La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’Évangile de saint Marc

IV. Jésus en pleine lumière

JÉSUS opère des miracles qui le placent à un degré de puissance qui devrait faire beaucoup réfléchir les Apôtres. Celui de la tempête apaisée trouve son équivalent dans le psaume 107e, aux versets 23 à 32, où il s’agit d’une tempête et de gens qui sont malades dans leur bateau et qui craignent de périr  ; Dieu les délivre de cette tempête et ils rendent grâce à Dieu.

Le récit suivant est un spectacle tout à fait incroyable d’un démoniaque qui va être délivré par Jésus, or, le rapprochement entre l’action de Dieu dans l’Ancien Testament, dans ce fameux psaume 107e, et l’action de Jésus s’impose littéralement.

L’HOMME AVEC UN ESPRIT IMPUR ET LES POURCEAUX

Après avoir été délivré de la possession du démon,

18 l’homme priait Jésus pour rester en sa compagnie. 19 Il ne le lui accorda pas, mais il lui dit  : “ Va chez toi, auprès des tiens, et rapporte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. ” Jésus reprend, là, une parole de psaumes. Continuellement les psaumes remercient le Seigneur d’avoir fait de grandes choses pour l’homme, avec miséricorde. On trouve par exemple cela, précisément dans le psaume 107e, versets 10 à 16.

20 Il s’en alla donc et se mit à proclamer dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui, et tout le monde était dans l’étonnement. Il faut remarquer le parallélisme entre la parole de Jésus et celle de l’homme rapportée par saint Marc. Jésus a remplacé le mot “ Seigneur ”. Le Seigneur dans l’Ancien Testament c’est Dieu, or Jésus fait les mêmes choses que Dieu faisait ou promettait de faire dans le Nouveau Testament et donc Dieu et Jésus c’est le même être. L’un agit aussi bien que l’autre, indistinctement de l’autre. Notre-Seigneur après cette incursion en Transjordanie, revient.

Au verset 21 du chapitre 5e commence la seconde évangélisation de la Galilée. Jusqu’à maintenant, Jésus a attiré l’attention sur la parole et le règne plus que sur lui-même. Il faut accueillir la parole, et le règne de Dieu consiste en cet accueil de la parole. Il est commencé car les démons sont chassés, et les gens ont maintenant en eux une semence qui est la parole et qui va grandir sans même que Jésus soit nécessairement absent ou présent.

Revenant en Galilée après ce passage de l’autre côté de la mer, Jésus va reprendre sa prédication sur un mode nouveau pour prouver qui il est et pour attacher maintenant les gens à sa Personne. Il agit ainsi progressivement. Après avoir joué le rôle d’un prophète qui annonce la parole de Dieu, et le règne de Dieu comme étant venu, il se met lui-même au centre de l’attention et va faire des œuvres qui vont contraindre chacun à se demander  : Qui est-il donc  ? Lors de la tempête apaisée, les apôtres furent saisis d’une grande crainte, d’un respect devant cet être si mystérieux.

GUÉRISON D’UNE FEMME ET RÉSURRECTION DE LA FILLE DE JAÏRE

21 Lorsque Jésus eut traversé à nouveau en barque vers l’autre rive, une foule nombreuse se rassembla autour de lui, et il se tenait au bord de la mer.

22 Arrive alors un des chefs de synagogue, nommé Jaïre, qui, le voyant, tombe à ses pieds 23 et le prie avec instance  : “ Ma petite fille est à toute extrémité, viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. ” Les mains de Jésus guérissaient, étaient pour ainsi dire l’instrument du sacrement, l’instrument du don de Dieu. L’expression  : “ qu’elle soit sauvée et qu’elle vive  ! ” montre qu’il faut dégager l’enfant de l’emprise du mal moral et physique de telle manière qu’elle retrouve la santé.

