La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Le saint que Dieu nous a donné

Conférence prononcée à Paris, le jeudi 18 avril 2013,
par frère Bruno de Jésus-Marie.

Le Pape François

Le pape François, à la fin de sa Messe d’intronisation, place Saint-Pierre. «  En ces temps de turbulence spirituelle, le refuge le plus sûr est sous le manteau de la Sainte Vierge.  » (pape François)
© A. giuliani/cpp/ciric

DANS les premières années du vingtième siècle, à Fatima, la petite Jacinthe multipliait prières et sacrifices «  pour le Saint-Père  », avec son frère François et sa cousine Lucie. Le premier geste du pape François fut de l’imiter en demandant à son peuple rassemblé le 13 mars au soir place Saint-Pierre pour l’acclamer, non pas de le “ bénir ”, comme l’ont dit certains journalistes, mais de «  prier  » pour lui.

Les voyants de Fatima avaient une raison particulière de prier «  pour le Saint-Père  »  : le grand “ secret ” que leur avait confié Notre-Dame le 13 juillet 1917 leur montrait en effet «  un évêque vêtu de blanc  » correspondant en tout point à ce que nous voyons depuis trente-cinq jours.

«  Nous eûmes le pressentiment que c’était le Saint-Père  », écrit Lucie, sans que cela paraisse explicitement, car c’était plutôt «  un évêque  », quoique vêtu de blanc… L’incertitude est la même pour nous, car François préfère l’appellation d’ «  évêque de Rome  » à celle de «  Pape  » pour une raison, dans une pensée profonde qu’il nous faut discerner.

Cette pensée est contenue dans la formule par laquelle le cardinal Agostino Vallini, son vicaire général pour Rome, l’a accueilli le 7 avril dans sa cathédrale d’évêque de Rome, à Saint-Jean-du-Latran, lui rappelant sa mission de successeur de saint Pierre, «  le rocher sur lequel est fondée l’Église, qui confirme dans la vérité de la foi tous les frères, préside dans la charité toutes les Églises, et guide chacun avec une douceur ferme sur les voies de la sainteté  ».

La formule présente une différence significative avec celle qui était usitée jusque-là  : «  Comme le vigneron surveille, d’un lieu élevé, la vigne, tu es dans une position élevée pour gouverner et garder le peuple qui t’est confié.  » La différence tient à l’omission de la “ position élevée ”, et à la définition de sa mission en trois mots  :

1° Confirmer tous les frères dans la vérité de la foi.

2° Présider dans la charité toutes les Églises.

3° Guider chacun avec une douceur ferme sur les voies de la sainteté  »… dans l’espérance du Ciel  ? Ce n’est pas précisé, mais c’est sous-entendu.

En trois mots  : confirmer, présider, guider. C’est signé  ! Foi, Charité, Espérance.

«  CONFIRMER DANS LA VÉRITÉ DE LA FOI
TOUS LES FRÈRES  »

Il le fait, depuis son élection, tous les jours, en chacune de ses homélies, audiences, Regina Cæli.

Mais d’abord, l’omission de la «  position élevée  ». Au bénéfice de “ Dame pauvreté ”. Déjà, à Buenos Aires, racontent les journalistes, «  il n’utilisait pas le bureau destiné à l’archevêque, bureau spacieux au deuxième étage qui, bien que sobre, pourrait donner une sensation de pouvoir et même de supériorité. Il utilise cette pièce comme une sorte de débarras. Son bureau à lui est situé au même étage mais dans une pièce très modeste, encore plus petite que le secrétariat [tiens ! comme la “ loge de concierge ” de notre Père] mais ce n’est pas sa secrétaire qui remplit l’agenda, c’est lui-même qui prend note sur son carnet de poche. Son petit bureau est bien en ordre. Sous une vitre on peut voir quelques photos de son activité pastorale dont une, très émouvante, d’un aborigène pauvre du nord de l’Argentine.

«  À l’étage au-dessus se trouve sa chambre, la même qu’il occupait comme vicaire général. Extrêmement austère  : un simple lit de bois, le crucifix offert par ses grands-parents, Rosa et Juan, et un petit chauffage électrique car, bien que l’immeuble soit chauffé, il ne permet pas qu’on l’allume en l’absence du personnel. La pièce est bien ordonnée. “ Une dame vient faire le ménage chaque mardi ”, nous dit-il. Il va de soi qu’il fait lui-même son lit chaque matin. Juste en face, séparée par un petit couloir au fond duquel, sur un piédestal se trouve une très belle statue d’un Christ assis [le Christ aux outrages], le “ Christ de la patience ” [patience à supporter les outrages], vertu qu’il chérit particulièrement, se trouve sa chapelle privée, dépouillée, elle aussi. Enfin, dans une pièce attenante, la bibliothèque remplie de livres et de papiers. Le cardinal nous dit qu’il met de l’ordre dans ses papiers “ afin de ne pas laisser du travail après ma mort ”. Il jette la plupart de ses écrits  : “ Je veux quitter ce monde en y laissant le moins de choses possible. ” Cependant, il a permis que soit conservé un de ses écrits. Le papier en est décoloré, c’est une émouvante Profession de foi qu’il a écrite “ dans un moment de grande ardeur spirituelle ”, peu de temps avant son ordination et qu’il signerait encore aujourd’hui.  »

LA VÉRITÉ DE LA FOI.

• «  “ Je veux croire en Dieu le Père, qui m’aime comme un fils, et en Jésus, Notre-Seigneur, qui a pénétré ma vie de son Esprit pour me faire sourire et m’emmener ainsi jusqu’au règne de l’éternelle vie. ”  »

Le Ciel, le voilà  !

• «  “ Je crois en mon histoire qui fut traversée par le regard d’amour de Dieu qui, un jour de printemps [dans l’hémisphère Sud les saisons sont inversées], le 21 septembre, est venu à ma rencontre pour m’inviter à le suivre. ”  »

C’était le jour de la fête de saint Matthieu. Avant de retrouver des amis avec lesquels il avait rendez-vous, il s’arrêta dans une église, y rencontra un prêtre, se confessa… et entendit l’appel à la vie religieuse.

«  Il se passa quelque chose  »  : l’expérience de la miséricorde, en vertu de laquelle il comprit que «  Dieu nous attend le premier  ». Il ne rejoignit pas ses amis. Décida qu’il serait religieux. Pourquoi dans la Compagnie de Jésus  ? Attiré par sa force conquérante au sein de l’Église, par le vœu d’obéissance qui donne pleine efficacité à cet élan missionnaire. Il aurait voulu aller au Japon, mais sa faible santé le lui interdit.

Et voici les “ voies de la sainteté ” où l’engage sa vocation  :

• «  “ Je crois en ma souffrance, si peu féconde à cause de mon égoïsme en lequel je me réfugie. ”  »

Quelques années après l’événement du 21 septembre, il se débattit pendant trois jours entre la vie et la mort. Brûlant de fièvre, il étreignait sa mère et lui demandait  : «  Maman  ! dis-moi ce qui m’arrive.  »

Finalement, les médecins diagnostiquèrent une pneumonie très grave  : trois kystes nécessitèrent l’ablation d’une partie du poumon droit. Tous les jours, il fallait injecter du sérum pour nettoyer la plèvre et les cicatrices. À cette époque, les sondes étaient connectées à un tuyau pour aspirer tout cela. Les douleurs étaient aux limites du supportable.

