La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’hérésiarque :
Jean-Paul II justifie la réunion d’Assise

Commentaire littéral du discours de Jean-Paul II aux cardinaux,
le 22 décembre 1986, paru dans la CRC n° 230 de février 1987.

C’est en la Salle Clémentine au Palais Apostolique que se sont retrouvés, autour du Saint-Père, à midi, le 22 décembre 1986, les Cardinaux et les membres de la Curie romaine pour l’échange des vœux.

Le cardinal Angelo Rossi, nouvellement élu Doyen du Collège cardinalice, à la suite du décès du cardinal Carlo Confalonieri, a présenté les vœux de la Curie au Saint-Père et Jean-Paul II a répondu par un discours en italientout rempli du “  grand événement que fut la prière de tous pour la Paix à Assise. ”  (Oss. rom. de langue française, 30 décembre 1986).

AVANT-PROPOS

Réunion interreligieuse d'Assise du 27 octobre 1986.

Réunion interreligieuse d’Assise
du 27 octobre 1986.

Ce discours est une justification de la rencontre interreligieuse universelle de prière, de jeûne et de marche silencieuse pour la Paix mondiale, du 27 octobre 1986, à Assise, par l’invocation de toute une théologie nouvelle, émaillée de citations mêlées de la Bible et du Concile Vatican II, sur laquelle nous sommes amenés à beaucoup réfléchir. On ne peut dire en effet qu’elle ait quelque répondant dans la tradition de dix-neuf siècles de christianisme. On ne peut non plus lui trouver une seule hérésie dont elle soit la reprise pure et simple  ; elle dépasse même, et de loin, la théorie, en vogue au temps du Concile, des «  chrétiensanonymes  », soutenue par Karl Rahner. Elle n’a de répondant ni au-dedans de l’Église ni au-dehors pour la raison bien simple qu’elle vise à introduire au-dedans ce qui n’avait jamais été soutenu qu’au-dehors de la foi chrétienne et contre elle. Ce discours constitue de ce fait une élaboration théologique originale qui tente d’acclimater dans le christianisme, par des raisons tirées de lui, ce qui jusqu’alors en avait paru à tous les saints et les docteurs, comme à tous les fidèles, une abominable négation, contradiction et destruction.

Du moins voilà ce qui me paraît clair, assuré, évident. Aussi évident que deux et deux font quatre. Et plus certainement fausse la doctrine de ce discours que deux et deux font cinq, six ou zéro, les choses de la foi étant d’une essence plus sûre que les évidences mêmes des sens ou de la raison. Ce discours n’est donc point d’un catholique répétant d’anciennes vérités, ni d’un hérétique répétant d’anciennes erreurs, mais d’un hérésiarque, c’est-à-dire d’un créateur d’erreurs, d’un fondateur de secte nouvelle à la doctrine perfide, et pour tout dire antichrist.

Si la foi est objet de révélation divine, et son interprétation d’enseignement ecclésiastique ordinaire, ou de définitions dogmatiques infaillibles en cas de contestations sur quelque point demeuré débattu ou obscur de la tradition apostolique, la concordance ou la discordance d’une doctrine nouvelle et révolutionnaire  ! avec le corps de notre Credo catholique demeure l’objet d’une réflexion intellectuelle guidée par la raison naturelle, relevant de la compétence de tout homme, croyant ou incroyant. Il ne s’agit que de logique de l’entendement. Le croyant y met toutefois davantage de lui-même, de sagesse et de cœur, et il y voit plus clair «  par connaturalité  », selon saint Thomas. Il sait, sans qu’on ait besoin de le lui montrer, si pareille doctrine est compatible ou non avec la foi.

Or l’enseignement que donne, dans ce discours de vœux pour Noël et le nouvel an, notre Saint-Père le Pape est, nonobstant l’appareil de citations nombreuses de l’Écriture sainte, habilement choisies, astucieusement tronquées, et par le moyen des textes les plus osés ou équivoques du Concile Vatican II, opportunément rappelés pour enchaîner ses anciens complices de 1962-1965 de la sale secte moderniste à ses audaces d’aujourd’hui, contraire à notre sainte religion chrétienne dans son principe, dans son essence et dans sa fin. Qu’il soit donc anathème m’apparaît très certain.

À quoi bon vivre dès lors  ? Vivre encore pour voir le triomphe de l’hérésie à Rome, sur le Siège même de Pierre, par la parole novatrice et séductrice de Celui qui est le Vicaire de Jésus-Christ, Fils de Dieu Sauveur  ? Plutôt descendre tout vivant aux enfers où, sous les tortures d’un maître détesté, on puisse du moins confesser et proclamer que le nom de Jésus est le seul par lequel on puisse être sauvé, que la foi en Lui seul justifie, et qu’enfin hors de l’Église il n’est point de salut  ! Mais renier le Christ pour plaire à son Vicaire et vivre sous la houlette d’un ravageur du troupeau confié à sa garde sans plus rien dire par souci des convenances ou de quelque intérêt humain  ? Ça, jamais  !

Je demande à être jugé là-dessus, et sur le reste. Mais puisque personne n’ose, même après Assise  ! même après ce discours  ! murmurer contre l’Hérésiarque, personne n’ose en appeler dans l’Église hiérarchique à l’infaillibilité du Pape ou du Concile, je réitère mon appel au Christ, Souverain Seigneur de son Église. Si j’ai tort de crier à la falsification de la foi, savante, perfide, opiniâtre, de la part du Pape en personne, que Dieu m’ôte la vie pour annuler la force de ma réprobation  ! Mais si j’ai raison, et évidemment j’ai raison, pourquoi le bon Dieu, notre Père céleste, nous garderait-il la vie si ce n’est pour confondre l’Hérésiarque, et contraindre à se rétracter ou à s’en aller le perfide qui prétend entraîner dans son quintuple reniement toute l’Église  ?

Vivre dans la soumission à une si monstrueuse, et si grotesque  ! à une si funeste et blasphématoire mutation de l’Évangile en cacangile, cela jamais  ! Je le redis  : Que je sois anathème si la doctrine que nous allons étudier ici est du Christ  ! Elle est de l’Antichrist. Que je le sois de par la fureur des hommes d’Église ou de par quelque démon déguisé en ange de Lumière, me laissera de marbre. Jamais je ne dirai de cette monstrueuse théorie que ceci  : Qu’elle est un mensonge de Satan dont l’inventeur est digne d’aller rejoindre celui qui la lui a dictée. Et puisqu’il ne trouve dans l’Église de Rome, “ Mère et maîtresse de toutes les églises (locales) ”, que des courtisans ou des sectateurs semblables à lui, du même modernisme, que Dieu, le Juge des bons et des méchants, me frappe de mort si je me trompe, qu’Il frappe, si je tiens la vraie foi, le plus tapageur et ambitieux soutien de l’Hérésiarque, le cardinal Lustiger, avant le 8 décembre 1987, car l’Église n’en peut plus de tant de forfaitures et de tant de blasphèmes. C’en est au point que, si le Seigneur dormait plus longtemps dans la barque, on en viendrait à conclure que les Portes de l’enfer auraient enfin prévalu contre elle  !

Voici ce texte, dans son mauvais français officiel, les fautes d’orthographe en moins, intégralement, par grands morceaux, suivis du dixième, du centième des critiques qu’il y aurait à faire à chacune de ses parties comme à l’ensemble.

LE DISCOURS ET SA RÉFUTATION CATÉGORIQUE

(Les sous-titres sont de l’Osservatore romano)

C’est avec une joie particulière que je vous salue à l’occasion de cette rencontre traditionnelle où nous sommes réunis pour échanger réciproquement les vœux de Noël et du nouvel an. Je remercie le nouveau Cardinal Doyen du Sacré Collège pour les nobles paroles avec lesquelles il a interprété les sentiments suggérés par ce moment d’intimité familiale.

De nos jours, les réunions des fêtes de Noël et de nouvel an, c’est bien connu, sont l’occasion pour les enfants, et quelquefois pour le chef de famille, d’introduire officiellement dans l’intimité familiale leurs concubins, leurs maîtresses, leurs mignons ou leurs travestis. Jean-Paul II profite de cette assemblée traditionnelle de tout ce que l’Église romaine compte d’Éminences, d’Excellences, de notabilités, pour faire reconnaître par tous comme leurs frères et sœurs, le dalaï lama,  “ le dieu vivant ”   ! les bonzes, les B’naï B’rith, les adorateurs de serpents, la hiérodule de Shiva qui l’a affilié, lui, à son culte phallique, l’usurpateur sanglant du siège de Cantorbéry, les Peaux-Rouges adorateurs de Manitou, grands égorgeurs de jésuites, la luthérienne, et les popes du K.G.B., sans compter le menu fretin des disciples du frère Khomeini et du frère Kadhafi. «  Embrassez, mes enfants, ma chère épouse, embrassez vos frères et vos sœurs, votre aîné, le rabbin, vos cadets, les sorciers, les lamas, les pédés de Bouddha et de Krishna…   »

Il ne parlera que de ça.

L’ÉVÉNEMENT QUE FUT LA RENCONTRE D’ASSISE

1. Durant ces journées précédant immédiatement la grande festivité de Noël, où nous célébrons et commémorons ensemble le Verbe de Dieu, vie et lumière des hommes (cf. Jn 1, 4) qui pour nous “  s’est fait chair et a demeuré parmi nous ” (Jn 1, 14), spontanément mon âme revit avec vous, vénérés et chers Frères de la Curie Romaine, ce qui semble avoir été l’événement religieux le plus suivi du monde lors de cette année qui va se conclure   : la Journée Mondiale de Prière pour la Paix à Assise, le 27 octobre dernier.

En fait, durant cette Journée, et dans la prière qui en était le motif et l’unique contenu, semblait un instant s’exprimer, de façon visible aussi, l’unité cachée mais radicale que le Verbe divin, “  car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses et tout subsiste en lui ” (Col. 1, 16 ; Jn 1, 3), a établie entre les hommes et les femmes de ce monde, ceux qui à présent partagent ensemble les anxiétés et les joies de cette fin du XXe siècle, mais aussi ceux qui nous ont précédés dans l’histoire et ceux qui prendront notre place “  jusqu’à ce que vienne le Seigneur ” (cf. 1 Cor 11, 26). Le fait de s’être réunis à Assise pour prier, jeûner et marcher en silence – et ce, pour la paix toujours fragile et menacée, peut-être aujourd’hui plus que jamais – a été comme un signe limpide de l’unité profonde de ceux qui cherchent dans la religion des valeurs spirituelles et transcendantes en réponse aux grandes interrogations du cœur humain, malgré les divisions concrètes (cf. Nostra Ætate, 1).

