La Contre-Réforme catholique au XXIe siècle
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DIGNITATIS HUMANÆ
La liberté religieuse

L’ACTE IMPIE ET SUICIDAIRE

Paul VI à l'ONU

Le 4 octobre, alors que le débat restait très vif, Paul VI avait accepté l’invitation de l’Onu et dans son discours à cette Assemblée mondiale de francs-maçons, il évoquait déjà “ les droits et les devoirs fondamentaux de l’homme, sa dignité, sa liberté et avant tout sa liberté religieuse ”, attribuant à la “ sagesse humaine ” (onusienne et toute maçonnique), un “ caractère sacré ”.

La déclaration “ Dignitatis Humanæ Personæ ” est le motif principal de l’opposition de l’abbé de Nantes au funeste concile Vatican II. Son opposition fut loyale et entière, dès le commencement. Le 1er octobre 1964, au moment où s’engageait au Concile une âpre discussion autour de ce texte, il écrivait  :

«  Ce débat dramatique ne peut plus conduire qu’à des catastrophes. Il fallait éviter de rappeler des vérités trop austères si les hommes d’Église étaient trop lâches pour en assumer le poids, ou les proclamer fièrement et paternellement à la face du Monde moderne qui ne les accepte pas et en meurt. Mais les discuter, jamais  ! L’Église ne peut s’en éloigner sans reniement et apostasie.  » (Lettre à mes Amis n° 185)

La Déclaration Dignitatis Humanæ fut pourtant promulguée le 7 décembre 1965, veille de la clôture du Concile, mais sans revêtir aucun caractère d’infaillibilité, et ce vote s’accompagna d’un tel brigandage qu’il est légitime de remettre en cause, aujourd’hui encore, pareil Acte conciliaire.

«  Aux débats du 15 au 21 septembre 1965, il y avait 225 à 250 opposants, nombre inhabituel dans ce troupeau d’évêques éberlués, contre le même nombre d’acharnés partisans de la nouveauté. Pour rallier à tout prix la minorité, on introduisit de véhémentes protestations d’orthodoxie catholique en plein texte hérétique (n° 1). Les opposants étaient encore 249 le 19 novembre et 70 le 7 décembre, en séance publique, en présence du Pape qui, nonobstant, proclama cet Acte impie.

ÉTRANGE LIBERTÉ RELIGIEUSE AU FONDEMENT INTROUVABLE

Les numéros 1 à 4 de la Déclaration conciliaire affirment le droit intérieur et extérieur, de l’individu et des sociétés, à la pleine liberté religieuse, sans coaction d’aucune sorte qui en empêche ou en restreigne l’exercice, qui la retienne ou la sollicite en quoi que ce soit.

«  C’est faire injure à la personne humaine et à l’ordre même établi par Dieu pour les êtres humains que de refuser à l’homme le libre exercice de la religion sur le plan de la société.  » (n° 3) Et encore  : «  Dès lors que les justes exigences de l’ordre public ne sont pas violées, des groupes religieux sont en droit de jouir de cette immunité afin de pouvoir se régir selon leurs propres normes, honorer d’un culte public la Divinité suprême [sic !], aider leurs membres dans la pratique de leur vie religieuse et les sustenter par un enseignement, promouvoir enfin les institutions au sein desquelles leurs membres coopèrent à orienter leur vie propre selon leurs principes religieux.  » (n° 4)

Le fondement d’un tel droit à la liberté religieuse réside «  dans la dignité même de la personne humaine telle qu’elle est connue par la Parole révélée de Dieu et par la raison elle-même  » (n° 2). C’est du moins ce que prétend le texte conciliaire. Mais le Père Congar avouait lui-même  : «  Le point précis de la liberté religieuse telle que l’entend notre Déclaration ne se trouve pas tel quel dans la Sainte Écriture.  » (Unam sanctam n° 60, p. 13) Il faudrait savoir  !

Quant à l’argument de la raison humaine, l’auteur du texte, Mgr Pavan, doit faire le détour par le droit naturel et le devoir moral de tout homme «  à rechercher la vérité  » pour justifier l’entière liberté de penser et d’agir en matière religieuse. Comment pareil sophisme a-t-il pu être accepté par le Concile  ?

Les conséquences de cette théorie sont incalculables  : «  Ce Concile a congédié Dieu de ses assises pour écouter, idolâtrer l’homme et définir sa religion nouvelle, sa pastorale, sur la base de ce culte de l’homme en lieu et place du culte de Dieu.  » Telle est l’accusation majeure lancée depuis quarante ans par le théologien de la Contre-Réforme catholique au vingtième siècle.

