La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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THÉOLOGIE KÉRYGMATIQUE

Le procès de Jésus
le Mystère de la Rédemption

Le Christ en croixNOUS recherchons, dans nos cours de kérygmatique, quelle est la signification essentielle de l’Évangile, ce qu’est cette “ Bonne Nouvelle ” qui devait changer la face de la terre et transformer la condition humaine. Il n’y a pas de doute que son secret se trouve enfermé dans l’acte le plus parfait du Christ parmi nous, sa Sainte Passion et sa Croix. (…)

I. LE VRAI PROCÈS DE JÉSUS

J’emprunte le titre de cette première partie à un petit livre de Maître Isorni, paru en 1967. (…) L’avocat du Maréchal Pétain, de Brasillach et de nombreux soldats de l’Algérie française, passe pour l’un des nôtres. (…) Or, stupéfaction, son livre est une révision du procès intenté par les Évangélistes et par l’Église aux Juifs déicides.

Déjà le Concile Vatican II avait entrepris de casser la sentence de ce Procès séculaire et de prononcer la relaxe pure et simple des juges du Christ et de leurs descendants  ; mais il n’avait pas osé aller jusqu’au bout. Isorni, lui, est très sûr d’avoir établi l’innocence des Juifs dans le meurtre du Christ. (…)

JÉSUS INNOCENT… JUIFS PERFIDES… ÉGLISE PERSÉCUTÉE…

1. JÉSUS EST INNOCENT  !

Jésus s’est dit Messie et Fils de Dieu. Il l’a prouvé à tous par ses miracles et ses prophéties. Ceux qui croient en lui affirment donc que les responsables de sa mort sont DÉICIDES. (…) En conséquence, la culpabilité permanente des Juifs est certaine, contre l’innocence de Jésus qu’ils bafouent et la vérité de l’Église qu’ils persécutent.

Au contraire, l’innocence des Juifs proclamée par Isorni rejette la responsabilité de cette querelle séculaire sur l’Église, mais bien plus et d’abord sur Jésus-Christ Lui-même. Tout viendrait alors du défaut de preuves convaincantes établissant la vérité de sa mission, sa messianité, son mystère. Si les Juifs ont cru sincèrement venger Dieu d’un sacrilège, c’est que Jésus s’est montré à eux blasphémateur  !

Tout cela est de grande conséquence  ; Dieu est en question. Dieu est entre nous cause suprême de dissension. Ici, les Juifs prétendent venger Dieu perpétuellement contre le blasphème de Jésus l’Imposteur et de nous autres, païens qui perpétuent son crime contre Dieu et contre sa Loi. Là, les disciples de Jésus proclament son innocence et accusent les Juifs d’avoir sciemment tué leur Dieu et leur Sauveur, au mépris de leur propre Loi et de la Religion de leurs Pères. (…)

2. L’ÉGLISE ENTRE LA PERFIDIE ET LA FIDÉLITÉ

Isorni innocente le sanhédrin, ce sont tout au plus des «  filous  », à cause des violations de la procédure, non des meurtriers. (…) Contre les Évangélistes, il innocente le peuple de Jérusalem, comme aussi le peuple juif de tous les temps, contre la doctrine constante de l’Église jusqu’aux temps actuels. Comment peut-on faire porter la culpabilité d’un crime sur des générations qui n’y ont pris aucune part et qui n’en ont entendu parler qu’à peine, comme d’un événement lointain et indifférent  ? Depuis la Chute de Jérusalem jusqu’au camp de mort de Treblinka, faudrait-il croire que «  le châtiment de Dieu  » n’en finit plus de s’exercer  ? «  Méthode discutable pour un Dieu tout amour  ! De quelles armes se servirait-il  !  » Ainsi plaide Isorni. (…)

Les Pères du Concile l’avaient bien entendu ainsi lors de la IIIe session  ! «  Ils avaient entendu condamner explicitement cette responsabilitétransmissible   ». Mais, reculant, refusant de porter ainsi condamnation de la doctrine séculaire – «  antichrétienne   »– de l’Église, remarque Isorni, «  ils l’ont implicitement rétablie et le principe de la culpabilité qui se transmet de père en fils se trouve implicitement promulgué de manière solennelle  ». Rien de plus vrai  ! (…) Isorni constate avec dépit que le Concile pensa qu’il ne pouvait se mettre «  en contradiction avec les Évangiles   ».(…)

