La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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LA GRANDE GUERRE DE 1914-1918

4. LA BELGIQUE INVAINCUE, LA FRANCE ASSIÉGÉE

1914-1915

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EN septembre 1914, la Belgique et une partie de la France sont occupées par l’armée allemande. La bataille de la Marne a commencé le 8 septembre et s’est terminée les 12-14 septembre par une victoire française. Le front ainsi constitué va changer de forme dans les derniers mois de 1914 et durant l’année 1915, d’une manière tout à fait spectaculaire. En septembre 1914, le front s’étire d’est en ouest, selon une ligne horizontale. Les Allemands remontant vers le nord, et les Français courant eux aussi vers le nord pour leur faire face, le front va basculer  : au lieu de s’étirer de Paris à Nancy, ce front va se redresser vers le nord et va monter de Paris jusqu’à la mer du Nord, jusqu’à la frontière belge, jusqu’à Nieuport. […]

LA COURSE À LA MER
(septembre-novembre 1914)

Général Falkenhayn

Général Erich von Falkenhayn

Dès son entrée en fonction, le général Falkenhayn qui a remplacé le général Moltke comme chef de l’État-Major allemand (14 septembre), lance immédiatement de nouvelles opérations sur son aile droite, en essayant d’envelopper l’aile gauche du front français par le nord-ouest. Les Allemands cherchent à marcher le plus vite possible vers la mer afin de coiffer les armées françaises et de les prendre à revers. Joffre réagit en imprimant un mouvement tournant aux armées françaises. Il déplace des armées pour les amener sur ce qu’on appellera “ la verticale de Compiègne ”. Cette bataille va remonter depuis Compiègne, autour du pivot que constitue le plateau de Lassigny et Roye, jusqu’à la mer du Nord. C’est ce qu’on appellera la course au débordement, la course à la mer. Les Allemands de Falkenhayn vont monter pour essayer d’être en avance sur les troupes françaises. Ils le seront d’ailleurs, à cause de nouvelles fautes de Joffre et, peu à peu, finalement on ira jusqu’à la mer.

Quelles furent les décisions de Joffre durant toute cette manœuvre  ? Joffre a l’air de garder de la rancune à l’égard des généraux victorieux, et de n’avoir en pensée que de sauver Foch de l’état de débâcle où sont ses troupes.

On voit très bien que Joffre se désintéresse de la Ve armée de Franchet d’Espèrey et de la VIe armée de Maunoury, c’est-à-dire les armées glorieuses. Il prive progressivement la Ve armée, qui est tout à fait au centre du front, de ses meilleurs soldats, par exemple de la division que commande le général Pétain.

Puis, Joffre déplace la IIe armée de Castelnau en face de Roye et Lassigny où les Allemands lancent une offensive pour couper l’armée française en deux. Du 4 au 6 octobre, Castelnau reçoit une attaque effroyable.

LA BATAILLE DE L’YSER

La bataille va remonter vers le nord et nous allons courir au secours des Belges. Ce sera la bataille de l’Yser. […]

Retrouvons l’épopée de l’armée belge là où nous l’avions laissée dans le chapitre précédent. Après la prise de Bruxelles par la Ire armée allemande commandée par Von Kluck (20 août), l’armée belge a été dirigée par son roi jusqu’à Anvers, parce que c’est une ville fortifiée, elle-même entourée d’une ceinture de forts tout à fait redoutables. Le roi des Belges veut ainsi maintenir une résistance au plus loin de la frontière française. Lui-même accompagne ses troupes. Ils vont tenir à Anvers du 16 au 31 août. Ces manœuvres de retard, de diversion, vont soulager les armées françaises de la poussée allemande.

Albert 1er

Le roi Albert Ier

Très courageusement, le Roi, à Anvers, organise la défense. Falkenhayn est obligé d’immobiliser 150 000 hommes autour d’Anvers pour en achever la conquête  !

Là-dessus, 8 000 Anglais débarquent et arrivent à Anvers avec un certain Winston Churchill (5 octobre) qui fera parler de lui plus tard. Il est un peu comme Foch disant  : il faut faire ceci, il faut faire cela. Il dicte aux Belges la manière de défendre Anvers. Mais les Allemands écrasent les forts sous les obus autrichiens, et commencent à les bousculer de sorte que la situation devient intenable. Après tous ses discours, Mr Winston Churchill, reprend tous ses Anglais, ils rembarquent sans prévenir le roi Albert Ier..