Le jeune Bergoglio n’appréciait guère les paroles de circonstance  : «  Ça va passer  !  » «  Qu’est-ce que tu vas être content quand tu vas rentrer à la maison  », etc.

Un jour, une certaine visiteuse, échappant aux phrases toutes faites, le réconforta réellement. C’était une religieuse qui l’avait préparé à la première communion et qu’il n’avait jamais oubliée  : sœur Dolores.

«  Elle me dit quelque chose qui demeura gravé dans mon cœur et qui me rendit une grande paix  : “ Tu es en train d’imiter Jésus  ! ”  »

«  La douleur serait donc une bénédiction si on l’assume chrétiennement  ?  » demande le journaliste. Et le cardinal de répondre  :

«  La souffrance n’est pas une vertu en elle-même mais la manière avec laquelle on l’accepte peut-être vertueuse. Notre vocation est la plénitude et la félicité [« non pas en ce monde, disait Notre-Dame de Lourdes à Bernadette, mais en l’autre »]et quand nous la poursuivons, la souffrance est une limite. C’est pourquoi le sens de la souffrance, on ne le comprend parfaitement qu’à travers la douleur du Dieu fait homme, Jésus-Christ.  »

• «  “ Je crois en l’insignifiance de mon âme qui cherche à attraper sans donner… sans donner. ”  »

Nous sommes très loin du “ Je crois en l’homme ” dont les journalistes ont fait le titre de leur bouquin  ! À moins d’ajouter le mot “ pécheur ”, car cette connaissance sincère de sa petitesse, de son “ insignifiance ”, nous introduit au mot privilégié de la méditation de toute sa vie  : le mot de “ miséricorde ”. Le thème sur lequel il a introduit la Semaine sainte dans sa première catéchèse, du mercredi 27 mars, est celui de la miséricorde, dont sa devise est l’expression  : “ Miserando atque eligendo ”.

Le cardinal Barbarin a expliqué ce que ça veut dire, dans la préface du livre signé Jorge Mario Bergoglio, pape François  : “ Amour, service et humilité ”, qui rappelle “ humblement vôtre ” de Jean-Paul Ier. Paru le Vendredi saint  :

“ Miserando atque eligendo ”  : «  L’expression est empruntée à Bède le Vénérable dans son commentaire de l’appel de saint Matthieu  », raconté par saint Matthieu lui-même…

«  Étant sorti, Jésus vit, en passant, un homme assis au bureau de la douane, appelé Matthieu (appelé Lévi par saint Marc et saint Luc), et il lui dit  : “ Suis-moi  ! ” Et se levant, il le suivit.  » (Mt 9, 9)

Le regard de Jésus sur Matthieu  ! Il en a fait l’expérience le 21 septembre et ne l’oubliera plus jamais.

• «  “ Je crois que les autres sont bons et que je dois les aimer sans crainte et sans les trahir, jamais pour trouver en eux une sécurité pour moi. ”  »

“ Les autres«  , meilleurs que moi. “ Les autres ”, c’est mon prochain, pas “ l’Homme ”…

Tout le secret de sa sainteté de pasteur désintéressé  : aimant les âmes qui lui sont confiées, sans jamais les retenir, mais pour leur communiquer les grâces de la “ miséricorde ” par son ministère, et les tourner vers Jésus et Marie.

• «  “ Je crois en la vie religieuse. ”  »

Et non pas en la “ promotion du laïcat ”, cause de la ruine de toutes les congrégations religieuses depuis le concile Vatican II. En quoi consiste-t-elle  ?

• «  “ Je crois que je veux beaucoup aimer. ”  »

Qu’est-ce qu’ “ aimer ”  ? C’est donner sa vie pour ceux qu’on aime  :

• «  “ Je crois en la mort quotidienne, brûlante et que je fuis mais qui me sourit m’invitant à l’accepter. ”  »

Quotidie morior, parole de saint Paul. «  J’ai soixante-dix ans passés et il ne reste plus beaucoup de fil dans la bobine. Je ne vais pas vivre soixante-dix ans de plus et je commence à me dire qu’il faut tout abandonner. Mais je prends ça tout à fait sereinement. Je ne suis pas triste. On a envie d’être juste avec tout le monde, dans toutes les situations, de faire – pour ainsi dire – de la calligraphie anglaise, par exemple. Cela dit, je n’ai jamais songé à rédiger un testament. Mais la mort accompagne quotidiennement mes pensées.  »

• «  “ Je crois en la patience de Dieu, accueillante, bonne comme une nuit d’été.

• «  “ Je crois que Papa est au Ciel près du Seigneur. ”  »

Et moi, je le crois de l’abbé de Nantes, notre Père.

• «  “ Je crois que le Père Duarte [le confesseur, ministre de sa grâce du 21 septembre]y est aussi et qu’il intercède pour mon sacerdoce.

• «  “ Je crois en Marie, ma Mère, qui m’aime et qui ne m’abandonnera jamais. ”  »

Promesse de Notre-Dame de Fatima à Lucie le 13 juin 1917  !

• «  “ Et j’espère chaque jour la surprise où se manifestera l’amour, la force, la trahison et le péché qui m’accompagneront jusqu’à la rencontre définitive avec ce Visage merveilleux dont j’ignore les traits, car il ne cesse de nous échapper, mais que je veux connaître et aimer. Amen. ”  » (Extraits de El Jesuita, chap. 12)

«  La trahison  »  ? Par exemple celle dont il s’accuse humblement auprès… de journalistes  !

Un jour, il devait aller prêcher une retraite dans un couvent d’une lointaine banlieue de Buenos Aires. Et il devait prendre le train. Mais, comme il en avait l’habitude, il voulut s’arrêter pour prier un moment à la cathédrale, ne serait-ce que quelques minutes devant le Saint-Sacrement. À l’intérieur, il se sentit réconforté par le silence et la fraîcheur contrastant avec la chaleur torride de cette journée d’été.

Sur le point de sortir, il est abordé par un jeune homme qui n’avait pas l’air très normal psychiquement et qui lui demande de se confesser. Il dut faire un effort pour dissimuler un geste d’ennui à la pensée du retard que cela impliquait…

«  Ce garçon d’à peu près vingt-huit ans parlait comme s’il était ivre, mais je pressentis qu’il était sans doute sous l’effet d’un traitement psychiatrique, alors moi, le témoin de l’Évangile et qui m’en dis l’apôtre, je lui dis  : “ À présent c’est impossible, mais un prêtre va arriver et tu te confesseras à lui, parce que j’ai quelque chose à faire. ” Je savais bien que le prêtre n’arriverait qu’à 4 heures, mais je me disais que le garçon étant sous l’effet des médicaments, il ne se rendrait pas compte de la durée… Et je sortis tout ragaillardi. Mais à peine dehors, je ressentis une honte terrible et je revins sur mes pas pour dire au pauvre garçon  : “ Le Père n’arrive pas tout de suite, je vais te confesser moi-même. ”  »

Puis il l’envoya devant la Sainte Vierge afin qu’il lui demande de le garder… Pensant en même temps que le train était parti.