3. LA FOI JUDÉO-CHRÉTIENNE PERSECUTÉE

Concluons à l’inverse, selon les Évangiles comme selon la Bible Juive, selon l’Église et même selon Vatican II  :

* Jésus, ayant manifesté d’une manière extraordinairement puissante et plus que suffisante la vérité de sa mission et ayant attesté sa filiation divine et sa messianité, a mérité d’être cru et les cœurs droits l’ont suivi. (…) Les prêtres, scribes et pharisiens eux-mêmes ont été rationnellement convaincus par les miracles et par les démonstrations de Jésus, dont leur connaissance des Écritures leur prouvait la véracité. (…) Mais leur certitude s’accompagnait de refus et de haine. Si l’on ne comprend pas cela, toute cette histoire devient opaque. L’«  antisémitisme ardent  » des Évangélistes n’est pas la cause de leurs récits mais l’effet de ces événements dont, Juifs eux-mêmes, ils ont été les témoins. (…)

* Le peuple juif de l’époque crut en Jésus, les Galiléens d’abord, les Judéens ensuite. Ils le suivirent et l’acclamèrent. À Capharnaüm, après la multiplication des pains, ils voulurent le faire roi  ; et pareillement à Jérusalem après la résurrection de Lazare, le jour des Rameaux. Mais leur foi était imparfaite. Comme Jésus, dans ces deux circonstances, décevra leur attente, refusant d’être le messie populaire, le chef temporel qu’ils rêvent, ils l’abandonneront et, dans leur dépit, se retourneront contre lui avec une fureur égale à leur enthousiasme de la veille, réclamant qu’il soit crucifié comme hier ils l’acclamaient roi  !

L’antisémitisme de l’Église ne date pas, comme on le croit, de ce terrible revirement du Vendredi-Saint. Lisez les Actes des Apôtres. Saint Pierre, au jour de la Pentecôte, cite Zacharie, parce qu’il espère que tout le peuple, frappé de la mort du Christ et convaincu par sa résurrection, va «  prendre sur lui le deuil  » et se convertir, selon la prophétie (12, 10). Un grand nombre de prêtres et beaucoup de juifs, certes, le feront. Mais le peuple dans sa généralité s’obstinera dans sa malice et commencera à ratifier en toute connaissance ce qu’il avait fait sans «  savoir ce qu’il faisait  », au jour du Vendredi-Saint. Alors, il se rendra collectivement responsable du déicide.

* Tout Juif, depuis lors, trouve dans son héritage essentiel, au centre de sa religion, comme une obligatoire «  solidarité collective et transmissible  », la volonté du déicide. C’est la terrible destinée de ce peuple, c’est sa grandeur. Isorni le dissimule quand il proclame le caractère scandaleux de cette notion de responsabilité héréditaire. (…)

Nul n’échappera à ce drame, unique et universel, entre le peuple juif et les disciples de Jésus-Christ. Vatican II lui-même a dû reculer devant le reniement solennel de la foi chrétienne qu’il avait amorcé. (…)

Il n’y a qu’une religion. Il faut que soient hérétiques ou les chrétiens ou les Juifs… Mais il n’y a pas, en toute innocence et sincérité, deux religions également légitimes. Toutes preuves étant fournies par le Christ et proclamées par l’Église, les Juifs sont bien les maudits de l’histoire, le peuple déicide qui s’acharne à crucifier le Christ et son Église, jusqu’au jour où, tombant à genoux, ils l’adoreront et croiront en lui, ce que Dieu veuille leur accorder dans sa Toute-Puissante Miséricorde.

II. LE SACRIFICE DU CHRIST

Je suis ému par Jésus aux outrages, Jésus haï sans cause, Jésus pendu au gibet. Mais comment cette honte, cette misère, ces mépris et ce sanglant échec sont-ils le fondement et la cause de notre salut et de la transfiguration du cosmos, je ne le comprends pas. Il me faut sur ce point précis, ce centre de ma foi, reprendre l’étude du kérygme chrétien et m’y aider de l’approche dialectique du mystère qui nous a été déjà tant de fois favorable et féconde. Deux mentalités, deux perspectives se rencontrent en effet ici encore, que nous devons étudier, comparer puis rapprocher et associer dans une synthèse supérieure.

