La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Apologétique catholique

Le problème de la foi

En guise d’introduction générale à cette apologétique, nous confronterons notre foi catholique à deux systèmes de pensées, l’un ouvertement athée, l’autre passant pour être la meilleure expression de notre néo-cléricalisme contemporain. Au terme de cette étude nous pourrons alors définir brièvement ce qu’est la foi catholique contre celui-ci et qu’elle possède tous les titres scientifiques nécessaires à être crue, malgré celui-là.

CONTROVERSE AVEC UN ATHÉE

Comme représentatif de la pensée moderne athée, l’abbé de Nantes a choisi Louis Rougier. Il est le penseur d’un groupuscule extrémiste qui prône la restauration d’un Occident fondé sur un humanisme païen, sourdement antichrétien et même raciste. (…)

Son livre, “ LA GENÈSE DES DOGMES ”, est un discours antichrétien logique et véhément. Pourtant, mêlée à ses négations, nous allons pouvoir discerner paradoxalement une série remarquable de données qui déjà nous conduisent au seuil de la foi. (…)

LE CATHOLICISME OU RIEN.

Rougier pose a priori deux axiomes négateurs du catholicisme dogmatique et historique, qui frappent de suspicion toute son étude  : (…) l’un exclut dogmatiquement tout dogme et l’autre exclut une hypothèse scientifique possible avant toute enquête scientifique  ! (…)

Or, comprenons bien que cette double critique du catholicisme comme tout à la fois historique et dogmatique, c’est-à-dire pleinement humain, inséré dans le cours des événements de l’histoire, et divin, portant révélation des mystères de l’au-delà, tourne à la gloire de la seule religion catholique. Car une religion a des dogmes et se fonde dans l’histoire ou elle n’est qu’un rêve trompeur, une illusion au charme évanescent. Seul le catholicisme répond à ces deux critères, Rougier le païen le sait bien  : il lui faut donc s’en prendre à ses deux caractères et s’il détruit le catholicisme, toute religion sera détruite.

L’HISTOIRE ET LA FOI

Le premier souci de Rougier est d’ôter au FAIT DE JÉSUS tout caractère historique miraculeux. Un premier chapitre expose «  la méthode  » qu’il emploiera pour ce faire. C’est la critique rationaliste, que l’herméneutique moderne a depuis un bon lustre déclassée. Elle consiste en une mise en accusation perpétuelle des documents paléochrétiens par le savant contemporain qui décide souverainement de ce qui doit être authentique, sérieux, historique, et de ce qui ne peut être que glose, légende, merveilles ajoutées après coup par des faussaires et faux témoins. Pareille critique, qui en prend à son aise avec les textes sacrés, a tôt fait, et sans peine, de réduire les “ incohérences ” et “ contradictions ” des textes. Armé d’une telle méthode, voici l’histoire de Jésus reconstituée, selon toute vraisemblance et sans mystère.

L’attente messianique.

Premier élément de l’histoire de notre foi, que rapporte l’érudit comme un fait de hasard  : «  À l’époque de Jésus, on attendait un Roi-Messie qui devait libérer Israël du joug détesté des Romains et établir sa judicature dans la justice et dans la paix sur les douze tribus d’Israël.  » (…)

L’attente démentie.

Pour peindre le Christ en «  agitateur populaire  », entouré de «  résistants  », les zélotes, Rougier romance outrageusement l’Évangile. Ainsi l’épisode des vendeurs du Temple est pour lui «  invraisemblable  » s’il n’a été une attaque à main armée «  par une foule déchaînée, n’excluant pas des voies de fait et le pillage  ». La dernière Cène se change en «  veillée d’armes qui précède un violent et sanglant combat  ». Et de conclure  : «  On nous cache bien des choses  »  ! (…)

Après avoir voulu nous persuader que Jésus avait commencé une brillante carrière d’agitateur à la ressemblance de tous les faux-messies de son temps, il est tout de même obligé que l’attente d’un libérateur populaire fut déçue par Jésus. (…) Il n’a pas répondu à l’attente incompréhensive des Juifs de son temps. Rougier le reconnaît et nous l’en remercions car il nous permet ainsi de conclure que le Christ n’a pas été une création du désir de l’époque  ; il a vécu autre que son temps ne se le figurait, et il a survécu autre que nul ne le rêvait.

L’attente sauvée.

