La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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JEAN-PAUL II L’APOSTAT

II. LE PROPHÈTE ET LE PONTIFE
DU CULTE DE L’HOMME

Jean-Paul II

LE 16 octobre 1978, Jean-Paul II apparaît pour la première fois à la loggia de Saint-Pierre. Son aisance, sa jeunesse, son sourire charment tout de suite la foule qui l’acclame. Rompant avec le protocole, il lui adresse quelques mots teintés d’humour avant de donner la bénédiction apostolique. C’est ainsi que commence un des plus longs pontificats de l’histoire, au cours duquel les erreurs doctrinales de Vatican II se sont répandues dans toute l’Église, semant la confusion, provoquant la déchristianisation de l’Occident et, ailleurs, un ralentissement de l’activité missionnaire dont les résultats peinent désormais à suivre la progression démographique, et accusent la concurrence de l’islam et des sectes.

LA GRANDE SÉDUCTION

Élection de Jean-Paul II le 16 octobre 1978Depuis son premier vicariat en paroisse rurale jusqu’à son épiscopat à Cracovie, Karol Wojtyla a toujours agi en entretenant une subtile ambiguïté. Il respectait les devoirs de sa charge d’une façon exemplaire, mais inédite  : exercer le moins possible l’autorité, donner à chacun l’impression qu’il est important, qu’il a raison, plaire à tous. Ce style de gouvernement suppose une grande maîtrise de soi, une capacité de jouer son rôle tout en s’en abstrayant afin de garder sa propre doctrine, le cap que l’on s’est fixé, pour modifier peu à peu le climat général, orienter différemment les manières d’agir et… de penser.

Une fois sur le trône pontifical, Jean-Paul II a eu le même comportement. Face à l’héritage désastreux du règne de Paul VI, il donna l’impression de reprendre en main le gouvernail de la barque de saint Pierre avec autorité et piété, tout en ne faisant que de légères retouches cosmétiques. Sa véritable intention était de maintenir l’Église dans la ligne de Vatican II, dont nous avons vu qu’il avait été l’un des principaux théoriciens. Dans notre monde contemporain, l’Église connaissait un Vendredi saint, il la conduirait à la résurrection de Pâques en la vouant à la dignité de l’Homme.

Pour cela, après une quinzaine d’années de tempêtes, de défections, de scandales, il fallait une main ferme capable de rassurer le troupeau sans remettre le Concile en question.

Jean-Paul II s’attacha donc tout d’abord à séduire, pour rendre inconcevable la moindre contestation de ses actions et de ses dires.

Pourtant, dès les premières semaines, un fait en dit long sur ses motivations  : succédant au très populaire Jean-Paul Ier, il en reprit le nom, affecta de se réclamer de lui, mais se garda bien de confirmer les changements que celui-ci avait décidés la veille de sa mort. Il n’ordonna pas non plus d’enquête sur les circonstances mystérieuses de celle-ci. Tous ceux dont son saint prédécesseur voulait le départ restèrent en place, du secrétaire d’État, le cardinal Villot, au responsable de «  la banque du Vatican  », l’archevêque Marcinkus, en passant par le préfet de la Congrégation des évêques, le cardinal Baggio, et plusieurs autres. Mais qui, hors de la curie romaine, savait tout cela  ?

Jean-Paul IIAux yeux des fidèles, Jean-Paul II passa pour un fervent dévôt de la Vierge. Dans les premiers temps, il apparaissait toujours avec le chapelet à la main et il demanda que les voyages pontificaux qu’il reprenait à la suite de ceux de Paul VI soient l’occasion de pèlerinages aux grands sanctuaires mariaux. Il s’employa aussi à remettre un peu d’ordre et de dignité dans les célébrations liturgiques.

Son discours d’intronisation fit choc dans une Église «  malade du Concile  », après quinze ans de constantes autocritiques. Tout d’un coup, à la voix du Pape, la Foi était proclamée avec vigueur  :

«  N’ayez pas peur  ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ. À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des états, des systèmes politiques et économiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation et du développement. N’ayez pas peur  ! Le Christ sait ce qu’il y a dans l’homme  ! Et lui seul le sait  !  »

Enfin, quelques rappels fermes de la morale catholique, notamment contre l’avortement, achevèrent de donner à la masse des fidèles l’impression d’une reprise en main salutaire  ; en effet, la religion traditionnelle n’était pas loin  : en 1978, tous les prêtres avaient connu l’ancienne liturgie, les dévotions traditionnelles, le catéchisme du Concile de Trente.

Seule la minorité réformatrice aurait pu s’inquiéter si elle n’avait alors discerné l’originalité des discours du nouveau Pape. Dès les débuts, en effet, le respect des droits de l’homme et de sa dignité revint en leitmotiv.

Certes, la situation internationale était alors très tendue. Non seulement le communisme était très virulent en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique, mais la guerre froide battait son plein en Europe, sur fond d’une périlleuse course à l’armement. Dans ce contexte, les interventions énergiques du Saint-Père étaient une nouveauté, mais elle aussi frappée au coin de l’ambiguïté. D’une part, le Pape polonais paraissait anticommuniste, opposé à la domination soviétique. Ses compatriotes du syndicat Solidarnosc bénéficièrent indubitablement de sa bénédiction et d’un soutien qui ne fut pas simplement moral. Mais ses constants rappels du respect inconditionnel des droits de l’homme étaient également un puissant frein à la lutte anticommuniste partout ailleurs.