MENTALITÉ THÉOCENTRIQUE. VERTICALISME  :
LE «  MYSTÈRE DE LA RÉDEMPTION  »

Pourquoi la grâce de Dieu inonde-t-elle le monde  ? En vertu du Mystère de la Rédemption accomplie par le Christ sur la Croix. (…)

Le Christ a payé à notre place, en toute justice, pour réparer l’injure faite à Dieu par le péché. La théologie définit tout l’essentiel de ce mystère par les mots de   » SATISFACTION VICAIRE   » qui se laissent comprendre parfaitement quand on les a expliqués une fois. (…) Le Fils de Dieu a opéré notre salut par son Sacrifice, par sa mort sur la Croix, réalisant les deux conditions exigées de pareil rédempteur  : 1) Réparation infinie pour une injure infinie  : parce que sa Personne est d’une innocence, d’une perfection, d’une sainteté infinies  ; réparation qui pouvait   » satisfaire «  , c’est-à-dire   » en faire assez «  , selon toutes les exigences de la justice divine, donc satisfaction. 2) Réparation accomplie pour toute l’humanité, en son nom et à sa place, par l’un d’entre nous, le Fils de Dieu, qui, en vertu de sa nature et de sa charité humaines, ne fait plus qu’un avec tous les hommes ses frères  ; réparation d’un homme pour tous, substitué à tous les autres dans un dévouement total, d’où satisfaction vicaire.

Cette doctrine est forte, claire, magnifique. Elle comporte cependant certains dangers. (…) Je renvoie là-dessus à mon étude sur “ Jésus, Notre Rédempteur ”.

Cette conception nous ramène donc au Dieu de l’Ordre, au Christ individuel comme coupé de la masse humaine  ; elle entraînerait assez facilement la passivité des chrétiens, puisant indéfiniment dans ce mystérieux trésor des mérites du Christ par le truchement commode des sacrements. (…) Ce qui s’est passé dans la sphère trop haute de la divinité, entre le Père et le Fils, même réitéré mystiquement dans le Saint Sacrifice de la Messe, paraît sans impact direct sur notre vie, dans notre histoire humaine. C’est très ennuyeux…

MENTALITÉ ANTHROPOMORPHIQUE. HORIZONTALISME  :
LE «  COMBAT DE NOTRE LIBÉRATION  »

Ici, ce n’est pas le POURQUOI dogmatique qui prime, mais le COMMENT historique et humain. Si la grâce, les énergies divines inondent le monde, c’est en vertu des relations historiques du Christ vivant avec ses frères les hommes. Cette mentalité insiste davantage sur la réconciliation des hommes entre eux et avec leur univers, dans et par le Christ, que sur leur réconciliation avec Dieu. Le   » culturel   » l’emporte sur le   » cultuel «  . (…)

On parlera d’   » horizontalisme «  . Certes, nous avons les oreilles rebattues de tant et tant de discours progressistes où les termes de Libération, de combat, de résurrection, ont remplacé ceux de rédemption, de sacrifice, d’immolation et de croix. (…) Faudra-t-il donc revenir purement et simplement en arrière, de ceci à cela  ? Faudra-t-il dissocier le Christ de nos combats humains et arracher le Salut à la marche de notre Histoire pour le réintégrer dans la super-sphère de la divinité  ? Nous avons préféré le Dieu du Progrès et le Christ cosmique. Nous avons réconcilié dans une synthèse supérieure la part de vérité fondamentale des positions intégristes et la vérité épurée des suppositions progressistes. Il faut, si possible, continuer  !

HORIZONTALISME ET VERTICALISME DE LA CROIX
LE KÉRYGME TOTAL

1. JÉSUS, ATHLÈTE ET VICTIME.

L’Évangile nous donne bien à connaître d’abord Jésus comme un libérateur. Fasciste  ? Activiste  ? Ces mots ne me font pas peur. Il a commencé par donner du pain aux affamés, guérir les malades, protester contre les injustices et les oppressions de ce monde. Il a pris le parti des pauvres et bravé les puissants. Il a systématiquement démoli le prestige des fausses autorités spirituelles de son temps et de son pays. Il cherchait véritablement à instaurer le royaume de Dieu sur la terre.

