La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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L’Islam, entre mythe et histoire

AVANT L’ISLAM, L’ARABIE CHRÉTIENNE

CoranDès les premiers siècles de l’ère chrétienne, les tribus arabes se convertissent au contact des moines chrétiens, et secondent la colonisation romaine. De telle sorte qu’aux deuxième et troisième siècles, la province romaine d’Arabie, fondée par Trajan, après l’annexion du royaume des Nabatéens de Pétra en 106 après Jésus-Christ, rivalise avec les provinces les plus prospères de l’Empire. (…)

Toutefois, durant cette même période, le territoire transjordanien accueillit un grand nombre de sectes qui s’écartaient plus ou moins de l’orthodoxie. (…) Saint Épiphane de Salamine entreprit d’en dresser le catalogue et, au huitième siècle, saint Jean Damascène inscrira, sous le nom de «  centième hérésie  », «  la religion des Ismaélites  », à laquelle il ne donne pas encore le nom d’ “ islâm ”. (…)

Cependant les sources littéraires montrent la vitalité d’une foi en Dieu Trinité sainte et consubstantielle et d’une très grande dévotion envers la Très Sainte Vierge, Mère de Dieu. (…)

Enfin, les inscriptions attestent la survivance des Églises chrétiennes depuis les persécutions juives dont furent victimes les chrétiens du Yémen au sixième siècle, jusqu’à la période des Omeyyades et des Abbassides, au huitième. (…)

Cette absence de rupture véritable entre la période byzantine et la période dite “ musulmane ”, attestée à la fois par les sources littéraires et par les vestiges archéologiques, pose une formidable énigme aux chercheurs modernes encore persuadés de la vérité historique de la conquête musulmane, qu’un auteur n’a cependant pas craint d’appeler The invisible conquest. (…)

LA TRADITION MUSULMANE EN QUESTION

Dans un article-programme publié en 1957 sous le titre “ L’islam sous la toise ”, l’abbé Georges de Nantes observait que l’islam n’avait pas subi de la part du rationalisme un choc comparable à celui qui mit à l’épreuve le fait biblique et l’histoire des origines chrétiennes. Il s’interrogeait alors  :

«  L’islam serait-il en accord si évident avec la Science et le Progrès  ? En aucune manière. Dès l’origine, sa conception de la révélation a paralysé l’étude intellectuelle du Coran, tandis que son imagination débridée multipliait sans retenue un écheveau de légendes sous lesquelles les événements historiques disparurent sans laisser de traces. (…)

«  Tous acceptent le Coran comme un Livre saint, conservant un corps de vérités religieuses révélées par un vrai Dieu, Allah, et sur lequel s’est édifié immédiatement l’islam, admirable religion monothéiste […]. Telle est à l’égard de l’islam la candeur millénaire de l’Orient et de l’Occident. (…) Personne n’a pris la liberté de lire le Coran comme un document du passé et de chercher à l’expliquer par les plus simples lois de la méthode historique, depuis longtemps en usage au sein même du catholicisme dans l’étude de la Bible.  » (L’islam sous la toise, L’ordre français no 8, janvier 1957, p. 53-76) (…)

LE CORAN PAR LE CORAN

«  Le Coran est le document authentique des origines de l’islam, comme la Bible l’est des religions juive et chrétienne. C’est d’une parfaite méthode historique d’étudier ces livres du plus près possible pour y trouver de préférence à toute tradition postérieure la vérité sur les origines de ces religions. (…)  » (Georges de Nantes, ibid.)

Le Coran se présente comme un aérolithe tombé du ciel dans le champ de la littérature universelle. Il n’existe aucun texte antérieur à la sourate I attestant l’utilisation d’une langue arabe écrite et parlée. Quand donc l’auteur déclare qu’il a enseigné l’ «  écriture  » (kitâb; II 129, 151), et la «  lecture  » (qur ân; II 185), aux enfants d’Ismaël, il signifie qu’il leur a appris à lire et à écrire. Cette affirmation répétée (III 129, 164), est cohérente avec la date de naissance de la graphie arabe que nous pouvons déterminer par l’étude comparée des documents épigraphiques parvenus jusqu’à nous. (…)

Véritable relecture de la révélation divine, le Nouveau Testament inclus, le Coran s’appuie sur l’authentique «  Parole  », ‘amr, de Dieu (II 109, 117, 210), exprimée par les «  versets lumineux  » de la révélation biblique (II 211) récités (II 129, 151, 252), expliqués par l’auteur de la part de Dieu même (II 219, 266) qui lui en a communiqué «  l’intelligence  » (II 99), à la lumière d’événements qu’il devient très difficile de reconstituer si l’on récuse la tradition postérieure, comme on le doit en bonne méthode scientifique.

