La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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LE GOUVERNEMENT DE VICHY

III. La Révolution nationale :
TRAVAIL – FAMILLE – PATRIE… et Dieu ?

LE 10 juillet 1940, le maréchal Pétain, chef de l’État français, était légalement investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, à l’effet de promulguer une nouvelle Constitution garantissant «  les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie   ». C’était l’énoncé véridique des trois soucis lancinants du moment, une trilogie qui remplaçait avantageusement l’autre…

Il s’agissait de rendre l’unité et la confiance en sa destinée à une nation déchirée par des haines partisanes et encore écrasée par la défaite. Sans plus attendre, le Maréchal rédigea en seize “ Points ” les “ principes de la communauté ” qui commandaient, à ses yeux, la rédaction de la nouvelle constitution. Le premier “ Point ” en posait le principe et fondement  :

«  L’homme tient de sa nature ses droits fondamentaux, mais ils ne lui sont garantis que par les communautés qui l’entourent  : la Famille qui l’élève, la Profession qui le nourrit, la Nation qui le protège.  »

TRAVAIL

Le Maréchal Pétain.

«  Ses appels simples, sages et douloureux ont apporté à la patrie française, en ces heures troubles, une mystique nationale  ; elle a permis d’opérer autour de la personne du Maréchal un rassemblement des Français  : au moment où tout sombrait, il sauvait l’essentiel, en unissant les âmes sur un plan idéal  ; il éveillait la volonté millénaire des populations de la terre de France de vivre en communauté  ; celles-ci se groupaient autour de lui comme autour d’un drapeau  ; il devenait le symbole vivant de l’unité française.  » (Gabriel-Louis Jaray, préface de “ Paroles aux Français ”, Lardanchet, 1941)

Le plus urgent était de remettre la France au travail, en commençant par rétablir la circulation. (…) En juin 1940, les voies de communication étaient dans un état pitoyable  : gares écrasées sous les bombes, triages transformés en chaos de rails tordus emmêlés, ponts sautés coupant les voies, les routes. (…)

La famine menaçait la “ zone libre ”, la moitié pauvre de la France, envahie par quatre millions de réfugiés français et belges, et plus de deux millions de soldats attendant leur démobilisation.

En “ zone occupée ” c’était pire  : des milliers d’hommes âgés ou infirmes, de femmes et d’enfants, se voyaient perdus dans des villages abandonnés, dans des villes presque désertes où, souvent, il n’y avait plus ni maire, ni médecin, ni commerçant, ni boutique ouverte. À la campagne, les fermes abandonnées, les bêtes crevées dans les champs ou sur le bord des routes offraient le spectacle d’un immense naufrage.

À l’appel du Maréchal, les cheminots, les fonctionnaires et ouvriers des Ponts et Chaussés se mirent à l’ouvrage pour rétablir les communications, première urgence. (…) Les voies ferrées furent restaurées par tronçons à partir de la mi-juillet. (…) Puis les tronçons s’allongèrent et se rejoignirent à mesure que les ponts furent rétablis, à raison de six mille ponts ferroviaires et routiers en six mois  !

Sur le front du ravitaillement, un efficace Secours national fut créé et courut au plus pressé, empêchant les gens de mourir de faim et de froid au cours du premier hiver. (…)

En juin 40, le Maréchal dénonçait les causes de ces malheurs  : «  Depuis la victoire [de 1918] ,l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort  ; on rencontre aujourd’hui le malheur.  » (…)

«  Nous avons à restaurer la France. Montrez-la au monde qui l’observe, à l’adversaire qui l’occupe, dans tout son calme, tout son labeur et toute sa dignité… C’est à un redressement intellectuel et moral que d’abord je vous convie. Français, vous l’accomplirez et vous verrez, je le jure, une France neuve surgir de votre ferveur.  »

