La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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SAINTE JEANNE D’ARC

De Domremy à Chinon

NATIVITÉ (1412)

Les bords de Meuse à Domremy

Les bords de Meuse à Domremy

JEANNE est née le 6 janvier 1412, en la ville de Domremy, en la nuit de l’Épiphanie, fête de l’adoration des rois mages en même temps que du sacre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lors de son baptême dans le Jourdain.

De même que la Nativité de Notre-Seigneur fut environnée de merveilles, l’on entendit, la nuit de l’Épiphanie 1412, les coqs chanter avant l’heure, «  comme hérauts de cette allégresse nouvelle. Ils battent des ailes, et presque pendant deux heures, ils semblent annoncer l’événement nouveau  », atteste le sénéchal Perceval de Boulainvilliers, qui eut en main l’enquête menée à Domremy, fin mars 1429, sur l’ordre du dauphin Charles. Aux miracles de la nativité succède l’ordinaire de la “ vie cachée ”  : «  Ma mère m’apprit le Pater Noster, Ave Maria et Credo, et nulle autre personne que ma mère ne m’apprit ma créance.  »

Chambre natale de Jeanne

Chambre natale de Jeanne

Les témoignages sont unanimes à chanter les vertus hors du commun de la petite fille  : «  Fille chaste, d’un bon comportement, il n’y avait pas meilleure qu’elle dans les deux villages  » de Greux et Domremy. En 1425, la ville de Domremy connut son massacre des saints innocents, comme au temps du roi Hérode. Henry d’Orly, dit le Bâtard de Savoie, chef de bande, vint piller Domremy et Greux. Les paysans, prévenus, avaient fui par le sud jusqu’à Neufchâteau, où ils ne restèrent que quatre ou cinq jours, jusqu’au départ des bandes armées. Lorsqu’ils revinrent ils trouvèrent les restes calcinés de leurs toits et de leurs maisons, et l’église Saint-Remi dévastée. Or, la maison de Jacques Darc, ô miracle  ! était intacte. La protection divine se marquait ainsi aux yeux de tous.

ANNONCIATION (1424)

La maison paternelle de Jeanne à Domremy

La maison paternelle de Jeanne à Domremy

Jeanne venait d’avoir douze ans révolus. Elle avait reçu la confirmation, communiait depuis un an et déjà jeûnait comme une adulte. Elle était dans le jardin de son père lorsqu’elle vit soudain une nuée lumineuse, du côté de l’église. Il est midi. De la nuée sort une voix  : «  Jeanne, il te faut vivre autrement et accomplir des actes étonnants. Car tu es celle qu’a élue le Roi du Ciel pour accomplir la réparation du Royaume de France, et pour apporter aide et protection au dauphin Charles, expulsé de son domaine. Tu revêtiras l’habit d’homme. Et, prenant les armes, tu seras chef de guerre. Toutes choses seront régies par ton conseil.  » En ce temps-là, les saintes Catherine et Marguerite répétaient à Jeanne, «  deux ou trois fois la semaine, qu’elle partît en France  ».

VISITATION (1428)

Jeanne avait un cousin par alliance, Durand Laxart, qui avait épousé la sœur d’Isabelle Romée. Il était laboureur à Burey-le-Petit, à une heure et demie de marche sur la route de Vaucouleurs, dernière place forte demeurée fidèle au dauphin Charles, au milieu de territoires entièrement passés à la rébellion bourguignonne et occupés par les garnisons anglaises.