Avec des yeux mondains, voici les chrétiens, en fait les seuls catholiques, soumis au Pape avec la confiance de la foi, appelés par lui à revivre «  l’événement religieux le plus suivi du monde  » en 1986  : la Journée mondiale de prière pour la paix à Assise. Voilà l’importance d’un événement mesurée par l’Église à l’applaudimètre, à la cacophonie des mass-médias. Le monde devient l’appréciateur souverain de la religion.

Qu’est-ce donc que la religion  ? quel est son domaine, quelle est son essence  ? Le Pape répond à ces questions d’une manière neuve et révolutionnaire  : C’est «  l’unité cachée mais radicale établie entre les hommes et les femmes de ce monde  », dans «  les anxiétés et les joies  » de leur temps, aussi bien ceux du passé et de l’avenir que ceux d’aujourd’hui  : l’humanité est une.

Assise a été une manifestation de cette unité, une célébration de cette unité, une prise de conscience de cette unité, tous «  cherchant  » dans la prière, le jeûne, la marche silencieuse une «  réponse aux grandes interrogations du cœur humain  », cherchant et trouvant «  dans la religion  », phénomène humain général, «  des valeurs spirituelles et transcendantes  » capables de leur procurer la paix sur la terre… «  malgré les divisions concrètes  », c’est-à-dire, comme l’indique la référence à “ Nostra Ætate ”, nonobstant les différences des religions, au-delà de la multiplicité de leurs croyances, de leurs rites et de leurs morales … Au-delà et «  malgré  »Bouddha, Mahomet, Jésus, Caïphe, Confucius et le Grand Manitou.

À cette vaste imagination onusienne, le Pape donne un fondement révélé, du haut de son Siège apostolique, s’adressant à l’Église de Rome, et par elle à l’Église entière. Il cite saint Jean et saint Paul pour cautionner son enseignement. Cette unité humaine profonde dont Assise fut «  le signe limpide  » n’est pas seulement médiatique, n’est pas seulement romantique ou idéologique, voire utopique  : elle est divine. Elle est «  vie et lumière  »; divine, elle est «  établie par le Verbe divin  », c’est saint Jean, c’est saint Paul qui l’ont dit, textes à l’appui  !

Il n’est que de se reporter aux textes pour découvrir la supercherie, la falsification des Écritures et le mensonge du Pape. Pour fonder la babélisation des religions du 27 octobre 1986, Jean-Paul II cite les versets du prologue de l’Évangile de Jean (1, 3-4), et ceux du prologue de l’Épître de Paul aux Colossiens (1, 15-16) qui concernent la création du monde «  Toutes choses ont été créées par le Fils bien-aimé et pour lui   »… Mais les versets voisins, suivants ou antécédents, établissent comme un second dogme égal au premier, en importance et en certitude, que tous les hommes (et les femmes) sont sortis de cet ordre premier et de cette divine unité, pour tomber sous «  l’empire des ténèbres   » (Col. 1, 13), et cela parce que «   le monde n’a pas connu, n’a pas reçu la Lumière  » (Jn. 1, 10)… Le monde  ? «  Le genre humain, explique la Bible de Jérusalem, l’ensemble des hommes qui se refusent à Dieu et poursuivent le Christ et ses disciples de leur haine  »  !

La falsification est grossière, le mensonge est évident. D’autant plus qu’aussitôt cette brisure de l’unité, ou cette unité passée du lien de la grâce de Dieu au lien contraire d’une commune haine de Dieu et de son Christ, fondant l’empire de Satan, ces mêmes textes sacrés établissent qu’il n’y a plus, dès lors, de salut que dans le Christ et dans son Église  :

«  Mais il a donné à tous ceux qui l’ont reçu,dit saint Jean, du Verbe incarné, pouvoir de devenir enfants de Dieu – ce qu’ils n’étaient donc plus, et incapables par eux-mêmes de le redevenir – à ceux qui croient en son nom – en son Mystère – de Fils de Dieu, Verbe fait chair  » (1, 12-13). C’est sur ces versets que le Pape fait l’impasse, sautant de 1, 3-4 à 1, 14 pour égarer son peuple.

De même saint Paul enseigne au verset qui précède immédiatement celui que cite le Pape, comme fondement de sa doctrine  :

«  Vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière – le sort des saints, explique la Bible de Jérusalem, est le salut jadis réservé à Israël, auquel les païens sont maintenant appelés  ; les saints désignent les chrétiens. – Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aiméc’est l’Église  ! –en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés.  » (1, 12-13)

Alors, conclure que les «  douze grandes religions de la terre  » représentées à Assise par quatre pelés et trois tondus, étaient «  un signe limpide de l’unité profonde  » du genre humain… «  malgré les divisions concrètes  », c’est un mensonge, c’est une absurdité, c’est une forfaiture pour un pape, c’est un reniement et une apostasie.

2. Il me semble que cet événement est d’une portée si grande, qu’en soi il nous invite à une réflexion approfondie pour en éclaircir toujours mieux la signification à la lumière de la commémoration désormais imminente de la venue de l’éternel Fils de Dieu dans la chair.

Car il est évident que nous ne pouvons pas nous contenter du fait même et de sa réalisation réussie. Bien certainement la Journée d’Assise pousse tous ceux dont la vie personnelle et communautaire est guidée par une foi convaincue, à en tirer les conséquences sur le plan d’une conception approfondie de la paix et d’une nouvelle façon de s’engager pour elle. Mais, en outre, et peutêtre principalement, cette Journée nous invite à une “ lecture ” de ce qui est arrivé à Assise et de sa signification intime, à la lumière de notre foi chrétienne et catholique. En effet, la clef de lecture appropriée pour un événement aussi grand provient de l’enseignement du Concile Vatican II, qui associe de façon merveilleuse la fidélité rigoureuse à la révélation biblique et à la tradition de l’Église, avec la conscience des besoins et des inquiétudes de notre temps, exprimés en tant de «   signes   » éloquents (cf. Gaudium et Spes, 4).

Sans perdre un instant, Jean-Paul II annonce le thème de son discours. Il va prouver par Bethléem l’excellence d’Assise, il va démontrer que «  la venue de l’éternel Fils de Dieu dans la chair  » autorise la confusion babélique des religions et leur grand rassemblement en vue du MASDU  : c’est l’Incarnation qui justifie toutes les religions de se fédérer et se fondre dans un grand “ Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle ”, en vue de la paix sur la terre. Rêver de choses si absurdes, passe  ! Mais faire flèche de nos dogmes pour mobiliser «  tous ceux dont la vie personnelle et communautaire est guidée par une foi convaincue  » dans cette babélisation des religions, c’est faire œuvre d’hérésiarque.

Jean-Paul II annonce, de fait, sa nouvelle doctrine comme une «  lecture  » de l’événement «  à la lumière de notre foi chrétienne et catholique  ». Il a une «  clef  » pour cela, mais pour la mieux imposer à l’assemblée auguste à laquelle il s’adresse, il invoque l’autorité du Concile Vatican II. Il prend ses auditeurs dans les tenailles d’un syllogisme en barbara dont nul d’entre eux ne saurait contester la majeure…, ni la mineure…, se voyant donc tous contraints d’en admettre la conclusion  :

Tout ce qu’a enseigné le Concile Vatican II «  associe de façon merveilleuse la fidélité rigoureuse à la révélation biblique et à la tradition de lÉglise, avec la conscience des besoins et des inquiétudes de notre temps, exprimés en tant de “  signes ” éloquents (cf. Gaudium et Spes, 4).   »

Or, ce que je vais vous dire a déjà été enseigné par le Concile…

Donc, tout ce que je vais vous raconter est rigoureusement conforme à la révélation divine et à la foi catholique  ! Aucun des éminents et excellents membres de la Curie n’aurait pu discuter le fait indéniable que le Pape s’appuyait sur les nouveautés de Vatican II pour justifier la nouveauté d’Assise… Et aucun n’aurait osé contester l’orthodoxie d’un Concile que, depuis plus de vingt ans, ils ont tous fait mine d’accepter comme parole d’Évangile  ! Aujourd’hui, il faut payer  ! Les voilà tous complices de l’Hérésiarque.

IDENTITÉ DE LA MISSION DE L’ÉGLISE AVEC L’UNITÉ DU GENRE HUMAIN

3. Le Concile a mis plus d’une fois en rapport l’identité même et la mission de l’Église avec l’unité du genre humain, surtout lorsqu’il a voulu définir l’Église “  comme sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ” (Lumen Gentium, 1, 9 ; cf. Gaudium et Spes, 42).

Cette unité radicale qui appartient à l’identité même de l’être humain, se fonde sur le mystère de la création divine. Le Dieu un dans lequel nous croyons, Père, Fils et Esprit Saint, Très Sainte Trinité, a créé avec une attention particulière l’homme et la femme, selon le récit de la Genèse (cf. Gn. 1, 26 sq.; 2, 7, 18-24); cette affirmation contient et communique une vérité profonde   : l’unité de l’origine divine de toute la famille humaine, de chaque homme et femme, qui se reflète dans l’unité de l’image divine que chacun porte en soi (cf. Gn 1, 2), et oriente de par son essence vers un but commun (cf. Nostra Ætate, 1). “ Tu nous a faits, ô Seigneur ” pour toi, s’exclame saint Augustin au cœur de sa maturité de penseur, “ et inquiet est notre cœur jusqu’à ce qu’il repose en toi ” (Conf. 1). La constitution dogmatique Dei Verbum déclare que “ Dieu, qui crée et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur lui-même… Il prit un soin constant du genre humain, pour donner la vie éternelle à tous ceux qui, par la fidélité dans le bien, recherchaient le salut ” (Dei Verbum, 3).

