La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Pie XI et Fatima

Après la théophanie de Tuy, Notre-Seigneur fit savoir à la voyante, sœur Lucie que les deux requêtes de la consécration de la Russie et de la dévotion réparatrice des premiers samedis devaient être adressées conjointement au Saint-Père lui-même. Lucie en avertit son confesseur, le Père Gonçalves, par une lettre qu’il reçut le 29 mai 1930  :

«  Si je ne me trompe, le bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie si le Saint-Père daigne faire, et ordonne aux évêques du monde catholique de faire également, un acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie aux très Saints Cœurs de Jésus et de Marie, et si Sa Sainteté promet, moyennant la fin de cette persécution, d’approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice.  »

Le Père Gonçalves transmit les requêtes du Ciel à Mgr da Silva le 13 juin 1930. Puis, constatant l’inertie de l’évêque et l’inquiétude de sœur Lucie de ne pas communiquer à ses supérieurs avec suffisamment d’insistance les demandes divines, il prit l’initiative d’une démarche personnelle pour informer le Saint-Père.

CONSÉCRATION DE LA RUSSIE  : C’ÉTAIT VRAIMENT L’HEURE DE DIEU

Tous les espoirs pouvaient être permis puisque Pie XI, à cette époque, avait déjà fait connaître, en plusieurs occasions, son approbation officieuse des apparitions de Fatima. (…)

Portrait du pape Pie XI

D’autant plus que, lorsque la requête du Père Gonçalves lui parvient, Pie XI avait toutes les informations nécessaires pour constater l’échec de sa politique de conciliation avec les Soviétiques, alors que la mission secrète de Mgr d’Herbigny en Russie avait lamentablement abouti à l’arrestation de prêtres clandestins. (…)

Or, contrairement à tout ce qu’on pouvait espérer, à partir du moment où Pie XI connut la demande de consécration de la Russie, il se montra réservé à l’égard des révélations et du message de Fatima. Que s’était-il passé  ?

Rien  ! Simplement, les demandes de Fatima ne s’accordaient pas avec sa politique, son dessein obstiné, de rallier l’Église aux pouvoirs établis. L’histoire de son pontificat le prouve  : en de nombreux pays, il a désavoué et condamné les mouvements réactionnaires de salut national, fussent-ils résolument favorables à l’Église, alors qu’il négociait et passait des accords avec les gouvernements laïques, démocratiques, francs-maçons, révolutionnaires  ! (…)

Pie XI n’a sûrement pas apprécié qu’une religieuse osât lui indiquer, même au nom du Ciel, une action à entreprendre et une politique à mener. La direction de l’Église, c’était son affaire, et il savait mieux que quiconque la route à suivre  !

Un document daté de 1931 et retrouvé à Rome par le Père Antoine Wenger est on ne peut plus explicite  : il indique «  qu’on ne ferait pas la consécration de la Russie parce qu’elle déplaît à d’Herbigny et au gouvernement italien  : il ne faut pas isoler la Russie dans le concert des nations  ». Et tant pis, si Notre-Seigneur et Notre-Dame sont d’un autre avis et veulent, eux, par la puissance du Cœur Immaculé de Marie, le retour de la Sainte Russie dans la pleine communion à l’Église une, sainte, catholique, apostolique et romaine.

LA RÉVÉLATION DE RIANJO

Dès lors, on comprend le terrible avertissement que Notre-Seigneur communiqua à sœur Lucie, lors de son séjour à Rianjo, petite cité maritime proche de Pontevedra, où malade, elle prenait du repos. C’est là, probablement dans la chapelle de la Vierge, que le Ciel se manifesta de nouveau à elle, comme elle l’écrivit le 29 août 1931 à Mgr da Silva  :

«  Mon confesseur m’ordonne de faire part à votre Excellence de ce qui s’est passé, il y a peu de temps, entre notre bon Dieu et moi. Comme je demandais à Dieu la conversion de la Russie, de l’Espagne et du Portugal, il me sembla que sa Divine Majesté me dit  :

«  “ Tu me consoles beaucoup en me demandant la conversion de ces pauvres nations. Demande-la aussi à ma Mère en lui disant souvent  : Doux Cœur de Marie, soyez le salut de la Russie, de l’Espagne et du Portugal, de l’Europe et du monde entier. Et, d’autres fois  :Par votre pure et Immaculée Conception, ô Marie, obtenez-moi la conversion de la Russie, de l’Espagne, du Portugal, de l’Europe et du monde entier.

