La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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FRANÇOIS DE FATIMA
consolateur des Cœurs de Jésus et de Marie

UN CŒUR DOUX ET HUMBLE

Né le 11 juin 1908, François avait donc neuf ans au moment des apparitions de Notre-Dame. De visage toujours joyeux, il était gentil et accommodant avec tous, même au prix de gros sacrifices  : «  Si d’autres enfants insistaient pour lui prendre quelque chose qui lui appartenait, il disait  : “ Garde-le, ça m’est égal  ! ” Aux jeux il était assez animé, mais peu d’enfants aimaient jouer avec lui, parce qu’il perdait toujours… Et lorsqu’il avait gagné, si quelqu’un cherchait à le priver de ses droits, il cédait sans résistance, se limitant à dire  : “ Tu crois avoir gagné  ? Alors, très bien, cela ne me fait rien à moi. ”  » (…)

Il ne faudrait pas croire pour autant qu’il fut sans énergie ou de volonté faible. «  Il n’était pas peureux du tout, raconte Lucie. Le soir, il se rendait seul dans n’importe quel endroit obscur, sans difficulté. (…) Il se glissait dans les grottes à la recherche de terriers de renards, de lapins, de genettes, etc.  » (…)

LA VOCATION PARTICULIÈRE DE FRANÇOIS

François de Fatima

Ce qui impressionna François lors des apparitions, rapporte Lucie, «  c’était Dieu, la Très Sainte Trinité, dans cette lumière immense qui nous pénétrait au plus profond de l’âme. Ensuite, il disait  : «  Nous brûlions dans cette lumière qui est Dieu et nous ne nous consumions pas. Comment est Dieu  ? On ne peut pas l’expliquer  ! Oui vraiment, personne ne pourra jamais le dire  ! Mais ça fait de la peine qu’Il soit si triste  ! Si seulement je pouvais Le consoler  !  » (…) Aussi lorsque François, qui n’entendait pas les paroles de la Sainte Vierge, apprit de Lucie que Notre-Dame lui promettait de l’emmener au Ciel à condition qu’il récite beaucoup de chapelets, il s’écria en croisant les mains sur sa poitrine  : «  Ô ma Notre-Dame  ! Des chapelets, j’en réciterai autant que vous voudrez  !  »

Il trouva ainsi dans cette dévotion le moyen de consoler la Vierge Marie et Dieu lui-même infiniment tristes à cause de tant de péchés. Depuis le 13 mai et sa première vision en Dieu il a trouvé sa vocation propre, le but de toute sa vie  : consoler Dieu, consoler Notre-Dame. (…)

Pour prier, François recherchait la solitude  : «  Il parlait peu, raconte Lucie, et pour faire sa prière et offrir ses sacrifices, il aimait se cacher, même de Jacinthe et de moi… De temps en temps, il s’éloignait de nous sans que nous nous en rendions compte. Lorsque nous nous apercevions de son absence, nous nous mettions à sa recherche en l’appelant. Il nous répondait de derrière un petit mur, un arbuste ou un buisson… II s’était retiré là, à genoux, pour prier et penser à Notre-Seigneur, si triste à cause de tant de péchés, comme il disait… Si je lui demandais  :

– François, pourquoi ne me dis-tu pas de prier avec toi et aussi avec Jacinthe  ?

– J’aime mieux prier tout seul, afin de penser, et de consoler Notre-Seigneur qui est si triste  !  »

EXEMPLES DE SACRIFICES

«  Un jour, rapporte encore Lucie, nous allions chez moi, passant devant la maison de ma marraine de baptême. Elle venait de faire de l’hydromel et nous appela pour nous en donner un verre. Nous entrâmes et François fut le premier à qui elle donna le verre pour qu’il boive. Il prit le verre sans le boire, le passa à Jacinthe afin qu’elle boive et moi aussi. Entre-temps, il fit demi-tour et disparut.

– Où est François  ? demanda ma marraine.

– Je ne sais pas  ! Je ne sais pas  ! Il était là à l’instant.

Il ne reparut pas. Jacinthe et moi, après avoir dit merci, nous allâmes le retrouver, ne doutant pas un instant qu’il ne fut assis au bord du puits dont j’ai si souvent parlé.

