La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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IX. Les vœux religieux

La consécration des vierges et, manière de parler plus générale, les vœux religieux sont la réalisation la plus parfaite possible en ce monde des deux institutions naturelles primor­diales, celle de la religion et celle du mariage, identifiées l’une à l’autre, réalisées l’une par l’autre dans le mystère de Jésus-Christ, Dieu fait homme, Dieu offert à sa créature comme objet tangible de sa religion, de son adoration et de son culte, homme resplendissant de beauté, de sainteté et de perfection, dévoué à elle jusqu’à la mort, son sauveur, offert à son cœur pour unique objet de son amour…

Ainsi s’ouvrit aux temps évangéliques la possibilité d’iden­tifier le Dieu qu’il faut aimer «  de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et de tout son esprit   », avec «  son prochain qu’il faut aimer comme soi-même   »(Mtt. 22, 38-39). Car Jésus, fils de Dieu, Dieu lui-même, est aussi notre plus proche prochain, c’est la leçon cachée de la parabole du Samaritain (Lc 10, 36)  : n’est-il pas, pour chacun de nous tombé aux mains des brigands, dépouillé, laissé pour mort, notre «  bon Samaritain   » dont l’Évangile nous dit que c’est lui précisément et non les autres hommes naturellement plus proches, qui s’est montré notre vrai et incomparable prochain  ? Celui donc que nous pouvons choisir entre tous, et aimer d’un amour exclusif pour la vie entière dans une alliance spirituelle, surnaturelle certes, analogue à celle du mariage et rassasiante, sanctifiante au-delà de tout ce que peut apporter un mariage d’homme  ?

Précisons tout de suite et une fois pour toutes, à propos de ce «   mariage mystique  » de la créature avec le Fils de Dieu fait homme, que n’importe pas d’être homme ou femme tant ces réalités passent l’état et les inclinations de la chair, selon la parole de saint Paul  : «  Il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme  ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus  »(Gal. 3, 28). De même il n’importe d’être innocent ou pénitent, d’une virginité conservée ou retrouvée par le pardon divin, car la grâce qui réhabilite le pécheur ou la pécheresse est d’un effet au moins égal, parfois supérieur, à celle qui préserve les justes et les conserve dans le premier état de leur baptême.

Chacun sait qu’en se mariant, ce n’est pas avec un être seul qu’on se marie mais avec une famille  ! Dans ce «   mariage mystique  » il en va de même, car Jésus disait bien  : Je ne suis jamais seul. Le Père céleste est sans cesse avec lui, donnant à ceux qui l’aiment l’adoption filiale. Lui-même se donne à son Corps qui est l’Église comme son sauveur et maître, introduisant ceux qui l’aiment parmi cette multitude de frères comme l’un d’entre eux, à la garde de l’Église leur mère. Enfin le Père et le Fils envoient en ces élus l’Esprit-Saint qui les pénètre de ses énergies divines pour leur permettre d’entrer en intime société avec eux, avec les Trois Personnes divines adorées, louées, aimées, servies et remerciées, le Père devenu comme jamais leur Père, le Fils devenu plus que personne leur Époux, le Saint-Esprit leur Conseiller intime, leur plus que tout autre Ami.

Une telle perfection de vie n’est pas parue d’un coup et elle n’a pas fleuri dans l’Église pendant près de deux millénaires, sans avoir été préparée, instituée puis organisée.

LA BELLE HISTOIRE DE L’ALLIANCE DIVINE

La consécration totale et parfaite de la créature à son Créateur, si elle dépasse nettement les exigences raisonnables de la vertu de religion instituée par Dieu dès le commencement, avant tout autre soin, n’en est pas moins rigoureusement dans sa ligne, elle en achève le mouvement. Encore fallait-il que lui soit donnée, par une série de transfigurations surnaturelles, la faculté d’absorber tous les autres instincts, désirs et soins, tels que ceux du mariage, de la famille et du travail.

Dans l’Ancienne Alliance en effet, nous assistons bien au progrès de la religion, en importance dans la vie des meilleurs enfants d’Israël et surtout en qualité. Les psaumes, entre autres écrits inspirés, témoignent de l’attachement cordial, confiant, ardent et d’une certaine manière exclusif, des «  Pauvres de Yahweh   » à leur Dieu, à son culte et à sa Loi.

