La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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DIMANCHE 19 AOÛT 1917 :
« Beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles
n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles ».

Jacinthe, Lucie et François de Fatima

Jacinthe, Lucie et François, photographiés entre le 13 juillet et le 13 août 1917.

Quatre jours s’étaient écoulés depuis le retour des enfants de la prison dans laquelle ils avaient été enfermés par l’Administrateur. Ils calculaient tristement qu’il leur faudrait attendre encore presque un mois avant de revoir Notre-Dame. En ce dimanche 19 août, après la Messe paroissiale, ils partirent pour la Cova da Iria, accompagnés de quelques personnes, pour y réciter le chapelet. L’après-midi, les pèlerins rentrèrent chez eux, tandis que Lucie, François ainsi que son frère Jean âgé de onze ans, prirent le chemin des Valinhos, pour mener paître leurs troupeaux. C’était le lieu le plus proche et le plus herbu, à mi-hauteur entre Aljustrel et le sommet du Cabeço.

Jacinthe, pour sa part, avait été retenue par sa mère qui voulait lui laver les cheveux.

Il était environ 4 heures de l’après-midi, quand Lucie commença à remarquer dans l’atmosphère les changements qui précédaient les apparitions de Notre-Dame à la Cova da Iria  : un rafraîchissement subit de la température, une atténuation de l’éclat du soleil, enfin l’éclair caractéristique.

«  Notre-Dame va venir, se dit Lucie… et Jacinthe qui n’est pas là  !  »

Jean Marto

Jean Marto, le frère aîné de Jacinthe et de François, photographié en 1990, à l’âge de 84 ans. Il a assisté à l’apparition du 19 août.

Elle fit appel à Jean  : «  Oh, Jean  ! Va vite chercher Jacinthe  ! Notre-Dame va venir  !  »

Mais le garçon n’était guère disposé à y aller. C’est que, lui aussi, voulait voir la Sainte Vierge  ! «  Va  ! Va vite  ! insista Lucie. Je te donne deux “ vinténs ” (40 centimes) si tu me ramènes Jacinthe  !… En voici déjà un, et je te donnerai l’autre quand tu reviendras.  »

Jean, mettant la pièce dans sa poche, partit à toute vitesse pendant que François lui criait  : «  Dis-lui qu’elle vienne en courant  !  »

Puis, se tournant vers sa cousine, François lui dit  :

«  Si Jacinthe n’arrive pas à temps, elle sera très triste.  »

En cinq minutes, Jean était à la porte de la maison de ses parents. «  Maman, lança-t-il, tout essoufflé, Lucie m’envoie dire qu’elle voudrait voir Jacinthe  !

– Quoi  ? Il n’y en a pas assez de trois pour s’amuser  ? répliqua Olimpia, mécontente. Le Curé ne peut se passer de sacristain  ?  »

Mais le garçon insistait  : «  Laissez-la venir, Maman  ! Il faut qu’elle vienne  !

– Et pourquoi  ? Me le diras-tu  ?

– Voyez  ! Lucie m’a même donné un “ vintém ” pour que je l’amène.  »

Olimpia était de plus en plus intriguée  : «  Un “ vintém ”  ? Eh bien, maintenant je veux savoir pourquoi Lucie tient tant à ce que Jacinthe vienne  !  »

Jean, trépignant d’impatience, avoua  :

«  C’est que Lucie a vu dans les astres les signes que Notre-Dame va apparaître, et elle voudrait que Jacinthe soit là, le plus vite possible  !

– Eh bien, à la grâce de Dieu  ! Jacinthe est chez sa marraine.  »

C’était tout ce que le garçonnet voulait savoir, et il partit comme un trait. À la maison de la marraine, il se précipita vers Jacinthe. Deux mots susurrés à son oreille la rendirent plus impatiente que lui-même de voler aux Valinhos. En se donnant la main, ils y coururent.

Olimpia, curieuse de savoir ce qui se passait et désireuse de profiter de cette occasion, peut-être unique, se mit en route elle aussi. Mais elle n’arriva pas à temps, car elle s’attarda quelques minutes à la maison de la marraine qui lui dit que les enfants étaient partis, en toute hâte, en direction des Valinhos.

