La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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La mission de saint Michel

Mont Saint-Michel

«  La Nuée lumineuse qui dérobe à notre vue la splendeur de la majesté divine recouvre aussi, dans son mystère céleste, ces multitudes d’êtres spirituels que nous fait connaître la foi.  » La Lettre à mes Amis n° 224, consacrée aux anges et à leur vocation, commence par cette profession de foi. Il y a au Ciel «  des myriades de myriades et des milliers de milliers  » d’anges, nous apprend l’Apocalypse. Ils désirent plus ardemment que nous notre salut, et s’y dévouent avec un zèle infatigable. Dévoués à notre salut particulier, ils le sont plus encore à celui de l’Église et de la Chrétienté qui en est la condition nécessaire, furieusement combattus par Satan et ses anges acharnés à notre perte. (…)

Parcourir l’Histoire sainte jusqu’à nos jours et constater à quel point le chef de ces anges ne se désintéresse pas des luttes de notre patrie et de l’Église. C’est, au contraire, une grande part de sa mission et il s’y donne avec ardeur. (…) Peut-être y trouverons-nous davantage de raisons de le prier et de l’invoquer en même temps que Marie, dans ce combat d’Apocalypse que nous vivons aujourd’hui.

SAINT MICHEL RÉVÉLÉ DANS LA BIBLE

Les anges furent créés esprits purs, saints et heureux, remplis d’amour de Dieu. Lucifer en était le chef. Le plus brillant et le plus intelligent des anges se tenait au plus près de son Créateur et distribuait à ses frères les bienfaits et les grâces reçus. Tous ces anges s’ordonnent en une hiérarchie composée de neuf Chœurs, depuis les Séraphins et les Chérubins, jusqu’aux Archanges, qui se trouvent, contrairement à l’idée reçue, au degré inférieur de cette hiérarchie, avec les Anges gardiens.

«  Et voici qu’au Matin, arrivent de nouveaux ordres qui bouleversent les anciens, de leurs chaînes de “ miracles ” inouïs  : folie  !  » Dans sa Lettre, notre Père explique cette mise à l’épreuve  : «  Je crois qu’ils lurent, dans ce Cœur ouvert à leurs regards, le nom de Jésus, et cela dut les stupéfier. Ils comprirent qu’au-dessus d’eux, préféré à tous, existait pour le Père Céleste Quelqu’un dont seul apparaissait le Visage humain. Ils y devinèrent une sollicitude stupéfiante de ce Cœur pour les vers de terre que nous sommes, une patience, un excès d’amour incompréhensibles.  » Ils comprirent qu’eux, créatures plus élevées que les humains, devraient se dévouer à leur salut. Telle était la volonté de Dieu.

Lucifer refuse et lève l’étendard de la révolte  : «  Non serviam  !  » Stupéfaction chez les anges, et sur la Face de Dieu colère et tristesse. (…)

Aussitôt ce fut, parmi les anges, «  une lutte d’Esprit à Esprit, plus terrible que les nôtres, mais pour nous combien mystérieuse  !  » d’une violence extrême.

«  Michel et ses anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, appuyé par ses Anges, mais ils eurent le dessous et furent chassés du Ciel. On le jeta donc l’énorme Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses anges furent jetés avec lui.  » (Ap 12, 7-9)

La lutte se poursuit maintenant dans le monde. Les saints anges aident les hommes à se sauver, et les démons travaillent à leur perte.

«  Les bons anges et les saints qui sont au Ciel nous aident tant qu’ils peuvent, par leurs prières, leurs mérites et leurs exemples. Cela compense l’action des démons  : quand on fait appel à saint Michel archange, le diable recule devant son ennemi personnel.  » (Georges de Nantes, Autodafé, Il est ressuscité n° 72, p. 35)

Saint Jude enseigne en effet que «  l’archange Michel plaide contre le diable  » (verset 9).

Suivons saint Michel dans ce combat temporel.

Dans le récit des origines, après la faute d’Adam, Yahweh poste devant le Paradis terrestre des «  chérubins et la flamme du glaive fulgurant  » (Gn 3, 24). Chérubins et flamme du glaive fulgurant sont bien distincts. La flamme est tenue par saint Michel, gardien du Paradis. Il donne l’autorisation aux élus d’y entrer. Il est le peseur de nos âmes. C’est pourquoi les sculpteurs de nos cathédrales le représentent si souvent avec une balance dans la main.

On le retrouve ensuite dans le livre de Daniel, défenseur du peuple de Dieu dans un combat à la fois temporel et spirituel contre les «  peuples  », leurs faux cultes ou leur impiété. Après la captivité de Babylone, une partie des juifs était demeurée en exil sous la domination perse, jouissant d’une certaine considération… Mais l’ange de Yahweh révèle qu’il doit combattre le «  Prince de Perse  » et que nul ne lui vient en aide sinon Michel, «  votre Prince, mon appui pour me prêter main-forte et me soutenir  » (Dn 10, 21 à 11, 1).

Ce récit nous apprend deux choses  : d’une part, que les nations ont des Anges commis à leur garde et, d’autre part, que saint Michel est le défenseur du peuple de Dieu que fut Israël et qui est maintenant l’Église.

Au dix-huitième siècle, saint Alphonse de Liguori écrit  : «  Ce fut lui, Prince de la Synagogue, qui maintint en Israël la foi en un seul Dieu et l’espérance dans le futur Messie.  » Ainsi, l’Histoire sainte est une chronique des protections de saint Michel sur le peuple d’Israël  ! mais «  lorsque Jésus vint au monde, continue saint Alphonse, et que les juifs refusèrent de le reconnaître pour leur Sauveur, Dieu réprouva leur Église et voulut que saint Michel fut, après la Divine Mère, le principal protecteur de la nouvelle Église des chrétiens  ».

ANGE GARDIEN DU SOUVERAIN PONTIFE ET DE L’ÉGLISE

Pour défendre l’Église, saint Michel établit son quartier général en Italie. En 490, un riche paysan, Gargan, de la ville de Siponte, en Italie méridionale, au bord de la mer Adriatique, était parti à la recherche de son taureau enfui dans la montagne. Il le retrouve enfin agenouillé devant une grotte. Sous le coup de la colère, il lui décoche une flèche qui rebondit et se fiche dans sa cuisse. Terrifié, Gargan court voir l’évêque saint Laurent qui vit en songe, la nuit suivante, l’archange saint Michel lui demandant de lui consacrer la grotte. Ce qu’il fait en 493.

