La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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DU MOYEN-ÂGE AUX TEMPS MODERNES
(14e – 15e siècles)

LES FORCES DE DÉCADENCE

Encouragé par sainte Catherine de Sienne, le pape était enfin rentré à Rome en 1377, après soixante-dix ans d’exil. Mais dès l’année suivante éclatait le grand Schisme d’Occident (1378-1417). L’Église eut alors deux papes  : l’un à Rome, l’autre en Avignon et bientôt même un troisième, à Pise. Au Concile de Constance qui mit fin au schisme par l’élection de Martin V en 1417, puis au Concile de Bâle (1431), évêques et théologiens prétendirent imposer la supériorité du concile sur le pape, au grand contentement des princes.

Sainte Jeanne d'Arc

Sainte Jeanne d’Arc

La papauté affaiblie et les nations devenant de plus en plus autonomes, la Chrétienté a perdu son lien d’unité. La France, très éprouvée par la guerre de Cent ans, est libérée miraculeusement par sainte Jeanne d’Arc. Toujours divisés, les princes chrétiens sont restés sourds à l’appel des papes les invitant à la Croisade. La prise de Constantinople par les Turcs en 1453 marque la fin de l’Empire chrétien d’Orient.

Dès le XIVe siècle, avec les Fraticelles utopistes, Marsile de Padoue l’antipapiste et Ockham qui ruine l’autorité de saint Thomas, se développe un puissant courant de pensée critique et subversif. En 1380 Wiclef, de sa chaire d’Oxford, et vers 1400 Jean Huss en Bohême soutiennent déjà toutes les hérésies de Luther et provoquent des révolutions populaires.

La Renaissance elle-même est très ambiguë. De nombreux manuscrits anciens sauvés du pillage de Constantinople sont arrivés en Italie où ils suscitent un regain d’enthousiasme pour les chefs-d’œuvre de l’Antiquité.

À Florence, les Médicis protègent les plus prestigieux artistes du Quattrocento (1400-1500). Bientôt, avec Nicolas V, les papes eux-mêmes accueillirent avec faveur humanistes, peintres et sculpteurs. À la fin du siècle, ils rivalisent avec Laurent le Magnifique, le prince des mécènes, pour faire de Rome la capitale de la Renaissance italienne. Ils savent s’attacher les plus prodigieux génies de l’époque, les Bramante, Michel-Ange, Raphaël et les font travailler à l’embellissement de la Ville éternelle, pour la gloire de l’Église.

Mais l’enthousiasme pour l’Antiquité, joint au mépris du passé chrétien, fut aussi l’occasion d’un dangereux humanisme néo-païen. Les lettres et les arts exaltent la fureur de vivre et toutes les passions. Un Machiavel fait la théorie du cynisme politique. Les princes se livrent à un débordement de luxure et de violence. Les gens d’Église, évêques et papes, adoptent souvent les mêmes mœurs corrompues. Le pape Borgia en est l’exemple lamentable.

LES FORCES VIVES DE L’ÉGLISE

S’ils vivaient mal, les papes de la Renaissance surent tous garder intact le dépôt de la foi et gouverner fermement l’Église. De plus, les abus ne touchaient qu’une minorité de clercs. Dans le peuple, la foi restait ferme et la piété fervente. Le succès des pèlerinages, l’art religieux et les nouvelles dévotions à la passion de Notre-Seigneur et aux douleurs de la Vierge Marie en témoignent. C’est l’époque où apparaissent les chemins de croix, les   » Dieu de pitié «  , les piétas et les mises au tombeau.

D’innombrables saints maintiennent la vitalité de l’Église et apportent la réponse divine aux maux et aux périls du temps. Sainte Brigitte de Suède et sainte Catherine de Sienne osent faire remontrance au Pape et l’inciter à rentrer à Rome. La vie mystique connaît alors un merveilleux épanouissement et produit son plus pur chef-d’œuvre, l’Imitation de Jésus-Christ.

Face aux misères et aux calamités, de nombreux saints organisent la charité comme sainte Françoise Romaine ou le Bienheureux Bernardin de Feltre. Contre la décadence des mœurs, de grands prédicateurs se dressent  : saint Vincent Ferrier, en multipliant les miracles, ranime la ferveur en France et en Espagne, saint Bernardin de Sienne et ses disciples sillonnent l’Italie en prêchant les saints Noms de Jésus et de Marie. De saints évêques accomplissent la réforme des mœurs, saint Laurent Justinien à Venise et saint Antonin dans la Florence des Médicis. Des ordres religieux se fondent  : saint François de Paule, d’abord ermite en Calabre, fonde les minimes avant d’être appelé en France à la cour de Louis XI. De Corbie, sainte Colette organise la réforme des clarisses qu’illustre en Italie sainte Catherine de Bologne.

Face à la Renaissance païenne, les humanistes chrétiens renouvellent l’étude de l’Écriture et des Pères. Il y eut surtout les splendeurs de l’art chrétien. Avec le Bienheureux Fra Angelico, dominicain du couvent de Florence, la peinture atteint d’emblée la réussite parfaite d’un art tout pénétré d’intuition mystique.

Contre le péril turc, saint Jean de Capistran est l’âme de la Croisade qui délivre Belgrade assiégée (1456), préservant la Chrétienté pour plus d’un siècle. Enfin, c’est la «  grande pitié du Royaume de France   » qui valut à notre patrie la marque la plus éclatante de la prédilection divine. Instruite par ses voix, Jeanne partit «  de par le Roi du Ciel   » «  bouter l’anglais hors de France   » et rappeler au Dauphin, lors du sacre de Reims, qu’il est le lieutenant du Christ, Jésus lui-même étant «  vrai roi de France   ».

Dans les ténèbres des temps de crise, la grande lumière des saints n’en resplendit que davantage. Les XIVe et XVe siècles furent pourtant un temps de décadence. Pourquoi  ? À cause de la défaillance ou de la faiblesse des hommes qui exercèrent l’autorité. Les saints papes, les grands théologiens manquèrent à l’Église, les saints rois à la Chrétienté.

Ce déclin toutefois, ne fut pas général. Le Portugal et l’Espagne achèvent alors au pied des murs de Grenade leur reconquista contre les Maures (1492). Dans le même esprit de Croisade, ils se lancent à la découverte des Indes et de l’Amérique où les conquistadors et les missionnaires vont planter la Croix du Christ. Grâce à l’action énergique de rois exemplaires, l’Église connaît l’ordre et la prospérité. Ici, le meilleur du Moyen Âge s’allie harmonieusement au nouvel apport de la Renaissance. La Croisade a conduit aux découvertes et l’Inquisition a préservé l’humanisme du ferment païen de la Renaissance. L’Europe latine est passée, sans heurt ni transition décadente, de l’idéal du Moyen Âge à la grande Renaissance catholique du XVIe siècle.

À la cour des Rois catholiques, le cardinal Ximenès de Cisneros illustre cette parfaite harmonie. Franciscain exemplaire, il réforme les maisons de son ordre. En 1509, il dirige la flotte qui reprend aux Turcs Mers-el-Kébir et Oran. Pendant le débarquement de ses troupes, il a passé toute la nuit en prière et le lendemain c’est la victoire. Savant humaniste, il publie en 1514 la première bible polyglotte. En 1515, il est à la cour le meilleur conseiller aux affaires d’Amérique. Il mourra comme un saint en 1517. Ce merveilleux accord des deux pouvoirs prépara l’apogée du XVIe siècle espagnol.

Toute notre religion, p. 72-75

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