C’est pourquoi il n’y a qu’un seul dessein divin pour chaque être humain qui vient à ce monde (cf. Jn 1, 9), un unique principe et fin, quels que soient la couleur de sa peau, l’horizon historique et géographique où il se trouve pour vivre et agir, la culture où il a grandi et s’exprime. Les différences sont un élément moins important par rapport à l’unité qui est par contre radicale, basilaire et déterminante.

On saisit à première lecture l’intention de l’orateur  : affirmer l’unité du genre humain, et pour ce faire gommer tout ce qui est cause de division, atténuer ces divisions mêmes, forcer sur ce qui rapproche et rassemble les individus et les peuples. Mais autant l’intention est évidente, autant la démonstration est sans suite, vague, équivoque, incohérente.

L’Église est-elle le «  signe  » ou révélateur d’une unité déjà réelle, existante  ? ou le «  sacrement  », le «  moyen  » en pleine action d’une fin future, «  l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain  »  ? Dire que c’est fait serait tromperie évidente. Dire que cela a été serait illusion ou erreur sur la foi. Dire que c’est sa mission de le tenter, de s’y efforcer ne nous avance guère. Le Concile là-dessus était bien équivoque.

Le discours du Pape en profite pour glisser de la vérité à l’erreur…

L’ «  unité radicale  » dont il est parlé ensuite est à la fois l’unité abstraite de la nature humaine, philosophique, celle de la famille humaine, historique, et celle de la création divine de l’une et de l’autre, nature et filiation, qui se retrouve en chaque homme (et femme  !). Cette unité implique «  un but commun  » à tous, une même fin que tous trouvent inscrite en eux, comme leur loi essentielle. C’est indiscutable. «  Iln’y a qu’un seul dessein divin, un unique principe et fin.  » Tout cela est vrai, philosophiquement… Mais concrètement  ? Qu’en est-il des fils d’Adam  ? Comment ressentent-ils cette unité, comment l’honorent-ils  ? Quelle suite lui donnent-ils  ? Cette unité de principe les rend-elle fraternels, cette unité de fin assure-t-elle leur coopération, et cette unité de Dieu dont ils portent en eux l’image les réunit-elle en un même culte, une même foi, une même morale  ? Non, évidemment non.

«  Les différences sont un élément moins important  », théoriquement peut-être, pour un philosophe voué aux abstractions  ! «  par rapport à l’unité qui est par contre radicale, basilaire, et déterminante  », rien de plus faux  ! Le Pape oppose l’unité de Dieu, de la nature humaine, de la souche humaine, à «  la couleur de la peau, l’horizon historique et géographique, la culture enfin, où l’être humain vit et agit, grandit et s’exprime  »… Il n’ose cependant pas pousser plus loin, jusqu’à la religion  ! La religion se tient-elle du côté de l’unité philosophique, ou du côté de la pluralité des races et des cultures  ? ou au-delà, dans la confusion, et la contradiction  ?

En fait, tout le sophisme du discours consiste à faire passer la religion, de la pluralité où de toute évidence elle gît, à l’unité où le Pape la prétend  ! Il est symptomatique que, citant un texte de Vatican II concernant la religion naturelle, considérée comme préparation à la révélation chrétienne (voir supra), Jean-Paul II ait censuré ce texte par trois points de suspension, là où il en venait à traiter de la religion révélée  ! Je rétablis le texte, en soulignant en caractères gras le passage omis  :

«  Dieu, qui crée et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur lui-même  ;voulant encore ouvrir la voie d’un salut supérieur, il se manifeste aussi lui-même, dès l’origine, à nos premiers parents. Après leur chute, par la promesse d’un rachat, il les releva dans l’espérance du salut (cf. Gen. 3, I5); il prit un soin constant du genre humain, pour donner la vie éternelle à tous ceux qui, par la fidélité dans le bien, recherchaient le salut.  » Évidemment, amputée de tout ce qui la distingue d’une religion naturelle universelle, notre religion peut fraterniser avec toutes les autres, à Assise  ! Mais l’amputation ici est une hérésie et, tout simplement, une malhonnêteté  :

«  Les différences sont un élément moins important par rapport à l’unité qui est par contre radicale, basilaire (sic  !),et déterminante  », langage maçonnique qui nous ramène, non point à l’unité du Paradis terrestre avant la faute, mais, hélas  ! à la solidarité historique de tous les hommes sous la paternité de Satan, dans le péché  ! D’où le Christ nous divisera  !

LE MYSTÈRE RADIEUX DE L’UNITÉ DES CRÉATURES

4. Le dessein divin, unique et définitif, a son centre en Jésus-Christ, Dieu et homme “  dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses ” (Nostra Ætate, 2). De la même façon qu’il n’existe ni homme ni femme qui ne porte sur soi le signe de son origine divine, il n’y a personne qui puisse rester en dehors ou en marge de l’œuvre de Jésus-Christ, “ mort pour tous ”, et donc “ Sauveur du monde ” (cf. Jn 4, 42); c’est pourquoi “ nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal ” (Gaudium et Spes, 22).

Comme on lit dans la première Épître à Timothée, Dieu «   veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes   » (2,4-6).

Ce mystère radieux de l’unité des créatures du genre humain, et de l’unité de l’œuvre salvifique du Christ, qui porte en lui le début de l’Église, comme ministre et instrument, s’est manifesté clairement à Assise, malgré les différences des professions religieuses, nullement cachées ou atténuées.

Démêlons, dans ce discours résolument captieux, le vrai du faux. Tout homme (ou femme  !) «  porte sur soi (sic  !) le signe de son origine divine  », certes  ! mais aussi le signe de la tare originelle dont il n’est rien dit ici. Dans le Christ, unique sauveur, unique médiateur, tous doivent trouver réconciliation avec Dieu et grâce, mais non seulement cette «  plénitude de la vie religieuse  » qui laisserait entendre qu’en Bouddha, Krishna et Confucius ils en ont déjà un bout  !

Poursuivons cette critique ou démêlement de l’orthodoxie et du venin d’hérésie qu’on y a mêlé  : Le Christ est sauveur du monde et «  nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés (le mot est trop vague) au mystère pascal  ». Encore faut-il qu’ils le veuillent et répondent aux sollicitations de l’Esprit-Saint par la foi  ! D’où la fausseté surprenante de l’affirmation du Pape  : «  il n’y a personne qui puisse rester en dehors ou en marge de l‘œuvre de Jésus-Christ   »  ! Hélas, des multitudes y restent par leur faute ou du moins tout le laisse à penser, dès le temps de la prédication de Notre-Seigneur, rien ne permet de le nier comme le fait ici le Pape.

Et pour conclure  : «  Ce mystère radieux (radieux  !) de l’unité des créatures […] et de l‘œuvre salvifique du Christ […], s’est manifesté clairement à Assise, malgré les différences des professions religieuses, nullement cachées ou atténuées.  » Affirmation éhontée, d’un indifférentisme religieux pleinement hérétique. Mais c’est là le but du discours, et la suite va donc accumuler des arguments à l’appui de cette énormité.

LE GRAND DESSEIN QUI PRÉSIDE À LA CRÉATION…

5. À la lumière de ce mystère en effet les différences de chaque genre, et en premier lieu religieuses, dans la mesure où elles réduisent le dessein de Dieu, se révèlent comme appartenant à un autre ordre. Si l’ordre de l’unité est celui qui remonte à la création et à la rédemption, et est donc, en ce sens, “ divin ”, de telles différences, et même divergences religieuses, remontent plutôt à un “ fait humain ”, et doivent être dépassées dans le progrès vers la réalisation du dessein grandiose d’unité qui préside à la création. Il y a, certes, des différences où se reflètent le génie et les richesses “ spirituelles ” données par Dieu aux peuples (cf. Ad gentes, 11). Ce n’est pas à cela que je me réfère. J’entends ici faire allusion aux différences dans lesquelles se manifestent la limite, les évolutions, et les chutes de l’esprit humain assiégé par l’esprit du mal dans l’histoire (cf. Lumen gentium, 16).

Les hommes pourront souvent ne pas être conscients de leur radicale unité d’origine, de destination, et d’insertion dans le même plan divin ; et lorsqu’ils professent des religions différentes et incompatibles entre elles, ils pourront aussi considérer leurs divisions comme insurmontables. Mais malgré ces dernières, ils sont inclus dans le grand et unique dessein de Dieu, en Jésus-Christ, qui “  s’est uni d’une certaine façon à chaque homme ” (Gaudium et spes, 22), même s’il n’en est pas conscient.

C’est ici la doctrine nouvelle, la gnose ou connaissance secrète, réservée aux initiés supérieurs, qu’aujourd’hui le Pape a l’audace de révéler en présence de la Curie romaine, sachant que dans ce ramassis de pleutres, d’imbéciles ou d’athées aucun n’osera relever la hideur de tels propos… Osons comprendre  :

Ce qui compte pour Dieu, parce que cela vient de Lui, c’est l’unité du genre humain dans la création et l’unité du salut de ce même genre humain dans sa rédemption par le Christ. C’est l’ordre divin. Tout le reste, toutes les «  différences, et en premier lieu religieuses  »,ne comptent pas pour Dieu, parce qu’elles ne viennent pas de Lui. Ce ne sont que des «  divergences  » qui «  remontent plutôt à un «   fait humain «    »est-ce une allusion au désordre du péché originel  ? – mais qui «  doivent être dépassées   » dans le progrès du dessein divin.

Ici, le Pape précise sa pensée. Il ne considère pas les différences ethniques et culturelles comme des maux qui devraient peu à peu disparaître au profit d’une uniformité désastreuse. Non  ! Mais il parle des divergences et contradictions touchant aux choses suprêmes, la vérité, le bien, autant dire  : la religion, dans ses dogmes, ses rites, ses lois morales  ! Dans la pluralité des religions «  se manifestent la limite, les évolutions, et les chutes de l’esprit humain assiégé par l’esprit du mal dans l’histoire.   »

Eh bien  ! cela se résoudra par un dépassement de ces «  différences  » et «  incompatibilités  »mutuelles, non pas au profit de la seule religion vraie, révélée, divine, par la disparition de toutes les autres qui viennent de Satan… mais par le «  dépassement  » de toutes, y compris de la religion catholique romaine  ? dans la prise de conscience d’un autre ordre de réalités, seul divin, et l’accession à celui-ci dans le dépérissement de toutes les religions aujourd’hui séparées, opposées, qui toutes relèvent également du péché, de la malice des hommes et de Satan.