Ce mont prend le nom de mont Gargan et devient le centre du culte de l’Archange. C’est comme le poste de sentinelle de saint Michel pour garder Rome. Les Papes furent nombreux à implorer sa protection.

Pour le remercier, ils construiront sur le sommet du château Saint-Ange une petite chapelle imitant la grotte du mont Gargan et dans laquelle l’un d’eux inscrivit cet ex-voto  : «  Saint Michel, soyez mon protecteur et mon défenseur comme vous l’avez été de tous ceux qui m’ont précédé sur la chaire de Pierre.  »

Saint Michel est réellement commis à la garde du Souverain Pontife et de l’Église non seulement contre leurs ennemis de l’extérieur, mais encore au sein des querelles internes. En 726, éclate entre Rome et Byzance la querelle des Images. L’empereur byzantin forme le dessein d’asservir le Souverain Pontife et d’envoyer une armée contre lui. Le Pape ne peut compter sur les Lombards qui occupent l’Italie et qui le trahiront. Il se tourne donc vers la Fille aînée de l’Église, vers notre patrie.

SAINT MICHEL PREND POSSESSION DE LA FRANCE

Il faut revenir quelques dizaines d’années en arrière pour comprendre la situation du royaume franc. Vers l’an 700, celui-ci n’aurait pas été capable de prendre la défense du Pape et de l’Église. Il traversait une période de crise politique et religieuse grave  : les rois mérovingiens n’exerçaient plus de pouvoir réel, l’Église franque semblait s’abandonner à une irrémédiable décadence, et les Francs vivaient sous la double menace des Germains à l’est et des Sarrasins au sud.

C’est alors que saint Michel intervient en personne…

En 708, il apparaît en songe à saint Aubert, évêque d’Avranches, pour lui demander de construire sur le mont Tombe un sanctuaire en son honneur. Craignant une illusion, saint Aubert n’obéit qu’à la troisième demande de l’Archange, mais finit par construire une petite chapelle à laquelle il commet douze chanoines.

Childebert III, roi de Neustrie, est le premier souverain à s’y rendre en pèlerinage. Il dépose «  son sceptre et sa couronne entre les mains de Monseigneur saint Michel  », le prenant ainsi pour gardien officiel des Francs.

Ce retable du dix-huitième siècle, conservé au musée de Fulda, était destiné à l’origine à surmonter un autel de la célèbre abbaye fondée par saint Boniface, l’apôtre de la Germanie.

Saint Michel a désormais son sanctuaire, d’où il va pouvoir arranger les affaires du royaume. Une étude attentive de l’histoire montre qu’il l’a fait discrètement par l’intermédiaire de saint Boniface, l’ “ apôtre de la Germanie ”.

Ce moine d’origine anglaise, né en 680, avait été envoyé par le pape Grégoire II dans les dures missions d’outre-Rhin. Très grand dévot de saint Michel, il combattait le paganisme en son nom. Pour venir à bout de sa tâche, il groupait les populations néophytes autour d’églises et de monastères dont plusieurs lui furent dédiés. Il fonda notamment le Mickelsberg, le Mont-Saint-Michel allemand en Bavière. Il avait eu à cet endroit beaucoup de difficultés à renverser un temple païen et allait repartir découragé, quand il vit dans les airs saint Michel terrasser le démon.

Or, saint Boniface est aidé dans ses missions par le maire du palais, Charles Martel, qui lui voue une véritable vénération. À la mort de leur père, Carloman et Pépin le Bref continuent à assurer avec grand cœur la protection du moine-missionnaire qui rend en échange de grands services à notre nation.

En 742, saint Boniface est nommé archevêque et entreprend une réforme de l’Église franque  : condamnation des hérétiques, nomination de nouveaux évêques, obligation pour les clercs de mener une vie conforme à leur vocation et de porter l’habit, remise en honneur de la règle bénédictine… Ainsi corrigé, le clergé franc devient la force vive de la nation sur laquelle s’appuieront les rois carolingiens.

En 747, Carloman renonce à la couronne au profit de son frère pour entrer au couvent. Pépin le Bref charge saint Burchard de Wurtzenbourg, disciple de saint Boniface, de demander au pape Zacharie l’autorisation de déposer le dernier roi mérovingien et de se faire acclamer roi des Francs. Le Pape ayant donné son aval, Pépin est oint d’huile sainte à Soissons par saint Boniface le 6 janvier 751. (…)

La dynastie carolingienne est née.

Stabilisé, le royaume franc peut venir au secours du Pape. Menacé par les Byzantins et les Lombards, «  le pape Étienne II vient lui-même en Gaule, durant l’hiver 754, “ supplier avec larmes le roi des Francs de prendre en main la cause de saint Pierre et de la République romaine ”  » (ibid.)

Le roi s’y engage solennellement, sans doute en l’abbaye Saint-Mihiel où le Pape résidait et dont il prédit les grandeurs. Fondée en 709, cette abbaye dédiée à saint Michel possède sur son territoire le village de Domremy  ! Pépin le Bref franchit les Alpes à deux reprises, en 754 et en 756. Il fera bientôt donation à l’Église de toutes les villes reprises aux Lombards, constituant ainsi «  les États de l’Église  ».

Tout cela se fit sous la protection de saint Michel, car de saint Boniface, la dévotion à saint Michel était passée à Charles Martel et à Pépin le Bref. Charlemagne la développa plus encore.

Cet empereur confie à l’Archange bon nombre de ses affaires. Il tient ses assemblées et fixe ses départs en guerre à l’abbaye Saint-Mihiel. Il établit l’Archange patron du royaume, et fixe au 29 septembre la fête officielle de l’empire franc. Il le fait représenter sur ses étendards avec l’inscription  : “ Saint Michel, patron et prince de l’Empire des Gaules ”. (…)

SAINT MICHEL COMBAT POUR NOUS

Cette statue domine la flèche de la basilique du Mont-Saint-Michel depuis 1897; œuvre du sculpteur Frémiet, auteur de la statue équestre de sainte Jeanne d’Arc place des Pyramides à Paris.

Au cours des siècles, la dévotion à saint Michel s’étend sur toute la France.