Son premier voyage, au Mexique, fut un succès considérable. Sa piété mariale, son extraordinaire popularité et son attitude devant l’épiscopat du sous-continent réuni à Puebla rassurèrent tous les inquiets. Il y donna un coup d’arrêt à la théologie de la libération, coupable de soutenir la révolution communiste violente.

Dans un article de mars 1979, l’abbé de Nantes témoigne de ce qu’on a retenu à l’époque de ce premier voyage. «  Jean-Paul II a donc parlé de Dieu, du Fils de Dieu, de la Sainte Vierge, de la foi et de l’unité de l’Église, de la vie intérieure des prêtres, des religieux et religieuses, de la merveilleuse religion populaire. Il a exalté la vérité et la loyauté de ceux qui la servent et la prêchent, il a fortifié l’obéissance des prêtres et la docilité des fidèles. S’il a beaucoup parlé des droits de l’homme et de la justice, l’autorité souveraine qu’il manifestait en toute sa personne ôtait aux mots dont il usait leur venin révolutionnaire, tout caractère haineux et subversif. Il a passé en faisant le bien.  » Ce sont d’ailleurs les mêmes raisons pour lesquelles le pape François vénère Jean-Paul II.

LE VRAI JEAN-PAUL II

Jean-Paul IICes lignes étaient à peine sèches quand, le 15 mars 1979, notre Père prenait connaissance de la première encyclique de Jean-Paul II, Redemptor hominis. Un chef d’œuvre de duplicité. Citons le passage central de la démonstration de l’abbé de Nantes, car lorsqu’on a compris l’erreur du raisonnement développé dans Redemptor hominis, on a compris Jean-Paul II. C’est largement suffisant pour interdire sa canonisation  !

«  L’encyclique Redemptor hominis juxtapose en effet deux thèmes qui ne se fondent pas plus l’un en l’autre que l’eau et l’huile dans un verre. Plus qu’en aucun discours de Paul VI, qu’il proclame ici son grand prédécesseur et vrai père, mais comme déjà dans Signe de contradiction [la retraite de carême prêchée au Vatican en 1976], Jean-Paul II associe les deux thèmes de la Rédemption chrétienne et des droits de l’Homme sans parvenir pourtant à les réunir vraiment. Ils constituent dans cette unique encyclique comme deux discours entremêlés, mais séparés.  »

«  Se fondant sur le fameux texte de GS 22, 2, dont on sait maintenant qu’il en a été le rédacteur au Concile, il fait de la Rédemption une révélation de l’amour de Dieu, non de l’amour de Dieu pour les hommes pécheurs, mais du besoin d’amour et d’expérience amoureuse qui est au fond du cœur de l’homme comme une valeur divine  :

«  L’homme ne peut vivre sans amour… sa vie est privée de sens s’il ne reçoit pas la révélation de l’amour, s’il n’en fait pas l’expérience (  !) et s’il ne le fait pas sien, s’il n’y participe pas fortement [l’abbé de Nantes pose une seule question en commentaire : n’importe quel amour ?]. C’est pourquoi le Christ rédempteur révèle pleinement l’homme à lui-même… Dans la dimension humaine du mystère de la Rédemption, l’homme retrouve la grandeur, la dignité et la valeur propre de son humanité… Dans le mystère de la Rédemption, l’homme se trouve de nouveau “ confirmé ” et il est en quelque sorte créé de nouveau… S’il laisse ce processus d’assimilation au Christ se réaliser profondément en lui, il produit alors des fruits non seulement d’adoration envers Dieu, mais aussi de profond émerveillement pour soi-même. Quelle valeur doit avoir l’homme aux yeux du Créateur s’il a “ mérité d’avoir un tel et un si grand rédempteur ”.  »

Commentaire de notre Père  : «  Voilà la plus grande éversion de la foi qui ait jamais été professée  ! C’est le monde renversé. Le Christ, par son Incarnation et sa Rédemption, serait le révélateur pour l’Homme de sa propre grandeur, de sa valeur, de son mérite, et le convaincrait de sa propre excellence  ! Jamais on n’avait fait ainsi de Jésus-Christ et de ses mystères de grâce le piédestal et l’ornement de l’orgueil humain  ! «  Cette profonde admiration pour la valeur et la dignité de l’homme s’exprime dans le mot Évangile qui veut dire Bonne Nouvelle  », continue le Pape, et notre Père de commenter  : «  Jamais de la vie  ! l’Évangile est l’heureuse annonce de la miséricorde divine accordée par pure grâce à l’humanité pécheresse et misérable, indigne et coupable.  »

Ce texte nous livre la clef de la pensée et de l’œuvre de Jean-Paul II  : le culte de l’Homme révélé par Dieu  !

Il est aussi un exemple de l’ambiguïté de ses écrits comme de ses discours. Un fidèle non averti, confiant envers le Pape, l’entendant parler de l’Homme, comprenait l’homme créé par Dieu, dans son état originel, avant le péché d’Adam et Ève, ou tel qu’il sera après sa rédemption. Mais Jean-Paul II, lui, sous le nom générique d’homme, parlait de tout homme, concret, existant aujourd’hui  ! Séduit, le peuple catholique, sans comprendre le discours dans sa totalité, en absorba tout de même peu à peu le venin constamment répandu.