«  Cependant, à la gare, je m’avisai que le train avait du retard et ainsi je pus l’attraper. Au retour, je ne rentrai pas directement à la maison, mais j’allais trouver mon confesseur parce que ce que j’avais fait me pesait sur le cœur   : “ Si je ne me confesse pas, demain je ne pourrai pas célébrer la Messe dans cet état ”.  »

Le cardinal continue à s’examiner sévèrement  : «  À cette époque, je jouais les Tarzan  ! C’était le plein été, le cardinal Quarracino était parti en voyage et, en tant que vicaire général, j’étais chargé du diocèse. Le matin, j’examinai les dossiers à la curie, l’après-midi, je prenais le train pour donner les Exercices spirituels à des religieuses. ”

«  J’avais un de ces esprits de suffisance  ! Je péchai sans m’en rendre compte. Je me disais  : “ Vois comme tu es bon, important, tout ce que tu arrives à faire. ” L’orgueil me menaçait  !  »

D’où son apprentissage de la “ patience ” envers lui-même et envers les autres en pensant à la   » patience   » de Dieu.

«  PRÉSIDER DANS LA CHARITÉ TOUTES LES ÉGLISES  »

«  Toutes les Églises  »  : l’expression désigne les Églises de Paris, de Lyon, de Marseille, de Buenos Aires… toutes les Églises dont Rome est l’Église Mère et Maîtresse. C’est le sens catholique de l’expression.

Mais le pape François lui donne un sens plus large, plus universel  : œcuménique.

D’abord, le sens catholique.

«  ÉVÊQUE VÊTU DE BLANC  » POUR TOUTES LES ÉGLISES.

Qu’est-ce à dire  ? Il l’a expliqué aux évêques d’Espagne, en leur prêchant les Exercices de Saint-Ignace, en 2006, au cours d’une retraite dont le texte parut en français, quelques jours après son élection, sous le titre  : “ Amour, Service, Humilité ”, signé Jorge Mario Bergoglio, pape François, et sous-titré  : “ L’Église selon le cœur du pape François ”. Préfacé par le cardinal Barbarin qui ne cache pas son enthousiasme.

Sous ce titre qui rappelle le recueil de fioretti du pape Jean-Paul Ier, “ Humblement vôtre ”, paru en 1978, au lendemain de son élection, on peut lire le portrait idéal de tout évêque, qu’il soit vêtu de violet, ou de rouge s’il est cardinal… “ de blanc ” s’il est Pape donc évêque de Rome.

Et d’abord, «  l’évêque est celui qui prend soin de l’espérance en veillant pour son peuple  ». Quelle espérance  ? Le cardinal ne le précise pas, mais il invite les évêques d’Espagne à un véritable examen de conscience car, dit-il, «  le Seigneur nous reproche notre incapacité à veiller avec lui  » (p. 45).

«  Quand Pierre recommande à ses presbytres  : “ Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu. ”(1 P 5, 2), cette charge pastorale qu’il leur confie comprend différentes attitudes spirituelles  : superviser, surveiller et veiller.  » Autant de mots traduisant le verbe grec episkopein, d’où est dérivé le substantif épiscope, évêque.

Le cardinal continue  : «  En faisant ces recommandations, Pierre a certainement à l’esprit le souvenir du reproche que le Seigneur lui fit la nuit du début de la Passion  : “ Simon, tu dors  ? ” (Mc 14, 37-38)Le Seigneur veut que nous veillions avec Lui.  »

Qu’est-ce à dire  ?

«  Cette veille peut revêtir différents aspects. Superviserfait plutôt référence à la surveillance de la doctrine et des rites dans leurs expressions et leur pratique, alors que veiller renvoie plus au soin que l’on mettrait à s’assurer qu’il y a du sel et de la lumière dans les cœurs.  » (p. 46)

«  Du sel  »  ? Dans le recueil d’entretiens cité plus haut, paru en Argentine sous le titre El Jesuita (2010), et dont la traduction chez Flammarion intitulée abusivement, disions-nous, “ Je crois en l’homme ”, les auteurs, journalistes, demandent au cardinal de Buenos Aires, au premier chapitre, celui de son “ enfance ”  :

«  Vos parents jouaient-ils avec vous  ?

Oui, à la “ brisque ” et à d’autres jeux de cartes. Comme papa faisait partie du club de basket San Lorenzo, il nous y emmenait quelquefois. Avec maman, nous écoutions tous les samedis, à 2 heures de l’après-midi, les opéras qui passaient à la radio d’État. Elle nous faisait asseoir autour du poste et avant que cela commence elle nous expliquait de quoi il s’agissait. Quand un morceau important allait commencer, elle nous disait  : “ Écoutez bien, c’est un très beau chant maintenant. ” En vérité, être ainsi tous les trois aînés avec maman chaque samedi, c’était merveilleux  !

Et vous écoutiez bien  ? Ce n’est pas évident pour un enfant de se tenir attentif pour écouter un opéra

Bueno  ! C’est vrai. Quelquefois, en plein milieu nous commencions à nous dissiper mais elle maintenait notre attention et pendant que la musique se poursuivait, elle continuait ses explications. Dans Otello, elle nous prévenait  : “ Écoutez bien, maintenant il va la tuer. ”

Voilà des souvenirs d’enfants […]. C’est vrai que surtout je me rappelle papa et maman partageant nos jeux, cuisinant avec nous

Cuisinant  ?

Oui, après son cinquième accouchement, maman fut pendant quelque temps souffrante, mais ensuite elle se remit. Cependant, durant cette période, lorsque nous rentrions du collège nous la trouvions assise en train d’éplucher des pommes de terre et, autour d’elle, toutes sortes d’ingrédients. Alors elle nous disait comment il fallait les mélanger puis les cuire, car nous autres nous n’en avions aucune idée  : “ Maintenant, tu mets ceci et cela dans la marmite et encore ceci dans la poêle. ” Elle nous expliquait les choses et ainsi nous avons appris à faire la cuisine. Nous savons tous faire au moins les pâtes à la milanaise.

Et maintenant, vous faites encore la cuisine  ?

Non, je n’ai plus le temps. Mais quand j’étais au Colegio Maximo de San Miguel, comme le dimanche il n’y avait pas de cuisinière, c’est moi qui faisais la cuisine pour les étudiants.

Et c’était de la bonne cuisine  ?

Bueno  ! Je n’ai jamais tué personne.  »

Voilà comment il a appris son métier d’évêque, qui consiste à «  s’assurer qu’il y a du sel  »…

Et c’est vrai qu’il en met dans toutes ses interventions, depuis son avènement  ! Un sel qui ne semble pas devoir s’affadir, «  et de la lumière dans les cœurs  »  ! Plein de «  sel  » est l’encouragement à faire face aux difficultés de la vie, «  comme le gardien de but fait face au ballon  »  ! Invitation adressée à tous les évêques du monde à imiter l’évêque de Rome, successeur de Pierre, “ frère ” d’André… C’est le patriarche de Constantinople qu’il dénomme ainsi, puisque celui-ci se dit successeur de l’apôtre André, frère de Pierre, et appelé en même temps que lui sur les bords du lac de Galilée comme le raconte saint Jean. Et Bartholomeos de se rengorger…

Imiter l’évêque vêtu de blanc, l’évêque de Rome, c’est d’abord mettre de l’ordre dans les finances. La photo du pape François réglant ses frais d’hospitalité à la Maison du clergé, le 14 mars, a fait le tour du monde. Et sa belle réponse à la secrétaire étonnée est pleine de sous-entendus  : «  Précisément parce que je suis le Pape, je dois donner l’exemple.  » Il a dit «  je suis le Pape  »  !