Jean non plus, ne gagna rien à avoir tant couru,… si ce n’est les deux “ vinténs » de Lucie qu’il faisait tinter dans sa poche, en guise de consolation.

Comme à la Cova da lria, seuls les trois enfants privilégiés virent la Céleste Dame. Eux seuls, dans les desseins de la Providence, devaient être les dépositaires du message venu du Ciel.

Au premier éclair avait succédé un second, et ce fut à ce moment même que Jacinthe arriva avec son frère Jean, soulevant derrière eux un nuage de poussière. Peu après, la lumineuse Apparition se montrait au-dessus d’un chêne-vert, un peu plus élevé que celui de la Cova da Iria. Quelle joie ineffable de La revoir, après avoir tant craint qu’Elle ne revienne plus  ! Quelle bonté maternelle de revenir exprès, pour remplacer le rendez-vous manqué six jours auparavant  !

Avec une confiance toute filiale, Lucie demanda  :

Apparition du 19 août 1917 à Fatima

«  Que veut de moi Votre Grâce  ?

Je veux que vous continuiez d’aller à la Cova da Iria le 13, que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours. Le dernier mois, Je ferai le miracle afin que tous croient. Si l’on ne vous avait pas emmenés à la Ville, le miracle aurait été plus connu. Saint Joseph viendra avec l’Enfant-Jésus, pour donner la paix au monde. Notre-Seigneur viendra bénir le peuple. Viendra aussi Notre-Dame du Rosaire et Notre-Dame des Douleurs.   »

Lucie se souvint alors de la question dont l’avait chargée Maria Carreira  :

«  Que voulez-vous que l’on fasse de l’argent que les gens laissent à la Cova da Iria  ?

Que l’on fasse deux brancards de procession. Tu porteras l’un avec Jacinthe et deux autres petites filles habillées de blanc  ; l’autre, que François le porte avec trois garçons, comme lui vêtus d’une aube blanche. Ce sera pour la fête de Notre-Dame du Rosaire. Ce qui restera sera pour aider à la construction d’une chapelle que l’on fera faire.

Je voudrais vous demander la guérison de quelques malades.

Oui, j’en guérirai certains dans l’année.   »

Et, prenant un air plus triste  :

«  Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. « 

«  Et comme d’habitude, Elle commença à s’élever en direction du levant.  »

Aux Valinhos

Aux Valinhos, le monument commémoratif de l’apparition du 19 août 1917. Au premier plan, à gauche, le chemin où les enfants s’agenouillèrent quand Notre-Dame leur apparut.

Les enfants, cette fois, voulurent cueillir eux-mêmes un rameau du chêne-vert sur lequel s’étaient posés les pieds de la Vierge Marie. Jacinthe désirait passer le reste de l’après-midi aux Valinhos, mais François la reprit gentiment  :

«  Non, tu dois t’en aller, parce que notre mère ne t’a pas laissée venir aujourd’hui avec les brebis.  »

Et, afin de l’encourager, il l’accompagna jusqu’à la maison, laissant à Lucie et à Jean le soin du troupeau.

Le frère et la sœur tenaient à la main le précieux rameau de l’arbuste, souvenir de l’Apparition. En entrant dans Aljustrel, ils trouvèrent, à la porte de la maison de Lucie, Maria Rosa, ainsi que Maria dos Anjos, sa fille aînée, et d’autres personnes.

Jacinthe, tout émue, dit aussitôt à la mère de Lucie  :

«  Oh, ma tante  ! Nous avons vu encore une fois Notre-Dame  : aux Valinhos  !

– Ah, Jacinthe  ! Vous serez donc toujours des menteurs  ? Est-ce que Notre-Dame va maintenant apparaître partout où vous allez  ?

– Mais nous l’avons vue  !  » insistait la petite. Et, montrant à sa tante le rameau de chêne-vert qu’elle tenait à la main, elle continua  : «  Voyez, ma tante  ! Notre-Dame avait un pied sur cette petite branche, et un autre sur celle-ci.