Les sanctuaires qui lui sont voués se multiplient. Un pèlerin du Midi pouvait en rencontrer dix-sept, tel celui de Saint-Michel-d’Aiguilhe au Puy-en-Velay, avant d’atteindre le mont Saint-Michel. Dans les églises carolingiennes, la chapelle du narthex était consacrée à saint Michel ou aux saints anges. Dans les monastères bénédictins et clunisiens, il était d’usage de dédier à saint Michel l’une des tours qui défendaient l’entrée de la cour précédant l’église. Des centaines d’églises et d’oratoires se mettent sous sa protection.

Des confréries religieuses regroupent les anciens pèlerins du Mont-Saint-Michel pour faire l’aumône, visiter les hôpitaux, ensevelir les morts.

À l’adoubement, tous les chevaliers sont placés conjointement sous le patronage de saint Georges et de saint Michel  : «  Au nom de Dieu, de saint Michel et de saint Georges, je te fais chevalier.  »

Plus de cinq cents villes le prennent pour patron. Et près d’une trentaine de corporations  : les fabricants de balances, les coiffeurs qui honorent le “ chef ” de la milice, les rôtisseurs, les armuriers, les boulangers…

La fête de l’Archange, le 29 septembre, donne occasion de multiplier les pèlerinages, les processions. Ce jour-là aussi, les juges rendaient les arrêts les plus graves. La perspective d’être un jour jugé par saint Michel inclinait puissamment les fidèles à agir avec honnêteté  !

Quant à nos souverains, au cours de la cérémonie de leur sacre, lors de la bénédiction de la bannière royale, ils étaient placés sous la protection particulière de l’Archange. Au convoi funèbre du roi, saint Michel était représenté par le grand étendard frappé à son effigie.

De leur vivant, pas un qui ne montrât par quelque manifestation publique, tel un pèlerinage, sa soumission à saint Michel. Mis à la tête de la première Croisade par Philippe Ier, Godefroy de Bouillon fait prier saint Michel par des chanoines d’Anvers institués spécialement en chapitre à cette fin. Le siège de Jérusalem s’avère si difficile que les Croisés se découragent. Après avoir ordonné un triduum de prière et de pénitence, Godefroy réitère un assaut pénible et prolongé. Les courages faiblissent quand, soudain, les chrétiens voient apparaître l’Archange faisant signe aux troupes de retourner au combat. Et c’est au cri de «  saint Michel combat pour nous  » que l’assaut final est donné le Vendredi saint 1099. Un vitrail de la cathédrale d’Anvers commémore ce miracle. Au treizième siècle, Philippe Auguste fait construire sur le mont Saint-Michel la “ Merveille ” qu’on y voit actuellement, ainsi dénommée parce qu’elle est une réussite magnifique d’église gothique de quatre-vingts mètres de long, édifiée au sommet d’une pyramide. Le roi envoie Simon de Montfort combattre les Albigeois sous la protection de saint Michel. Saint Louis fait placer une statue de l’Archange au sommet de la Sainte-Chapelle à côté de son palais.

Bref, dans tout le royaume, pendant des siècles, on honorait saint Michel dans les églises et sur les places publiques… et c’est sous cet étendard que la France accomplit sa mission de bouclier de l’Église. Toujours prête à envoyer une armée auprès du Pape à Rome, ou contre les infidèles et les hérétiques, ou tout simplement à accueillir le Pape en exil, comme elle le fit au quatorzième siècle à Avignon.

«  JE SUIS MICHEL, PROTECTEUR DE LA FRANCE.  »

On se croyait invincible et nous voici soudain à la merci des Anglais. Au traité de Troyes, en 1420, le roi Charles VI promet qu’à sa mort la couronne reviendra au roi d’Angleterre. La situation devient désespérée quand, en 1429, les Anglais assiègent la dernière ville qui leur barre la route  : Orléans. Elle va tomber… lorsque saint Michel envoie sainte Jeanne d’Arc.

Jeanne d’Arc est originaire du Barrois, province spécialement consacrée à l’archange avec son abbaye Saint-Mihiel, éloignée de Domremy. Mais Jeanne se rendait fréquemment en pèlerinage à Moncel, à deux kilomètres de son village, où on honorait l’Archange.

Un jour d’été 1424, elle le voit. (…)

«  Je l’ai vu des yeux de mon corps, aussi bien que je vous vois… Je l’ai vu de mes yeux corporels.  »

Pourquoi Jeanne est-elle aussi sûre d’avoir vu saint Michel  ? Parce qu’il s’est fait connaître  :

«  Je suis Michel, le protecteur de la France.  »

Cette seule parole confirme que la protection sollicitée par nos rois auprès de saint Michel leur était accordée.

Jeanne d’Arc disait vrai. Elle délivre miraculeusement Orléans le 8 mai 1429, en la fête de saint Michel. La bataille de Patay qui ouvre la route de Reims est gagnée le 18 juin, jour de la translation des reliques de saint Aubert, puis c’est le couronnement royal dans la ville du sacre. (…)

Mais cela ne les dissuade pas de la faire périr sur le bûcher. Victime expiatoire, elle racheta les fautes de la France par son martyre.

Cette protection de saint Michel sur la France se manifestait dans celle qu’il accordait au Mont lui-même. Le trentième abbé du Mont, Robert Jolivet, d’esprit courtisan et dépourvu de piété, assurait la capitainerie du Mont. Mais en 1420, il fait volte-face. Il trahit son roi et se rend à Rouen pour se soumettre au roi d’Angleterre. Scandale au monastère  ! Le chapitre conventuel élit un nouveau prieur, Jean Gonault.

Jolivet va plus loin dans son crime  : il indique aux Anglais les points faibles de la forteresse qu’il connaissait mieux que personne pour l’avoir construite. Mais, tous ses efforts furent vains, et jamais aucun Anglais ne put s’emparer du sanctuaire. (…)

SAINT MICHEL DÉPOSSÉDÉ

Notre Père explique qu’au seizième siècle commence le grand combat des derniers temps dont nous vivons aujourd’hui le paroxysme. Le plan de Satan est simple  : renverser l’Église après avoir détruit son bouclier qu’est la France.

Il semble que la Sainte Vierge ait voulu nous prévenir de ce péril. Elle apparaît en 1519, précisément au moment de la révolte luthérienne, à Cotignac, à un pauvre paysan, Jean de la Beaume. Elle demande des processions. Elle est accompagnée de saint Michel, son chevalier servant, et de saint Bernard, son chantre incomparable.