Père et modèle de son troupeau, comme doit être chaque évêque en son diocèse, il en est aussi le chef, à la manière ferme et douce, et modeste, de Jean-Paul Ier, en demandant de nouveau, lors de sa prise de possession de la basilique du Latran, des prières  : «  Je vous demande de prier pour moi. N’oubliez pas, j’en ai besoin. Allons de l’avant tous ensemble, le peuple et l’évêque, tous ensemble, dans la joie de la Résurrection qui nous accompagne toujours.  »

Aux évêques d’Espagne, il disait encore ceci  :

«  Surveillerest lié au fait d’être attentif à un danger imminent  » (p. 46-47), comme le gardien de but, pour bloquer les attaques du démon qui rôde cherchant qui dévorer (1 P 5, 8), «  visant à conduire l’homme à l’incrédulité, à la désespérance, au suicide moral et physique  » (p. 79). Et en enfer, non  ? C’est peut-être sous-entendu, mais il ne le précise pas. Cependant, ce disant, il énonce tous les maux de notre société en décomposition  : cette «  grande ville à moitié en ruine  » du grand “ secret ” de Notre-Dame de Fatima, qu’il a commencé à reconstruire en paraissant à son balcon chaque dimanche, pour enseigner la Parole aux 80 000 personnes présentes… et au monde entier suspendu au net.

«  Veillerau contraire signifie supporter avec patience les processus par lesquels le Seigneur gère le salut de son peuple.  »

C’est-à-dire le conduit au Ciel, non  ? C’est peut-être sous-entendu, mais il ne le précise pas davantage. Il enchaîne  :

«  Pour surveiller, il suffit d’être réveillé, astucieux et rapide. Pour veiller, il faut en plus avoir la mansuétude, la patience et la constance de la charité éprouvée. Pour superviser, il faut inspecter tout avec soin, sans négliger les détails. Pour veiller, il faut savoir voir l’essentiel.  »

Quel est cet “ essentiel ”  ?

La première décision majeure du pape François l’indique peut-être, car elle a consisté à nommer le Père José Rodriguez Carballo, actuel ministre général de l’ordre franciscain des frères mineurs, cinquante-neuf ans, secrétaire de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée. Priorité à la vie religieuse pour la résurrection de l’Église  ! Il n’oublie pas qu’il a commencé sa carrière comme maître des novices et provincial des jésuites d’Argentine de 1973 à 1979, les années les plus difficiles, celles des fruits amers du pontificat de Paul VI. Le volumineux ouvrage qui vient de paraître, rassemblant les Lettres et Écrits spirituels de dom Jean-Baptiste Porion, procureur général de la Chartreuse à Rome de 1946 à 1981, révèle comment le fer a été porté au cœur de l’institution monastique par la “ réforme ” de Vatican II, jusque dans la Chartreuse qui se glorifiait de n’avoir jamais été “ réformée ” parce que jamais “ déformée ”.

Le pape François agit donc bien en Souverain Pontife.

AVEC FRANÇOIS ET THÉRÈSE SUR LES VOIES DE LA SAINTETÉ

UNE religieuse en témoignait en Argentine  : «  Et surtout il aime beaucoup la petite Thérèse.  » Elle revient sous sa plume, surtout dans les grands combats spirituels lorsque l’Esprit du Bien affronte l’esprit du Mal. Alors il se tourne vers les communautés religieuses et leur écrit  : «  J’ai recours à vous et vous demande oraison et sacrifices, les deux armes invincibles qu’avouait détenir la petite sainte Thérèse.  » (2010)

D’Argentine nous est parvenu ce petit récit  :

Lorsque, encore archevêque de Buenos Aires, il devait se rendre à Rome, il avait l’habitude de s’arrêter pour prier dans la petite église du Lungotevere, toute proche de Saint-Pierre, Sainte-Marie de l’Annonciation du Borgo.

En octobre 2002, les Frères franciscains de l’Immaculée qui sont en charge de cette petite église commencèrent à remarquer la présence d’un prêtre qui ponctuellement, à 9 heures du matin, priait là dans un grand recueillement, devant la statue de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

Intrigués, tant par sa ponctualité que par son attitude empreinte à la fois de simplicité et de dévotion – pour dire  : à la fin de sa prière, il faisait comme le font toutes «  les petites vieilles  » de nos pays, il touchait la statue et l’embrassait – notre curiosité augmenta lorsqu’un de nos frères remarqua les boutons rouges de sa soutane. Un cardinal  ? Mais qui donc pouvait-il être  ? L’un d’eux, Fra Anselmo se décida à l’accoster et, depuis, ils devinrent amis.

Et qui sait si, avant le Conclave, notre pape Francesco ne s’est pas arrêté une fois encore dans la petite église pour prier auprès de sainte Thérèse  ? Et qui sait s’il n’y retournera pas  ?

Prions sainte Thérèse de l’Enfant Jésus pour lui  !

LE SOUVERAIN PONTIFE.

La Croix ouvre ses colonnes aux orthodoxes pour donner leurs impressions. «  Outre la personnalité du Pape, marquée désormais par le nom François, sa manière même de se présenter aux hommes a un sens théologique. Surtout pour les orthodoxes.  » (Vladimir Zielinsky, prêtre orthodoxe, dans La Croix du mardi 9 avril)

Il ne peut mieux dire. L’abbé de Nantes traçait les grandes lignes de ce “ sens théologique ” en 1978, à la veille du pontificat de Jean-Paul Ier qui l’aurait peut-être mis en œuvre avec la même simplicité que le pape François. En effet, écrivait l’abbé de Nantes, «  pour retrouver la grande mystique cosmique d’un saint Irénée, dans les temps modernes, il faut aller chercher loin, en Russie, un inconnu  : Vladimir Soloviev. Si son œuvre immense, puissante, avait été mieux reçue et goûtée en Occident, nous aurions évité l’engouement puéril et stérile d’hier pour les chimères impies de Teilhard de Chardin et d’aujourd’hui pour la Gnose des savants de Princeton ou de monsieur Brzezinski. En tombent d’accord Urs von Balthasar, dont le long chapitre sur Soloviev fut pour beaucoup une révélation en 1972, et Mgr Rupp auquel je dois toute ma connaissance du génie qu’il s’est donné la mission de faire connaître dans l’Église de Vatican II par un livre énorme et magistral, Message ecclésial de Soloviev (édit. Lethielleux, 1975, 600 pages).