«  Inconscients  » de leur unité religieuse profonde, avant Assise  ! et persuadés du «  caractère insurmontable de leurs divisions  », les hommes (et les femmes  !) d’aujourd’hui sont appelés à découvrir qu’ils sont déjà tous et malgré ces divisions des religions, «  inclus dans le grand et unique dessein de Dieu, en Jésus-Christ  », non pas en droit seulement, dans la volonté du Christ et de l’Église, mais en fait  ! «  même sils n’en sont pas encore conscients  »... Et comment cela  ? et pourquoi  ? Parce que, par son incarnation, le Fils de Dieu ne s’est pas seulement fait l’un d’entre nous, mais «    » il s’est uni d’une certaine façon à chaque homme   » (Gaudium et Spes, 22).  »

On sait que cette proposition a été insérée dans le texte conciliaire sur la proposition de Karol Wojtyla. Celui-ci, devenu pape, ne cesse de l’invoquer pour adosser sa propre autorité à celle du Concile. Il n’empêche que cette proposition est aberrante. Si elle était vraie, à toutes les religions du monde se substituerait, dans les profondeurs des âmes, une autre réalité religieuse plus parfaite, seule décisive, assurant le salut actuel et éternel à tout homme (et toute femme)  : cette union physique et non plus morale, inamissible donc, de tous, même en pleine inconscience, avec Dieu, en Jésus-Christ. L’humanité serait le Corps du Christ, physique. Tous seraient donc sauvés. C’est le message du pape Jean-Paul II au monde, pour le rendre conscient de son unité déjà accomplie et de son salut déjà assuré. Relisons Vatican II  :

«  Le Christ est l’Homme parfait qui a restauré dans la descendance d’Adam la ressemblance divine, altérée dès le premier péché. Parce qu’en Lui la nature humaine a été assumée, non absorbée, par le fait même (je souligne), cette nature a été élevée en nous aussi à une dignité sans égale. Car, par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni Lui-même à tout homme.  » ( § 2)

Dans ma critique littérale des Actes du Concile, il y a quinze ans, j’écrivais ces quelques lignes que je ne désavoue pas aujourd’hui, au contraire, que tout vérifie et corrobore  :

«  Bref, le Christ a divinisé l’homme, en tous  ! Tout ce chapitre accumule les dogmes chrétiens, mais c’est pour déboucher sans crier gare sur une théorie absolument nouvelle qu’un mot unique, bien placé, empêche de pouvoir condamner comme la pire des hérésies. Mais ce mot échappera à l’attention du lecteur et l’erreur passera, laissant croire que tous les hommes sont d’ores et déjà divinisés par le Christ  : “ Puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que lEsprit-Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal. Telle est la qualité et la grandeur de l’homme.  ” (22 § 5-6) La possibilité offerte devient irrésistiblement le sort commun. “ Dieu n’est pas extérieur à l’homme ”, commente un expert (C., 47). L’homme est dieu.  » (L’Humanisme chrétien, septembre 1972, CRC n° 60, p. 7)

J’ai souvent comparé les Actes de Vatican II à une excellente tisane, abondamment sucrée et mêlée de traces d’arsenic… On peut dire que Jean-Paul II, dans le discours qui nous occupe, isole l’arsenic pour nous le servir dans des tartines de mort-aux-rats  ! Comment refuser de manger de ce pain-là quand on n’a cessé de servir à ses diocésains de cette tisane depuis vingt ans  ?

Sur cette hérésie majeure et magistrale qui fait de l’homme un être divin, et de l’humanisme une religion “ chrétienne ” antérieure à toute religion révélée ou inventée par les hommes, je renvoie à mes constantes protestations  ; entre autres  :

15 oct. 1965. Le Schéma XIII  : L’Église au service du monde moderne (Lettre à mes amis n° 214, p. 4-6).

8 déc. 1966. De l’arianisme et du Masdu   : Le triomphe de l’hérésie, 7-8 décembre 1965 (Lettre n° 238, p.6-8).

Avril 1979. Sur l’encyclique Redemptor Hominis  : L’Œcuménisme ultra-chrétien (CRC n° 140, p. 2-3), et Le service et le culte de l’homme (p.4-6).

Décembre 1979. Jean-Paul II un an après  : Anthropocentrisme montinien, Le culte de l’homme et la liberté,   » Un salut acquis d’avance   » (CRC n° 148, p. 20).

13 mai 1983. Liber accusationis II   : Corrupteur, Vous mettez le Christ à mort,   » Tout homme participe à la divinité du Christ   » (p. 74-75).

…APPELÉE À FORMER LE NOUVEAU PEUPLE DE DIEU

6. Dans ce grand dessein de Dieu sur l’humanité l’Église trouve son identité et son devoir de “  Sacrement universel de salut ” justement en étant le “  signe et l’instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ” (Lumen Gentium, 1) ;cela signifie que l’Église est amenée à opérer avec toutes les forces (évangélisation, prière, dialogue) pour que se réparent les fractures et les divisions des hommes, qui les éloignent de leur Principe et Fin et les rendent hostiles entre eux ; cela signifie aussi que le genre humain entier, dans l’infinie complexité de son histoire, avec ses différentes cultures, est “  appelé à former le nouveau Peuple de Dieu ” (Lumen Gentium, 13) où se restaure, se consolide et s’élève l’union bénie de Dieu avec l’homme et avec l’unité de la famille humaine   : “  Ainsi donc, à cette unité catholique du peuple de Dieu qui préfigure et promeut la paix universelle, tous les hommes sont appelés, à cette unité appartiennent sous diverses formes ou sont ordonnés, et les fidèles catholiques et ceux qui, par ailleurs, ont foi dans le Christ, et finalement tous les hommes sans exception que la grâce de Dieu appelle au salut ” (ibid.).

J’avais applaudi, au temps de son invention, à cette définition de l’Église comme «  sacrement universel du salut  ». N’est-elle pas l’origine et la synthèse des sept sacrements  ? N’est-elle pas la dispensatrice de la grâce divine pour tous les êtres humains, appelés à renoncer aux faux dieux et à l’athéisme pour trouver la vérité, la vie, la voie du salut en elle  ? Je craignais seulement que, par un glissement coupable au modernisme, on en vienne à se contenter de la dire un «  signe  » du salut universel et qu’on oublie de préciser qu’elle en est le «  moyen  » par la conversion de tous les peuples à Jésus-Christ et par leur agrégation indispensable au «  Corps mystique  » qu’elle-même constitue.

Avec Jean-Paul II, ce glissement est fait  : l’Église est encore le «  signe  » de l’unité intime de tous avec Dieu et de l’unité du genre humain dans ses membres, tous fraternels. Elle n’en est plus le «  sacrement  ». C’est «  le genre humain entier  », sans préalable de conversion ni d’entrée dans l’Église, qui se voit attribuer une union satisfaisante avec Dieu et entre ses membres.

Seuls subsistent des échelons dans la perfection de l’unité, qu’une phrase alambiquée de Lumen gentium, ici reprise, prétend résumer. Selon laquelle, le niveau inférieur concerne «  tous les hommes sans exception  », dont on nous dit que «  la grâce de Dieu les appelle au salut  »; le niveau suivant concerne «  ceux qui ont foi dans le Christ  » et qui semblent à la fois «  ordonnés  » et déjà «  appartenant… à cette unité catholique  »; le niveau supérieur étant celui des «  fidèles catholiques  » qui, par la perfection de leur communauté de «  peuple de Dieu… préfigurent et promeuvent la paix universelle   ».

Sans doute, par des touches légères on distingue ces degrés d’appartenance au peuple de Dieu, auquel tous sont «  appelés  », ou «  ordonnés  », ou déjà «  appartiennent   » en vertu de «  l’union bénie de Dieu avec l’homme et avec l’unité de la famille humaine  », qui est antérieure à tout déploiement des «  forces d’évangélisation, de prière, de dialogue  » de l’Église… et des autres religions  ! «  L’unité, rappelez-vous-le bien, est radicale, basilaire et déterminante   » (n. 3)  !

DÉCOUVRIR ET RESPECTER LES GERMES DU VERBE

7. L’unité universelle fondée sur l’événement de la création et de la rédemption ne peut pas ne pas laisser une trace dans la réalité vivante des hommes, même s’ils appartiennent à différentes religions. C’est pourquoi le Concile a invité l’Église à découvrir et respecter les germes du Verbe présents dans ces religions (Ad gentes, 11) et a affirmé que tous ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile sont “  ordonnés ” à la suprême unité de l’unique peuple de Dieu, à laquelle par sa grâce et par le don de la foi et du baptême appartiennent déjà tous les chrétiens, avec qui les catholiques “  qui conservent l’unité de la communion sous le Successeur de Pierre ”, savent être unis “  pour de multiples raisons ” (cf. Lumen gentium, 15).

C’est précisément la valeur réelle et objective de cette «   ordination   » à l’unité de l’unique peuple de Dieu, souvent cachée à nos yeux, qui peut être reconnue dans la journée d’Assise, et, dans la prière avec les représentants chrétiens présents, c’est la profonde communion qui existe déjà entre nous en Christ et dans l’Esprit, vivante et opérante, bien qu’encore incomplète, qui s’est manifestée de façon spéciale.

L’événement d’Assise peut ainsi être considéré comme une illustration visible, une leçon des faits, une catéchèse compréhensible à tous, de ce que présuppose et signifie l’engagement œcuménique et l’engagement pour le dialogue inter-religieux recommandé et promu par le Concile Vatican II.

Toute la différence et la contradiction entre notre sainte religion chrétienne et catholique, et la gnose de l’Hérésiarque écouté bouche bée par la Curie romaine sa complice, tient en ceci que  :

Pour nous, vrais catholiques, par le péché d’Adam le genre humain s’est séparé de son Créateur et Seigneur et s’est divisé irrémédiablement. Au commencement donc, l’unité a été brisée… L’Incarnation du Verbe et sa Croix rédemptrice ont inauguré la réconciliation de l’humanité avec Dieu et sa lente recomposition en Corps mystique par la pénitence et conversion de tous les hommes de bonne volonté, grâce à la vertu de la foi chrétienne et du baptême donné par l’Église.