Les hautes classes de la société, influencées par la Réforme, discutent de plus en plus les dogmes, mettent en doute l’existence des anges et l’intervention des saints. Le Mont-Saint-Michel, sanctuaire national, perd de sa prééminence. Henri III, martyr de la monarchie en 1589, est le dernier roi à s’y rendre en pèlerinage.

Pourtant, la Sainte Vierge et saint Michel ne retirent pas leur protection  : il faut que France demeure  ! Aussi, dès que le roi se tourne vers eux, il est exaucé.

La victoire de La Rochelle est obtenue grâce à Notre-Dame en 1628, et Louis XIII reconnaissant consacre la France à la Sainte Vierge le 15 août 1638. La fête nationale est désormais fixée au 15 août, au lieu du 29 septembre. Saint Michel “ passe la main ” à l’Immaculée. Et à y regarder de plus près, à Domremy, à Cotignac, l’Archange se présente, plutôt qu’en puissant guerrier, en chevalier servant, en garde du corps, en serviteur de l’Immaculée.

À la mort de Louis XIII en 1643, Louis XIV, dont la naissance fut obtenue par l’intercession de Notre-Dame de Cotignac, n’a que quatre ans. Sa mère, Anne d’Autriche, dirige les affaires du royaume avec le cardinal Mazarin.

Bientôt la révolte gronde dans les rues de Paris et dans les campagnes. C’est la Fronde. Notre Père explique que la France réagissait mal, mais se révoltait contre «  la dictature ecclésiastique  » de Richelieu et de Mazarin. Pendant quatre ans, la révolte, attisée par les protestants, fut menée avec opiniâtreté.

Ne voyant pas d’issue, Anne d’Autriche demande à Monsieur Olier, fondateur des prêtres de Saint-Sulpice, de composer un acte de renouvellement de la “ Consécration de la couronne et du royaume à l’archange ”.

Voici cette prière  :

«  Glorieux saint Michel, prince de la milice céleste et général des armées de Dieu, je vous reconnais tout-puissant par lui sur les royaumes et les États. Je me soumets à vous avec toute ma cour, mon État et ma famille, afin de vivre sous votre protection, et je me renouvelle autant qu’il est en moi, dans la piété de tous mes prédécesseurs qui vous ont toujours regardé comme leur défenseur particulier. Donc, pour l’amour que vous avez pour cet État, assujettissez le tout à Dieu et à ceux qui le représentent.  »

En gage d’allégeance, la reine mère fait vœu d’élever un autel et de faire dire des messes en l’honneur de saint Michel. Elle tiendra si bien parole que, à la fin de l’année 1652, le royaume recouvrait sa stabilité. Les moines du Mont-Saint-Michel furent chargés d’honorer les messes.

Louis XIV commence son règne grandiose, mais par une mise à l’épreuve. Le roi est bafoué par la papauté, l’Europe se coalise pour abattre sa suprématie et briser son empire. Tout va vraiment très mal quand, en 1689, Notre-Seigneur fait savoir par sainte Marguerite-Marie que le roi triomphera de tous ses ennemis, qui sont aussi «  ceux de l’Église  », s’il soumet publiquement sa personne et son État au Sacré-Cœur… S’il le fait, promesse divine  ! Louis XIV sera pour l’Église un nouveau Clovis, un nouveau Charlemagne, un nouveau Saint Louis. Mais, chose incroyable, Louis XIV, le roi très chrétien, refuse  ! Commence alors pour la France une lente déchristianisation.

Saint Louis-Marie Grignon de Montfort s’en alarme et clame partout que l’Église et la Chrétienté entrent dans une période dramatique. «  Il est envoyé à son siècle, écrit notre Père, pour le garder du péril le plus important qui est le péril de l’humanisme, le péril de la culture, de la civilisation qui se constitue comme une valeur en soi, loin de Dieu, loin du Christ. C’est l’équivalent des prophètes de l’Ancien Testament, de Samuel à Jean-Baptiste  ; c’est pourquoi les “ grands ” ne l’ont pas compris, comme au temps d’Achab ou d’Ézéchias.  »

En 1706, saint Louis-Marie se rend à Rome pour s’offrir au Pape qui lui confie la France comme champ d’apostolat. Se sentant incapable d’une telle mission, il s’en va en pèlerinage au Mont, et s’en remet à saint Michel archange, patron de la France, vainqueur de Satan dont les suppôts commence à pervertir la société du dix-huitième siècle. Il veut lutter avec saint Michel contre les “ mondains ”, comme saint Boniface jadis contre les barbares.

Sa “ prière embrasée ” est empreinte de cette vision apocalyptique de l’état d’un monde où voleurs, soldats, marchands s’unissent pour livrer bataille sous l’étendard et la conduite du démon  : «  Et vous, grand Dieu  !… Quasi personne ne prendra votre parti en main  ? Quasi aucun soldat ne se rangera sous vos étendards  ? Quasi aucun saint Michel ne s’écriera du milieu de ses frères, en zélant votre gloire  : Quis ut Deus  ? Ah  ! permettez-moi de crier partout  : Au feu, au feu, au feu  !…  »

Les craintes et les prophéties de saint Louis-Marie se vérifient à la lettre. Les tenants des “ Lumières ” et autres incrédules qui avaient observé une craintive retenue sous le règne de Louis XIV, attaquent l’Église impunément sous la Régence. La franc-maçonnerie s’introduit en France en 1725. Les Loges se multiplient dans la haute société  : le “ Grand Orient de France ” est créé en 1773 et son grand maître est le duc d’Orléans  !

Le clergé aussi est séduit par Voltaire et Rousseau. Il s’ensuit un attiédissement général de la piété, une diminution des vocations religieuses et un effondrement du zèle missionnaire. L’autorité épiscopale interdit aux confréries de saint Michel de jouer les mystères, prétextant qu’on ne peut plus supporter les scènes trop naïves sans scandaliser les esprits forts de ce siècle.

Louis XV est également atteint par ce scepticisme. Il est le premier de nos rois à ne pas consacrer le royaume à saint Michel, laissant ainsi le champ libre à ses ennemis visibles et invisibles. Un abbé du Mont-Saint-Michel, Richard de Toustain, qui avait reçu autrefois Saint Louis, aurait prédit que «  la postérité du roi qui se serait dispensé de venir prier saint Michel dans son sanctuaire, serait frappée jusqu’à la troisième génération.  » Sous Louis XVI, des églises consacrées à saint Michel s’écroulent et ne sont pas rebâties, tel Saint-Michel-de-la-Cour-du-Palais dans l’île de la Cité.