Évidemment, notre athée ne croit pas à la résurrection, par principe. Il n’en examine même pas l’hypothèse. «  On se trouve en plein merveilleux, puis en pleine contradiction   ». Les apparitions ne sont qu’inventions d’«  hystériques  », d’ailleurs toutes «  fantomatiques  ». Ce sont «  hallucinations de schizophrènes  »  ! (…)

Pourtant, autre fait incontestable qu’il est obligé de reconnaître  : quand tout était fini, classé, éteint, de “ l’affaire Jésus ”, elle repart. En fanfare. C’est un “ miracle ”, concède Rougier, un “ miracle de l’amour ” comme il n’y en a pas d’équivalent dans toute l’histoire du monde, de “ l’amour plus fort que la mort ”, comme jamais des milliards d’êtres humains qui s’aimaient n’ont su ni prétendu en faire. Rougier croit au miracle  !

L’attente justifiée.

Mais voici «  la raison imparable  » en faveur de la thèse d’un Jésus tout humain, sans génie, sans lumières transcendantes. (…) Car enfin, d’où est venue aux apôtres, complètement désemparés par une mort maudite et restés incrédules devant des racontars de femmelettes, leur foi désormais impavide en la résurrection de Jésus  ? Voici l’argument imparable  : «  C’est l’interprétation messianique de l’Ancien Testament qui va leur expliquer tout ce qui les a déconcertés ou ébahis  : la passion, la mort, la résurrection et la glorification de Jésus  ». Et voilà notre athée, pris d’un saint zèle, qui exhume de l’Ancien Testament les trois séries de prophéties concernant le Fils de David, le Serviteur de Yahweh, le Fils de l’Homme, toutes trois en attente de réalisation en un seul Messie, quoique nul ne puisse concevoir comment il pourrait être reconnu roi par son peuple, souffrir cependant et mourir dans la malédiction, ressusciter et être exalté à la droite de Dieu pour juger le monde. (…)

Pourtant personne, personne, pas même Jésus aux dires de Rougier, Jésus seul aux dires des Évangélistes, ne songea sur le moment aux prophéties concernant la mort et la résurrection. Elles étaient négligées, incomprises, voilées aux yeux de tous, obscurément détestées. Donc, il est impensable que ces événements, la mort, les récits d’apparitions, le tombeau vide, etc., aient été inventés pour faire cadrer l’histoire avec ces prophéties oubliées. Il y a donc eu rencontre fortuite  ? de hasard  ? Un hasard des plus stupéfiants, miraculeux, inouï  ! (…)

Plutôt que de croire au miracle de M. Rougier nous préférons croire les Évangélistes, les témoins qui racontent ce qui leur est arrivé. Ce n’est pas une théorie qui leur a «  expliqué  » les événements écrasants, c’est une bouche humaine, c’est une parole entendue de leurs oreilles, c’est leur Maître vivant, AVANT – mais ils n’avaient pas compris – ET APRÈS l’événement. Ils croiront et comprendront quand il leur expliquera les Écritures de sa bouche de ressuscité, eh  ! oui, il faut bien l’admettre comme un fait indispensable dans la trame des événements de cette histoire  ! Comme dit Rougier, «  tout s’explique  », mais à condition que Lui, Jésus, le seul transcendant du groupe, ait exhumé ces Écritures pour éclairer leurs intelligences sur tout son Mystère. Eux n’auraient rien inventé de tel, en pleine catastrophe, à partir de vieux textes oubliés.

Notre athée, pris dans la logique scientifique de son étude, a bien mérité de la foi. Telle qu’il l’a exposée, si l’attente messianique du Peuple Juif qui s’était fixée sur Jésus a été, après le coup dur de sa mort et les annonces de sa résurrection, “ JUSTIFIÉE ”, elle n’a pu l’être que de la bouche même de Jésus revenu à la vie et enseignant les siens, comme ils l’attestent eux-mêmes. Elle n’a pu l’être que par l’argument des prophéties devant lequel les Apôtres incrédules puis toutes les générations futures devaient s’incliner et croire  ! (…)

Quant à cette prétendue affabulation des disciples attribuant savamment à un Jésus quelconque, crucifié sous Ponce-Pilate, toutes les données éparses, contradictoires, reçues et non-reçues, des écrits antérieurs pour le peindre en sauveur ressuscité, nul n’en croira Rougier, sinon les Juifs anti-chrétiens. Mais quant à l’identification de Jésus avec le Messie attendu, sa démonstration est, à son corps défendant, étincelante.

