La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Psaume huitième
« Gloire et splendeur »… à Jésus seul !

  1. Au maître de chant, sur la guitare.
    Psaume à David.
  2. Yahweh Notre-Seigneur, que votre Nom est magnifique par toute la terre, elle qui célèbre votre majesté plus que les cieux
  3. par la bouche des enfants et des nourrissons  ! Vous avez fondé une forteresse contre vos adversaires, pour tenir en repos celui qui a de la haine et celui qui exerce la vengeance  !
  4. À voir votre Ciel, ouvrage de vos doigts, la lune et les étoiles que vous fixâtes,
  5. qu’est donc Ènôsh pour que vous vous souveniez de lui  ? et le fils d’Adam pour que vous le visitiez  ?
  6. En effet vous le privez un moment d’Élohim, mais de gloire et de splendeur vous le couronnerez.
  7. Vous l’établirez sur l’ouvrage de vos mains  ; vous avez tout placé sous ses pieds  :
  8. brebis et bœufs tous ensemble, et jusqu’aux bêtes des champs,
  9. oiseau des cieux et poissons de la mer parcourant les sentiers des eaux.
  10. Yahweh Notre-Seigneur, que votre Nom est magnifique par toute la terre  !
*
* *

L‘INVOCATION «  Yahweh Notre-Seigneur   » (v. 2 et 10) ne se rencontrant qu’une seule autre fois dans la Bible, dans le livre de Néhémie, elle date le psaume de l’époque perse, du temps où Néhémie reconstruisait les murs de Jérusalem (445 av. J.-C.).

C’est «  par toute la terre  », entendez la Terre sainte, que le Nom de Yahweh est magnifié «  par la bouche des enfants et des nourrissons  » (v. 3). Le scribe inspiré n’hésite pas à affirmer que «  la terre  », par la bouche de ces innocents, célèbre la majesté de Yahweh «  plus que les cieux  ». En effet, le Ciel «  n’est pas pur à ses yeux  » (Jb 15, 15), si on le compare à l’innocence des enfants. Allusion à la chute des anges (cf. Jb 4, 18; Is 24, 21), qui sera clairement révélée par saint Jean dans l’Apocalypse (Ap 12, 7-9).

Au verset 3, ce combat des origines descend sur la «  terre  ». La «  forteresse  » fondée par «  Yahweh Notre-Seigneur   » contre ses «  adversaires  », c’est Jérusalem, la «  ville forteresse  » ( Is 26, 1), bâtie sur «  une pierre témoin, angulaire, précieuse, fondamentale  », posée à Sion par «  le Seigneur Yahweh  » lui-même ( Is 28, 16). C’est elle que chante un autre poème d’inspiration semblable au psaume 8  : «  Yahweh, dans ta faveur tu as fixé sur ma montagne une forteresse.  » ( Ps 30, 8)

Pour comprendre l’accent de ces versets, il faut se représenter la situation des juifs à Jérusalem, en 445, cent ans après le retour de l’exil de Babylone. Une première tentative de reconstruction des murailles s’était heurtée à l’opposition des Samaritains qui avaient obtenu de l’administration perse l’arrêt des travaux (Esd 4, 7-23; Né 1, 3). Mais Néhémie, fonctionnaire du palais royal de Suse, obtint d’Artaxerxès une mission officielle. Grâce au crédit personnel dont il jouissait auprès du Grand-Roi, il put reconstruire les murs de Jérusalem, en dépit des intrigues des «  adversaires  » qui ne respiraient que «  haine  » et «  vengeance  » (cf. Né 3, 33 – 4, 17).

De cette querelle soutenue par une poignée de “ yahwistes ” en Judée, minuscule province de l’immense empire perse, le psalmiste s’élève à la considération de l’univers. Dans cette perspective cosmique, la «  haine  » qui anime les Samaritains contre les exilés de retour à Jérusalem n’est qu’une manifestation de la haine éternelle que Yahweh Dieu a établie aux origines entre le serpent et son “ engeance ”, d’une part, et la femme et son «  lignage  », d’autre part  : «  J’établirai une haine entre toi et la femme.  » (Gn 3, 15)

ÈNÔSH, FILS DE SETH, FILS D’ADAM

Les exégètes interprètent le verset 4 comme une «  contemplation nocturne  » du ciel étoilé (Jacquet). Mais les astres sont ici, comme déjà «  les cieux  » du verset 2, l’allégorie des anges tombés. La pensée du psalmiste suit le même cours que le livre de Job  : «  Si la lune même est sans éclat, et si les étoiles ne sont pas pures à ses yeux, combien moins un homme (ènôsh), cette vermine, et un fils d’Adam, ce vermisseau  !  » (Jb 25, 5-6)

Au verset 5, nous avons traduitènôsh par un nom propre  : Ènôsh, bien que ce mot soit passé en nom commun pour désigner l’être humain en général. Mais il désigne ici le fils de Seth (Gn 4, 25), ancêtre de tout le genre humain, du moins dans la lignée dépositaire des promesses de salut (Gn 3, 15) par opposition à la descendance maudite de Caïn sur qui pèse la «  vengeance  », précisément (v. 3; cf. Gn 4, 24).