Avec ses 80 000 soldats, le roi Albert réussit une chose formidable  ! Véritablement, la Providence est avec les saints  ! Il décide de faire fuir son armée à la barbe des Allemands, sous les batteries allemandes. Ils laissent un rideau de défense et ils s’en vont. Ils quittent ainsi pendant trois nuits, du 6 au 10 octobre  ! L’armée s’en va d’Anvers sans que les Allemands s’en aperçoivent  ! par l’unique voie ferrée qui va d’Anvers vers Bruges près de la mer, puis vers Nieuport, dont ils préparent la défense. Ils vont se battre sur l’Yser. L’Yser est ce petit fleuve qui va de Dixmude à Nieuport où il se jette à dans la mer du Nord. Il a un affluent, la Lys, qui passe à Ypres. Dans cette région, il y a des multitudes de canaux qui communiquent entre eux.

Le 9 octobre, le général Joffre envoie le général Pau, qui est un très bon général, à Ostende, en émissaire auprès du roi Albert Ier. Joffre veut enjoindre au roi Albert d’entrer dans la coalition franco-anglaise et de participer à l’attaque qu’ils préparent. Joffre à l’intention de faire une grande contre-attaque avec les Britanniques pour enfoncer l’armée allemande au nord.  Pour cela, il propose au roi Albert Ier que les armées belges viennent en France, refaire leurs forces. Elles pourront se réarmer, se reposer et être intégrées à l’armée des alliés.

Le Roi ne peut se résoudre à abandonner la lutte, même momentanément. C’est un devoir de conscience pour lui. Il charge le général Pau de dire au général Joffre qu’il est roi de Belgique et qu’il fait la guerre pour la Belgique, qu’il n’est pas question de le mêler à la coalition. C’est son ordre du jour du 13 octobre, qui est absolument admirable. C’est l’équivalent de l’ordre par lequel Gallieni fit faire aux soldats français une volte-face de sorte qu’ils se retournent face aux Allemands, et, de retraitants, deviennent agresseurs pour défendre le sol français. De la même manière, le roi des Belges, avec un ton humain qui est admirable, dit à l’armée belge qu’il est temps de se redresser, qu’il faut garder un lambeau de terre belge indépendant, afin d’affirmer la souveraineté du roi dans son royaume et que maintenant, tous ceux qui parleraient de reculer devraient être considérés comme des traîtres.

Qui sont ces Belges  ? Ce sont les 65 à 75 000 qui ont pu faire tout ce voyage et qui se retrouvent là avec l’aide des fusiliers-marins de Ronarc’h. Mon père, qui était officier de marine, ne pouvait pas en parler sans pleurer. Ils se sont défendus, là, au milieu des Belges, avec une résolution et un courage incroyables. Le lieutenant de vaisseau Pierre-Dominique Dupouey y a commandé une compagnie à partir de début novembre jusqu’au Samedi saint 1915, date à laquelle il fut tué par une balle perdue.

Le 14 octobre, les Belges commencent à être pressés par les troupes allemandes. Le combat devient très sévère et la pression des Allemands est de plus en plus forte, de sorte que les Belges se demandent comment ils tiendront.

Général Foch

Général Ferdinand Foch

Ce jour-là, le général Foch, comme chef des armées du nord, anglaises et françaises, vient rencontrer le roi Albert Ier. Foch a donné une version de cette rencontre qui ne correspond pas exactement à la réalité et qui est humiliante pour les Belges. Il se vantera d’avoir dominé la personnalité d’un roi  : Moi qui étais un petit général de l’armée française, j’ai commandé un roi, je lui ai même remis un ordre écrit pour qu’il se décide à reprendre la lutte, et comme il me demandait des secours, je lui en ai promis.

Quand on lit les auteurs belges, il n’y a pas de doute qu’on n’avait pas attendu Foch  ! Le message du Roi remettant ses soldats exténués dans la guerre date du 13 octobre. De plus, le roi Albert a fait remarquer au général Foch qu’il était souverain de son pays, qu’il devait en défendre la neutralité, et que la France ne faisait que son devoir de puissance internationale en défendant un pays neutre agressé d’une manière injuste. Il lui demandait donc d’aider la Belgique dans ses difficultés, sans pour autant que lui ait le devoir de participer à la grande guerre que Foch était en train de lui proposer.