LA FOI ET LE DOGME

«  L’élaboration des dogmes christologique et trinitaire et des dogmes sotériologiques, de la chute, de l’incarnation et de la rédemption  » par notre auteur part de l’idée que toute cette construction ne repose que sur la base inconsistante de textes bibliques incohérents et même «  contradictoires  ». (…)

Une fois de plus sa démonstration se retournera en faveur de la foi. On voit bien que l’Église cherche à mieux formuler et comprendre, non pas des textes bibliques fallacieux mais les données de l’expérience humaine des Apôtres, conservée telle quelle, si gênante soit-elle pour la Raison.

En effet, pourquoi conserve-t-elle des paroles de Jésus qui gênent son élaboration doctrinale  ? Telles celles qui avouent son ignorance, ou son désespoir apparent, ou sa faiblesse trop humaine  !

Et pourquoi aurait-elle longtemps conservé des paroles qui devançaient son invention dogmatique, si elles n’étaient que de libres inventions  ? Telle la formule baptismale, parfaitement trinitaire, de 350 ans antérieure à l’expression dogmatique correspondante, à Constantinople en 381. (…) Le dogme ne s’est certainement pas construit follement sur des spéculations rabbiniques chaotiques, mais sur la réalité divine reçue par la foi. Il en est résulté une synthèse supérieure que ni la logique d’Aristote ni la raison critique de l’athée le plus rigoureux ne sauraient atteindre, certes, ni pour l’embrasser ni pour l’étouffer. (…)

BALANCER LES DOGMES  !

Rougier a la haine des dogmes, c’est la critique essentielle de cet auteur athée contre la foi catholique  : ses dogmes «  nous font chavirer dans l’absurde   », ils sont contradictoires, ils «  hypostasient des abstractions   » et sont une suite de «  défis à la raison comme à la morale  ». (…)

Son réquisitoire deviendra des plus virulents au sujet de la doctrine du péché originel, mais Rougier s’apaisera en considérant avec satisfaction que Vatican II a commencé de sortir l’Église du fanatisme et de l’obscurantisme, le Concile ayant en effet, préféré «  le sentiment chrétien  » à «  la doctrine chrétienne   »  : «  L’ Église pastorale, celle qui ne pense qu’à se dévouer au service des hommes, ne se confond pas avec le juridisme de l’Église dogmatisante des théologiens et de la curie romaine, qui proclame orgueilleusement  : Roma locuta, causa audita  : Rome a parlé, la cause est entendue.   » C’est bien cette prétention “ pastorale ”, ce mépris du dogme et du droit, qui caractérisent, en effet, la prétendue Réforme conciliaire. L’analyse de notre auteur rejoint la nôtre, mais lui se félicite de ce changement de pastorale qui le conforte dans son athéisme aristocratique ouvert aux valeurs religieuses…

CONSERVER DES ILLUSIONS POUR BIEN VIVRE.

Sûr de sa raison, de son sens moral, de son bon jugement d’expert en humanité, voici donc ce que conseille ce digne représentant de l’athéisme contemporain à l’Église. (…)

Que l’Église réponde à l’appel de Jean XXIII dans son discours d’ouverture du Concile, qu’elle «  renonce aux anathèmes  », renonce au caractère objectif, intangible, de ses dogmes  ! Qu’elle allégorise enfin  ! «  C’est pour elle la seule solution, la seule issue   ».

Rougier propose de transformer tout le dogme catholique en fable chrétienne, en allégorie évangélique, et il signale en passant que c’est déjà en bonne voie  : «  Déjà les nouveaux catéchismes passent sous silence les peines infernales, les démons, les miracles (oh que oui, et bien d’autres choses aussi, M. Rougier  !), au grand scandale des intégristes qui les déclarent “ irrecevables ”  ». Pour lui, au contraire, il faut aller plus loin. «  En dehors d’une exégèse allégorique, il n’y a pas de crédibilité possible.  »

C’est çà, ou la mort. «  Alors seulement, enchaîne Rougier, disciple de Voltaire et de Rousseau devenu conseiller bénévole de l’Église en état de Réforme, l’Église pourra continuer à exercer un ministère de réconfort, de charité, de dévouement, en cessant de mettre les hommes orgueilleusement à son service sous prétexte de les mettre au service de Dieu, mais en se mettant au service des hommes, le reste étant donné par surcroît.  » C’est le mot de la fin.

CRITIQUE D’UN NÉO-CLÉRICALISME PSEUDO-SCIENTIFIFQUE

LE MONDE DE LA SCIENCE INTERDIT À DIEU.

