La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Commentaire de l’Évangile de saint Jean

Le Sang de la grappe

CHAPITRE XV

1. «  Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron.  » Entre la vigne et le vigneron, il y a une différence de nature, comme entre la porte et le portier dans la parabole du Bon Pasteur (10, 1-5). Dans l’Ancien Testament, la vigne du Seigneur, c’est Israël (Is 5, 1-7). Et Yahweh Dieu se plaint de la voir ne produire que «  du verjus  »  ! Mais Jésus se déclare la vigne véritable. La parabole est donc polémique, comme était celle du Bon Pasteur, manifestant la déchirure qui sépare la nouvelle Église de l’ancienne Synagogue. Au moment de remonter au Ciel, Jésus voit s’établir la division irrémédiable entre ses disciples et le vieux peuple juif qui va être dispersé, et son Temple détruit, pour n’avoir pas voulu reconnaître son Messie.

2. «  Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il le retranche, et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, pour qu’il porte encore plus de fruit.  » Jésus parle ici d’expérience, pour avoir enduré le premier cette taille sur la Croix, “ taille de mars ” sous nos climats, taille d’hiver en Palestine. Une admirable page mystique de notre Père constitue l’incomparable commentaire de cette allégorie (cf. encart ci-contre). Il est le cep. Ses disciples, attachés au véritable Temple qu’est son Corps (2, 21) sont les sarments. De lui à eux passe la vie, à condition de lui être unis à l’intime. Buvant à la source d’eau vive de l’Esprit-Saint (7, 38), il produiront feuilles et fruits.

3. «  Déjà vous êtes purs…  » Au moment du lavement des pieds, Jésus leur a dit qu’ils étaient purs (13, 10) – «  …grâce à la parole que je vous ai fait entendre.  » Sa «  parole  », ce sont surtout ses «  œuvres  », comme il vient de le dire (14, 10), et même l’œuvre par excellence  : le saint Sacrifice rédempteur offert sur la Croix. Chair et Sang offerts en nourriture et en breuvage pour la vie du monde (6, 54-55).

4. «  Demeurez en moi, comme moi en vous.  » Dans le discours de Capharnaüm sur le Pain de vie, Jésus annonçait, avec les mêmes mots, que l’Eucharistie serait l’instrument de cette inhabitation mutuelle  : «  Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.  » (6, 56) Ainsi, l’hostie que nous «  mâchons  », le calice que nous buvons nous emplissent de la sève même du cep, sans laquelle les branches ne portent pas de fruit.

«  De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez en moi.  » Les juifs ont fait l’expérience, tout au long de l’Ancien Testament, de cette impuissance  : la parole de Dieu avertissait son peuple de l’extérieur, sans lui communiquer la vie qui lui eût permis de porter du fruit. Dans le Nouveau, cette Parole s’incarne, elle se fait Corps livré et Sang répandu pour notre salut, elle se donne en nourriture et en breuvage pour ne faire plus qu’un avec nous, dans une union plus intime qu’aucune autre union humaine. Mystère aussi prodigieux qu’il est ordinaire et quotidien, offert à tous.

5. «  Je suis la vigne  ; vous, les sarments.  » Jésus pousse l’allégorie  : quand le père de famille a taillé sa vigne sans merci, ne laissant que deux œilletons aux sarments vifs, et retranchant les rameaux morts, la vigne prospère. Jésus est à lui seul toute la vigne, même si elle doit se développer en une treille luxuriante. Il voit dans ses Apôtres, les “ Douze ”, les futurs fondateurs qui vont se partager le monde  : après avoir été les sarments de ce cep qu’il était lui-même au soir de sa Passion, et encore au midi de son Ascension, ils seront à leur tour des ceps dont les prêtres seront les sarments, dans cette immense vigne du Père, qui doit provigner jusqu’aux extrémités de la terre.

«  Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit.  » Tout évêque est un cep de cette vigne, hors de laquelle il n’y a point de salut. Du moment qu’il demeure en cette vigne, il demeure en Jésus et Jésus en lui. Alors son sacerdoce fructifie, convertissant et sanctifiant les âmes, ranimant les exténuées, ramenant les égarées, enthousiasmant les tièdes par la Grâce jaillie du Divin Cœur de Jésus, répandue par les mains maternelles de l’Immaculée.