Il en résulta pour le moins l’atténuation du sens du péché, l’exaltation de l’épanouissement, de la liberté humaine, etc. Après vingt-cinq ans d’encycliques, de discours du mercredi, d’homélies, la prédication catholique aura changé de contenu. La mentalité du “ catholique de base ”, clerc ou laïc, aura évolué.

Les premières années du pontificat furent une succession, non pas d’actes de gouvernement restaurateurs, mais de voyages durant lesquels il souleva les foules. Pologne, où il leva l’étendard de la lutte pour la liberté, Irlande, États-Unis où il fut le premier pape à se rendre à la Maison-Blanche, Turquie. En 1980, Afrique, France, Brésil.

Voyage en Pologne en 1979.

Voyage en Pologne en 1979.

Fort de son prestige, il choisit comme sujet des audiences générales du mercredi ce qu’il présenta comme une catéchèse sur la destinée humaine, sur la sexualité, sur la théologie du corps. En fait, il s’agissait de l’enseignement de «  sa propre philosophie  ». Son style très abscons empêcha le commun des mortels d’y prêter attention  ; mais ceux qui la comprenaient soit l’adoptaient, soit se taisaient. Qui pouvait oser s’en prendre à un pape si populaire  ?

Pourtant, à partir de 1981, des oppositions se sont levées, elles caractérisent la seconde période du pontificat, de 1981 à 1985.

LE MENSONGE SUR FATIMA

La première opposante qui allait briser l’élan du surhomme, ce fut… la Sainte Vierge, Notre-Dame de Fatima. Le 13 mai 1981, Jean-Paul II fut victime d’un attentat place Saint-Pierre. Au-delà des circonstances et des responsabilités qui ne sont toujours pas clairement élucidées, ce fut l’occasion pour Notre-Dame de s’imposer à lui.

En effet, en 1981, ce soi-disant grand dévot de la Sainte Vierge ne s’était pas encore intéressé aux apparitions de Fatima, pas plus qu’aux paroles de Notre-Dame, ni même au Secret. Pire, il ne voulait pas y prêter attention puisque les demandes du Ciel s’opposaient à la politique d’ouverture à l’Est de Paul VI, qu’il avait faite sienne après la brève parenthèse de Jean-Paul Ier.

Il le reconnut lui-même, spontanément, en conversant avec le cardinal Wyszinski. Ce dernier lui avait déclaré que la chose la plus importante qu’il aurait à faire pendant son pontificat était la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie en union avec tous les évêques. Le Pape répondit qu’ «  une telle consécration serait considérée par les Russes comme une ingérence dans leurs affaires intérieures, que cela aurait des conséquences politiques.  » Il ne pouvait donc effectuer un tel acte. Il objecta aussi que «  la juridiction du Souverain Pontife n’englobait que l’Église catholique  ; que le Pape n’était pas le Pape de tous les hommes.  » Ce à quoi le Cardinal rétorqua que «  le Christ étant le Roi du monde, son Vicaire avait juridiction sur tous les hommes.  » Cela n’ébranla pas le Pape polonais.

Mais sauvé de la mort un 13 mai, il ne pouvait plus éluder ce rendez-vous avec la Sainte Vierge, après trente et un mois de pontificat. Le 18 juillet 1981, le texte original du Secret et sa traduction en italien lui furent remis. Le 11 août suivant, il les fit rendre aux Archives de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Après avoir lu le Secret, le Pape décida de ne pas en parler publiquement  ; toutefois, il se présenta dès lors comme le miraculé de la Vierge de Fatima.

Jean-Paul II et sœur Lucie le 13 mai 1982.

Jean-Paul II et sœur Lucie le 13 mai 1982.

Pour le premier anniversaire de l’attentat, il voulut aller à Fatima. Deux mois avant l’événement, sœur Lucie rappela au nonce de Lisbonne les conditions exigées par le Ciel au sujet de la consécration de la Russie. Le 13 mai, elle rencontra Jean-Paul II à Fatima lors d’un entretien particulier d’une bonne vingtaine de minutes. Le Pape tenta de la convaincre qu’il n’était «  ni nécessaire ni prudent de révéler le contenu du troisième Secret, vu que le monde ne le comprendrait pas.  » Il éluda la question de la consécration de la Russie en disant qu’il en parlerait aux évêques lors du synode de 1983.

Mais toute sa prédication à Fatima prit le contre-pied des volontés du Ciel. Visiblement il désapprouvait la dévotion réparatrice, puisqu’en citant l’une des prières enseignées par Notre-Dame, il dit bien «  en réparation des péchés  », mais il omit la suite  : «  commis contre le Cœur Immaculé de Marie.  » La consécration à Marie devenait un acte d’offrande à Dieu par Marie. Dans son homélie du 13 mai, il laissa entendre faussement que ses prédécesseurs avaient déjà répondu aux demandes de «  la Dame du message  ».

L’abbé de Nantes intitula son compte-rendu du voyage du Pape à Fatima  : L’IMPOSTURE SUPRÊME. «  Le pire est qu’il a voulu faire accroire aux bons qu’il faisait tout le nécessaire, tout l’humainement possible, tout ce qu’une prudence surnaturelle lui inspirait de faire. Tandis qu’il montrait aux méchants qu’il n’était pas dupe des légendes et affabulations et hystéries fatimistes. Et qu’il n’exigeait pas qu’on y croie, qu’il ne demandait aucun effort à personne.  »

Consécration de 1984.

