La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Paul VI et Fatima

Paul VILe pape Paul VI ne prit connaissance du troisième Secret que le 27 mars 1965, presque deux ans après son élévation au souverain pontificat.

Ayant à son tour décidé de ne pas le divulguer, il le renvoya aux archives secrètes du Saint-Office. En 1967, comme les experts, apôtres et dévots de Notre-Dame de Fatima espéraient encore que le Secret serait révélé au monde à l’occasion du cinquantenaire des apparitions, le cardinal Ottaviani répéta, au nom du Pape, qu’il n’en serait rien. Cependant, il affirma en avoir pris connaissance  : «  Moi qui ai eu la grâce et le don de lire ce qui est le texte du Secret… Il y a là un signe qui est comme voilé, ce n’est pas un langage qui est tout à fait manifeste et clair.  » De plus, il révéla partiellement le contenu des visions en évoquant deux fois un mystérieux appel à «  la pénitence  », et en faisant allusion aux persécutions endurées par les chrétiens.

LA GRANDE VILLE À MOITIÉ EN RUINE, JONCHÉE DE CADAVRES

Le Secret demeurant toujours occulté, et les demandes du Ciel insatisfaites, l’Église allait connaître une crise sans précédent. La Réforme, entreprise au concile Vatican II pour mettre l’Église en “ symbiose ” avec le monde moderne, ne produisit pas, comme chacun peut aujourd’hui le constater, les fruits escomptés. (…) La Réforme conciliaire accomplissait donc ce que Notre-Dame de Fatima avait montré aux trois pastoureaux, le 13 juillet 1917, sous une figuration symbolique  : «  Le Saint-Père traversa une grande ville à moitié en ruine […], il priait pour les âmes des cadavres qu’il trouvait sur son chemin.  » (…) De plus, Notre-Dame avait annoncé  : «  Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi.  » Sous-entendu  : après qu’on l’aura abandonné partout ailleurs, Rome y compris… C’est sans doute à ce terrible malheur, le pire de tous, que sœur Lucie faisait allusion, le 26 décembre 1957, quand elle disait au Père Fuentes  : «  Le châtiment céleste est imminent. Ce sera bien triste pour tous, nullement réjouissant si auparavant le monde ne prie pas et ne fait pas pénitence.  » (…) Moins de deux ans après la clôture de Vatican II, l’abbé de Nantes dressait déjà ce triste bilan  : «  Satan déambule librement dans l’Église. Il débauche les moines et les nonnes, comme aux beaux jours de Luther. On communie beaucoup, debout, bien sûr  ! mais on ne se confesse plus guère. La prédication est partout hérétique, mondaine, socialiste. Le culte est profané. Ainsi, victimes ou complices de cette “ nouvelle façon de sentir, de vouloir et de se comporter ” (Paul VI, 6 janvier 1964), tous les catholiques, même les meilleurs, s’habituent à une religion qui n’est plus celle de Jésus-Christ ni des saints. Quand on la leur rappellera, ils s’apercevront soudain qu’ils l’ont perdue et n’en voudront plus. C’est ainsi que tous marchent sous la bannière du Pape et du Concile, vers la grande Apostasie.  » Or, il est notable qu’à la fin des années soixante, sœur Lucie s’alarmait de la même manière de la «  désorientation diabolique  » qui sévissait au sein même de l’Église. Elle écrivait au Père Umberto Pasquale  : «  Nous voyons, hélas  ! lesruines lamentables que le démon a provoquées.  » L’Église tombaiten ruine, maisà moitié seulement, parce qu’il existait encore des catholiques dont l’âme innocente ne s’était pas laissé pervertir par l’hérésie. «  Il suffit, remarquait l’abbé de Nantes, de regarder et de suivre sœur Lucie dans ses tribulations pour voir briller la sainteté de l’Église, tellement obscurcie depuis quarante ans d’apostasie conciliaire. On retrouve chez la confidente de l’Immaculée, comme dans la meilleure part du peuple catholique, les mêmes vertus héroïques  » d’une sœur de cœur, une sœur de sang, des martyrs du troisième secret. Elle réunit, «  enfermée dans son couvent, interdite de parole  », à la fois les vertus des vierges martyres et des confesseurs de la foi. «  Comment cela se fait-il que cela dure et que cela dure jusqu’à sa mort  ? Parce qu’on ne veut pas qu’elle dise les paroles de la Vierge Marie qui sauveraient le monde immédiatement.  » (…)

JUBILÉ DE 1967  : PAUL VI ET SŒUR LUCIE À FATIMA

Arrivée de Paul VI à Fatima, le 13 mai 1967.

Arrivée de Paul VI à Fatima, le 13 mai 1967.