En effet, il faudra attendre le neuvième siècle pour voir posés par ‘Ibn Hisham les cadres de la sîra, ou Vie de Mahomet, dont le canevas demeurera ensuite immuable jusqu’à nos jours. Faite des hadît, «  récits  », que «  les compagnons du Prophète transmirent à la seconde génération de croyants, celle des Suivants, qui la confièrent eux-mêmes aux Suivants des Suivants  ». (…)

Le Père Lammens a établi, au siècle dernier, que «  quand la Tradition islamique prétend se donner comme une source d’information indépendante, comme le résultat d’une vaste enquête, organisée par les contemporains sur la vie du prophète arabe, nous pouvons la considérer comme une des plus grandes supercheries historiques dont les annales littéraires aient gardé le souvenir. (…)

«  J’ai toujours sincèrement admiré l’héroïsme des traducteurs du Coran. Une bonne version supposerait une connaissance approfondie de la Sirâ. Comme la Sirâ dérive en dernier ressort du Coran, c’est tourner dans un cercle vicieux  !  »

Comment en sortir  ? Comment substituer une exégèse scientifique du document source qu’est le Coran à l’exégèse fantaisiste de la Tradition musulmane  ? En écartant cette dernière et en expliquant le Coran non pas par la légende postérieure, mais par le Coran lui-même.

LA MEKKE

Par exemple, La Mekke n’est jamais mentionnée dans le Coran. Ce document ne fournit donc aucune attestation de l’existence de cette cité avant l’islam. En désespoir de cause, les orientalistes modifient le mot de bakka, présent une seule fois dans le texte (III 96), en makka. Mais le texte porte seulement  : «  Oui, la première Maison (bayt ) qui a donné la vie aux hommes est celle de Bakka, bénédiction et voie pour les siècles.  »

Plan de Jérusalem

Lorsque l’auteur du Coran promet à «  ceux qui croient  » de les faire entrer dans des «  jardins  » où les fleuves couleront «  de dessous  » (min tahtihâ; IV 13 et passim), l’expression correspond très précisément au système d’irrigation des «  jardins  » de Jérusalem appelés par les chrétiens «  paradis  », situés au sud-ouest de la ville à l’époque byzantine. Sur le plan, les «  citernes  » désignent de petits réservoirs souterrains.

Bakka (III 96) désigne la vallée située au sud-ouest de Jérusalem.

La Géhenne (jahannam; II 206 et passim), située au sud, en prolongement du val de bâkâ’, offre un contraste saisissant avec le «  paradis  » des «  jardins  ». Transformée en décharge publique où un feu permanent consumait les déchets, la «  géhenne du feu  » (Mt 5, 22; 18, 9) est le symbole du châtiment éternel (IV 14, 93).

La Ka’ba (V 95) est un monument situé sur le chemin qui, de la sainte Sion, lieu de la «  dormition  » de la Bienheureuse Vierge Marie, mène à son «  tombeau  », à Gethsémani.

Les commentateurs traditionnels identifient la «  Maison  » (bayt ), ici mentionnée, avec l’édifice situé actuellement dans la cour de la grande mosquée de La Mekke, appelée Kaba. Mais le mot arabe bayt est transposé de l’hébreu bayit, qui signifie «  maison  », et plus encore  : «  Temple  ». Or, il est employé pour la première fois dans la sourate II où il désigne «  le Lieu d’Abraham  » (II 125), autrement dit  : le Temple de Jérusalem dont une tradition constante place la construction sur le mont Moriyya, lieu du sacrifice d’Isaac. Le verset 127 en annonce la restauration  : «  Alors, Abraham rétablira les assises du Temple (‘al-qawâida mina l-bayti ) avec Ismaël.  » Promesse défigurée plus tard par la légende élaborée par la Tradition musulmane substituant au Temple de Jérusalem le “ Temple de La Mekke ”, lieu de pèlerinage actuel des musulmans en Arabie Saoudite, à l’intérieur du Hedjaz. Mais le nom même de Bakka inchangé, inchangeable, incontournable, nous ramène inexorablement à Jérusalem.

Le «  val de Bâkâ  », au nord de la vallée de Hinnom, était la dernière étape du pèlerinage à Jérusalem, située à l’ouest de la ville, au carrefour des routes venant du nord, de l’ouest et du sud (Ps 84, 7).