«  “ Fais savoir à mes ministres, étant donné qu’ils suivent l’exemple du roi de France en retardant l’exécution de ma demande, qu’ils le suivront dans le malheur. Jamais il ne sera trop tard pour recourir à Jésus et à Marie. ”  »

Plus tard, elle écrira au Père Gonçalves, son confesseur  : «  Par le moyen d’une communication intime, Notre-Seigneur me dit, en se plaignant  : “ Ils n’ont pas voulu écouter ma demande  !… Comme le roi de France, ils s’en repentiront, et ils le feront, mais ce sera tard. La Russie aura déjà répandu ses erreurs dans le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église. Le Saint-Père aura beaucoup à souffrir. ”  »

La plainte de Notre-Seigneur s’adressait dans une certaine mesure à Mgr da Silva qui, en remettant à plus tard la transmission du message au Saint-Père, avait négligé d’obéir aussitôt à la demande de Notre-Dame, mais elle visait surtout le Pape régnant et ceux qui, dans la suite, feront obstacle aux demandes de Fatima. À cause de leur indocilité à la voix du Ciel, les Souverains Pontifes aujourd’hui, comme il y a trois siècles les Rois de France, attirent «  le malheur  » sur eux-mêmes, ainsi que sur l’Église et sur la Chrétienté.

LES PROPHÉTIES ET LES VISIONS DU SECRET COMMENCENT À SE RÉALISER

Il est remarquable que l’année 1931 fut aussi l’année tournante de l’entre-deux-guerres. L’Allemagne se réarme et déjà s’esquisse l’accord germano-soviétique. Dès lors, les esprits clairvoyants assistent à la montée du péril bolchevique et à la marche quasi inéluctable vers une Seconde Guerre mondiale, celle que la Vierge de Fatima avait annoncée dans le Secret du 13 juillet 1917.

En Espagne, la révolution antimonarchique de 1931 permit à la franc-maçonnerie de prendre le pouvoir, et à la lèpre bolchevique de se répandre dans la Péninsule. La formation d’un parti démocrate chrétien, répondant aux vœux de Pie XI, ne constituait pas pour eux un obstacle.

Mgr da Silva et Sœur Lucie

Mgr da Silva et Sœur Lucie

De son côté, sans se lasser, sœur Lucie continua à supplier ses supérieurs de satisfaire aux requêtes divines. Préoccupé avant tout d’organiser et de développer le pèlerinage de Fatima, Mgr da Silva ne lui donnait que des réponses évasives. (…)

La victoire du Frente popular aux élections espagnoles du 16 février 1936 fut suivie d’une vague de terrorisme rouge. En quatre mois, cent soixante églises et couvents furent incendiés et entièrement détruits. Dans les rues, les manifestants défilaient, drapeaux rouges déployés, aux cris répétés deViva Rusia  !

Le 13 juillet 1936, le chef monarchiste José Calvo Sotelo fut assassiné par les Rouges. La foule, émue, indignée, défila devant la dépouille mortelle du héros de la contre-révolution catholique. Tertiaire franciscain, il était revêtu de l’habit de l’ordre, les mains croisées sur un crucifix enroulé d’un ruban aux couleurs monarchistes.

La persécution contre l’Église se déchaîna. Le martyrologe des trois années de guerre a été établi avec précision  : 13 évêques, 4 317 prêtres séculiers, 2 489 religieux, 283 religieuses et 249 séminaristes furent massacrés en haine de la foi.

La catholique Galice, patrie de Franco, où se situe Pontevedra, demeura relativement calme. (…) Le martyre n’était pas la vocation de notre voyante. Sa mission n’était pas terminée. Par ses efforts incessants, elle allait bientôt obtenir de son évêque une démarche auprès du Saint-Siège.