UN POUVOIR ROYAL RESTAURÉ

Et d’abord, pour manger… il faut planter des pommes de terre  ! Avances et crédits aux agriculteurs, distribution de matériel et de semences relancent l’agriculture. Le Maréchal choisit un paysan pour ministre de l’Agriculture, du nom de Pierre Caziot. Du jamais vu  ! (…)

Rendre chacun à son travail, tel était le souci primordial du Maréchal (…). D’un côté se pressaient trois millions d’ouvriers d’industrie de guerre et de soldats démobilisés soudain devenus chômeurs, de l’autre, on ne comptait plus les ruines à relever, les entreprises abandonnées à rouvrir. Eh bien  ! croyez-le si vous voulez, le nombre des chômeurs fut résorbé dans les six mois qui suivirent l’armistice. (…)

Le Maréchal ne se contentait pas de donner des ordres. Il donnait lui-même l’exemple. À quatre-vingt-quatre ans, surchargé de besogne, il voulait que sa table soit servie comme celle de tous les Français. Et, en toutes circonstances, son calme imperturbable redonnait confiance. (…)

La monnaie demeura stable pendant les quatre années de règne du Maréchal. Bouthillier, le ministre des Finances, se dévoua corps et âme à cette tâche. (…)

Un seul chiffre résume cette gestion honnête, au jour le jour, des finances du pays  : de 1940 à 1944, sur une encaisse de plus de 2 200 tonnes d’or transportées dans les conditions les plus périlleuses en Afrique et en Amérique, la France perdit cent tonnes, soit 5 %. En 1936-37, sous le Front populaire, son encaisse-or avait diminué de 1 700 tonnes, et entre 1945 et 1947, elle fléchira à nouveau de 1 500 tonnes…

C’est ainsi que la «  révolution par en haut   », décrétée par le Maréchal, descendant de proche en proche, s’épanouit en une «  étonnante floraison de projets, de réformes et de lois   », écrit François-Georges Dreyfus, avec l’adhésion spontanée et enthousiaste des Français.

Les messages du Maréchal étaient simples, directs, vrais, pleins de bon sens et de sagesse, prononcés sur un ton chaleureux et paternel qui nous émeut encore aujourd’hui. Il y avait longtemps que les Français avaient perdu l’idée même d’entendre rien de tel  :

«  Le travail des Français est la ressource suprême de la patrie. Il doit être sacré […]. Le capitalisme international et le socialisme international qui l’ont exploité et dégradé appartiennent à l’avant-guerre. Ils ont été d’autant plus funestes que, s’opposant l’un à l’autre en apparence, ils se ménageaient l’un l’autre en secret. Nous ne souffrirons plus leur ténébreuse alliance. Nous supprimerons les dissensions dans la cité. Nous ne les admettrons pas à l’intérieur des usines et des fermes.  » (…)

UNE COMMUNAUTÉ HISTORIQUE SAUVÉE

En bon père de famille, le Maréchal voulait réapprendre aux patrons et aux ouvriers àtravailler ensemble, à l’intérieur d’une même profession, en vue de leur intérêt commun. (…)

Le 4 octobre 1941, il signait la Charte du Travail, (…) pour répondre à une seule préoccupation  : organiser la concorde entre les classes sociales. (…)

Pour parvenir à cette réconciliation, principe et fondement de la cohésion nationale qu’il entendait restaurer, le Maréchal commença par dissoudre les grandes organisations patronales, en même temps que les centrales syndicales. Le décret fut signé le 16 août 1940. Deux mois après la défaite, la ploutocratie était frappée à mort  ! Elle ne le lui a pas pardonné.