Ajoutons que tous les géographes de l’antiquité ignorent La Mekke. La légende qui en fait le lieu de naissance de l’islam n’a donc pas le moindre fondement historique et constitue un énorme anachronisme

À LA DÉCOUVERTE DE LA LANGUE DU CORAN

En bonne méthode historique et critique, il nous faut donc partir du texte coranique, et de lui seul. Mais puisque les corans “ hedjaziens ” les plus archaïques, ainsi que de nombreux corans “ coufiques ” sont sans voyelles, et sans points diacritiques pour distinguer les consonnes, voyelles et points diacritiques ayant été ajoutés en fonction de l’interprétation postérieure, toute dépendante de la “ Tradition ” que nous récusons, nous devons partir du Coran ramené à sa forme la plus primitive qui, non seulement ne comporte pas de voyelles brèves, mais présente en outre plusieurs consonnes sous une forme identique. Par exemple les lettres b, t, th, n et y; de même q et f; ou encore j et h dur, etc.

Réduit à cette forme uniquement consonantique, le Coran est le seul document littéraire en langue arabe que l’islam ait jamais possédé pour connaître l’histoire de ses propres origines.

Un exemple fera comprendre la fécondité d’une recherche engagée sur ces bases rigoureuses. Au verset 126 de la sourate II, le mot baladan, reconnaissable même au commun des mortels puisque “ bled ” est passé dans notre langage courant, est traduit “ ville ” par tous les spécialistes, avec cette précision entre parenthèses  : La Mekke. Or, comme nous venons de le dire, ce nom n’est pas dans le texte, au point que nous pouvons et devons mettre en doute l’existence de cette ville à l’origine. Mais alors, quel est donc ce “ bled ”  ?

Voici la clef de l’énigme  : il suffit de mettre deux points diacritiques au lieu d’un seul sous la première consonne, afin de lire yld au lieu de bld.

Ces trois consonnes s’interprètent alors comme la transcription du mot hébreu yèlèd, «  garçon  », qui désigne Ismaël nommé au verset précédent, où “ le Dieu ” (Allah) rappelle qu’il a «  fait alliance avec Abraham et Ismaël  » (II 125). Tandis que baladan traduit par «  une ville  » n’a aucun rapport avec ce contexte, yaladan traduit par «  un enfant  » s’insère parfaitement dans le verset suivant  : «  En ce temps-là, Abraham dit  : “ Maître, consacre celui-ci en enfant fidèle ”.  » (II 126)

Cet exemple révèle à lui seul que la langue du Coran n’est pour une bonne part que la transcription de la langue hébraïque. Le démonstratif dâ, «  celui-ci  », en est lui-même témoin, étant formé du pronom démonstratif hébreu zèh, préfixé de l’article hébreu ha pour le renforcer.

ALLIANCE EN FAVEUR D’ISMAËL

En poursuivant notre investigation, nous découvrons que l’auteur transpose ainsi en langue arabe la langue hébraïque dans un but précis  : transférer à l’usage des arabes la révélation contenue dans la Bible, où l’on voit en effet Abraham croire que la promesse divine concerne Ismaël  : «  Abraham dit à Dieu  : “ Oh  ! qu’Ismaël vive devant ta face  ! ”  » (Gn 17, 18) Cependant, Dieu le détrompe, précisant qu’il établira son alliance avec Isaac «  comme une alliance perpétuelle  » (Gn 17, 19).

Selon le récit biblique, Dieu ajoute  : «  En faveur d’Ismaël aussi je t’ai entendu  : je le bénis, je le rendrai fécond, je le ferai croître extrêmement, il engendrera douze princes et je ferai de lui un grand peuple.  » L’auteur de la sourate II se prévaut de cette promesse pour transférer à Ismaël le privilège d’Isaac pourtant aussitôt affirmé par Dieu sans équivoque selon la Bible  : «  Mais mon alliance, je l’établirai avec Isaac, que va t’enfanter Sara, l’an prochain à cette saison.  » (Gn 17, 21) Selon le Coran, Dieu dit  : «  Nous avons fait alliance avec Abraham et Ismaël.  » (II 125) (…)

Cette audacieuse initiative conserve cependant un fondement biblique par le biais de la circoncision, «  signe de l’alliance  »  : «  “ Et voici mon alliance qui sera observée entre moi et vous, c’est-à-dire ta race après toi  : que tous vos mâles soient circoncis. ” […] Alors Abraham prit son fils Ismaël […] et Ismaël, son fils, avait treize ans lorsqu’on circoncit la chair de son prépuce. Ce jour même furent circoncis Abraham et son fils Ismaël.  » (Gn 17, 10. 23-26) (…)

La nouveauté apportée par le Coran consiste donc en un brutal retour en arrière, sous couleur de rétablir la religion «  parfaite  » d’Abraham. Le verset 131 cite la parole de Yahweh à Abraham  : «  Sois parfait  !  » (‘aslim) que l’on traduit traditionnellement «  Soumets-toi  !  » mais sans raison et sans égard au texte source qui est la version araméenne du récit de l’Alliance  : haweî shelîm, «  sois parfait  !  » (Tg Gn 17, 1). De l’araméen shelîm, «  entier  », «  intègre  », est dérivé le mot islâm, désignant la religion «  parfaite  » contenue dans le Coran, et le mot muslim, désignant le croyant «  parfait  » dont la religion est l’islâm.