«  Car hors de moi vous ne pouvez rien faire.  » Cette parole justifie toutes les batailles de l’Église contre les faux frères, les schismatiques, les hérétiques, les apostats, les pécheurs publics obstinés.

6. «  Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche  ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent.  » Comment dire plus clairement que le schisme mène en Enfer  ? Effroyable malédiction, terrible à entendre, propre à nous en faire fuir jusqu’à l’ombre d’une apparence  !

7. «  Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et vous l’aurez.  » Heureuses bénédictions, merveilleuses à entendre  ! «  Mes paroles  » désignent ses discours et ses miracles, mais aussi les paroles de la consécration par lesquelles le pain et le vin sont transsubstantiés, changés en Corps et Sang de Jésus par un prêtre légitime, dans la Communion de l’Église catholique romaine. Celui qui demeure dans le Corps mystique du Christ reçoit de Lui ce baiser nuptial de l’Eucharistie par lequel Il vient en tous pour être le Pain qui les nourrit, le Vin qui les enivre et les féconde.

8. «  C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples.  » Jésus prononce le mot «  fruit  » pour la septième fois  ; chiffre parfait. Le fruit de la communion est cette fécondité qui fait, de chacun des Apôtres, d’autres Christs.

LA JOIE, FRUIT DE L’AMOUR

9. «  Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés.  » Sur ce verset, l’abbé de Nantes est intarissable. «  Pesez, mes fils, pesez que c’est que cet amour du Père qui va à son Fils éternel, Bien Aimé, son Verbe, sa Parole, son Image éternelle. L’amour qui coule du Père dans le Fils, comme un torrent, de Cœur à Cœur, cet amour coule du Cœur sacré de Jésus et de Marie dans nos cœurs.  »

«  Demeurez en mon amour.  » Cet amour répandu dans les cœurs comme la sève monte dans la vigne, c’est l’Esprit-Saint, dont l’effusion produit la vie et la joie.

10. «  Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure en son amour.  » Ce ne sont plus les commandements sévères lancés parmi les éclairs, du haut du Sinaï. Ce sont les commandements que le Cœur de Jésus entend en lui-même, venant de son Père, que nous entendons à notre tour de la divine bouche de Jésus.

11. «  Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète.  » Rien ne cause en effet autant de joie que d’être aimé. La joie de Jésus, c’est la joie de son Cœur au jour de ses épousailles (Ct 3, 11), à laquelle il avait déjà associé Jean-Baptiste, par avance, simplement en lui faisant entendre le son de sa voix (Jn 3, 29).

12. «  Voici quel est mon commandement (entolè) …  » – il faudrait plutôt dire  : ce que je vous recommande – «  … vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. Nul n’a plus grand amour que celui qui livre sa vie pour ses amis.  » Là encore, Jésus parle d’expérience puisque, peu de temps auparavant, il mourait pour eux sur la Croix. Ces paroles supposent en effet la circonstance de l’Ascension  ; elles n’ont pas leur place à la veille de la Passion et du reniement des Apôtres. Après quarante jours, pendant lesquels Jésus les a retrouvés et ramenés à Lui, ils goûtent l’intimité d’un ultime repas terrestre, avant son retour à la fin des temps.

14. «  Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande.  » Le Père Lagrange commente prosaïquement  : «  Au moment même où Jésus appelle ses disciples ses amis, il rappelle son droit de leur commander, et c’est même parce qu’ils obéissent qu’ils sont ses amis, puisque c’est à cette condition qu’ils demeurent dans son amour. Henri IV écrivait à Sully  : “ Mon ami, continuez à me bien servir. ” 9 Lagrange, op. cit., p. 407.   » Quelle incongruité qu’un tel rapprochement  ! Saint Jacques, dans son Épître, en suggère un autre qui s’impose  : «  Abraham eut foi en Dieu, et ce lui fut compté comme justice  ; et il fut appelé ami de Dieu.  » (Jc 2, 23; cf. Is 41, 8) Par cette déclaration de Jésus, les voilà confirmés vrais fils d’Abraham, libres et non pas esclaves, à la différence des juifs qui n’ont pas voulu suivre Jésus (8, 33-39).

15. «  Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître  ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.  » Le commentaire de l’abbé de Nantes est d’une autre profondeur que celui du P. Lagrange  : «  Vous êtes maintenant mes amis à cause même de cet acte d’amour prodigieux par lequel je vous ai comme épousés  », en donnant ma vie pour vous, selon la volonté de mon Père.