UNE IMPORTANTE RÉVÉLATION  :
LA CONSÉCRATION DE LA RUSSIE, TRIOMPHE DU CŒUR IMMACULÉ

En effet, sœur Lucie se préoccupait d’une campagne qui commençait pour la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie. Sachant que cela ne correspondait pas aux volontés du Ciel exprimées à Fatima par Notre-Dame qui demandait la consécration de la Russie et la diffusion de la dévotion réparatrice, elle insista auprès du Père Gonçalves  :

«  Quant à la Russie, il me semble que vous ferez plaisir à Notre-Seigneur en travaillant pour que le Saint-Père réalise ses désirs. Il y a environ trois ans, Notre-Seigneur était très mécontent parce que sa demande ne se réalisait pas. Dans une lettre, je l’ai fait savoir à Mgr l’évêque. Jusqu’à présent, Notre-Seigneur ne m’a rien demandé de plus, sinon des prières et des sacrifices. (…)  »

Au printemps 1936, sœur Lucie demanda à Notre-Seigneur pourquoi il ne convertirait pas la Russie sans que le Pape fasse la consécration.

«  Parce que, répondit-il, je veux que toute mon Église reconnaisse cette consécration comme un triomphe du Cœur Immaculé de Marie, afin d’étendre ensuite son culte et placer, à côté de la dévotion à mon Divin Cœur, la dévotion à ce Cœur Immaculé.

Mais mon Dieu, le Saint-Père ne me croira pas si vous ne le mouvez vous-même par une inspiration spéciale.

– Le Saint-Père  ! Priez beaucoup pour le Saint-Père. Il la fera, mais ce sera tard  ! Cependant le Cœur Immaculé de Marie sauvera la Russie, elle lui est confiée.  » (…)

En mars 1937, Mgr da Silva écrivit enfin à Pie XI pour lui exposer les deux grandes demandes de Notre-Dame, à savoir la consécration collégiale de la Russie et l’approbation de la dévotion réparatrice des premiers samedis. Par un heureux concours de circonstances, la requête de Mgr da Silva parvenait au Pape deux semaines après la publication de son encycliqueDivini Redemptoris, condamnant le communisme comme «  un fléau satanique  » et appelant à lui résister en face, sans chercher de compromis. Dans cette conjoncture providentielle, l’on devine avec quelle ardeur sœur Lucie priait et se sacrifiait pour que le Saint-Père prenne la décision salvatrice de consacrer la Russie au Cœur Immaculé de Marie.

Les semaines et les mois passèrent… Pie XI ne faisait point cas des demandes de la Reine du Ciel.

«  UNE NUIT ILLUMINÉE PAR UNE LUMIÈRE INCONNUE  »

Aussi le Secret continua-t-il à se réaliser  : «  La guerre va finir, mais si l’on ne cesse d’offenser Dieu, sous le règne de Pie XI, en commencera une autre pire. Quand vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne qu’il va punir le monde de ses crimes, par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l’Église et le Saint-Père.  »

Au matin du mercredi 26 janvier 1938, on pouvait lire, à la une des journaux, des articles de ce genre  : «  Une aurore boréale d’une ampleur exceptionnelle a sillonné, hier soir, le ciel de l’Europe occidentale  ; elle a révolutionné nombre de départements où l’on a cru tout d’abord à un gigantesque incendie. Dans toute la région des Alpes, la population a été fort intriguée par cet étrange spectacle. Le ciel était embrasé comme un immense foyer mouvant, provoquant une lueur rouge sang très vive. Le bord du foyer était blanc, comme si le soleil allait se lever. Il s’agit sans doute d’une aurore boréale, mais d’une ampleur exceptionnelle au dire du professeur Pers, de la faculté des Sciences de Grenoble.  »

Ce phénomène atmosphérique fut observé non seulement en Europe, de la Norvège au Portugal et de l’Angleterre à la Roumanie, mais aussi en Afrique du Nord ainsi qu’en Amérique, du Canada au Mexique.

À Tuy, sœur Lucie, elle aussi, contempla avec ses compagnes ce spectacle grandiose. Elle savait que ce n’était pas une aurore boréale, mais l’événement annoncé vingt ans plus tôt par Notre-Dame. Aussitôt après, elle expliqua, tant à son évêque qu’au chanoine Galamba, à sa supérieure provinciale et à ses confesseurs, la signification surnaturelle et prophétique du phénomène extraordinaire que tous avaient pu constater. (…)

LA DÉVOTION RÉPARATRICE  : «  LA PAIX DU MONDE EN DÉPEND  »

Dans son troisième Mémoire, sœur Lucie rappellera à son évêque les mois d’attente anxieuse qui suivirent pour elle le signe annonciateur du châtiment, et ses démarches répétées sur lesquelles nous avons le témoignage du cardinal Cerejeira  :