Pour lui, l’Hérésiarque, l’union à Dieu et l’unité humaine universelle ont été établies de manière inaltérable dès l’origine, en vertu de cet événement, unique  ! basilaire  ! souverain  ! que rien ni personne ne pourra jamais annuler, rendre inopérant, ni effacer  : «  l’événement de la création et de la rédemption  ». Cette unité n’est pas à la fin de l’histoire, comme le résultat d’une restauration chrétienne, par l’Église, de toute l’humanité dans la grâce divine. Elle est au départ et elle subsiste par-dessous les autres “  événements ”, telles les «  différences de religions  ». La création et la rédemption sont un seul et même “ événement ”   ?  ! Autant dire qu’au lieu du péché originel, tare transmise à tous les humains comme une impiété foncière et une injustice, c’est une grâce originelle dont tous héritent, par nature, portant des «  germes du Verbe  » dont toutes les religions (ou irréligions  ?) sont des expressions intéressantes, quoique sans doute de valeurs inégales. Évidemment, par grâce, «  par le don de la foi et du baptême, tous les chrétiens   » se savent «  unis   », et les catholiques avec eux… à condition – suivez mon regard  ! – qu’«  ils conservent l’unité de la communion sous le Successeur de Pierre   »  ! C’est vraiment le monde renversé  ! C’est l’Église invertie  !

Tout est donc illusion et bien plus, hérésie et mensonge dans cette cascade d’affirmations sans preuves. «  La création  » n’a pas laissé subsister de «  trace  » dans le vécu des peuples, qu’il faudrait à toute force retrouver, et exalter  ! dans les «  différentes religions  ». C’est le péché originel, c’est le démon devenu Prince de ce monde qui les ont inspirées aux hommes et constituées pour faire pièce aux sollicitations intimes de Dieu dans leurs cœurs. Ce sont de fausses religions  !

Et si jadis, avant la venue du Verbe divin en ce monde, des «  germes   » de sa Vérité, des rayons de sa Lumière, des semences de Vie ont subsisté jusque dans leurs idolâtries et leurs corruptions, aujourd’hui l’Église ne devrait «  les découvrir et les respecter  » dans les «  différentes religions  » que pour en presser les sectateurs de se rendre à la plénitude de ce Verbe dont ils n’ont que des «  germes  » et de se convertir à sa pleine Vérité  !

Comme les semences de vie jetées dans les âmes par la prédication et le baptême chrétiens dans les communautés schismatiques et hérétiques, empêchées de croître et de donner du fruit par la séparation d’avec l’Église et le Christ, ne devraient être invoquées et louées que pour presser tous ces frères séparés, mal-vivants, de se convertir à l’Église romaine  !

Or c’est le contraire qui est apparu à Assise. Les représentants des fausses religions et des communautés chrétiennes schismatiques n’ont manifesté aucun désir, aucune velléité, aucune idée d’accéder à la Voie, à la Vérité, à la Vie dont le Pape et les éminentissimes cardinaux leur présentaient une image, il faut le dire, singulièrement obscurcie, déformée, souillée  ! Et ce n’est pas la communion ni la convergence dans un même Verbe divin et un même Esprit-Saint qui y ont paru, mais au contraire la parfaite indifférence, pour ne pas dire le plus ostensible mépris de tous – et des éminentissimes délégués de l’Église eux-mêmes  ! – pour Notre-Seigneur Jésus-Christ et pour sa Sainte Mère auxquels nul culte n’a été rendu  !

L’événement d’Assise «  peut ainsi être considéré comme une illustration visible,une leçon des faits, une catéchèse compréhensible à tous  », de quoi  ? D’une nouvelle Pentecôte, d’une effusion de l’Esprit-Saint rassemblant dans l’unité des multitudes jusqu’alors divisées, opposées les unes aux autres  ? Le Pape aimerait nous en persuader. Mais Assise a témoigné du contraire, en donnant le spectacle d’une confusion des langues analogue à celle qui s’empara des bâtisseurs de la tour de Babel, et d’une incapacité de communiquer pour ces représentants de religions différentes murés dans leurs propres certitudes et prétentions. Non, vraiment  ! Pour l’unité, il était difficile de réussir un spectacle plus dégradant et plus affligeant  ! Pour l’Église missionnaire, quelle démission  !

APPROFONDIR LES RAPPORTS ET LE DIALOGUE INTER-RELIGIONS

8. Comme source d’inspiration et comme orientation fondamentale pour un tel engagement il y a toujours le mystère de l’unité, aussi bien celle déjà atteinte en Christ par la foi et le baptême, que celle qui s’exprime dans l’ “  ordination ” au peuple de Dieu, et donc encore à rejoindre pleinement.

Et, de la même façon que la première trouve son expression adaptée et toujours valable dans le Décret “ Unitatis redintegratio ” sur l’œcuménisme, la seconde est formulée, sur le plan du rapport et du dialogue interreligieux, dans la Déclaration “ Nostra Ætate ”, tous deux à lire dans le contexte de la Constitution Lumen Gentium.

C’est dans cette deuxième dimension, encore très nouvelle par rapport à la première, que la Journée d’Assise nous fournit de précieux éléments de réflexion, qui sont illuminés par une lecture attentive de la Déclaration mentionnée sur les religions non chrétiennes.

Ici aussi on parle de “  la seule communauté ” que les hommes forment en ce monde (n. 1) et on l’explique comme le fruit de la “  seule origine ” commune, “  puisque Dieu a fait habiter toute la race humaine sur la face de la terre ” (ibid.), afin qu’elle s’achemine vers “  une seule fin dernière, Dieu, dont la providence, les témoignages de bonté et les desseins de salut s’étendent à tous, jusqu’à ce que les élus soient réunis dans la cité sainte, que la gloire de Dieu illuminera et où tous les peuples marcheront à sa lumière ” (ibid.).

Et dans les paragraphes suivants la déclaration nous enseigne à apprécier les différentes religions non chrétiennes, dans le cadre général de notre unité radicale, mais soulignant aussi les valeurs authentiques qui les distinguent dans leurs efforts pour répondre “  aux énigmes cachées de la condition humaine ” (ibid.),dans lesquels elle voit “  un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes ”.

Ainsi, “  l’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions ”, et au contraire “  elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité… et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux ” (ibid.).

En faisant cela, l’Église se propose avant tout de reconnaître et respecter cette “  ordination ” au peuple de Dieu dont parle la constitution “  Lumen Gentium ” (n. 6), et dont j’ai déjà fait mention. Quand elle agit de cette façon, elle est donc consciente de suivre une indication divine, car c’est le créateur et Rédempteur qui, dans son dessein d’amour, a disposé ce mystérieux rapport entre les hommes et femmes religieux et l’unité du peuple de Dieu.

Il existe avant tout un rapport avec le Peuple Juif  : “  celui qui reçut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair ” (Lumen gentium, 16), qui est uni avec nous par un “  lien ” spirituel (cf. Nostra Ætate, 4). Mais il y a par ailleurs un rapport avec “  ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour ” (Lumen gentium, 16). Et il y a, encore, un rapport avec ceux qui “  cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu ” et de qui “  Dieu n’est pas loin ” (cf. Lumen Gentium, 16).

Voilà donc l’Église contrainte par le Pape, jouant de l’événement d’Assise, mise devant le fait accompli, comme en 1965 le Concile avait été contraint d’accepter la liberté religieuse au retour de Paul VI de Manhattan où il l’avait d’avance proclamée pour être sûr de l’obtenir de Rome  ! contrainte donc de ne plus voir dans toutes les fausses religions du monde des erreurs et des horreurs qui retiennent les âmes captives du démon, de ne plus les dénoncer ni les combattre pour gagner les peuples au Christ, leur unique Seigneur et Sauveur… Mais au contraire de «  découvrir et de respecter les germes du Verbe (les “ semina Verbi ”) présents dans ces religions  », comme leur conférant une «  valeur réelle et objective  ». Cela lui étant donné comme une «  indication divine  »  ?

Et de même, bien que cette nouveauté-là date déjà et n’excite plus l’enthousiasme de personne, de célébrer le «  mystère de l’unité  » censée régner entre les chrétiens de tout acabit (à l’exception des «  sectes   » intégristes ou «  fatimistes   »  !), du fait de leur «  foi en Christ  » (sic) et du baptême, célébrée comme une «  profonde communion qui existe déjà entre nous en Christ et dans lEsprit, vivante et opérante, bien qu’encore incomplète  »Alors que depuis vingt-cinq ans de palabres, la recherche œcuménique n’a rien obtenu de positif et s’est soldée d’année en année par une indifférence dogmatique, un relâchement de la pratique et un laxisme moral croissants dans toutes les confessions chrétiennes concernées, sans pour autant fléchir l’orgueil et le fanatisme des “ frères séparés ” exigeant toujours davantage de l’Église catholique sans aucune contrepartie.

Il plaît au Pape, plutôt que de dresser le bilan catastrophique de ce prétendu “ œcuménisme ” chrétien, d’en étendre le projet aux non-chrétiens, espérant par cette nouveauté réveiller l’enthousiasme postconciliaire et gagner à ces jeux de dialogues, de congrès, de manifestations publicitaires, les immenses réserves d’hommes de l’Orient et de l’Extrême-Orient.

Évidemment, il le peut d’autant mieux que le Concile a ouvert la voie à ces rencontres interconfessionnelles par le décret “ Unitatis redintegratio ”, et interreligieuses par la déclaration “ Nostra Ætate  ”, plus funeste encore. Depuis le temps de leur discussion au long du Concile, je me suis fort opposé à ces deux Actes pour leur mépris de la foi et de l’unité catholiques comme pour leur évidente illusion sur les résultats d’une telle campagne de “ réconciliation ”, sans vainqueur ni vaincus, entre l’Église de Jésus-Christ et les schismes, les hérésies, les fausses religions, et en particulier le judaïsme, par l’établissement d’un dénominateur commun évidemment de plus en plus bas, tendant vers zéro.

