La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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SAINTE JEANNE D’ARC

De Chinon à Reims

LA mission de Jeanne était de faire sacrer le dauphin Charles à Reims. Le signe qui authentifierait sa mission serait la délivrance d’Orléans. Mais avant cela, elle donna à Charles cette preuve, «  en forme de révélation prophétique, écrit l’abbé de Nantes, foudroyante lumière, tombée du Ciel, pour lui qui doutait de tout, de sa légitimité royale, et d’être même enfant légitime du pauvre roi défunt Charles VI. Il ne se rendit vraiment à sa foi que ce jour où Jeanne lui voulut dire “ une chose de grand qu’il avait faite, bien secrète, qu’il n’y avait personne qui le put savoir que Dieu et lui. ”   »

LES «  TROIS REQUÊTES  » DE CHARLES

«  Or, voici cette révélation qui devait faire la conviction du Dauphin, et par-delà les siècles la nôtre, répondant à ses doutes à lui sur sa légitimité, sur son sang et son droit, mais aux nôtres aussi, sur le sacre de Reims, la religion royale et la vocation divine de la France à travers les siècles  :

«  “ Sire, n’avez-vous pas bien mémoire que le jour de la Toussaint dernière, vous étant dans la chapelle de votre château de Loches, en votre oratoire, tout seul, vous fîtes trois requêtes à Dieu  ? ”

«  Le roi répondit qu’il en avait bien mémoire. Et alors la Pucelle lui demanda si jamais il avait dit et révélé les dites requêtes à son confesseur ou à autres. Le roi dit que non.

«  “ Et si je vous dis les trois requêtes que vous fîtes, croirez-vous bien en mes paroles  ? ” Le roy répondit que oui. La Pucelle lui dit  :

«  “ Sire, la première requête que vous fîtes à Dieu fut que si vous n’étiez vrai héritier du royaume de France, ce fût son plaisir de vous ôter courage de le prétendre, afin que vous ne fussiez plus cause de faire et soutenir la guerre dont procèdent tant de maux.

«  La seconde fut que si les grandes adversités et tribulations que le pauvre peuple de France souffrait et avait souffert si longtemps, procédaient de votre péché, et que vous en fussiez cause, que ce fut son bon plaisir en relever le peuple et que vous seul en fussiez puni, portassiez la pénitence soit par la mort, ou par telle autre peine qu’il lui plairait.

«  La tierce fut que si le péché du peuple était cause des dictes adversités, que ce fut son plaisir pardonner au dit peuple, et apaiser son ire et mestre le royaume hors des tribulations dans lesquelles il était depuis déjà douze ans et plus. ” Le roi reconnut qu’elle disait vérité ajouta foi à ses paroles.  »

«  Alors commence, après les dix-sept ans de “ vie cachée ” de Jeanne à Domremy, l’épopée fulgurante de ces trois ans de “ vie publique ”.  » (CRC n° 198, p. 25-27)

LA MARCHE SUR ORLÉANS

Jeanne, chef de guerre

Jeanne, chef de guerre

Vers le milieu d’avril 1429, une armée royale fut rassemblée. Le 27, elle s’ébranla en direction d’Orléans. Les prêtres et les religieux, groupés autour de la bannière où était peinte l’image de Jésus en croix, ouvraient la marche de l’armée royale. Jeanne eût voulu qu’on marchât droit sur Orléans par la rive droite de la Loire, où la ville s’élève. Point d’autre obstacle en chemin que les bastilles des Anglais  ; et Jeanne promettait que les Anglais ne bougeraient pas.

«  Mais les capitaines du Roy n’en faisaient qu’une dérision et moquerie, excepté le duc d’Alençon et un capitaine courageux et de bon vouloir, nommé La Hire, qui jura qu’il la suivrait avec toute sa compagnie où qu’elle le voudrait mener.  »

À l’insu de la Pucelle, les capitaines prirent le chemin par la Sologne, rive gauche, au sud du fleuve. Le chemin fut long et malaisé. Après une première journée de marche, il fallut installer le campement pour la nuit. Le lendemain, on repartit et l’armée défila devant Beaugency et Meung, tenus par les Anglais qui ne bougèrent.