L’auteur a donc voulu citer Ènôsh au centre d’une hymne à la gloire du Nom de Yahweh. Pourquoi  ? Précisément parce que, selon la tradition “ yahwiste ” à laquelle l’auteur appartient, c’est après la naissance de ce patriarche antédiluvien que l’on «  commença à invoquer le nom de Yahweh  » (Gn 4, 26) dont le psalmiste chante la gloire. C’est donc d’Ènôsh qu’est née la race bénie des enfants et des nourrissons par la bouche desquels la terre entière célèbre la majesté de Yahweh mieux que les cieux. C’est à partir de cette race née de la femme qu’il a fondé une «  forteresse  » capable de l’emporter sur l’engeance du diable, Samaritains maudits, race de Caïn qui n’invoque pas le Nom de Yahweh et ne respire que haine et vengeance.

PRIVATION D’ÉLOHIM

Pourtant la descendance d’Ènôsh elle-même remplit la terre de méchanceté et de violence (Gn 6, 5), attirant le châtiment du Déluge, mais aussi bien la mansuétude de Yahweh, décidant «  de ne plus jamais maudire la terre à cause de l’homme ( ‘âdâm), parce que les desseins du cœur de l’homme sont mauvais dès son enfance  » (Gn 8, 21). D’où l’interrogation du psalmiste  : «  Qu’est donc Ènôsh, pour que vous vous souveniez de lui, et le fils d’Adam pour que vous le visitiez  ?  » (v. 5)

Le verbe «  visiter  » désigne une intervention de Dieu pour sauver (Ex 3, 16; Lc 1, 68; 19, 44), succédant à une absence, une “ privation ” que rappelle le verset 6.

Ce verset est continuellement cité à la gloire de l’homme, par exemple dans le Catéchisme de l’Église catholique (cec no 2566). Mais cette utilisation en faveur du «  culte de l’homme  », proclamé par le pape Paul VI au concile Vatican II, repose sur une traduction fautive  : «  À peine le fis-tu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et de splendeur.  » (Bible de Jérusalem)

Les exégètes, tel Louis Jacquet, l’un des meilleurs commentateurs des Psaumes, en concluent à «  la grandeur presque divine de l’homme  ». Aussi, le cri d’admiration qui ouvre le poème (v. 2) lui paraît-il livrer son sens véritable à la fin (v. 10)  : répété comme un refrain, il «  devient l’action de grâces à Yahweh, pour tout ce qu’il a fait de grand en l’Homme et pour l’Homme  ».

En fait, le texte, traduit de l’hébreu, dit tout le contraire  : «  En effet, vous le privez un moment d’Élohim  », wa-tehaseréhû me’at mé-‘èlohîm (v. 6). Tel est le sens assuré du verbe hasér, ici, comme dans le livre de l’Ecclésiaste  : «  Alors, pour qui est-ce que je peine et me prive (mehasér) moi-même de bonheur  ?  » (Qo 4, 8) Cette «  privation  » est le grand châtiment des temps d’apostasie  : «  Oui, je vais regagner ma demeure, jusqu’à ce qu’ils s’avouent coupables et cherchent ma face  » (Os 5, 15), annonçait Yahweh, à la veille de la ruine de Samarie (721 avant Jésus-Christ ).

Quant à l’adverbe me’at, «  peu  », il désigne ici un court laps de temps, comme l’a compris saint Paul  : «  Tu l’as un moment abaissé au-dessous des Anges.  » (Hb 2, 7). Au moment où l’épreuve se prolonge dans les déceptions qui ont suivi le retour d’Exil, ce «  peu  » exprime la foi du psalmiste yahwiste dans la prophétie. Après avoir annoncé la “ privation ” de la présence de Dieu, Osée poursuit en effet  : «  Dans leur détresse, ils me rechercheront. “ Venez, revenons à Yahweh. Il a déchiré, il nous guérira  ; il a frappé, il bandera nos plaies  ; après deux jours il nous rendra la vie, le troisième jour il nous relèvera, et nous vivrons en sa présence ”.  » (Os 5, 15-6, 1-2; cf. Ps 30, 5-6; Is 54, 7-9; 64, 6-7) Le retour d’Élohim en faveur d’Ènôsh est donc certain  : «  vous le couronnerez  », au futur et non pas au parfait. «  De gloire et de splendeur  », attributs royaux et divins (Is 2, 10-19. 21) du Messie à venir, dont Ènôsh est l’ancêtre et la figure.

