La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La révélation de Tuy (1929)

UNE GRANDIOSE THÉOPHANIE TRINITAIRE

Lucie, à 21 ans, novice chez les sœurs Dorothées de Tuy.

Lucie, à 21 ans, novice chez les sœurs Dorothées de Tuy.

Le 20 juillet 1926, sœur Lucie quitte le couvent de Pontevedra pour entrer au noviciat des Dorothées, installé à Tuy, petite cité espagnole. Après sa prise d’habit le 2 octobre 1926, elle prononçait ses premiers vœux le 3 octobre 1928. En 1929, l’humble Maria das Dores poursuit à Tuy sa vie cachée, si bien cachée que la plupart de ses compagnes ignorent encore qu’elle est la voyante de Fatima. Elle met en pratique le message de Notre-Dame, vivant sa règle à la perfection dans le don total aux saints Cœurs de Jésus et de Marie. (…)

La messagère était prête. Et le moment était venu. Alors se réalisa la promesse du grand Secret  : «  Je viendrai demander la consécration de la Russie…  » Écoutons sœur Lucie raconter l’événement  :

«  (…) Ce fut à cette époque que Notre-Seigneur m’avertit que le moment était venu où il voulait que je fasse connaître à la sainte Église son désir de la consécration de la Russie et sa promesse de la convertir… La communication s’est produite ainsi  :

«  (13 / 6 / 1929). J’avais demandé et obtenu la permission de mes supérieures et de mon confesseur de faire une heure sainte de 11 heures à minuit, dans la nuit du jeudi au vendredi de chaque semaine.

Théophanie de Tuy

«  Me trouvant seule une nuit, je m’agenouillai près de la balustrade, au milieu de la chapelle, pour réciter, prosternée, les prières de l’Ange. Me sentant fatiguée, je me relevai et continuai à les réciter les bras en croix. La seule lumière était celle de la lampe [du sanctuaire]. Soudain, toute la chapelle s’éclaira d’une lumière surnaturelle et, sur l’autel, apparut une croix de lumière qui s’élevait jusqu’au plafond. Dans une lumière plus claire, on voyait sur la partie supérieure de la croix, une face d’homme, avec un corps jusqu’à la ceinture  ; sur sa poitrine une colombe, également lumineuse, et cloué à la croix, le corps d’un autre homme. Un peu en dessous de la ceinture (de celui-ci), suspendu en l’air, on voyait un calice et une grande hostie sur laquelle tombaient quelques gouttes de sang qui coulaient sur les joues du Crucifié et d’une blessure à la poitrine. Coulant sur l’Hostie, ces gouttes tombaient dans le Calice. Sous le bras droit de la Croix se trouvait Notre-Dame avec son Cœur Immaculé dans la main… (C’était Notre-Dame de Fatima avec son Cœur Immaculé,… dans la main gauche… sans épée ni roses, mais avec une couronne d’épines et des flammes…) Sous le bras gauche [de la Croix], de grandes lettres, comme d’une eau cristalline qui aurait coulé au-dessus de l’autel, formaient ces mots  : “ Grâce et Miséricorde ”. Je compris que m’était montré le mystère de la très Sainte Trinité, et je reçus sur ce mystère des lumières qu’il ne m’est pas permis de révéler.

«  Ensuite, Notre-Dame me dit  : “ Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen. Elles sont si nombreuses les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi, que je viens demander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie. ”

«  Je rendis compte de cela à mon confesseur, qui m’ordonna d’écrire ce que Notre-Seigneur voulait que l’on fasse.  »

Dans les deux lettres qu’elle adressa en mai 1930 au P. Gonçalves, son confesseur, la voyante exprima les demandes du Ciel en unissant étroitement la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis à la consécration de la Russie  :

«  Le bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie, si le Saint-Père daigne faire, et ordonne aux évêques du monde catholique de faire également, un acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie aux très saints Cœurs de Jésus et de Marie, et si Sa Sainteté promet, moyennant la fin de cette persécution, d’approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice indiquée ci-dessus.  »

DIEU DEMANDE LA CONSÉCRATION DE LA RUSSIE

Le Kremlin à Moscou

Le 13 juillet 1917, Notre-Dame avait entretenu les trois enfants de Fatima du sort de la Russie. Trois mois avant la “ révolution d’octobre ”, tandis qu’à Pétrograd se nouait le terrible drame, la Reine du ciel et de la paix en annonça les funestes conséquences à l’échelle du monde.