Ruines du château de Vaucouleurs

Ruines du château de Vaucouleurs

Un jour, Durand Laxart, qui aimait et admirait sa petite cousine si pure, si sage, si pieuse, vint demander à ses parents de l’emmener quelques jours chez lui pour aider sa femme qui attendait un enfant. Jeanne partit donc un beau jour de mai, comme la Vierge Marie partit un jour de Nazareth pour aider sa cousine dont l’Ange lui avait dit «  que dans sa vieillesse, elle venait de concevoir un fils  ». En chemin, la Pucelle de Domremy révéla à son compagnon «  qu’elle voulait aller en France, vers le Dauphin, pour le faire couronner, et elle lui disait  : “ N’a-t-il pas été dit autrefois que la France par une femme serait désolée, et devait ensuite être restaurée par une Pucelle  ? ”  » On imagine la surprise de Durand  ! Or, il crut en Jeanne, et il décida de la conduire à Baudricourt, le seigneur de Vaucouleurs. Le jour de l’Ascension du Seigneur, 13 mai 1428, Durand et Jeanne entrent au château. Rien ne distingue le sire Robert des manants et des soldats  ; pourtant, Jeanne va droit à lui, et lui dit  : «  Je suis venue vers vous, messire Robert, de la part de mon Seigneur pour que vous mandiez à messire le dauphin Charles de tenir bon et de ne point engager le combat contre ses ennemis, car mon Seigneur lui donnera secours avant la mi-carême.  » «  Le royaume ne concerne pas le Dauphin, continue-t-elle, mais mon Seigneur. Cependant, mon Seigneur veut que le Dauphin soit fait roi, et qu’il tienne ce royaume en commende. Le Dauphin sera roi, malgré ses ennemis, et je le conduirai pour son sacre.  » «  Et qui est ton Seigneur  ? demande Robert. – Le Roi du Ciel.  » Reconduis-la chez son père, et gifle-la  !  » dit Baudricourt à Durand. La Pucelle demeura encore une semaine auprès de sa cousine, puis s’en retourna à Domremy. Mais ses Voix la pressent de nouveau  : «  Jusques à quand tarderas-tu  ? La France meurt, les villes sont dévastées, les bons périssent, les grands sont mis à mort, un sang illustre est répandu.  » De fait, les Anglais achèvent leur conquête. Dans la France du nord ne demeuraient plus, fidèles au dauphin Charles, que Tournai, Vaucouleurs et le Mont-Saint-Michel. Le 12 octobre 1428, une formidable armée anglaise paraissait en vue d’Orléans afin de l’assiéger et la prendre, passer la Loire et envahir la France méridionale.

PROMESSE DE DÉLIVRANCE

Carte de la guerre de Cent ansEn décembre 1428, Durand Laxart vint de nouveau chercher Jeanne pour les relevailles de son épouse… et pour la délivrance du royaume de France. Jeanne quitte ainsi Domremy une seconde fois sans prévenir ses parents d’autre chose. Une fois la cérémonie des “ relevailles ” accomplie, Durand et Jeanne se rendent à Vaucouleurs, où la renommée de la jeune fille a commencé à se répandre. Un petit groupe de jeunes chevaliers croient déjà en sa mission et s’offrent à la servir. Jean de Metz lui promet qu’il la conduira vers le Dauphin, avec l’aide de Dieu. Et en signe de foi, il lui touche la main  : «  Quand voulez-vous partir  ? – Plutôt aujourd’hui que demain, et plutôt demain qu’après.  » Il ordonna à un de ses soldats d’apporter un habit d’homme. Jeanne se revêtit dès lors de ce vêtement de soldat et se fit tailler les cheveux en rond au-dessus des oreilles. L’effervescence gagnait la cité. Et l’on se divisait. Jeanne que l’on voyait maintenant en habits d’homme était-elle une véritable inspirée  ? Baudricourt demanda à messire Jean Fournier, le curé de Vaucouleurs, de l’exorciser. Il dit en latin les prières prescrites, puis, s’adressant en français à Jeanne agenouillée devant lui  : «  Si tu es une mauvaise créature, éloigne-toi de nous, mais si tu es une bonne créature, viens vers nous.  » Alors Jeanne avança sur les genoux. Mais ensuite, elle rappela à Baudricourt, devant tous, la prophétie  : «  N’avez-vous pas entendu cette prophétie, que la France par une femme serait détruite, et qu’elle serait restaurée par une Pucelle des marches de Lorraine  ?  » Dès lors, les événements se précipitent. Mais Jeanne ne voulait pas partir sans demander pardon à ses parents. Elle dicta une lettre qu’un messager porta à Domremy. Baudricourt, quant à lui, n’avait toujours rien décidé, et les esprits s’échauffaient. Le 12 février, Jeanne eut révélation du désastre que les Français venaient de subir devant Orléans assiégée. Tout émue du sang français répandu inutilement, elle eut le courage d’exhorter Baudricourt  : «  En Nom Dieu, vous tardez trop à m’envoyer  ; car aujourd’hui le gentil Dauphin a eu près d’Orléans un bien grand dommage, et il en aura encore un plus grand, si vous ne m’envoyez bientôt vers lui.  » Le capitaine aurait bientôt des nouvelles de France et pourrait ainsi connaître si Jeanne était vraie prophétesse ou vile intrigante. Quelques jours après, le messager royal, Colet de Vienne, arrivait à Vaucouleurs, portant la nouvelle du désastre. Les Français d’Orléans, affamés dans la ville assiégée, avaient tenté de s’emparer d’un convoi de vivres expédié par Bedford à l’armée des assiégeants. Mais ils furent défaits. Ce désastre sonnait le glas de la cité fidèle. Il avait fallu au cavalier une dizaine de jours pour parvenir à Vaucouleurs. Baudricourt avait là le signe qu’il attendait  : Jeanne avait bel et bien été avertie par inspiration divine. Aussi, le capitaine n’hésita plus  : de par son autorité de lieutenant du roi de France, il envoya Jeanne en mission officielle auprès du Dauphin. Une petite foule ardente, pleine d’allégresse, de foi en Dieu et en son envoyée, s’assembla au pied du château. Jeanne sortit de la forteresse, monta à cheval, avec une aisance qui étonna. C’était le mardi 22 février 1429 à la nuit tombante.