Jésus guérit l'hémorroïsse24 Il partit avec lui, et une foule nombreuse le suivait, qui le pressait de tous côtés. 25 Or, une femme atteinte d’un flux de sang depuis douze années, 26 qui avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins et avait dépensé tout son avoir sans aucun profit, mais allait plutôt de mal en pis, avait entendu parler de Jésus  ; 27 venant par-derrière dans la foule, elle toucha son manteau. 28 Car elle se disait  : “ Si je touche au moins ses vêtements, je serai sauvée. ” Et aussitôt la source d’où elle perdait le sang fut tarie, et elle était guérie de son infirmité. Et aussitôt Jésus eut conscience de la force qui était sortie de lui 30 et s’étant retourné dans la foule, il disait  : “ Qui a touché mes vêtements  ? ” 31 Ses disciples lui disaient  : “ Tu vois la foule qui te presse de tous côtés, et tu dis  : Qui m’a touché  ? ” 32 Et il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela. […]

33 Alors la femme, craintive et tremblante, sachant bien ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. 34 Et il lui dit  : “ Ma fille, ta foi t’a sauvée  ; va en paix et sois guérie de ton infirmité. ” Si cette femme était repartie comme cela, guérie pour avoir touché le manteau, elle serait restée à un stade très primitif de foi et n’aurait pas eu la sécurité qu’elle cherchait d’être purifiée de ses fautes qui étaient pour elle certainement la cause de son infirmité. Mais Jésus est un guérisseur des âmes. Connaissant les dispositions spirituelles qu’elle manifeste en cachette, à cause de la loi, il lui donne la paix spirituelle et, en conséquence, la guérison de sa maladie en lui disant  : «  Ma fille, ta foi t’a sauvée  ». Il faut d’abord avoir la foi en Jésus. Ensuite il ajoute  : «  va en paix  », c’est la paix de l’âme, puis  : «  sois guérie de ton infirmité  » et c’est la conséquence. Ainsi, en expliquant ce qui vient d’être fait, Notre-Seigneur en fait voir le caractère imminent surnaturel.

35 Tandis qu’il parlait encore, arrivent de chez le chef de synagogue des gens qui disent  : “ Ta fille est morte  ; pourquoi déranges-tu encore le Maître  ? 36 Mais Jésus, qui avait surpris la parole qu’on venait de prononcer, dit au chef de synagogue  : “ Sois sans crainte  ; aie seulement la foi. ” La foi, c’est croire en Jésus, en sa puissance infinie. Et comme l’enfant vient de mourir, le miracle va être plus éclatant pour mettre plus en lumière la puissance infinie du Christ.

37 Et il ne laissa personne l’accompagner, si ce n’est Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques. […]

38 Ils arrivent à la maison du chef de synagogue et il aperçoit du tumulte, des gens qui pleuraient et poussaient de grandes clameurs. 39 Étant entré, il leur dit  : “ Pourquoi ce tumulte et ces pleurs  ? L’enfant n’est pas morte, mais elle dort. ” Elle dort. 40 Et ils se moquaient de lui. Mais les ayant tous mis dehors, il prend avec lui le père et la mère de l’enfant, ainsi que ceux qui l’accompagnaient, et il pénètre là où était l’enfant. 41 Et prenant la main de l’enfant, il lui dit  : “ Talitha koum ”, ce qui se traduit  : “ Fillette, je te le dis, lève-toi  ! Jésus, cette fois encore, prend la main de l’enfant et il lui parle. Il ne fait pas de prière à Dieu, de supplications pour qu’elle guérisse mais lui donne un ordre avec fermeté.

42 Aussitôt la fillette se leva et elle marchait, car elle avait douze ans. Et ils furent saisis aussitôt d’une grande stupeur. 43 Et il leur recommanda vivement que personne ne le sût. C’est ce secret très particulier à l’Évangile de saint Marc. Et il dit de lui donner à manger.

JÉSUS À NAZARETH

6 Étant sorti de là, il se rend dans sa patrie, et ses disciples le suivent. Le sabbat venu, il se mit à enseigner dans la synagogue et le grand nombre en l’entendant étaient frappés et disaient  : “ D’où cela lui vient-il  ? Et qu’est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée et ces grands miracles qui se font par ses mains  ? ” […]

Celui-là n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, Et il y a le o νιoς qui indique bien que c’est l’article défini  : C’est le fils de Marie, elle n’en a pas d’autres. C’est un argument linguistique très fort contre ceux qui prétendent que les autres sont ses frères. Et saint Marc ne parle pas de son père, saint Joseph. Jésus n’a qu’un Père, c’est Dieu. Le frère de Jacques, de Joset, de Jude et de Simon  ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous  ? ” […]

Et ils étaient choqués à son sujet. Et Jésus leur disait  : “ Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, dans sa parenté et dans sa maison. ” […] Jésus a vécu là pendant trente ans et il n’a rien dit, rien fait qui laisse présager sa sagesse supérieure et sa puissance de faire des miracles. Les gens de Nazareth sont vexés parce que, ne comprenant pas, ils n’acceptent pas que Jésus n’ait pas gardé pour eux la révélation de sa force, et qu’il ne les ait pas fait bénéficier de sa puissance.