Foch lui promet de l’aider dans les quarante-huit heures. Quarante-huit heures passent, rien ne vient. La lutte devient terrible sur l’Yser. L’armée belge, si valeureuse qu’elle soit, recule. Elle se défend sur l’Yser. C’est une limite naturelle pour la défense de ce lambeau de terre qui reste de la Belgique indépendante.

La situation est très grave, les Belges vont être perdus, quand un certain commandant Nuyten, commandant d’état-major d’Albert Ier, dit à son Roi qu’il est possible d’ouvrir les écluses au port de Nieuport, pour créer une inondation entre l’Yser et la ligne de chemin de fer de Dixmude à Nieuport, car le remblai de chemin de fer qui va de Dixmude à Nieuport est extrêmement élevé par rapport aux champs et constitue une barrière artificielle. L’inondation ainsi créée empêchera les Allemands d’avancer. Il faut simplement commencer par colmater tous les tunnels des routes qui passent sous la voie de chemin de fer. Les Belges le font en une nuit. Puis ils ouvrent les écluses de Nieuport pour permettre à l’eau de mer d’entrer dans les terres et d’avancer entre la ligne de chemin de fer et l’Yser. Et le lendemain matin, le 31 octobre, les Allemands s’aperçoivent que les Belges occupent la voie ferrée et voient bien qu’ils pataugent dans l’eau mais ne comprennent pas. Les Belges regardent ces Allemands qui pataugent dans l’eau  ; ils commencent à ressembler aux Hébreux de Moïse regardant l’armée de Pharaon périr  ! Les Allemands voient les Belges filer sur les digues, sur les routes qui sont encore émergées, avec leurs canons, avec leurs charrois. Les Allemands blessés qui sont restés là dans la boue périssent noyés. Les Allemands laissent 100 000 morts sur le terrain. C’est une victoire absolument admirable que les Belges ont remportée par l’aide de leur Dieu sauveur. Les Allemands retraitent, ils ne sont pas passés et ils ne passeront pas de toute la guerre. Ils vont être retenus par ces inondations et par cette ligne de Belges courageux pendant quatre ans. Ainsi, Dunkerque et Calais seront libres.

Voilà la bataille de l’Yser. Le maître d’œuvre, le commandant, le génial défenseur c’est Albert Ier et lui seul.

La bataille de l'Yser

La bataille de l’Yser

LA BATAILLE D’YPRES

Pendant ce temps, la guerre continue de Dixmude jusqu’à Ypres. Ce front est tenu par la VIIIe armée française. Foch va prendre la direction des opérations, tant celles des Anglais que celles des Français. Il va se heurter à la IVe armée allemande du duc de Wurtemberg que Falkenhayn a envoyée là. Ces Allemands sont extraordinairement nombreux et acharnés au combat. Ça va être un combat effrayant  !

J’étais prêt à consentir à Foch les lauriers de la grande victoire d’Ypres. Mais après étude, il s’avère que D’Urbal et Foch n’ont pas du tout gouverné la bataille. Ils se sont contentés de faire venir quantité de divisions et de les jeter dans la bataille. Ils sont allés prendre ces divisions dans l’armée de Castelnau, de Maud’huy, de Franchet d’Espèrey. On ne leur reproche pas d’avoir demandé des divisions, Pétain le fera plus tard à Verdun. Mais à mesure que ces divisions de cavalerie et d’infanterie arrivaient, ils les jetaient dans la bataille dans un désordre croissant, de plus en plus abominable.

Le 30 octobre, la poussée allemande était continue, faisant des massacres effroyables. On a beaucoup reproché à Foch – et je crois qu’on a eu raison – de ne pas avoir occupé les hauteurs des collines et de les avoir laissé conquérir par les Allemands. Pendant la seule bataille d’Ypres, les Français ont perdu 140 000 hommes en quinze jours, contre 150 000 Allemands. C’est-à-dire que 10 000 Français ont été tués par jour dans cette bataille affreuse, et cela, tout simplement parce qu’ils ne s’étaient pas retranchés, ils n’avaient pris aucune précaution d’artillerie, aucune précaution d’occupation des hauteurs, aucune stratégie. Là, le général d’Urbal et le général Foch paraissent avoir été des bouchers. À telle enseigne que les Allemands ont été dégoûtés de continuer la bataille. L’empereur Guillaume II est venu pour entrer dans Ypres en vainqueur, mais déçu, il s’en est désintéressé tout d’un coup.

