La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Le mystère de l’Église et l’Antichrist
II. L’EXPLICATION THÉOLOGIQUE

Après l’accusation terrible de la Lettre 58 et cette première approche descriptive des Lettres 59 et 60, la Lettre 61 fournit l’explication théologique la plus profonde de l’hérésie progressiste, annonçant déjà le plan et tous les thèmes essentiels que les Lettres suivantes développeront. C’est un flot de lumière éclairant d’un seul coup, – par contraste avec l’exposé limpide des vérités majeures de notre foi –, ce magma confus, cet amas ténébreux d’erreurs insaisissables.

LES “ TROIS CLOUS D’OR ” DE NOTRE CREDO CATHOLIQUE

L’abbé de Nantes a souvent montré à ses amis que seules les âmes mystiques peuvent aujourd’hui résister au débordement d’erreurs qui semble devoir tout emporter. (…) Il l’expliquait dès décembre 59  :

Prenons garde à réciter souvent notre Credo et à laisser les vérités cardinales de notre foi dominer vraiment toute notre vie, plutôt que des préoccupations ou des idées, si nobles d’apparence qu’elles soient, qui lui sont étrangères. (…)

Mais pour nous en garder, n’avons-nous pas l’Écriture Sainte bien entendue, l’enseignement de l’Église, parfaitement clair et suffisant, enfin l’expérience du passé où tant de vieilles séductions – que ranime en notre temps le progressisme – ont tenté d’arracher les âmes innocentes à la sollicitude maternelle de l’Église  ? (…)

Qu’est donc notre foi essentielle, le principe surnaturel de toutes nos pensées et de toutes nos actions  ?

1° C’est la certitude de la chute originelle de l’humanité, devenue par sa faute l’esclave de Satan et malheureuse.

2° Mais c’est aussi la certitude de sa rédemption accomplie sur la croix par Jésus-Christ, Fils de Dieu et homme comme nous.

3° Enfin, c’est la certitude du Ciel rouvert à l’humanité rachetée, lavée dans l’eau et l’Esprit-Saint par le baptême, unie à Jésus-Christ comme son propre Corps en une Église toute tournée par l’Amour vers la consommation de son union éternelle au Dieu Trinité.

Telle est notre foi, telle est la triple certitude qui, de son triple rayon, jette une lumière éblouissante sur nos moindres actions…

C’est dire que notre Sauveur, recréant de son sang une humanité nouvelle, l’Église, a fixé l’histoire du salut en trois étapes. Celle du Péché, donné comme le principe de toute la misère humaine. Celle de la Rédemption opérée par la Croix. Celle enfin de la Restauration bienheureuse dans le Ciel. Tout le grand dessein de Dieu, tout le mouvement de notre foi est comme fixé et tenu bien haut, en plein surnaturel, par ces trois clous d’or  : Péché d’Adam – Sacrifice du Calvaire – Retour de Jésus. (…)

L’Église a d’ailleurs défini ces vérités, en a fait ses dogmes du péché originel, de la Rédemption et de la Vie Éternelle qu’il faut croire, qu’il n’est pas permis de taire et qu’il est bien dangereux de revêtir d’autres mots, d’autres images à la mode du jour, ou de rapprocher de contestables événements contemporains… (…)

LE PROGRESSISME  : UNE TRANSPOSITION CHARNELLE
ET ANTICHRIST DU DRAME CHRÉTIEN

Événements historiques, parfaitement objectifs, cette déchéance, cette délivrance, ce renouvellement ont avant tout une portée surnaturelle. C’est pourquoi toute vie chrétienne, toute vie mystique reposent sur ce triple fondement. (…)

On peut nier l’un ou l’autre élément de ce drame ou le rejeter tout entier, athéisme ou hérésies peu redoutables. Mais le progressisme n’est pas la négation déclarée d’un dogme quelconque. C’est une hérésie globale, une «  transposition  », une «  contrefaçon  », une perversion totale mais sournoise de notre foi catholique, ce qui permet à ses tenants de rester dans l’Église.

Ce qui fait la force, la puissance d’attraction de cette nouvelle mystique, c’est qu’elle conserve le mystère du salut dans son mouvement admirable de chute et de redressement, mais elle le vide de son contenu éminemment surnaturel et le transpose dans un plan humain et terrestre.

