La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’abomination de la désolation

L’Ancien Testament désigne par ces mots l’acte suprême d’idolâtrie que fut la consécration, dans le Temple de Jérusalem, du grand autel des holocaustes à Zeus Olympien en décembre 167 avant Jésus-Christ (1 M 1, 54; 2 M 6, 2). Dans son discours eschatologique, Notre-Seigneur annonce que cette profanation se reproduira dans l’avenir, à la fin des temps nouveaux inaugurés par lui  : «   Lorsque vous verrez l’abomination de la désolation installée là où elle ne doit pas être…  » (Mc 13, 14) C’est-à-dire une idole érigée dans le Sanctuaire pour y être l’objet d’un culte à la place de Dieu.

MARTIN LUTHER AU PINACLE.

Eh bien  ! c’est ce que nous avons vu à Erfurt, le vendredi 23 septembre 2011, où Benoît XVI «  s’est fait plus protestant que les protestants  », de l’aveu de Jean-Marie Guénois, dans le Figaro.

Devant les plus hauts représentants du protestantisme allemand, le Pape a dressé un éloge inédit de Martin Luther  : «  La pensée de Luther, sa spiritualité tout entière était complètement christocentrique  », a-t-il déclaré.

Alors, il faut canoniser Luther, si vraiment sa cause et celle du Christ ne font qu’un  ! comme prétendait Luther dont Benoît XVI se fait le porte-parole  :

«  “ Ce qui promeut la cause du Christ ”était pour Luther le critère herméneutique décisif dans l’interprétation de la Sainte Écriture. Cela suppose toutefois que le Christ soit le centre de notre spiritualité et que l’amour pour Lui, le vivre ensemble avec Lui, oriente notre vie.  »

Le Pape à son arrivée à Erfurt

Le Pape à son arrivée à Erfurt.
À droite, le président de l’Église luthérienne.

Pourtant, Luther a été condamné par l’Église catholique au concile de Trente, non  ? Certes  ! Mais ce fut une erreur…

«  C’était l’erreur de l’âge confessionnel [entendez : le temps du concile de Trente… et de tous les Conciles qui l’ont précédé depuis Nicée, “ confessant ” la foi catholique à l’encontre de toute hérésie]d’avoir vu en majeure partie seulement ce qui sépare, et de ne pas avoir perçu de façon existentielle ce que nous avons en commun dans les grandes directives de la Sainte Écriture et dans les professions de foi du christianisme antique.  »

Bien plus, le Pape s’est dit «  touché à nouveau  » par la «  question  » qui a été la «  force motrice  » de tout le chemin de Luther. Une question qui «  pénétrait le cœur  » de ce réformateur, qui fut «  sa passion profonde  », le «  ressort de sa vie  », et se trouve «  derrière chacune de ses recherches théologiques et chaque lutte intérieure  »  :

Quelle question  ?

«  La question  : quelle est la position de Dieu à mon égard, comment je me situe, moi, devant Dieu  ? Cette question brûlante de Luther doit devenir de nouveau, et certainement sous une forme nouvelle, également notre question.  »

Notre question à nous catholiques, de Contre-Réforme depuis le seizième siècle, et qui ne nous la sommes jamais posée, nous contentant de nous opposer.

Pour mesurer l’aberration d’une telle déclaration, citons un témoin de cette tradition de Contre-Réforme, antérieur à l’abbé de Nantes  : Mgr Freppel. Il reflète la position de l’Église jusqu’au concile Vatican II  :

«  C’est le 10 novembre prochain, écrivait l’évêque d’Angers en 1883, que l’on va célébrer, en Allemagne surtout, la naissance du moine augustin devenu l’un des chefs de la prétendue réforme.  »

Mgr Freppel n’imaginait pas un instant que, quatre-vingts ans plus tard, un Concile ferait droit à la “ réforme ” de l’Église voulue par Luther… par Père Congar interposé. Il souligne d’abord la contradiction de cet engouement pour Luther avec l’esprit du temps imbu de la “ dignité de la personne humaine ”  :

«  Pour ma part, je ne saurais assez dire quelle surprise me fait éprouver une pareille apothéose, étant donné l’esprit de notre temps. À une époque où l’on se plaît à exalter outre mesure la raison, la liberté, les forces et la dignité de la nature humaine, c’est une chose étrange de voir glorifier un homme dont le système doctrinal se réduisait à dire que le libre arbitre est une pure fiction  ; que l’homme est impuissant à s’élever vers Dieu par un acte quelconque de son intelligence et de sa volonté  ; que nos facultés intellectuelles et morales n’ont pas été seulement affaiblies et viciées, mais totalement anéanties par le péché originel  ; que la nature humaine a été tellement corrompue par ce fait qu’il n’y reste plus une étincelle de lumière, pas un germe de bien, pas un atome de vertu, et qu’ainsi, au fond de chaque manifestation vitale de l’homme, de ses pensées, de ses paroles, de ses actions, et pour ainsi dire dans son souffle, il y le mal qui la souille et qui l’empeste, de telle sorte que tout ce qui reste dans notre volonté est mauvais, et que tout ce qui est dans notre entendement n’est qu’erreur et aveuglement.  »

Telle est exactement la “ doctrine ” de Luther  !

D’ailleurs, au Concile, la contradiction était si flagrante que l’on a vu ce “ pessimisme ” luthérien s’opposer à l’optimisme progressiste délirant de Gaudium et spes.

«  La glorification de Luther me paraît absolument incompréhensible, continue Mgr Freppel, il m’est impossible de concevoir que l’on puisse songer un instant à célébrer la mémoire d’un homme dont la vie entière s’est passée à dire et à répéter que le diable ne peut que prêcher des bonnes œuvres  ; que les œuvres sont tout ce qu’il y a de plus préjudiciable au salut  ; qu’il n’est scandale plus grand ni plus dangereux que la bonne vie extérieure manifestée par les bonnes œuvres, et que ces œuvres sont tout simplement la porte cochère et la grande route qui mènent à la damnation.