Dans le Coran, Abraham répond  : «  Je suis parfait  », ‘aslamtu. Ce trait n’est pas dans la Bible qui se contente de mentionner la foi d’Abraham  : «  Abram crut en Yahweh, qui le lui compta comme justice.  » (Gn 15, 6) Tandis que la réponse prêtée par le Coran à Abraham tend à l’égaler à Jésus qui, seul, a osé se dire «  parfait  », parce qu’il l’était divinement (Jn 8, 46). (…)

Toute la Bible se trouve ramenée à une seule «  alliance  », celle que Dieu contracta avec Abraham et son fils Ismaël (II 125). Le coup de génie est d’avoir dérobé à saint Paul tout le ressort de son argumentation théologique, à seule fin d’affirmer la pérennité de l’alliance de Dieu avec Abraham et Ismaël, ancêtre éponyme des arabes. (…)

En outre, les contacts avec l’Évangile sont tellement étroits et nombreux que l’abbé Georges de Nantes n’hésite pas à discerner dans la pensée de l’auteur, au-delà d’une claire volonté d’imiter saint Paul, l’intention à peine voilée de se substituer à Jésus lui-même.

De fait, voici des paroles dans le style du quatrième Évangile  : «  C’est pour le Dieu que je suis parfait moi-même, avec celui qui me cherche.  » (III 20; cf. Jn 17) Et encore  : «  Si vous aimez le Dieu, cherchez-moi. Le Dieu vous aimera.  » (III 31; cf. Jn 14, 23) Mais c’est sur lui-même que l’auteur attire l’attention, se substituant au Christ et s’attribuant ses paroles et sa puissance d’intercession.

Le verset 144 de la sourate III, où l’auteur s’attribue le nom divin de muhammadun, incompris des commentateurs et indûment interprété comme un nom propre, achève de révéler cette ambition et marque d’ores et déjà le sommet du Coran.

«  BIEN-AIMÉ  »
(muhammadun)

Nous retrouverons ce mot à trois reprises (XXXIII 40; XLVII 2; XLVIII 29). Morphologiquement, muhammad est un participe passif dérivé de la racine biblique hmd, transcription arabe de la racine biblique hâmad, «  désirer, convoiter  », dont les substantifs dérivés signifient  : «  splendeur, richesse  » (Is 2, 16; Jr 3, 19 et passim). Dans la première sourate, il désigne «  l’amour  » que l’on doit «  au Dieu Maître des siècles  » (I 2).

Une inscription sud-arabique donne le terme mhmd pour le nom du «  Dieu des juifs  » avec le sens de «  objet de louange  ». Dans le Coran, muhammadun qualifie un homme, «  oracle  » (rasûlun) du Dieu, comme dans le Livre de Daniel ‘îsh hamudôt, «  homme des prédilections  », désigne le prophète Daniel (Dn 9, 23; 10, 11. 19). Le préfixe m du mot arabe muhammadun remplace le substantif ‘îsh, «  homme  », de l’expression hébraïque, de telle sorte que le verset 144 de la sourate III peut se traduire ainsi  : «  Un “ bien-aimé ” n’est qu’un oracle.  »

L’interprétation traditionnelle dont dépendent toutes les traductions  : «  Mahomet n’est qu’un Apôtre  » (Régis Blachère), «  Muhammad n’est qu’un prophète  » (Denise Masson) plonge les commentateurs dans l’embarras, les conduisant à fournir les explications les plus contradictoires, à partir des données de la “ Tradition ” musulmane, traduisant leur totale incompréhension. Selon notre interprétation, fondée uniquement sur le texte et le contexte coraniques, le mot muhammadun désigne indubitablement l’auteur de la sourate III. Objet des faveurs divines, «  bien-aimé  », muhammadun, sur qui «  sont descendus l’Écriture, la Sagesse, la Torah et l’Évangile  », il est aussi l’objet de l’attente des hommes, «  désiré  », muhammadun, depuis que «  le Christ-Jésus, fils de Marie  », l’a «  annoncé  ».