«  La sagesse de Soloviev est avant tout une sagesse surnaturelle, inspirée par la conviction de l’Incarnation du Verbe et fidèlement développée selon toutes les dimensions nouvelles, prodigieusement étendues, que les sciences modernes ont données à notre monde et à son histoire.  » (Georges de Nantes, Une mystique pour notre temps, CRC n° 131, juillet 1978, p. 6)

Pour sa part, Zielinsky écrit  : «  Pendant des siècles, l’Église d’Orient de l’autre bout du grand gouffre issu du Schisme a fait à peu près le même reproche à sa sœur perdue d’Occident  : nous reconnaissons la primauté d’honneur de l’évêque de Rome, telle qu’elle s’est formée au début du christianisme, disait-elle, nous vénérons tous les saints Papes du premier millénaire qui sont aussi nos saints, mais nous ne pouvons pas accepter le papisme.  »

Qu’entend-il par là  ? «  Tout d’abord le dogme de l’infaillibilité pontificale, le Pape comme chef d’État, la juridiction immédiate de l’évêque de Rome sur tous les fidèles et les autres choses de ce genre, en premier lieu le style d’exercice du pouvoir. Or, le style fait l’homme, comme on sait. Mais l’homme peut aussi changer le climat à l’intérieur de l’immuable temple romain.  »

Notre Père lisait déjà ce réquisitoire sous la plume de Soloviev «  contre l’Occident médiéval et moderne, contre l’Église latine  », et il considérait que «  la critique acerbe, exagérée sans doute, tournera finalement à une extraordinaire reconnaissance et exaltation de la Sainte Église romaine, de la primauté de Pierre et de la juste, nécessaire et providentielle Théocratie qu’elles ont mission d’étendre au monde entier, victorieusement, jusqu’à la fin des temps.  » (CRC n° 131, juillet 1978, p. 10)

Comment cela se fera-t-il  ? En commençant par reconnaître les défauts des uns et des autres  : la passivité de l’Orient et la vanité de l’Occident.

«  À Byzance, dit finement Soloviev, il y avait plus de théologiens que de chrétiens.  » Il met en évidence «  la tendance orientale au docétisme, qui efface le caractère pleinement humain, réel et singulier, de Jésus-Christ Fils de Dieu, dénouant le nœud de l’Incarnation au bénéfice du Dieu inhumain, invisible, inaccessible. Au bout du chemin de l’Orient, logiquement, viendra l’islam  !  »

Tandis que «  le péché de l’Occident, pour Soloviev, est celui d’une Église qui a tellement cru à l’Incarnation de Dieu dans l’homme qu’elle s’est laissée aller à croire l’homme tout-puissant en sa raison, son droit, son autorité, sa politique, en lui-même divin, souverain donc et infaillible. Jusqu’à en venir à cesser de croire effectivement en Dieu  ! C’est la Légende du Grand Inquisiteur, de son ami Dostoïevski [dont le pape François est un lecteur assidu, comme était l’abbé de Nantes], dont il fut lui-même sans doute l’inspirateur. C’est la dernière de ses Leçons sur la Théandrie  : Les trois tentations de l’Église (d’Occident  !). Pour le dire en deux mots péjoratifs, connus de tous, c’est l’autoritarisme papiste, le cléricalisme, la théocratie romaine, que justement Soloviev critique et réprouve absolument.  » (ibid.)

On peut dire que Vatican II, loin d’y porter remède, a mis le comble à cet “ autoritarisme ”, sous les règnes tyranniques de Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI. Avec ce résultat paradoxal illustré par la crise de la Curie  : non seulement il n’y a plus de «  lieu élevé  », mais la Cité sainte qu’a traversée le Pape pour se rendre en sa cathédrale du Latran est «  à moitié en ruine  », conformément à la vision prophétique contemplée par Lucie, François et Jacinthe à la Cova da Iria, le 13 juillet 1917, il y aura bientôt cent ans. C’est ce qui a contraint le Pape à prendre ses quartiers à la maison Sainte-Marthe  !

Et déjà, il a entrepris la réforme de la Curie, en nommant huit cardinaux chargés de la préparer. Déjà, la secrétairerie d’État, dont notre Père déplorait l’omnipotence, n’est plus au centre de toute l’information et de toutes les décisions. Le Pape a choisi des hommes de confiance. Le seul Italien, le cardinal Giuseppe Bertello, en charge du gouvernement de l’État de la cité du Vatican (qui n’est pas la Curie romaine, mais la cité du Vatican), est connu pour son intégrité. Naguère nonce au Mexique, il s’est élevé contre la Curie pour mettre fin aux multiples vies du Père Maciel, fondateur des “ légionnaires du Christ ”. Le cardinal O’Malley, un capucin, archevêque de Boston (États-Unis), a réglé là-bas la lutte contre la pédophilie. On compte le cardinal Monsengwo, archevêque de Kinshasa (République démocratique du Congo), le cardinal Pell, archevêque de Sydney, en Australie, et, enfin, un cardinal chilien, grand ami de François, un Indien, un Allemand inquiétant  : l’archevêque de Munich, «  Marx  », cardinal Reinhard Marx, ça ne s’invente pas  ! Polyglotte, le cardinal Maradiaga, du Honduras, est chargé de la coordination.

«  Dans son homélie, dimanche soir, à Saint-Paul-hors-les-murs, le pape François a lancé une chasse aux “ idoles ” qui reflète son état d’esprit pour affronter cette réforme titanesque. Il a demandé que les catholiques se dépouillent de “ beaucoup d’idoles petites et grandes que nous avons, et dans lesquelles nous nous réfugions, dans lesquelles nous cherchons et plaçons bien des fois notre sécurité. Ce sont des idoles que nous tenons souvent cachées  ; elles peuvent être l’ambition, le goût du succès, le fait de se mettre soi-même au centre, la tendance à dominer les autres, la prétention d’être les seuls maîtres de notre vie. ” (Le Figaro du 15 avril 2013)

En un mot comme en cent, François proscrit le “ culte de l’Homme ” cher à Paul VI et à Jean-Paul II.

À l’encontre du “ mondialisme ” marxiste ou tolstoïen, caricature antichrist de l’Église, que l’Esprit de Satan organise, gouverne et étend de jour en jour sur le monde, le pape François manifeste la puissance mystérieuse de l’Église catholique.

Notre Père écrivait en septembre 1978, sous le pontificat de Jean-Paul Ier  :

«  La renaissance de l’Église sonnera quand elle redeviendra l’humble servante du Seigneur, et non plus l’orgueilleuse servante – maîtresse d’un monde apostat [selon le Concile]. Quand de nouveau elle s’acceptera femme, vierge, fille unique et chérie de Dieu seul, épouse du Verbe et Temple du Saint-Esprit. Quand elle admirera, d’Orient et d’Occident, comment la puissance divine de cet Esprit-Saint qui est sonÂme incréée, la fortifie d’un pouvoir viril, vicaire de celui du Christ, dans le Pape de Rome et à partir de lui, en communion avec lui, dans la hiérarchie apostolique. Telle est l’âme créée de l’Église, qui n’a d’autorité que par l’opération de l’Esprit d’Amour en union vitale avec son Époux Jésus-Christ. Beauté mâle, puissante et constante qui, au moindre souffle d’un esprit contraire, d’orgueil et d’indépendance, se corrompt en tyrannie et n’engendre que la tiédeur et l’apostasie  » à laquelle nous assistons depuis cinquante ans.

«  Le prouve assez l’histoire lamentable de tous les schismes, comme Soloviev le montre du schisme oriental, où les églises locales se séparent, où la pensée et la liturgie stagnent, où l’élan missionnaire s’éteint et la splendide souveraineté de la religion abdique devant les pouvoirs temporels.  » Sous l’euphémisme de   » sécularisation   »  : dont le vrai nom est déchristianisation, «  l’Esprit fort de l’Homme-Dieu leur manquant, ces églises sont comme veuves et prostituées. L’Église de Rome au contraire possède en elle à jamais cette divine énergie toujours active qui est la marque de l’Esprit-Saint. Force de l’Église romaine, preuve de la fidélité opérant en elle de son Époux Jésus-Christ  !  » (CRC n° 133, septembre 1978, p. 14-15) jusqu’au Concile exclusivement, jusqu’en 1962.