Consécration de 1984.

Sœur Lucie ne désarma pas  ; Mgr Beltritti, patriarche de Jérusalem, rappela au Synode de 1983 que les demandes du Ciel n’étaient toujours pas satisfaites. Jean-Paul II décida alors d’informer les évêques du monde entier de son intention de renouveler le 25 mars 1984 sa consécration de 1982, afin qu’ils puissent la faire avec lui. Mais le 22 mars 1984, sœur Lucie déclara que «  Cette consécration ne peut pas avoir un caractère décisif  » puisque «  la Russie n’apparaît pas nettement comme étant le seul objet de la consécration.  »

Devant l’obstination de la voyante à témoigner du mécontentement du Ciel, la secrétairerie d’État lui ordonna, en 1988, ainsi qu’aux autorités de Fatima et à plusieurs ecclésiastiques, «  de ne plus importuner  » le Saint-Père avec la consécration de la Russie. Mais comme elle continuait à affirmer que la consécration de 1984 ne répondait pas aux demandes de Notre-Dame, elle fut contrainte de soutenir le contraire par un ordre de Jean-Paul II transmis à la voyante par l’intermédiaire du cardinal Casaroli. Elle dut signer des lettres dactylographiées qui, heureusement, contenaient de grossières erreurs et des propositions falsifiant les révélations de Notre-Dame, il est donc avéré qu’elles sont apocryphes.

Avoir recours à de tels procédés pour pouvoir agir à l’encontre des volontés du Ciel qui vous ont été communiquées, est-ce digne d’un saint  ? qui plus est, d’un saint qui se targue d’une grande dévotion mariale  ?

LE MENSONGE SUR L’ABBÉ DE NANTES

Sœur Lucie et, à travers elle, la Sainte Vierge ne furent pas les seules à être victimes des mensonges de Jean-Paul II.

Depuis mars 1979, en effet, l’abbé de Nantes diffusait chaque mois ses critiques doctrinales de Jean-Paul II. Celui-ci ne les ignorait pas, en voici une preuve parmi d’autres. Nous avons évoqué les audiences du mercredi au cours desquelles le Pape exposait «  sa  » philosophie et sa théologie du corps. À l’audience du 13 janvier 1982, Jean-Paul II expliqua que la sexualité conjugale s’épanouirait dans la vie éternelle. Citons-le  : «  Parlant du corps glorifié par la résurrection à la vie future, nous pensons à l’homme “ mâle-femelle ” dans toute la vérité de son humanité  : l’homme qui, en même temps que l’expérience eschatologique du Dieu vivant (la vision “ face à face ”) expérimente précisément cette signification de son propre corps. Ce sera une expérience toute nouvelle et, en même temps, elle ne sera d’aucune manière séparée de ce que l’homme a eu en partage “ dès l’origine ”, ni de ce qui constitue en lui la dimension historique de son existence, la source de la tension entre l’esprit et le corps [l’instinct sexuel donc, le désir charnel], concernant en général la signification procréatrice du corps et du sexe. […] Cette éternelle signification du corps humain à laquelle l’existence de tout homme, chargé de l’héritage de la concupiscence, a nécessairement imposé une série de limitations, se révélera alors de nouveau et, en même temps, avec une telle simplicité et splendeur que quiconque participera à “ l’autre monde ” retrouvera dans son propre corps glorifié la source (  !) de la liberté du don. La parfaite “ liberté des fils de Dieu ” (cf Rm 8, 14) alimentera également de ce don chacune des communions qui constitueront la grande communauté de la communion des saints.  »

Indigné, l’abbé de Nantes titra son éditorial de février 1982  : Désaccord total, l’obsession érotique. À la suite de quoi, Jean-Paul II n’est plus jamais revenu sur le sujet, et les audiences du mercredi parlèrent d’autre chose…

Donc, chaque mois un chapitre de la pensée du Pape, ou un de ses discours ou une de ses encycliques, était analysé implacablement par le théologien de la Contre-Réforme. Il ne faisait pas œuvre d’intégriste, mais œuvre de renaissance catholique. Comprenant l’erreur métaphysique sur laquelle Karol Wojtyla avait bâti sa philosophie de la personne, en cette même année 1982, l’abbé de Nantes exposa pour la première fois sa propre métaphysique définissant la personne par ses relations. Il en montra l’extraordinaire fécondité pour répondre aux problèmes contemporains dans une parfaite harmonie avec la Révélation scripturaire.

À cette lumière, notre Père prévoyait le désastre pour l’Église. Il est impossible d’exalter la transcendance de la personne humaine, sa liberté sans provoquer une éruption incontrôlable d’immoralités, comme il est impossible d’exalter les droits de l’homme sans que les erreurs de la Russie ne se répandent dans le monde, sans que tombent les derniers États catholiques, sans que la puissance maçonnique ne prenne le contrôle des médias et finisse par étouffer la liberté de l’Église. En outre, se permettre sans cesse de mutiler les citations de la sainte Écriture pour justifier ses propres thèses revient à donner licence à toutes les aberrations modernistes, en attendant le triomphe de l’athéisme. Enfin, on ne peut pas se moquer de Notre-Dame de Fatima sans provoquer les ruines évoquées par le Secret.

L’abbé de Nantes devant le Saint-Office

L’abbé de Nantes devant le Saint-Office, le 13 mai 1983.