– François, tu n’as pas bu l’hydromel  ! Marraine t’a appelé plusieurs fois mais tu ne t’es pas montré.

– Lorsque j’ai pris le verre, je me suis souvenu soudain de faire ce sacrifice pour consoler Notre-Seigneur et, pendant que vous buviez, je me suis enfui ici.  » (…)

Les trois enfants demeuraient si simples, si spontanés, si dénués de toute singularité comme de toute contention d’esprit, que leurs proches auraient vite eu tendance à oublier de quelles grâces exceptionnelles le Ciel les avait favorisés. Et les compagnons de leur âge attendaient toujours de Lucie que, lors des fêtes, elle organise les jeux et les réjouissances, comme elle le faisait avant les apparitions. Plus d’une fois, raconte-t-elle dans ses Mémoires, ce fut François qui intervint pour l’encourager elle-même à résister à de trop pressantes instances. Ayant si souvent à l’esprit la grande tristesse de Dieu, il sentait qu’ils ne devaient plus participer à certains jeux ou divertissements, si innocents soient-ils en eux-mêmes.

Un jour, la marraine de Lucie les avait tous trois attirés chez elle avec toute une troupe d’enfants pour avoir le plaisir de les voir chanter et danser  : «  En entendant cette mélodie entraînante, écrit Lucie, toutes les voisines se rassemblèrent et, lorsque la chanson fut terminée, elles nous demandèrent de la reprendre. Mais François s’approcha de moi et me dit  : “ Ne chantons plus cela. Notre-Seigneur n’aime certainement pas que nous chantions maintenant ces choses-là. ” Et nous nous échappâmes comme nous pûmes, du milieu des enfants, pour aller à notre puits préféré.  »

Les trois voyants aiment à se retrouver aux lieux bénis où l’Ange leur est apparu, soit à l’Arneiro, auprès du puits, soit au trou du Cabeço, où curieux et importuns ne peuvent les découvrir  ; ils y prient longuement, répétant, prosternés, les prières de l’Ange. (…)

«  Malgré l’humble retenue des voyants, rapporte Fernando Leite, quelques personnes de Fatima réussirent à découvrir l’une ou l’autre de leurs pénitences. Alors que l’église paraissait déserte, on les vit la parcourir en faisant des tours à genoux, préludant ainsi à ce que plus tard tant de pèlerins feraient autour de la petite chapelle des apparitions. Une brave dame commenta ce fait en s’exclamant  : “ Ces enfants n’en finissent pas avec leurs promesses. ”  »

«  JE VEUX MOURIR ET ALLER AU CIEL  »

«  Un jour, raconte son père, deux dames s’entretenaient avec François et l’interrogeaient au sujet de la carrière qu’il voudrait suivre quand il serait grand  :

– Tu veux être charpentier  ? dit l’une d’elles.

– Non, Madame, répondait l’enfant. Et l’autre  :

– Tu veux être militaire  ?

– Non, Madame.

– Tu ne désirerais pas être médecin  ?

– Non plus.

– Moi, je sais bien ce que tu voudrais être… Être prêtre  ! Dire la messe… confesser, prêcher… N’est-ce pas vrai  ?

– Non, Madame, je ne veux pas être prêtre.

– Alors que veux-tu être  ?

– Je ne veux être rien  !… Je veux mourir et aller au Ciel.  »

Ti Marto commente  : «  C’était là une vraie décision  !  » François ne pensait pas seulement à lui-même ni à sa joie, mais surtout à celle de Jésus  : «  D’ici peu, s’exclamait-il, Jésus va venir me chercher pour que j’aille au Ciel avec Lui, et alors, je resterai toujours à Le voir et à Le consoler. Quel bonheur  !  »

En attendant, il veut se retrouver le plus possible à ses pieds, auprès du Tabernacle  : «  Lorsqu’il allait à l’école, raconte encore sœur Lucie, quelquefois, en arrivant à Fatima, il me disait  : “ Écoute, toi, tu vas à l’école. Moi, je reste ici dans l’église, auprès de Jésus-caché. ”  » (…)

UN INTERCESSEUR FIDÈLE ET EFFICACE

Quelquefois, c’était pour intercéder longuement, avec davantage de ferveur en faveur de ceux qui l’avaient supplié, que François décidait de passer la matinée au pied du Tabernacle  :