5 Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n’est qu’il guérit quelques infirmes en leur imposant les mains. Et il s’étonna de leur manque de foi. Jésus ne pouvait accepter de faire des miracles pour des gens qui n’avaient pas la foi. Tout de même, il s’étonna de leur manque de foi, et ce mot “ étonner ” est très fort. C’est une sorte scandale de l’esprit. Comment ces gens ont-ils vécu trente ans avec Jésus et n’ont-ils pas foi en lui  !

ENVOI DES DOUZE EN MISSION

Un nouvel événement va nous montrer que malgré tout le courant est créé, le règne de Dieu est installé sur la terre et c’est en Galilée. Il parcourait les villages à la ronde en enseignant. Donc il a quitté Nazareth et il parcourt Cana et les autres villages environnants. Puis le travail devient si grand que Jésus se tourne vers ses apôtres – Il appelle à lui les Douze – C’est le galop d’essai de l’Église – et il se mit à les envoyer en mission deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs.

Et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route qu’un bâton seulement, ni pain, ni besace, ni menue monnaie pour la ceinture, mais  : “ Allez chaussés de sandales et ne mettez pas deux tuniques. ” 10 Et il leur disait  : “ Où que vous entriez dans une maison, demeurez-y jusqu’à ce que vous partiez de là. 11 Et si un endroit ne vous accueille pas et qu’on ne vous écoute pas, sortez de là et secouez la poussière qui est sous vos pieds, en témoignage contre eux. ” Les apôtres sont envoyés dans un grand état de pauvreté pour prêcher, mais avec cette puissance de chasser les démons là où on les accueillera. C’est cela le règne de Dieu à cette étape de son développement qui est tout à fait première, c’est l’accueil de la parole par les cœurs bien disposés.

12 Étant partis, ils prêchèrent qu’on se repentît  ; 13 et ils chassaient beaucoup de démons et faisaient des onctions d’huile à de nombreux infirmes et les guérissaient. […] Cette petite note, en passant, nous donne une lumière sur la fondation de l’Église dans ses moindres institutions, ici dans l’institution de notre sacrement de l’extrême-onction. Jésus l’a donc créé. Pierre l’a raconté et saint Marc l’a mis par écrit et c’est indiscutablement vrai. […]

RETOUR DES APÔTRES, RETRAITE DE JÉSUS

30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et ils lui rapportèrent tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné.

31 Et il leur dit  : “ Venez vous-mêmes à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. ” Cette petite phrase en passant montre encore le cœur de Jésus. Qu’on ne nous dise pas que le Jésus de l’Évangile est un être sans sentiment, un être sans affection, un être sans psychologie. De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux que les apôtres n’avaient pas même le temps de manger.

32 Ils partirent donc dans la barque vers un lieu désert, à l’écart. 33 Les voyant s’éloigner, beaucoup comprirent, et de toutes les villes on accourut là-bas, à pied, et on les devança. […]

34 En débarquant, il vit une foule nombreuse et il en eut pitié, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger, et il se mit à les enseigner longuement. Là encore, cette parole manifeste le Cœur Sacré de Jésus et nous fait pénétrer dans la réalité des mystères. Ces gens par milliers oubliaient leur travail, sortaient de leurs maisons, et puis couraient comme des fous pour arriver avant la barque. Ils voulaient entendre Jésus parce qu’ils n’avaient pas de pasteur, c’est-à-dire qu’ils mouraient de faim spirituelle. Alors Jésus se remet à parler.

PREMIÈRE MULTIPLICATION DES PAINS

35 L’heure étant déjà très avancée, ses disciples s’approchèrent et lui dirent  : “ L’endroit est désert et l’heure est déjà très avancée  ; 36 renvoie-les afin qu’ils aillent dans les fermes et les villages d’alentour s’acheter de quoi manger. ” 37 Il leur répondit  : “ Donnez-leur vous-mêmes à manger. ” Ils lui disent  : “ Faudra-t-il que nous allions acheter des pains pour deux cents deniers, afin de leur donner à manger  ? ”