Est-ce là son nom propre  ? Il est difficile de le soutenir, sachant que muhammadun se métamorphose une fois, dans le Coran, en ‘ahmd, sans explication onomastique satisfaisante (LXI 6).

LA LÉGENDE DE MAHOMET

Par les «  chaînes de garants  », dont le Père Lammens a établi l’absence de valeur historique, on parvient aux premiers recueils de «  Traditions  », selon lesquelles Mahomet est né à La Mecque d’un père appelé ‘abd Allah et d’une mère nommée Amîna. À sa naissance, l’enfant portait entre les deux épaules, dans le dos, le sceau de la prophétie, comme une grosse verrue….

Mis en nourrice chez les bédouins du désert, l’enfant y connut une purification  : deux anges ouvrirent sa poitrine, en tirèrent le cœur, le nettoyèrent soigneusement et le remirent à sa place, etc.

Un jour, aux abords de la caverne du mont Hîra, près de La Mecque, où Mahomet faisait retraite chaque année, une voix se fit entendre, prononçant trois mots arabes  : «  Tu es l’envoyé de Dieu  !  » L’événement est traditionnellement daté des environs de l’année 610 de l’ère chrétienne. C’était la voix de l’ange Gabriel qui lui révélera le Coran en une seule nuit du mois de Ramadân. Cette révélation fut ensuite répétée en diverses circonstances au cours desquelles Mahomet était parfois parcouru d’incoercibles frissons et demandait qu’on l’enveloppât de laine. D’autres fois, au contraire, son front ruisselait de sueur, même par un froid très vif, etc.

Une nuit, l’ange Gabriel éveilla Mahomet endormi à la Ka ‘ba, et le conduisit à la porte où se tenait «  un animal blanc, tenant de la mule et de l’âne, qui portait sur ses flancs des ailes qui lui servaient à mouvoir ses pattes  ; et chacune de ses foulées couvrait la distance que l’œil est capable d’embrasser  ». Cet extrait de la Vie du fondateur de l’islam, composée au huitième siècle par Ibn Ishâq, donne une idée des sources auxquelles puisent de savants orientalistes qui consacrent des livres épais à cette légende, sans égard aux règles de la critique des témoignages.

Pour notre part, après nous être appliqué à une recherche linguistique dont le présent article donne quelques exemples, il nous est permis de proposer une traduction rigoureuse du Coran, suggérant une hypothèse nouvelle sur les origines historiques de l’islâm.

UNE SEULE RÉVÉLATION

Nous avons d’abord établi que l’auteur était le rédacteur, mais non pas le compositeur de la sourate I, prière déjà ancienne, purement juive, dépourvue de tout caractère spécifiquement “ musulman ” (notre tome I, p. 283-290).

«  Le Dieu  » (Allah) auquel il s’adresse est le Dieu de Moïse. Le nom même d’ “ Allah ” n’est pas un nom propre mais un nom commun  : ‘ilâh, transcription de l’araméen ‘élâh, précédé de l’article défini ‘al. Par contraction, ‘al-ilâh devient ‘allâh  : «  le Dieu  ». Quel Dieu  ? La réponse vient de l’expression qui suit immédiatement  : ‘ar-rahmâni r-rahîmi, «  le Miséricordieux plein de miséricorde  », en apposition au «  nom de Dieu  » que l’on vient d’invoquer, comme dans le livre de l’Exode, rihamtièt-ashèrarahèm  : «  Je fais miséricorde à qui je fais miséricorde  », définit le «  Nom de Yahweh  » prononcé par Dieu devant Moïse (Ex 33, 19), et ‘èl-rahûm, «  le Miséricordieux  » est le Nom de Dieu «  crié  » par Yahweh devant Moïse à deux reprises (Ex 34, 6).

ar-rahmâni r-rahîmi, invoqué ensuite au début de chacune des sourates, désigne donc explicitement le Dieu de l’Horeb dans l’acte même de sa révélation à Moïse. Si nous en doutions encore, le nom biblique d’Élohîm, employé à deux reprises, suffirait à nous en persuader (III 26; V 114).