Les métiers étaient libres de s’organiser. Une autre révolution, répondant à la première, mais spontanée et corporative, vint d’en bas. On vit les gens d’une même profession s’assembler pour discuter ensemble des intérêts de leur profession, avant de s’associer «  de gré à gré  », comme dit notre Père dans les 150 Points. (…)

«  CONTRE UN CAPITALISME ÉGOÏSTE ET AVEUGLE.  »

La loi du 16 août 1940 avait créé les Comités d’organisation pour empêcher les Allemands de s’emparer des entreprises isolées de la zone nord en les obligeant à travailler par voie de réquisition. (…)

Il fallait pour cela des gens expérimentés, rompus à toutes les subtilités de l’économie de marché. D’où le danger d’une mise en coupe réglée du pays par le capitalisme d’affaires. (…)

C’est par cette brèche que revinrent aux commandes des hommes farouchement opposés à la Révolution nationale, à l’idée corporative en particulier  : une poignée de technocrates dont nous ne nous sommes plus jamais débarrassés depuis.

Quand le Maréchal vit avec satisfaction que des corporations s’étaient spontanément établies à travers tout le pays, il voulut étendre ce système à l’ensemble des activités artisanales et industrielles. Il fonda à cet effet, dès le début de 1941, les Comités d’organisation professionnelle, en les chargeant de lui présenter une loi cadre, qui serait la Charte des corporations.

Hélas  ! Le Maréchal, qui désirait tant voir s’organiser en France le travail avec la spontanéité, la diversité qui en fait toute la richesse, se vit contrer par des technocrates qui voulaient, eux, une administration monolithique non pas des hommes, ni des métiers ,mais des produits. Finalement, ce sont ces technocrates qui l’ont emporté contre le Maréchal.

Son ministre du travail, René Belin, était un ancien ouvrier, ancien secrétaire général de la C.G.T. Quelle innovation de la part du Maréchal  ! Le ministre s’entoura de gens compétents, mais très liés à la banque Worms  : Barnaud, Lehideux, Bichelonne… qui formaient une nébuleuse qu’on appela la Synarchie. Ils concoctèrent un projet technocratique, financier, étatique, que le maréchal Pétain, vu les contraintes de l’heure, se résigna à signer.

Lorsque Laval, qui n’aimait pas les synarques, fut congédié le 13 décembre, les “ bien-pensants ”, catholiques, réactionnaires, maurrassiens, s’en réjouirent. Mais notre Père pense que ce départ de Laval fit en définitive plus de mal que de bien, parce que l’amiral Darlan qui le remplaça à la tête du gouvernement en février 1941 n’opposa plus aucun barrage à l’emprise des technocrates. (…)

Le Maréchal lutta de toutes ses forces, jusqu’à déclarer un jour en public ces paroles qui firent scandale  : «  À la lumière de l’expérience, je corrigerai l’œuvre entreprise et je reprendrai contre un capitalisme égoïste et aveugle la lutte que les souverains de France ont engagée et gagnée contre la féodalité. J’entends que notre pays soit débarrassé de la tutelle la plus méprisable  : celle de l’argent.  » (12 août 1941)

Ce jour-là, les esprits lucides comprirent que son sort était fixé et qu’il serait la trop certaine victime des puissances d’argent, qui asservissent notre pays depuis la Révolution.

FAMILLE

Rendre chacun à son foyer, tâche nécessaire et urgente  ! (…) Campés dans des salles d’attente de gare, des granges, des marchés couverts, des casernes, des hôpitaux, des pensionnats, parfois au milieu des prairies, sous des bâches de camions, les réfugiés commencèrent à rentrer chez eux à partir du 1er août. Le 9 octobre, le Maréchal pouvait annoncer que trois millions d’entre eux et un million de démobilisés étaient rentrés dans leur foyer, et que le reste allait suivre. Trois mois plus tard, ne restaient en zone libre que 300 000 habitants de l’autre zone qui ne pouvaient pas ou ne souhaitaient pas rentrer chez eux.

Restaient les malheureux prisonniers  : 1 800 000 avaient été emmenés en Allemagne au mois de juillet 1940. C’était le souci lancinant du Maréchal. Il créa à leur intention un Service spécial des prisonniers de guerre, chargé de les recenser et de les faire revenir par tranches, les plus âgés et les pères de famille d’abord.