SOUS LA GARDE DES ANGES

Colet de Vienne connaissait les chemins de détour, les temps favorables de la journée et de la nuit pour passer inaperçu, et aussi les étapes où l’on pourrait passer la nuit. «  Nous allions parfois de nuit, raconte Jean de Metz, par crainte des Anglais et des Bourguignons se trouvant alentour dans le voyage. Nous demeurâmes en route pendant onze jours, à chevaucher jusqu’à cette ville de Chinon. «  Pendant le voyage, moi-même et Bertrand nous couchions chaque nuit ensemble avec elle. Mais cette Pucelle couchait près de moi avec son pourpoint et ses chausses enfilées. Je la craignais tant que je n’aurais pas osé la solliciter, et sous serment, je déclare n’avoir jamais eu à son égard de désir ni de mouvement charnel.  » Poulengy témoigne de même, ajoutant, à son honneur et à celui de la Pucelle  : «  à cause de la bonté que je voyais en elle  ». «  En route, nous eûmes beaucoup d’inquiétude, mais Jeanne toujours nous disait de ne rien craindre  », continue-t-il. «  J’étais très enflammé par ses paroles, car elle me semblait être envoyée de par Dieu. Jamais je ne vis rien en elle qui fût mauvais, mais elle fut toujours si bonne fille qu’on aurait dit une sainte. Et ainsi, sans grand encombre, nous cheminâmes jusqu’à Chinon.  » Entre Sainte-Catherine et l’Ile-Bouchard, la Pucelle et son escorte échappèrent à une ultime embuscade. Des hommes d’armes avaient été dépêchés là par La Trémoille, le premier ministre de Charles, pour entraver la route de la petite troupe. «  Mais, alors qu’ils pensaient le faire, ils n’avaient pu se mouvoir du lieu où ils se trouvaient, et ainsi Jeanne s’était éloignée avec ses compagnons sans dommage.  » C’est que déjà on se disputait à son sujet. En sa faveur, parlait la reine Yolande de Sicile, mère de Marie d’Anjou, femme du Dauphin. Mais contre elle parlaient La Trémoille et Regnault de Chartres qui la trahiront autant qu’ils pourront, jour après jour, jusqu’à Compiègne. Enfin, parvenus sains et saufs à l’Ile-Bouchard, Jeanne et ses compagnons passèrent là leur dernière nuit d’étape, pour arriver à Chinon vraisemblablement au matin du vendredi 4 mars.

PREMIÈRES PERPLEXITÉS

Ruines du château de Chinon

Ruines du château de Chinon

Elle envoya aussitôt annoncer sa venue au château et solliciter du bon vouloir royal l’entrevue demandée par lettre. Mais elle attendit deux jours avant qu’on lui permît de se présenter à Charles VII. Le Dauphin interrogea d’abord Bertrand de Poulengy et Jean de Metz devant son grand Conseil. Puis il fit interroger Jeanne à son logis, devant notaires. «  Elle dit qu’elle avait deux mandats de la part du Roi des cieux, à savoir l’un pour faire lever le siège d’Orléans, l’autre pour conduire le Roi à Reims en vue de son couronnement et de son sacre.  »

QUI EST VRAI ROI DE FRANCE  ?