Bien que le pape Paul VI ait toujours dédaigné les demandes de la Vierge de Fatima, il s’est toutefois rendu à la Cova da Iria en 1967 pour le cinquantenaire des Apparitions. Arrivé le 13 mai, à 9 h 40, à l’aéroport, le Pape mit ensuite deux heures pour parcourir les quarante-trois kilomètres qui le séparaient de la Cova da Iria. Il avançait lentement, sans cesse ovationné, acclamé par les paysans portugais qui se pressaient sur son passage. Enfin, à midi, il monta sur le podium installé devant la basilique. D’un pas rapide, Paul VI passa à côté de la statue de Notre-Dame sans la saluer, sans la prier, sans la regarder. Puis il célébra, seul, une messe basse en portugais, en présence d’un million de pèlerins. Il avait imposé à sœur Lucie d’être présente. Il lui donna la communion et, après la messe, elle lui fut présentée. Le journaliste Robert Serrou décrit la scène  : «  Paul VI lui tend les bras. La religieuse se précipite aux genoux du Saint-Père qui lui met la main gauche sur sa tête… Sa timidité a disparu, elle a tant de choses à dire au Pape qu’elle ose lui demander un entretien seule à seul. “ Voyez, ce n’est pas le moment, répond Paul VI. Et puis, si vous voulez me communiquer quelque chose, dites-le à votre évêque  ; c’est lui qui me le communiquera  ; soyez bien confiante et bien obéissante à votre évêque. ”  » Paul VI et Soeur Lucie à Fatima Les pèlerins voulaient voir sœur Lucie. Ils criaient  : «  Lucia  ! Lucia  ! Lucia  !  » Mgr Hnilica conduisit alors la voyante sur le devant de la tribune. Lorsque ces centaines de milliers de fidèles l’aperçurent auprès du Pape, ils exultèrent. Les applaudissements emplirent l’esplanade tandis que la messagère de l’Immaculée, en proie à une vive émotion, pleurait. Quelques jours plus tard, Paul VI dira à son ami Jean Guitton  : «  Oh  ! c’est une jeune fille très simple  ! c’est une paysanne sans complications. Le peuple voulait la voir, et je la lui ai montrée.  » (…) En commentant la prédication et les actes de Paul VI ce jour-là, l’abbé de Nantes remarquait  : «  Il n’y a rien là qui rappelle Fatima, ses miracles, son message  ! (…) La paix demeurait, dans le message de la Vierge Marie, un don de Dieu accordé à la prière et à la pénitence de son Église catholique. La paix, dans le message de Paul VI, est l’œuvre des hommes auxquels s’adressent son amour, son culte et maintenant sa prière même  ! (…)  » Assurément, le Pape était acquis à la thèse moderniste de Dhanis. (…) Le 5 juin 1967, trois semaines après la venue de Paul VI à Fatima, la guerre des Six Jours commença d’incendier le monde. Les Israéliens s’emparèrent de Jérusalem et plantèrent leur drapeau sur le mont Sinaï. (…)

LES APPELS DU MESSAGE DE FATIMA

Cinq mois après le pèlerinage de Paul VI à Fatima, l’évêque de Leiria se rendait à Rome avec un groupe de pèlerins portugais. Au cours de l’audience pontificale du 27 septembre, Mgr Venancio donna au Saint-Père une lettre de sœur Lucie dont le texte n’a pas été rendu public. Quarante ans plus tard, il demeure encore secret. Cependant, nous savons que sœur Lucie s’est plainte à Paul VI d’être réduite au silence et de ne pouvoir remplir sa mission. Le P. Kondor, vice-postulateur de la cause des Bx Francisco et Jacinta, écrit en effet  : «  L’interdiction de recevoir des visites lui fut imposée pour protéger son recueillement. Cela ne s’accordait pas avec ses désirs puisqu’elle voulait utiliser tous les moyens possibles pour “ faire connaître et aimer ” davantage la Vierge Marie. Néanmoins, elle respecta toujours ces dispositions. Elle reçut pendant longtemps des milliers de lettres de personnes qui voulaient se conformer aux demandes de l’Ange et de Notre-Dame. Elle ne pouvait pas y répondre. «  Comme elle fit part, en 1967, de sa situation au pape Paul VI, celui-ci lui suggéra de répondre à ces questions, souvent les mêmes, par une unique et longue lettre qu’elle a elle-même nommée les Appels du message de Fatima.  » Sœur Lucie a terminé cette “ longue lettre ”, qui constitue un véritable livre, le 25 mars 1974. En effet, nous avons vu, de nos yeux vu, cette date, écrite de sa plume, à la fin des deux cahiers de son manuscrit. Or, son livre ne fut édité que le 8 décembre 2000, vingt-cinq ans après  ! et profondément révisé. Pourtant, même remanié, ce texte témoigne des préoccupations de la messagère du Ciel sous le pontificat de Paul VI. (…)

«  DÉSORIENTATION DIABOLIQUE  »

Dans les lettres que sœur Lucie a écrites à la même époque, c’est-à-dire dans les années soixante-dix, revient sans cesse l’expression «  désorientation diabolique  ». Par exemple, elle écrit le 12 avril 1970 à l’une de ses amies  : «  Que l’on récite le chapelet tous les jours. Notre-Dame a répété cela dans toutes ses apparitions, comme pour nous prémunir contre ces temps de désorientation diabolique, pour que nous ne nous laissions pas tromper par de fausses doctrines et que, par le moyen de la prière, l’élévation de notre âme vers Dieu ne s’amoindrisse pas.  » Plus loin, elle soulignait la responsabilité des autorités  : «  Malheureusement, en matière religieuse, le peuple, dans sa majeure partie, est ignorant et se laisse entraîner là où on le porte. D’où la grande responsabilité de celui qui a la charge de le conduire  ; et nous sommes tous les conducteurs les uns des autres, car nous avons tous le devoir de nous aider mutuellement à marcher sur le bon chemin.  » (…)

Extraits de Fatima, Salut du monde, p. 308-324

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