Dans sa foi en l’Église et en l’infaillibilité pontificale, l’abbé de Nantes se décida alors à faire une nouvelle fois appel du Pape au Pape. Le 13 mai 1983, il se présenta à Rome pour déposer un Livre d’accusation.

Si Jean-Paul II avait été innocent, il aurait accepté le Livre pour examen par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Cela aurait été un jeu d’enfant pour les théologiens romains de montrer d’éventuelles erreurs chez le prêtre français, ou ses contresens dans son interprétation des discours pontificaux, ou encore des falsifications de citations. Confondu et s’il ne s’était pas repenti, l’abbé de Nantes aurait été canoniquement condamné pour le plus grand bien de l’Église sagement gouvernée par un Pape indubitablement orthodoxe.

Seulement voilà, Jean-Paul II savait pertinemment que son enseignement était en contradiction avec celui de l’Église et qu’il ne sortirait pas vainqueur d’un procès. Plus habile que Paul VI, il ne demanda pas à la police italienne d’empêcher l’abbé de Nantes de déposer son Livre d’accusation  ; il autorisa le secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi à le recevoir, mais avec ordre de ne pas accepter le Livre et de prétendre que l’abbé de Nantes avait reconnu ses erreurs lors d’un précédent procès. Autrement dit, il était relaps  ! Un communiqué de presse répandit le mensonge urbi et orbi.

Qui peut soupçonner le Pape d’être menteur  ? L’avocat du diable dans un procès en canonisation… mais justement Jean-Paul II en a modifié la procédure et a supprimé la charge  ! Il pensait à tout.

MENSONGE SUR L’ÉTAT DE L’ÉGLISE

La Sainte Vierge et sœur Lucie, l’abbé de Nantes… il y eut d’autres victimes des mensonges de Jean-Paul II  : ce furent les évêques. En effet, vingt ans après le Concile, non seulement le printemps de l’Église se faisait attendre, mais chaque évêque dans son diocèse s’inquiétait. Au synode de 1983, leur liberté d’expression lors des carrefours donna un tableau de l’Église autrement plus alarmiste que le discours officiel.

Sans qu’il nous soit possible d’établir si le cardinal Ratzinger avait agi de lui-même ou sur ordre, la publication de son livre avec le journaliste Messori Entretien sur la foi, qui se faisait l’écho de la situation exacte de l’Église, eut un grand retentissement. Jean-Paul II convoqua alors un synode extraordinaire pour les vingt ans du Concile, où le cardinal Ratzinger se tut, imposant à l’ensemble de l’épiscopat la «  ligne du parti  »  : interdiction absolue de remettre en cause le Concile.

En imposant la langue de bois, en laissant les évêques et les prêtres faire face à une crise qu’ils ne comprenaient pas, de combien de découragements, voire de désespoirs, ne s’est-il pas rendu responsable  ? Il faudra attendre mars 2013 pour que le pape François dise tout haut ce qui la veille était encore considéré comme un acte de rébellion  : l’Église est en crise, elle est désertée par ses fidèles, les petits enfants ne savent même plus faire le signe de croix  !

En 2002, l’évêque de Trois-Rivières, sur ordre ou tout au moins avec l’accord du nonce apostolique à Ottawa, a refusé les obsèques à l’église de notre frère Hugues pour le seul motif qu’il était disciple de l’abbé de Nantes, celui qui critiquait ouvertement et selon le droit canonique le Concile et Jean-Paul II. Bien des prêtres et même des évêques critiquaient les dogmes, réclamaient le sacerdoce des femmes, etc. sans risquer un tel opprobre. Mais critiquer Jean-Paul II était impardonnable.

Tel était le climat de l’Église sous le pontificat de saint Jean-Paul II. L’arbitraire est-il une vertu héroïque  ? Le subir sans quitter l’Église oui, certes  ! mais l’exercer  ?

LA PROMESSE D’UN MONDE MEILLEUR POUR L’AN 2000

Réunion interreligieuse d’Assise en 1986.

Réunion interreligieuse d’Assise en 1986.

La Sainte Vierge réduite au silence, l’abbé de Nantes calomnié, les évêques mis au pas, survint alors l’impardonnable schisme de Mgr Lefebvre, habilement provoqué, qui déconsidéra toute critique du Concile. Jean-Paul II avait les mains libres pour imposer ce que le théologien de la Contre-Réforme appelait sa gnose.

De 1986 à 1996, des actes plus scandaleux les uns que les autres se succédèrent sans susciter la moindre réaction.

Par exemple, la réunion interreligieuse d’Assise, pour prier ensemble chacun son Dieu afin d’obtenir la paix. Voilà Jésus-Christ mis au rang des faux dieux et la Sainte Vierge interdite de séjour à Assise ce jour-là, certains furent choqués, personne n’osa s’opposer.

Jean-Paul II fut le premier Pape à visiter une synagogue, celle de Rome, en avril 1986. Il y déclara que les juifs sont «  nos frères bien-aimés et, d’une certaine manière […] nos frères aînés.  » Toujours cette ambiguïté, qui est en fait un mensonge, puisqu’il fait comme si le judaïsme talmudique était fidèle au judaïsme de l’Ancien Testament.

Il faudrait citer ses encycliques toutes marquées au coin de ses erreurs philosophiques, en particulier Redemptoris missio en 1990, sur les missions, Veritatis splendor en 1993, sur la morale, Fides et ratio en 1998, sur les rapports entre la foi et la raison.