Nous la voyons renaître en la personne de François.

«  L’Occident a commis la faute d’accaparer la papauté, et l’Orient celle de la renier. L’égoïsme a joué dans les deux cas  », écrivait Soloviev. Une telle critique revient à exalter souverainement l’autorité romaine, observe notre Père  :

«  Pierre est l’individu auquel s’est uni le divin de manière absolument singulière, pour faire de lui et de ses successeurs, le roc constant sur lequel doit s’édifier et se conserver l’humanité divinisée.  » Ce pouvoir est de dire infailliblement la vérité, et non pas de proclamer la liberté religieuse  !

Mais «  ce pouvoir unique n’est pas seulement de dire infailliblement la vérité ni d’être la source sacramentelle de la vie divine. Il consiste enfin à gouverner le monde. Et non seulement en vue “ d’unir les hommes avec Dieu, mais encore de créer un ordre social nouveau ” (Rupp, p. 386).  »

“ Théocratie ” selon Soloviev, ou “ Chrétienté ” selon Georges de Nantes, le pape François évoquait cet ordre social nouveau à Saint-Paul-hors-les-murs, dimanche dernier, exhortant chacune des brebis de son troupeau, individuellement, personnellement, en la tutoyant  ! à une conversion radicale pour vivre la sainteté «  de tous les jours  », afin de créer une «  classe moyenne de la sainteté  », comme disait Joseph Malègue. À ce compte, le christianisme devient une communion, d’un peuple, et non pas d’une élite ou d’un parti, communion profonde de pécheurs et de saints, immense foule où la foi, la vie, la civilisation se transmettent tout ensemble à travers la famille, la race, la nation…

C’est cette foule immense de toute race, nation, langue, mais pas de toute religion  ! que nous voyons le pape François rassembler place Saint-Pierre, à chacune de ses “ apparitions ”, depuis son avènement, au soir du 13 mars, la faisant prier, et écouter la “ Parole de Dieu ”, et la lui expliquant avec assurance, clarté et simplicité, et un enthousiasme communicatif.

La maman d’un de nos frères lui écrit, après l’audience générale du mercredi 3 avril où le Pape a repris le cours des catéchèses sur la foi  :

«  Nous étions si contents de voir l’enthousiasme du frère Bruno pour le pape François que cette semaine j’ai pris le risque d’aller faire un tour sur le net pour prendre des nouvelles de sa catéchèse. Je suis tombée sur un article au titre inquiétant  : “ L’hommage du pape François aux femmes ”… et de fait l’article était tendancieux, exposant dès le chapeau la question de l’accroissement de la place des femmes dans l’Église. Mais quant à la reformulation ou citation des paroles du Pape, elle était plutôt réjouissante puisqu’en rappelant que les femmes avaient été les premiers témoins de la Résurrection du Christ, François en concluait à l’authenticité des Évangiles. Le témoignage des femmes n’étant pas recevable chez les juifs, si le récit avait été inventé, l’inventeur ne leur aurait pas donné ce rôle. Ça alors, un Pape qui plaide pour l’authenticité des Évangiles, c’est neuf, non  ? [et c’est quotidien : chaque matin, à la Messe de 7 heures à Sainte-Marthe]. Et puis, en continuant l’article, je vois que le Pape “ préconise la transmission de la foi par le cœur dans la relation intime mère – enfant ”; incroyable, pour un peu, il dirait que la dévotion “ transfuse ”, comme notre Père. Aurait-il lu les Mémoires et Récits  ? Ou tout simplement, est-ce la marque d’un retour à la vraie foi et vraie transmission de la foi  ?  » Assurément  !

«  GUIDER CHACUN AVEC UNE DOUCEUR FERME
SUR LES VOIES DE LA SAINTETÉ.  »

Le cardinal Bergoglio disait naguère aux évêques espagnols, en 2006  :

«  Nous sommes nés à la sainteté dans un corps saint, celui de notre Sainte Mère l’Église, et c’est dans le fait de nous maintenir avec fermeté à l’intérieur de ce corps que se joue notre vocation à être “ saints et irréprochables devant sa face ”, ainsi que notre fécondité apostolique.  » (p. 136)

L’abbé de Nantes s’indignait d’une page de La foi chrétienne hier et aujourd’hui, du cardinal Ratzinger, consacrée à “ La sainte Église catholique ”. «  Les guillemets sont de lui, soulignait notre Père. C’est une citation… des autres  ; c’est la pensée ingénue, la foi naïve des autres. Non pas de lui. En effet  :

«  “ Si nous voulons être francs, nous devons bien reconnaître que nous sommes tentés de dire que l’Église n’est ni sainte ni catholique. Le deuxième concile du Vatican lui-même en est venu à ne plus parler simplement de l’Église sainte, mais de l’Église pécheresse  ; et si l’on a critiqué le Concile à ce sujet… ” La suite, je vous la donne en mille  ! La seule critique que l’on ait pu formuler, ou entendre à ce sujet, c’est…  ? c’est  ? Non, vous ne devinerez jamais  !

«  “ … cela a été tout au plus pour lui reprocher… ” Tentez encore votre chance  : reprocher quoi  ? d’avoir été bien osé d’insulter sa propre Mère, l’Épouse du Christ  ? Non, vous n’y êtes point du tout… “ d’avoir été trop timide dans son affirmation, tellement est fort aujourd’hui dans notre conscience à tous, le sentiment de la condition pécheresse de l’Église. Il est fort possible que joue également ici l’influence d’une théologie luthérienne du péché, et donc un présupposé dogmatique. ”

«  Évidemment, pour toutes ces ignominies où il ose parler au nom de “ tous ”, tous les catholiques  ! nous nous désolidarisons totalement de lui. Car cela monte jusqu’à l’ignominie absolue…

«  “ Mais ce qui rend cette dogmatique (luthérienne) ,si convaincante (  !) ,c’est sa correspondance avec notre propre expérience. Les siècles de l’histoire de l’Église sont tellement remplis de défaillances humaines, que nous pouvons comprendre l’effroyable vision de Dante, voyant la prostituée babylonienne assise dans le char de l’Église, et que nous trouvons concevables les paroles terribles de l’évêque de Paris, Guillaume d’Auvergne (XIIIe siècle) ,qui disait que tout homme, à la vue de la dépravation de l’Église, devait se sentir glacé d’horreur   : Ce n’est plus une épouse, mais un monstre effrayant, difforme et sauvage… ” (p. 244)

«  En note, Ratzinger renvoie au «  grand article de Hans Urs von Balthasar, “ Casta meretrix ” ,dans (cela ne s’invente pas  ! dans)Sponsa Verbi ,Einsiedeln, 1961.  » (note 2) Dans une revue dont le nom est “ Épouse du Verbe ”, un grand article intitulé “ Chaste putain ”  ! Ils sont impies, ils sont tous fous.  » (CRC n° 212, juin 1985, p. 5)

Voici un exemple typique de la façon dont le pape François nous guérit de cette folie  ! Grand lecteur lui aussi de von Balthasar, il atténue le blasphème en le traduisant «  chaste pécheresse  », et tourne aussitôt nos yeux vers «  celle qui est sans péché, pure et sans tache  », l’Immaculée Conception  :