16. «  Ce n’est pas vous qui m’avez choisi  ; mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne.  »

C’est sans doute pour avoir entendu une voix lui murmurer cette parole, deux jours avant son ordination, que notre Père a pris en horreur pour toute sa vie la moindre apparence de schisme. C’était en 1948  : «  Ne me demandez rien sur ces grands jours de cette unique Semaine sainte. Le Jeudi saint, j’étais un enfant qu’enivraient d’étonnantes promesses. Et je ne pouvais douter dans ma joie de Qui était cette voix qui me parlait au cœur, cette voix qui me faisait entendre amoureusement ce que je lisais dans le chapitre 15 de saint Jean… 10 CRC n° 6, mars 1968, p. 18; cf. Lettre à mes amis no 31, du 27 mars 1958.   »

Cinquante ans après, la leçon est toujours aussi vive. Un certain dimanche de Pâques, en la chapelle de notre maison Saint-Joseph, il nous commentait encore une fois ce chapitre de saint Jean. Parvenu au verset  : «  Ce n’est pas vous qui m’avez choisi  », il s’écria  :

«  Voilà une parole qui condamne l’orgueil insensé des schismatiques. Comment un jeune freluquet de vingt à vingt-cinq ans peut-il monter à l’autel pour sa première messe, quand il a été ordonné contre la volonté formelle du Pape  ? Je sais ce que c’est que de monter à l’autel pour la première fois. La première messe d’un jeune prêtre est concélébrée avec l’évêque du diocèse auquel il appartient, où il est incardiné, “ planté ”. À faire les mêmes gestes, à dire les mêmes paroles, à l’ombre de son autorité paternelle, le nouveau prêtre a moins d’hésitation à croire que la consécration est faite, puisque sa voix est mêlée à celle de l’évêque.

«  Le lendemain, il se retrouve dans son village où il a fait cent sottises, où il est tenu pour un rien du tout. Les bonnes gens de la paroisse viennent et il monte à l’autel. Pourquoi  ? Parce que l’évêque l’a ordonné la veille. Mais si c’est un évêque de je ne sais où, consacré par je ne sais qui, il sait bien que cette ordination est une faute. Et il ose monter à l’autel et prononcer les paroles de la consécration  ? Mais c’est un péché mortel  ! Ah, voilà le malheur.  »

Quiconque voudra entendre cette leçon salutaire n’aura qu’à nous en demander l’enregistrement 11 Oraison du dimanche de Pâques 16 avril 1995, La Parabole de la Vigne, sur cassette audio (Logia 20/95).. La suite n’est pas moins véhémente contre l’hérésie de «  qui n’y croit pas et a passé son séminaire dans l’hypocrisie, sans dire qu’il ne croyait pas à la divinité de Jésus-Christ, ou qu’il pensait que le pain reste du pain, que le vin reste du vin, et que la communion n’est qu’un symbole. Celui-là aussi commet un péché mortel le jour de sa première messe et de toutes les autres qui suivent.  »

Tandis que ceux que le Christ a choisis pour les constituer en dignité au sein de son Église, pour les charger d’une mission, commencent par s’aimer entre eux  :

17. «  Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.  » Telle est la loi du Christ.

LA HAINE DU MONDE ENNEMI ET PERSÉCUTEUR

18. «  Si le monde (ho kosmos)vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous.  » Jésus a été traité d’imposteur, de possédé (8, 48), de blasphémateur (10, 33), et finalement condamné par Anne, Caïphe, Hérode et Ponce Pilate, tous ligués pour le livrer à la mort infamante de la Croix.

19. «  Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien  ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait. Rappelez-vous la parole que je vous ai dite  : Le serviteur n’est pas plus grand que son maître.  »

Confirmation remarquable de l’hypothèse qui nous a conduits à distinguer deux discours. Cette parole se trouve en effet au chapitre 13, verset 16, dans le premier discours prononcé quarante jours plus tôt, avant de souffrir. Jésus voulait alors prévenir les Apôtres, afin que Pierre ne fût pas étonné d’être objet de haine dans la cour du grand prêtre au moment même où son Seigneur serait lui-même objet de haine et de mépris à l’intérieur du palais. Saint Pierre n’avait pas compris. Mais ici, quarante jours plus tard, Jésus le redit pour l’avenir, sûr d’être compris  :

«  S’ils m’ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront  ; s’ils ont gardé ma parole, la vôtre aussi ils la garderont.  » Jésus avertit les disciples que cette coalition des autorités juives et païennes contre Lui ne cessera de les combattre jusqu’à la fin des siècles.