«  Comment donc expliquer qu’il puisse venir à l’esprit d’un homme raisonnable de vouloir glorifier un fanatique assez dépourvu de bon sens pour oser placer les plus misérables créatures [tel Martin Luther soi-même !], au-dessus des plus grands saints, sous le prétexte encore plus odieux que ridicule “ que le saint est empêché par ses œuvres d’avoir le désir de la grâce ”  ?

«  La plupart des protestants ont renoncé aux idées de Luther sur l’inutilité et sur le danger des bonnes œuvres  : c’est leur honneur d’avoir abandonné des thèses d’une immoralité aussi révoltante. Mais alors pourquoi célébrer le centenaire d’un homme dont il est impossible de rappeler le souvenir sans remettre en mémoire les thèses les plus scandaleuses que l’on ait jamais soutenues sur la vertu et sur la sainteté  ?  »

Autre contradiction  : le Pape réunit toutes les religions à Assise pour la paix du monde  ?

«  Luther, c’est, en matière de doctrine religieuse, l’intolérance incarnée… Avez-vous perdu le souvenir de ses anathèmes contre tous ceux qui ne pensaient pas comme lui  : “ Hommes au cœur corrompu, disait-il d’eux, trois ou quatre fois endiablé, satanique et hypersatanique, à la bouche d’enfer. Je me croirais positivement maudit si je devais être en communion avec de telles gens. ” Transformer un pareil énergumène en apôtre de la tolérance  ? Il est douteux que ce sentiment soit partagé par quiconque n’a pas complètement désappris l’histoire.  »

C’est exactement le cas de Benoît XVI. Il n’a pas “ oublié ”, mais “ désappris ”, renié positivement la Chrétienté historique.

«  Luther a été un de ceux qui ont le plus contribué à déchirer, pour des siècles, l’unité chrétienne, cette merveille la plus grande que l’on puisse contempler dans l’histoire du genre humain.  »

Détestée par Benoît XVI qui cherche à établir une autre “ unité ” plus vaste entre toutes les religions et irréligions en réunissant trois cents représentants des diverses religions et traditions. Il voulut y ajouter quatre “ représentants ” agnostiques et athées  ! Initiative incomprise de ses courtisans eux-mêmes, mais corollaire logique de sa prétention à “ purifier ” les religions, considérées comme des graines de violence  : l’agnosticisme désarme, par définition, tout fanatisme religieux… Tandis que, continue Mgr Freppel, «  avec le protestantisme, il s’est introduit dans l’humanité chrétienne un principe de division, dont les lamentables conséquences sont encore sous nos yeux. Sans les rivalités et les haines sanglantes qui ont été la suite de cette rupture avec l’Église catholique, il est permis de penser qu’à l’heure présente l’Évangile aurait fait le tour du monde.

«  C’est la prétendue réforme qui, en armant les nations de l’Europe les unes contre les autres et en épuisant leurs forces dans des luttes interminables, a entravé d’un pôle à l’autre la propagation de la foi. Aujourd’hui encore, les divisions des chrétiens en face des infidèles sont le plus grand obstacle aux progrès de l’Évangile. Là où la mise en commun des efforts de tous obtiendrait de prompts résultats, une hostilité sourde ou hautement déclarée entrave le succès des missions, quand elle ne les frappe pas de stérilité. Que ceux-là s’en consolent, pour qui le Christ n’est pas le Dieu rédempteur du monde  ; mais nous qui voyons le dernier mot des choses dans le triomphe de la foi et de la civilisation chrétienne, nous estimons que les auteurs d’une scission si funeste ont droit, en fait d’apothéose, aux malédictions de l’histoire  !

«  Une nation qui aurait pris au pied de la lettre le pecca fortiter pèche fortement ! » principe et fondement de la “ morale ” luthérienne] pour le faire passer dans la pratique serait arrivée depuis longtemps au dernier degré de l’abrutissement. Qu’ils en conviennent ou non, tout ce que les pays protestants ont su conserver d’éléments chrétiens, ils le doivent à l’Église catholique.  »

Benoît XVI appelle cela  : «  Ce que nous avons en commun dans les grandes directives de la Sainte Écriture et dans les professions de foi du christianisme antique.  »

«  La vérité est que c’est l’Église catholique qui a sauvé leurs croyances d’une ruine complète, en plaçant la révélation divine sous la sauvegarde du principe d’autorité. Sa doctrine est le fonds commun où puisent tous les dissidents, alors même qu’ils en rejettent une partie pour s’attacher au reste. Si, à l’heure présente, il existe encore une seule croyance positive dans les pays protestants, elle est empruntée au symbole catholique qui, seul, la maintient dans le monde avec autorité  ; tout le reste se réduit à de pures négations, et les négations n’ont jamais été ni une lumière ni une force.

«  Ce n’est donc pas aux théories de Luther, aujourd’hui abandonnées de tout le monde, et fort heureusement pour l’honneur de la conscience publique, c’est à l’Église catholique gardienne du christianisme complet que nos frères séparés sont redevables de tout ce qui a survécu chez eux aux ravages de l’incrédulité.

«  Puisse le 10 novembre prochain devenir pour eux un jour de réflexions salutaires  ! Puissent-ils mesurer ce jour-là tout le chemin qu’ils ont parcouru depuis trois siècles dans la voie des négations  ! Nous voudrions les y aider par le rapprochement des erreurs de Luther avec les hérésies des premiers temps de l’Église. Rien de plus instructif ni, selon nous, de plus concluant.  » (Mgr Freppel, Œuvres polémiques, t. 6, p. 90-108)

Exactement le contraire de ce que prétend le pape Benoît XVI  !