RECONSTITUER LA CELLULE FAMILIALE

Affiche sous Vichy Le Maréchal allait plus loin et dénonçait la racine des maux qui désolent les familles françaises depuis deux cents ans  :

«  La préface obligée à toute reconstruction est d’éliminer l’individualisme destructeur de la famille. Le droit des familles est antérieur et supérieur à celui de l’État comme à celui des individus… La famille, cellule initiale de la société, nous offre la meilleure garantie de relèvement.  »

La fête des Mères, instituée en 1921 par la Chambre bleu horizon, fut célébrée pour la première fois le 25 mai 1941 par le Maréchal. (…)

Quant à la retraite des vieux, promise sans cesse par la troisième République et toujours repoussée, elle fut instituée le 14 mars 1941; ce qui fit dire au Maréchal, avec un brin de malice  : «  Je tiens les promesses, même celles des autres…  » Et les jeunes  ?

L’ÉDUCATION, SOUCI PRIMORDIAL

«  Sans éducation, disait le Maréchal, qu’est-ce que l’homme  ?   » (…) Le point numéro 12 des “ principes de la communauté ” énonçait  :

«  L’École est le prolongement de la Famille. Elle doit faire comprendre à l’enfant les bienfaits de l’ordre humain qui l’encadre et le soutient. Elle doit le rendre sensible à la beauté, à la grandeur, à la continuité de la Patrie. Elle doit lui enseigner le respect des croyances morales et religieuses, en particulier de celles que la France professe depuis les origines de son existence nationale.  » (…)

Pour être entendu, le Maréchal commença par supprimer les Écoles normales d’instituteurs, que leurs fondateurs avaient conçues comme de véritables séminaires du laïcisme. Les futurs instituteurs devaient désormais suivre les mêmes études secondaires que les autres Français, passer le même baccalauréat et terminer leur instruction dans des “ Instituts de formation pédagogique ” créés au voisinage des villes universitaires. (…)

En milieu rural, la fin de la scolarité primaire fut élevée de douze à quatorze et même seize ans, avec un enseignement terminal, agricole pour les garçons, ménager pour les filles.

L’éducation physique fut mise à l’honneur  : personne par exemple ne devait sortir d’une école rurale sans savoir nager. En deux ans, deux mille terrains sportifs scolaires furent aménagés. Rappelons qu’en 1940, il n’y en avait pas un seul  ! (…)

PATRIE

Affiche sous Vichy «  Une autre grave erreur de notre enseignement public, c’est qu’il est une école d’individualisme… La vérité, c’est que cet individu n’existe que par la famille, la société, la Patrie…  » (15 août 1940) (…)

«  Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. La terre, elle, ne ment pas… Elle est la patrie elle-même (…)  », déclarait le Maréchal le 25 juin 1940.

Cet esprit du paysan qui défend sa terre, la terre de ses pères, la patrie, avait été le ressort des vertus héroïques de la Grande Guerre. (…) Tout l’effort du Maréchal fut de le ranimer. (…)

LES CHANTIERS DE JEUNESSE

Le 4 juillet 1940, le général de La Porte du Theil, qui ne cachait pas sa foi catholique, reçut l’ordre de regrouper les soldats de la classe 40, mobilisés en mai, qui n’avaient connu de l’Armée que la débâcle.

En quelques jours, il mit sur pied une organisation remarquablement efficace qui réussit à prendre en charge quatre-vingt mille jeunes militaires à la dérive  : regroupés en unités de deux mille hommes, l’équivalent d’un régiment, campés en pleine nature, loin des villes, ils étaient affectés à des travaux d’utilité publique  : bûcheronnage, construction de routes, assèchement de marécages. (…)

Comme disait l’abbé Redt, le sympathique aumônier du groupement XI dans le Vercors, ceux qui, en arrivant, étaient «  des gosses, de vrais gosses   », après huit mois de ce régime, étaient devenus des hommes capables de fonder une famille.

