La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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XIV. La pénitence

Par le baptême, les chrétiens sont passés d’un monde de péché à un Royaume de grâce, ils ont déchiré la carte du Parti, ils ont rompu avec perte et fracas leurs anciennes relations coupables, esclaves ils ont pris la fuite, toutes ces images pour signifier un changement total. Une mort,par l’eau, par asphyxie. Une résurrection dans l’Esprit-Saint, lumière et feu. Le chrétien n’est plus fils d’Adam maudit, mais fils de l’Église, béni. Entre le monde et lui, dit saint Paul, il y a excommunication, crucifixion mutuelle. Chacun perdu pour l’autre, ennemi de l’autre, mis à mal par l’autre. C’est fait, ce n’est plus à faire. Hélas, pourtant, combien de fois à refaire  !

«  Si profond que soit le changement d’être spirituel imprimé en nous par le sceau du baptême, il est évident que le péché demeure possible et que le conflit subsiste, aggravé encore, culpabilisé à l’extrême, entre l’idéal de l’innocence chrétienne et la réalité de la vie quotidienne.  » (CRC 115) Le combat demeure, éprouvant, inquiétant pour chacun, mais, nouveauté  ! dans un camp déjà sûr de la victoire, sous l’étendard glorieux du Christ, avec en main, chacun, les armes puissantes des vertus, les inépuisables ressources des sacrements, leur parfaite méthode d’emploi, et de bons officiers pour vous conduire, soutenir et entraîner. Dans l’autre camp, le moral n’y est pas, la défaite est programmée.

Le tout est de ne pas quitter l’Église, de n’en être pas abandonné, banni. À tout prix, demeurer «  pierre vivante  »(I Petr. 2, 5) de cet édifice imprenable, membre vivant de ce Corps du Christ, saint et source de sainteté, fort et fortifiant, innocent et innocentant ceux qui lui appartiennent ou lui reviennent. Oui, la possibilité du péché demeure. Mais à côté du mal est posé le remède. Blessé dans le combat, tenu pour mort, abandonné sur le terrain ou pire, traître, rendu à l’ennemi, passé au camp d’en face, la Légion ne t’abandonnera jamais. Elle ira te chercher, mort ou vif. L’Église a le pouvoir de te redonner la vie, la joie, l’espoir. Si tu le veux, elle te ressuscitera.

Le Christ a donc institué un sacrement de rédemption individuelle, sacrement de miséricorde et de pardon, d’indul­gence et de réconciliation offerts aux pécheurs quel que soit leur état de déchéance, pourvu qu’ils le veuillent. C’est une simple affaire de reprise de contacts entre hommes, ici le Christ et là le pécheur repentant, ou plutôt entre mère et fils. L’Église recevra le traître, le blessé, le minable. C’est elle qui examinera, verra ça, fera le nécessaire, de la part de son Seigneur et Maître. C’est Lui qui l’a voulu ainsi  :

«  Recevez l’Esprit-Saint, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez.   »(Jn20, 22-23)

L’Église a toujours cru qu’elle avait le pouvoir de par­donner ou non les péchés, de réconcilier le pécheur quel qu’il soit avec Dieu ou non, en se réconciliant elle-même avec lui ou en refusant de lui accorder son pardon et sa paix. Elle a enseigné qu’elle avait reçu ce pouvoir et elle l’a toujours exercé, sans aucun doute ni défaillance. Mais comme elle est intimement fidèle à son Époux, pénétrée de son Esprit-Saint, elle-même «  sans tache ni ride, ni rien de semblable  », elle se doit et doit à Dieu de juger qui mérite la grâce infinie du pardon et qui mérite condamnation. Selon la promesse du Christ  : «  En vérité, en vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.   »(Mtt. 18, 18)

Je dis  : «  qui mérite..   »J’entends bien  : selon ses critères à elle, qui sont ceux du Christ, bien compris par le saint Curé d’Ars qui savait de quoi il retournait, quand il disait  : «   Celui qui s’accuse, Dieu l’excuse. Celui qui s’excuse, Dieu l’accuse.   » Notre seul “ mérite ” en ce sacrement, c’est notre accusation sincère, entière, résolue.