MARTIN LUTHER CONTRE MARTIN DE TOURS

«  Le lendemain du 10 novembre, l’Église catholique célébrera la mémoire du saint dont le moine de Wittenberg avait reçu le nom à son baptême, saint Martin de Tours  ! Ah  ! ce n’est pas à lui qu’on reprochera jamais d’avoir déchiré le sein de l’Église, sa mère  : il n’a pas armé les peuples les uns contre les autres  ; il n’a pas fait verser des torrents de sang  ; il n’a pas déchaîné sur l’Europe le fléau des guerres civiles et des guerres étrangères. Il est là, debout dans l’histoire, attirant tous les regards par cette grande figure d’évêque, où l’humilité, la chasteté, la charité, toutes les vertus chrétiennes brillent d’un éclat incomparable. L’Allemagne qui l’a vu naître et la France où il a exercé son merveilleux apostolat peuvent se glorifier également de son nom et de ses œuvres. Voilà les hommes qu’il convient de proposer à la reconnaissance et à l’admiration des peuples, pour l’honneur de l’humanité, dans l’intérêt de la foi et des mœurs chrétiennes.  »

(Mgr Freppel,Œuvres polémiques, t. 6, p. 108)

LA RÉUNION D’ASSISE.

À Assise jeudi 27 octobre 2011, pour la troisième fois en vingt-cinq ans, nous avons vu «   l’abomination de la désolation installée là où elle ne doit pas être  ». La première fois, c’était le 27 octobre 1986, sous le pontificat, et à l’initiative de Jean-Paul II, dont le cardinal Ratzinger était alors le bras droit. Rien d’étonnant à ce que, devenu Pape, celui-ci veuille renouveler cet épouvantable scandale, fruit de l’hérésie majeure du concile Vatican II, selon laquelle la liberté religieuse est un droit inaliénable de la personne humaine.

Benoît XVI à Assise

Ce qui est effarant, c’est l’aveuglement des “ bons ”, des élus eux-mêmes, soutenant, comme Jean Madiran dans Présent du 11 octobre 2011, que «  ce n’est pas Benoît XVI qui a pris l’initiative de cette commémoration et qu’il a probablement hésité à y participer  ».

Il ne s’y serait résolu qu’avec la ferme intention «  d’en contrôler la signification  ».

La preuve  ?

Une lettre (privée, confidentielle  !) dont Madiran publie un passage, adressée au pasteur luthérien Peter Bayerhans, qui fut le collègue de Joseph Ratzinger à Tübingen et qui est resté son ami  :

«  Je comprends très bien votre préoccupation concernant ma participation à la rencontre d’Assise. Mais cette commémoration doit être célébrée de toute façon [en vertu de quelle nécessité infernale ? on se le demande]et, après tout [sic ! c’est vrai… après tout !], il m’a semblé que le mieux était d’y aller personnellement pour pouvoir essayer de cette manière d’en déterminer le sens. Cependant, je ferai tout pour que soit impossible une interprétation syncrétique de l’événement.  » Ce qu’il a fait en ne prévoyant pas de temps à la prière commune, et surtout  : en invitant les agnostiques, quitte à priver cette réunion interreligieuse de tout caractère… religieux  ! Cependant, il en donne l’assurance à son ami  : «  Toujours je croirai et confesserai ce que j’avais rappelé à l’attention de l’Église dans la déclaration Dominus Jesus  », publiée le 5 septembre 2000 par la Congrégation pour la doctrine de la foi dont le cardinal Ratzinger était le préfet. On y lisait que «   la révélation de Jésus-Christ est complète et définitive dans l’Église catholique  ».

À la bonne heure  ! Jean Madiran peut dormir tranquille  : la conviction personnelle de Joseph Ratzinger demeure, et demeurera toujours, telle qu’il l’a professée dans Dominus Jesus, à savoir que seule l’Église catholique détient les paroles et les sacrements du salut. Il faut toutefois remarquer que cette déclaration ne faisait pas la moindre mention de la Vierge Marie. Et de fait, fidèle à lui-même, Benoît XVI ne l’a pas invoquée à Assise. Elle fut la grande absente, jeudi dernier, à la différence du lundi 27 octobre 1986, où un mystérieux cortège avait tenté de l’introduire, sur un brancard fleuri, «  comme un signe céleste dans une longue journée froide et sans joie, sans foi, sans lumière, où Dieu sembla sourd aux prières qui montaient vers lui  » (CRC n° 228, décembre 1986, p. 11). La journée du 27 octobre 2011 fut en tout point semblable, et il est bien vrai que le Pape semblait s’y ennuyer ferme  ! Il était pitoyable. «   Pauvre Saint-Père  ! Il faut beaucoup prier pour lui  !  » Je croyais entendre Jacinthe…

Les gens allaient et venaient, passant devant lui sans égard dû au Vicaire du Christ. Il était assis sur une chaise, comme tout le monde. Entre ce pouilleux de Bartholomeos de Constantinople, et le rabbin David Rosen, représentant du grand rabbinat d’Israël… Rowan Williams, le pape de la “ communion anglicane ” ne l’a pas lâché d’une semelle…

Les grands absents étaient Jésus-Christ et sa divine Mère. Les participants reçurent des lumignons évoquant la «  lumière du monde  » que prétendait être ce «  ramassis de gens  » (Nb 11, 4); les «  intervenants  » se succédèrent au micro pour «  prendre l’engagement  » de faire régner dans le monde la paix par la justice. Comme si Jésus n’avait pas dit  : «   Je suis la lumière du monde  » (Jn 8, 12), et «   Sans moi, vous ne pouvez rien faire.  » (Jn 15, 5).

L’ANNÉE DE L’APOSTASIE.

Comble de la «   désorientation  » capable d’égarer les élus eux-mêmes  : le Pape annonce une “ Année de la foi ” qui débutera le 11 octobre 2012, cinquantenaire de l’ouverture du concile Vatican II, et qui s’achèvera le 24 novembre 2013.