«  Dans le message de Fatima, note le P. Alonso, la Russie a une place toute spéciale. Il ne s’agit pas de faire de Fatima une antithèse absolue à la Russie. Quand le mot “ Russie ” apparaît dans les textes du message de la Vierge, il a une signification historique bien concrète. Certes, il s’agit de la nation connue sous ce nom, mais elle est considérée en tant que tombée, après une affreuse révolution, entre les mains d’un pouvoir matérialiste et athée qui se propose d’en finir avec le Règne de Dieu et avec l’Église en ce monde. Fatima, par conséquent, n’a pas pour but de nous dresser contre cette malheureuse nation qui a été, de tout temps, très dévote à la Vierge.  » (…)

Pour comprendre le drame de notre siècle et la réponse qu’y apporte Notre-Dame de Fatima, il est nécessaire de connaître la véritable nature du mal qui a triomphé en Russie et s’est emparé de ce pays lors de la révolution d’octobre 1917.

L’étude de l’histoire de la Russie permet de discerner ce que cette nation avait de pernicieux, dès avant la révolution bolchevique, et qui favorisa son malheur  : «  La dérive de ce peuple russe si saint, si merveilleux, constate l’abbé de Nantes, commença lorsque le schisme byzantin l’atteignit, le séparant de l’unité et de la charité.  » Cependant, ajoute-t-il, «  le phénomène bolchevique s’est développé comme un chancre sur le corps de la “ Sainte Russie ”. Il lui demeure totalement étranger. Ni la religion orthodoxe, ni la tradition slave n’ont la moindre affinité avec sa dialectique inhumaine.  » (…)

Ce fut à la fin du XVIIe siècle, sous le règne de Pierre 1er (1682-1725), surnommé le Grand par ses courtisans mais communément appelé par le peuple russe l’Antéchrist, que «  les démons de l’Allemagne protestante et rationaliste se jetèrent sur la Russie  ». Pendant tout le XVIIIe siècle, cette nation est demeurée «  le champ de bataille de deux religions, de deux civilisations, de deux formes permanentes de l’esprit moderne, la latine et la germanique, la catholique romaine et la luthéro-calviniste  ». Au XIXe siècle, tandis que les foules russes connaissaient un merveilleux réveil mystique, l’intelligentsia de Saint-Pétersbourg se nourrissait de «  tout ce qui venait de Germanie, ici Marx et là Nietzsche. (…) Durant cette période dramatique, les tsars de Russie vécurent en bons et honnêtes princes, épris du bien de leurs peuples. Ils assumèrent tous leur mission de représentants de Dieu sur la terre de Russie et de défenseurs des peuples orthodoxes.  » Face à la révolution menaçante, leur seule erreur fut un excès de libéralisme, un manque de clairvoyance et de fermeté.

Le mal, ce que Notre-Dame va appeler les erreurs de la Russie, est donc venu de sources étrangères, et c’est précisément pourquoi ces erreurs sont toujours actuelles même si aujourd’hui le bolchevisme semble éradiqué de Russie. Ce système politique qui aboutit à la destruction des fondements religieux et humains de la société est avant tout un athéisme.

Or l’athéisme est plus que jamais partout répandu, imposé par des manières plus médiatiques que sanglantes  ; il peut même se dissimuler sous des apparences religieuses, mais l’apostasie qui ravage le monde chrétien occidental témoigne que cet athéisme pratique n’est pas moins efficace ni totalitaire que celui engendré par le bolchevisme. Dès lors, les conditions affreuses dans lesquelles sont mortes les dizaines de millions de victimes du communisme sont devenues pour nous le saisissant rappel des souffrances des pauvres âmes qui iront en Enfer, victimes de la molle apostasie. Le message de Notre-Dame est donc toujours actuel, le père Alonso l’avait bien compris, lui qui écrivait dans les années 1970  :

«  Fatima apparaît, dans une première projection dans le temps, comme la manifestation du Cœur Immaculé de Marie en lutte avec la Russie qui incarne actuellement le “ mystère d’iniquité ”. Mais, au-delà de l’histoire et du temps, Fatima se projette dans l’avenir comme la continuation infatigable de la lutte apocalyptique entre la Femme et le Dragon, annoncée déjà dans le livre de la Genèse.  »