21. «  Mais tout cela, ils le feront contre vous à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé.  » C’est donc le même procès, «  devenu le procès le plus considérable de l’Histoire des hommes, que le Monde jusqu’à la fin des siècles ne cessera de rouvrir et de conduire à la même sentence de condamnation de Jésus-Christ et des siens confondus justement avec Lui  » 12 G. de Nantes, CRC n° 269, décembre 1990, p. 5 (Bible, Archéologie, Histoire, tome II, p. 135). .

22. «  Si je n’étais pas venu et ne leur avais pas parlé, ils n’auraient pas de péché  ; mais maintenant ils n’ont pas d’excuse à leur péché.  » Pour avoir rejeté le seul et unique Sauveur, objet de la millénaire espérance d’Israël, «  qui enlève le péché du monde  » (1, 29), Jésus avait déjà averti les juifs au temps de sa vie mortelle  : «  Vous mourrez dans votre péché.  » (8, 21)

23. «  Qui me hait, hait aussi mon Père.  » Les disciples en savent la raison pour avoir entendu Jésus la proclamer publiquement au péril de sa vie  : «  Moi et le Père nous sommes un.  » (10, 30) Aux juifs qui saisissaient déjà des pierres, Jésus demandait sereinement pour laquelle de ses «  bonnes œuvres  » ils voulaient le lapider. Il répète ici l’argument, dans l’intimité de ce dernier entretien, pour affermir la foi de ses disciples  :

24. «  Si je n’avais pas fait parmi eux les œuvres que nul autre n’a faites, ils n’auraient pas de péché  ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, et moi et mon Père.  » On ne peut mieux dire que c’est en pleine connaissance de cause, en pleine lumière, qu’ils ont mis Jésus à mort  : ils ont vu sa Gloire comme celle qu’un Fils unique tient de son Père (1, 14), et ils l’ont rejeté  ! Mystère d’iniquité dont Jésus leur dévoile enfin toute la profondeur  :

25. «  Mais c’est pour que s’accomplisse la parole écrite dans leur Loi  : Ils m’ont haï sans raison.  » La citation est extraite des Psaumes annonçant les souffrances du Messie (Ps 35, 19; 69, 5) en butte à une haine diabolique, ayant pour objet Dieu lui-même et son Christ.

TROISIÈME PROMESSE  : L’ESPRIT DE VÉRITÉ

26. «  Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage.  » Nous avons déjà cité le passage de la Règle de la Communauté attestant que les meilleurs, en Israël, attendaient que jaillisse l’Esprit de vérité «  comme de l’eau lustrale  », sachant que «  c’est à l’Esprit de vérité qu’il appartient d’illuminer le cœur de l’homme  » (1QS 4, 2) 13 Cité in CRC n° 345, avril 1998, p. 12, infra, p. 130 . Le rôle de l’Esprit, dans le grand procès qui continuera d’opposer «  le monde  » aux disciples de Jésus après le départ de celui-ci pour le Ciel, consistera à prendre la défense de Jésus, comme un avocat, jusque dans le cœur des disciples, et à rendre inébranlable leur conviction intime.

27. «  Mais vous aussi, vous témoignerez, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement.  » Ainsi affermis au fond de l’âme, les disciples, témoins oculaires de toute la vie publique de Jésus, seront rendus infaillibles et indéfectibles (privilèges intransmissibles des seuls Apôtres, les “ Douze ”) pour affirmer la vérité, eux qui doutaient et reniaient le Christ quarante jours auparavant.

CHAPITRE XVI

1. «  Je vous ai dit cela pour vous éviter le scandale. On vous exclura des synagogues.  » Déjà, au temps de sa vie mortelle, «  les juifs étaient convenus que, si quelqu’un reconnaissait Jésus pour le Christ, il serait exclu de la synagogue  » (Jn 9, 22). C’est ainsi qu’ils jetèrent dehors l’aveugle-né guéri par Jésus (9, 31).