«  Il me semble qu’à un demi-siècle de l’ouverture du Concile, lié à l’heureuse mémoire de Jean XXIII, il est opportun de rappeler la beauté et la centralité de la foi…  »

On ne saurait mieux dire, mais toute la question est de savoir si, pour ce faire, il faut célébrer le Concile ou le rejeter…

Pour répondre à la question, il suffit de lire les vœux adressés par Benoît XVI à la communauté juive à l’occasion du “ nouvel an ” juif, le 29 septembre 2011 après Jésus-Christ, qui est l’année 5772… après Adam et Ève, selon le calendrier juif  :

«  À l’occasion des fêtes de Rosh ha-Shana, Yom Kippour et Soukkôt, je vous adresse mes vœux les plus sincères, à vous, estimé Dr di Segni et à toute la communauté juive de Rome, afin que ces fêtes si significatives [de quoi, grand Dieu !]puissent être l’occasion de nombreuses bénédictions de l’Éternel [sic !]et source d’une grâce infinie.  »

Rosh ha-Shana, Yom Kippour et Soukkôt sources d’une grâce infinie  ?  ! Où sommes-nous  ? En tout cas, pas dans l’Église catholique  !

Le début de l’année juive, Rosh ha-Shana, marque l’entrée dans un cycle de dix jours appelé «  Techouva  »  : durant cette période, les fidèles sont invités à demander pardon et réparer les fautes commises envers Dieu et envers le prochain. On se souhaite une année «  bonne et douce  » («  tova ou metouka  ») et l’on mange entre autres des quartiers de pommes au miel, qui évoquent concrètement cette douceur. Et la procurent, «  source de grâce infinie  »  !

Dix jours après Rosh ha-Shana, le “ nouvel an ” juif, soit les 8 et 9 octobre en 2011, la communauté juive célèbre Yom Kippour, le Grand Pardon  : le jeûne marque cette journée de prière et de repentir. «  Grâce infinie…  »

Quelques jours après Yom Kippour, Soukkôt, la «  fête des Tentes  » commémore les quarante années que les juifs ont passées au désert, après leur sortie d’Égypte. On construit des cabanes… Les enfants sont ravis. Ils trouvent très amusant de prendre les repas sous une cabane installée sur le balcon ou dans un jardin. «  Grâce infinie…  »

Le Pape souhaite, à ces occasions, que «  grandisse chez nous tous la volonté de promouvoir la justice et la paix dans le monde qui a tant besoin d’authentiques témoins de la vérité  ».

Qu’est-ce que «  la vérité  », pour Benoît XVI  ? Il l’a déclaré devant huit mille «  nouveaux évangélisateurs  », venus du monde entier, à Rome, dans la salle Paul-VI, la salle du Synode, le 15 octobre dernier  : «  Le monde a besoin aujourd’hui de personnes qui annoncent et témoignent du Christ, qui enseignent son art de vivre, le chemin du vrai bonheur.  »

Comment se fait-il que Benoît XVI n’annonce ni ne témoigne du Christ dans sa lettre au grand rabbin de Rome  ? La raison en est simple  : ce n’est pas une question de salut éternel, ni pour lui ni pour personne, mais seulement de l’ «  art de vivre  » en ce monde, du «  chemin du vrai bonheur  »… sur terre. Chacun le sien, «  chacun avec l’autre, et non plus l’un contre l’autre, tous les peuples en marche, de différentes régions de la terre, pour se rassembler en une unique famille  », a déclaré le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix. «  La construction d’un monde meilleur  » a besoin, a continué le cardinal Ghanéen, de l’engagement de «  tous  » les hommes de bonne volonté, et pas seulement des hommes de foi. C’est en ce sens que le Pape a insisté  :

«  Je suis convaincu que les nouveaux évangélisateurs se multiplieront toujours plus pour donner vie à une véritable transformation dont le monde a aujourd’hui besoin.  »

C’est bien de ce monde-ci qu’il s’agit  ! Il faut y aménager un modus vivendi entre toutes les religions et irréligions.

«  Il me semble, qu’à un demi-siècle de l’ouverture du Concile, lié à l’heureuse mémoire de Jean XXIII, il est opportun de rappeler la beauté et la centralité de la foi…  » Quelle «  foi  »  ?

SCHISME OU HÉRÉSIE  ?

«  Les lefebvristes hésitent à accepter l’offre de Rome  » (La Croix du 10 octobre 2011).

De quoi s’agit-il  ? De signer un “ Préambule doctrinal ” remis le 14 septembre à Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, par le cardinal William Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi. Ce texte précise les conditions posées par Rome à l’éventuelle reconnaissance de la FSPX sous la forme d’une prélature territoriale internationale.

Alors, ce n’est plus de la doctrine, mais de la diplomatie…

S’il s’agissait de défendre la foi, ce serait simple. Le travail a été fait par l’abbé de Nantes, l’innommé, l’innommable, l’opposant qui a lutté seul parce que ces gens, qui auraient dû l’appuyer, à commencer par Mgr Lefebvre, se sont uniquement souciés de leur boutique.

Quel est le contenu «  doctrinal  » de ce “ Préambule ”  ? C’est un secret  ! Ainsi, après deux ans d’ “ échanges ” à huis clos, «  l’étude du Préambule doctrinal se poursuivra au niveau du conseil général de la Fraternité Saint-Pie-X, où un examen approfondi par le supérieur général et ses deux assistants permettra de présenter dans un délai raisonnable une réponse aux propositions romaines. Une image souvent citée par MgrFellay  » compare «  le Concile à “ une soupe ” dans laquelle “ on ” [qui, “on ” ?]aurait mis du poison.  » Donc, lorsqu’il exprime une idée, il la prend chez l’abbé de Nantes. Autant le citer  : ça tient en 350 pages sous le titre Préparer Vatican III.