LA MÉDIATION MATERNELLE DE LA VIERGE IMMACULÉE

Notre-Dame de Fatima

La révélation de Tuy vient couronner le cycle des apparitions de Fatima par une grandiose théophanie dont on ne trouve probablement pas d’exemple comparable dans l’histoire de l’Église depuis l’apparition qui terrassa Saul sur le chemin de Damas pour en faire de ce jour l’Apôtre des nations. Dans cette vision de Tuy, le mystère divin nous apparaît dans son mouvement de “ procession ”, de “ descente ”, puis de “ retour ”, de “ remontée ”, c’est-à-dire dans son double mouvement d’amour par lequel s’opère notre salut  : mystère de “ Grâce et de Miséricorde ”, mais aussi mystère de la conversion des âmes, de la Russie et des nations, par les pratiques de réparation et de consécration demandées envers le Cœur Immaculé de Marie.

Cette théophanie nous présente la cascade rebondissante de toutes les médiations, disposées par notre Père du Ciel pour nous faire part de sa Grâce et de sa Miséricorde  : Médiation du Christ notre Sauveur crucifié pour notre salut Médiation eucharistique de son Corps et de son Sang, offerts en sacrifice expiatoire et proposés en nourriture et en breuvage de communion salutaire. Médiation de cette Eau cristalline de l’Esprit-Saint communiqué qui, par le baptême et la pénitence, nous donne la Vie, nous sanctifie et nous lave des souillures du péché. Et donc, médiation de l’Église qui nous prodigue ces biens par le ministère de ses prêtres, agissant au nom du Christ et exerçant ses pouvoirs. Et, nouvelle merveille, à cette double médiation du Fils de Dieu Sauveur et de son Esprit-Saint agissant par l’Église, s’adjoint mystérieusement la médiation universelle de Marie, Mère de Grâce et de Miséricorde.

La Vierge Marie est en effet apparue «  sous le bras droit de la Croix  », nous offrant son Cœur. Ainsi resplendit toute la richesse de son ineffable mystère  ; mystère d’un Cœur incomparable, car c’est celui de l’Immaculée conception, le Cœur transpercé de la Vierge des douleurs, Épouse du divin Crucifié, corédemptrice et «  réparatrice de l’humanité déchue  », le Cœur de la Mère de Dieu et de la Mère des hommes, médiatrice de la Grâce et dispensatrice universelle de la Miséricorde sur toute l’humanité rachetée au Calvaire. Dans le message de Fatima, cette pensée de la Maternité spirituelle de Marie se trouve souvent exprimée avec force. Par exemple dans cette révélation importante reçue par sœur Lucie le 29 mai 1930, où Notre-Seigneur énumère les blasphèmes qui offensent le plus gravement le Cœur Immaculé de sa Mère  : «  Les blasphèmes contre sa Maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître comme Mère des hommes.  » La formule est éclairante  : Mère de Dieu, parce qu’elle est la Mère du Christ, l’Immaculée est aussi “ Mère de Dieu ” à l’égard «  du reste de ses enfants  », comme dit l’Apocalypse, parce que c’est elle qui, dans la douleur, les enfante à la vie divine. Faut-il souligner aussi que, dans l’apparition du 10 décembre 1925, à Pontevedra, l’Enfant-Jésus, s’adressant à Lucie et parlant de la Vierge Marie, ne dit pas «  ma Mère  », mais «  ta très sainte Mère  »  : «  Aie compassion du Cœur de ta très sainte Mère, couvert des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment.  » Les écrits de sœur Lucie nous manifestent combien la voyante est pénétrée de cette vérité. Sous sa plume, ces expressions reviennent sans cesse  : «  Notre tendre Mère du Ciel, le Cœur Immaculé de Marie  », «  notre Mère très tendre  », «  le Cœur Immaculé de notre très sainte Mère  ». C’est dire que Marie est «  notre Mère du Ciel  », de qui nous tenons toute notre vie dans l’ordre surnaturel, car c’est par Elle et jamais sans Elle que «  notre Père du Ciel  », qui en est la source, et Jésus notre Sauveur, qui nous l’a méritée, veulent nous la dispenser.