Le 14 novembre, les Allemands ont donc décidé d’abandonner la bataille. Mais ils ne sont pas partis. Pour se venger de n’avoir pas réussi à la conquérir Ypres, les Allemands ont réduit en poudre cette ville médiévale tellement belle  : la cathédrale, la halle aux drapiers, etc. Simplement par vengeance.

Voilà ce qu’on appelle la bataille de l’Yser et la bataille d’Ypres.

Bataille d'Ypres

Pendant la bataille d’Ypres

À partir de ce moment-là, dans l’absence de capacité de défenses, dans l’absence de fortifications, le front va rester à peu près immobile, dans la boue, jusqu’en avril 1915, où les Allemands essaieront de l’emporter par les gaz asphyxiants, l’ypérite, inaugurés par les Allemands, précisément au nord d’Ypres, en espérant que les troupes seraient asphyxiées et que, ainsi, ils conquerraient cette fameuse ville et mettraient les Belges à genoux.

Le roi Albert Ier, toujours près de ses hommes, très reconnaissant aux Français de l’effort qu’ils ont consenti, très digne, va rester à La Panne, qui est juste à la frontière franco-belge sur le bord de la mer et, de là, il commandera ses armées et conservera sa légitimité, pendant que son Premier ministre, son gouvernement, et les autres, sont partis à Rouen et au Havre, en attendant la libération du pays.

LES TENTATIVES DE PERCÉE
(décembre 1914-octobre 1915)

Il faut que maintenant je résume les batailles de 1915 en vous expliquant leur portée, leur sens.

Généraux Joffre et Foch

Les généraux Joffre et Foch

Nous avons vu un certain nombre de généraux se distinguer par leur science stratégique et leur science tactique. Certains se distinguaient pour la première fois et monteront très haut.

Mais nous avions aussi des généraux incapables. Le premier, c’est le général Joffre. Le second c’est le général Foch. Jusqu’à ce moment-là, ils ont été étrangement unis, je vous l’ai montré, Joffre dissimulant son incapacité sous le brio de Foch, qu’il poussait en avant. Mais à la fin de cette bataille d’Ypres, pour la première fois Joffre a fait observer à Foch qu’il faudrait quand même qu’il mette un peu d’ordre dans sa bataille. Avec toutes ces armées intégrées les unes aux autres, tous ces combattants confondus, il était extrêmement difficile de signaler les pertes, de distribuer les munitions, de faire une stratégie d’un front continu, de mettre l’artillerie en relation avec l’aviation pour faire une campagne d’offensive réglée  ! C’était la mêlée générale. Joffre en a été quelque peu écœuré et il va commencer à se distinguer de Foch. Il soupçonne d’ailleurs Foch d’attendre le moindre faux pas du généralissime pour prendre sa place.

Certains généraux en ont assez des théories de Foch. Que vont-ils donc faire  ? Ils vont renoncer à l’offensive à tout prix.

Tous les généraux d’armée se réunissent autour de Joffre pour étudier ce qu’ils vont faire. Ils décident de renoncer aux offensives simultanées laissées à l’initiative de chaque chef de corps d’armée. Et ils mettent au point une nouvelle stratégie, on va attaquer dans deux endroits très différents, très éloignés l’un de l’autre, afin de diviser les Allemands. On va attaquer en même temps en Artois et en Champagne.

Cela paraît très beau comme ça  ; on va faire des tentatives de grandes offensives sur vingt ou sur quarante kilomètres  ; on ira même jusqu’à quatre-vingts kilomètres, avec artillerie, canonnade, pilonnage, puis premier bond pour gagner la première ligne, ensuite la seconde. Un nouveau mythe va hanter l’esprit des généraux, un peu de la troupe et aussi des députés et des ministres, c’est “ la percée ”. Il faut qu’une de ces poussées arrive à culbuter les première, deuxième et troisième lignes pour se trouver en terrain libre et qu’on puisse de là foncer sur un certain objectif. Chacun ira de son idée. L’un dira  : foncer sur Bruxelles  ; l’autre dira  : foncer sur Saint-Quentin  ; un troisième dira  : foncer sur Dinant. Bref, on prend ses désirs pour des réalités.