«  Bien plus, l’heure vient où quiconque vous tuera pensera rendre un culte à Dieu.  » Tel fut déjà le zèle de Caïphe complotant la mort de Jésus, au lendemain de la résurrection de Lazare (11, 47-53). Jésus prophétise la persécution par laquelle les juifs tenteront d’anéantir l’Église, dès le lendemain de la Pentecôte. Tous les auteurs, depuis le Père de La Potterie jusqu’aux “ vingt-sept ” de l’émissionCorpus Christi, affirment que Jean écritex eventu, c’est-à-dire à la fin du premier siècle, après les événements. Ils font donc de Jean un menteur lorsqu’il prête à Jésus cette prophétie  !

3. «  Et cela, ils le feront pour n’avoir reconnu ni le Père ni moi.  » Plus encore qu’aux juifs persécuteurs de la communauté chrétienne primitive, cette parole s’applique à la lettre aux exégètes modernistes, fussent-ils jésuites, comme le Père de La Potterie, ou dominicains, comme le Père Boismard, qui ne croient pas Jésus capable de prophétiser  !

4. «  Mais je vous ai dit cela, pour qu’une fois leur heure venue, vous vous rappeliez que je vous l’ai dit.  » Il l’a donc bien dit, et c’est le souvenir de cette prophétie qui a soutenu leur courage dans les persécutions et qui soutient le nôtre…

«  Je ne vous ai pas dit cela dès le commencement, parce que j’étais avec vous.  » Jésus met donc les bouchées doubles  : il dit tout, avant de partir.

5. «  Mais maintenant je m’en vais vers celui qui m’a envoyé et aucun de vous ne me demande  : “ Où vas-tu  ? ”  » Nouvelle preuve que nous sommes dans un discours d’Ascension, différent de celui de la veille de la Passion, où Simon-Pierre posa précisément cette question (13, 36). Jésus va les quitter de nouveau. Est-ce pour mourir encore une fois  ? Ils se le demandent peut-être, mais n’osent plus poser de questions, après la réponse faite à Thomas tout à l’heure (14, 5). Petit coup d’œil en direction de Pierre…

6. «  Mais parce que je vous ai dit cela, la tristesse remplit vos cœurs.  » Comme lors de la dernière Cène.

QUATRIÈME PROMESSE  : LA DIVINE CONSOLATION

7. «  Cependant je vous dis la vérité  : c’est votre intérêt que je parte  ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous  ; mais si je pars, je vous l’enverrai.  »Tant que Jésus est là parmi eux, ils ont le regard et le cœur centrés sur Lui, et l’ «  autre Paraclet  » (14, 16) ferait double emploi avec le premier qui est Jésus lui-même. Il faut que l’un succède à l’autre pour plaider leur cause commune  :

8. «  Et lui, une fois venu, il établira la culpabilité du monde en fait de péché, en fait de justice et en fait de jugement.  » Annie Jaubert traduit  : «  Il confondra le monde  », et elle explique  : «  Le verbe grec estelenchô, qui signifie “ convaincre d’un tort ”, d’où “ accuser ”, “ réfuter ”. Le monde est en effet mis en accusation par l’Esprit. Il est possible de traduire  : “ convaincre le monde ” au sens de “ vaincre victorieusement en retournant l’adversaire ”, si l’on entend que le monde est réfuté à l’intérieur de la conscience des disciples. 14 A. Jaubert, Approches, p. 107.  »

Il ne s’agit donc pas de condamnation publique et universelle, de jugement dernier, mais d’avènement du Paraclet dans les âmes. L’Esprit-Saint ne paraîtra pas sur les places publiques, prêchant au Temple et dans les synagogues, comme avait fait Jésus. Il habite déjà sa Sainte Colombe depuis le commencement (Lc 1, 35), mais il va aussi venir dans le cœur des enfants de Marie pour s’y dresser en procureur contre les méchants. «  Le rôle de l’Esprit, écrit Annie Jaubert, est donc de démontrer dans les cœurs que la cause de Jésus était juste. Il est l’avocat ou le défenseur du Christ dans la conscience des disciples (l’on peut en dériver le sens de consolateur). C’est lui qui réfute les arguments du monde en matière de péché, de justice et de jugement. 15 Ibid., p. 108.  »