«  L’évêque de Leiria fut averti de l’imminence de cette guerre, de sa violence et de son extension, sept mois avant son commencement. En effet, j’ai eu en main la lettre du 6 février 1939 où la voyante disait imminente (elle a écrit éminente) “ la guerre prédite par Notre-Dame ”, et promettait la protection de Notre-Dame sur le Portugal “ grâce à la consécration à son Cœur Immaculé faite par l’épiscopat portugais ”. J’ignore le destin de cette lettre. Mais j’en possède un résumé, écrit de la main de l’évêque de Leiria, daté du 24 octobre suivant, et qui dit ceci  :

«  “ Le principal châtiment sera pour les nations qui ont voulu détruire le règne de Dieu dans les âmes. Le Portugal est lui aussi coupable, et en souffrira quelque chose, mais le Cœur Immaculé de Marie le protégera  : le bon Dieu désire que le Portugal répare et prie pour soi et pour les autres nations. L’Espagne a été la première punie, elle a reçu son châtiment qui n’est pas encore terminé, et l’heure des autres sonne. Dieu est résolu à purifier dans leur sang toutes les nations qui veulent détruire son règne dans les âmes  ; et pourtant il promet de se laisser apaiser et de pardonner, si l’on prie et fait pénitence. ”  » (…)

Pie XI mourut le 10 février 1939. (…)

Le 22 août 1939, la nouvelle du pacte germano-soviétique éclatait comme une bombe. Le 1er septembre, Hitler envahissait la Pologne et, deux jours après, l’Angleterre entraînait la France à déclarer la guerre à l’Allemagne. Dix jours plus tard, Mgr da Silva approuva enfin la dévotion des premiers samedis du mois.

«  SOUS LE RÈGNE DE PIE XI…  »

Portrait de Pie XI

Cette suite d’événements accomplit le Secret de 1917 à la lettre. Cependant, la Vierge Marie avait annoncé que la guerre commencerait «  sous le règne de Pie XI  »; or ce Pontife rendit son âme à Dieu près de sept mois avant que l’armée allemande envahisse la Pologne.

Au Père Jongen qui lui fit l’objection, sœur Lucie répondit  :

«  L’annexion de l’Autriche par l’Allemagne fut l’occasion de la guerre. Quand l’accord de Munich fut conclu, les sœurs jubilaient parce que la paix était sauvée. Moi, je savais bien mieux  !  »

En outre, l’expression «  sous le règne de Pie XI  » n’est pas seulement une indication chronologique, mais elle révèle quel Pontife en porte la responsabilité.

Certains adversaires de Fatima, tel le Père Dhanis, ont formulé une autre objection  : ils ont contesté le Secret parce qu’il passe sous silence le nazisme et que, parmi les fauteurs de guerre, il met au premier plan la Russie bolchevique.

Alors, “ guerre d’Hitler ” ou “ guerre de Staline ”  ?

Selon l’histoire officielle, le gigantesque affrontement des peuples qui a coûté la vie à plus de quarante millions de personnes et qui a bouleversé la face du monde eut pour premier responsable Hitler, contre lequel se dressèrent, en une “ croisade des démocraties ”, les pays épris de liberté, défenseurs du droit, depuis les États-Unis jusqu’à l’Union soviétique.

Or, il est aujourd’hui démontré que le véritable fauteur de guerre fut Staline. Le 22 mai 1939, il révélait son plan diabolique  : «  La reprise d’une action internationale d’envergure ne sera possible que si nous réussissons à exploiter les antagonismes entre les États capitalistes pour les précipiter dans la lutte armée. Le travail principal de nos partis communistes doit consister à faciliter un pareil conflit.  »

Pour parvenir à ses fins, Staline favorisa le relèvement de l’Allemagne, avant de pousser, surtout à partir de 1935, la France et l’Angleterre dans la guerre contre Hitler. Dans le même temps, il négociait un pacte de non-agression avec l’Allemagne. Une semaine après sa signature, l’Allemagne attaquait la Pologne.

Quand la Russie vit son alliée envahir en une guerre éclair le Danemark, la Norvège, la Hollande, la Belgique et la France, elle se hâta d’appliquer la clause secrète de leur pacte mutuel, en annexant les États Baltes, la Bessarabie arrachée à la Roumanie, et la Bukovine du Nord. En un an, l’entente germano-soviétique avait permis à Staline d’incorporer à l’Urss vingt-trois millions d’habitants  ! (…)

Extraits de Fatima, Salut du monde, p. 231-241

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