On trouvera l’essentiel de mes critiques dans le commentaire littéral des Actes de Vatican Il, L’œcuménisme catholique (CRC 58), Le salut du genre humain (CRC 59), et sa conclusion générale, Un autre Pape, un autre Concile (CRC 62), l’ensemble de cette analyse de Vatican II constituant le tome IV de La Contre-Réforme Catholique au XXe siècle, sous le titre général  : Préparer Vatican III (CRC 46-62).

Mais il n’est que d’avoir vu Assise-Images, d’avoir écouté Assise-Idées (Actualités, janv. 1987), pour sourire de pitié et gémir d’indignation à l’écoute de Jean-Paul II évoquant ce devoir de l’Église de «  pousser au large   » au-delà des conciliabules œcuméniques entre chrétiens, déjà nuls, pour entrer en réunionnite avec les juifs, les musulmans, les païens… Il faut supposer tous ces chefs de religion préoccupés de vérité et de sainteté  ! Il faut en même temps les intéresser à ce que nous leur apportons, la Lumière, la Vie, la Sainteté divine, et, nonobstant, les supposer incapables de conversion, d’adhésion entière et surnaturelle à la véritable religion dans l’Église du Christ  ! Il faut admirer, respecter, envier tout ce qu’ils sont censés avoir de «  valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles  », sans jamais les blesser par la critique et encore moins la dénonciation de ce qu’ils ont de faux, de stupide, de vicieux, de “ primitif ” ou plutôt de dégénéré… et s’il s’agit des religions les plus évoluées, de formellement mauvais et de satanique  ! Il faut tant de faussetés et de simagrées dans ces rencontres… sincères et sans dissimulation d’aucune sorte  ! que pour y réussir il faut certainement avoir ce don d’acteur que Jean-Paul II possède à la perfection, et qui consiste à jouer tous les rôles et tous les personnages avec le même aplomb et le même succès médiatique.

Pourtant, il suffit de quelques observations, quelques remarques, quelques regards pour être dégoûté de tant d’imposture et de mensonge. En voici une poignée…

Le Pape, cent fois dans la journée d’Assise, sourit comme un vieil ami à ses invités, monsieur Runcie et le dalaï lama. Celui-ci se dit «  dieu vivant  ». Comment le représentant de Dieu sur la terre peut-il lui faire mille grâces et honneurs  ? C’est bouffon, et tout à fait déshonorant pour le Christ, pour l’Église et pour chacun des fidèles catholiques. L’autre se prétend archevêque de Cantorbéry, mais ce n’est qu’un fonctionnaire de la reine d’Angleterre qui se veut, elle, chef suprême de l’Église antipapiste  ; il n’est ni évêque ni prêtre, et usurpateur du siège primatial de Cantorbéry, continuateur des persécuteurs et tortionnaires de tant de saints martyrs anglais du XVIe siècle. Comment le Pape de Rome peut-il feindre de le tenir, costumé de sa belle soutane violette et de sa croix d’or, pour un véritable successeur des Apôtres  ? En présence du cardinal Hume, véritable primat d’Angleterre  !

Autre observation. Jean-Paul II visite les aborigènes d’Australie et, devant un auditoire, à la vérité clairsemé et tout à fait indifférent, il leur fait dans un discours fleuve l’apologie de leur ancienne culture, connue par les sociologues comme l’une des plus “ primitives ”, et cela contre leurs colonisateurs chrétiens, et d’ailleurs anglicans  ! Lisez cela dans l’Osservatore romano de langue française du 13 janvier. Le Pape se moque-t-il ou a-t-il perdu l’esprit  ? Ni l’un ni l’autre. Il pratique l’œcuménisme généralisé qu’il préconise pour restaurer l’unité du genre humain dans l’admiration de la culture des peuples et de leurs religions  !

Encore une remarque. L’interlocuteur privilégié de Jean-Paul II, comme de Paul VI avant lui et de Jean XXIII, c’est le judaïsme auquel nous unit, disent-ils, «  un lien spirituel   ». Saint Paul l’enseignerait, cité par le Concile. Voilà un si gros mensonge qu’aucun juif n’en peut être dupe. Alors, de qui se moque-t-on  ? On se moque de nous  ! et de l’Église apostolique  ! et du Christ  ! De la plus méprisable, de la plus haïssable façon. Pour le faire voir, il me suffira de citer saint Paul, mais sans falsifier son texte et sa pensée par d’habiles censures. Voici en italiques ce que le Concile et les papes en répètent à l’envi, et en caractères gras ce qu’ils passent régulièrement sous silence  :

«  Je souhaiterais d’être moi-même anathème, séparé du Christ pour mes frères, ceux de ma race selon la chair, eux qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption, la gloire, lesalliances, la Loi, le culte, les promesses, les patriarches, et de qui est né le Christ, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement, Amen.   » (Rom. 9, 3-5) «  Ennemis, il est vrai, selon l’Évangile, à cause de vous(les païens), ils sont, selon l’élection, chéris à cause des pères. Car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance.  » (11, 28-29)

Sans évidemment jamais rappeler un autre texte inspiré que, mis en demeure de se déclarer, le Pape ne pourrait récuser  : «  Les juifs (il s’agit de ceux qui, trahissant leur propre foi, ont refusé de se convertir au Christ)… ces gens-là ont mis à mort le Seigneur Jésus et les prophètes, ils nous ont persécutés, ils ne plaisent pas à Dieu, ils sont ennemis de tous les hommes quand ils nous empêchent de prêcher aux païens pour leur salut, mettant ainsi en tout le comble à leur péché; et elle est venue sur eux, la Colère de Dieu, pour en finir.  » (I Thess. 2,15-16)

Alors, Assise et Rome, quelle comédie  ! Ou plutôt, quelle tragédie. Celle de la grande apostasie prédite par les Écritures…

UN RENFORCEMENT DE L’IDENTITÉ DE L’ÉGLISE

9. Présentant l’Église catholique qui prend par la main les frères chrétiens et ceux-ci, tous ensemble, qui tendent la main vers les frères des autres religions, la Journée d’Assise a été comme une expression visible de ces affirmations du Concile Vatican II. Avec elle et grâce à elle nous avons réussi, par la grâce de Dieu, à mettre en pratique, sans aucune ombre de confusion ni syncrétisme, notre conviction, inculquée par le Concile, sur l’unité de principe et de fin de la famille humaine et sur le sens et sur la valeur des religions non chrétiennes.

Et la Journée ne nous a-t-elle pas appris à relire, à notre tour, avec des yeux plus ouverts et pénétrants le riche enseignement conciliaire sur le dessein salvifique de Dieu, la centralité de celui-ci en Jésus-Christ, et la profonde unité dont il part et vers laquelle il tend à travers la diaconie de l’Église   ? et l’Église catholique s’est manifestée à ses fils et au monde dans l’exercice de sa fonction de “  promouvoir l’unité et la charité entre les hommes, ou plutôt entre les peuples ” (NA, 1).

En ce sens, on doit dire aussi que l’identité même de l’Église catholique et la conscience qu’elle a d’elle-même ont été renforcées. L’Église en effet, c’est-à-dire nous mêmes, avons mieux compris, à la lumière de l’événement, quel est le vrai sens du mystère d’unité et de réconciliation que le Seigneur nous a confié, et qu’Il a exercé en premier, lorsqu’il a offert sa vie “  non seulement pour la nation, mais encore pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés ” (Jn 11, 52).

Hélas  ! Autant de paroles, autant de contrevérités. Cette «  Église qui prend par la main les frères chrétiens et ceux-ci, tous ensemble, qui tendent la main vers les frères des autres religions  », c’est une image d’Épinal, ce n’est en aucune manière la réalité d’Assise. Cette idéale et romanesque chaîne d’amitié me rappelle la représentation que Paul VI se donnait du monde, dans son encyclique Ecclesiam suam, en cercles concentriques de plus en plus vastes allant jusqu’aux extrémités de la terre, dont il se voyait le centre, ce qui faisait rire le P. Congar malgré son esprit courtisan  !

Le P. Van Straelen, présentant une photo de Jean-Paul II en visite chez l’empereur du Japon, en couverture de son livre révélateur “ Ouverture à l’Autre   ? Laquelle  ? ” fait observer ceci  : «  À noter que l’empereur est assis dans son fauteuil souverain, tandis que le pape n’occupe que le coin subalterne d’un canapé d’accueil.  » Cette humiliation constante de l’Européen, qui, très conscient de sa supériorité, joue au modeste, de la part de minables infatués de leur notoriété locale, s’est répétée à Assise. Certes, le Pape était leur hôte à tous  ; il voulait faire oublier son écrasant prestige en se faisant leur égal. Mais chacun d’eux jouait au souverain  !

Le même missionnaire chevronné multiplie les remarques de ce genre  : «  Voici plus de vingt ans, c’étaient surtout les chefs des religions japonaises modernes, aussi bien d’inspiration bouddhiste que shintoïste, qui se rendaient volontiers à Rome. Mais il est parfois arrivé – surtout quand ils pouvaient exhiber une photo les montrant en compagnie du Pape – que les visiteurs utilisèrent les enseignements et les expériences du voyage surtout comme matériel de propagande au profit de la diffusion de leurs sectes particulières et de leurs objectifs principalement terrestres  » (p. 35)  !

Et plus loin, parlant de la mode américaine des rencontres œcuméniques, on dirait qu’il stigmatise d’avance toutes les illusions d’Assise tant ces assemblées répètent les mêmes errements  :

«  Lorsque se présentèrent davantage de groupements religieux, unitariens, bouddhistes, juifs, musulmans, chrétiens scientistes, bahais, mormons, etc., la compréhension et l’entente se firent si rares que les “ councils ” en perdirent toute signification.