«  Un jour où je sortais de la maison, raconte Lucie, je rencontrai ma sœur Thérèse, mariée depuis peu à Lomba. Elle venait, à la demande d’une femme d’un hameau voisin, dont le fils avait été arrêté parce qu’on l’avait accusé de je ne sais quel crime pour lequel, si on ne démontrait pas son innocence, il serait condamné à la déportation ou, du moins, à un grand nombre d’années de prison. Elle me demandait donc avec insistance, au nom de la pauvre femme à qui elle voulait faire plaisir, d’obtenir pour elle cette grâce de Notre-Dame. Le message reçu, je partis à l’école et, en chemin, je racontai à mes cousins ce qui s’était passé.

«  En arrivant à Fatima, François me dit  : “ Écoute, pendant que tu vas à l’école, moi je reste avec Jésus caché et là, je lui demanderai cela. ” En sortant de l’école, je suis allée l’appeler et lui demandai  : “ As-tu demandé cette grâce à Notre-Seigneur  ? ” – “ Oui, je l’ai demandée. Dis à ta sœur Thérèse que dans quelques jours il reviendra chez lui. ” Effectivement, quelques jours après, le pauvre garçon était chez lui, et le 13 il était avec toute sa famille pour remercier Notre-Dame de la grâce reçue  !  »

Comment François avait-il su que sa prière était exaucée  ? Nous ne savons. En tout cas, il fit preuve ce jour-là de l’assurance que montrent les saints lorsqu’ils prophétisent ou font des miracles… Et nous pouvons ainsi deviner quelle était son intimité avec Dieu.

UNE PATIENCE HÉROÏQUE

Nos pastoureaux n’avaient jamais été malades jusqu’à ce mois d’octobre 1918 où Jacinthe, qui n’avait encore que huit ans, et François, qui n’en avait que dix, furent atteints presque en même temps par la terrible grippe espagnole. Partie d’Espagne, l’épidémie, qui fit des ravages dans beaucoup de pays d’Europe, fut particulièrement meurtrière au Portugal. (…)

«  Durant sa maladie, raconte Lucie, il souffrit avec une patience héroïque, sans jamais laisser échapper un gémissement ni la plus légère plainte. Je lui demandai un jour, peu de temps avant sa mort  :

– François, souffres-tu beaucoup  ?

– Oui, mais je souffre tout par amour pour Notre-Seigneur et Notre-Dame.  » (…)

«  Un jour, rapporte Lucie, lorsque, avec Jacinthe, nous entrions dans sa chambre, il nous dit  :

– Aujourd’hui, parlez peu  ! j’ai très mal à la tête.

– N’oublie pas de faire l’offrande pour les pécheurs, lui dit Jacinthe.

– Oui, mais d’abord j’offre cela pour consoler Notre-Seigneur et Notre-Dame, et ensuite je l’offre pour les pécheurs et pour le Saint-Père.

Un autre jour, en arrivant, je le trouvai très content.

– Tu vas mieux  ?

– Non, dit-il, je me sens beaucoup plus mal. Il ne me reste que peu de temps avant d’aller au Ciel. Là-haut, je vais consoler beaucoup Notre-Seigneur et Notre-Dame  ; Jacinthe, elle, va prier beaucoup pour les pécheurs, pour le Saint-Père et pour toi. Toi, tu vas rester ici parce que Notre-Dame le veut. Écoute, fais tout ce qu’Elle te dira.  »

Son plus vif regret, c’était de ne plus pouvoir passer comme autrefois de longues heures au pied du Tabernacle à consoler Jésus caché…

«  Lorsqu’il tomba malade, il me disait quelquefois, quand je passai chez lui en me rendant à l’école  : “ Écoute, va à l’église et présente à Jésus-caché toutes mes salutations  ! Ce que je regrette le plus, c’est de ne plus pouvoir y aller afin de rester quelques moments auprès de Lui. ”  » (…)