Comme champion du néo-cléricalisme pseudo-scientifique, l’abbé de Nantes choisit… un dominicain, le Père Roqueplo, homme de science, auteur d’un ouvrage intitulé  : “ L’ÉNERGIE DE LA FOI ”. Le dominicain y cède à l’humanisme athée, rationaliste et libéral, son style est d’une grossièreté à écœurer les moins délicats, mais est-il savant  ? (…)

Le certain est que cet homme de science triche avec la rigueur scientifique, comme Monod, pour chasser Dieu de son domaine. Il déclare en effet  : (…)

«  La science fait l’HYPOTHÈSE [je souligne] que l’inexpliqué est déjà charpenté par des lois qu’il s’agit de découvrir   ». Mais voici que l’hypothèse se change en dogme, en insulte, en défi à Dieu sous la plume du dominicain… en blasphème  ! «  Alors, vous savez, imaginer qu’il existe Quelqu’un, là-haut, qui fait joujou avec ce monde que la science nous fait connaître, ça ne paraît pas très sérieux. Je ne crois plus à un discours de foi qui se présente comme un discours d’explication. Pourquoi  ? Et bien  ! parce que l’explication authentique a trouvé dans la science sa méthode adéquate  ». (…)

C’est la réplique du fameux “ Défense à Dieu d’entrer dans nos laboratoires ”  ! Roqueplo «  CONFESSE LE DÉTERMINISME  », qui exclut Dieu comme auteur possible ou présumé de quelque intervention que ce soit, création de natures nouvelles, orientation de l’évolution ou apport d’information structurale neuve, ou miracles  : «  II ne fait pas joujou avec le monde  », foi de Roqueplo  !

S’il y a un monde de la croyance, il sera donc AUTRE, et sans connexion avec le monde de la science. Par méthode  ? par hypothèse  ? Non, par principe absolu  ! Dès lors, Dieu n’est plus d’aucune manière et sous aucun mode présent à la réalité. Il n’existe pas pour l’homme de science  : «  Dieu ne saurait être une “ réalité ” que nous saurions affirmer, connaître ou “ dire ”   ». «  Il n’est probablement pas légitime de parler aujourd’hui de Dieu comme d’une “ réalité ”   ». Voilà annulée a priori toute apologétique scientifique. (…)

LE MONDE DU SENS, AU-DELÀ DE TOUT DOGME.

La foi n’explique absolument pas le comment des choses, pour Roqueplo, et donc, ni l’origine, ni l’histoire, ni l’intelligibilité ni les seuils de compréhension du réel… mais elle en fait percevoir «  le sens  »; elle se meut sur cet «  autre plan de la réalité  » qui est «  celui du sens, de l’éthique, celui d’un certain type de questions que l’univers nous pose   ». (…)

Qu’est-ce que cette foi-là  ? (…) «  La foi est un dynamisme orienté qui nous met en situation de créer. Ce que la foi va créer  ? Je n’en, sais rien. Il faut vivre cette situation. La foi est une énergie qui nous est donnée par une parole qui nous met en marche pour un pays que nous ne connaissons pas   ». Elle est «  illumination intérieure  », «  principe de liberté … qui anime en nous l’invention  » et nous affranchit de tout «  diktat, règle extérieure…  ». (…)

Ce dominicain sauvage refuse farouchement de recevoir de l’Église ni sa foi ni sa loi, comme il a refusé de trouver la révélation de Dieu et ses signes dans le monde de sa science. (…)

RESTE L’ANARCHIE SEXUELLE ET SOCIALE.

Récapitulons. «  La connaissance scientifique concerne la réalité en tant que telle   », et Roqueplo n’y trouve ni Dieu, ni Droit ni Loi, rien qui puisse fonder raisonnablement sa religion. On l’accuse de “ fidéisme ”, mais il s’en moque. «  La reconnaissance de la foi concerne le sens de notre existence et de la réalité au sein de laquelle cette existence s’exerce  ». Cette «  illumination intérieure  » fait connaître à l’homme «  sa propre identité  » fonde «  sa propre liberté  ». Ainsi, «  Jésus se manifeste comme Sauveur… si en lui se fait connaître à moi un certain accomplissement de l’homme dans la liberté  : une certaine expérience spirituelle fondamentale qui se fait reconnaître comme Salut  ». Nous voilà bien renseignés  ! (…)

La science exclue, la religion écartée, demeure cette illumination intime, ce sentiment d’absolue liberté créatrice où l’homme est roi, où le moi est Dieu. Du sein de cette vacuité, surgit une volonté paranoïaque de destruction totale et de libération effrénée. Le certain, c’est qu’à travers ces pages reviennent deux obsessions, comme des évidences agressives, l’érotisme et l’anarchie… (…) Quant à la discipline ecclésiastique ou civile, il s’en veut le destructeur passionné.