Dans de nombreuses occasions, Jean-Paul II n’a pas d’autre choix que de tronquer les citations de la sainte Écriture pour les faire coïncider avec ses thèses. L’exemple le plus commun est la citation de l’Évangile de saint Jean au chapitre 2, verset 25  : «  Jésus n’avait pas besoin d’être renseigné sur personne  : lui savait ce qu’il y a dans l’homme  », demi-verset toujours cité par Jean-Paul II pour montrer que Dieu admire l’homme. Mais lisons la phrase sans la tronquer, on s’aperçoit alors que saint Jean dit exactement le contraire  : «  Mais Jésus ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous, et qu’il n’avait besoin d’être renseigné sur personne  : lui savait ce qu’il y a dans l’homme.  »

Le record se trouve dans la lettre apostolique sur la condition de la femme, Mulieris dignitatem, au point que l’abbé de Nantes a pu en faire une heure de conférence, mettant bout à bout les citations de l’Écriture sainte falsifiées ou erronées  !

Ouverture de la porte sainte du Jubilé de l’an 2000.

Ouverture de la porte sainte du Jubilé de l’an 2000.

À la même époque, Jean-Paul II était au faîte de sa gloire avec la chute du mur de Berlin, préparée par sa constante aide à la contestation polonaise, avec sa rencontre avec Gorbatchev, avec ses prises de position contre l’avortement et en faveur d’une stricte morale sexuelle, dont on ne remarqua pas qu’elles étaient davantage fondées sur la dignité de l’Homme que sur le respect de la loi divine. On peut mettre aussi à son crédit son opposition ferme à la théologie de la libération, quoiqu’il ait été incapable de donner à l’Église d’Amérique du Sud l’impulsion pour s’opposer aux sectes. La création des JMJ est aussi souvent citée en sa faveur, elles deviendront le rassemblement périodique de la jeunesse avec un Pape qui, certes vieilli, restait capable de dominer les foules.

Un véritable procès de béatification n’aurait pas manqué d’examiner sa fascination pour le troisième millénaire, censé ouvrir des temps nouveaux. Il décréta une année jubilaire pour l’an 2000 dont la préparation s’étendit sur trois ans, la première année dédiée au Père, la deuxième au Fils et la troisième au Saint-Esprit. De celui-ci, il annonça une activité renouvelée pour le troisième millénaire. Et, encore une ambiguïté, il lança une «  nouvelle évangélisation  », nouvel élan d’évangélisation ou annonce d’un nouvel évangile  ?

Dans ces voyages, il mit plus que jamais l’accent sur le dialogue interreligieux. Posant des gestes inconcevables, comme, en 1999, lorsqu’il baisa le Coran en signe de respect  ! lorsqu’il alla, le 26 mars 2000 devant le mur des Lamentations à Jérusalem, déposer une prière monothéiste où on remarqua l’omission calculée de toute référence à Jésus-Christ, Fils de Dieu.

Le dimanche 6 mai 2001, après avoir enlevé ses chaussures, il entra dans la mosquée des Umayyades à Damas où il écouta religieusement la lecture de versets du Coran et la litanie des noms d’Allah. Le grand mufti déclara ensuite  : nous adorons tous le même Dieu. Le Pape laissa dire…. C’était un reniement de la Sainte Trinité.

Jean-Paul embrassant le Coran en 1999, au mur des lamentations en 2000, dans une mosquée en 2001.

Jean-Paul embrassant le Coran en 1999, au mur des lamentations en 2000, dans une mosquée en 2001.

Son livre avec le journaliste Messori, plus encore que ses encycliques toujours difficiles à lire, serait à verser au dossier d’un véritable procès en hérésie. Sous le titre «  Entrez dans l’Espérance  », le Pape annonçait une bonne nouvelle  : «  Rends-toi compte que, qui que tu sois, tu es aimé  ! Souviens-toi que l’Évangile est une invitation à la joie  ! N’oublie pas que tu as un Père et que chaque vie, même la plus insignifiante pour les hommes, a une valeur éternelle et infinie à ses yeux…  » Mais loin d’appeler à la conversion, Jean-Paul II prêchait le triomphe de l’Amour. Au sujet de l’enfer, par exemple, après avoir affirmé que l’apocatastase finale avait été rejetée par les premiers conciles, le Pape enchaînait  : «  Cependant la question continue de se poser. Dieu a tant aimé l’homme, peut-il accepter que celui-ci Le rejette et pour ce motif soit condamné à des tourments sans fin  ? Pourtant, les paroles du Christ sont sans équivoque. Chez Matthieu, il parle clairement de ceux qui connaîtront des peines éternelles. Qui seront-ils  ? L’Église n’a jamais voulu prendre position. Il y a là un mystère impénétrable, entre la sainteté de Dieu et la conscience humaine. Le silence de l’Église est donc la seule attitude convenable. Même si le Christ dit, à propos de Judas qui vient de le trahir  : “ Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né  ! ” cette phrase ne doit pas être comprise comme la damnation pour l’éternité.  » Autrement dit, Karol Wojtyla continue, comme Pape, à prêcher l’enfer, sans y croire vraiment… n’osant pas encore le nier carrément.