LE VENDREDI 4 AVRIL 1919  : LA MORT D’UN SAINT

En six mois, la terrible maladie eut raison de la robuste santé de François. Alors qu’auparavant il récitait jusqu’à sept ou huit chapelets par jour, ainsi que le certifie Olimpia, maintenant il était si faible que le soir arrivait avant qu’il en ait récité un seul, ce qui l’affligeait grandement. Ne pouvant plus prier et sentant que c’était la fin, il confia à son père qu’il voulait communier. Le 2 avril 1919, le curé de Fatima, l’abbé Manuel Marques Ferreira, se laissa enfin toucher. Il accepta de se rendre sans tarder auprès du petit malade. Ce jour-là, tôt matin, François avait envoyé sa sœur Thérèse quérir Lucie. (…)

Il dit à Lucie  : “ C’est que je vais me confesser pour communier et mourir ensuite. Je voudrais que tu me dises si tu m’as vu faire quelques péchés, et que tu ailles demander à Jacinthe si elle m’en a vu faire. ”

«  Le soir, il était rayonnant de joie  : il s’était confessé et M. le Curé lui avait promis de lui apporter la sainte Communion le lendemain.  »

Il exultait. L’instant si ardemment désiré arrivait. Pour la première fois depuis sa Communion miraculeuse du Cabeço, il allait recevoir son “ Jésus-caché ” aux pieds duquel il avait passé tant d’heures silencieuses. Étant donné sa maladie, il aurait pu, bien sûr, se dispenser du jeûne. Mais non  ! il voulut offrir cet ultime sacrifice  : «  Il obtint de sa mère la promesse qu’elle ne lui donnerait rien après minuit, pour pouvoir communier à jeun, comme tout le monde.  » (…)

Après avoir reçu l’Hostie sur sa langue desséchée, François ferma les yeux, et demeura longtemps immobile… Les premières paroles qu’il prononça furent pour dire à sa mère  :

– M. le Curé ne m’apportera-t-il pas encore une fois Jésus-caché  ?

– Je ne sais pas, répondit-elle, pressentant sans doute que cette première Communion serait aussi pour lui son viatique.

«  La veille de sa mort, écrit Lucie, il me dit  :

– Écoute, je suis très mal, il ne me reste que peu de temps avant d’aller au Ciel…

– Alors, repris-je, n’oublie pas, là-Haut, de prier beaucoup pour les pécheurs, pour le Saint-Père, pour moi et pour Jacinthe.

– Oui, je veux bien, mais écoute, ces choses-là, demande-les plutôt à Jacinthe, car j’ai peur d’oublier lorsque je verrai Notre-Seigneur  ! Et avant tout, je veux Le consoler.  »

Le lendemain 4 avril, en ce premier vendredi du mois, il eut encore la force de demander pardon à sa marraine pour les quelques chagrins qu’il avait pu lui causer durant sa vie et pour lui réclamer sa bénédiction. Quand la nuit fut tout à fait tombée, il appela sa mère et lui dit  : «  Oh  ! Maman, voyez  !… Quelle belle lumière, là, près de la porte  !  » Et, après quelques minutes  : «  Maintenant, je ne la vois plus…  » Vers 10 h du soir, son visage s’illumina d’un sourire angélique et, sans aucune marque de souffrance, sans agonie, sans gémissement, il expira doucement. «  Il s’envola au Ciel dans les bras de notre Mère du Ciel  », écrit Lucie. (…)

Chambre de François Marto

Dans la maison de la famille Marto, la petite chambre et le lit forgé où François est mort le 4 avril 1919.

François n’avait pas encore onze ans, et depuis la dernière apparition à la Cova da Iria un an et demi seulement s’était écoulé. Mais, comblé de grâces à chacune des apparitions de Notre-Dame, sanctifié par les innombrables chapelets qu’il avait récités, par ses prières solitaires dans la campagne et les longues heures passées auprès du Tabernacle, tout absorbé à consoler Jésus-caché, purifié enfin par les souffrances de sa maladie, il était déjà prêt pour le Ciel et la Vierge Marie pouvait venir le chercher. Et on ne peut s’empêcher de penser qu’en accordant ainsi à François de Fatima la grâce d’une sainteté si précoce, la très Sainte Vierge ait voulu manifester qu’elle est bien la Médiatrice de toutes grâces. (…)

François fut béatifié le 13 mai 2000. Bienheureux François de Fatima, rendez notre cœur semblable au vôtre, sensible à la peine des Saints Cœurs de Jésus et Marie, tout brûlant du désir d’aller au Ciel pour les consoler…

Extraits de Fatima, joie intime, événement mondial, p. 123-131

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