Témoin d’un premier effort de judaïsation de l’Arabie, la sourate I est aussi le premier document connu de la littérature arabe. La coïncidence est si remarquable qu’il est permis d’y voir une relation de cause à effet, comme si la langue coranique avait été créée pour les besoins de cette cause  : la judaïsation de l’Arabie, entreprise à l’encontre d’une influence chrétienne antérieure bien attestée par les documents de l’épigraphie. Toutes les données que nous avons rassemblées vérifient une nouvelle fois cette vérité formulée au siècle dernier par François Nau  : «  Ce sont des chrétiens surtout qui ont créé des alphabets pour les peuples qu’ils convertissaient et qui leur ont appris à lire et à écrire. L’arabe dit classique ne fait pas exception. Son alphabet est dû aux chrétiens  ; car c’est chez les Arabes chrétiens de Syrie qu’on trouve les plus anciens spécimens de cette écriture.  » (Les Arabes chrétiens de Mésopotamie et de Syrie du septième au huitième siècle, Paris, 1933, p. 96)

Les deux inscriptions de Zabad et de Harrân montrent, en effet, qu’au sixième siècle la langue et l’écriture arabes étaient fixées et utilisées dans les communautés chrétiennes de Syrie, conjointement avec le grec et le syriaque. «  Il ne semble cependant pas qu’on ait beaucoup employé l’arabe, car il était en somme illisible.  » (ibid., p. 98)

NAISSANCE DE LA GRAPHIE ARABE
AU FRONTON DES ÉGLISES

linteau

Linteau de basalte (longueur  : 3, 05 m  ; hauteur  : 0, 67 m) provenant du portail d’une basilique dédiée à saint Serge, daté de 512 après Jésus-Christ, découvert au milieu des ruines romaines de Zabad, dans le désert syrien, près d’Alep. Au centre, monogramme du Christ, sculpté dans un cercle. L’inscription arabe énumère les noms de cinq fidèles arabes, chaque nom nouveau étant précédé de la conjonction waw. Trois d’entre eux portent le nom de “ Serge ”.

linteau

Dessin de l’ensemble et fac-similé de la dédicace grecque, araméenne, arabe qui s’y trouve gravée. Le syriaque est la langue populaire, le grec est la langue urbaine, officielle et littéraire. L’arabe, nouveau venu, appelé à bientôt supplanter grec et syriaque, apparaît pour l’heure comme une création des arabes chrétiens de Syrie.
MARTYRIUM SAINT-JEAN-BAPTISTE-DE-HARRÂN (568 ap. J.-C.)

MARTYRIUM

Partie arabe d’une inscription grecque-arabe relevée au dix-neuvième siècle en Syrie, au nord-ouest du Djebel Druze, sur le linteau d’un «  martyrium  », désigné ici en arabe par les deux derniers mots de la première ligne  : dâ l-mrtûl, «  ce martyrium  ». Ces deux mots encadrent la croix grecque à branches évasées inscrite dans un cercle.

Le texte grec précise que «  le martyrium  », to mart (urion), est consacré à saint Jean-Baptiste. Le grec a servi de base aux tentatives de déchiffrement de l’arabe, objet d’une abondante bibliographie. Après le premier mot de la ligne 2 qui se lit snt, «  année  », viennent les signes nabatéens servant à la notation des nombres, soit 463 de Bosra, 568 de notre ère.

Ainsi, comme l’avait déjà compris Melchior de Vogüé au siècle dernier, «  l’écriture dite coufique, que l’on croyait postérieure à l’islamisme et inventée dans la ville de Coufa, était en réalité constituée dès 568 de notre ère  ». Une simple comparaison avec une page du manuscrit “ Arabe 328 ” de la Bibliothèque nationale de Paris (ci-dessous) révèle en effet une ressemblance frappante entre les lettres gravées sur le linteau du martyrium de Harrân et les lettres grandes et grasses tracées à l’encre brune sur un feuillet de parchemin, à la manière des papyrus égyptiens du septième siècle  : même inclinaison des hampes  ; même écriture raide et anguleuse, d’allure ornementale, correspondant à une graphie difficile, sur un support résistant et quelque peu rugueux comme est le parchemin. L’évolution n’est cependant pas encore achevée  : le ‘ayn des mots bd (ligne 2) et nm (ligne 4) est encore hébraïque.

La formule finale est un acte de foi et d’espérance en la résurrection bienheureuse.

CoranCi-contre, extrait d’une copie fragmentaire du Coran “ Arabe 328 ”, où se lit un passage de la sourate III, versets 141-151; ce document est reconnu par l’ensemble des critiques pour le plus ancien des manuscrits parvenus jusqu’à nous, mais il demeure anonyme et non daté.

 

L’écriture en est raide et anguleuse, comme les inscriptions lapidaires de Zabad et de Harrân, et elle est “ défective ”  : non seulement elle ne comporte pas de voyelles brèves, mais encore certaines consonnes que l’on distingue aujourd’hui par des points diacritiques, ont une forme identique. Par exemple les lettres b, t, th, n et y  ; de même q et f  ; ou encore j et h dur, etc.

C’est ce qui va changer avec l’irruption du Coran, œuvre d’un génie incomparable.