Arrivée au sud du fleuve, Jeanne comprit qu’elle avait été trompée. Pour entrer dans la ville, il fallait embarquer les soldats et le convoi de vivres sur des chalands. De toute façon, «  le fleuve était alors si bas que les bateaux ne pouvaient pas le remonter, ni aborder à la rive  ». S’adressant aux capitaines  :

«  En Nom Dieu, le conseil de Messire Dieu est plus sûr et plus sage que le vôtre. Vous avez cru me tromper, et vous vous êtes trompés vous-mêmes, car je vous apporte le meilleur secours qui aura jamais été donné à un combattant ou à une cité, c’est le secours du Roi des Cieux. (…) Attendez un petit peu, ajouta Jeanne, car, en Nom Dieu, tout entrera en la ville.  »

À peine avait-elle prononcé ces mots qu’un double miracle se produisit, constaté par tous  : «  Aussitôt, comme à l’instant, racontera le Bâtard d’Orléans, le vent qui était contraire, et très opposé à la montée des bateaux, changea et devint favorable, aussi les voiles furent immédiatement tendues.  » Et «  presque subitement l’eau monta, de telle sorte que les bateaux purent venir jusqu’à l’endroit où se trouvaient les troupes royales.  » «  Dès lors, avoue le Bâtard d’Orléans, j’eus grande confiance en elle, plus qu’auparavant.  »

Il suffisait d’obéir à Jeanne. Mais les capitaines décidèrent que seuls les vivres seraient embarqués sur les chalands afin de ravitailler Orléans, tandis que l’armée, de son côté, retournerait à Blois pour y traverser le fleuve et revenir par la rive nord  ! Jeanne ne voulut pas les suivre. Et il fut convenu qu’elle entrerait dans la ville avec sa compagnie de bons soldats que le Dauphin lui avait donnée, et dont elle avait le commandement. La Hire décida aussi de rester, avec ses hommes.

L’entrée de Jeanne dans la ville d’Orléans eut lieu à la nuit close  : «  elle y entra armée de toutes pièces, montée sur un cheval blanc, et faisant porter devant elle son étendard. Elle avait à son côté, le Bâtard d’Orléans.  » Elle se rendit d’abord à la cathédrale Sainte-Croix «  pour y faire révérence à Dieu son Créateur  » et à son Roy Jésus.

LA SEMAINE HÉROÏQUE

Sainte Jeanne d'ArcDès le 30 avril au matin, Jeanne fut à sa tâche. Il fallait, selon elle, donner immédiatement l’assaut. Mais les capitaines de la place rechignaient, estimant qu’il était plus sage d’attendre le gros de l’armée. Jeanne se soumit, mais elle était triste, car on ne faisait pas assez cas du secours et de la puissance de Dieu.

Par complaisance pour les braves Orléanais, qui ne pouvaient «  se saouler de la voir  », elle consentit de nouveau à parcourir les rues de la ville. La cité fidèle la traitait en reine.

Du 30 avril au 2 mai, Jeanne envoya par trois fois sommation aux Anglais. Pour toute réponse, Glasdale l’injuria grossièrement, la traitant de vachère et de ribaude.

Le 4 mai, sans que les Anglais y puissent mettre obstacle, l’armée entrait dans Orléans, comme Jeanne l’avait promis. Mais, dans l’après-midi, sans prévenir la Pucelle, on voulut livrer bataille contre la bastille Saint-Loup. Les Français éprouvèrent de lourdes pertes. Jeanne qui reposait en son logis, s’éveilla en sursaut. En hâte, elle revêtit sa cuirasse et se précipita à la porte de Bourgogne.

Les Français se retiraient déjà en désordre, quand soudain ils aperçurent la Pucelle et son étendard. Alors, jetant une immense acclamation, ils se remirent en bataille. Avant la chute du jour, la bastille était prise.

Voyant tant de morts sur le champ de bataille, la Pucelle pleura et, se mettant à genoux, fit humblement sa confession. «  Avant cinq jours, ajouta-t-elle, le siège sera levé, et il ne restera plus un Anglais autour d’Orléans.  » On était au 4 mai. Le 8, ce sera la victoire  !

Le lendemain, vendredi 6, Jeanne veut passer sur la rive gauche. C’est d’une audace folle. Le premier assaut contre le fort des Augustins est repoussé, et les capitaines font rembarquer les troupes sans prévenir Jeanne. C’est la trahison, déjà  ! Jeanne s’en aperçoit, rallie ses hommes et repart à l’assaut. En fin d’après-midi, une colonne de flammes et de fumée annonce le deuxième désastre essuyé par les Anglais.