9. «  De péché, parce qu’ils ne croient pas en moi.  » Jésus pouvait dire aux juifs que leur péché était de ne pas croire en Lui, la lumière du monde (8, 12), et qu’il n’y aurait pas de rémission pour ce péché-là (8, 21.24.46). Il vient de répéter aux Apôtres que cette incrédulité n’avait pas d’excuse (15, 22). Que dirons-nous de notre génération apostate qui, après deux mille ans de christianisme, confond Jésus-Christ avec Bouddha, avec Mahomet, avec le Grand Esprit des Indiens américains  ? Pourtant, aujourd’hui encore, le Paraclet met au cœur de ses fidèles une fermeté d’acier pour dénoncer ce péché d’apostasie et garder une foi inébranlable à Jésus-Christ, seul Sauveur du monde.

10. «  De justice, parce que je vais vers le Père et que vous ne me verrez plus.  » Au péché des impies répond la justice de l’Innocent que le Père va rendre manifeste en le glorifiant dans un instant par une Ascension prodigieuse, après l’avoir ressuscité d’entre les morts. Les Apôtres vont le voir monter au Ciel, puis ils ne le verront plus. Mais le Paraclet gardera inébranlable dans leur cœur la conviction absolue du bon droit de Jésus-Christ. Aujourd’hui encore, nous en sommes absolument sûrs  : les impies qui s’opposent à Jésus-Christ et à son Église sont dans le péché. Notre Père en faisait naguère la démonstration devant le Tribunal de grande instance de Troyes, contre Me Jacques Isorni  : «  La culpabilité permanente des juifs est certaine, contre l’innocence de Jésus qu’ils bafouent et la vérité de l’Église qu’ils persécutent. 16 La Passion de Jésus, CRC n° 70, juillet 1973, p. 3-14; cf. CRC no 88, janvier 1975, p. 3-14.   »

Remarquons que n’est pas moindre la culpabilité des chrétiens qui nient aujourd’hui la Résurrection et l’Ascension physique de Jésus dans le Ciel. Le Paraclet convainc de péché les uns et les autres, juifs endurcis et chrétiens apostats, et les appelle à se tourner vers le Juste et sa divine Mère, l’un et l’autre assis à la droite du Père dans le Ciel, afin d’être tous sauvés.

11. «  De jugement, parce que le Prince de ce monde est jugé.  » Un seul est damné sans retour, c’est le Diable  : «  Jeté dehors  », disait déjà Jésus, la veille de sa Passion (12, 31).

CINQUIÈME PROMESSE  : L’ESPRIT-SAINT RENOUVELLERA TOUTES CHOSES

12. «  J’ai encore beaucoup à vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter à présent.  » Jésus vient pourtant de leur dire  : «  Tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.  » (15, 15) Le seul fait de cette apparente contradiction montre bien que saint Jean rapporte les paroles de Jésus telles qu’il les a entendues de lui, sans souci d’harmonisation. Jésus poursuit  :

13. «  Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière  ; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir.  »

Pour nous qui avons en main l’ensemble du Nouveau Testament, et en recevons l’exégèse de la Sainte Église notre Mère, nous mesurons toute la distance que les Apôtres auront encore à parcourir entre les ultimes confidences du Fils de Dieu à ses «  amis  » (15, 15), à ses «  frères  » (20, 17), sur son Père, au moment de remonter auprès de lui, et «  les choses à venir  » dévoilées, par exemple, dans les lettres de saint Jean et le livre de l’Apocalypse, mais aussi dans les Épîtres des saints Pierre, Paul, Jacques, Jude. Ce ne seront pas choses nouvelles, indépendantes de la parole du Christ, encore moins en contradiction avec elle. Qu’est-ce que «  la vérité  »  ? Nous le savons maintenant  : c’est Jésus, et lui seul (14, 4). «  L’Esprit de vérité  » est donc son Esprit. Et «  la vérité tout entière  », c’est la clarté de l’intelligence et le feu d’amour qui embrasse tout Jésus, Dieu fait homme, avec sa Chair et son Sang, en même temps que son âme et son esprit  : c’est l’Esprit du Christ, qui coule du cep dans le sarment pour lui donner vie et fécondité. Voilà ce que Jésus promet à ses Apôtres. L’irruption du Saint-Esprit leur donnera une fécondité extraordinaire, miraculeuse, en paroles et en gestes. Les récits du livre des Actes des Apôtres sont là pour attester que la promesse a été tenue, au-delà de toute espérance  !