L’ARMÉE ET LA LÉGION

Gardienne traditionnelle de ce culte de la Patrie, l’Armée, réduite sous régime d’armistice à cent mille hommes, se préparait dans le secret à reprendre le combat. (…)

Après la terrible défaite de 1940, il fallait lui redonner la volonté de se battre, dans l’attente du “ moment opportun ”, dont le chef de l’État serait juge. Seuls ses régiments d’Afrique reprendront la lutte avec l’élan et le succès que nous raconterons. (…)

L’armée n’était plus la “ Grande Muette ”. Elle avait un rôle social, et même politique, à jouer. Elle ne s’en priva pas. Les premiers aumôniers nommés en temps de paix de son histoire furent affectés à l’armée nouvelle, le 28 août 1941. (…)

Le Maréchal Pétain et la Légion Pourtant, cela ne suffisait pas. Un cercle, autour du Maréchal, était aussi le dépositaire du culte de la Patrie, c’était la Légion française des combattants, fer de lance de la Révolution nationale. Elle réunissait les anciens combattants des deux guerres, tous unis derrière le Maréchal pour l’aider à accomplir son œuvre de rénovation nationale et établir une liaison permanente entre lui et le peuple.

Ils seront plus d’un million, dès l’hiver 1941, en zone libre, car les Allemands l’avaient interdite en zone occupée. Le Maréchal en était le président au titre de “ doyen des médaillés militaires ”. Mais il n’y a pas pour les légionnaires d’allégeance personnelle au Maréchal. La Légion n’avait rien d’un parti unique  : le Maréchal avait supprimé les partis, ce n’était pas pour en faire un nouveau, fût-il unique  ! (…)

Le double souci du Maréchal était de rendre à la patrie l’intégrité de son territoire, d’une part, et sa cohésion nationale d’autre part  : «  Faisons notre devoir les uns et les autres, en toute conscience, répétait-il. Le salut de la France sera la récompense de notre union.  »

UN CORPS DE FONCTIONNAIRES RENOUVELÉ

Le Maréchal prenait les mesures nécessaires pour qu’il en soit ainsi. Son gouvernement a été le premier à donner un statut à la fonction publique.

La loi du 17 juillet 1940 prévoyait que tout magistrat, fonctionnaire, agent civil ou militaire, pouvait être relevé de ses fonctions. Nul ne pouvait accéder à un emploi public s’il n’était né d’un père français. Sauf exceptions prévues en faveur de ceux qui avaient servi dans l’armée au cours des deux dernières guerres. Ces mesures entraînèrent l’épuration de 2 282 fonctionnaires, dont une centaine de membres du corps préfectoral et 1 328 agents de l’Éducation nationale. Soit  : 0, 3 % de l’ensemble des effectifs des agents de l’État. Rien de comparable avec l’épuration de 1944, qui se fera dans l’autre sens… comme une vengeance  !

Le 13 août 1940, les sociétés secrètes, essentiellement la franc-maçonnerie, étaient dissoutes, et un an plus tard, une liste de 14 000 dignitaires était publiée, parmi lesquels on relevait cent sénateurs et cent vingt députés. Le Maître du Grand-Orient de France avait écrit, le 7 août 1940, au Maréchal pour lui faire allégeance et lui annoncer qu’il interrompait ses activités.