Ceux qui dénient un tel pouvoir à l’Église ont beau prétendre recevoir leur pardon de Dieu seul, ils ne s’en trouvent pas moins en situation fausse et injuste vis-à-vis de l’Église et de leurs frères. Soit que ceux-ci n’aient plus qu’à s’humilier et reconnaître leurs torts devant un frère que Dieu absout lui-même  ! Soit plutôt qu’ils lui demeurent fermés, étrangers, n’ayant reçu de lui aucun signe de repentir ni de soumission…

Voilà pourquoi tant d’illuminés qui s’imaginent gratifiés du pardon de Dieu sans besoin du sacrement de pénitence, se livrent parallèlement à la psychanalyse pour tenter de se réconcilier avec eux-mêmes et avec leurs proches et “ liquider leurs problèmes ”, et à l’autocritique, condition de leur “ réinser­tion dans la société ”. Ah, le beau gâchis freudien et marxiste, diaboliques singeries protestantes du sacrement de pénitence  !

L’ADMINISTRATION DE CE SACREMENT…

Notre-Seigneur avait coutume de guérir les malades, de purifier les lépreux, rendre la vue aux aveugles, chasser les démons des possédés, mais tout cela tournait autour de son intention principale  : la rémission des péchés, guérison, libé­ration, salut des âmes. Une fois la preuve faite de sa toute-puissance par tant de miracles divers, et de sa bonté par leur application à toutes les misères humaines rencontrées, il pouvait se vouer à l’Œuvre des œuvres, le pardon divin des péchés  : «  Jésus dit au paralytique  : “ Confiance, mon enfant, tes péchés te sont remis. Quelques scribes se dirent par devers eux  : “  Cet homme blasphème.  ” Mais Jésus, con­naissant leurs sentiments dit  : “  Pourquoi ces mauvais sentiments dans vos cœurs  ? Quel est donc le plus facile, de dire  : Tes péchés te sont remis, ou de dire  : Lève-toi et marche  ? Eh bien  ! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi – dit-il au paralytique –, prends ton grabat et va-t’en chez toi ”.   »(Mtt. 9)

Remettre les péchés, suspendre la peine qui s’en était suivie, et avertir l’homme de ne plus pécher à l’avenir, tel était le ministère de Jésus, modèle de celui de ses Apôtres et de leurs successeurs. À cela s’est présentée, un moment, la difficulté théorique suivante  : Jésus n’aurait donné ce pardon au cours de sa vie publique qu’en signe du grand salut qu’il allait accom­plir sur la Croix. La rédemption faite, tous auraient été, dans cet acte unique, pardonnés. Tout au moins, le baptême remettrait les péchés une fois pour toutes, et les prêtres n’auraient pas d’autre sacrement à administrer que celui-là.

De fait, un moment, certaines Églises locales ont hésité (cf. CRC 115)  : Le baptême ne se réitère pas  ; le chrétien, l’ayant reçu une fois pour toute la vie, ne doit plus pécher car il ne pourrait plus espérer de pardon. Légère hésitation, passagère, emportée par le courant général de la tradition catholique.

Jésus envoya baptiser et, c’est vrai, le baptême change la vie une fois pour toutes. Mais il leur donna cependant le pouvoir de remettre les péchés en pleine vie quotidienne, en pleine masse humaine, comme il leur en avait donné l’exemple. Ainsi feraient-ils par­tout, toujours, lorsqu’ils rencontreraient des âmes chargées de fautes et accablées de repentir. Eux aussi, penchés sur tant de misères, répéteraient ses paroles, avec son propre pouvoir et sa miséricorde  : «   Allez en paix, votre foi vous a sauvés. Vos péchés vous sont remis.  »C’est l’Évangile au quotidien.

Que l’administration du sacrement ait beaucoup évolué au cours des temps nous importe au fond fort peu (CRC 115). Voilà des siècles qu’elle a acquis une merveilleuse unité et une stabilité que les désordres actuels sans doute n’ébranleront pas longtemps. Sous l’uniformité apparente du rite et du défilé de chrétiens anonymes au confessionnal, se maintient, à l’aise dans l’incognito, l’extrême diversité des aveux, des conseils et des sentences d’absolution, comme il le faut, comme il en était dans l’Évangile. Non, l’uniformité du sacrement n’est pas une gêne pour la liberté de la démarche personnelle, elle en est au contraire la couverture, la chape de discrétion qu’il faut sauve­garder à tout prix. C’est le prêtre qui, dans l’obscurité du confessionnal, – derrière sa très nécessaire grille de bois épais, qui ôte à cette rencontre ce qu’elle aurait d’exagérément, de dangereusement humain, – écoute une âme confesser sa misère, puis juge, redresse, conseille, pardonne la plupart du temps, non sans conditions, et renvoie son pénitent délivré, rasséréné, et souvent transfiguré par la joie, une joie divine.