LE TRIOMPHE DU MESSIE

«  L’ouvrage de vos mains  » (v. 7) n’est pas la première création dont l’homme fut établi roi le sixième jour (Gn 1, 26), comme le répètent à l’envi les exégètes soucieux de «  théologie de la royauté de l’homme sur la création  » (Jacquet). Mais c’est la communauté messianique de la restauration à venir, «  œuvre de mes mains, faite pour être belle  », dit Yahweh ( Is 60, 21; cf. 64, 7; 45, 11; 29, 23). Sur elle régnera «  Ènôsh  » en la personne du Messie dont ce patriarche est l’ancêtre et la figure. Yahweh a promis de faire de ses ennemis «  l’escabeau de ses pieds  » (Ps 110, 1), en accomplissement de l’antique oracle  : «  Il t’écrasera la tête  » (Gn 3, 15). «  Vous avez tout placé sous ses pieds  »  : le parfait prophétique donne comme déjà acquise cette victoire sur le serpent, promise au lignage de la femme dès les origines.

Les versets 8 – 9 énumèrent les sujets du royaume messianique. Les «  brebis  »  : c’est nous, «  nous le peuple de son bercail, brebis de sa main  », rendues enfin dociles (Ps 95, 7; cf. Ez 34; Ps 23, 1-4; 80, 2). Les «  bœufs  », c’est Éphraïm, le royaume du Nord schismatique, adorateur du «  veau  » (Os 8, 5-6; 10, 5), comparé à une génisse rétive (Os 4, 16), à un jeune taureau non dressé (Jr 31, 18), ici à des «  bœufs  ».

«  Brebis et bœufs tous ensemble  », avec un jeu de mots sur le second terme. Il désigne, en hébreu, les «  bœufs  », mais aussi les «  milliers  » ou «  clans  » d’Israël (Nb 1, 16 et passim). Ce troupeau mêlé, de gros et de petit bétail, est l’allégorie de la réunion tant désirée de Samarie et de Juda enfin réconciliés sous la houlette d’un seul pasteur.

«  Et jusqu’aux bêtes des champs  », littéralement  : «  jusqu’aux behémôt des champs  », qui représentent les autres nations, rangées elles aussi sous la domination du Messie (Is 11, 6-8). Mais dans le livre de Job, Behémôt est un monstre, symbole de la puissance du mal que Dieu seul peut maîtriser (Jb 40, 15-24). Un rapprochement s’impose ici avec le serpent des origines, adversaire de Dieu et de l’homme, mis sous les pieds du Messie en vertu de l’antique promesse (Gn 3, 15).

C’est encore à lui que pense le psalmiste au verset 9  : «  oiseau  », au singulier, désigne le «  Serpent fuyard  » (Jb 26, 13), «  dragon volant  » (Is 14, 29), qui hante aussi les cieux  ; et qui habite la mer (Is 27, 1).

CONCLUSION

Psaume à la gloire de l’homme  ? Oui, à condition de préciser  : à la gloire de l’homme Jésus, «  fils d’Ènôsh, fils de Seth, fils d’Adam, fils de Dieu  » (Lc 3, 38).

Jésus s’est appliqué ce psaume à lui-même en réponse aux récriminations des scribes et des princes des prêtres hypocritement scandalisés des acclamations des enfants criant dans le Temple en son honneur  : «  Hosanna au fils de David  !  » (Mt 21, 15-16). Exégèse reprise par saint Paul et pas seulement dans l’Épître aux Hébreux  : «  Il a tout mis sous ses pieds.  » (1 Co 15, 27) Pas un instant l’Apôtre ne songe à la royauté de l’Homme  !

C’est le cri de victoire du disciple du Christ qui dicte aujourd’hui notre espérance inconfusible, paisible et sereine, face aux formidables armées de l’Antichrist, prêtes à la guerre sur terre, sur mer et dans les airs  : «  Il a tout mis sous ses pieds, et il l’a donné pour Chef suprême à l’Église, laquelle est son Corps, la Plénitude de Celui qui remplit tout en tous.  » (Ep 1, 22)

Frère Bruno de Jésus
Il est ressuscité  ! tome 4, n° 28, novembre 2004, p. 31-32

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