Pas de conversion personnelle, mais conversion de l’Église  ! S’adressant aux cardinaux à qui il venait d’annoncer le jubilé, Jean-Paul II évoqua la réhabilitation de Galilée, puis il déclara  : «  Un regard attentif porté sur l’histoire du deuxième millénaire peut sans doute permettre de mettre en lumière d’autres fautes du même ordre, en ce qui concerne le respect de la juste autonomie des sciences. (…) Comment taire aussi les nombreuses formes de violence que l’on a exercée au nom de la foi  ? Les guerres de Religion, les tribunaux de l’Inquisition, et d’autres violations des droits des personnes. (…) Il faut que l’Église prenne, elle aussi, l’initiative de revoir, à la lumière de ce que le Concile Vatican II a dit, les aspects obscurs de son histoire, en les examinant à la lumière des principes de l’Évangile.  »

AVEUGLE VOLONTAIRE

Tandis que le Pape se posait ainsi en juge implacable des siècles précédents, la Providence lui ménageait des occasions de faire l’examen de conscience de son pontificat. Mais il les refusa.

La première fut la publication par l’abbé de Nantes d’un troisième Livre d’accusation, cette fois contre l’Auteur du Catéchisme de l’Église catholique paru en octobre 1992. Jean-Paul II le présenta solennellement comme «  un exposé de la foi de l’Église et de la doctrine catholique, attestées ou éclairées par l’Écriture sainte, la Tradition apostolique et le Magistère ecclésiastique  » et qu’il reconnaissait «  comme une norme sûre pour l’enseignement de la foi  ». L’abbé de Nantes, lui, y relevait, larges citations à l’appui, douze hérésies. La dernière résume toute la gnose de Karol Wojtyla, «  cette erreur proche de la Vérité qu’elle plagie  ». Citons la phrase principale de cette dénonciation  : «  Ce que votre Catéchisme accorde à l’homme, à tout homme, toute femme également, indistinctement, à chacun de nous, pauvres pécheurs, c’est à Jésus et à Marie seuls que le Père l’a voulu donner.  »

La démonstration était implacable. Mais, comme les fois précédentes, la cause ne fut pas examinée. Elle ne l’a pas été non plus à l’occasion du procès de béatification.

Jean-Paul II à Fatima, le 13 mai 2000.Seconde occasion pour le Pape de faire son examen de conscience  : la résistance des “ fatimistes ”. Jean-Paul II avait eu beau faire semblant de répondre aux demandes de Notre-Dame en 1984, il avait eu beau interdire à sœur Lucie de communiquer avec qui que ce soit, même avec les cardinaux, les dévots de Notre-Dame réclamaient toujours la publication du “ troisième secret ” et la glorification de Jacinthe et François. Il ne pouvait décemment s’y opposer plus longtemps. Leur béatification le 13 mai 2000 amena effectivement la révélation de la troisième partie du Secret, mais ce fut avec une telle mise en scène que sa signification en fut travestie et son effet pratiquement annulé.

À Fatima, ce jour-là, en présence de Jean-Paul II et de sœur Lucie, le cardinal Sodano, secrétaire d’État, anticipa son dévoilement pour en annoncer l’interprétation officielle qui le réduisait à l’annonce de l’attentat contre Jean-Paul II  : le Pape ne s’était-il pas trouvé «  comme mort  » lors de l’attentat du 13 mai 1981  !

La falsification du texte du Secret ne fut manifeste que le mois suivant, le 26 juin, à la publication du document authentique  : les trois pastoureaux n’avaient pas vu le Pape tombé «  comme mort  », mais bel et bien «  tué  »  ! Le dossier explicatif, émané du cardinal Ratzinger, était imprégné des théories modernistes du Père Dhanis, bien qu’elles aient été réfutées magistralement à plusieurs reprises. Dans son commentaire théologique, le cardinal présentait le Secret comme le résultat des «  projections du monde intérieur d’enfants qui ont grandi dans une ambiance de profonde piété, mais qui étaient en même temps bouleversés par la tourmente qui menaçait leur époque.  » Pour conclure  : «  les situations auxquelles fait référence la troisième partie du Secret de Fatima semblent désormais appartenir au passé. Dans la mesure où des événements particuliers sont représentés, ils appartiennent au passé.  »

Autrement dit, le Pape se détournait définitivement de Fatima et en détournait l’Église. Fatima, c’est fini. Quant à la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, dans son homélie de la messe de béatification des enfants, Jean-Paul II évita d’en parler, allant jusqu’à censurer les paroles des voyants et de Notre-Dame elle-même. Dans sa bouche  : «  mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu  », devient «  la Très sainte Vierge se dit prête à les conduire, en toute sécurité, jusqu’à Dieu.  »

Est-ce un comportement digne d’un saint Pape  ? Ou n’est-ce pas de ces comportements que le pape François stigmatise en disant  : «  Quand un chrétien devient disciple d’une idéologie, il a perdu la foi  : il n’est plus un disciple de Jésus, il est devenu le disciple de cette manière de penser. La connaissance de Jésus est transformée en une connaissance idéologique et même moraliste, qui ferme la porte avec toutes ses prescriptions. (…) L’idéologie chasse les gens, éloigne, éloigne les personnes et éloigne l’Église des personnes  ».

Troisième occasion de repentir, les scandales qui surgirent de plus en plus. Déjà, au milieu des années 1980, celui de la banque du Vatican mêlée à des affaires de blanchiment d’argent, avec la loge P2 et la mafia, avait éclaboussé l’Église. Loin de vouloir la purifier, Jean-Paul II avait protégé le principal accusé, Mgr Marcinkus  ; nommé président du gouvernorat du Vatican, titulaire d’un passeport du Vatican, il avait joui de l’immunité face à la justice italienne, pour continuer à couler des jours tranquilles au Vatican jusqu’en 1990, puis aux États-Unis jusqu’à sa mort en 2006.