Le progressisme, en cela, n’invente rien. Il se situe dans la ligne des grandes religions et idéologies antichrists de tous les temps  : judaïsme talmudique, islamisme, marxisme.

En effet, chute, rédemption, salut, ce drame en trois âges est d’une telle puissance, il éclaire d’une si forte lumière l’intelligence et réchauffe tant le cœur, (…) que tous les courants de pensée, tous les mouvements humains qui ont concurrencé le christianisme et se sont opposés à lui ont repris la courbe générale de ce progrès, ont adopté ce triptyque  : Déchéance – Délivrance – Renouvellement, mais ils en ont enfermé tout le contenu dans les horizons terrestres. (…) D’où leur opposition et leur contradiction foncière avec un christianisme qui, délaissant les espoirs chimériques d’une rénovation de l’homme par l’homme, se veut dans toute sa foi résolument surnaturel, spirituel et céleste. (…)

Le progressisme pousse à son comble la très vieille imposture dont le judaïsme est le principe permanent, et que tout rameau détaché du tronc catholique a réédité avec plus ou moins de force, à savoir la transposition de la foi et de l’espérance chrétiennes dans les horizons du monde et de la chair d’où Jésus les avait dégagées. Comment cela  ?

Il se produit d’abord dans l’esprit du progressiste une confusion de la foi chrétienne avec tout idéalisme à prétentions généreuses. Cette confusion amène une contamination à double sens  : une naturalisation du surnaturel allant de pair avec une surnaturalisation du naturel.

L’abbé de Nantes montre comment cette défiguration sacrilège du surnaturel suivie d’une transfiguration du naturel, tout aussi insultante pour Dieu, est successivement appliquée par le progressisme à chacun des trois actes décisifs du drame du salut chrétien. Il en donne, dans sa Lettre 70 (Pâques 1960), un premier raccourci saisissant  :

Le progressisme chrétien repose donc sur une triple confusion  :

1° Le péché originel dont libère le baptême chrétien se trouve rejeté par lui en arrière-plan, tandis que toute oppression politique, économique ou sociale devient le mal absolu contre lequel la conscience chrétienne se dresse, au coude à coude avec tous les révolutionnaires.

2° La Rédemption par la Croix se trouve évacuée comme un lointain mais exaltant symbole, pour céder la place au sacrifice des militants chrétiens, juifs, musulmans ou communistes, qui donnent leur vie pour la cause, pour la libération, pour l’indépendance du peuple  ; ce sont les nouveaux martyrs auxquels l’humanité devra son salut à venir.

3° Enfin la vie éternelle du Ciel se trouve reléguée à plus tard, au profit de cette cité terrestre pour laquelle nous devons tous travailler, et d’abord en collaborant avec ceux, d’où qu’ils viennent, qui veulent un monde plus humain, plus libre, plus fraternel. C’est là charité évangélique…

L’œcuménisme progressiste est dans le droit fil de cette prétendue charité. Et il ne s’explique profondément que par cette fraternité… dans la même hérésie fondamentale  :

Pour les progressistes, être chrétien, c’est croire au Progrès, et puisque juifs, mahométans, marxistes et autres y croient et y travaillent, ils sont nos frères sans le savoir, et ils méritent notre aide, notre estime, notre charité.

Et le théologien de la Contre-Réforme catholique d’expliquer par quelle évolution inéluctable le progressiste aboutit finalement à l’apostasie  :

Il ressent bientôt, en effet, une profonde désaffection pour son Église traditionnelle, tellement moins efficace que les autres mouvements révolutionnaires  ! De plus en plus, il s’en sépare, car son cœur est ailleurs. Finalement, il en vient à identifier l’Église avec le groupe ennemi qu’il faut détruire, et il se justifie en prônant un christianisme idéal où le Progrès de l’Histoire et la Foi en l’Homme sont tout, christianisme qu’il trouve vibrant et vivant parmi les libérateurs révolutionnaires. (…) Ce jour-là le progressiste, arrivé au terme de son évolution, est mûr pour l’apostasie. (…)

Trois ans après cette lettre, le progressisme l’emportait au Concile même.

Extraits de Pour l’Église tome 1, p. 117-130
Il est ressuscité  ! n° 52, décembre 2006, p. 12-14

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