«  Le meilleur évidemment serait de proposer dès l’ouverture de Vatican III que soit jeté l’anathème, en bloc, sur la Réforme de Vatican II, sur ses principes, sur ses Actes et sur tous ses Décrets d’application.  » (CRC n° 51, décembre 1971, p. 12)

Mais à condition de faire l’effort d’un exposé dogmatique nouveau, plus explicite, déduisant des vérités plus précises et formulant une série d’anathèmes qui permettent d’écarter les équivoques et d’exclure, de manière irréformable et définitive, l’erreur qui met en péril la foi. Tout tient en douze propositions, arguments des futures Constitutions de Vatican III.

PRÉAMBULE DOCTRINAL À LA RESTAURATION DE LA FOI

1. Marie, Médiatrice universelle. L’erreur majeure, le crime de Vatican II a été de rejeter la Vierge Marie au dernier chapitre de la Constitution sur l’Église Lumen gentium  ; Vatican III fera passer la Vierge Marie au commencement de tout, comme il est dit d’elle, l’Immaculée Conception, au chapitre 8 du livre des Proverbes. Parce qu’elle est Médiatrice de toutes grâces. Le Concile définira cette vérité comme un dogme de notre foi (Préparer Vatican III, p. 13-33).

2. Dei Verbum  : Parole de Dieu, Parole du Seigneur  ! Nous avons audience de Dieu, audience de sa Parole, certes  ! mais par le canal de la parole humaine de l’Église et par nul autre moyen, qui que nous soyons  : ni par Révélation nouvelle, ni par Tradition ésotérique, ni par illumination d’Esprit. Anathème à qui prétend s’en aller boire directement à la source, arguant que l’eau du robinet n’est pas à son goût, ou qu’elle est corrompue (Préparer Vatican III, p. 59).

Le péché de Vatican II tient tout dans cette exaltation de ses propres lumières et de ses inspirations comme venant d’ailleurs que de l’enseignement du passé, et de plus haut que l’Autorité dont elle était revêtue depuis toujours, souveraine et infaillible.

«  Et si quelqu’un persiste à mettre sa “ Parole de Dieu ” au-dessus de l’enseignement de l’Église, qu’il soit anathème  !  » (CRC n° 51, décembre 1971, p. 12)

«  La seule pensée d’appartenir à l’Église suffit à renouveler la jubilation de notre âme car l’Église est sainte, semblable à son Époux Jésus-Christ dont elle a reçu une telle ressemblance qu’il n’y a rien au monde d’aussi beau, d’aussi sage, d’aussi majestueux que son visage et tout son être. Elle est notre Mère, et j’ajoute  : elle est l’Épouse unique, incomparable, elle seule est sainte, sage, sublime, laissant loin dans leurs ténèbres décevantes fausses religions et philosophies. En elle se trouve réuni et prospère tout ce que le monde a de meilleur. Les divers biens qui composent la civilisation et la culture, la prospérité et la science, les techniques et les arts mêmes nous viennent d’elle qui les a créés ou, dans une moindre mesure, sauvés des sociétés éphémères où d’abord ils avaient paru. De quelque côté que je me tourne, je ne trouve d’assurance et d’espérance qu’en elle. Ses deux mille ans de gloire, son expansion merveilleuse jusqu’aux extrémités de la terre répondent à mes doutes et calment mes inquiétudes. Il y a là une force divine, mais c’est trop peu dire… En cette Épouse vit l’Esprit de son Époux, Jésus, “ cet homme que Dieu a accrédité auprès de nous par les miracles, prodiges, et signes qu’il a opérés par lui au milieu de nous ” (Ac 2, 22), homme comme jamais n’en a paru ni n’en paraîtra sur terre, tendre, sage et fort. L’Église en tout elle-même rayonne de la vie, de la santé, de la splendeur de Jésus-Christ et l’enfant revient sans cesse en ses bras, boire aux mamelles gonflées du lait de sa doctrine et de sa charité.  » (Lettre à mes amis n° 134, du 19 mars 1963)

3. Lumen gentium  : C’est le titre de la Constitution sur l’Église dont la “ réforme ” a consisté 1° à renverser sa hiérarchie  : la pointe de sa pyramide, en bas  ! Sa base, en haut  ! 2° à abattre ses frontières, pour la fondre dans un Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle (MASDU).

Le résultat est sous nos yeux, annoncé cinquante ans à l’avance, le 13 juillet 1917, à Lucie, François et Jacinthe  : «  Une grande cité à moitié en ruine.  »

Mais ce n’est pas une raison pour la quitter, au contraire  ! L’amour de l’Église  ! C’est le secret de toute la vie de notre Père (ci-dessous), qui s’est identifié à elle, comme l’a reconnu Mgr Le Couëdic, pour lui en faire reproche  !

«  Qu’est donc l’Église  ? Cette société est l’organisme humain ou l’instrument créé par lequel Dieu appelle tous les hommes au salut et leur donne, s’ils y adhèrent par la foi, la justification et la grâce pour la vie éternelle. L’Église est donc le moyen et le lieu de la vraie religion, union des hommes avec l’Unique Dieu. L’Église est une mère qui engendre, par une nouvelle naissance, les fils d’Adam à la grâce retrouvée. Elle est une famille où se transmet la vie divine, depuis le Christ, de générations en générations.

«  Elle n’est donc pas un peuple d’égaux, un agrégat d’individus rassemblés par quelque Esprit invisible  : elle est une société historique et hiérarchique où les biens patrimoniaux de la vraie religion sont transmis par des actions sacramentelles précises. Elle n’est pas une “ Personne au sens propre ”, comme le prétend Maritain dans son livre sur “ La personne de l’Église et son personnel  ” (p. 37), ce qui est stupide. Nul n’a relevé cette contradiction de six cents millions de personnes qui n’en font qu’une  ! C’est dire le niveau d’abêtissement où les divagations conciliaires ont fait choir l’intelligence chrétienne. Elle est une communauté de personnes antérieure à celles-ci mais se communiquant à elles par la foi et le baptême.