Le dauphin Charles la reçut le dimanche 6 mars. Et, pour la mettre à l’épreuve, il se cacha dans une pièce située derrière la grande salle d’honneur. Jeanne entra. Tous l’observaient. Son apparence était celle d’une fille «  bien compassée de membres, et plutôt forte, belle et bien formée  ». De tout son être rayonnait une beauté naturelle et surnaturelle. «  Et alors, on lui montra monseigneur Charles de Bourbon, en feignant que c’était le Roi. Mais elle dit aussitôt que ce n’était pas le Roi, et qu’elle le connaîtrait bien, si elle le voyait, encore que jamais elle ne l’eût vu. Après, l’on fit venir un écuyer en feignant que c’était le Roi. Mais elle connut bien qu’il ne l’était pas.  » Charles entendait les murmures d’admiration, de la chambre où il s’était réfugié. Aussi, attiré par la curiosité, voulut-il jeter un regard furtif dans la salle. «  Et bientôt après, le roi sortit d’une chambre et aussitôt qu’elle le vit, elle dit que c’était lui.  » Elle le regarda, et «  fit les inclinations et révérences accoutumées de faire aux Roys, comme si elle eût été nourrie en sa cour  ; et, la salutation faite, elle dit en adressant la parole au Roy  : “ Dieu vous donne vie, gentil Dauphin  ! ” Ne sachant que dire, Charles lui demanda son nom. Elle répondit  : «  Gentil Dauphin, j’ay nom Jehanne la Pucelle. Et le Roy des Cieux vous mande par moy que vous serez sacré et couronné en la ville de Reims, et que vous serez lieutenant du Roy des Cieux, qui est Roy de France.  » «  Très illustre Sire Dauphin, je suis venue, envoyée par Dieu, pour porter secours à vous et au royaume… Baillez-moy des gens, et je lèverai le siège d’Orléans. C’est le plaisir de Dieu que vos ennemys les Anglais s’en aillent en leur pays, que le royaume vous doive demeurer. Et s’ils ne s’en vont, il leur en mécherra.  » Charles écoute. Et voici la réponse du Ciel à ses demandes les plus secrètes  : «  Moi, je te dis, de la part de Messire, que tu es vray héritier de France et fils du Roy. Et il m’envoie à toi pour te conduire à Reims, où tu recevras la couronne et le sacre, si tu le veux.  » Elle l’a tutoyé  ! Cette fois, Jeanne touche à la plaie vive ouverte en l’âme du Prince. L’affaire est trop intime et ne se peut continuer en public. «  On fit éloigner les assistants, et Jeanne, seule avec le Roi, s’entretint avec lui pendant plus de deux heures.  » Alors, il déclara aux assistants «  que Jeanne lui avait dit certains secrets que personne ne connaissait ou ne pouvait savoir, si ce n’est Dieu. Aussi avait-il grande confiance en elle.  » Dès lors, Jeanne fut logée au château. Elle y fut trois semaines, longuement interrogée par les plus doctes théologiens et par le Dauphin lui-même. Le lundi de Pâques, elle fut envoyée à Poitiers pour y être interrogée par les docteurs de l’université de Paris. Après trois semaines, l’assemblée conclut qu’on ne trouve en elle «  que tout bien, humilité, dévotion, honnêteté, et qu’on doit la mener à Orléans pour y montrer le signe qu’elle promet.  » Et Jeanne revint à Chinon. Là, en signe de sa mission, rapporte la chronique, elle se livra un jour à une action symbolique, à la manière des prophètes de l’Ancien Testament. Elle demanda au Dauphin «  de se démettre de son Royaume, d’y renoncer, et de le rendre à Dieu de qui il le tenait  ». Et pour cela elle demanda qu’on fît quérir des secrétaires royaux. Le Dauphin accepta. Il en vint quatre qui dressèrent acte de l’hommage et en firent lecture solennelle, sur demande de la jeune fille. Jeanne est ici non seulement messagère de Dieu, mais médiatrice unique du salut de la France, chose sans pareille dans l’histoire universelle. De Chinon, le Dauphin l’envoie à Tours pour y être armée et recevoir sa maison militaire, et de là à Blois pour se joindre au contingent formé par la reine Yolande pour ravitailler Orléans.

Charles VII en roi mage

Charles VII en roi mage (Jean Fouquet, Livre d’heures d’Étienne Chevalier, 1454. Musée de Chantilly, cl. R.M.N./Ojeda).

Extrait de Résurrection tome 2, n° 17, mai 2002, p. 5-38

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