La Révolution de 1789 supprime les traditions, détruit partiellement les églises consacrées à Saint-Michel, proscrit les fêtes et solennités de l’Archange, abolit ses confréries. Ainsi dépossédé de son titre d’Ange gardien de la France, il est chassé du Mont en la personne des bénédictins du sanctuaire contraints à l’exil. Quelques mois plus tard, le procureur syndic d’Avranches fait saisir le trésor de l’abbaye et le Mont-Saint-Michel devient le “ Mont-Libre ”. Plus de trois cents prêtres réfractaires y sont internés.

L’Empire en fait une maison de force.

SAINT MICHEL ÉTEND LE CULTE DU SACRÉ-CŒUR

Après le refus opposé par Louis XIV aux demandes du Sacré-Cœur, saint Michel se détourne de la France. Voyons-le à l’œuvre en Espagne.

Il faut lire à ce sujet l’étude de frère François publiée en juillet 2004 sur Bernardo Francisco de Hoyos (Il est ressuscité, n° 24). Né en 1711 à Terrelobaton près de Valladolid, il avait été admis dès l’âge de quatorze ans au noviciat de la Compagnie de Jésus. Six mois après, il est favorisé de visions qui ne cesseront plus jusqu’à sa mort en 1735.

À vingt-deux ans, il apprend de Jésus que sa vocation sera de promouvoir en Espagne le culte du Sacré-Cœur, et de laisser agir la Providence.

Un jour, après la communion, il entend saint Michel lui expliquer «  comment étendre le culte du Cœur de Jésus à travers toute l’Espagne et, plus universellement, dans toute l’Église.

«  Il me dit, raconte le frère Hoyos, que lui même, en tant que protecteur de l’Église, aiderait à cette entreprise. Que celle-ci s’accomplirait par notre intermédiaire dans la mesure voulue par Dieu, qu’il y aurait aussi de très graves difficultés, mais que nous éprouverions les effets de son assistance  : elles seraient vaincues.  »

Il en fut ainsi. Le frère Hoyos veut publier un opuscule sur le culte du Sacré-Cœur, mais les autorités ecclésiastiques y mettent mille entraves  ; il faut l’envoyer à Rome  ; l’archevêque de Valladolid n’aime pas cette dévotion et quand, enfin, l’imprimatur est accordé, l’impression est encore différée.

Le frère Hoyos se plaint à saint Michel qui lui répond qu’il doit se soumettre à la Providence et que le Seigneur réalisera ses volontés, même par des moyens apparemment contraires.

Quand enfin l’opuscule est imprimé en octobre 1734, tous les évêques d’Espagne et le roi Philippe V lui-même montrent leur enthousiasme et sollicitent de Clément XII l’institution de la fête du Sacré-Cœur. Mais, le Pape refuse… comme Louis XIV. Et il faut attendre Pie VII pour que celui-ci approuve avec ardeur cette dévotion en 1815. Il ordonne que la fête soit célébrée en Espagne le vendredi qui suit l’octave du Corpus Christi.

«  FAIS CONNAÎTRE MES GRANDEURS.  »

La monarchie française étant détruite, l’incendie révolutionnaire s’étend jusqu’à Rome. Pendant quarante ans, les troupes italiennes républicaines tentent d’occuper les États du Pape. La France retrouve sa première vocation de protectrice de l’Église. Napoléon III autorise l’envoi des zouaves pontificaux. Mais il trahit bientôt, rappelle ses troupes et s’allie avec le franc-maçon italien Cavour. Les républicains occupent la Ville éternelle en septembre 1870.

Notre Père explique que la souveraineté temporelle du Pape était nécessaire, car elle était l’assise de sa souveraineté spirituelle. En perdant Rome, le Pape serait tôt ou tard tenté de s’assujettir au gouvernement italien, ne serait-ce que pour garantir sa sécurité. Les saints papes Pie IX et Pie X résisteront à cette tentation, mais les autres, “ libéraux ”, y succomberont. Perdre Rome, c’était tomber dans les fers de la Révolution à plus ou moins brève échéance. Cette bataille est donc une épreuve décisive et sérieuse.

Vénérable Philomène de Sainte ColombeUne sainte religieuse espagnole, la vénérable Philomène de Sainte-Colombe, eut des révélations relatives à ces épreuves. (…)

Notre-Seigneur lui révèle que le secours viendra «  au peuple fidèle  » par le Sacré-Cœur de Jésus, par l’Immaculée, par saint Joseph et par saint Michel.

Un jour de 1867, elle se sent appelée par saint Michel qui lui dit ceci  : «  “ Fais connaître aux hommes le grand pouvoir que j’ai près du Très-Haut  ; dis-leur de me demander tout ce qu’ils voudront  ; dis-leur que ma puissance en faveur de ceux qui me sont dévots est sans limites. ” Et il ajoute cet ordre formel  : “ Fais connaître mes grandeurs. ”  »

De quelles grandeurs s’agit-il  ?

Une autre fois, elle entend du Cœur de Jésus ces paroles  : «  “ Je mettrai deux joyaux des plus précieux comme ornements à mon Cœur pour sa gloire perpétuelle  ; j’en couronnerai les deux mouvements de mon Cœur, en mémoire éternelle des bontés de ce Cœur qui aime tant les hommes. ” Je comprenais bien que ces deux joyaux étaient Marie Immaculée et l’archange saint Michel, et je voyais en même temps l’heureux sort de ceux qui s’emploieraient à leur procurer honneur et gloire. J’entendis encore ces paroles  :

«  “ Cette nouvelle Trinité doit être bénie et glorifiée sur la terre comme l’est dans le Ciel l’unité des trois divines Personnes  : heureuse la nation, heureux le pays ou le monastère qui s’enflammera de cette dévotion  ! Écris tout ce que tu en sais. ”  »

Et elle expose les lumières reçues  :

«  J’eus connaissance du dernier effort que va faire le très doux Cœur du Verbe éternel, pour sauver les hommes. Il en fut à peu près ainsi  : il me sembla voir le Cœur de Jésus, épuisé de fatigue et de tristesse. Il allait de tous côtés, comme s’il voulait trouver quelque part un refuge  ; et, au lieu de repos, il ne trouvait partout que des buissons dont les épines acérées le blessaient et faisaient couler son sang.