Une série d’offensives va donc avoir lieu, qui vont toutes tourner à l’échec. Échecs qui coûteront beaucoup de monde pour rien. Offensives dites générales, dès décembre 1914.

  • Au nord, la bataille d’Arras. Arras est le centre de ce projet d’attaque. La Xe armée doit attaquer devant Arras en direction de Cambrai.
  • Plus au sud, l’offensive de Champagne. La IVe armée du général de Langle de Cary doit remonter vers le nord, en direction d’Attigny, petit village sur l’Aisne, à mi-chemin entre Rethel et Vouziers. Cela signifie que cette IVe armée qui s’étend devant Auberive et Tahure, doit franchir des collines et même des falaises, qui sont en face d’elle et qui sont très difficiles à conquérir. Puis elle doit reconquérir la côte de l’Aisne, comme si elle pouvait, après avoir franchi les premières lignes allemandes, d’un seul bon, courir pendant quarante et cinquante kilomètres  !
Bataille de Champagne

Lors d’une offensive en Champagne (1915)

Falkenhayn avait déjà compris ce que Pétain comprend au même moment  : au lieu de mettre tous ses soldats en première ligne pour être toujours prêts à bondir, il faut échelonner sa défense, de telle manière que l’offensive ennemie emporte peut-être la première ligne sous le coup, mais que la seconde ligne résiste et que, de toute manière, la troisième ligne voie arriver des soldats déjà décimés, blessés, fatigués, exténués, sur des hommes frais, et que ceux-là résistent. Cette doctrine, qui était la doctrine de Pétain, était la sagesse même. […]

C’est infiniment regrettable de voir comment ces offensives de 1915 nous ont coûté 300 000 hommes, pour aucun résultat notable.

  • Par exemple, l’offensive de Crouy. C’est un petit village sur l’Aisne près de Soissons. C’est cet épouvantable général Berthelot qui commande. Ce Berthelot avait été le chef d’état-major du généralissime pendant la bataille de la Marne. Dans cette bataille qui se déroule au nord de Soissons, il s’est jeté à l’assaut, il a traversé l’Aisne pour prendre Crouy avec tout son Corps d’armée et, pendant ce temps-là, l’Aisne débordait par derrière. Les Allemands ont fait une contre-offensive sur ces troupes décimées et fatiguées. Les Français sont revenus jusqu’à l’Aisne  : les ponts avaient été détruits par l’artillerie allemande. Il fallait traverser l’Aisne qui était en crue  ! Beaucoup de nos soldats se sont noyés. Bilan de l’opération  : il y a eu 12 000 morts  ! Toutes les attaques de cette période ont été menées de cette manière.
Général Pétain

Général Philippe Pétain

Il n’y a qu’une attaque qui a été une réussite, c’est l’attaque d’un certain général Pétain. C’est lors de la deuxième offensive d’Artois, du 9 mai au 16 juin 1915. Le 9 mai, Foch qui est le général en chef de ces armées puisqu’il est l’adjoint de Joffre, envoie un ordre au général d’Urbal qui commande la Xe armée. Il y a six Corps d’armée, auxquels il faut ajouter les armées britanniques au nord. C’est toujours pour les Britanniques que Foch travaillait dès ce moment-là  ! Cette bataille est lancée le 9 mai. L’un des six Corps de cette Xe armée, le 33e, est commandé par Pétain. Or, pendant tous les mois précédents, c’est-à-dire pendant tout l’hiver – vous pourrez lire cela dans Pedroncini – Pétain a appris à ses soldats à se battre et à se retrancher. Pétain ne tolère absolument aucune indiscipline.

Résultat  : le 9 mai, cinq des six Corps de la Xe armée, plus les Anglais, sont incapables de conquérir même la première ligne. Pendant ce temps, le 33e Corps est en face de la falaise de Vimy. Pétain la connaît d’avant la guerre, il a fait des manœuvres dans ce coin-là, il sait que c’est un obstacle redoutable. Alors il travaille la manière dont il va disposer son artillerie, la manière dont il va faire attaquer ses hommes. Et il fait cette chose absolument admirable  : alors que tous les autres sont repoussés dès la première attaque, lui conquiert la première ligne allemande et se rend maître de Vimy. C’est un peu la réplique, en réussi, de l’attaque de Morhange autrefois.