SOUS LA CONTRAINTE

De la même catégorie relevait le statut des juifs, publié le 3 octobre 1940, les excluant de la fonction publique et de certaines professions, surtout médiatiques, ou particulièrement lucratives. Ce statut sera aggravé en 1941 sous la pression des Allemands. (…)

Cette loi n’était en rien inspirée par l’antisémitisme hitlérien, racisme «  complètement étranger à la pensée française   » (F.-G. Dreyfus), mais bien plutôt par des considérations d’ordre national. Il s’agissait de ne pas laisser aux Allemands l’initiative en ce domaine. Xavier Vallat, commissaire aux affaires juives de 1940 à 1942, a bien précisé, au cours du procès dont il sortit acquitté, que le problème se réduisait au cas des étrangers résidant en France et non encore assimilés. (…)

Les mesures d’octobre 1940 servirent de contre-feu à une ordonnance allemande du 27 septembre 1940 promulguant une série de mesures contre les juifs de la zone occupée. Deux jours avant cette promulgation, le gouvernement français avait protesté auprès des autorités allemandes de Paris. (…)

Pour en finir avec cette question sans cesse récurrente, disons que, mise à part une minorité de Français gagnés à l’idéologie nazie, qu’on verra infiltrer l’entourage du Maréchal à partir de 1944, le gouvernement de Vichy agissait sans aucune passion antisémite et dans le cadre des institutions de l’État français, essayant par toutes les manières de tourner les contraintes de l’occupant. On serait surpris si on savait tous les liens qu’il y eut entre le Maréchal et son gouvernement d’une part et, d’autre part, les organisations juives de France. Quel contraste avec ceux qui sont revenus à la “ Libération ”, pleins de haine et d’esprit de vengeance, pour régler leur compte aux “ vichyssois ”  !

UNE JUSTICE ÉQUITABLE

Pour se persuader que, sous l’autorité du Maréchal, la France fut un État de droit, il suffit de lire les remarquables Mémoires de Joseph-Barthélemy, qui fut son garde des Sceaux de janvier 1941 à mars 1943 (Pygmalion, 1989). Le personnage est sympathique, d’une rude franchise, d’une bienveillance universelle et d’une ardeur combative peu commune. Il fut à Vichy l’homme du droit, de la mesure, un des sages du régime sur lequel le Maréchal pouvait se reposer en toute confiance  : «  Quand tout le monde perd la tête, confiait-il, Barthélemy garde la sienne bien froide, il m’a toujours donné de bons conseils.  » (…)

Et le procès de Riom  ? La décision du gouvernement de créer une Cour suprême de justice pour juger des responsabilités de la débâcle n’était ni un règlement de comptes du Maréchal, ni même une exigence des Allemands, mais répondait au vœu unanime de la population. L’instruction fut extrêmement minutieuse, mais, quand le procès s’ouvrit enfin, en février 1942, le climat n’était plus le même qu’en 1940.

Barthélemy était opposé à la tenue d’un tel procès  : en République, comment trouver des responsables  ? Nous en savons quelque chose… Quant au Maréchal, il hésitait, et finalement ce furent les Allemands qui se chargèrent de clore le procès, au bout de deux mois, parce qu’il tournait à l’accusation des responsables de la défaite et non de la déclaration de guerre elle-même, comme ils l’espéraient.

ET DIEU  ?

Drapeau sous Vichy Le 28 mai 1943, le maréchal Pétain recevait des mains d’une délégation de catholiques languedociens un superbe fanion de la Légion, marqué d’un côté par l’image du Sacré-Cœur avec la devise “ Rex sum Ego ”, et de l’autre par la francisque, emblème du régime, et, aux quatre coins, les mots de “ Dieu, Travail, Famille, Patrie ”. «  J’accepte avec bonheur ce fanion que vous m’offrez. Il sera mon drapeau  », dit le Maréchal en le plaçant derrière son bureau.

Son pouvoir paternel, quasi sacral en ce sens qu’il était soumis à la volonté de Dieu exprimée par les circonstances dramatiques que la France venait de traverser et par les nécessités du bien commun quotidien, avait établi une union rarement atteinte entre l’autorité du chef et la confiance du peuple, comme de la tête au corps, de l’époux à l’épouse et aux enfants. Cette âme commune se traduisait dans la volonté du Maréchal de refaire une France chrétienne.