… ET SA RÉCEPTION

L’ancien catéchisme explique le règlement net, précis, très complet, de ce sacrement. Il ne laisse rien dans l’ombre  ; c’est impressionnant en même temps que rassurant. Le pénitent qui fait ce qu’il doit, sortira du confessionnal pardonné, gracié. C’est merveilleux. La pénitence est en effet «   un sacrement qui efface les péchés commis après le baptême.   » (quest. 230) Les évêques en sont les ministres, ainsi que les prêtres auxquels ils donnent les pouvoirs de juridiction nécessaires. Le sacrement consiste essentiellement dans l’absolution, «   jugement pro­noncé par le prêtre au nom de Jésus-Christ par lequel il nous pardonne nos péchés.  » (quest. 235) Il nous pardonne  ? Qui  ? Le prêtre ou le Christ  ? Les deux en un. Le Christ sur la décision et par la volonté du prêtre, plus actif et responsable en ce sacrement qu’en aucun autre, fût-ce même l’Eucharistie. Ici, il agit selon ses lumières. Il juge. Et le fidèle, lui aussi, a besoin de beaucoup de courage et d’esprit de décision dans ce sacrement.

Voici en effet ce qu’il lui revient de faire. Question 236  :

«  – Que devez-vous faire pour obtenir le pardon de vos péchés par l’absolution  ?

Pour obtenir le pardon de mes péchés par l’absolution, je dois  :

1o regretter sincèrement mes péchés, c’est la contrition  ;

2o les dire au prêtre, c’est la confession  ;

3o réparer les torts qu’ils ont faits à Dieu et au prochain, c’est la réparation ou satisfaction.  »

LA CONTRITION, dont tant de personnages évangé­liques témoignent, et que la parabole de l’enfant prodigue illustre si divinement, est «  le regret sincère de tous ses péchés avec la ferme résolution de ne plus recommencer  » (quest. 237). Qui ne sait cela  ? Ainsi que la différence, si belle  ! si utile  ! entre la «  contrition imparfaite  », tout humaine, de honte et de crainte des châtiments de Dieu en ce monde et en l’autre, contrition basse qui, pour cela, n’obtient pas le pardon avant que l’absolution sacramentelle ne soit donnée.

Et la «  contrition parfaite  », toute sainte, d’affliction surnaturelle, à cause de l’offense faite à un Dieu si bon et si digne d’être aimé, d’être respecté et obéi en tout, contrition filiale qui mérite dès qu’elle paraît dans l’âme avec le désir instant de se confesser, le pardon divin avant même que le sacrement lui soit donné  !

Tel était le repentir de David après son crime, selon les paroles inspirées du Psaume 50, le Miserere,immortel et bouleversant cantique de contrition. Et tel le repentir exem­plaire de saint Pierre après son reniement  : «  Le Seigneur s’étant retourné regarda Pierre… Et Pierre se souvint de ce qu’il lui avait dit… Et étant sorti dehors, il pleura amèrement.   »(Lc22, 62)

Confessionnal à Ars

Le confessionnal des hommes à Ars.

LA CONFESSION, c’est l’accusation de ses fautes, tout au moins des plus graves. «  Je suis obligé d’accuser tous mes péchés mortels, en disant leur nombre et en indiquant ce qui les rend plus graves.  » (quest. 247) Faute de quoi, «  je n’aurais pas le pardon de mes autres péchés et je commettrais un sacrilège  » (quest. 249)… Et tout serait pire qu’avant, tout serait à recommencer  !

L’insistance du catéchisme va à la sincérité et donc à l’intégrité et à l’intégralité de l’aveu. Cette insistance a été très vivement critiquée à notre époque. Elle aurait produit des générations de complexés, de scrupuleux. Et aussi, des masses de pénitents honteux jetés dans des sacrilèges épouvantables par de mauvaises confessions suivies de communions indignes. Et de là, des révoltés, des anticléricaux furieux, des apostats. C’est vrai. Mais il en doit être ainsi.