38 Il leur dit  : “ Combien de pains avez-vous  ? Allez voir. ” Jésus veut les habituer à passer du vulgaire, du coutumier de la vie au mystère, tandis que lui est toujours dans le mystère, il faudrait qu’ils comprennent cela. S’en étant informés, ils disent  : “ Cinq, et deux poissons. ” 39 Alors il leur ordonna de les faire tous s’étendre par groupes de convives sur l’herbe verte. […]

Multiplication des pains40 Et ils s’allongèrent à terre par carrés de cent et de cinquante. 41 Prenant alors les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel, il bénit et rompit les pains, et il les donnait à ses disciples pour les leur servir. Jésus fait un geste liturgique, et ce texte est le même que celui de la consécration à la messe. Lorsque Pierre racontait la chose, il trouvait à raconter les gestes de Jésus en empruntant les mêmes paroles que l’on répétait fidèlement lors de la Synaxe, lors de la Cène, lors de la messe. Jésus a voulu que ce miracle soit en partie strictement semblable à ce qui va se produire dans l’Eucharistie au sens spirituel mais en partie seulement  ; il y a les deux poissons. Il partagea aussi les deux poissons entre tous.

42 Tous mangèrent et furent rassasiés  ; 43 et l’on emporta les morceaux, douze couffins avec les restes des poissons. 44 Et ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes. Cette foule énorme était pleine d’admiration pour Jésus, avait trouvé en lui son pasteur et, disons tout de suite, son roi. Or cela va déclencher tout d’un coup une crise.

JÉSUS MARCHE SUR LA MER

45 Et aussitôt il obligea ses disciples à monter dans la barque et à prendre les devants vers Bethsaïde, pendant que lui-même renverrait la foule. Le texte précédent est idyllique et merveilleux parce que ce très grand miracle va soulever l’admiration, provoquer la foi. Et puis, tout d’un coup, Jésus change d’humeur. Il disperse ces cinq mille hommes qui ne veulent pas partir, qui veulent l’acclamer comme leur roi. C’est le point de départ de la révolte. Ils sont très matériels, charnels, ils sont pleins de cette attente de ce messie qui doit prendre le gouvernement, la royauté de Juda, chasser les Romains et commencer une ère de prospérité matérielle folle. Et les apôtres eux-mêmes sont tout ivres d’enthousiasme et s’apprêtent à prendre la foule en main. Alors Jésus les chasse.

46 Et quand il les eut congédiés, il s’en alla dans la montagne pour prier. Cette crise va mettre fin à son ministère en Galilée. Des gens le suivaient, Jésus les aimait, était leur Pasteur, leur enseignait la vérité, faisait des miracles pour les conduire par les paraboles à comprendre ce que serait le règne de Dieu, tout à fait autre que ce qu’ils s’imaginaient. Mais les gens voulaient un règne matériel. Jésus est contraint de s’éloigner tout en leur laissant simplement le souvenir de ses enseignements pour leur laisser le temps de réfléchir. Quand il reviendra, ce seront les apôtres qui reviendront pour prêcher la vérité. Et alors là-dessus se passe une scène merveilleuse  :

Jésus marche sur les eaux47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. 48 Les voyant s’épuiser à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. 49 Ceux-ci, le voyant marcher sur la mer, crurent que c’était un fantôme et poussèrent des cris, Jésus qui pèse ses quatre-vingts kilos, marche sur des vagues et puis dans des profondeurs, avec tout le caractère concret de sa corporéité. Les Apôtres en sont troublés. Alors ils croient à un fantôme et poussent des cris  ; 50 car tous le virent et furent troublés. Mais lui aussitôt leur parla et leur dit  : “ Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte. ” 51 Puis il monta auprès d’eux dans la barque et le vent tomba. Et ils étaient intérieurement au comble de la stupeur, 52 car ils n’avaient pas compris le miracle des pains, tant leur esprit était bouché. Les apôtres ne comprenaient rien et Jésus avait bien de la patience de les supporter tels qu’ils étaient  ; et cela va être un thème de saint Pierre. Cela prouve que l’Évangile n’a pas été inventé par eux. […]

GUÉRISONS À GÉNNÉSARET

53 Ayant achevé la traversée, ils touchèrent terre à Gennésaret et accostèrent. 54 Quand ils furent sortis de la barque, aussitôt des gens qui l’avaient reconnu 55 parcoururent toute cette région et se mirent à transporter les malades sur leurs grabats, là où l’on apprenait qu’il était. 56 Et en tout lieu où il pénétrait, villages, villes ou fermes, on mettait les malades sur les places et on le priait de les laisser toucher ne fût-ce que la frange de son manteau, et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés. Mais les ennemis sont là qui veillent. Et cette étape du ministère de Jésus en Galilée va se terminer par un affrontement terrible des pharisiens contre Jésus. Il va nous donner une clarté absolument décisive sur l’opposition de ces deux religions  : celle des pharisiens, – et puis la vraie, celle de Moïse que continue Jésus-Christ.