Nous n’avons pas trouvé de meilleure confrontation de ces deux religions qui se battent au sein de l’unique et sainte Église, que le commentaire, par notre Père, en janvier 1986, d’un article de Mgr Pavan lui-même. L’abbé Gitton, du temps où il était chapelain de Montmartre, disait de ces deux pages  : «  C’est imparable.  » En voici le résumé, sous forme de dialogue, un “ dialogue ” qui n’a jamais eu lieu  !

DIEU ET JÉSUS-CHRIST CONGÉDIÉS

Mgr Pavan  : – Les droits comme les devoirs ont pour sujet les personnes concrètes, non les valeurs. La vérité, la justice, la beauté, sont des valeurs, non des personnes. Par conséquent, la vérité n’a pas de “ droit ” à la liberté, mais seulement la personne qui, même dans l’erreur, ne perd pas ses droits.

Abbé de Nantes  : – La Vérité suprême, c’est le Christ, c’est Lui notre Justice, notre Bien, Beauté suprême. Or, le Christ Jésus est une Personne, Personne divine incarnée, et donc “ sujet ” incomparable des “ droits ” sociaux les plus étendus. Le Concile, lui, ne reconnaît que des “ personnes ”, entendez  : des hommes qui se reconnaissent en certaines “ valeurs ”, éminemment subjectives, et n’admettent que des rapports sociaux entre eux, tout empiriques, des rapports de bien vivre en commun, de bons vivants, gardant chacun ses idées, sa morale, sa métaphysique, ses “ valeurs ” pour soi, sans gêner les autres. C’est ainsi que Dieu est congédié du milieu des hommes.

Mgr Pavan  : – Le texte conciliaire exprime deux affirmations distinctes  : nul ne peut être contraint d’adhérer à une religion, et nul ne peut être empêché de pratiquer publiquement sa religion, sauf si elle lèse autrui…

Abbé de Nantes  : – Et si   » autrui   » est notre doux Sauveur Jésus-Christ, ou la Personne de son Père, notre Père des cieux, ou la Personne divine de leur Esprit-Saint, singulièrement “ lésés ” par les idolâtries et irréligions des hommes  ? Mgr Pavan n’y a pas pensé  ! Pour lui et pour le Concile, la société n’est qu’une collection de personnes humaines associées en toute liberté, égalité, fraternité.

Mgr Pavan  : – Oui, chacun est responsable de son rapport avec Dieu et doit toujours pouvoir rester lui-même.

Abbé de Nantes  : – C’est bien là l’inversion de l’ordre naturel et divin  ! Ce n’est plus Dieu qui est le “ responsable ”, c’est-à-dire le législateur souverain, de sa relation avec l’homme et donc, de l’être et des droits et devoirs de chacun, mais c’est l’homme qui est l’auteur et libre législateur de sa relation avec Dieu, dans une autonomie absolue  ! L’homme qui se déclare Dieu a supprimé de son univers Dieu, son Créateur, et le Fils de Dieu fait homme, devenu son Seigneur et Maître, son Sauveur et son roi.

Mgr Pavan  : – Pour l’Église, la personne doit être au centre de tout.

Abbé de Nantes  : – De quelle personne s’agit-il  ?

Mgr Pavan  : – Diable  ! la personne de tout homme, quel qu’il soit  ! Du pauvre, du marginal, de l’opprimé…

Abbé de Nantes  : – Et celle de Jésus-Christ, notre roi et souverain législateur  ?

Mgr Pavan  : – Ah  ! non, c’est exclu. Si vous le mettez au centre, les autres en seront les sujets. Lui à la Tête, les autres en seront des membres…  »

Conclusion de notre Père  : «  L’Homme au centre, cela ne veut dire qu’une chose  : Ni Dieu, ni Jésus-Christ, ni l’Église au centre, mais l’Homme. Alors, c’est l’Homme révolté et, en son centre, Satan vainqueurOù l’on voit la contradiction fondamentale, absolue, irrémédiable, entre la religion catholique et la nouvelle religion de l’Homme imposée au concile Vatican II.  » (cf. CRC n° 218, janvier 1986, p. 3-4)

CONSÉQUENCES DE LA LIBERTÉ RELIGIEUSE

Au numéro 5 de Dignitatis Humanæ, liberté est reconnue aux familles «  d’organiser librement la vie religieuse du foyer sous la direction des parents  ». Le Concile n’a pas osé aller contre le droit naturel des parents de donner à leurs enfants l’éducation et la formation religieuse de leur choix. Mais Mgr Pavan reconnaissait  : «  Il n’y a pas de doute que la proclamation de la liberté en matière religieuse, droit fondamental de la personne, postule qu’au sein de la famille également, les parents ne puissent imposer la foi religieuse à leurs enfants.  » (Unam sanctam, p. 158)

Et allez  ! Mai 68 passera par-là, qui fera sauter toutes les barrières.