14. «  Lui me glorifiera, car c’est du mien qu’il recevra et il vous le dévoilera.  » Comment ne pas songer, ici, à tout ce que la Vierge Marie, Sainte Colombe de ce Divin Paraclet, dévoilera à saint Jean sur les événements merveilleux qui entourèrent la Conception virginale de l’Enfant-Jésus et sa Nativité  ? Il est aisé de reconnaître la main de saint Jean dans le récit qu’en fait saint Luc au début de son Évangile (Lc 1-2).

Il y a plus. Le Père de La Potterie se donne beaucoup de mal pour «  freiner  », comme dit notre Père, afin de résister à ceux qui «  accélèrent  » en prétendant que le Saint-Esprit ajoutera des révélations nouvelles à celles de Jésus. Pourtant, Jésus annonce bien que l’Esprit de vérité «  parlera  » (verset 13). Après plus de quarante pages de savantes considérations philologiques sur les verbes lalein, “ parler ”, et anangellein, “ dévoiler ”, en bon jésuite, professeur à la Grégorienne, donc à l’ombre de Saint-Pierre, soucieux de ne pas prêter appui aux “ révélations privées ”, le Père de La Potterie écrit  : «  On peut donc dire, en un certain sens, que c’est Jésus lui-même qui continuera à “ parler ” aux disciples  ; mais il le fera désormais d’une manière nouvelle et intérieure, par l’Esprit. 17 Ignace de La Potterie, s.j., La vérité dans saint Jean, Rome 1977, t. I, p. 444.  » Ce qui le conduit à conclure que «  c’est à bon droit que Loisy écrivait en commentant ce passage  : “ Ainsi est établi le principe du mouvement, du développement, du progrès dans la vie et la doctrine de l’Église. ” Cette loi du développement, cette vie de l’Église en marche vers l’eschatologie finale et la plénitude de la vérité, a été excellemment décrite au IIe Concile du Vatican  ». Et de citer la Constitution Dei Verbum, n° 8. 18

Ibid., p. 466.Cet appel à l’autorité (  !) de Loisy, le moderniste condamné et excommunié par saint Pie X , conjuguée à celle du Concile Vatican II (  ?), nous avertit que les mille pages du Père de La Potterie passent à côté du “ secret ” de La vérité dans saint Jean  ! exactement comme le Concile est passé à côté du “ secret ” de Fatima.

Car il y a un “ secret ”  ! Comme à Fatima… Et ce rapprochement nous est un trait de lumière pour éviter le «  double écueil  » signalé par le Père de La Potterie  : «  celui de majorer le rôle de l’Esprit jusqu’à en faire un révélateur indépendant de Jésus, et celui de réduire à tel point son action qu’en pratique elle semble inexistante  » 19 Ibid., p. 424. . S’il n’a pas lui-même évité cet écueil, c’est sans doute pour n’avoir pas été assez attentif à la traduction grecque du livre de Daniel, où le verbe anangellô signifie “ révéler ”, “ faire connaître ” un secret, particulièrement dans le chapitre deuxième, où Daniel engage ses compagnons à «  implorer la miséricorde du Dieu du Ciel au sujet de ce secret  » (Dn 2, 18), caché dans le songe de Nabuchodonosor. Il faudrait faire un livre sur cette notion de “ secret ” qui traverse toute l’histoire du salut, depuis le mot raz, “ secret ”, d’origine perse, propre à Daniel dans la Bible, que l’on retrouve au centre du “ Moyen Testament ” dans les textes de Qumrân, en attente de l’accomplissement du «  mystère  », musterion (Rm 16, 25), jusqu’au «  secret  » de Notre-Dame de la Salette et de Notre-Dame de Fatima.