CONTROVERSE SUR LA TRADITION DES ANCIENS

7 Saint Marc fait une description de tous les usages des pharisiens et rapporte leur question  :

“ Pourquoi tes disciples ne se comportent-ils pas suivant la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures  ? ” Jésus sait déjà qu’il a des gens en face de lui qui complotent sa mort avec les Hérodiens, donc, qui sont dans le mensonge absolu. Il ne les épargne pas et il va leur montrer que toute leur construction repose sur un mensonge phénoménal.

Il leur dit  : “ Isaïe a bien prophétisé de vous, hypocrites, ainsi qu’il est écrit  :
Ce peuple m’honore des lèvres  ;
mais leur cœur est loin de moi.
Vain est le culte qu’ils me rendent,
les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains.

C’est le mot clé  : ils se sont construit, contre la loi de Moïse qui vient de Dieu, toute une série d’observances, dont l’esprit est précisément contraire à la loi divine et dont les prescriptions sont habilement déterminées pour pouvoir se libérer des obligations de la loi divine. Jésus le sait et va les mettre en présence de leur mensonge.

Vous mettez de côté le commandement de Dieu – voilà la loi de Moïse – pour vous attacher à la tradition des hommes ” forgée contre le commandement de Dieu.

9 Et il leur disait  : “ Vous annulez bel et bien le commandement de Dieu pour observer votre tradition. 10 En effet, – Jésus donne un exemple particulièrement révoltant – Moïse a dit  : Rends tes devoirs à ton père et à ta mère, et  : Que celui qui maudit son père ou sa mère, soit puni de mort. 11 Mais vous, vous dites  : Si un homme dit à son père ou à sa mère  : Je déclare korbân (c’est-à-dire offrande sacrée) les biens dont j’aurais pu t’assister, 12 vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère. […] Jésus, par là, les confond  :

13 et vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous vous êtes transmise. Et vous faites bien d’autres choses du même genre.  ”

14 Et ayant appelé de nouveau la foule près de lui, il leur disait  : “ Écoutez-moi tous et comprenez  ! […] Le pauvre peuple était composé de gens méprisés qui ne pouvaient pas, selon les Pharisiens, être purs, ni recevoir le salut. Alors Jésus dit  : «  C’est fini de tout cela  ». Il veut libérer le peuple, de ces orgueilleux qui leur enseignent une fausse doctrine. Et il lui explique par une parabole.

15 Il n’est rien d’extérieur à l’homme qui, pénétrant en lui, puisse le souiller, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme. 16 Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende  ! ” 17 Quand il fut entré dans la maison, à l’écart de la foule, ses disciples l’interrogeaient sur la parabole. […]

18 Et il leur dit  : “ Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence  ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller, 19 parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s’en va aux lieux d’aisance ” (Ainsi il déclarait purs tous les aliments.) Autrement dit  : “ Vous pouvez manger ce que vous voulez. ” C’était très révolutionnaire. Mais cela finalement entrera dans les mœurs de l’Église, et cinquante ans après, ce ne sera plus une mise au rencart de la loi de Moïse, ce sera simplement la sélection de ce qui dans la loi de Moïse est perpétuel et ce qui est caduc.

20 Il disait  : “ Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme. 21 Car c’est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers  : – débauches, vols, meurtres, 22 adultères, cupidités, méchancetés, voilà pour les païens  ! Et voici pour les Juifs  : ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. Il sera plus facile aux païens de se convertir au règne de Dieu de ces horribles vices charnels, qu’aux Juifs dont les vices sont à la moelle de l’esprit. 23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l’homme. ”

C’est la fin de ce ministère en Galilée, maintenant nous voyons très bien ce qu’est le règne de Dieu, et que Jésus en est le centre. Il va emmener ses apôtres, maintenant, dans des terres païennes pour tranquillement obtenir d’eux ce qu’il cherche, c’est-à-dire qu’ils croient en lui. Ce sera la base de départ de sa grande Révélation.

Abbé Georges de Nantes
S 90  : L’Évangile selon saint Marc, retraite automne 1986

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