«  La sainteté de l’Église se reflète sur le visage de Marie.  » Ratzinger n’y a pas pensé  ! Réparateur…

François ajoute  :

«  Dans notre jargon clérical, nous plaisantons souvent avec l’utilisation méticuleuse du terme “ saint ”, et nous disons, avec un sourire, “ cette sainte maison ”, “ les saintes coutumes ”. Mais il est vrai aussi que lorsque nous voulons donner, avec joie, un jugement définitif sur quelqu’un, et que nous disons  : “ Cet homme est un saint ”, nous le faisons en abandonnant nos nombreuses idoles, nous agenouillant devant le mystère de Dieu et de sa bonté infinie qui habitent cet homme.  »

Par exemple le pape François…

«  L’amour et la dévotion envers notre Mère l’Église, c’est l’amour et la dévotion envers chacun de ses enfants en particulier, et nous avons beaucoup de ces saints dans notre Église, nous en rencontrons chaque jour  : dans la vie de nos paroisses, au confessionnal, dans la direction spirituelle. Je me demande souvent si la critique acerbe de l’Église, la peine ressentie face à ses nombreux péchés, le désespoir qui parfois surgit à son propos, ne viennent pas du fait que nous ne nous nourrissons pas suffisamment de cette proximité avec la sainteté, qui réconcilie, parce qu’elle est la visite de Dieu à son peuple.  » (p. 137)

La même pensée vient sous la plume de l’abbé de Nantes  :

«  Les plus grands esprits un jour ou l’autre en conviendront. Avant même d’élaborer une solution technique aux problèmes complexes de la justice sociale, et de proposer aux partis un corporatisme ancien ou un syndicalisme nouveau, il faudra bien d’abord faire appel à cette vertu du peuple qui, en ses masses profondes, n’est pas véritablement gagné par les idéologies matérialistes rivales et demeure chrétien. Le christianisme, ne l’oublions pas, même le “ christianisme populaire ”, c’est une foi, une loi, une discipline, un enthousiasme sacré qui seuls peuvent faire renaître dans nos sociétés disloquées par les haines sociales, les énergies héroïques nécessaires au rétablissement de la justice vraie, de la juste vérité, pravda, dans la communauté fraternelle, sobornost, d’un peuple réconcilié.  » (CRC n° 132, p. 10)

Ce texte date d’août 1978. Il fait figure de préface prémonitoire au pontificat de Jean-Paul Ier inauguré dans la joie universelle le 26 août au soir et brutalement interrompu le soir du 28 septembre. En trente-trois jours, «  ce Pape religieux et ferme dans la foi, si bon, si gracieux, par sa seule apparition avait refait l’unité cordiale du peuple chrétien, sur l’essentiel qui est le culte de Dieu, la foi en lui, la piété personnelle et le labeur des vertus, surtout l’amour fraternel. Et l’Église s’est sentie revivre, délivrée du carcan des nouveautés postconciliaires, de la tyrannie des intellectuels réformistes, des exigences insupportables de l’ouverture au monde. Il était donc si simple d’être catholique  ? Le sourire du Pape montrait aussi, prêchait que c’était une joie, un bonheur. Ainsi s’était ressoudée cette alliance immémoriale que nous avions oubliée, entre le Pape et le peuple, hors des incompréhensibles tracasseries du parti réformateur et de son soviet suprême. Et cela ne passera plus  : le Souverain Pontife de demain saura de quelle immense popularité dispose le Pape pour être le Pasteur de son peuple, à l’encontre de tous les agitateurs et hommes de partis.  » (CRC n° 134, octobre 1978,éditorial)

Après une parenthèse de trente-cinq ans, le pape François succède à Jean-Paul Ier pour reprendre cette œuvre de contre-réforme spontanée, prématurément interrompue  : «  L’Église est une mère, elle engendre des enfants avec la force du dépôt de la foi  », enseignait-il aux évêques d’Espagne (p. 139).

Déjà, depuis trente-cinq jours nous nous sentons tous frères, réconciliés par lui dans la ferveur retrouvée, la confiance en Dieu, l’obéissance filiale au Père Commun. Déjà, nous constatons dans les paroisses, de la part des prêtres, dans la presse catholique, un retour non pas contraint mais spontané, mais joyeux, à la religion toute pure. Sous le signe de la miséricorde et de l’arc-en-ciel de l’alliance, qui est la Vierge Notre-Dame, en attente de la consécration de la Russie à son Cœur Immaculé et de la pratique des premiers samedis du mois par tous ceux qui lui sont déjà consacrés du seul fait de leur appartenance à l’Église catholique romaine.

CONSÉCRATION AU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE
REINE DE LA MISÉRICORDE

En effet, en réponse à la demande adressée à deux reprises par le Pape au cardinal José Policarpo, patriarche de Lisbonne, les évêques portugais ont décidé de consacrer le pontificat du pape François à Notre-Dame de Fatima le 13 mai prochain, quatre-vingt-seizième anniversaire de la première apparition de Notre-Dame à Lucie, François et Jacinthe. Cette consécration sera inscrite au programme international que présidera le cardinal Orani Joao Tempesta, archevêque de Rio de Janeiro.

Qu’est-ce que «  Notre-Dame de Fatima  »  ? sinon un Cœur, le Cœur Immaculé de Marie, manifesté aux voyants le 13 juin 1917. Le Pape se consacre au Cœur Immaculé de Marie par la bouche des évêques du Portugal. Il met ainsi en pratique son propre enseignement aux évêques d’Espagne  : «  Il nous faut aimer le mystère de fécondité de l’Église comme on aime le mystère de Marie, Vierge et mère. À la lumière de cet amour, aimons le mystère de notre état de serviteurs inutiles, avec l’espérance que le Seigneur nous adresse cette parole  : “ Bon et fidèle serviteur… ”  » (p. 140)

«  Serviteur inutile  », il “ passe la main à l’Immaculée ”, comme fit l’abbé de Nantes en 1997 au cours d’un triduum où fut prise «  une décision innocente et douce comme la Colombe, mais dure et tranchante comme l’épée du Seigneur des seigneurs et Roi des rois  : celle de placer dorénavant la Sainte Vierge Marie absolument au-dessus de toutes nos affections de cœur, de toutes nos convictions et pensées, de toutes nos œuvres extérieures et de tous nos désirs.

