La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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Notre-Dame de Bétharram

LE SANCTUAIRE DE BÉTHARRAM

Bone May dou boun Diou

Statue de la «  bone May dou boun Diou   » de Bétharram.

Bétharram est un lieu privilégié, tout proche de Lourdes en France, où la Vierge Marie est vénérée depuis huit siècles. Son culte est attesté à partir du quatorzième siècle, mais depuis longtemps déjà “ la Bonne Mère du Bon Dieu ” y était priée et se montrait secourable aux voyageurs qui devaient à grand risque traverser la rivière du Gave à cet endroit.

De ces temps immémoriaux, la tradition a conservé deux pieuses légendes  : celle de la statue miraculeuse de la Vierge portant son enfant dans ses bras, trouvée par des bergers au milieu d’un buisson qui brûlait sans se consumer, tout près du Gave (à cause de cette lumière mystérieuse sortant du buisson, on l’appela Notre-Dame de l’Estelle, ou de l’Étoile); et celle de la jeune fille tombée dans le torrent, que la Vierge, la Bonne Mère, sauve de la mort en lui tendant un rameau fleuri  ; en reconnaissance, elle offrira un rameau tout doré, un beau rameau, “ beth-arram ”.

Le sanctuaire entre dans l’histoire moderne par le pillage et l’incendie perpétrés par les huguenots en 1569, mais il renaît cinquante ans plus tard, à la suite d’un miracle éclatant. En 1616, une nouvelle statue de la Vierge est solennellement intronisée au milieu d’un grand concours de peuple, accouru des paroisses voisines avec croix et bannières. Pour l’occasion on planta sur le sommet dominant le sanctuaire une grande croix. Deux mois plus tard, sur la colline opposée, cinq paysans préparaient la litière de leurs bêtes pour l’hiver. Voici leur témoignage  :

«  Ce jour étant fort tranquille, sans aucun soupçon d’orage, ils entendirent tout d’un coup un vent impétueux qui soufflait avec violence sur la croupe de la montagne de Bétharram. Ce qui les obligea de jeter les yeux sur cet endroit, où ils virent avec mécontentement la violence de ce vent renverser la croix par terre  ; et dans un petit intervalle de temps, ce tourbillon ayant cessé, ils virent cette croix se relever d’elle-même, environnée d’une lumière éclatante, qui formait sur son faîte comme une espèce de couronne…  »

Après cette exaltation de la Sainte Croix, Notre-Dame du Beau-Rameau devient, par la piété et la reconnaissance d’un saint chapelain, Hubert Charpentier, Notre-Dame du Calvaire.

S’étant assuré de la vérité du miracle de 1616, il planta trois grandes croix au sommet de la colline puis conçut le projet de quatorze stations qui s’étageraient depuis les bords du Gave jusqu’au sommet de la colline. L’évêque de Lescar lui permit de s’adjoindre six prêtres pour partager ses travaux apostoliques, et le roi Louis XIII lui‑même, de visite en Béarn, offrit la somme nécessaire pour la construction de la cinquième station, celle du couronnement d’épines, en souvenir de Saint Louis qui en acheta et vénéra l’insigne relique.

Ce furent alors, dans l’élan de la Contre-Réforme, cent cinquante ans de grâces, de miracles dûment attestés, de conversions retentissantes de familles protestantes, comme l’atteste le “ Cahier des grâces ” dans lequel les chapelains consignaient toutes les faveurs reçues, souvent spectaculaires  : les paralytiques se redressaient, les aveugles voyaient, etc. C’est de cette époque que date l’église actuelle. Au début du dix-huitième siècle, le Chemin de Croix fut décoré d’une manière somptueuse, à en juger par l’unique statue du Christ à la colonne qui a été conservée.

Saint Michel Garicoïts

Saint Michel Garicoïts

Mais la Révolution passa par là, tel un nouvel ouragan, chassant les chapelains, détruisant sauvagement le Chemin de Croix. Passons sur la restauration difficile du sanctuaire et du pèlerinage après la Révolution, le grand séminaire du diocèse s’y établit. En novembre 1825, saint Michel Garicoïts en prend la direction. Il y restaura l’amour de la discipline, des études et de la vertu.