«  On peut dire la même chose du “ World Religionists Ethics Congress ” (Worec), tenu à Tokyo, les 23-26 juin 1981. Les participants étaient shintoïstes, bouddhistes, hindous, islamites, juifs et chrétiens. Dialoguer avec les croyants de tant de religions diverses est une chose inutile et on peut comprendre que la hiérarchie japonaise se soit montrée très réservée. Le succès en fut presque nul. Il n’y avait pas beaucoup de participants, moins de cent cinquante [c’est juste le nombre des participants dAssise !]. Néanmoins, les dépenses pour ces trois jours furent de cinquante-deux millions de yen. Nous espérons que des efforts d’un tel style cesseront…

«  Les chrétiens gaspilleront toute leur énergie s’ils impliquent des non-chrétiens dans le mouvement œcuménique actuel, surtout dans le cas où les contacts seraient amorcés par des gens incompétents. Une compréhension mutuelle améliorée des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes, des hindous, voilà certes un but qu’on peut désirer atteindre, mais ce n’est pas pour cette raison qu’elle peut être qualifiée d’   » œcuménique «  .  » (p. 53)

Enfin, citons cette condamnation sans appel de «  l’esprit dAssise  », fruit d’une longue expérience  : «  Nous avons essayé de convaincre les Pères conciliaires du fait que les religions non chrétiennes ne peuvent en aucun cas être considérées comme voies légitimes de salut et que le terme “  chrétiens anonymes ” (lancé par Karl Rahner) exercerait une influence paralysante sur les missionnaires. Nos craintes se sont trouvées justifiées.   » (p. 66)

Certes, il n’y a eu «  aucune ombre de confusion ni de syncrétisme  » à Assise. Il y a eu plus grave  : Dans ce défilé carnavalesque et ringard de tous les folklores afro-asiatiques, un effacement suicidaire du Christ et de l’Église comme s’ils n’étaient eux-mêmes rien de plus, rien d’autre que l’un de ces cortèges fleuris, l’une de ces faces grand-guignolesques de la comédie humaine  ! Non, «  l’identité de lÉglise catholique et la conscience quelle a d’elle-même  » n’ont pas été «  renfoncées  », mais humiliées, mais voilées à ses propres yeux et aux yeux de tous les bonzes, gourous, sorciers de toutes les fausses religions du monde. «  L’Église, c’est-à-dire nous-mêmes  », en avons été blessés. Ce n’est pas pour de pareilles assises babéliques que «  le Seigneur a offert sa vie “  non seulement pour la nation, mais encore pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés ” (Jn 11, 52)  », nouvelle citation abusive de l’Écriture sainte pour appuyer l’hérésie qui lui est ici la plus contraire  ! Notre-Seigneur est mort sur la Croix pour que tous, juifs et païens, renonçant à leur “ ignorance ” séculaire ou à leur “ perfidie ”, cèdent à l’aiguillon de la Vérité et entrent dans l’unique et sainte Église. Il n’est pas permis à un pape, pour un plat de lentilles, ou pour les applaudissements des impies, de «  réduire à néant la Croix du Christ  » (I Cor. 1,17)  !

L’ÉGLISE EXERCE SON MINISTÈRE DE DIVERSES MANIÈRES

10. L’Église exerce ce ministère essentiel de différentes façons   : grâce à l’évangélisation, l’administration des Sacrements et la conduite pastorale de la part du Successeur de Pierre et des Évêques, grâce au service quotidien des prêtres, des diacres, des religieux et religieuses, grâce à l’effort et au témoignage des missionnaires et des catéchistes, grâce à la prière silencieuse des contemplatifs et à la souffrance des malades, des pauvres et des opprimés, et grâce à tant de formes de dialogue et de collaboration des chrétiens pour réaliser les idéaux des Béatitudes et promouvoir les valeurs du Règne de Dieu.

L’Église a exercé ce ministère à Assise, de façon inédite si l’on veut, mais pas, pour autant, moins efficace et engageante, comme cela a été reconnu par nos hôtes, qui exprimaient leur joie et exhortaient à continuer sur la route prise.

D’autre part, la situation dans le monde, comme nous le voyons, en cette veille de Noël, est déjà en soi un appel pressant pour retrouver et conserver toujours vivant l’esprit d’Assise comme motif d’espoir pour l’avenir.

Voilà certes des paroles vagues et vides. Elles témoignent tout au moins de la crainte d’une désapprobation des gens de bons sens et des âmes vraiment fidèles, touchant cette pantomime on ne peut moins catholique ni chrétienne, et telle enfin qu’elle mériterait cent fois la désapprobation de l’Autorité et l’excommunication de ses participants pour scandale spécifique, de «  communicatio in sacris   ».

«  Tant de formes de dialogue et de collaboration des chrétiens  », entre eux, et avec les juifs, les musulmans et les païens, vont-elles à «  réaliser les idéaux des Béatitudes et promouvoir les valeurs du Règne de Dieu  »  ?À force de parler en l’air, on ne sait plus ce que parler veut dire. Qu’est-ce que des «  idéaux   » et des «  valeurs  »  ? Ce sont certes des irréalités malléables et déformables à merci. Mais les Béatitudes évangéliques et la venue du Règne de Dieu sont des réalités indéformables et catholiques dans leur essence, que l’apostasie d’Assise n’a ni promues ni réalisées.

«  L’esprit dAssise comme motif d’espérance pour l’avenir  »  ? L’avenir décevra l’espoir qui n’a pas pris pour fondement la foi catholique mais la boursouflure de la fatuité humaine.

PAS DE PAIX SANS PRIÈRE ET SANS LA PRIÈRE DE TOUS

11. C’est là que s’est révélée, de façon extraordinaire, la valeur unique que la prière a pour la paix ; et même qu’on ne peut avoir la paix sans la prière, et la prière de tous, chacun dans sa propre identité et dans la recherche de la vérité. En ceci, il faut voir, en rapport avec ce que nous avons dit d’abord, une autre manifestation admirable de cette unité qui nous relie au-delà des différences et divisions connues de tous. Chaque prière authentique se trouve sous l’influence de l’Esprit “  qui intercède avec insistance pour nous ”, “  car nous ne savons même pas ce qui doit être demandé ”, mais Lui prie en nous “  avec des gémissements inexprimables ” et “  Celui qui scrute les cœurs sait quels sont les désirs de l’Esprit ” (cf. Rm 8, 26-27). Nous pouvons penser, en effet, que chaque prière authentique est suscitée par l’Esprit Saint, qui est mystérieusement présent dans le cœur de chaque homme.

On a aussi vu cela à Assise   : l’unité qui provient du fait que chaque homme et femme est capable de prier   : c’est-à-dire de se soumettre totalement à Dieu et de se reconnaître pauvre devant lui. La prière est un des moyens pour réaliser le dessein de Dieu parmi les hommes (cf. Ad Gentes, 3).

De cette façon, a été rendu manifeste le fait que le monde ne peut donner la paix (cf. Jn 14,27), mais qu’elle est un don de Dieu et qu’il faut la lui implorer grâce à la prière de tous.

Eh bien  ! tout cela encore est faux, injurieux à Dieu, unique, vivant et vrai, dont il n’est pas permis de se moquer pareillement  ! à son Christ, Jésus, le Jésus de l’histoire et de l’Église, crucifié par les juifs, rejeté par les musulmans, méprisé par les bouddhistes, ignoré par les païens  ! et à leur Esprit-Saint, Esprit de pure Vérité et d’Amour, d’amour fraternel et de pardon conservé dans et par la seule Chrétienté, n’en déplaise aux rêveurs mondialistes.

Mais tout cela est aussi méchant et malfaisant pour les millions d’âmes, dont des multitudes ont mérité secrètement par leur foi et leur charité de devenir les temples du Saint Esprit et les membres invisibles du Corps mystique du Christ, parce que tant d’éloges mensongers de la prière talmudique, ou islamique, ou shintoïste, et du yoga, ou du zen, ou par le calumet de la paix au grand Manitou, ou au ligam adoré (je parle hindi par respect pour mes lectrices), ou au Serpent, ou au Soleil et au Feu… tant de compliments mensongers aux représentants, conscients et informés, de toutes les fausses religions du monde, travaillent contre la prédication libératrice de l’Évangile qui serait le salut de centaines de millions d’êtres et la sanctification heureuse de milliers d’entre eux, déjà justifiés et avides des splendeurs de l’Eucharistie, du culte de la Vierge et des saints et de tous les trésors qu’ils ignorent de la révélation divine, des sacrements de l’Église, de l’ordre et des vertus de la Chrétienté  !

Quel coupable  ! quel misérable  ! quel complice de Satan qu’un pape qui parle en mondiovision un langage si faux, véritablement trompeur et antichrist  !

Non, ces prières n’étaient pas «  authentiques  », au sens où le mot insinuerait qu’elles seraient agréables à Dieu  ! Non, ces chefs religieux n’étaient pas «  à la recherche de la vérité  » mais ils lui tournaient le dos, ne songeant qu’à paraître et éblouir (  !) par l’étalage de leur propre foi (  ?). Non, aucune «  révélation  », aucune «  façon extraordinaire  », aucune «  valeur unique  »à cette «  prière  » babélique, et partant, aucune «  paix  » à attendre de pareils simulacres du culte chrétien  !

Aucune «  manifestation admirable d’unité  », dans l’étalage froid, morne, scandaleux «  des différences et divisions connues de tous  ». Ah  ! non, «  l’influence de lEsprit  » ne se faisait nullement sentir, même pas dans la prière œcuménique “ chrétienne ”, obligée de n’être pas catholique  !

Pour tromper son peuple et au-delà, tromper le monde en lui plaisant, Jean-Paul II revient à son hérésie majeure, à sa gnose nouvelle, quand il avance sur un ton de certitude hypothétique, comme le résultat d’une longue méditation des Écritures et de la tradition  : «  Nous pouvons penser, en effet, que chaque prière authentique est suscitée par lEsprit-Saint  »… mais il ne dit pas ce qu’est une prière “ authentique ”, et, par le biais d’une relative, passe de l’hypothétique au catégorique  : «  lEspritSaint, qui est mystérieusement présent dans le cœur de chaque homme   ».Voilà l’hérésie postconciliaire, postchrétienne, ultra-luthérienne. Non seulement les catholiques, baptisés, confirmés, en état de grâce, ne sont plus ici les seuls bénéficiaires du Don de Dieu, de la divine Présence, non seulement les «  croyants   » selon Luther, mais tous les hommes (et les femmes  !), de quelque religion ou irréligion qu’ils soient.

Ainsi la parole de saint Paul qui, dans l’Épître aux Romains, ne concerne explicitement que les chrétiens (catholiques évidemment  ; luthériens et calvinistes n’étaient pas concernés, n’existant pas encore  !), est dite de tout individu humain, lui garantissant la grâce et toutes les faveurs possibles de Dieu le Père qui ne peut résister aux   » gémissements ineffables   » de l’Esprit-Saint  !