Le soir, se tournant vers son chapelain, elle lui dit  :

«  Demain, levez-vous de très matin. Vous aurez plus à faire qu’aujourd’hui. Faites de votre mieux. Tenez-vous toujours à ma portée. Demain j’aurai un terrible labeur, un labeur tel que je n’en eus jamais de semblable. Demain je serai blessée. Le sang me jaillira au-dessus du sein.  »

LA COLOMBE DE LA VICTOIRE

Jeanne d'ArcAu matin du 7 mai, tout le peuple accourut aux remparts. Mais il n’y a pas de rédemption sans effusion de sang. Au début de l’après-midi, la Pucelle toujours en première ligne, était descendue au fossé et s’apprêtait à dresser une échelle quand un vireton d’arbalète l’atteignit au dessus du sein. Jeanne se déferra de sa propre main – imaginez la douleur  ! – et fut prestement ramenée en arrière.

Soignée sommairement, elle voulut bientôt retourner au combat. «  Retournez de par Dieu à l’assaut. Sans nulle faute, les Anglais ne vont plus avoir la force de se défendre…  »

Subjuguée par tant d’assurance, l’armée s’ébranle de nouveau et, surprise  ! Jeanne voit tout à coup son étendard sacré flotter loin devant, sous la muraille du boulevard des Tourelles. Jeanne, le voyant, s’écria sur le ton d’une inspirée, à l’adresse des soldats  : «  Prenez garde, quand la queue de mon étendard touchera le boulevard, tout sera vôtre.  » Les Français se ruèrent alors dans le fossé, poussant une clameur terrible.

Tandis que Jeanne brandissait son étendard, «  certains chevaliers virent une colombe blanche voler par-dessus  ». C’est sous le signe de la colombe que Messire Dieu veut donner victoire aux Français quand Il les prend en pitié. Il y a là un mystère que le sacre de Reims achèvera de révéler et d’accomplir.

Dans la nuit, les Anglais délogèrent de leurs bastilles, levant le siège d’Orléans.

LA CAMPAGNE DE LOIRE

Jeanne d'ArcLa voilà déjà très aimée de tout le peuple, inspirant aux Anglais une religieuse terreur, toujours contestée au sein du conseil royal, mais soutenue et inspirée par ses Voix. Et ce fut la magnifique campagne de Loire  : Beaugency, Meung, Jargeau, enfin Patay, le 18 juin, «  la plus grande victoire que le gentil roy eut jamais  ». C’était vraiment l’heure du miracle de Dieu, d’autant plus éclatant qu’il dépassait toute attente.

Les capitaines demandèrent les ordres de Jeanne  : La Pucelle commanda de foncer sur l’ennemi, «  avec de bons éperons  !  » précisa-t-elle, car il s’enfuira et ne s’arrêtera plus. Les Anglais laissèrent deux mille des leurs sur le terrain, tandis qu’il n’y eut qu’un tué dans le camp français. Le fait de Patay est, avec la délivrance d’Orléans, le plus grand miracle de l’histoire militaire de France.

L’enthousiasme populaire était à son comble. Une multitude d’hommes d’armes s’enrôlaient. Mais les “ politiques ” conseillaient la prudence  : aller à Reims, quelle folie  ! C’était provoquer le duc de Bourgogne et le jeter dans les bras de l’Anglais. Quant à Jeanne, elle pressait le dauphin Charles de l’écouter, elle.

LA ROUTE DU SACRE

Le Roi ordonna qu’on la suive. Reims était déjà dans tous les cœurs. La marche au sacre commençait, procession sainte des lys refleuris, de la royauté ressuscitée.

Mais Troyes résista, et Regnault de Chartres en profita pour tenter une nouvelle fois de persuader le Roi de temporiser et de s’entendre avec Bourgogne. Jeanne dit alors  :

«  Noble dauphin, ordonnez à vos gens d’assiéger vraiment Troyes. Ne prolongez pas ces conseils. En nom Dieu  ! je vous introduirai avant trois jours dans cette ville qui est vôtre, soit par force, soit par amour. Toute la Bourgogne en sera stupéfaite.  »

Là-dessus, sortant du Conseil, elle monta à cheval, appela tout le monde à la besogne. Entraînés, subjugués, ils apportèrent fagots et tout ce qui pouvait servir à combler les fossés. Elle fit amener canons et bombardes, les plaça en batterie comme eût fait le plus chevronné des capitaines. La nuit même n’interrompit pas le travail. Au petit jour, tout était prêt.

À ce coup, les bourgeois de Troyes se précipitèrent vers les portes de la ville et les ouvrirent à leur légitime souverain. Jeanne avait eu raison de tout et de tous. On était au 10 juillet.

Le 16 juillet 1429, l’armée royale parvenait à Reims, la ville du Sacre, but de toute la mission de Jeanne. La campagne jugée impossible avait duré dix-neuf jours  !