Quand le séminaire fut transféré à Bayonne, le Père Garicoïts demeura seul à Bétharram, pour continuer à diriger les Filles de la Croix dans leurs monastères d’Igon et de Saint-Pé. Il eut alors l’inspiration de fonder un ordre de religieux missionnaires et enseignants qui répareraient les désordres causés par la Révolution, la congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur. «  Oh  !se disait-il à lui-même, si l’on pouvait réunir une société de prêtres ayant pour programme le programme même du Cœur de Jésus, le Prêtre éternel, le serviteur du Père Céleste  : dévouement et obéissance absolus, simplicité parfaite, douceur inaltérable  ! Ces prêtres seraient un véritable camp volant de soldats d’élite, prêts à courir, au premier signal des chefs, partout où ils seraient appelés, même et surtout dans les ministères les plus difficiles et dont les autres ne voudraient pas.  »

Le cri du Cœur de Jésus s’offrant tout entier à son Père pour l’œuvre immense de la Rédemption, «  ECCE VENIO  » lui semblait résumer la vocation de cette congrégation  : «  Me voici sans retard, sans réserve, sans retour, par amour.  » Son premier compagnon le rejoint en 1832. À sa mort, en 1863, la communauté comptera 107 Pères et scolastiques, avec 90 Frères coadjuteurs.

On peut dire que ces religieux ont préparé le terrain, pour qu’au jour de ses apparitions à Lourdes, en 1858, l’Immaculée trouve un peuple bien disposé, prêt à entrer dans ses vues. Les Pères du Sacré-Cœur ont été les hérauts, les porte-paroles, les missionnaires de ce grand dessein “ orthodromique ” du Cœur Immaculé de Marie. Saint Michel Garicoïts s’enthousiasma tout de suite pour les apparitions de Lourdes, voyant par avance les conséquences de cette intervention de l’Immaculée dans le combat des derniers temps. Il se fit le garant de la petite voyante auprès de Mgr Laurence, l’évêque de Tarbes.

«  Que Dieu est bon  ! disait saint Michel Garicoïts, comme il comble de grâces nos Pyrénées.  »

LE CALVAIRE DE BÉTHARRAM

Le Père Marie-Antoine, véritable chevalier de l’Immaculée, faisait de Bétharram une étape obligée du pèlerinage à Lourdes où n’était pas encore érigé le Chemin de Croix  :

«  Pieux pèlerins de Notre-Dame de Lourdes, pourriez-vous venir participer aux joies et aux gloires de son Immaculée Conception sans venir à Bétharram participer aux humiliations et aux douleurs de son calvaire  ! Votre pèlerinage serait-il complet  ?

Notre-Dame offrant le rameau béni

Notre-Dame offrant le rameau béni.

«  L’Immaculée Conception et le Calvaire ne peuvent être séparés. Ils se tiennent par des liens mystérieux et forment dans le plan divin un tout indivisible.  »

«  Le nom qu’a voulu porter ici la Mère de Dieu suffit à prouver  » ce lien mystérieux qui fait de l’Immaculée Conception et du calvaire «  un tout indivisible  »  :

«  Bétharram veut dire  : beau rameau, rameau béni. Ève, par son péché, offre à l’humanité le rameau maudit. Marie, par son Immaculée Conception, lui offre le rameau béni. Celui qu’elle a tendu ici, à la petite bergère tombée dans le gouffre, en est le symbole. Sur le premier, Ève a cueilli le fruit de mort, sur le second, Marie a cueilli le fruit de vie. C’est à Bétharram qu’elle l’offre à nos âmes. L’arbre qui produit ce rameau béni est l’arbre de la croix  ; il est dressé sur le calvaire de Bétharram.

«  L’Immaculée Conception de Lourdes et le Calvaire de Bétharram se complètent donc logiquement, et le désir bien manifesté du Cœur de Marie est qu’on ne les sépare jamais. Le choix qu’elle a fait de la Grotte de Lourdes rapprochée du Calvaire de Bétharram, les larmes qu’elle a versées dans la Grotte, au milieu de ses sourires, et ces trois grandes paroles  : Pénitence  ! Pénitence  ! Pénitence  ! le proclament bien haut.  »

Le chemin de Croix de Bétharram unit ainsi la méditation de la Passion de notre Sauveur aux mystères douloureux du Rosaire. Et il s’achève à la chapelle de la Résurrection où repose saint Michel Garicoïts, dont le corps conservé intact est le gage de sa béatification prochaine.

Extraits de Il est ressuscité  ! n° 69, mai 2008, p. 11-19

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