Il paraît qu’ «  on a vu cela à Assise  »  ! On a vu «  l’unité  » de tous les tordus de la terre qui s’y étaient donné rendez-vous, tous «  capables de prier  », et de bien prier  ! sous les caméras de télévision et les cent regards avides des journalistes, «  c’est-à-dire de se soumettre totalement à Dieu  » et «  de se reconnaître pauvre devant lui  »  !  !  !

La conséquence est évidente, comme le dernier mensonge d’une cascade de mensonges de plus en plus insolents  : Ainsi la paix sera certainement le «  don de Dieu  » au monde en réponse à «  la prière de tous  » à Assise. Et Jean-Paul II, qui ne craint plus rien ni personne, d’en appeler à saint Jean, «  cf. 14, 27  », sans le citer toutefois. Allons-y voir  :

«  Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre.  »

Eh bien  ! c’est pour lui «  manifeste  »  : ce que «  le monde  » ne saurait donner, la prière d’Assise l’a déjà obtenu. Aux prières des grandes religions associées, le don divin de la paix a répondu. N’y a-t-il pas eu une trêve des guérillas et des combats sur la planète, (presque) partout, ce jour-là, à cette heure-là  ?

CONFIER À JÉSUS LA SUITE D’ASSISE

12. En vous proposant, Messieurs les Cardinaux, Archevêques, Évêques et membres de la Curie romaine, ces réflexions sur l’extraordinaire événement qui s’est déroulé à Assise le 27 octobre dernier (1986), je voudrais avant tout que cela nous aide à mieux nous préparer à recevoir encore une fois ce Verbe, en qui «   toutes choses ont été créées   » (cf. Jn 1, 3) et pour qui tous les hommes sont appelés à “  avoir la vie et l’avoir en abondance ” (Jn 10, 10), ce Verbe divin qui a voulu “  habiter au milieu de nous ” (cf. Jn 1,14) et qui, avec sa venue, sa mort, sa résurrection, a voulu “  récapituler en lui toutes choses, celles du ciel et celles de la terre ” (cf. Eph 1, 10).

À Lui qui “  par son incarnation… s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme ” (Gaudium et Spes, 22) je voudrais encore confier la suite que doit prendre la Journée d’Assise et les engagements que, dans ce but, nous devrons tous, dans l’Église, assumer ou que nous sommes déjà en train d’assumer pour répondre à la vocation fondamentale de l’Église entre les hommes d’être “  sacrement de rédemption universelle ” et “  le germe le plus fort d’unité, d’espérance et de salut pour tout l’ensemble du genre humain ” (Lumen gentium, 9).

Je suis certain que vous tous, Collaborateurs de la Curie romaine, êtes profondément conscients de cette mission ; et pour cela je vous remercie grandement, comme aussi pour l’aide irremplaçable que vous m’offrez, jour après jour, au service de l’Église Universelle, avec les Représentants Pontificaux dans les différents pays du monde.

13. Et, alors que je présente à vous tous mes plus fervents vœux de Noël, je voudrais renouveler l’expression de ma reconnaissance à tous ceux qui, acceptant mon invitation, non sans difficultés et inconvénients, nous ont, par leur exemple, animés non seulement pour rendre témoignage devant le monde de l’engagement commun pour la paix, mais aussi à réfléchir sur le mystère de l’œuvre de Dieu dans le monde, que nous voulons tous servir et dont nous nous apprêtons à célébrer le point culminant dans la plénitude des temps, la Nuit de Noël, sous le regard maternel de Marie.

La conclusion, comme dans toute œuvre de bonne rhétorique, répond à l’exorde, mais en l’enrichissant de l’argument central du discours, celui qui doit entraîner en finale la conviction enthousiaste de l’auditoire.

En conclusion donc, «  lextraordinaire événement  »,d’Assise, est «  d’une portée si grande   » parce que «  sa signification   » ne peut être saisie qu’ «  à la lumière de la venue de l’éternel Fils de Dieu dans la chair   » dont «  la commémoration désormais imminente   », disait Jean-Paul II, rendait plus évidente la leçon  : Assise s’explique et se justifie par Bethléem.

Pourquoi  ? La fameuse pensée wojtylienne insérée par le futur pape dans Gaudium et Spes en donne la raison, décisive à ses yeux, pleinement hérétique aux nôtres  : «  Par son incarnation, le Verbe s’est en quelque sorte uni Lui-même à tout homme.  » Lui-même, en Personne  ? Tout homme, donc, uni à DIEU  ! indissolublement  ! Cela fait comprendre le Vicaire de Jésus-Christ accueillant à Assise et ailleurs, à Rome et partout, ces chefs de toutes religions ou irréligions, comme des «  frères  » et des «  sœurs  ». En regard de l’unité cimentée par le Fils de Dieu entre tous les hommes, que pèsent encore les différences de religion  ? Rien.

Aussi, «  Messieurs les cardinaux, archevêques, évêques et membres de la Curie romaine, poursuit le Pape d’un ton de commandement, nous devrons tous assumer, si nous ne sommes pas déjà en train de le faire,des engagements pour répondre à la vocation fondamentale de lÉglise  », cette vocation nouvelle, récemment découverte, manifestée par «  l’esprit dAssise  », qui est l’esprit même de Noël, de l’Incarnation  : faire se rencontrer et se fondre toutes les religions, dans la prière, le dialogue, la coopération pour la paix.

C’est un devoir de la Curie romaine, d’y aider le Pape. En «  rendant témoignage devant le monde, de l’engagement commun pour la paix  », mais bien plus, en «  réfléchissant sur le mystère de l’œuvre de Dieu dans le monde  »,dont on sait maintenant, grâce à la petite phrase wojtylienne insérée dans Gaudium et Spes, qu’elle dépasse immensément les limites de l’Église catholique, qu’elle opère en toutes les religions de la terre, en tous les hommes (et les femmes  !) sans exception. L’Église catholique romaine n’est-elle pas le «  sacrement  » de cette œuvre divine, politico-religieuse de L’UNITÉ POUR LA PAIX, que je dénonçai il y a plus de vingt ans sous le nom répugnant de “ MASDU ”  : Le “ Mouvement d’animation spirituelle de la Démocratie universelle ”, par l’organisation et l’unification mondiale des religions  ?

J’en dénonçai l’esprit luciférien, et judéo-maçonnique. Dénonciation qui me paraît amplement confirmée par les faits, par les discours d’Assise, et par deux photos singulières, prises en coup de vent par un professionnel, l’une montrant Quelqu’un faisant de trois doigts de sa main gauche serrés dans l’autre main, le signe maçonnique, tandis que Quelqu’un, à côté de lui fait, de l’index et de l’auriculaire, pareillement le signe de Satan (sur ce signe, cf. le Figaro-Magazine du 29 nov. 1986, p. 115, «  Les “  cornes ” avec lindexet l’auriculaire... c’est ici une manifestation officielle de satanisme. Incroyable, mais vrai.  »). Qui  ? Je ne le dirai pas.

Mais au moment de publier cette page, nous arrive une lettre de Colmar, d’une personne qui a suivi la cérémonie d’Assise à la Tv de la Suisse-Romande. Elle nous écrit  :

«  … Quelque chose m’a frappé. Il y avait la tribune des chefs religieux contre la basilique  ; plus bas une petite estrade avec l’ambon où chacun est allé prier. Entre les deux, un espace assez vaste au milieu duquel était posé, à même le sol, un magnifique bouquet de roses; seul emblème exposé à la vue de tous en ces lieux. La caméra a fait un gros plan de ces roses, et j’ai immédiatement pensé à la fameuse vision du F… Corneloup, rappelée par Ploncard d’Assac dans Le Secret des francs-maçons  :

«  «   Autour d’une cour centrale, un architecte a bâti les temples de toutes les religions; au centre, sous une coupole largement ouverte vers le zénith, un piédestal très simple. Sur le piédestal, un rosier en fleur s’élançant vers le ciel. Les hommes viennent prier dans le temple de leur choix. Après avoir prié ils sortent dans la cour, se mêlant les uns les autres et aussi avec ceux qui ne sont entrés dans aucun temple. Et, tous ensemble, sans sacrifier quoi que ce soit de leur foi et de leurs croyances particulières, ils communient dans l’admiration, le respect et l’amour de la Rose, emblème de la vie.  »

«  Le Père de Nantes connaît certainement ce texte (oui, op. cit.,p. 244). A-t-il vu les roses d’Assise  ? De loin, on ne distinguait pas ce que pouvait être ce petit objet au milieu de la place, sauf lorsque la caméra a pris le gros plan, une seule fois.  »

De fait, on le distingue très bien sur notre vidéocassette Assise-Images, mais je n’avais pas fait le rapprochement  ; il est saisissant. Jean-Paul II serait-il donc franc-maçon  ? Ce n’est pas nécessaire. Mais il a réalisé, et sans doute avec un organisateur des cérémonies frère du F.-. Corneloup, le rêve de ce dernier. Seulement, remarque capitale, ce que n’avait fait Paul VI ni aucun autre avant lui, il l’ose  : il justifie le nivellement des religions et, à vrai dire, leur dévaluation totale, par une théologie gnostique qui fait de l’homme, de tout homme, un temple de Dieu, sinon lui-même un dieu. C’est en cela qu’il est un hérésiarque, lui qui par la religion détruit la religion et pour la paix, méprise le Dieu de la Paix.

Dans cette œuvre, il reçoit de la Curie romaine, dit-il, «  une aide irremplaçable  », et peut-être le dit-il pour l’obtenir autre que nonchalante et récalcitrante – on le souhaiterait pour l’honneur du nom romain –, comme aussi du corps diplomatique du Saint-Siège, et là, on veut bien le croire, parce que c’est sa principale, et lucrative, raison d’être.

Tout cela se fait, achève-t-il, «  sous le regard de Marie  ». C’est une clause de style ecclésiastique, mais nous savons de quelle manière la très Sainte et toujours Vierge Marie, Notre-Dame de Fatima, la Reine de la paix, a été, et elle seule  ! bannie d’Assise comme elle l’est en fait de l’Église romaine aujourd’hui.

Abbé Georges de Nantes
CRC n° 230 de février 1987, p. 1-12

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