Car c’est là qu’il faut être ferme  ! que la main du chirurgien ne doit pas trembler mais doit enfoncer le bistouri jusqu’au fond du mal pour n’en rien laisser subsister. C’est ici le tout ou rien de l’aveu sincère ou de la dissimulation meurtrière. Le pénitent a peur, l’effort est surhumain, certes  ! Entre la peur de révéler au prêtre ses vrais péchés tels qu’ils sont, honteux, et la peur du sacrilège et de l’enfer qu’il mérite, il faut que cette peur sacrée l’emporte sur l’autre, l’humaine, la coupable, et lui fasse sauter le pas. «  Je me lèverai et j’irai à mon Père et je lui dirai  : Mon Père, j’ai péché contre le ciel et contre vous. Je ne suis pas digne d’être appelé votre fils…  » (Lc 15, 69) Il faut le faire.

Cette leçon de catéchisme aux enfants provoque toujours, en paroisse, une gêne, un sentiment lourd de la difficulté à vaincre, une peur de n’y point arriver. Et c’est vrai qu’à cet âge ce ne sont que vétilles. Mais les enfants encaissent la leçon pour les adultes qu’ils seront bientôt, et, peut-être, grands pécheurs. C’est là, déjà, que se noue le grand drame d’où résultera leur éternelle fin, le ciel ou l’enfer.

Passons sur la manière de se confesser, qui compose une petite cérémonie sacrée, simple, impressionnante pourtant, et cela pour soi tout seul  ! Moi tout seul, écouté par le prêtre, oui mais par Dieu même  : exactement, par Jésus  ! Il me parle ensuite, et me pardonne. «   Merci, mon Père.  »

LA SATISFACTION OU RÉPARATION

François de Fatima

Consoler Notre-Seigneur “ si triste à cause de tant de péchés ”, c’était toute la pensée de François, voyant de Fatima.

Dans la joie du pardon reçu, beaucoup oublient ce qu’il leur reste à faire. À peine récitée la petite “ pénitence ” symbolique, on s’en va, tout heureux, avec le sentiment d’une grande reconnaissance au Christ. Mais il ne faudrait pas oublier les réparations dues. «  Satisfaire pour ses péchés, c’est réparer l’offense faite à Dieu, ou le tort fait au prochain.  » (quest. 257)

Peut-être les confesseurs sont-ils trop coulants là-dessus. Ils représentent, comme juges d’Église, les diffamés, les souillés, les injuriés, les scandalisés, les victimes. Et toute la com­munauté chrétienne que les péchés de ses membres troublent et affaiblissent. Et l’honneur de Dieu outragé. Même s’il pardonne au pécheur en leur nom à tous, par pure charité, il doit réclamer les “ dommages et intérêts ”, c’est justice. La peine due au péché est d’un autre domaine que celui de l’amour et du pardon. Elle subsiste. Tout cœur droit le sent et le veut.

«   Je dois réparer, dit justement et sévèrement le catéchisme, le tort fait au prochain, dans sa personne, dans son honneur ou dans ses biens, et je ne serai pardonné que si je veux réparer.  » (quest. 259) Au prêtre de juger de la réparation due et de le dire clairement au pécheur au moment où il a contrition et ferme propos de ne plus recommencer et de réparer… La communauté chrétienne change vraiment là où de bons curés obtiennent ainsi ces réparations par lesquelles tant les complices que les victimes des péchés participent au relèvement du pécheur, sont ainsi réconfortés et édifiés.

Quant à la justice temporelle de Dieu, comme elle est rude, il vaut mieux s’en préoccuper aussi, sérieusement. «  Je répare l’offense faite à Dieu en accomplissant la pénitence imposée par le confesseur, en faisant des pénitences volon­taires et en gagnant des indulgences.  » (quest. 258) La pénitence imposée par le confesseur est minime  ; nos pénitences volontaires sont souvent inexistantes. Restent les indulgences. L’Église, qui sait tout cela, pour adoucir la sentence divine, commue la peine en prières qui l’allègent considérablement. Elle puise pour cela dans les mérites excédentaires des uns pour satisfaire à la dette des autres  ; à condition toutefois que ces derniers le sachent et le veuillent  : «   Gagner une indulgence, c’est obtenir de Dieu que la peine à subir pour nos péchés pardonnés soit diminuée ou complètement supprimée.  » (quest. 260) L’Église est vraiment une mère  ! La communion des saints est vraiment une grande famille  !

Tout cela accompli fidèlement et exactement, le chrétien se sait de nouveau rempli de la Vie divine, fils de Dieu, frère du Christ, intime de l’Esprit-Saint, demeure de la Sainte Trinité. Quel inestimable réconfort  ! Quelle incomparable source de paix et de joie céleste  !