À gauche : Jean-Paul II avec Marcinkus. À droite : avec Marcial Maciel, le fondateur des Légionnaires du Christ.

À gauche  : Jean-Paul II avec Marcinkus. À droite  : avec Marcial Maciel, le fondateur des Légionnaires du Christ.

Les scandales de mœurs qui bénéficiaient de l’extraordinaire bienveillance des autorités hiérarchiques auraient dû provoquer un sérieux examen de conscience. Il aurait fallu trouver la cause proportionnée à l’envahissement du vice aussi bien qu’à la coupable complaisance des responsables des séminaires et des diocèses. Se poser la question, c’était en venir à condamner l’ouverture à l’esprit du monde ainsi que la louange de l’épanouissement de l’homme et de sa liberté. De cela, il n’était évidemment pas question.

Aussi ferma-t-on les yeux. Le cas le plus scandaleux est bien celui du fondateur des Légionnaires du Christ, dont l’amitié avec Jean-Paul II lui valut de voir toutes les dénonciations à son sujet classées sans suite.

Un saint aurait-il supporté l’invasion du vice dans l’Église et jusque parmi ses amis, sans réagir  ?

FACE À L’ÉPREUVE DE LA MALADIE

Jean-Paul II eut cependant encore une autre occasion de faire retour sur lui-même  ; la maladie de Parkinson qui le frappa au milieu des années 1990 était l’épreuve la plus apte à lui faire comprendre l’erreur et la vanité de “ sa propre philosophie ”. Pour la première fois, Karol Wojtyla était ramené à la condition humaine ordinaire. Que reste-t-il de l’épanouissement de la personne et de sa transcendance, lorsqu’elle devient totalement dépendante, quand ses facultés intellectuelles se réduisent et que sa capacité de communiquer est considérablement diminuée  ?

On estime que Jean-Paul II n’était plus en état de gouverner réellement l’Église durant les cinq dernières années de son pontificat. Toutefois, il écarta la possibilité d’une démission et il s’appliqua jusqu’au bout à exercer ses fonctions publiques. Le contact avec la foule mobilisait toutes ses énergies, comme nous en avons été témoins lors des JMJ de Toronto en 2002. Les acclamations, les applaudissements le galvanisaient.

Jean-Paul II au JMJ de Toronto.

Jean-Paul II au JMJ de Toronto en 2002.

Mais pour quel résultat  ? Si nous n’avions pas déjà accumulé suffisamment de faits qui contredisent sa sainteté, les fruits de ce pontificat suffiraient à la mettre en doute.

Jean-Paul II, le Pape de la paix  ? Le fossoyeur du communisme  ? Certes le mur de Berlin est tombé, mais les erreurs de la Russie sont répandues partout, son totalitarisme est maintenant celui de la franc-maçonnerie et des puissances financières. On ne peut même pas soutenir que la paix ait fait des progrès durant son règne. Il en fit d’ailleurs lui-même l’amer constat le 24 mars 2004, pour le vingtième anniversaire de sa consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie  : «  Vingt ans se sont écoulées depuis ce jour… L’humanité vivait alors des moments difficiles, de grande préoccupation et d’incertitude. Vingt ans plus tard, le monde reste encore affreusement marqué par la haine, la violence, le terrorisme et la guerre.  »

Jean-Paul-II-malade01Qu’on ne lui attribue pas non plus l’augmentation du nombre de baptisés en Afrique ou en Asie, elle reste inférieure à celle de la population. Quant au nombre impressionnant de vocations dans les pays de mission, il doit être relativisé par leur piètre qualité pour beaucoup, et par les scandales de mœurs qui affligent plusieurs jeunes Églises.

Dans nos pays de vieille chrétienté, le spectacle des foules qui se sont pressées sur le passage du Pape ou à l’occasion des JMJ n’arrivait plus à cacher la sclérose de l’Église. Nous en avons eu un exemple ici au Canada.

Notre Père annonçait  : «  Ce serait comme ce qu’on voit parfois quand un bateau fait eau de toutes parts. À un certain moment, paraît-il, on le voit se dresser vertical, la proue levée vers le ciel comme des mains suppliantes. Elle s’élève, cela tient du prodige, puis d’un coup, le bateau coule et disparaît à jamais sous les flots.  » C’est bien ce qui est arrivé.

Jean-Paul II mourut le 2 avril 2005, sans avoir rétracté une seule de ses erreurs.

Pourquoi l’avoir canonisé à toute force, au mépris de toute la pratique séculaire, si sage, de l’Église  ? Une seule explication a pu convaincre les cardinaux pour avaliser une telle entreprise  : il faut sauver le Concile Vatican II. En effet, ce sont les papes Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II qui ont contraint l’Église à absorber les erreurs qu’il enseigne. Ces papes oubliés, et la papolâtrie remise en cause par une saine et sainte (contre-) réforme de l’Église, il ne restera rien du Concile. La dernière carte de celui qui lui donna son esprit maléfique est de placer sur les autels ceux qui y furent ses instruments.

«  À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera  !  »

La Renaissance catholique n° 213
Audio-vidéo  : A 128.2