Car le “ secret ” de l’Évangile de saint Jean est là. Pour «  l’introduire dans la vérité tout entière  », pour lui «  dévoiler les choses à venir  » (16, 13), l’apôtre Jean a bénéficié d’une assistance toute particulière du «  Paraclet  » en la personne de la Vierge Marie, que Jean prit chez lui après que Jésus la lui eut donnée pour Mère (19, 26-27). Ce “ secret ”, caché aux sages et aux savants, révélé aux petits (Mt 11, 25), le fut d’abord à Marie et à Joseph lorsqu’ils découvrirent l’Enfant au Temple, au milieu des docteurs, après trois jours de recherche angoissée  : «  À sa vue, ils furent saisis d’émotion, et sa mère lui dit  : “ Mon enfant, pourquoi nous avez-vous fait cela  ? Voyez  ! Votre père et moi, nous vous cherchons, angoissés. ”Et il leur dit  : “ Pourquoi donc me cherchiez-vous  ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père  ? ”Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire.  » (Lc 2, 48-50)

C’est la seule parole du Fils unique de Marie qui nous soit parvenue d’avant sa prédication publique. Ses parents n’en comprirent pas tout de suite la signification  ; non pas qu’ils aient ignoré l’origine divine de cet enfant du miracle, à eux révélée par les Annonces faites à Marie (Lc 1, 26-38) et à Joseph (Mt 1, 18-25). Mais la réponse de l’Enfant-Jésus à sa Mère inaugurait les révélations qu’il leur ferait sur l’inhabitation du Fils dans le sein du Père  ; et sa disparition, sa “ fugue ” de trois jours, était l’annonce prophétique de la douloureuse passion qu’il lui faudrait endurer, de sa mort sur la croix, et de sa résurrection «  le troisième jour  ».

«  Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth  ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur.  » (Lc 2, 51) Que sont donc «  ces choses  », sinon que son Enfant était tout à Dieu son unique Père, tout épris de Lui et sans cesse retiré en son sein, n’ayant d’autre pensée que de lui obéir, de lui plaire  ; qu’il était en son Père, et son Père en Lui  ; qu’il venait du Ciel et y retournerait, car son Père et Lui ne sont qu’Un. Bref  : tout l’Évangile de saint Jean s’explique évidemment par ce colloque incessant entre la Mère, porte-parole du Divin Paraclet dont Elle est le Temple (Lc 1, 35), et le fils adoptif.

15. «  Tout ce qu’a le Père est à moi. Voilà pourquoi j’ai dit que c’est du mien qu’il reçoit et qu’il vous le dévoilera.  » Divine humilité d’un Fils de Dieu fait homme, attentif, au moment de son exaltation, à rapporter toute la gloire à son Père. Jésus parle du «  sien  », comme naguère il parlait de «  sa  » doctrine (7, 16). Mais qu’on le comprenne bien  : tout vient du Père  !

28. «  Je suis sorti d’auprès du Père et venu dans le monde. À présent je quitte le monde et je vais vers le Père.  » C’est la conclusion de ce discours d’Ascension. Peut-être Jésus a-t-il ajouté  : «  Levez-vous  ! Partons d’ici  !  » (14, 31) Et ils ont quitté cette salle où ils avaient, quarante jours plus tôt, été rassemblés dans la tristesse, d’où ils étaient descendus vers le torrent du Cédron pour entrer dans le jardin de l’agonie et de l’arrestation de Jésus. Ils ont repris le même chemin, mais pour traverser le torrent et gravir le versant opposé, jusqu’au sommet du mont des Oliviers. C’est de là que Jésus va remonter vers son Père, comme il vient de l’annoncer.

Bien prévenus et armés de l’espérance que le Saint-Esprit va leur être donné pour les aider à se remémorer et à pénétrer à fond son message  ; sûrs que cet Esprit d’amour du Père et du Fils, et d’amour mutuel, fraternel, leur fera produire des fruits en abondance  ; avertis des persécutions qu’ils auront à subir de la part du monde, ils se sentent encore démunis de toute assurance pour le convaincre de son péché, et de la justice de Jésus-Christ.

Le monde reste «  incapable d’accueillir l’Esprit, car il ne le voit ni ne le connaît  » (14, 17), et celui qui en est le Prince, menteur et homicide depuis les origines (8, 44), demeure invinciblement hostile à Jésus-Christ. Mais il est jugé et condamné (16, 11). Contrairement à ce qu’affirment maints auteurs, ce n’est pas là une vue dualiste, puisque Dieu est vainqueur. Bientôt, le monde connaîtra que Jésus-Christ est le Juste par excellence (Ac 3, 14) qui triomphe de Satan par sa Croix. L’Esprit-Saint va renouveler toutes choses d’une manière admirable.

Extrait de la CRC n° 348 de juillet-août 1998,
et de Bible, Archéologie, Histoire, tome 3, p. 50-55

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