«  Ce très saint Cœur allait ainsi tout rempli d’afflictions, quand apparurent tout à coup deux étoiles d’une beauté et d’un éclat indicibles. Elles s’approchèrent de ce divin Cœur à deux endroits différents, et dès que les deux étoiles eurent ainsi touché le Cœur, celui-ci demeura aussitôt grandement soulagé des angoisses qui l’oppressaient. Alors celui-ci se changea à son tour en une troisième étoile  ; toutes trois demeurèrent ainsi triangulées, celle du milieu, le Cœur de Jésus  ; celle de droite, Marie Immaculée  ; et celle de gauche, l’archange saint Michel.

«  Marie veut demander, Jésus ou son très saint Cœur veut accorder, et saint Michel veut distribuer à large main ce que Marie a obtenu.

«  Mais si je voulais faire connaître l’immense bonté dont Dieu use envers nous, en réunissant en notre faveur trois volontés aussi nobles, je dirais seulement que le très saint Cœur de Jésus désire ardemment remplir la promesse qu’il fit autrefois par ces paroles  :

«  “ Je tiens en réserve, dans mon Cœur, d’immenses trésors pour les derniers temps, afin de ranimer la foi à demi morte, dans les chrétiens de cette époque-là. ”

«  Nous sommes déjà presque arrivés, mon Père, à cet état lamentable.  » (p. 186 sq.)

«  Jésus veut couronner maintenant les deux valeureux capitaines qui combattirent si vaillamment, remportant une infinité de victoires en faveur de l’homme tombé  ; je veux dire les deux mouvements du très doux Cœur de Jésus, la douleur et l’amour.  »

La douleur est échue à la Très Sainte Vierge.

«  … Ne pouvant plus supporter tant de blessures et tant de souffrances, il appela à son aide l’objet le plus digne de son amour, la Vierge Marie, la faisant maîtresse absolue de ce mouvement de son Cœur. C’est ainsi que, désormais, mon Père, le très saint Cœur de Jésus ne souffrira plus aucune douleur, Marie Immaculée occupant à jamais cette place privilégiée.  »

Saint Michel reçoit quant à lui l’amour.

«  Ce très noble Archange sera comme un messager pour distribuer les grâces innombrables que Marie obtiendra du Cœur de Jésus. Et il goûtera un plaisir si grand de pouvoir ainsi prêter obéissance à sa Reine, et consoler en même temps nous tous qui gémissons sous un si dur esclavage en cette terre d’exil, que, sans exagération, on peut, en toute vérité, lui donner le nom de joie sans égale.

«  Ah  ! mon Jésus  ! quelle ineffable union j’ai remarquée entre ces trois objets dignes de toutes nos attentions, de tout notre amour  ! On peut bien dire qu’entre Jésus, Marie et Michel archange, il n’y a vraiment qu’une même volonté, qu’un même désir. Oh  ! mille fois heureux ceux qui leur sont dévots, dévots du très saint Cœur de Jésus, ou bien de sa Mère Immaculée, ou encore du séraphique saint Michel archange  » (p. 194).

Ces révélations extraordinaires manifestent le rôle, évidemment central pour les derniers temps, du Cœur de Jésus et de la Très Sainte Vierge, mais aussi celui de saint Michel qu’habituellement on n’imagine pas aussi important.

L’ANGÉLIQUE PIE IXPAPE DE SAINT MICHEL ARCHANGE

Pendant ce temps, Pie IX s’oppose de toutes ses forces aux révolutionnaires qui veulent occuper Rome. Et dans cette lutte, il puise lumière et force dans sa dévotion à saint Michel. Elle était chez lui si vivante qu’on l’appelait “ le Pape de saint Michel ”.

Cette statue célèbre, en argent sur âme de bois, fut offerte à l’abbaye par un donateur anonyme en 1873. Elle fut couronnée au nom du pape Pie IX lors des grandes fêtes de 1877, puis reléguée en 1893 dans l’église paroissiale Saint-Pierre quelques années après l’expulsion des religieux en 1886.

«  Saint Michel, disait-il, est le plus capable d’exterminer les sectes maudites, filles de Satan, qui ont juré la ruine de la société chrétienne.  »

En plusieurs occasions, il encourage cette dévotion.

En 1851, par exemple, il bénit le chapelet de saint Michel composé par une sainte religieuse portugaise, Antonia d’Astonaco. L’Archange avait promis qu’il protégerait dans ses luttes celui qui l’honorerait de cette manière, et qu’un ange de chacun des neuf chœurs l’accompagnerait à la Sainte Table.

Quand il reçoit des zouaves pontificaux, il les exhorte à recourir à saint Michel. Touchés par cette dévotion du Pape, les soldats de retour chez eux demandent à réoccuper le Mont. Mais Napoléon III ne peut accepter ouvertement cette demande sans abjurer ses convictions libérales. Il profite donc d’un projet de restauration de l’abbaye pour supprimer la prison, et pour louer à titre gratuit le monument à Mgr Bravard, évêque d’Avranches, qui le sollicite depuis des années.

Le prélat y conduit, dès le 8 mai 1865, en la fête de saint Michel, les trois paroisses de sa ville d’Avranches, et rapporte les reliques des saints sauvées du pillage révolutionnaire. Le Pape les encourage dans ce sens, leur donne d’autres reliques et accorde des privilèges. Une communauté bénédictine du Sacré-Cœur de Saint-Edme de Pontigny s’installe bientôt, ouvrant la période des grands pèlerinages.

La guerre de 1870 contraint Napoléon III à abdiquer. Une religieuse de la Visitation de Troyes entend alors saint Michel lui dire  : «  Ça y est, il est tombé, le perfide  !  »

Cette guerre achève de ramener les Français aux pieds de l’Archange. La France s’était trop souvent éloignée de Dieu pour qu’il puisse, comme jadis, lui assurer la victoire. Mais, parmi les fidèles du pays, l’Archange préserve visiblement ses dévots. Contre toute prévision, Mgr Bravard obtient que les Prussiens ne pénètrent pas dans son diocèse. Et il promet solennellement une protection totale à trente volontaires venus se mettre sous la garde de l’Archange. Effectivement, aucun d’eux ne reçut la moindre blessure.

Cette protection miraculeuse est à l’origine de la création du scapulaire de saint Michel bénit par le Pape. Les deux pendants, noir et bleu, sur lesquels était dessiné saint Michel, symbolisaient l’Enfer combattu par l’Archange et le Ciel où il habite.