Pétain téléphone à Foch. Foch est attablé avec son État-Major. Le téléphone sonne. C’est Pétain, qui lui dit  : Nous avons emporté les premières lignes, il n’y a plus rien devant nous, c’est la percée, envoyez-nous du monde  ! Pétain, dont on dit que c’était un capon, qu’il avait toujours peur, qu’il restait toujours en arrière, a réussi à percer. Et Foch, qui est pour l’offensive absolue, ne le croit pas. Il pense que ce n’est pas possible, que Pétain invente. Et quand Pétain supplie Foch de lui envoyer quelques divisions de réserve pour crever le front, Foch lui dit qu’il n’en a pas  ! Le pire, c’est que c’est vrai, on ne s’est même pas préoccupé de rassembler des réserves pour le cas où on réussirait. Ce Foch est un incapable.

Mais Joffre observe tout ça. Il voit que, dès le printemps 1915, Pétain s’est signalé d’une manière tout à fait remarquable par sa préparation et par sa stratégie. Le résultat est venu couronner son œuvre. Joffre le donne en exemple à tous les autres généraux en ordonnant à toute l’armée française, dans les offensives qui suivront, en Champagne en particulier  : Employez la méthode Pétain  ! Et en juin, Pétain est nommé chef de la IIe armée.

Là-dessus, la Chambre proteste contre la lenteur des résultats. Il faut aux députés des choses beaucoup plus importantes  ! On décide donc de faire les offensives de Champagne, du 25 septembre au 9 octobre.

LES OFFENSIVES DE CHAMPAGNE
(automne 1915)

La IIe armée de Pétain est transférée en appui de la IVe armée située dans la zone sud du front, en face d’Auberive, de Souain, de Tahure et de Massiges. Ces noms ne nous disent plus rien aujourd’hui, mais ils ont beaucoup parlé à tous les Français à ce moment-là, parce que cette offensive de l’automne 1915 a porté l’espérance de toute l’armée. Elle a été retardée jusqu’à la fin septembre, parce que Pétain se rendait très bien compte que derrière ces petits villages, les positions allemandes étaient extraordinairement fortifiées. Or, ce que nous savons par Pedroncini et par Blond, c’est que le général Pétain, avec son franc-parler, a dit à Castelnau qu’ils allaient à un échec  ! Ce serait le dixième depuis cet hiver 1914-1915  ! Pétain prévenait qu’il ne fallait pas recommencer cela. Il fallait prévenir Joffre  ! Mais Castelnau n’a pas osé aller faire la leçon à Joffre…

Front de Champagne

Le front de Champagne, entre Souain et Tahure (1915)

Moyennant quoi, Pétain a été encore une fois le seul à conquérir du terrain. Il a conquis la première ligne, puis quelques points avancés au-delà de la première ligne, puis il s’est heurté à la résistance des Allemands. Il a très bien compris que ce serait une boucherie inutile, et il a arrêté son attaque. Joffre, faute d’avoir été averti de la réalité des choses comme le voulait Pétain, va faire durer la bataille encore pendant dix jours, puis il fera encore reprendre la bataille dix jours en décembre et tout cela pour aucun résultat positif.

C’est ainsi que l’année 1915 se termine d’une manière extrêmement triste. Triste, parce que les Français sont fatigués, parce que l’arrière s’inquiète, parce que les soldats se rendent bien compte qu’ils se heurtent à une armée allemande reconstituée, qui occupe un front continu et s’est très bien retranchée. Les Allemands vont nous donner des exemples de retranchements qui feront la jalousie de nos soldats. Les soldats français, eux, subissaient les conséquences de l’incurie totale de leurs chefs  : nous avions des tranchées mais pas de sacs à terre, pas de remblais, pas de wagons pour apporter le bois nécessaire à la construction des abris souterrains, etc.

Quant à l’artillerie lourde, quand on en parle à Joffre, il dit que ce n’est pas la peine parce que dans trois semaines on aura fait la percée  !

Nous verrons l’incurie de ces généraux incapables, qui n’est que le reflet de l’incurie du gouvernement et de l’agitation insensée de la Chambre, jugeant de tout, envoyant des commissions de surveillance aux tranchées, mettant l’armée en critique perpétuelle, tout cela pour faire croire que la Chambre est en train de soutenir le moral du pays. C’est le triste spectacle de la France en 1915  !