Cependant, JE-SUIS, le Dieu invisible, sans visage, Dieu Tout-Puissant et Miséricordieux, est si haut, si loin de l’homme minuscule et misérable que jamais il n’ose le nommer Père, encore moinsÉpoux ou Ami  ! S’il est Père, c’est de son peuple. À la rigueur il l’est aussi, mystérieusement, de David son élu, des rois de sa lignée, comme il sera le Père du Messie… S’il est Époux, c’est époux d’Israël, hélas, le plus souvent trahi, outragé par l’idolâtrie, les adultères de «  la fille de Jéru­salem  ». Et Ami aussi, il l’est de son peuple, mais sans être payé de retour…

Est-ce à cause de tant de péchés, est-ce à cause de l’invisibilité et de l’inaccessibilité de Yahweh, les plus saints même des prophètes et des scribes inspirés ne laisseront pas la religion empiéter sur leur vie, sur leurs intérêts naturels, sur leurs passions charnelles. Certes, ils sacrifient à Dieu une part de leurs biens, mais c’est en substitution de leur propre être et pour obtenir d’être heureux ici-bas. Quand le bonheur terrestre leur échappe, la tranquillité, la richesse, l’honneur et les amitiés de la terre, ils se plaignent, ils protestent, ils appellent Dieu au secours et le remercient ensuite d’avoir été «  juste  » en leur rendant la santé et les biens un instant menacés ou déjà perdus  !

Il faudra en venir aux années toutes proches du salut pour que des Juifs, mais non pas ces grands «  justes  », ces «  parfaits  » qu’étaient les pharisiens  ! des humbles, des pauvres accèdent à un état religieux vraiment surnaturel, délaissant le mariage, la famille, les biens matériels, tout le terrestre, afin de ne vivre que pour Dieu seul. Tels les esséniens, dans une certaine optique que l’Évangile ne nous conduit pas à estimer. Mais tel saint Jean-Baptiste, tels saint Joseph et la très sainte Vierge Marie. Car ils vivaient déjà cette religion parfaite dans la consécration de tout leur être au Messie qui devait venir…

L’Incarnation du Verbe, la venue chez les siens du Fils de Dieu fait chair est évidemment l’événement décisif, celui qui va détruire le mur de séparation du religieux et du profane, non certes pour profaner le religieux, mais pour sanctifier le religieux lui-même et sanctifier aussi le profane.

Sanctifier le religieux, c’était principalement transformer le sacerdoce, comme nous l’avons admiré dans l’institution du sacrement de l’Ordre, sacerdoce infiniment supérieur, véritablement d’une autre nature que n’étaient les castes de prêtres du paganisme et même les prêtres juifs de la tribu de Lévi et de la lignée d’Aaron. Il n’est plus question d’hommes qui, pour leur gloire et leur intérêt, revendiquent des fonctions sacrées. C’est le Christ lui-même qui choisit ses ministres et les emplit de ses propres pouvoirs, les faisant par délégation comme des époux de ses propres églises, des prophètes, des chefs, des prêtres emplis de son Esprit-Saint, instruments actifs certes mais soumis, de ses propres œuvres. Voilà déjà qui est décisif pour le progrès de la religion individuelle. Nul n’est plus orphelin  ; chacun trouve dans les Apôtres des représentants et bons ouvriers du Père céleste, des envoyés du Fils bien-aimé, des relais donateurs de leur Esprit-Saint.

Sanctifier le profane, c’était d’abord et avant tout intro­duire le mariage et par lui la famille, la vie quotidienne, le travail, les amitiés dans la sphère de la religion, dans le surnaturel. Nous avons dit comment la venue du Christ dans la chair aboutissant à un véritable mariage entre Lui, le Christ, Fils de Dieu sauveur, et l’Église, tout mariage était devenu religieux du fait même qu’il était «  chrétien  »  : l’hommeinvité à être pour son épouse en quelque manière le représentant, le prêtre du Christ, un “ autre Christ ”; et l’épouse, le considérant ainsi, en devant être graciée, sanctifiée au point de ressembler à l’Église-Vierge et Mère, et de participer à ses vertus ainsi qu’à sa fécondité surnaturelle.