Combien mystérieusement ce lutteur redoutable qui portait sur son front le signe de la victoire, à l’Heure marquée, a changé de visage et de fort est devenu faible soudain, d’activiste s’est fait passif  ! Il se cache, il connaît les larmes et la sueur de sang, il est envahi par la peur, l’angoisse, l’effroi. Mais ce n’est plus là Jésus  ! Est-ce lui, ce fatalisme  ? Il pourrait sûrement dominer ses ennemis, il le déclare  ! Et pourtant il se soumet à eux, il se laisse passer la corde au cou et conduire ainsi chez Anne comme un agneau à l’abattoir, il se soumet au simulacre de leur justice, pour être condamné et livré aux mains des impies. (…)

Le pur kérygme, la Prédication apostolique intégrale éclairée par toute la méditation dogmatique et mystique de l’Église, nous fait associer ces deux regards, ces deux idées, non plus comme deux étapes distinctes de la vie du Christ, mais comme deux composantes de toutes ses actions et comme les deux dimensions indivises, verticale et horizontale, de sa croix.

Dans Jésus lutteur, il y a déjà Jésus prêtre et victime. Quand il débat avec les Pharisiens, il y a déjà en lui cette oblation à son Père, cet abandon, cette disposition à tout souffrir qui se manifesteront pleinement sur la Croix. Mais aussi bien, dans Jésus écrasé à terre d’angoisse et d’effroi, Jésus flagellé, Jésus portant sa Croix, toute la force du lutteur se déploie encore et plus que jamais. (…)

2. RÉDEMPTION ET LIBÉRATION NE FONT QU’UN.

Quand bien même les Évangiles et les autres Écrits nous fournissent tous les éléments de ce mystère, la faiblesse de notre intelligence nous empêche de les rassembler tous en un seul système. Mais Jésus lui, l’Homme Dieu, a vécu tout cela dans la parfaite unité d’une même Personne en deux natures, et d’un même PROJET en deux DIMENSIONS, l’une verticale, l’autre horizontale. (…)

RÉDEMPTION

En entrant dans le monde, Jésus se consacre à l’œuvre sacrée de la rédemption et de la restauration du monde à délivrer du joug de Satan, convertir de ses voies mauvaises et consacrer à son Père en royaume éternel. Il chante avec le Psaume 40  : «  Sacrifice nioblation ne vous agréait point, ô Père. C’est pourquoi vous m’avez formé un corps…  » (…)

Dans la conscience de Jésus qui s’éveille à la vie s’instaure cette volonté tout à fait fondamentale, qui justifie toutes les spéculations de saint Anselme et déjà anticipe notre rédemption  : Fils de Dieu, il veut, de volonté divine, s’offrir en tout lui-même pour la réalisation du dessein de miséricorde de son Père en faveur de tous les hommes ses frères. La   » satisfaction vicaire   » est en lui effective dès l’instant de sa conception et elle lui demeurera présente en tous les instants, en tous les actes de sa vie. Il faudra que nous gardions sans cesse en pensée cette dimension sacrée, cultuelle, de tout ce qui va suivre. Il est en tout lui-même Prêtre et Oblation Sainte à Dieu pour ses frères.

LIBÉRATION

Fils du Père de famille, Seigneur et Roi de la terre, Jésus dans sa volonté d’oblation et de consécration universelle entre dans le monde comme un subversif, un révolté, car le monde où il entre est sous la domination de Satan et son   » ordre établi   » est tout de péché, d’oppressions et de mort. Jésus est CONTRE le Monde tel qu’il est. (…) Voilà une deuxième idée-force, étincelle jaillie en son Cœur du choc de deux silex durs  : la Volonté du Père, le Péché du Monde. Jésus ne cessera plus jamais, jamais, de faire la guerre au Péché, au Pouvoir des Méchants, au Diable qui mène le monde. Parce qu’un tel combat est en Lui l’œuvre d’un triple amour, amour du Père outragé par le mal, amour de Lui-même rejetant cette inacceptable solidarité du péché, amour des pauvres, des innocents, broyés par les puissances de haine et de mort. (…)