À la différence de la sourate I, la prière à «  Notre Maître  », qui conclut la sourate II, est de sa composition. Et cette sourate elle-même n’est que le récit, en termes “ scripturaires ”, des événements de 610-614, interprétés comme un nouvel Exode. Ce retour à l’Ancien Testament a pour premier corollaire la guerre sainte (djihâd) pour la conquête de Jérusalem (II 208) et le relèvement de la «  Maison  » (bayt ), «  Lieu d’Abraham  » (maqâmuibrâhima), afin d’y accomplir «  pèlerinage  » (hijju), et de restaurer le «  Royaume  » (mulk ), de «  l’Élohîm  » (‘al-llahum; III 26).

Depuis que les Romains avaient détruit le Temple de Jérusalem, en 70 après Jésus-Christ, ne laissant pas pierre sur pierre, selon la prophétie de Notre-Seigneur (Mc 13, 1-2), seules demeuraient en place «  les assises  » (en arabe  : ‘al-qawâida ) de l’immense esplanade construite par Hérode sur l’emplacement du Temple de Salomon, cette «  Maison  » (bayit ) que le Seigneur consacra lui-même en y plaçant son Nom à jamais (1 R 9, 3).

Le Dôme du Rocher

Le “ Dôme du Rocher ” à Jérusalem, mosquée construite sur les “ assises du Temple, ‘al-quawa cida mina l-bayti. ” (II 127)

Moins de six siècles plus tard, un «  Himyarite de grande tente  », comme l’abbé de Nantes identifie l’auteur du Coran, conçoit le projet d’établir «  la Maison d’Abraham  » sur ses «  bases  »  : ‘al-qawâida. Aux juifs qui se prévalaient de la Loi, saint Paul opposait les promesses faites à Abraham avant la promulgation de la Loi (Ga 3, 17). De même, l’auteur du Coran soutient qu’avant l’alliance avec les enfants d’Israël, qui dégénéra en «  schisme  » opposant les «  Juifs  » aux «  Nazoréens  », comme il appelle les Chrétiens, subsistait la foi des fils d’Abraham, en particulier ceux de la servitude, les Ismaélites, ancêtres des Arabes (III 64-68). Que resplendisse donc de nouveau la «  Maison  » (bayit ), le «  Lieu d’Abraham  » (maqâmibrâhim), selon la promesse mise hardiment par l’auteur dans la bouche de Dieu prévoyant «  l’apostasie  » des Juifs et des Nazoréens  :

«  Alors, Abraham rétablira les assises (‘al-qawâida ) du Temple avec Ismaël.  » (II 127)

Et le monde connaîtra enfin la paix.

Si cette prétention était une pure invention, sans fondement biblique, elle aurait sombré dans le ridicule, et n’aurait sans doute jamais réussi à s’imposer comme révélation divine à des milliards d’êtres humains. Mais il faut reconnaître qu’il y a du vrai, puisque le signe de l’alliance est la circoncision. Or, Ismaël fut circoncis avant Isaac (Gn 17, 23-26). (…)

La première alliance, c’est Agar, mère d’Ismaël, ancêtre des Arabes… Telle est l’affirmation centrale, capitale, profondément antichrist, du Coran. Elle évacue, au bénéfice d’Ismaël et de sa race, l’élection exclusive, le privilège singulier d’Isaac, en prétendant que la séparation et la concurrence que se font les religions juive et chrétienne sont un «  schisme postérieur  » à l’alliance première d’un Dieu qui ne change pas.

L’auteur n’a donc pas pour dessein de fonder une troisième religion, mais d’abolir les deux autres en restaurant ce qu’il considère comme la seule tradition abrahamique authentique.

UN “ PÈLERINAGE ” QUI TOURNE
À LA GUERRE SAINTE

Dans ce but, il a «  quitté sa tente  » et «  posté les fidèles pour le combat  » (III 121).

L’auteur du Coran s’identifie à Moïse, car il s’agit d’une reconquête. (…) Pour les enfants d’Agar la «  servante  », et de «  son fils  » Ismaël, voici venue l’heure de la revanche  ! «  Et tuez-les partout où vous les tenez, et chassez-les de là où ils vous ont chassés.  » Actuel  !