«  Qu’est ce Mystère  ? L’Église étant comme une pyramide dont les membres fidèles forment la base et la hiérarchie les degrés supérieurs, son sommet se perd dans la Nuée lumineuse où trône la divinité. L’Église est humaine et divine. Comment cela se fait-il  ? La Révélation seule nous le fait connaître en deux vérités liées et complémentaires.

«  1. L’Église est un Corps dont le Christ est la Tête. En dépendance du Mystère de l’Incarnation, où le Verbe de Dieu s’est fait chair, le Mystère de l’Église est celui d’une société humaine dont le Fils de Dieu est le fondateur humain et demeure le Chef Souverain toujours vivant et glorieux. Il la gouverne en effet lui-même, à l’aide d’une hiérarchie qu’il a fondée et munie de ses propres Pouvoirs divins et de ses droits. C’est par lui-même, puis par ses Apôtres comme par leurs successeurs, que le Christ crée et organise son Église comme un Corps social, vivant et vivifiant, saint et parfait. La hiérarchie en est la cause efficiente, cause créée, humaine, historique et visible.

«  2. L’Église est un Corps dont le Saint-Esprit est l’Âme. Cependant, l’union de l’Église humaine à son Chef divin n’est pas physique, comme dans l’Incarnation, mais morale. Elle suppose dans l’Église une volonté sainte, une énergie divine, un principe de fidélité qui la tienne indéfectiblement unie à son Chef.

«  Cette “ Âme incréée ” de l’Église est la Personne du Saint-Esprit, qui lui a été envoyée au jour de la Pentecôte par le Père et le Fils. Âme divine de ce Corps unique et particulier, le Paraclet a une affinité profonde avec cette Église, l’Église catholique seule.

«  Même quand il sollicite tous les hommes à la Vie divine, c’est en dépendance et en vue de son Église unique. Cette œuvre de l’Esprit-Saint est la “ cause formelle ” ou le “ principe immanent d’organisation ” de ce Corps social dont le Christ est le Chef  : c’est dire que son Énergie descend et se communique hiérarchiquement de la Tête aux membres selon les degrés des Pouvoirs institués par le Christ. Même là où l’Esprit-Saint agit en toute liberté par le don de “ charismes  ”, ce n’est ni en contradiction ni en division d’avec l’institution hiérarchique et sa discipline apostolique.

«  Le Mystère de l’Église est dans cette compénétration d’un type particulier, incompréhensible à la raison et inaccessible à l’expérience, non seulement sensible mais spirituelle, de l’humain et du divin. Analogue à l’union hypostatique mais moindre, cette union laisse aux hommes leur personnalité créée et leur liberté infirme, tout en garantissant à leur société en tant que telle un ensemble de perfections proprement surnaturelles  : indéfectibilité, infaillibilité, sainteté…  » (Préparer Vatican III, p. 82-84)

4. Demain, quelle liturgie  ? Avant le concile Vatican II, la liturgie était œuvre sacerdotale, du Christ et de l’Église, plus divine qu’humaine, de prédication, de sacrifice sacramentel et de louange divine, célébrée pour le bien spirituel des fidèles, mais non sans leur pieux concours. Elle est devenue création spontanée, à prétention esthétique, moderne, de l’homme qui se rend un culte à lui-même. Insoucieuse de plaire à Dieu et de mériter ses grâces, la liturgie postconciliaire est tout occupée de plaire à l’homme comme un art, et de mériter qu’il s’y intéresse et s’y adonne comme à un sport (ibid., p. 91).

L’activité fébrile des protagonistes du Mouvement liturgique depuis le début du siècle, si elle a finalement transformé l’Église en un champ de ruines, a cependant accumulé une masse de matériaux à la disposition des sages bâtisseurs de la Contre-Réforme à venir.

Le prochain Concile devra certainement ramener l’Église à ses impérissables et nécessaires institutions liturgiques, criminellement rejetées et interdites  : langue latine, grégorien, rite antique de la Messe, office divin des heures canoniales, culte eucharistique traditionnel, etc. Mais il pourra aussi discerner dans la nouveauté soit des prières et rites retrouvés de l’antique, dignes d’être adoptés, soit des créations modernes en harmonie avec la tradition liturgique (ibid., p. 101).

5. La hiérarchie sacerdotale. Les années qui ont suivi le Concile ont été marqués par une chute vertigineuse du clergé, en quantité et en qualité.

Comment remonter la pente  ?

Le Sacerdoce, c’est quelque chose  ! Le Prêtre, c’est quelqu’un  ! Le concile Vatican II a prétendu en élargir les limites, en enrichir la notion. Tous seraient prêtres, et le sacerdoce de tous consisterait tout dans la mission d’annoncer l’Évangile au monde. Le résultat ne s’est pas fait attendre… Plus personne ne veut être prêtre, être prêtre n’est plus rien, ne signifie plus rien pour les prêtres eux-mêmes, rien de plus que prêcher l’Évangile par toute sa vie mais n’importe qui peut ambitionner de le faire n’importe où, n’importe comment  ! En voulant tout embrasser, la définition nouvelle du Sacerdoce s’est vidée de tout son mystère essentiel.

Vatican III reprendra l’enseignement de la Tradition, en partie fixé dans les éternelles définitions du concile de Trente. Le prêtre est l’élu de Dieu, ordonné pour le service sacerdotal du Christ. Médiateur en son Nom, il remet les péchés et célèbre les Saints Mystères. Pasteur et Chef de son peuple, il assure son salut éternel et souvent son bien temporel. Le Sacerdoce catholique est ce qu’il y a de plus grand dans le monde, lui qui donne le Christ à son Église (p. 126)  !