La juste haine, la lutte contre les méchants qui paraissent en grand durant sa vie publique, demeurent en Jésus jusque dans sa Passion. Nul relâchement de cette lutte, nul abandon de cette horreur du mal quand il souffre tout des méchants et quand il remet tout enfin à son Père. Sur le chemin du Calvaire et lentement souffrant toutes les heures de sa crucifixion, sa volonté active est toujours la même  : chasser dehors Satan, vaincre le monde, démasquer les imposteurs, libérer les pauvres, donner de vrais Princes et de bons Pasteurs aux humbles. Je croyais, par ignorance, que, dans ce temps du sacrifice, Jésus avait fait trêve avec les hommes pour se tourner vers Dieu et travailler d’une autre manière, cultuelle, à leur ouvrir à tous le Paradis. Mais comment ouvrir le Ciel aux multitudes sans les délivrer ici-bas du Prince de ce monde et de ses affidés  ? (…)

Le Procès de Jésus l’emporte, dans son esprit, et de beaucoup, sur sa Passion. Ce qu’il veut, sur ce qu’il souffre. Nous compatissons à ce qu’il souffre, nous ne continuons pas ce qu’il veut  ! Ce qui l’occupe alors, c’est encore de rompre le joug de ses Juges iniques en leur échappant par la mort. Il y marche pour ressusciter et fonder hors de leurs prises son Royaume de vérité, d’amour, de justice et de paix.

Rédemption, Libération, c’est un même projet en ses deux dimensions qui culmine au Calvaire  : «  Quand j’aurai été élevé, j’attirerai tout à moi  » (Jn 12, 32).

3. LE PROCÈS DE JÉSUS, JUSQU’À LA FIN DES TEMPS.

Quand nous aurons dit la troisième idée-force du Christ, qu’il hérite d’une longue tradition, de Jérémie à Zacharie en passant par le psalmiste et l’Inconnu de l’Exil, nous aurons le sentiment de pénétrer enfin dans le Cœur même de Jésus mourant pour nous. «  II fallait que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire  » (Lc 24, 26). (…)

Jésus, à la différence des faux-messies, faux-prophètes, combat le Mal sous toutes ses formes et partout… jusqu’en Lui-même, j’ose le dire, du Désert où la faim, les mirages, l’utopie l’obsèdent, jusqu’au Jardin des Oliviers où l’instinct de la vie ébranle sa volonté et l’abat gémissant et prostré. Jésus aime et sert la Vérité, le Bien, l’Ordre partout où ils existent et jusque dans ses ennemis, dans le Pouvoir oppresseur, dans le destin fixé. Jusque dans ses persécuteurs et ses bourreaux. (…)

Et il est vrai que les Puissances de l’Enfer en sont ébranlées  ! Pour la première fois un homme sort du domaine où s’exerce leur empire et ne joue pas leur jeu  ! Il est vrai que les suppôts de Satan en demeureront jusqu’à la fin des temps traumatisés, désorganisés, marqués déjà du signe des vaincus, parce que les chrétiens à la suite de leur Maître, échappent à leur esclavage, de générations en générations, par cet esclavage même, en s’y soumettant… religieusement. Et il est vrai encore que le Mal, le Péché universel, sort de sa victoire vaincu, parce qu’au lieu de prétendre le vaincre chez les autres, les chrétiens le recherchent d’abord et le mortifient en eux-mêmes, procurant au Bien ses plus décisives victoires  !

C’est tout le mystère. La Rédemption s’effectue en deux dimensions, celle du Combat libérateur et celle du Sacrifice cultuel, sans qu’il soit légitime de les dissocier jamais l’une de l’autre comme deux séries distinctes de pensées ou d’actions dans le Christ. LA CROIX EST INDIVISE DU PROCÈS. C’est le Procès qui est la pensée de la Croix. C’est le Procès qui est le jugement du monde et l’acquittement des élus. (…) Tel est le kérygme chrétien.

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la CRC n° 70, juillet 1973, p. 3-14

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