«  Qu’on n’objecte pas l’amour de Dieu lui-même qui devrait de toute manière passer premier et prendre toute la place. C’est précisément dans le rejet de cette objection que consiste le caractère nouveau, surprenant, bouleversant, de cette dévotion qu’enfin je ne boude plus, que je veux faire mienne parce que c’est ce que notre doux Seigneur et Maître veut et attend de notre génération pour la sauver  ! Oui, depuis Grignion de Montfort, depuis Notre-Dame de La Salette, depuis saint Maximilien-Marie Kolbe et depuis Fatima… ce Dieu dont l’Amour infini se porte de toute éternité sur elle, veut enfin que nous commencions par nous consacrer à elle si nous voulons lui plaire à lui en entrant dans ses préférences. Quel Mystère, infiniment sage et sauveur  !  »

«  Ainsi, je déménage…  », confiait-il, comme pour donner raison à ses adversaires qui le disent méchamment depuis longtemps, ajoutant  : «  chez la Sainte Vierge  ». Alors cela change tout. Écoutez, c’est sérieux  : «  Tous nos 150 Points sont à réviser et à mettre sur cet axe. Et la restauration catholique de nos espérances ne sera pas affaire ecclésiastique, ni nationaliste, ni, bien entendu  ! sociologique, écologique ou partisane, mais de Croisade mariale et eucharistique […]. Ainsi je crois, j’espère et j’aime par Marie, en Marie, pour Marie, que notre très chéri Père Céleste remplit de sa Toute-Puissance, se faisant comme son Enfant, pour mieux nous toucher, nous vaincre, nous retourner et nous sauver.  » (Georges de Nantes, docteur mystique de la foi catholique, p. 423)

Le pape François a une raison tout à fait impérative de consacrer son ministère au Cœur Immaculé de Marie  : c’est à Elle que Dieu a voulu confier «   tout l’ordre de la miséricorde  », inscrite dans sa devise  : Miserando atque eligendo. Il a vraiment été élu comme le ministre de la miséricorde auprès des «  pauvres pécheurs  » que nous sommes, aux genoux de Sainte Marie, Mère de Dieu  :

«  Pour moi, se sentir pécheur est une des plus belles choses qui puissent arriver à une personne, si cela l’amène aux ultimes conséquences. Je m’explique  : saint Augustin, parlant de la Rédemption, considère le péché d’Adam et d’Ève puis la Passion et la Résurrection de Jésus, commente  : “ Heureux péché qui nous a valu pareille Rédemption. ” C’est ce que nous chantons la nuit de Pâques  : Feliz culpa feliz pecado. Quand une personne prend conscience qu’elle est pécheresse et qu’elle est sauvée par Jésus, elle s’avoue cette vérité à elle-même et découvre la perle cachée, le trésor enterré. Elle découvre ce qui est grand dans la vie  : quelqu’un qui l’aime profondément et qui a donné sa vie pour elle.

«  Selon vous, la perte du sentiment du péché rend-elle difficile la rencontre avec Dieu  ?

«  Il y a des gens qui se croient justes qui, d’une certaine manière, acceptent l’enseignement, la foi chrétienne, mais n’ont pas l’expérience d’avoir été sauvés. Une chose est qu’on vous raconte l’histoire d’un enfant qui se noyait dans la rivière et que quelqu’un a retiré de l’eau, autre chose est de voir la chose, autre chose encore est être cet enfant qui se noyait et qui a été sauvé.

«  Il y a des personnes qui ne veulent ni voir ni savoir rien sur cet enfant qui se noie, ils prennent la tangente, ils s’échappent et alors ils n’ont pas l’expérience de ce salut. Je crois que seuls, grands pécheurs, nous avons cette grâce et je dis souvent que l’unique gloire que nous ayons est, comme dit saint Paul, d’être pécheurs […].

«  Pour moi, le péché n’est pas une tache que je dois laver. Ce que je dois faire, c’est demander pardon et me réconcilier et non d’aller à la teinturerie du Japonais au coin de ma rue. De toute manière, je dois rencontrer Jésus qui a donné sa vie pour moi. Autrement dit  : le péché assumé avec droiture est le lieu privilégié de la rencontre personnelle avec Jésus-Christ Sauveur, la découverte du sentiment profond que Lui éprouve envers moi. Enfin, c’est la possibilité de vivre le choc d’avoir été sauvé.  »

Sous un tel Pontife, nous allons peut-être guérir du formidable orgueil de la Personne humaine, libre, autonome, indépendante (PHLAI), fabriquée par le concile Vatican II et sa “ liberté religieuse ”. Dont le successeur de Mgr Lefebvre offre un “ cas ” clinique.

Mgr Fellay, qui “ dialogue ” avec Rome depuis plus de trois ans, d’égal à égal, a annoncé le 16 avril “ urbi et orbi ”, titre de sa Lettre aux amis et bienfaiteurs, que «  la situation de l’Église reste quasi inchangée  »… puisque la normalisation canonique de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) n’est toujours pas réglée  !

Il s’est attiré la cinglante réponse du Pape le jour même, 16 avril, dans l’homélie de la messe qu’il célébrait en la chapelle de Sainte-Marthe, à l’intention de Benoît XVI dont c’était le 86e anniversaire. Commentant la première lecture du jour, où Étienne fustige le Sanhédrin  : «  Hommes à la tête dure, depuis toujours vous résistez à l’Esprit-Saint  », le pape François en fait l’application à ces «  entêtés  » disciples de Mgr Lefebvre. «  Cela s’appelle être “ sot et lent de cœur ”.  » Où se manifeste la miséricorde de François, car c’est le moins qu’on puisse dire  ! Certes  ; Mgr Fellay «  se garde de toute attaque directe contre le nouveau pape François  », précise la Lettre urbi et orbi (sic  !). Mais c’est pire. Ce chantage équivaut à rompre la communion avec Rome, c’est-à-dire avec François, évêque de Rome, évêque vêtu de blanc, évêque du Cœur de Marie. C’est vraiment le péché contre l’Esprit-Saint  !

Du coup, le Pape identifie son œuvre présente avec celle du Concile, mais c’est bien la première fois. Depuis un mois, nous n’entendions plus parler que de culte de Dieu, de la Vierge et des saints, point de culte de l’homme  !

Lorsque les journalistes intitulent leur bouquin “ Je crois en l’homme ”, ils nous trompent. Car, après avoir dit cela, le cardinal a aussitôt ajouté  : «  Je ne dis pas qu’il est bon ou mauvais.  » Contredisant par là le naturalisme de Paul VI  : «   La paix est possible, parce que les hommes, au fond, sont bons.  » (1er janvier 1968)

Depuis son avènement, le pape François ne cesse de marteler  : «  Sans la grâce, nous ne pouvons rien faire.  »

Il n’y a donc pas de “ dialogue ” à instaurer, mais à entrer joyeusement dans ce grand mouvement de réconciliation entre frères et sœurs, enfants de l’Église catholique romaine, qui ne pourra aboutir sans que se fasse la vérité  : l’abbé de Nantes, notre Père, a accusé le concile Vatican II et les papes Paul VI et Jean-Paul II, d’hérésie, de schisme et de scandale. Il a pu se tromper. Il n’était pas infaillible. Le Pape seul est infaillible, et tranchera.

Mais François a peut-être d’autres urgences. Sachant que notre Père avait “ passé la main ” à l’Immaculée, et que le Pape fait de même en consacrant son pontificat à Notre-Dame de Fatima. Le 15 avril, la veille du jour où il recevait l’insolent message de Mgr Fellay  : «  En ces temps de turbulence spirituelle, le lieu le plus sûr est sous le manteau de la Vierge  », a-t-il déclaré dans son homélie, à Sainte-Marthe. Si nous avons quelque chose à demander en urgence, sous forme de supplique respectueuse, c’est l’accomplissement des deux demandes de la Sainte Vierge, qui sont sûrement du Saint-Esprit  : que le Saint-Père fasse et ordonne aux évêques du monde catholique de faire la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie, pour obtenir la paix du monde si menacée, et qu’il approuve et recommande au peuple chrétien la pratique des premiers samedis du mois, pour le salut éternel de son troupeau, dont nous voulons demeurer les brebis fidèles et obéissantes.

Ainsi soit-il  !

frère Bruno de Jésus-Marie
Il est ressuscité  ! n° 128 – mai 2013

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