Une très grande ferveur nationale renaît. Les pèlerins affluent. Un jour de septembre 1875, on en compte plus de quatre mille. Une autre fois, ce sont les zouaves pontificaux qui s’y rendent, général de Charette en tête. Les dons affluent. L’autel privilégié est recouvert de lames d’argent et de pierres. Le Pape publie un rescrit ordonnant un triduum de gloire. Il confie à l’Archange la défense de l’esprit catholique et recommande dans cette intention de s’agréger à la confrérie de saint Michel pour combattre la mauvaise presse et les écoles sans-Dieu. Cette confrérie comptera sous Pie XII jusqu’à deux millions d’associés dans le monde.

Pour finir, le Pape autorise le couronnement de la statue du Mont-Saint-Michel. Ce 3 juillet 1877, une foule de vingt mille personnes s’y presse, conduite par des prélats, des sénateurs et des députés. Cette fête est l’une des plus glorieuses. C’est aussi la dernière à laquelle participe le pouvoir civil. Car à partir de 1880 la troisième République fait la chasse aux congrégations. Celle du Mont est expulsée en 1886. Depuis, l’abbaye est exploitée comme site touristique.

LÉON XIII OU SAINT PIE X

Nous avons vu que saint Michel prend toujours les armes pour défendre l’Église et la Chrétienté contre les barbares, les envahisseurs, les hérétiques, les révolutionnaires qui constituent la contre-Église. Or, on a coutume de ranger le pape Léon XIII parmi les grands dévots de saint Michel car il a recommandé cette dévotion et composé des prières en son honneur, dont une très belle que l’on disait naguère au bas de l’autel après la Messe. Cette prière plaît certainement à saint Michel, encore faut-il la dire avec une droite intention.

Ce n’est certainement pas le cas de Léon XIII  : en imposant aux Français le ralliement à la République en 1892, en abandonnant l’île catholique espagnole de Cuba aux Américains, en acceptant à contrecœur de consacrer le monde au Sacré-Cœur, comme le révèle notre Père dans son étude sur la bienheureuse Marie du Divin Cœur (CRC n° 355, avril 1999, p. 1-12), il trahissait la cause de saint Michel, détournait du vrai combat beaucoup de bons catholiques et travaillait pour les ennemis de l’Église. Comment s’étonner que sa prière à saint Michel ne fut jamais exaucée, en attendant qu’elle fût abandonnée. Qui la dit encore  ?

Saint Pie X, lui, agit de tout autre manière. Quinze jours à peine après son élection, il déclare la guerre  : «  Nous devons croire fermement que la lutte actuelle se terminera par le triomphe, avec le secours de cet Archange béni.  » Et il agit en conséquence. Il refuse la loi de séparation de l’Église et de l’État, il condamne la démocratie-chrétienne de Marc Sangnier, il encourage les monarchistes d’Action française.

La France, saint Pie X la voulait royale car telle était la volonté de Dieu exprimée par saint Michel à sainte Jeanne d’Arc. Tous les saints l’ont compris ainsi. (…)

«  Pourquoi saint Pie X avait-il cette prédilection pour notre patrie  ? Parce que, écrit le marquis de La Franquerie, il connaissait la mission que Dieu, de toute éternité, lui avait réservée  : être le bouclier de l’Église quand elle est attaquée, son épée quand il lui faut vaincre  ; parce que, disait saint Pie X  : “ Si le surnaturel vit partout, il vit surtout en France. ”  »

SAINT MICHEL À FATIMA

Après saint Pie X, la lutte contre la Révolution prend une nouvelle vigueur avec Notre-Dame de Fatima. La dévotion à son Cœur Immaculé offre l’ultime moyen de combattre «  les erreurs de la Russie  ». Or ce message est préparé par l’Ange de Fatima. Qui est-il  ?

Question difficile  ! L’histoire de France que nous venons de brosser, où l’on voit saint Michel préparer le règne de Marie, et les révélations faites à la vénérable sœur Philomène de Sainte-Colombe répondent déjà en grande partie à la question. Mais afin d’établir notre certitude sur des fondements inébranlables, relisons les apparitions de l’Ange dans le détail à la lumière des révélations passées.

On peut compter sept apparitions angéliques à Fatima.

Sœur Lucie situe les trois premières entre avril et octobre 1915. Elle ne les détaille pas beaucoup car l’Ange apparaît à ce moment dans le lointain, ne parle ni ne se manifeste distinctement. Sœur Lucie précise toutefois qu’elle a toujours gardé la conviction que c’était «  l’Ange gardien  ». Qu’est-ce à dire  ?

Durant les trois apparitions suivantes, en 1916, le même Ange parle.

Au printemps 1916, il dit  : «  Je suis l’Ange de la Paix.  » La liturgie précise en plusieurs endroits que l’Ange de la Paix est saint Michel. À l’hymne des laudes du 29 septembre, l’Église nous fait dire  : «  Que l’Ange de la paix, Michel, dans nos demeures, nous arrive du Ciel, avec la paix sereine qu’il apporte.  » À la Messe de ce même jour, on chante encore  : «  Sous l’égide de saint Michel, paix sur la terre, paix dans les Cieux.  »

Dans l’histoire, on a souvent invoqué saint Michel pour obtenir la paix. Pour le remercier de la pacification de son empire, Charlemagne lui fait bâtir une église sous le vocable de “ Saint-Michel-de-la-Paix ”. Le pape Boniface fait ériger à Rome une chapelle sous le titre de “ Saint-Michel, prince-à-qui-on-a-demandé-la-Paix ”.

À l’été 1916, l’Ange dit autre chose  : «  Je suis l’Ange gardien, l’Ange du Portugal.  » Voilà comment l’apparition répond à la conviction qu’avait Lucie d’avoir vu en 1915 «  l’Ange gardien  ». Comme s’il disait  : «  Je suis “ l’Ange gardien ” que tu as vu, c’est bien moi. Je suis l’Ange du Portugal.  »

Le roi Afonso Henriques, fondateur de la nation et de la dynastie, fut baptisé dans une chapelle dédiée à saint Michel, et il choisit l’Archange comme protecteur de ses armées et de son royaume. Depuis, la chapelle du Palais royal lui fut toujours dédiée. La dévotion nationale envers l’Archange conduit le roi Manuel Ier, en 1514, à demander au pape Léon X d’accorder à sa nation une fête de “ l’Ange gardien du Portugal ”, qui se célébrait en juillet. Au monastère national de Batalha, le Saint-Denis portugais, où les rois de la dynastie d’Avis sont ensevelis, on priait tous les jours saint Michel, ange gardien du Portugal.