6. Le peuple fidèle. Le prêtre est le passeur, de la rive du monde à l’autre rive de la Vie éternelle. Celui qui passe le fleuve, c’est le fidèle, sauvé en droit par la Croix du Christ, sauvé en germe par le baptême, auquel reste cependant un long chemin à parcourir pour vivre saint en présence de Dieu et pour être sauvé définitivement. C’est un grand labeur, car il doit passer du monde où il vit encore, où il a sa condition et ses liens – car il n’est pas “ religieux ” – vers Dieu, par le secours des sacrements, de l’enseignement et des directives qu’il reçoit d’un autre, le prêtre, député à cette fonction en vertu de l’Ordre qu’il a reçu (p. 127-128).

La critique nécessaire portera sur le principe faux de l’Action catholique puis de la Promotion du laïcat, sur cette prétendue “ révolution copernicienne ” qui devait faire passer le laïcat dans l’Église, de rien à quelque chose, et puis à tout, au détriment de l’Ordre sacerdotal et hiérarchique. Les pôles ainsi inversés devront donc être renversés, rétablis  : Dieu d’abord, Dieu premier servi  ! Au lieu de cette force centrifuge qui met tous les degrés de la hiérarchie au service de leurs inférieurs, finalement le prêtre au service du laïcat et le laïc au service du monde, Vatican III rétablira l’aimantation contraire selon saint Paul  : Tout est à vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu (p. 142).

Alors se refera l’unité d’une Église sainte, catholique et hiérarchique, car c’est le vrai sens du terme dévoyé d’apostolique. Les prêtres retrouveront le cœur de leurs fidèles, et les fidèles le cœur de leurs pasteurs. Être réconciliés leur sera bon, et doux de vivre ensemble, pour une action concertée, et dans le rayonnement d’une même joie.

Alors se trouveront rétablis dans toute leur dignité et leur efficacité la paroisse, le diocèse, la papauté, débarrassés de toutes les structures adventices, de toutes les technobureaucraties laïques parasitaires. Dans ce cadre ecclésiastique retrouvé, libéré, rénové, sous ces autorités à visage humain et paternel, toute la société aux multiples communautés naturelles se trouvera vivifiée par la grâce et la vérité catholiques. Ce sera de nouveau la Chrétienté.

7. Les missions catholiques. Le fait brutal est celui-ci. Pendant des siècles, les chrétiens ont spontanément admis qu’il n’y avait de salut éternel et même temporel, personnel et collectif, que dans la foi en Jésus-Christ et dans l’adhésion à l’Église. Cette croyance s’appuyait sur l’Évangile, qui est formel. C’était la raison déterminante des vocations missionnaires. Cette conviction, ce sentiment, ce zèle n’allaient pas sans une admirable imprécision dogmatique concernant l’interprétation et la rigueur même de ce principe. On concevait des exceptions à la règle. On parlait de baptême de désir et de baptême du sang. On savait que Dieu voulait sauver tous les hommes et que les païens eux-mêmes seraient jugés par lui selon leur degré à eux de connaissance de la Loi.

L’interprétation rigoriste de l’axiome “ Hors de l’Église point de salut ” a toujours été condamnée par le Magistère ecclésiastique. Le concile Vatican III devra donc l’expliciter en distinguant les grandes zones d’évangélisation de l’humanité  :

a) Application claire aux pays de Chrétienté. Connaître le Christ lui-même, c’est être contraint en toute clarté de choisir entre sa lumière et les ténèbres, le salut ou la damnation. Pour celui qui l’a rencontré, il n’y a de salut que dans la foi. L’incrédulité est sa condamnation. De la même manière, connaître l’Église conduit au choix décisif, et nul ne peut être sauvé qui, l’ayant connue, la repousse. Cela, dit négativement, doit être proclamé plus encore sous une forme positive et heureuse  : tous les hommes de bonne volonté, tous les cœurs que déjà l’Esprit-Saint conduit vers la lumière sont intérieurement impatients de rencontrer l’Église et ils sont tout à fait prêts à la reconnaître comme le salut qu’ils cherchent et à y entrer. Annoncer l’Évangile, prêcher l’Église ne doit faire peur à personne, car tous ceux qui ont quelque velléité de salut trouveront dans l’Église le sacrement qu’ils attendent et qui décuplera leurs chances (p. 167-168).

b) Application mystérieuse aux terres païennes. Le principe selon lequel il n’y a de salut que dans le Christ et par lui, dans l’Église donc et par elle, ne souffre pas d’exception. Il est absolu. Encore faut-il, pour le bien entendre et l’interpréter correctement, le mettre en relation avec l’ensemble des vérités révélées. Quand il s’agira des masses humaines qui n’ont jamais entendu parler de Jésus-Christ et n’ont rien connu de l’Église, le salut que Dieu leur propose effectivement à tous leur sera invisiblement un lien avec le Christ et l’Église visible (p. 168).

En conséquence, la prédication missionnaire est invisiblement attendue partout dans le monde, parce que partout des païens sont déjà dans cette voie du salut qui est nécessairement et uniquement chrétienne et catholique (ibid.).

De cette partie dogmatique de la nouvelle Charte des Missions ressortira clairement la raison, l’urgence, la beauté de l’effort missionnaire. Sans forcer trop ni trop peu le sens d’un axiome qui se suffit à lui-même, la conviction renouvelée qu’il n’y a de salut qu’en Jésus-Christ et par son Église suffira à faire jaillir de nouvelles vocations et peut-être sera-ce le prélude à la conversion de toute la terre (p. 169).

Le concile Vatican II a démoli les Missions. Le concile Vatican III, par sa sagesse traditionnelle, les restaurera et, si Dieu veut, plus grandes et conquérantes que jamais (p. 174)  !