DE L’EXCELLENCE DU SACREMENT DE PÉNITENCE

Saint Jean Bosco

Saint Jean Bosco  :
“ Lorsqu’il prêchait trois fois, c’était deux fois sur la confession. ”

Puisque Dieu l’a ainsi permis, le chrétien demeure durant sa vie terrestre, si saint qu’il soit, la Vierge Marie exceptée et sans doute aussi les plus grands saints, à la fois un mystique par l’abondance et l’élévation des grâces qu’il reçoit, et un pénitent par les fautes qu’il commet, les unes légères, d’inad­vertance et de fragilité, les autres graves ou même mortelles dans lesquelles il tombe et retombe. Et même s’il est exempt de crimes, trop de tentations, trop de tendances comme aussi trop d’exemples proches lui montrent ce qu’il y a de mauvais dans l’homme pour qu’il ne se convainque pas de demeurer lui-même obligé à la pénitence, et tout particulièrement au Sacrement de pénitence.

C’est bien là le climat sui generis de l’Église catholique où confession et communion se répondent, croissant au même rythme dans la vie d’un chrétien, d’une paroisse, de toute l’Église ou disparaissant, selon qu’ils s’élèvent ou s’abaissent dans la voie de la vie divine. Il n’y a rien de plus “ consolant ” pour un curé que les longues heures de confessionnal où il voit défiler sa paroisse en vue de la grand-messe solennelle et de la sainte communion où il la reverra le lendemain en habits de fête. Et surtout lors du grand «  lavement des pieds   » annuel et du banquet mystique de Pâques.

Cela dit, le sacrement de pénitence gagne à être considéré dans l’ensemble de la vie chrétienne militante. Sur un fond continu de petits actes de contrition que soulignent les sacra­mentaux, eau bénite, Confiteor suivi d’un baiser au crucifix, etc. À peine plus importantes sont les confessions hebdomadaires ou mensuelles qui, souvent, ne présentent qu’à peine matière

à l’absolution sacramentelle. Du moins est-ce la rencontre de l’âme et de son confesseur, toujours réconfortante et occasion de grâces.

Mais que surviennent des tempêtes, des tentations ter­ribles, des chutes répétées, le même sacrement change de dimension. C’est un colloque dramatique entre le prêtre et le pénitent, une lutte à travers leurs personnes entre le Christ et Satan. Le rythme des confessions en devient saccadé, haletant. Cela se voit et fait parler. Qu’importe  ! Une âme est en péril de sombrer tout à fait. Le prêtre lui-même se sent dépassé. Est-ce péché  ? est-ce folie  ? possession diabolique  ? ou, plus grave, infes­tation acceptée, volontaire  ? À lui de juger, et que le Christ le soutienne, l’inspire  !

D’autres fois, sous le voile ordinaire du sacrement, anonyme, c’est le grand miracle d’une conversion, l’aveu d’années d’incroyance et de toute une vie de crimes. Il est bon que de telles confessions aient lieu dans le cadre d’une retraite, des Exercices. Parfois le converti, à la fin du repas dit “ de l’Enfant prodigue ”, fait sa confession publique devant les autres re­traitants bouleversés, édifiés. Ainsi se perpétue l’antique tradition de la “ pénitence publique ”, et de la réintégration solennelle des pécheurs dans l’assemblée sainte. Alors on comprend mieux que «  c’est la réconciliation avec l’Église qui constitue le sacrement et qui produit la réconciliation avec Dieu.  » (CRC 115)

Mais maintenant que j’ai bien lu et relu Pierres vivantes, j’abhorre ce nom nouveau dont on a afflublé le Sacrement de pénitence pour mieux le détruire, la Réconciliation  ! On se fâche, on se réconcilie. Peu importe qui a tort, qui a raison. Au fond, personne n’a tout à fait raison ni tout à fait tort. «  Le chrétien croit en l’amour de Dieu et se reconnaît pécheur.   »(p. 102) On efface tout… et on recommence.

J’abhorre cette religion qui plie Dieu au caprice de l’homme dépravé, perverti. J’adore Notre-Seigneur Jésus-Christ me donnant dans le Sacrement de pénitence, sans aucun droit ni mérite de ma part, son divin pardon, me rendant sa grâce et de surcroît tous les pauvres mérites de ma vie passée que je croyais bien à jamais perdus dans cette triste affaire. J’adore Dieu dans le Sacrement de sa miséricorde.