Restait l’ultime progrès, celui de l’absorption totale du profane dans le religieux, qui serait en partie une assomption, un accomplissement, en partie un renoncement, une immo­lation. Mais le pas a été vite franchi, le Christ lui-même y invitant sans cesse ses disciples, à mots couverts il est vrai mais ardents  : les appelant à oser le choisir et le prendre, Lui, pour unique époux, pour Seigneur et maître, en renonçant aux œuvres de la chair et du sang. Ce serait le comble du «  mariage religieux   » où ne serait plus aimé et épousé un chrétien quelconque, image de Jésus-Christ, mais Jésus-Christ lui-même  ! Ce serait la réciproque de la perfection qui carac­térisait déjà le sacerdoce nouveau, si étroitement et ardemment consacré au soin de l’Église comme épouse, qu’il détournait l’Apôtre, l’évêque, le prêtre de prendre ou de conserver une épouse terrestre.

Il fallait pour que soit demandé ce super-sacrement d’un super-mariage, ce «  mariage mystique   », que Jésus s’y prête, que Jésus l’institue lui-même. Or c’est par cent paroles dans l’Évangile, puis par tant d’exhortations des Apôtres dont les Épîtres gardent la trace, que nous ne pouvons douter qu’une telle «  consécration des vierges   » ait été voulue, désirée plus que tout par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même.

Ainsi, comme nous lisons dans la Genèse que «  l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair  »(2, 24)Comme nous lisons cet avertissement à la fille de Sion, dans le psaume 44  : «  Écoute, ma fille, et prête l’oreille  : Oublie ton peuple et la maison de ton père. Alors le roi s’éprendra de ta beauté  ! Il est ton Seigneur, prosterne-toi devant lui.   » Ainsi nous entendons Jésus, non pas obliger ceux qui l’écoutent, mais les inviter, à tout quitter pour le suivre et leur promettre alors le centuple de tout ce qu’ils auront sacrifié pour lui, et la vie éternelle  : «  En vérité, en vérité, je vous le dis, nul n’aura quitté maison, femme, frères, parents ou enfants, à cause du Royaume de Dieu, qu’il ne reçoive bien davantage en ce temps, et dans le temps à venir la vie éternelle.   »(Lc18, 29-30).

Les références sont innombrables  ; elles sont dans toutes les mémoires chrétiennes. L’important est de comprendre que la consécration des vierges pouvait fleurir et foisonner dans la Nouvelle Alliance dès lors que Dieu s’était fait connaître, qu’il s’était approché de ses créatures, leur donnant tant de marques habituelles de sa présence, de sa grâce, de son amour, qu’elles pourraient désormais en être entourées, réchauffées, nourries, réjouies comme une épouse l’est d’un époux terrestre, et même si c’est dans le renoncement aux choses charnelles, parce que ce doit être, dans la chair et le sang mêmes, l’épanouissement le plus parfait de l’amour spirituel.

C’est pourquoi saint Paul, donnant lui-même l’exemple et s’en proclamant plus que satisfait, exultant d’appartenir entiè­rement et exclusivement au Christ, prêchera la virginité, la chasteté, la continence, chacun selon sa liberté actuelle de progresser ainsi dans l’amour du Christ, pour n’avoir plus le cœur et le temps divisés en soins divers, peu conciliables, mais tout au Seigneur (I Cor. 7).

Il faut dire que la vie a changé du fait du Christ-Jésus. Chaque baptisé appelle, invoque Dieu sous le nom de «  Père   », comme son propre Père (Rom. 8, 15; Gal. 4, 6). Chaque confirmé a reçu avec Puissance le don de l’Esprit-Saint au point de «  ne plus être avec le Seigneur qu’un seul esprit  »(I Cor. 6, 17). Chaque communiant est inondé, purifié, enivré du Sang du Christ et, rompant le pain eucharistique, il entre «  en communion avec le corps du Christ  »(I Cor.10, 16). Autant dire que la religion chrétienne a tout du mariage, y compris la communauté de la chair et du sang, mais d’une chair et d’un sang divins, ressuscités, glorieux, tels enfin que, bien réel, ce mariage n’entre pas en conflit avec le mariage humain mais le transcende  : «  J’ai pour vous, délire saint Paul, une jalousie divine cela veut dire  : je vous garde, je veille sur vous avec un soin jaloux, de père et d’apôtre, et je ne vous laisserai pas dérober votre incomparable trésor, votre honneur, votre bonheurcar je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ.   »(II Cor. 11, 2)