LES SAINTES PROTECTRICES DE LA FRANCE

Le pays s’était tourné spontanément vers sainte Jeanne d’Arc, lui élevant des statues, jouant son mystère dans des pièces de théâtre, l’honorant par des processions publiques et autres cérémonies officielles. (…)

Or, la règle d’or énoncée par la Sainte de la patrie était  : “ Dieu premier servi ”. Les “ devoirs envers Dieu ” qui figuraient encore, au début du vingtième siècle, dans les programmes de l’enseignement primaire, en avaient été rayés en 1923. Ils y furent rétablis par la loi du 6 janvier 1941, élaborée par le secrétaire d’État à l’Éducation nationale, Jacques Chevalier, qui intégrait l’enseignement religieux aux horaires scolaires. Ce fut un tollé  ! (…)

La piété populaire se tourna aussi vers sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus que Pie XII nommera le 3 mai 1944 patronne secondaire de la France, avec sainte Jeanne d’Arc. Même dans les malheurs de la patrie, sainte Thérèse, patronne des missions, rappelait à la France sa vocation missionnaire. (…)

LE “ GRAND RETOUR ”

L’Occupation fut un temps de réveil de la foi accompagné d’une ardente dévotion mariale.

Le char du grand Retour de Notre-Dame de Boulogne

Le char du grand Retour
de Notre-Dame de Boulogne

Le 15 août 1942, les Pères Doncœur et Forestier eurent l’initiative d’un grand pèlerinage de la jeunesse au Puy. 60 000 jeunes se retrouvèrent aux pieds de Notre-Dame de France. Organisé par les scouts, le pèlerinage attira aussi les jeunes des Chantiers de jeunesse et des Compagnons. (…)

Le 15 août, après la Messe, fut diffusé le message du maréchal Pétain, qui appelait à l’union, au souvenir des prisonniers et à la prière, afin que «  le pays soit libéré des épreuves qu’il subit en ces jours […]. C’est le sens profond du pèlerinage en ces hauts lieux où tant de fois, l’âme de la France s’est retrempée. Renouant avec nos plus anciennes traditions, vous montrez que cette âme est demeurée vivante en vous. Elle est pour notre pays, le gage de sa résurrection.  »

La dévotion à la Sainte Vierge, Reine de France, inspira aussi le grand Retour de la Vierge de Boulogne. Le Pape, pour répondre (en partie) aux demandes de Notre-Dame de Fatima, consacrait le 8 décembre 1942 le monde au Cœur Immaculé de Marie. Les évêques de France consacrèrent à leur tour leurs diocèses, le 28 mars 1943. Le père Ranson eut alors l’idée de continuer la mission itinérante de Notre-Dame de Boulogne visitant les paroisses de France, comme Elle le faisait depuis le congrès marial de 1938 qui avait renouvelé la consécration de la France à Notre-Dame par Louis XIII. Dans l’atmosphère de la “ Révolution nationale ”, le succès du grand Retour fut total. (…)

UNE VRAIE MYSTIQUE MANQUAIT

Cependant, il aurait fallu une doctrine forte, une vraie mystique, pour étayer cet élan de religion populaire, afin que s’affermisse le relèvement spirituel et moral de la France entrepris par le Maréchal, et que la cohésion nationale résiste aux chimères de l’étranger, fût-il allemand, anglo-saxon ou russe. Affronté aux partis de l’anti-France, à leurs fausses mystiques, le Maréchal disait, certes, la nécessité vitale de rester groupé derrière lui, de le suivre en lui faisant confiance. (…)

Cette doctrine, ce “ supplément d’âme ”, ce mysticisme conquérant, c’était à l’Église catholique de le donner, pour soutenir et sauver la Révolution nationale. Elle manqua, hélas  ! à sa mission.

frère Thomas de Notre-Dame du Perpétuel Secours
Extraits de Il est ressuscité  ! n° 30, janvier 2005, p. 21-30

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