Pour ce qui est de l’École, le Concile, dans une Déclaration annexe sur “ l’Éducation chrétienne ”, de conception très libérale, a franchi une étape de plus vers… l’apostasie. «  Autrefois, tout venait de Dieu, résume notre Père, par les institutions naturelles et surnaturelles qui participaient de son autorité et de ses droits. Ce Concile d’apostats renverse cet ordre divin pour tout agenouiller, à quatre pattes, aux pieds de l’enfant-roi, l’enfant-dieu, idole moderne… Tout doit concourir à son service en vue de l’épanouissement de sa personnalité.  »

Enfin l’État, dont Vatican II trace le profil, démocratique et neutre, indifférent à Dieu et serviteur de la liberté individuelle  : plus question de lui reconnaître une légitimité divine, et encore moins une mission religieuse, comme au roi de France sacré à Reims. «  Toutefois, le Concile lui rend d’une main ce qu’il lui ôtait de l’autre  : il en fait le répresseur de l’anarchie religieuse  ! Il lui ôte le contrôle de la religion du point de vue de la vérité, mais il le lui rend du point de vue de l’ordre public  ! Et nul ne paraît se rendre compte que c’est asservir la religion à l’État  !… En définitive, il aura soustrait l’homme individuel et social à la souveraineté de Jésus-Christ, pour l’abandonner cruellement à la tyrannie de l’État-gendarme. C’est une honte et une apostasie.  » (CRC n° 57, p. 7-8)

MENSONGES SUR LA RÉVÉLATION ET LA TRADITION

Après avoir proclamé le nouveau dogme de la Liberté religieuse, en réponse aux exigences du Monde moderne, le texte du Concile tente de le justifier par l’Écriture et par la Tradition. «  Peine perdue, explique l’abbé de Nantes  : l’Écriture ignore cette théorie, elle en est la divine contradiction, et la condamnation éternelle.  »

Le seul verset cité à l’appui de la thèse nouvelle, non par le texte conciliaire, mais par ses commentateurs, est celui du Siracide, selon lequel «  Dieu a laissé l’homme à son conseil  » (Eccl. 15, 14). C’est sur cet unique verset que repose tout le poids du temple de la liberté de l’homme  ! Or, frère Bruno a fait un savant commentaire exégétique de ce verset (cf. CRC n° 298, p. 9-10). Replacé dans son contexte, il signifie qu’après sa chute, en châtiment de sa rébellion, Dieu a abandonné l’homme (Adam) à la malice de son conseil et à ses desseins pervers. Tous ses descendants héritent de ce mauvais vouloir, à moins d’être libérés par la grâce de Celui qui a dit  :

«  Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, vous connaîtrez alors la Vérité et la Vérité vous rendra libres.  » (Jn 8, 32)

Le Concile s’aveugle donc quand il affirme  :

«  L’Église, fidèle à la vérité de l’Évangile, suit la voie du Christ et des Apôtres lorsqu’elle reconnaît le principe de la liberté religieuse comme conforme à la dignité de l’homme et à la Révélation divine, et qu’elle encourage une telle liberté. Cette doctrine, reçue du Christ et des Apôtres, elle l’a, au cours des temps, gardée et transmise.  » (n° 12) Autant de paroles, autant de mensonges. C’est ruser avec les Évangiles et les Épîtres apostoliques, mêlant liberté intime des consciences, qu’il n’est au pouvoir de personne de contraindre, et liberté sociale, qui est une folie.