LE PACTE DE REIMS,
FONDEMENT DE LA RELIGION ROYALE

Charles VII en habit de sacre, et saint Jean-Baptiste montrant l'Agneau de Dieu

Charles VII en habit de sacre, et saint Jean-Baptiste montrant l’Agneau de Dieu, après l’avoir baptisé dans le Jourdain  : ” Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.” (Jn 1,29)
On ne peut mieux exprimer le fait, de notoriété universelle au sein de la Chrétienté, que l’alliance du Christ et de la France, scellée lors du baptême de Clovis, et renouvelée de génération en génération par le sacre des rois de France, s’inscrit à l’intérieur de la nouvelle et éternelle Alliance que Jésus a scellée par son Sacrifice, entre Lui-même et son Église.
(Jean Eyck, Louvre, Cliché CRC).

Dès le 17 juillet au matin, le sacre déroulait ses fastes dans la cathédrale.

Jeanne se rendit à l’abbaye Saint-Remy. Cette abbatiale est le reliquaire de France, en raison des restes du saint évêque fondateur qui y sont vénérés, et plus encore en raison du “ chrême célestiel ” qui y est conservé, apporté, selon la tradition, par une colombe, au cours du baptême de Clovis.

L’abbé de Nantes n’a cessé d’expliquer le sens et la portée de cet «  événement fondateur  », acte divin établissant pour toujours ce que doit être le gouvernement du saint royaume de France, qui est le particulier royaume du Roy Jésus. C’est en ce baptême que s’origine la religion royale, hors laquelle il n’est point de salut pour la France  :

«  Jusqu’à Jeanne, ce lien particulier du Christ à la nation franque par le truchement ou le ministère de son roi et de sa dynastie avait déjà été cent fois affirmé, et par des bouches autorisées. Il avait produit ses fruits d’ordre politique et de sainteté chrétienne. Pourtant jamais il n’avait été si clairement révélé d’en haut ni prouvé par des miracles si bien constatés qu’on n’en puisse douter. (…) Jeanne d’Arc avait reçu la mission de conduire son roi à Reims pour y être sacré. Et par là, elle authentifiait notre religion royale comme de source divine.  » (CRC n° 198, p. 28-29)

«  VIVE LE ROI  !  »

Jeanne, pendant le sacre de Charles VII dans la cathédrale de Reims.

Jeanne, pendant le sacre de Charles VII
dans la cathédrale de Reims.

Les cloches de toutes les églises de Reims carillonnaient à pleine volée, annonçant le cortège qui s’avançait, magnifique. Jeanne était auprès du Roi, attirant tous les regards. Dans le chœur, elle se plaça près de l’autel, côté Évangile. Les tapisseries et le luminaire donnaient à la cathédrale couleur et chaleur, comme en une chambre nuptiale.

Quand on vit se déployer son étendard au sommet de sa lance, un frémissement parcourut l’assistance, comme lorsqu’il entraînait les assaillants à l’escalade des murailles. L’honneur était singulier puisque seul cet étendard flottait en cette église. «  Il avait été à la peine, c’était bien raison qu’il fût à l’honneur  !  » dira la Pucelle.

Lorsque, près de l’autel, le héraut d’armes de France procéda à l’appel des douze pairs de France, un silence poignant se fit. Parmi les pairs laïcs, pas un ne répondit. Quant aux pairs ecclésiastiques, deux seulement étaient présents, celui de Reims, Regnault de Chartres  ! et celui de Châlons… Des suppléants furent aussitôt désignés. Alors Charles, à genoux, les mains sur les Évangiles, prêta serment…

Vint le moment des onctions d’huile prélevée dans la sainte Ampoule sur la tête du Roi, sur la poitrine, dans le dos entre les deux épaules, sous les aisselles, dans les jointures des deux coudes, à l’intérieur des mains.

L’archevêque passe ensuite au doigt du Roi l’anneau de l’alliance, avec ces mots  : «  Prends l’anneau signal de la sainte Foy, solidité du royaume, augmentation de puissance, par lesquelles choses sache chasser les ennemis par puissance triomphale, exterminer les hérésies, réunir les sujets et les annexer à la persévérance de la foy catholique de Jésus-Christ.  »

Mais «  quand on lui assit la couronne sur la tête, les trompettes sonnèrent en telle manière qu’il semblait que les voûtes de l’église dussent se fendre  !  »

Après la messe, on vit Jeanne «  accoler le Roy à genoux par ses jambes, et baiser le pied, pleurant à chaudes larmes  ».

Extrait de Résurrection tome 2, n° 17, mai 2002, p. 5-38

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