Même si ces fiançailles mystiques sont celles de Jésus avec toute son Église considérée dans son ensemble, elles le sont, dans la Nouvelle Alliance, par des liens intimes de même valeur contractés par les fidèles, personnellement, avec le Christ, chacun selon sa grâce et selon son don particulier ou «  charisme   ». Mais le lien le plus parfait, le plus proche de celui du Christ et de l’Église est celui de la consécration perpétuelle des vierges au Seigneur Jésus leur divin Époux.

LE SACREMENT DES NOCES MYSTIQUES

Qu’une telle union soit un sacrement, voilà qui paraîtrait évident. Elle ne figure pas cependant dans la liste des sept sacrements finalement arrêtée et codifiée par l’Église de manière qui semble définitive au Concile de Trente. Le “ Septenaire sacré ” ignore totalement les vœux religieux. La solution élégante consisterait à les ranger tout simplement sous le titre général du mariage, comme l’une de ses espèces et non des moindres. Une autre solution serait de les considérer comme un «  sacramental  », car leur liste à eux n’est pas fixée, mais l’inconvénient serait alors de les dévaluer et discréditer par rapport aux sacrements de l’Ordre et du Mariage, car les sacramentaux sont définis comme des signes de moindre effi­cacité et grandeur spirituelle que les sacrements.

L’historien, sachant les hésitations de la tradition sur le septenaire sacra­mentel, et la persistance d’une conviction maintenant coûte que coûte parmi les sacrements, par divers artifices, «  l’habit monastique   »(DTC. ,Sacrements, col. 551;passim), n’aura point vergogne de faire des vœux religieux un vrai sacrement et laissera aux théologiens le soin d’arranger cela ou d’en débattre. Une chose est sûre, cet acte est une rencontre entre une âme et le Christ par le truchement de l’Église, rencontre d’une importance capitale et qui donne la grâce  : c’est un sacrement (CRC 111, p. 3-12).

Soeur Lucie de FatimaEt il est à placer dans la grande ligne droite qui va du Baptême à l’Extrême-Onction, tout de suite après l’Eucha­ristie, comme le don de l’épanouissement dans l’âme de la grâce sanctifiante, grâce baptismale, grâce du salut proprement dit. Tandis que l’Ordre et le Mariage sont à situer sur des lignes secondaires, conférant des pouvoirs et des grâces d’état particuliers.

Cependant, et nous allons répéter ici ce que Léon XIII rappelait au sujet du mariage, pour que les vœux monastiques soient un vrai sacrement, il faut que dans leur intention première ils soient un acte religieux, dans leur essentiel une donation au Christavec l’aide de sa grâce, et non un engagement humain vis-à-vis d’une quelconque communauté à s’y réfugier loin du monde pour y vivre en paix, voué à l’art liturgique ou à la recherche savante, ou à la contemplation de l’Absolu, et même avec une promesse de pauvreté, chasteté, obéissance et stabilité tenant lieu de garantie bourgeoise. La bénédiction du prêtre, même avec de l’eau bénite, qui accom­pagnerait de telles promesses, n’aurait rien d’un sacrement. À peine serait-elle un sacramental  ! Si des vœux perpétuels étaient accomplis dans un tel esprit, le lien contracté avec le Christ serait certes valide, mais la grâce du sacrement demeurerait liée jusqu’à ce que le moine ou la moniale se retourne vers le Christ et se donne sincèrement à Lui par amour, selon le rituel de sa consécration.

Rattachons la consécration des vierges au sacrement de mariage dont elle peut paraître le sublime modèle. C’est l’union sacramentelle de la créature rachetée, baptisée, sanctifiée, avec le Verbe Incarné son Sauveur, par laquelle l’un à l’autre se donnent tout entiers, corps, âme et cœur, et pour Lui sa divinité, afin de vivre l’un pour l’autre dans la fidélité perpé­tuelle, infrangible, l’amour, le service mutuel, et dans la fécon­dité des œuvres de rédemption spirituelles correspondant à la fécondité de l’œuvre de chair du mariage humain.