Mais, pendant tout ce temps-là, la République continuait son seul combat, le combat contre les forces réactionnaires qui se regroupaient et qui retrouvaient la foi dans les tranchées, qui retrouvaient leur unité dans le combat, pendant que tous les lâches étaient rapatriés dans les usines pour travailler. La France réactionnaire allait renverser la République  ; il fallait à tout prix diviser pour régner.

C’est là-dessus que nos yeux doivent s’ouvrir pour comprendre la grande leçon de la guerre de 14-18. Dans le chapitre suivant, nous aurons à étudier ce qui se passait à l’arrière, au gouvernement et à la Chambre des députés, pendant ce temps-là  !

TABLEAU D’AVANCEMENT DES GÉNÉRAUX

publié dans la CRC no 299, février 1994, page 31

NOM SEPTEMBRE 1914 – DÉCEMBRE 1915 NOTE
ALBERT Ier Il a mobilisé dès le 31 juillet. Il a retardé l’avance allemande pendant 10 jours (siège de Liège). Il a organisé deux sorties courageuses du camp retranché d’Anvers pour soulager les Français. Il a évité à temps l’encerclement. Il a résisté héroïquement sur l’Yser. Il a consenti à inonder une partie de ses terres. La Belgique invaincue, c’est son Roi qui l’a fait  ! +20
JOFFRE Il a lancé, sur les instances de Gallieni, mais en retard sur Falkenhayn, la “ course à la mer ”. Il s’en est remis entièrement à Foch pour la conduite des armées du nord. Il a refusé de distraire une partie de nos forces du front occidental. Il s’est entêté à vouloir “ percer ”, en faisant prolonger les offensives alors même que tout espoir était perdu, dans une méconnaissance ahurissante de la situation. -20
GALLIENI Il a été injustement tenu à l’écart et calomnié. Il pensait comme Castelnau et Franchet d’Espèrey qu’il fallait attaquer à revers dans les Balkans. Il aurait dû commander le corps expéditionnaire. +10
FOCH Il s’est aliéné les Belges en prétendant avoir commandé à leur Roi de résister  ! En revanche, il a soutenu sans mesure les Anglais. Il a marqué de sa frénésie et de son incohérence l’inhumaine bataille d’Ypres. Et, chef du Groupe d’Armées du Nord, crime d’entre les crimes, il a refusé de croire à la percée de Pétain à Vimy, le laissant sans moyen de poursuivre. -20
CASTELNAU Il a fait face à une situation dramatique, entre Oise et Somme, il a su endiguer l’adversaire à Roye, victoire aussi décisive que la Marne. Il a commandé l’offensive de septembre 1915 en Champagne par discipline militaire et, grâce à sa prudence, il a supervisé les quelques avancées de Marchand et de Pétain. +15
MAUD’HUY Commandant le détachement en pointe de la IIe armée (future Xe armée), il s’est engagé imprudemment à l’est d’Arras, puis, refoulé, il s’y est accroché désespérément (divisions Barbot et Fayolle). +5
D’URBAL Protégé de Foch, quoique franc-maçon  ! il a commandé la VIIIe armée (Flandres), puis la Xe (Artois); il n’a pas su préparer l’attaque du 9 mai, il n’a pas voulu exploiter la percée de Vimy, il en conservera même de l’inimitié pour Pétain. -10
BERTHELOT Détaché du GQG pour commander un Groupe de Divisions de Réserve, il a lancé ses divisions à l’assaut des hauteurs de Soissons avec une présomption criminelle (Crouy, janvier 1915 = 12 000 morts pour rien). -10
PÉTAIN Commandant le 33e CA en octobre 1914, il a constamment perfectionné ses défenses et ses méthodes d’attaque  ; il a réussi à percer le front le 9 mai 1915, c’est la victoire de Vimy. Il a récolté quelques succès lors de l’offensive de Champagne à la tête de la IIe armée. Toujours très lucide et proche de la troupe, il est avare du sang de ses hommes. +8
RONARC’H À la tête de six mille fusiliers marins, il a tenu tête dans Dixmude, aux côtés des Belges, à une formidable pression allemande, au prix d’immenses sacrifices. +10
MARCHAND Il a mené admirablement au combat sa 10e division d’infanterie coloniale, toujours en première ligne. Grièvement blessé en septembre 1915 alors qu’il menait ses marsouins à la conquête de la ferme de Navarin. +10

Abbé Georges de Nantes
Extraits de la conférence du 17 février 1994 (F39)

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