclusion de ce chapitre est un “ défi ” que Torrey lançait dès 1947, et qui ne fut jamais relevé  : «  Il n’y a aucun indice résistant quelque peu à l’examen qui soit susceptible de montrer qu’aucun des Évangiles ait été écrit après le milieu du siècle environ et je défie les exégètes par la présente de jamais produire un tel indice.  » Non seulement personne n’a relevé le défi, mais les découvertes archéologiques n’ont fait qu’apporter de nouvelles preuves en faveur de l’affirmation de Torrey  : avant le milieu du siècle.

AVANT LE MARTYRE DE JACQUES (62 ap. J.-C.)

Robinson observe qu’il n’y a, dans les Actes des Apôtres, «  aucune allusion à la mort de Jacques, le “ frère du Seigneur ”, en 62.  » (p. 131) Elle n’avait donc pas encore eu lieu lorsque saint Luc achevait son ouvrage, sinon il aurait raconté cet assassinat «  perpétré à l’initiative du Sanhédrin contre l’autorité de Rome  », souligne Robinson  : «  Aucun incident n’aurait mieux servi le propos apologétique de Luc en vertu duquel ce furent les Juifs, non les Romains, qui se révélèrent les vrais ennemis de l’Évangile.  »

On lit au chapitre 12 des Actes qu’Hérode Agrippa Ier fait décapiter l’autre Jacques, le frère de Jean (Ac 12, 2) et jeter Pierre en prison (Pâques 44). En revanche, on ne soupçonne même pas, tout au long des Actes, qu’il existât le moindre nuage entre Jacques, “ le frère du Seigneur ”, et les autorités juives. «  On ne trouve pas non plus dans les Actes l’ombre d’une allusion à une révolte juive imminente, sans parler de la destruction de Jérusalem qui aurait pu confirmer les prophéties antérieures de l’Évangile. (…) On ne pourrait jamais deviner par les Actes ce qui devait éclater quelques années plus tard.  » (p. 132)

Les derniers mots des Actes nous présentent Paul demeurant à Rome «  deux années entières dans le logis qu’il avait loué, y recevant tous ceux qui venaient le trouver.  » (Ac 28, 30). Robinson cite alors Harnack, (…) qui en vint à conclure que les Actes furent écrits au moment précis où le récit se termine  : «  (…) Plus nous voyons clairement que le procès de Paul et avant tout son appel à César sont le sujet principal du dernier quart des Actes, plus il apparaît désespéré d’expliquer pourquoi le récit s’interrompt comme il le fait, sinon en supposant que le procès n’avait pas encore atteint son dénouement réel. Il est inutile de lutter contre cette conclusion.  » (…)

AVANT LE CONCILE DE JÉRUSALEM (49 ap. J.-C.)

«  On doit (…) être prêt à prendre au sérieux la tradition suivante  : Marc, dans la maison duquel Pierre chercha refuge à Jérusalem, au cours de son évasion précipitée (Ac 12, 12-17) et auquel plus tard, à Rome, il devait se référer comme à son “ fils ” (1 P 5, 13), accompagna Pierre à Rome en 42 en tant qu’interprète et catéchiste.  » (…)

Après que Pierre eut quitté Rome pour regagner la Syrie-Palestine, après la mort d’Hérode, Marc écrivit son Évangile à la demande de «  ses auditeurs qui étaient nombreux  », comme le rapporte Eusèbe qui ajoute  : «  Ce que Pierre ayant appris, il ne fit rien ni pour l’empêcher ni pour l’y pousser par ses conseils.  » Nous sommes là sur le terrain solide des témoignages historiques, dont Robinson, après beaucoup d’autres, pèse soigneusement la valeur  : Eusèbe (265-340), corroboré par Papias (IIe siècle) et surtout Clément d’Alexandrie. La découverte d’un fragment de l’Évangile de Marc dans la grotte 7 de Qumrân, daté par Roberts d’ “ avant 50 ”, n’a fait qu’apporter une éclatante confirmation à cette tradition.

Ainsi, il y a tout lieu de penser que saint Marc figurait parmi ceux que saint Luc mentionne dans le prologue de son Évangile comme ayant entrepris avant lui de composer «  un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole  » (Lc 1, 1-2).

AVANT SAINT PAUL

Et saint Matthieu  ? Comme il fallait s’y attendre, les analyses les plus fines de la critique interne rejoignent l’antique tradition  : c’est le “ premier ” Évangile. On discerne son influence sur les premières épîtres de saint Paul, écrites aux Thessaloniciens au cours de son deuxième voyage (50-52). On constate surtout les affinités de Matthieu avec la Didachè, un écrit chrétien rédigé en grec, daté de la première génération apostolique par l’étude de l’abbé J.-P. Audet. Robinson, pour sa part, serait enclin à la situer entre 40 et 60 plutôt qu’entre 50 et 70. (…)

Or la Didachè cite la prière dominicale selon la version que nous lisons dans saint Matthieu  : «  Ne priez pas comme les hypocrites, mais comme le Seigneur l’a demandédans son Évangile; priez ainsi  : “ Notre Père… ”  » (Didachè 8, 2). Suit le Pater selon Matthieu 6, 9-13. (…) “ L’Évangile du Seigneur ” est donc, pour la Didachè, l’Évangile de saint Matthieu. (…)

L’Évangile de saint Matthieu remonte donc à la première décennie de l’expansion de l’Église, peut-être même à cette période que Robinson appelle, à la suite de Hengel, les «  quatre ou cinq années “ explosives ”, entre 30 et 35  », qui ont suivi la Pentecôte. (…)

Cela veut dire en clair  : avant même d’avoir été «  raconté, prié, médité dans les communautés  », l’Évangile a d’abord été… révélé  ! «  au point qu’il porte, de façon indélébile, la marque de Jésus-Christ à chaque page  ». Pour la faire nôtre, je n’ai changé qu’un seul mot, qu’un seul nom à la conclusion de Marchadour. À ce seul nom, qui est celui de Jésus-Christ, les miasmes du modernisme se dissipent, et nous touchons à la réalité, à la vérité, à la substance de l’Évangile. (…)

Frère Bruno Bonnet-Eymard
Extraits de Bible, Archéologie et Histoire, tome 1, p. 95-116;
tome 2, p. 97-99

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