La matière du sacrement est leur propre être de chair et d’esprit, leurs personnes présentes en cette rencontre. La forme en est l’acte ecclésial par lequel ils expriment leur volonté de contracter alliance, le Christ parlant par son mandataire, l’Évêque du diocèse, l’Abbé ou quelque prêtre délégué. Quant au rite, on en connaît la grande variété où les objets, les gestes symboliques et les paroles rappellent souvent de très près ceux du mariage, tels l’alliance, le voile, la couronne… Mais aucun rite n’est si nécessaire que celui de la sainte Communion eucharistique qui ratifie et consomme, séance tenante, ce mariage véritable et mystique.

LES FINS DU MARIAGE MYSTIQUE

Bien évidemment, ce qui caractérise d’abord la «   consécration virginale  », qui est le don plénier de l’être humain au Christ dans son Église, ce sont les trois vœux en lesquels se résument les conseils évangéliques  : pauvreté, chasteté, obéis­sance. «  Chaînes qui délivrent de bien d’autres   », disait mon cher Fra Nodet, imagier de nos années 30.

Oui, contrairement à ce qu’un vain peuple pense, ces trois vœux, ces trois privations des richesses, des joies du mariage humain et de l’indépendance personnelle, ne doivent pas être considérées comme l’aspect afflictif et pénitent disons le mot  : l’immolation de ce mariage mystique. Pas plus que le renoncement à tout autre prétendant ne passe, dans un mariage heureux, pour un grand sacrifice  !

Ces vœux sont comme de vendre de la pacotille pour acheter la perle de grand prix. À tout cela, la moniale, le moine renonce avec joie pour être avec le Christ deux âmes en une seule chair et un seul esprit. Selon le mot immortel de saint Paul  : «  Tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai tenus pour un désavantage au regard de ce bien suprême  : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur. Pour lui j’ai tout sacrifié et je ne vois en tout que fumier, quand il s’agit de gagner le Christ.  »(Phil. 3, 8)

L’immolation du mariage divin est au-delà, dans la confi­guration de l’épouse à son «  Époux de sang  », sur le lit nuptial de la croix. La vocation terrestre de Jésus n’était-elle pas qu’«  il lui fallait souffrir pour entrer dans sa gloire  »(Lc 24, 26)  ? Son Épouse ambitionnerait-elle donc un autre sort, une autre carrière que de «  mourir avec lui, pour vivre avec lui  »(Rom. 6, 8)  ?

C’est en cela qu’est le comble d’amour et d’union de ce mariage mystique, comme il est dans l’œuvre de chair l’immo­lation de l’épouse qui offre sa virginité gardée, l’effusion du sang, la première douleur, annonce de beaucoup d’autres, les périls des maternités, les peines de l’éducation des enfants, l’usure jusqu’à l’épuisement de ses forces pour correspondre à toutes les volontés de son époux. Ici la vierge consacrée sait ce qui l’attend dans la ligne de l’amour d’un Époux qui voudra la traiter comme il a traité sa propre chair (Éph. 5, 28), en la crucifiant  ; comme il a honoré sa propre mère, en l’associant à son Calvaire. C’est ce qu’elle ose désirer, sachant que là doit se consommer leur union sur terre en vue de la béatitude éternelle, et elle s’écrie avec saint Paul  : «  Mon but  ? Le connaître, Lui, la puissance de sa résurrection, la com­munion à ses souffrances et la conformité à sa mort dans la ferme espérance de parvenir ainsi à la résurrection d’entre les morts.  »(Phil. 3, 10)

Le rite solennel de la prostration lors des vœux per­pétuels, agrémenté parfois du recouvrement du corps, comme mort, par le drap noir à larmes d’argent  ! symbolise fortement et très exactement cette mort au monde, cette «  crucifixion   »désirée avec le Christ pour passer avec lui, dès ce moment, dans la vie éternelle…

Mais il faut mettre un terme à ces considérations inépui­sables. Qu’y a-t-il en définitive de plus semblable à la naissance de la Nouvelle Ève, sur la croix, du côté transpercé du Christ, que la communion d’une vierge au jour de ses noces avec l’Époux, l’unissant de corps et de volonté avec la divine Victime pour ne plus faire à eux deux qu’un corps et qu’une âme, «  Una cum Christo hostia, Cor unum   »  ?