Cet avatar d’un homme de science et d’un religieux au trente-sixième dessous de la propagande marxiste et anarchiste est bien l’aboutissement logique du modernisme. (…) La religion s’isole dans un sentiment intime d’orgueil et d’égocentrisme monumental. Et le conditionnement communiste de l’intelligentsia parisienne fait le reste, bourre l’homme de slogans et le jette dans toutes les bêtises révolutionnaires.

Il est temps de revenir à la Contre-révolution et à la Contre-Réforme.

NOTRE FOI CATHOLIQUE

Chrétiens catholiques, sans préjugés, nous n’avons aucun a priori dogmatique. Nous faisons uniquement profession d’accepter tout le réel, tout son sens, toute la révélation qu’il porte, tout le mystère où il mène.

CRÉDIBILITÉ NATURELLE.

Roqueplo exclut du monde réel, par principe, Dieu et tout geste ou toute parole de Dieu. Interdiction absolue, et injustifiée. Point de dialogue donc avec lui. Rougier consent à examiner le monde et son histoire avec tous les instruments des sciences, mais il utilise une méthode qui proscrit des faits eux-mêmes et des documents qui en témoignent tout ce qui prouverait le miracle et sentirait le mystère. On peut du moins discuter de la méthode et débattre de ses résultats.

Pour nous, si le surnaturel existe c’est en continuité avec le monde naturel et au cœur de son histoire. Les miracles et prophéties qui fondent le Christianisme se prouvent scientifiquement. Notre foi s’appuie sur des preuves réelles, objectives, que l’Apologétique établit.

CRÉDIBILITÉ RATIONNELLE.

Roqueplo enferme la foi dans la subjectivité et la définit de manière totalement irrationnelle, comme une “ vie ”. Ce rejet dogmatique des dogmes révélés, absolu, injustifiable, rend toute “ communication ” impossible. Rougier préférerait que nous entendions nos dogmes à la manière des mythes païens ou des contes de fées de notre enfance heureuse. Si toutefois nous les déclarons vrais, il exige qu’ils lui soient pleinement intelligibles, qu’ils soient cohérents, rationnels, en synthèse logique avec l’univers scientifique. Sur cette exigence indue de pleine rationalité, tout de même, un dialogue persuasif peut s’établir entre le catholique et lui.

Car pour nous les Mystères révélés sont conformes aux lois générales de l’être et donc aux principes premiers de la raison, même s’ils demeurent invisibles à nos regards et s’ils dépassent la capacité de compréhension de notre esprit. Nos dogmes sont objets de contemplation intellectuelle. Ils présentent une explication profonde du monde et de son destin, et leur magnifique cohérence interne incline la raison à les admettre… Ils paraissent dignes de couronner l’édifice des sciences et de la philosophie humaines.

L’ACTE DE FOI SURNATUREL.

Cela dit, reste à faire le pas décisif, qui consiste à croire sur la Parole de Dieu aux Mystères de Dieu que l’œil n’a point vu et que la raison ne peut se démontrer à elle-même. À force de preuves rationnelles et historiques, notre intelligence est sollicitée de croire ce qui lui est dit de la part de Dieu. Mais encore faut-il aller au-delà de nos propres lumières. Il faut préférer connaître la Vérité ultime en la tenant du témoignage de Dieu, plutôt que de s’enfermer dans le domaine limité de ses propres certitudes.

Fortement intrigué par les énigmes de l’univers et les questions sans réponse de sa propre vie, sollicité d’entendre la Parole de Dieu dont l’authenticité lui est prouvée si clairement et dont la plénitude sublime charme son intelligence, non sans un don divin de grâce, le cœur de l’homme se sent poussé à choisir de croire, en pleine confiance en Dieu qui l’appelle au bonheur de la vérité  ; et son intelligence entre dans la possession béatifiante des Mystères qui lui sont révélés à l’obscur dans l’attente de la Lumière de Gloire éternelle.

Abbé Georges de Nantes
Extrait de la CRC n° 76, janvier 1974, p. 3-14

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