Le texte renchérit, toujours au n° 12  : «  Ainsi, le ferment évangélique a-t-il longtemps agi dans l’esprit des hommes et beaucoup contribué à faire reconnaître plus largement, au cours des temps, la dignité de la personne humaine, et à faire mûrir la conviction qu’en matière religieuse cette personne doit, dans la Cité, être exempte de toute contrainte humaine.  »

Ainsi, grâce au Concile, l’Église est censée avoir retrouvé à l’état de ferment évangélique, chez les francs-maçons et les athées, la doctrine que dix-neuf siècles de tradition catholique l’avaient empêchée de faire fructifier. C’est un peu fort  ! Et voici le chantage  :

«  Il est manifeste qu’aujourd’hui l’homme souhaite pouvoir librement professer la religion, en privé et en public  ; bien plus, que la liberté religieuse est maintenant proclamée dans la plupart des Constitutions comme un droit civil et qu’elle est solennellement reconnue par des documents internationaux.  » (n° 15)

Si donc l’homme moderne et les États contemporains la reconnaissent, l’Église n’a plus qu’à s’incliner, renoncer à sa vérité, à son droit, pour satisfaire aux exigences du Monde, espérant coopérer ainsi à la concorde et à la paix de toute la famille humaine, fondées non pas sur le culte de Jésus et Marie, mais sur le concours de toutes les religions et idéologies humaines, fraternellement associées en un Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie universelle, MASDU  ! Depuis ce moment fatal, Satan règne dans l’Église.

LA LIBERTÉ DU CHRÉTIEN ET DE L’ÉGLISE

Quand Vatican III voudra retrouver la vraie conception de la liberté du chrétien et de l’Église, divine dans sa source et sa mesure, il lui suffira de reprendre ce que notre Père écrivait en octobre 1964, avant la fin de la troisième session du Concile, dans le feu d’une controverse qui tenait encore l’erreur en échec, pour les raisons impérissables que voici  :

«  Il n’y a de liberté que de Dieu. La liberté humaine parfaite n’appartient qu’à Jésus-Christ et, dans le don divin qu’Il lui en a fait, à l’Église catholique. Elle seule est la religion véritable et la société parfaite dont les droits dominent tous pouvoirs et tous individus créés. C’est en vertu de leur appartenance à cette Église divine et vraie que tous les catholiques ont une pleine liberté de culte et d’apostolat en toute nation et tout État. C’est le fondement d’un droit familial, social, politique, international absolu et seul sacré. Les autres religions, étant dépourvues de toute preuve historique et de toute marque surnaturelle de vérité n’ont aucune autorité propre et ceux qui les pratiquent, même sincères, n’y ont aucun droit spécial autre que celui de la morale naturelle. Ni l’Église ni les États ne devront connaître de telles religions, ni leur accorder le moindre droit social, carl’erreur ne fonde aucun droit réel. Seules les exigences du bien commun et de la paix pourront amener une certaine tolérance qui, si vaste qu’elle soit, n’en sera pas moins un pis-aller, dangereux toujours pour la vraie foi, pour le bien surnaturel des sociétés et pour le salut des âmes.

«  Il ne faut donc parler de liberté qu’à propos des consciences particulières, qui ne peuvent être violentées  : on ne peut en aucun cas contraindre personne à pratiquer une religion que sa conscience refuse comme mauvaise, invinciblement  ; mais il ne s’ensuit pas que celle-ci puisse agir extérieurement selon son erreur. Bien plus, la société doit déployer tous ses efforts pour la ramener au vrai et la redresser selon le bien auquel Dieu l’appelle.

«  Déclarer violent que l’Église demande pour elle une liberté qu’elle refuse aux autres, c’est égarer les esprits, c’est renier le vrai Dieu, la vraie foi, l’unique Église de Jésus-Christ pour ne plus juger des choses que du point de vue de l’Homme, mis à la place de Dieu, autonome et absolu, libre de ses croyances et de ses actes sans restriction  ! On exalte la conscience et ses droits, qu’on prenne garde de déchaîner sous ce masque la bête humaine  ! Qui ne saura s’autoriser de sa conscience pour échapper à toute contrainte et à toute loi  ? Sans doute le projet conciliaire sera-t-il revu et partiellement amendé, mais l’opinion mondiale a entendu l’Église renier son intransigeance et exalter la liberté comme un droit humain fondamental. Il sera difficile de revenir à la sagesse.  » (Lettre n° 185)

Pour nous, restons sages, protégés des ruses du Malin, par la grâce de l’Immaculée qui lui écrase la tête et triomphe de toutes les hérésies  : «  Vous détournez nos regards de la séduction du Serpent. Votre secret enfin révélé est celui d’une Créature oublieuse d’elle-même et gardée pour Dieu seul, que Dieu a magnifiquement exaltée. Votre leçon nous sauve des mirages de l’Antichrist qui vous est tout entier contraire.  » (Georges de Nantes, Lettre n° 179)

Extrait de Il est ressuscité  ! n° 11, juin 2003, p. 25-28

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