Comprenons-le bien, il ne s’agit pas seulement d’une affection, d’un lien moral qui ferait que la Vierge Marie nous aimerait comme une mère et nous adopterait comme ses enfants. Mais non  ! C’est bien autre chose, c’est un lien ontologique, une relation d’origine qui nous unit à Elle. En méritant de devenir la Mère de Dieu, la Vierge Immaculée a aussi mérité de devenir notre Mère. Écoutons saint Pie X dont la doctrine, une fois de plus coïncide avec le message de Fatima  :

«  Marie n’est-elle pas la Mère de Dieu  ? Elle est donc aussi notre Mère… Dans le chaste sein de la Vierge où Jésus a pris une chair mortelle, là même il s’est adjoint un corps spirituel formé de tous ceux qui devaient croire en lui. Si bien qu’en portant Jésus dans son sein, il faut dire que Marie y portait aussi tous ceux dont la vie du Sauveur renfermait la vie. Nous tous donc, qui, unis au Christ, sommes, comme dit l’Apôtre, “ les membres de son corps issus de sa chair et de ses os ”, nous sommes sortis du sein de Marie à l’instar d’un corps attaché à sa tête… Si donc la bienheureuse Vierge est tout à la fois Mère de Dieu et des hommes (Dei simul atque hominum parens est), qui peut douter qu’elle ne s’emploie de toutes ses forces auprès de son Fils, tête du Corps de l’Église, afin qu’il répande sur nous, qui sommes ses membres, les dons de sa grâce, celui notamment de le connaître et de vivre par lui.  » (Ad diem illud, 2 février 1904)

Pour ne pas devancer les déclarations solennelles du Magistère, la Vierge Marie ne se dit jamais à Fatima “ la Médiatrice de toutes grâces ”, mais tout son message le suppose. L’heure est donc venue où il revient à l’Église hiérarchique, qui a reçu en dépôt le trésor de la divine Révélation, de proclamer la gloire de la Vierge Immaculée et de la présenter au monde avec autorité, au nom du Christ, comme Médiatrice de la Grâce et de la Miséricorde, pour toutes les âmes et pour toutes les nations, pour l’Église et pour la Chrétienté. Les apparitions de Fatima, avec leur accomplissement de Pontevedra et de Tuy, correspondent aux apparitions de Paray-le-Monial. Après le Sacré-Cœur de Jésus, c’est le Cœur Immaculé de Marie qui vient de la part de Dieu faire connaître le culte qui lui est dû pour préparer son “ triomphe ”, annonciateur du Règne du Sacré-Cœur de Jésus.

«  Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.  » Afin d’y parvenir, il veut nous démontrer avec éclat que c’est par Elle, et par Elle seule, que nous pouvons être sauvés des périls effroyables qui nous menacent  : face à l’enfer éternel, face à l’enfer temporel du goulag soviétique, il nous la présente comme l’ultime recours, l’ultime planche du salut. C’est dans le contexte de 1929, alors que Staline portait à son comble la terreur sanguinaire et les horreurs du goulag, qu’il faut entendre la grande promesse divine «  de mettre fin à la persécution en Russie  », «  de sauver la Russie  », dit-elle ailleurs. L’atroce boucherie, les famines cyniquement planifiées, les persécutions, les tracasseries policières, la socialisation stupide et inhumaine, tout cela pouvait cesser par la toute-puissante intervention de la Mère de Dieu, cette Théotokos tant aimée du bon peuple russe qui continuait à vénérer en secret ses icônes.

Désormais, à partir de ce 13 juin 1929 où Dieu a achevé de révéler solennellement son grand dessein sur l’Église, sur la Russie et sur le monde, on peut dire que le drame de notre siècle est noué, dont l’issue dépend finalement du Saint-Père puisque c’est à lui qu’il revient de commander aux évêques de faire avec lui la consécration demandée. Bien sûr, les fidèles aussi peuvent agir efficacement  : par leurs prières et leurs sacrifices, ils méritent la grâce. Mais il n’empêche que rien de décisif pour la paix et le salut du monde ne peut se faire sans le Pape. Il faut insister, car ce point du message de Fatima est souvent passé sous silence  : Dieu promet d’accomplir des miracles de grâces, par la médiation du Cœur Immaculé de Marie, mais à la condition formelle que les Pasteurs de l’Église les lui réclament solennellement, et manifestent, par leur obéissance à ses demandes, que face aux extrêmes périls de l’heure, c’est d’Elle et d’Elle seule qu’ils attendent le salut. (…)

C’est dire que plus que jamais, depuis la théophanie de Tuy, tout dépend du Pape…

Extraits de Fatima, joie intime, événement mondial,
Frère François de Marie des Anges, p. 195-202

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