À l’automne 1916, l’Ange apparaît de nouveau au Cabeço. Il ne se nomme pas, mais il donne aux enfants le Corps et le Sang de Jésus.

Or, l’Église honore saint Michel comme le défenseur de la Sainte Eucharistie.

Saint Léon, offrant le Saint-Sacrifice de la messe, au moment de dire «  Dieu tout-puissant, commandez que ces offrandes mystérieuses soient portées par les mains de votre saint Ange à votre autel sublime  », vit un jour saint Michel descendre sur l’autel, prendre la Sainte Hostie, et la déposer sur l’autel céleste devant Jésus et, quelque temps après, la remettre sur l’autel en lui disant  : «  Ce que je viens de faire ostensiblement à tes yeux, je le fais chaque jour et autant de fois que Jésus mon Maître s’immole par le glaive de sa parole, qu’il a mis entre les mains de ses ministres.  » (…)

Il y a enfin une dernière apparition de l’Ange, celle du 13 juillet 1917, à la Cova da Iria  :

«  Nous vîmes à gauche de Notre-Dame, un peu plus haut, un Ange avec une épée de feu à la main gauche  ; elle scintillait, émettait des flammes qui paraissaient devoir incendier le monde  ; mais elles s’éteignaient au contact de l’éclat que, de sa main droite, Notre-Dame faisait jaillir vers lui. L’Ange désignant la terre de sa main droite, dit d’une voix forte  :

«  “  Pénitence, Pénitence, Pénitence  ! ”  »

Plusieurs apparitions montrent saint Michel sous les traits de l’Ange exterminateur. En 590, la peste ravageait la ville de Rome. Pour désarmer la colère de Dieu, le pape saint Grégoire ordonna une procession solennelle conduite par l’image miraculeuse de la Sainte Vierge peinte par saint Luc. Nu-pieds, couvert d’un sac de pénitent, le saint Pontife traversa la ville pour se rendre à la basilique Saint-Pierre. En arrivant sur le pont qui fait face au môle d’Adrien, on entendit du ciel des Anges chanter le Regina Cæli. Alors le peuple s’agenouilla et saint Grégoire acheva l’antienne angélique en disant  : «  Ora pro nobis Deum, alleluia  !  » À ce moment, saint Michel apparut au-dessus du mausolée, tenant en main un glaive nu qu’il rentra au fourreau. Dès lors, la peste ne fit plus de victime. On plaça au sommet du mausolée une statue de saint Michel et on l’appela désormais château Saint-Ange.

Le plus étonnant reste cette vision du Père Hoyos  :

Il vit, le 2 septembre 1729, «  Notre-Seigneur assis sur son trône, le visage très irrité. Il lança une première flèche de feu vers la terre qui ravagea tout sur son passage. Tandis qu’Il n’était pas encore satisfait, la très Sainte Vierge arrêta son bras qui s’apprêtait à lancer une autre flèche. “ C’est alors que je compris combien puissantes sont les supplications de Notre-Dame puisqu’elles peuvent résister à Dieu lui-même. ”

«  Cette vision se poursuivit par un autre tableau qui préfigure le grand avertissement du troisième Secret de Fatima  : «  Je vis un nouvel escadron d’anges conduit par saint Michel qui tenait à la main un glaive de feu et, se tournant vers la terre, d’une voix terrible et effrayante, résonnant dans les airs comme le tonnerre, il dit ces paroles du psaume  : “  Si vous ne vous convertissez pas, Dieu tient en main son épée dégainée pour vous frapper, son arc est bandé et vous vise, ses flèches portent la mort, elles sont des brandons pour tuer ses ennemis. ”  »

L’Ange de Fatima est donc bien saint Michel. Il serait étonnant d’ailleurs que cet Archange, après avoir été de tous les combats dans le passé fût absent de cette dernière et décisive bataille (sœur Lucie).

Et pourtant il n’a pas dit son nom. Pourquoi  ?

On peut supputer deux raisons. La première tient à son humilité. Lors du premier affrontement contre Lucifer, saint Michel n’était qu’un petit ange. Mais son humilité lui avait valu la grâce d’obtenir de Dieu la force de se dresser contre Satan.

Dans sa pièce Le triomphe de l’humilité, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus montre saint Michel triomphant de Satan en jetant l’Humilité dans la balance.

«  Pratiquer l’humilité, voilà notre bouclier… voilà nos armes, notre bouclier  ; avec cette force toute-puissante, nous saurons, nouvelles Jeanne d’Arc, chasser l’étranger du royaume, c’est-à-dire empêcher Satan d’entrer en nos monastères.  »

À Fatima, saint Michel se présente comme un simple “ Ange gardien ”, non comme le Prince de la Milice céleste  ; il est en aube, non en tenue de combat. Et, prosterné dans la poussière, il enseigne des prières à des enfants. L’humilité, la soumission à la volonté de Dieu est l’arme qui vaincra Satan.

La seconde raison pour laquelle saint Michel n’a pas dit son nom est qu’il a voulu laisser toute la place à la Sainte Vierge. Il n’a pas voulu lui faire d’ombre  : seul compte la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. C’est la volonté du Bon Dieu qu’on obéisse à ses demandes et qu’on l’invoque comme Médiatrice.

Sachant que, selon saint Alphonse de Liguori, «  la dévotion à saint Michel est un signe de prédestination au Paradis  », redisons la belle prière de saint Pie X  :

«  Ô Marie, notre douce Médiatrice, qui êtes la Reine du Ciel et de la terre, nous vous en supplions très humblement, daignez toujours intercéder pour nous. Demandez à Dieu qu’il envoie saint Michel et les anges pour écarter tous les obstacles qui s’opposent au règne du Sacré-Cœur dans nos âmes, dans nos familles, dans la France et dans le monde entier.

«  Et vous, ô saint Michel, Prince des Milices célestes, venez à nous. Nous vous appelons de tous nos vœux. Protégez-nous contre l’enfer déchaîné, et par la vertu divine dont vous êtes revêtu, après avoir donné la victoire à l’Église ici-bas, conduisez nos âmes à l’éternelle patrie. Ainsi soit-il.

«  Cœur Immaculé de Marie que votre règne arrive  !  »

(Saint Pie X, 300 jours d’indulgence, 29 juin 1906)

Extraits de Il est ressuscité, n° 77, janvier 2009
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