Et point de quartier  ! «  Car il est pire de se laisser séduire que de tuer.  » (II 191) Avis à ceux qui croient obtenir la paix par le “ dialogue ”  ! (…)

L’objectif n’est pas le Ciel, comme pour les chrétiens, mais «  le Temple dévasté  »  : «  Déjà, nous voyons que tu te tournes vers le Ciel. Eh bien  ! Nous te ferons embrasser une tradition que tu agréeras  : Tourne-toi du côté du Temple dévasté.  » (II 144)

Si l’on récuse la légende musulmane postérieure, pour s’en tenir au texte du Coran rapporté aux données attestées par l’histoire positive, une hypothèse s’impose  : chef de l’expédition sarrasine qui se joignit à la coalition judéo-perse de 614, l’auteur a, tel Josué, conduit les enfants d’Ismaël à la conquête du «  Pays  » (II 11, 168), jusqu’aux «  portes du Dieu  » (II 158, 189), dénomination désignant respectivement le mont Scopus, éminence sise au nord de Jérusalem, d’où l’on découvre la Ville sainte comme d’un observatoire, d’une part, et une localité de la montagne de Juda, d’autre part. Ils ont «  déferlé d’Arabie  » (II 198), sont entrés dans Jérusalem (II 208). Tel un nouveau David, l’auteur, d’abord victorieux, fit obstacle au désir de domination universelle, tant des juifs que des chrétiens (III 151-152), non sans renouer cependant avec la grande politique théocratique d’Isaïe et avec son universalisme, mais pour asservir le monde aux enfants d’Ismaël.

Carte de l'Arabie

On atteint à Hégra la limite sud de la province romaine d’Arabie, à laquelle Trajan rattacha l’antique royaume nabatéen en 106 après Jésus-Christ. Ne cherchez pas La Mecque… elle n’existe pas encore  ! De nombreux indices suggèrent que l’auteur a «  réuni en bandes (jahada)  » à Hégra ses «  fidèles  » pour les conduire en Terre sainte, tel un nouveau Moïse.

Le premier élan de cette conquête victorieuse fut brisé et se transforma en un véritable «  calvaire  » (qarhun; III 140, 172), du fait d’embûches tendues, de trahisons fomentées par la perfidie de faux frères, les enfants d’Israël. De plus, des murmures se sont élevés dans les rangs des enfants d’Ismaël eux-mêmes.

Finalement, ceux-ci ont été «  dispersés  » (III 123), et «  expulsés  » (III 195).

C’est alors que l’auteur, loin de renoncer à son grand dessein, a rédigé la sourate III pour raffermir le courage des «  hésitants  » par cette «  Écriture  », tirant de l’échec même une promesse de «  restauration  », de «  retour  » définitif, à la manière de Jésus faisant toujours suivre l’annonce de sa Passion et de sa mort, de celle de sa résurrection  ; ou encore à la manière de saint Paul tirant toute sa force de sa «  faiblesse  » même. (…)

Puis il a rassemblé de nouveau son monde… Où  ? Les sourates IV et V permettent de répondre à cette question  : en Nabatène. C’est là qu’il les a dotés d’une loi, avant de les ramener à la conquête de la Terre sainte.

CONCLUSION

Il nous est permis de tirer une première conclusion de l’abondance des emprunts faits à la Bible par l’auteur. Ils nous conduisent à considérer ce dernier, non pas comme le bénéficiaire d’une hypothétique révélation particulière, mais comme un «  frère séparé  » vivant encore de la sève première qui monte du tronc vigoureux de la religion mère. Car il n’existe au monde qu’un Livre qui puisse être considéré sans démission de l’esprit comme révélation divine, c’est la Bible, témoin d’événements inouïs sur lesquels se fonde à bon droit la foi d’innombrables chrétiens. (…)

La vie de Mahomet et l’histoire de la “ conquête arabe ” ont été inventées pour expliquer un livre, le Coran, qui les précède l’une et l’autre. Tandis que la tradition juive et chrétienne est première, et les écrits, tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, viennent après les événements fondateurs, pour en consigner les récits transmis par la tradition… et confirmée, de surcroît, par les découvertes archéologiques.

À cet égard, il est indiscutablement bon, il est même urgent de détruire la prétention à la suprématie religieuse et politique fondée par l’islam sur sa croyance à une révélation exclusivement et spécifiquement arabe. «  C’est à une telle croyance que notre monde doit l’un de ses plus constants motifs de guerre inexpiable  », observait l’abbé de Nantes.

«  Faire rentrer l’islam dans la communauté des fidèles de la Bible, des fils d’Abraham, serait une œuvre magnifique […]. Quand donc tous les petits enfants du monde apprendront-ils les magnifiques histoires d’Abraham, de Moïse et d’Élie  ! Alors, ce patrimoine commun à l’humanité aidera la communauté d’une même civilisation spirituelle.  »

frère Bruno de Jésus.
Extraits de Il est ressucité  ! n° 53, janvier 2007, p. 7-18; n° 55, mars 2007, p. 5-14

Tomes sur le Coran

Le Coran… traduction et commentaire systématique – Tomes 1 , 2, 3
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