8. La liberté chrétienne. Dans notre monde moderne, toute la tradition de l’humanisme athée et de la Révolution – “ satanique dans son essence ” – est un refus de la souveraineté du Dieu fait homme, par l’homme qui veut se faire lui-même dieu (p. 177).

La Révolution réclame la liberté contre Dieu mais en cela même, comme on est obligé de le constater, elle l’abolit totalement et change le monde en camp de concentration (p. 177).

L’Église connaît la liberté de l’homme, elle en montre le fondement et la source en Dieu, en Jésus-Christ  ; et l’histoire prouve que la définition austère de cette exacte liberté s’ouvre sur une vaste et généreuse tolérance. Au contraire, toute subversion faite au nom de la Liberté produit infailliblement la ruine de cet ordre humain familier. La licence paraît alors et sa complice, l’intolérance (p. 178).

Le concile Vatican III posera en principe que tout membre de l’Église, unique et vraie, est régénéré intérieurement par la grâce et libéré du joug des passions charnelles, des sollicitations du monde et de la Puissance du démon. Devenu “ fils de Dieu ” par adoption, il va au vrai, au bien, au beau de toute son âme, par un attrait intime et souverain. Il est libre. Dans la mesure même où il suit cet attrait, les lois bonnes, divines et humaines, ne lui pèsent point, les lois mauvaises n’ont plus d’emprise sur lui. Préférant obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, il subira le martyre plutôt que de céder à une obéissance criminelle. En cela même, il affirme sa pleine liberté  !

Le païen n’a pas de liberté, ni intérieure ni sociale – à moins de lumières et de grâces intimes invisibles –, puisqu’il est asservi au Prince de ce Monde par ses passions comme par les principes et les lois de son idolâtrie. Le juif, ayant la Loi mosaïque, n’a pas de liberté intérieure – sauf le cas de dons extraordinaires – qui le rende capable de répondre à l’appel libérateur de cette Loi divine. Il est écartelé, selon saint Paul, et il demeure esclave de la Loi, son dur pédagogue.

Le chrétien reçoit la liberté intérieure qui lui fait embrasser avec amour la loi évangélique (p. 195-196).

Le concile Vatican III proclamera d’abord la liberté de Dieu. Cette liberté souveraine et sans borne anéantit toute liberté, tout droit, toute autorité humaine qui prétendraient s’ériger contre elle. Quant aux libertés, droits et autorités qui prétendent s’ériger en dehors d’elle, neutres, laïques, Dieu peut dans sa liberté les tolérer avec patience, mais elles n’existent pas davantage que les autres. Seuls existent, réels, légitimes et sacrés, les libertés, droits et autorités qui sont établis par Dieu et participent de sa propre bonté.

L’Église de Jésus-Christ, Dieu fait homme, est donc libre de la liberté même de Dieu. Son autorité est souveraine par rapport à toutes les créatures mais elle est dépendante de Celui qui lui a donné tous pouvoirs. Relative à Dieu, elle est absolue vis-à-vis de tous les hommes. Dieu lui a donné autorité pour sauver les âmes, autorité unique et directe sur leur vie spirituelle, autorité suprême mais indirecte sur la vie temporelle (p. 197-198).

Corollaire  : toute entente, tout dialogue, toute coopération entre l’Église et les fausses religions ou communautés dissidentes est en abomination à Dieu (p. 198). Telle fut «  l’abomination de la désolation installée là où elle ne devait pas être  », à Assise  ! sur la tombe de saint François  ! C’est le principe qui gouvernera l’œcuménisme catholique (9e Constitution), à l’encontre du projet d’œcuménisme protestant qu’adoptèrent inconsidérément les Pères conciliaires de Vatican II. À ce prix, demain la Chrétienté sera le genre humain dont l’Église seule possède les énergies et les voies surnaturelles du salut (10e et 11e Constitution). Et dont la vie religieuse, avec ses trois vœux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté constitue le trésor caché qui est la perfection de l’amour, objet de la douzième Constitution.

J’en ai assez dit pour que nous prenions la résolution de faire de l’année qui vient, sans attendre le 11 octobre 2012, anniversaire de l’ouverture du Concile et ouverture de “ l’Année de la foi ”, une année de courageuse controverse contre le Concile dont les textes sont considérés par Benoît XVI, citant Jean-Paul II, «  comme des textes qualifiés et normatifs du Magistère, à l’intérieur de la Tradition de l’Église  » (Lettre apostolique promulguant l’Année de la foi, lundi 17 octobre 2011).

Admirez la formule  : «  à l’intérieur de la Tradition de l’Église  ». Il n’a pas osé dire  : «  conformément àla Tradition de l’Église  ». Il tente cependant par ce biais – «  à l’intérieur  » – de faire entrer cette abomination dans la suite, sans «  rupture  », dans la «  continuité  » au moins chronologique, sinon dogmatique, «  de la Tradition de l’Église  ».

Pour notre part, nous n’aurons de cesse que soit éradiqué le concile Vatican II, cause de la ruine de l’Église, comme Mattathias s’écriant, au temps d’Antiochus Épiphane  : «   Malheur à moi  ! Suis-je né pour voir la ruine de mon peuple et la ruine de la ville sainte, et pour rester là assis tandis que la ville est livrée aux mains des ennemis et le sanctuaire au pouvoir des étrangers  ?  » (1 M 2, 7)

Et disant à ses cinq fils, au moment de mourir, ces paroles que nous mettons dans la bouche de notre Père, après avoir lutté toute sa vie  : «   À vous maintenant, mes enfants, d’avoir le zèle de la Loi, et de donner vos vies pour l’alliance de nos pères.  » Ainsi soit-il  !

frère Bruno de Jésus
Il est ressusicté  ! n° 111, novembre 2011, p. 1-8