– Donne  !… Montre-le-moi  !  »

Jacinthe lui remit le rameau, et Maria Rosa le porta à son nez. «  Mais quelle est cette odeur  ?  » Sa curiosité était piquée au vif. Elle continuait à le sentir et s’étonnait  : «  Ce n’est pas du parfum… ni de l’encens… ni de la savonnette… Cela sent la rose. Non, ce n’est pas encore cela, ni rien de ce que je connais  !… Quelle bonne odeur  !  »

Tous voulurent sentir aussi le rameau et tous trouvèrent l’odeur très agréable. Enfin, Maria Rosa le posa sur la table  : «  Je le laisse là. Je trouverai bien quelqu’un qui saura identifier cette odeur.  »

Depuis ce moment, la mère de Lucie commença à être ébranlée dans son opposition aux Apparitions. Elle retrouva un peu de paix. Elle avait souvent dit  : «  S’il y avait au moins une autre personne qui ait vu quelque chose, je croirais peut-être  ! Mais parmi tant de monde, eux seuls voient  !  » Or, durant ce dernier mois, certains rapportaient avoir vu divers phénomènes. Maria Rosa d’observer alors  : «  Pour moi, il me semblait, auparavant, que s’il y avait eu quelqu’un d’autre à voir quoi que ce soit, j’aurais cru. Mais, à présent, tant de gens disent avoir vu quelques signes et je ne parviens pas à croire.  »

Le père de Lucie, quant à lui, commença à prendre sa défense. Quand ses sœurs se moquaient d’elle, leur père les priait de la laisser en paix, car ses dires pouvaient être vrais.

Ce même 19 août, dès que Maria Rosa eut repris ses occupations domestiques, Jacinthe rentra furtivement dans la maison et s’empara du rameau pour le montrer à ses parents.

Monsieur Marto, en effet, n’apprit que le soir la nouvelle apparition de la Vierge Marie à ses enfants. Écoutons-le  :

«  J’étais allé ce jour-là faire un tour dans mes champs. Après le coucher du soleil, je revins à la maison. J’étais sur le point d’y entrer, lorsque je rencontrai un ami qui me dit  :

– Oh  ! Ti Marto, le miracle est plus certain désormais.

– Moi, je ne sais rien, répondis-je.

– Quoi  ? Vous ne savez pas  ?

– Non  ! Que pourrais-je savoir de plus  ?

– Eh bien, sachez que Notre-Dame est apparue, il y a un instant aux Valinhos, à vos enfants et à Lucie. C’est sûr  ! Ti Manuel, et, croyez-moi  ! votre Jacinthe a une “ vertu ” particulière. Elle n’était pas avec les autres… Quelqu’un est venu l’appeler, et Notre-Dame n’est apparue qu’au moment où elle est arrivée.

«  Je haussai les épaules, sans trouver à articuler une parole, mais j’entrai dans la cour en réfléchissant à la chose. Ma femme était absente. J’allai à la cuisine et je m’assis.

«  Sur les entrefaites, Jacinthe arriva, toute joyeuse, avec un rameau à la main et me dit  :

– Oh, Papa  ! Notre-Dame nous est apparue de nouveau  : aux Valinhos  !

«  Au moment où elle entra, je sentis un parfum extraordinaire, que je ne pouvais m’expliquer. Je tendis la main vers le rameau, et je demandai à la petite  :

– Qu’est-ce que tu apportes là  ?

– C’est le rameau sur lequel Notre-Dame a posé les pieds.

«  Je le sentis, mais le parfum avait disparu.  »

Quant à Jean, qui avait assisté à l’Apparition, il alla trouver sa mère, le soir tombé, très déçu de n’avoir pu contempler la vision lui aussi  :

«  J’ai vu Lucie, François et Jacinthe s’agenouiller près de l’arbre. Puis j’ai écouté ce que disait Lucie. Quand elle a dit  : “ Voilà qu’Elle part  ! Regarde Jacinthe  ! ” j’ai entendu un coup de tonnerre semblable à l’éclatement d’une fusée. Mais je n’ai rien vu. Pourtant les yeux me font encore mal d’avoir tant regardé en l’air.  »

Extraits de Francisco et Jacinta, si petits et si grands  !,
Sœur Françoise de la Sainte Colombe, p. 205-212.

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